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vendredi, 02 septembre 2011

Lux gremlina

liban,beyrouth,électricité,lampadaires,bassil,berry,l'orient-le jour,magazine,rania magazine,gremlinsOh, c’est vrai, cela avait un petit côté pittoresque il y a 15 ans. Ces coupures de courant, ces sautes de tension, tous ces appareils électriques qui pétaient les plombs les uns après les autres. «C’est à cause des événements, me disait-on. Ça ne va pas durer.»

Mouais.

Nous sommes donc en 2011. Plus de vingt ans après les «événements». Ce matin, Gaby Nasr allumait encore tout le monde dans son billet de L’Orient-Le Jour, avec en point de mire deux aberrations politico-tribales: Berry et Bassil. Le numéro de Magazine, lui, faisait sa Une sur les «irréconciliables» Joumblatt et Aoun. Et dire qu’il y a encore des gens pour suivre ces esprits éclairés...

Pendant que ces tristes clowns s’évertuent à faire croire qu’ils sont vraiment en charge de la chose publique, je me demande simplement comment fonctionne l’éclairage public de Beyrouth. Il arrive souvent de se retrouver, la nuit tombée, dans des rues qui ressemblent plus à des coupe-gorges qu’à autre chose (ceci dit, je préfère ça à me balader aux Halles à Paris un samedi après-midi). Mais en pleine journée, alors que le dieu soleil nous abreuve de sa pluie de photons, les lampadaires fanfaronnent. Du coup, je m’interroge: comment cela fonctionne-t-il? Les heures d’éclairage sont-elles automatisées? Y a-t-il intervention humaine, avec un employé chargé d’appuyer sur un interrupteur pour allumer ces réverbères? Vraiment, quelqu’un pourrait-il me donner un soupçon de début d’indice?

Alors, devant cette énigme que je n’arrive toujours pas à résoudre, je préfère me replonger dans la lecture de la presse libanaise. Car c’est là finalement qu’il y a toujours (enfin, pas toujours...) quelque chose d’intéressant à trouver.

Tenez, hier, par exemple. J’étais chez Tony, le papetier en bas de chez moi. Je regarde le stand des magazines et trouve le dernier numéro de Rania Magazine. Je ne connais pas le nom du (de la) rédacteur(trice) en chef, ni celui du ou de la DA, mais je voudrais les remercier du fond du cœur pour avoir retrouvé la plus attachante des héroïnes ayant bercé mon enfance: la Gremlins fille.

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Vraiment, un très grand merci.

mercredi, 15 juin 2011

Min ma3é ?

Le téléphone vibre. Le téléphone sonne. Sur l'écran, un numéro inconnu apparaît. Je décroche.

decline.jpg

« – Allô?
– 3allô? (difficile de rendre par écrit la nonchalance du début du mot «3allô», le son «3a» s'étalant sur deux bonnes secondes, comme une mauvaise panade)
– Oui?
– Min ma3é?
– Hein?
– Min ma3é?
– Chou, min ma3é?
– Min 3ambyehké?
– Enta min?
– La, la, la. Min ma3é?
– OK habibi. Bye bye.»

Je l'avoue: cela fait des années que ça dure et c'est une chose à laquelle je n'arrive pas à m'habituer. En gros (pour ceux qui n'ont pas saisi l'essence du petit dialogue ci-dessus), quelqu'un appelle en s'étant trompé de numéro, tombe sur un interlocuteur qu'il ne connaît pas (moi, donc) et demande à ce dernier de décliner son identité. C'est systématique. Moi, ça me gonfle. De manière fort légitime, d'ailleurs. Dire qui je suis à un étourdi du clavier que je ne connais ni d'Eve ni d'Ali et qui n'a pas la délicatesse de donner son nom, je n'y vois pas trop d'intérêt. Au mieux, un motif d'agacement.

Mais attention. Parfois, le téléphone sonne de nouveau.

« – 3allô?
– Chou baddak ba3d?
– Abou Youssef?
– La.
– Min ma3é?
– ... (silence, je cherche le bon mot pour lui signifier mon agacement)
– Chou esmak?
– Tu commences à me péter les noix, toi! Min 3ambyehké?
– Abou Youssef mawjoud?
– Mafi Abou Youssef honé. Ghalat!»

Je raccroche. Le téléphone sonne à nouveau. Le même numéro s'affiche. Je laisse sonner dans le vide. A mon corps défendant, je l'avoue, je ne m'appelle pas Abou Youssef.

[...]

Pendant ce temps-là, Abou Youssef devait certainement être en train de regarder la télé en découvrant la composition du nouveau gouvernement. En se demandant certainement «Min ma3 baladé?».

«Ghalat, habibi.» Depuis le temps, question gouvernements de branques, Abou Youssef devrait être habitué, lui.

vendredi, 15 avril 2011

Pomme C Pomme V impossible

Très court extrait du dossier spécial (12 pages) sur les révoltes dans le monde arabe, paru ce matin dans le quotidien Le Soir. Vous pouvez le télécharger en intégralité ici, ça vaut le coup.

mark mansour.jpgLes politiciens libanais continuent à longueur d'interview de réclamer la paternité du vent de révolte qui souffle sur le monde arabe. Selon eux, les révoltes actuelles sont les filles de la «révolution du cèdre» du printemps 2005 qui avait vu la population libanaise obtenir – pacifiquement – le départ de l'armée syrienne, après 30 ans de tutelle. Six ans plus tard, les soldats syriens ne sont plus là, mais Damas dispose toujours de ses relais, puissants, à Beyrouth.

Vu de la capitale libanaise, les révoltes en cours dans le monde arabe laissent perplexes: impossible d'en faire un copier-coller. Car ici, il n'y aurait pas un Ben Ali ou un Moubarak à chasser du pouvoir pour faire une «vraie» révolution, mais une bonne vingtaine. Tous chefs de partis politiques ou chefs de clans, ceux-ci décident de la direction à suivre pour toute leur communauté. Et les revirements à 180º ne leur font pas peur, leurs ouailles suivant aveuglément: l'intérêt de leur communauté prime, l'intérêt national passant au second plan.

Pas étonnant donc de trouver toute une frange de la jeunesse libanaise sans grande illusion. Mark Mansour en fait partie. Graphiste de 31 ans, il reste cloué à Beyrouth pour prendre soin de ses parents vieillissants. Sans quoi il serait parti. «Moi, je n'ai aucun engagement politique, explique-t-il. Les politiciens libanais, d'un bord comme de l'autre, sont tous pareils. Ils veulent le pouvoir, pas le bien du Liban. Alors quand je vois ce qui se passe en Tunisie, je suis heureux pour les Tunisiens. Idem pour les Egyptiens. Et puis un nouveau régime au Caire, moins favorable à Israël, poussera peut-être Tel Aviv à changer de comportement dans la région.»

Depuis trois semaines, évidemment, l'actualité de la grande sœur – la Syrie – retient l'attention. Là aussi, Mark espère du changement, pensant qu'un nouveau régime, plus modéré, pourrait modifier la donne dans la région et dans son pays: «Ça compliquerait la tache du Hezbollah pour faire transiter ses armes depuis l'Iran. Moi, je suis pour la paix, j'ai envie de vivre libre, sans que la personne en face de moi – quelle qu'elle soit – ait un pistolet sur la table pour me parler.»

[...]

Lors de l'interview, nous avons abordé un gros paquet de sujets: les révoltes arabes bien sûr, mais aussi la politique libanaise, la laïcité... Voici juste une petite phrase qui n'avait pas sa place dans le papier, mais qui m'a bien fait rire. Mark: «Au Liban, je n'existe pas en tant qu'agnostique. Un jour, on m'a posé cette drôle de question: "Vous êtes agnostique? Alors où priez-vous?"» Y'a du boulot.

dimanche, 06 février 2011

[SCOOP] Les Teletubbies de retour à la télé

Voici une belle exclu: les premières images de la nouvelle émission pour enfants qui sera bientôt diffusée à la télévision au Liban. Nos chères têtes blondes y découvriront des personnages très attachants: le jaune s'appellera Soussouna, l'orange Poupoun, le vert Gigié et le Noir Soso. Ils auront même, dès le premier épisode, un petit copain de retour au bercail, le rouge qui arrive en trottinette là-bas au fond, ce sympathique Wawa. Le titre du pilote: Réconciliation '11.

teletubbies lebanon.jpgLes gamins pourront s'identifier à leurs héros potelés. Leurs aventures allieront imaginaire, élégance, moralité avec un soupçon de populisme. Mais pas trop.

Avec Sousouna, Poupoun, Gigié, Soso et Wawa, la vie sera plus belle!

Et si jamais cette nouvelle série – qui sera diffusée tous les jours en boucle – ne pète pas l'audimat, une autre série jeunesse est dans les cartons. Mais pas pour tout de suite, nous assure-t-on. Il s'agirait d'un concept importé qui a fait ses preuves ailleurs.

mercredi, 12 janvier 2011

Vous me conjuguerez le verbe « bloquer » à tous les temps

blocage low.jpgEn fait, ça faisait longtemps. Longtemps que la météo n'avait pas annoncé d'épais nuages noirs, de ceux qui craquent violemment, sans vraiment prévenir. La couverture nuageuse peut être dense, le climat pourri, l'atmosphère très lourde, et ce de longs mois durant, sans forcément laisser planer un vrai risque d'averse. Et puis d'un coup, patatras. Ô surprise, nos gentils parrains saoudiens et syriens (avec ça, franchement...) n'ont donc pas réussi à accorder les violons de leurs pions...

Certains poussent déjà un «ouf» de soulagement, dans les deux camps d'ailleurs mais pour des raisons bien différentes. D'un côté, un «ouf» pour dire «faut bien un jour ou l'autre qu'il y ait un vainqueur dans cette histoire, on ne peut pas continuer longtemps comme ça!». De l'autre, un «ouf» pour dire «eh les gars, sortez les pneus!». Trente-trois mois sans rien à se mettre sous la dent, ça fait long.

Le 30 novembre dernier, j'interviewais une prof de droit international de la LAU, Marie-Line Karam, qui disait entre autre:

L'initiative lancée cet été par la Syrie et l'Arabie saoudite - les parrains régionaux des deux camps libanais - peut-elle aboutir?
Aujourd'hui, tout est une question de timing. Syriens et Saoudiens sont dans l'obligation morale de trouver une issue avant la publication de l'acte d'accusation, et ils travaillent justement à régler les failles juridiques du dossier en poussant leurs alliés locaux à coopérer. Imposer la justice internationale par la force est impossible. Mais le rôle et l'existence du TSL sont très importants, celui-ci doit réussir car la justice libanaise serait bien incapable de gérer ce dossier.

Si cette initiative échoue, le Liban pourrait-il tomber dans la guerre civile?
Si le Hezbollah est ouvertement incriminé, je ne le vois pas recourir à la force sur la scène interne car il a peur pour son image. Il paie encore le prix de la semaine de mai 2008 où il a été accusé de retourner ses armes vers l'intérieur. Il pourrait en revanche paralyser le gouvernement, en faisant démissionner ses ministres. Cela ne serait pas non plus dans l'intérêt des pays arabes alors que la région est très tendue, et de l'Onu qui se retrouverait avec un conflit supplémentaire sur les bras.


La démission des ministres de l'opposition n'a pas encore été officialisée qu'elle semble acquise (un peu comme l'élection de Lahoud en 1998, c'est pas encore fait que c'est déjà officiel). Le 14 Mars veut le bras de fer, le Hezb le lui a promis depuis longtemps. Rajoutez à ça l'acte d'accusation du TSL qui devrait, selon toute probabilité, être publié avant la fin du mois. Ça vous fait un bon petit cocktail pour commencer l'année. Bein oui, les fêtes de fin d'année, c'est terminé.

Faut ranger les flonflons et les guirlandes. En janvier, c'est le pneu qui est tendance.


[...]

Tiens, je pense à une chose. La précédente grève générale, en mai 2008, s'était soldée par une semaine de feux d'artifices entre sunnites et chiites... et par la formation du gouvernement d'union nationale qui vient de tomber!

Allez, dans ce cas, je ne résiste pas à l'envie de vous offrir à nouveau l'hymne national libanais...

podcast

samedi, 04 décembre 2010

La crise autour du Tribunal spécial pour le Liban (pour les nuls)

Tic tac, tic tac, tic tac... Non, ce n'est pas le son menaçant d'une future décharge explosive quelque part, sur un boulevard quelconque, attendant le passage d'un convoi. Mais plutôt celui de la bombe à retardement que tout le monde attend: l'acte d'accusation dans le cadre du Tribunal spécial pour le Liban, chargé de faire la lumière sur la série d'attentats entamée en octobre 2004. Et surtout celui ayant visé Rafic Hariri, ex-Premier ministre, un matin de février. De février... 2005! Soit il y a presque 6 ans. Quand même.

 

Que s'est-il passé en 6 ans d'enquête?

Commençons par le jour de l'attentat de la Saint-Valentin et ceux qui suivirent. N'importe quel Pinot-simple-flic vous le dira: la principale chose à faire en cas d'attentat est de garder inviolée la scène du crime. Résultat: deux heures après, on se serait cru à Disneyland un jour férié! Les forces de l'ordre de l'époque ont clairement piétiné tout ce qui aurait pu servir l'enquête, les premières heures étant toujours cruciales pour la collecte d'indices. Des voitures ont été vite emportées à l'abri des curieux... Bref, l'enquête partait mal (sciemment?). La première équipe d'enquêteurs internationaux, menée par Peter Fitzgerald, n'est arrivée à Beyrouth que onze jours plus tard...

Ensuite, une trentaine d'attentats a laissé sur le carreau une dizaine de figures politiques ou médiatiques, et de nombreux citoyens ayant eu la malchance d'être là au mauvais moment, au mauvais endroit. Pour rappel, voici la dernière carte postée sur le blog, en janvier 2008, le jour de l'assassinat de Wissam Eid. Souvenez-vous...

attentats20080125.jpg

Presque 30 attentats, vous en conviendrez, ça secoue un pays.

Pendant ce temps-là, l'Onu a diligenté une pelleté d'enquêteurs, dont les patrons successifs n'ont pas été exempts de reproches. Cela a commencé avec l'Allemand Detlev Mehlis, dont les rapports préliminaires pointaient du doigt la Syrie que tout le monde accusait alors. Puis Mehlis a jeté l'éponge au profit du Belge Serge Brammertz qui n'a pas laissé un souvenir impérissable. Est alors entré en scène le Canadien Daniel Bellemare, actuellement en charge du dossier et qui a déclaré récemment: l'acte d'accusation sera publié quand il sera prêt, pas un jour avant, pas un jour après. Super intéressant.

Les Syriens poussés dehors au printemps 2005 sont finalement revenus au Liban par la fenêtre de derrière. Via leurs alliés locaux et parce que la politique du dos rond est une spécialité damascène depuis les années 70. Washington et Paris ont remis Damas dans le jeu, les impératifs de la diplomatie régionale répondant aux voix impénétrables de je-ne-sais-quel Seigneur.

Après le déluge de fuites sous l'ère Mehlis, l'équipe d'enquêteurs s'est mise un bâillon. Jusqu'aux fameuses révélations du journal allemand Der Spiegel, pointant du doigt le Hezbollah. Considérée comme une farce au début, cette hypothèse a pris forme depuis, jusqu'au récent documentaire de la chaîne canadienne CBC. Pour ceux qui l'auraient raté, c'est juste en dessous.

Dernière rumeur en date lancée par le journal russe Odnako – car tout ceci n'est que rumeur tant qu'aucune preuve irréfutable n'est apportée – et relayée par ce bon Réseau Voltaire, pointant du doigt un missile de fabrication allemande dont se seraient servi les méchants assassins. Aucune preuve encore, beaucoup de suppositions, d'affirmations péremptoires (quoi que pour une fois, Baudis n'a pas été accusé d'être le représentant du Groupe Carlyle en France, y'a du progrès).

 

Revenons un peu en arrière. En 2005, à qui profitait le crime, «à première vue»?

assadharirisuicide.jpgLe bon sens écartait a priori les pistes menant aux services français et américains. Difficile de se dire que les rédacteurs de la résolution 1559 se soient tirés une balle dans le pied en effaçant Hariri. Deux pistes s'imposaient donc, toutes deux extérieures: une menant à Damas, l'autre à Tel Aviv.

Depuis des mois, Hariri était en plein bras de fer avec Assad à cause de la prorogation du mandat présidentiel d'Emile Lahoud. Le vote de la 1559 a rajouté une couche au divorce entre l'homme fort du pays et le régime de tutelle de l'autre côté de l'Anti-Liban. Sur le moment, la culpabilité de la Syrie semblait (trop?) évidente. Si Damas était bel et bien le commanditaire, se pouvait-il que le pouvoir syrien ait si mal calculé son coup au point de perdre sa vache à lait financière? Et comment les Syriens – qui avaient des yeux partout – n'auraient-ils pas été au courant que quelque chose d'aussi énorme se tramait dans les rues de la capitale libanaise?
Ensuite, cela a été la saison des «suicides», avec celui de Ghazi Kanaan par exemple, ex-homme fort des SR syriens au Liban. Sans compter sur la disparition d'Imad Moughnieh en plein Damas: facile d'accuser le Mossad, facile aussi d'accuser les Syriens d'éliminer l'éventuel exécutant d'assassinat(s) politique(s) au Liban. En gros, personne ne sait ce qui se passe dans cette région du monde, pas même Wikileaks.

Evidemment, le voisin israélien a été pointé du doigt pour les crimes perpétrés au Liban en 2005 et 2006, même si cette accusation n'a pas eu beaucoup d'écho sur le moment. Israël ne s'est jamais gêné pour organiser des éliminations physiques. Alors pourquoi pas? Mais pourquoi vouloir déstabiliser à ce point un front nord plutôt calme depuis le retrait de 2000?

Et puis outre les profiteurs potentiels que l'on cherche forcément parmi les acteurs régionaux de la partie d'échecs qui se joue ici depuis 60 ans, il y a aussi un autre prisme à prendre en compte: la fortune de Rafic mort est bien moins gênante (et puissante) que celle de Rafic vivant. Avec une tire-lire personnelle évaluée à un peu plus de 16 milliards de dollars avant sa disparition, Hariri père était un vrai poids lourd. Disloquée en six parts (sa veuve et ses cinq enfants), cette fortune (utile en période électorale) pèse beaucoup moins dans le subtil jeu d'équilibre qu'est notre saine et belle vie politique. Du coup, l'héritier politique, Saad, a du mal à boucler les fins de mois. Si, si, c'est possible, même pour lui. Alors, qui aurait pu avoir intérêt à affaiblir financièrement (et donc politiquement) le clan Hariri? Hum?

 

Depuis 2005, que s'est-il passé sur la scène locale?

Juste après l'explosion du 14 février 2005, nous avons eu droit à la fausse revendication d'Ahmed Abou Adass (tiens, en parlant de faux témoins, faudrait commencer par celui-là... mais il aurait disparu en Syrie, flûte), l'avion australien... Un bel écran de fumée dont plus personne ne parle (et qui s'en souvient vraiment?). Quatre généraux libanais fidèles au tuteur syrien ont été arrêtés (puis relâchés sans être innocentés l'an dernier faute de preuves). Geagea est sorti de prison après 11 ans passés derrière les barreaux, Aoun est revenu au pays après 15 ans d'exil. Lahoud est resté en place, payé par le contribuable pour ne surtout pas signer le moindre papier que le gouvernement lui présenterait. Le pays a subi une guerre dévastatrice en 2006, un sit-in durant 18 mois, une paralysie politique insensée, le siège du camp de Nahr el-Bared au Nord, un mini putsch en mai 2008, le réarmement des milices, des élections inutiles dont les vainqueurs réels sont les perdants des urnes (vive les leçons de démocratie!)... Et puis un Taef bis à Doha (entérinant cette terrible politique du ni vaincu/ni vainqueur), un gouvernement d'union nationale bancal, la mise à jour de réseaux d'espionnage israéliens (surtout dans le secteur des télécoms), le retour en scène très théâtral de Jamil Sayyed... En fait, la liste est longue et il serait bien vain de vouloir être exhaustif.

 

Aujourd'hui, qui accuse qui?

Ce qui reste du 14 Mars s'accroche au TSL, disant que la justice internationale doit prévaloir. Ce camp politique (en ruine depuis le désistement de la girouette choufiote et le choc provoqué par le baise-main du fiston à Damas) espère encore que les pays occidentaux et l'Arabie saoudite ne le laisseront pas tomber. Officiellement, le 14 Mars attend l'acte d'accusation pour se prononcer, ne voulant accuser personne ouvertement.

De l'autre côté de l'échiquier, la donne est plus simple. Le Hezbollah menace quiconque souhaitant le mettre au banc des accusés de trancher des mains. Quand Nasrallah prend la parole, tout le monde écoute. Selon lui et ses preuves (tout ce qu'il y a de plus discutables), ce sont forcément les Israéliens, le TSL étant un instrument américano-sioniste pour parvenir à annihiler le parti de Dieu (ce que la guerre de 2006 n'a clairement pas fait). Surprenant, non? Les aounistes – qui accusaient avec véhémence Damas en 2005 – sont à fond derrière, tout comme différents chefs de clan comme Frangieh, Karamé... L'opposition toute entière s'appuie sur différents vices de forme: l'affaire des faux témoins a fait la une des journaux récemment, mais aussi la naissance même du TSL. A l'époque, le gouvernement était passé en force alors que le Parlement aurait dû ratifier le texte. Problème: le Parlement était fermé, son président ayant perdu les clés pendant de très longs mois. Le serpent se mord la queue [note pour plus tard: il faudrait changer le cèdre du drapeau libanais en serpent se mordant la queue].

En dehors du Liban, les choses sont assez claires également – et peu surprenantes: les Iraniens (et son proxy) accusent les Israéliens, les Américains (et leurs proxies) pointent du doigt les Syriens et les Iraniens... La diplomatie française, elle, tente de revenir dans le jeu, les pontes du 8 et du 14 Mars défilant à Paris ces dernières semaines. La France se veut impartiale... tout en avouant en coulisses avoir de fortes présomptions sur l'identité de l'exécutant et du (ou des) commanditaire(s). Mais entre cette vérité et le chaos promis, elle peine à choisir.

 

Quelles solutions?

Le 8 Mars souhaite que l'Etat libanais se désolidarise du TSL. Impossible, même si le Parlement décide d'arrêter de le financer (le texte prévoit que le Liban prenne en charge 49% du budget du TSL). Le personnel politique joue la montre, poussant un 'ouf' de soulagement à chaque annonce du report de la publication de l'acte d'accusation. Syriens et Saoudiens sont chargés de trouver une issue à la crise. Damas et Riyad s'activent pour trouver une solution éliminant les failles dans la procédure d'une enquête décrédibilisée. Mais le temps presse... Et le parapluie syro-saoudien pourrait n'être que temporaire (en fonction de la ligne politique que suivra le "nouveau régime" à Riyad car tout le monde là-bas est malade, les têtes risquant de changer bientôt). Côté 14 Mars, aucune solution en vue. Après de multiples concessions, Hariri fils n'a plus beaucoup de lest à lâcher.

 

Guerre civile or not?

Les plus pessimistes voient déjà le pays sombrer dans un conflit civil, chiites contre sunnites, avec les chrétiens bien divisés au milieu. Peu probable dans un premier temps car, même si les rumeurs de réarmement et de réorganisation des Forces libanaises se font entendre, aucune force n'est à même d'entrer en confrontation directe avec le Hezbollah. Et ce dernier fera tout pour l'éviter: selon certains analystes, il a peur pour son image, se voyant encore reprocher dans les talk-shows télévisés d'aujourd'hui d'avoir retourné ses armes vers l'intérieur en mai 2008. Et avant d'en arriver là, il a d'autres armes à sa disposition, politiques celles-là. Si d'aventure l'acte d'accusation pointait des doigts le Hezbollah ou certains de ses membres, ses ministres pourraient démissionner dans la seconde, paralysant le pays encore plus qu'il ne l'est déjà. Et cela aurait comme un air de déjà-vu. Le serpent qui se mord...
podcast

 

[SCOOP] Un nouvel espoir pour sortir de la crise!

Dernière option, inspirée par celle du patriarche Sfeir concernant les feux de forêt et la pluie qui se fait cruellement attendre: prier. Mais je laisse ça à d'autres. Si les prières de tout bord pouvaient sauver le Liban, cela fait bien longtemps que le pays aurait dû être tiré d'affaire. Vu l'histoire des 40 dernières années, j'ai comme des doutes sur la recette du chef cuisinier de Bkerké.

 

Et si vous n'avez toujours pas compris...

...voici un résumé réalisé par d'illustres inconnus, mais assez explicite de la situation libanaise. Si après ça vous ne comprenez toujours pas, y'a plus d'espoir...

Allons-nous vers une solution au conflit? Nous sommes maintenant, en droit, de l'espérer.

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

lundi, 30 août 2010

All the militia men, go home!

dimanche, 07 juin 2009

Elections indélébiles

Mise à jour, minuit et demi...

elections pharaon QG.jpgL’avantage, quand on a une permanence électorale au rez-de-chaussée de son immeuble, c’est qu’on sait à qui l’on peut s’adresser si l’on veut faire un reportage dans un QG de campagne lors de la soirée. Nous atterrissons donc dans cette grande salle au moment même où les chiffres donnent la liste du 14 Mars vainqueur à Achrafieh. 5 à 0, on dirait un match de foot.

[...]

Explosion de joie chez les partisans du 14 Mars, soupe à la grimace dans la permanence du CPL située quelques mètres plus loin. L’armée s’est vite interposée entre les deux bureaux.

election abou jamra achrafieh.jpgDu coup, histoire de se faire entendre, les quelques jeunes en T-shirts orange qui sont encore là mettent leur sono à fond, histoire de ne pas se faire oublier et de couvrir le bruit des klaxons pro-14 Mars. Mais l’heure n’est clairement pas à la fête, d’autant que les résultats continuent de tomber: le CPL prend Jbeil, mais le 14 Mars a dans son escarcelle: Beirut I donc, Beirut III, Batroun, Zahlé, Chouf, Saïda, Bcharré, Békaa Ouest, Koura, Akkar, Dinniyé…

[...]

Selon la LBC, la majorité l’emporterait par 72 députés sur 128, soit une différence de 17 sièges. Les pronostics parlant d’une victoire serrée quel que soit le camp, et y compris les nôtres, ont l’air d’avoir eu tout faux.

[...]

Concert de klaxons et de feux d’artifices à Achrafieh.

[...]

Maintenant, c'est une lapalissade, l'après-7 juin commence. Et c'est pas gagné...

 

Précédentes brèves...

election encre violette.jpgLa couleur du jour? Le violet! Et oui, pas d’orange, de jaune, de rouge ou de bleu pour une fois. Comme en Irak ou en Afghanistan, tous les électeurs ont dû tremper leur pouce dans un petit flacon blanc rempli d’encre violette, censée être indélébile. Afin qu’ils ne votent pas deux fois. Le seul truc, c’est qu’au bout de cinq minutes de récurage au savon, l’encre filait à l’anglaise. Pratique en cas de contestation plus tard: un électeur pourra toujours dire que quelqu’un a voté à sa place…

[...]

Tout le monde parle d’une énorme mobilisation, surtout dans les circonscriptions chrétiennes devant faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. Mais il y avait aussi des abstentionnistes. Voici l’extrait d’un mail reçu d’un copain hier: «Même sans télé, j'ai les chansonnettes qui défilent dans la rue: un coup bleu, un coup orange, et un énorme poster des bleus en face de chez moi... Et le frère d'un de mes meilleurs amis, chez qui je passe tout le temps, est en campagne du côté orange avec sa tête géante partout et tout le bataclan de campagne à la maison!... Et ma mère qui m'envoie des mails pour espérer me tirer par l'oreille pour aller voter bleu à Hammana... No way out... On ne peut fuir que dans la folie paraît-il... Je simule l'autisme en m'enfonce à deux pieds dans des jeux vidéo de guerre médiévales...» Ça devait pas trop le changer non plus...

[...]

Mobilisation toujours. Cet après-midi, dans la permanence électorale du quartier, un gars déboule: «Venez, il y a une femme de 150kg qui veut aller voter et qui n’a plus la force pour monter le boulevard avec son déambulateur! Elle crie “Aidez-moi à aller voter pour le Liban!”» Il repart, accompagné de quelques camarades. Aujourd’hui, chaque voix comptait.

[...]

Livraison à domicile. Les bulletins de vote ne sont pas disponibles dans les bureaux de vote, mais auprès des permanences électorales (parfois mobiles) des candidats. Ça ressemble à ça, un bulletin:

election bulletins.jpg

C’est tout petit, on peut rayer des noms dessus si l’on veut. Ce matin, c’est le coiffeur du village qui faisait la distribution à domicile pour être sûr que vous alliez voter pour la bonne liste. La classe!

[...]

14h30, direction le bureau de vote: à la limite de la distance réglementaire – au-delà, c’est interdit – une floraison de drapeaux oranges et une tente, orange, sous laquelle s’abrite un petit groupe de jeunes au T-shirt orange. Nous leur demandons des listes. Ils sont ravis de nous en donner mais «vous devez d’abord nous dire pour qui vous allez voter!» Du coup, ils peuvent garder leur liste. C’est à se demander, dans ces conditions, à quoi servent les isoloirs.

[...]

Nous arrivons dans le bureau de vote, sous une église. Nous sommes accueillis par un homme portant une casquette et un T-shirt… oranges! Le bonhomme se répand en attentions obséquieuses, trouvent des chaises pour que nous n’ayons pas à patienter debout dans le bureau complètement vide, nous tend des kleenex pour nous essuyer le doigt couvert d’encre mauve, alors que le préposé de la municipalité nous a déjà fourni ce qu’il faut, s’extasie avec son copain devant le classeur qu’a apporté l’une de nos gamines pour s’occuper au cas où il y aurait de la queue. Faut dire que le classeur est d’un bel orange bien pétant. Assorti à celui des T-shirt des autres membres du comité électoral chargé de superviser les élections. Ambiance festive, une jeune femme assise à la grande table en L près de l’isoloir a même jugé bon de porter une perruque orange, très carnaval. Je repars en ayant dans la tête: «Quand tu vas à Rioooooooo»…

[...]

election sandwich tayyar.jpg

Il a fait chaud aujourd’hui. Certains électeurs ont dû attendre des heures dans une atmosphère étouffante pour passer par l’isoloir. Mais tout était prévu, des bouteilles d’eau jusqu’aux sandwiches, empaquetés selon un code couleur bien reconnaissable…

[...]

A part ça, il y a eu quelques incidents, à Beyrouth dans le quartier sunnite de Qoreytem, dans le Sud entre Amal et Hezbollah, à Zahlé… Officiellement, l’armée libanaise a contenu tout ce petit monde. Attendons de voir demain quand les résultats – officiels eux aussi – seront tombés.

[...]

Il est 20h10, les bureaux de vote sont fermés depuis une heure. Aoun a fait sa première conférence de presse. Il met en cause l’organisation des élections sur une seule journée, distribue bons et mauvais points comme il le fait à chaque intervention. Ce ne serait pas étonnant qu’il y ait contestation des résultats si ceux-ci lui sont défavorables.

[...]

Ah, au fait, aujourd'hui, ça a été un très bon jour pour le tourisme au Liban. Plein de cars ont passé la frontière en venant de Syrie.

vendredi, 05 juin 2009

Soirée à haut risk

On a tous nos petites traditions. Chaque année, plus ou moins au moment de mon anniversaire, j’organise une soirée «mecs» à la maison pour jouer à l’un de mes jeux de société préférés: Risk.
Depuis près de 10 ans, j’ai donc les mêmes partenaires de jeu. Des bons potes à moi: il y a Michel, Hassan, Samir, Walid, Nabih et, plus récemment, Saad. Comme toujours, Samir se charge de ramener les bières, Hassan quelques bons produits de la Bekaa, Michel le jus d’orange… On ne change pas une équipe qui gagne, même si c’est parfois tendu.

Hier soir donc, tout ce petit monde s’est retrouvé sur la terrasse fleurie. Après les embrassades de rigueur, nous nous sommes installés autour de la table ronde, on a sorti le décapsuleur et les pistaches, puis j’ai déployé notre plateau de jeu adoré…

risk lebanon.jpgPour ceux qui ne connaissent pas ce jeu, voici un petit rappel des règles: chaque joueur se voit attribuer un objectif (ex: Conquérir tous les territoires bleus et jaunes, Conquérir Beyrouth et 10 territoires de son choix, Anéantir les armées rouges et vertes…). Au début de la partie, on pioche des cartes que voici, nous donnant armes et territoires...

cartes risk.jpgLe AK-47 symbolise le milicien, la Voiture les attentats à la bombe et le Camion avec les Katioucha, l’artillerie lourde (sans compter la 4e carte, le joker, qui permet d’obtenir des armes supplémentaires de l’étranger). Ensuite, chaque joueur peut attaquer les territoires qu’il désire conquérir en lançant deux dés de 6.

Voilà, le décor est planté. L’année dernière, c’est Hassan qui avait gagné la partie. Il avait eu une carte Objectif facile: Conquérir Beyrouth en moins de 5 coups et anéantir l’armée bleue. Ça n’avait pas duré très longtemps, évidemment… Et Saad – le plus jeune de nos partenaires de jeu – l’avait eu mauvaise.

Nous entamons donc notre partie vers 21h30 alors que des feux d’artifice illuminent le ciel du quartier. L’ambiance est détendue, même si je sens Michel et Samir assez nerveux au moment de passer aux choses sérieuses. Chacun de nous pioche une carte Objectif. Je tombe sur Conquérir Beyrouth ainsi que les territoires Baabda, Metn, Kesrouan, Jbeil et Batroun. Conserver l’ensemble de ces territoires durant 5 tours pour proclamer la Principauté du Liban chrétien. Merde. Je me dis que Samir aurait été content de la piocher, celle-là.

Et nous voici embarqués dans une partie endiablée, où les armées des uns envahissent les territoires des autres. Nabih – qui a l’air content quoi qu’il arrive – se fait vite éjecter du jeu par Hassan et bizarrement, je n’arrive pas à comprendre les stratégies des uns et des autres. Michel met le paquet sur les territoires que je dois conquérir comme le Metn et le Kesrouan sans voir qu’il va se faire prendre par derrière, Samir n’arrive pas à dépasser les quelques territoires du nord, tandis que Hassan, petit à petit, prend possession de territoires partout sur la carte. Walid, lui, lance les dés avec fougue et se prend gamelle sur gamelle. Quand ce qui devait arriver arriva: une bataille féroce entre un Samir acculé dans la case Bcharreh et mon pote Michel, bien décidé à évincer un autre participant. Alors que Saad s’emberlificote les pinceaux tout au nord entre Minyeh-Denniyeh, Tripoli et le Akkar, Samir craque et envoie valdinguer le plateau de jeu sur lequel ne restaient plus que des pions jaunes et oranges, ou presque… Sur le moment, je suis surpris car il s’était un peu calmé dernièrement, le Samir, mais je ne suis pas mécontent que la partie se finisse ainsi, sur ce statu quo, car j’allais me faire éliminer du jeu moi aussi (faut dire que ma carte Objectif était un peu cul-cul). Walid ramasse parterre les deux derniers pions qui lui restaient en se disant qu’il pourrait bien avoir encore un coup à jouer, quel que soit le futur vainqueur.

Il y a quelques jours, j’avais eu envie de changer un peu la tradition de cette soirée entre mecs, en remplaçant le Risk (qui reste un jeu de hasard) par son pendant plus intelligent, Diplomacy. Dans ce jeu, pas de dés, juste d’habiles négociations et de la stratégie machiavélique. Je me suis ravisé au dernier moment. A juste titre je crois, car à ma table, il y aurait eu bien pire que moi et surtout bien meilleur.

Je viens de recevoir un coup de fil de Michel: il tient à refaire une partie dimanche soir. Hmm…

mardi, 02 juin 2009

Tony de Florette & diverses histoires d’O

Quittons un peu Beyrouth deux minutes. Samedi, je suis allé du côté de Harissa (à 15km au nord de Beyrouth) pour les besoins d’un reportage sur la campagne électorale libanaise. Nous étions donc le 30 mai, dernier week-end du mois de Marie, synonyme dans cette commune du Kesrouan de jackpot pour les curés. Avec un million de touristes en un mois, les caisses du seigneur débordent. Comme une rivière de son lit, alimentée par des torrents de billets bleus.

Du coup comme j’étais dans le coin, je suis allé à un petit kilomètre de là, rejoindre Tony Chemaly, président de la municipalité conjointe de Daroun-Harissa. Un peu paumé, je l’appelle pour qu’il m’indique le chemin: «Quand tu seras près de notre église, demande à qui tu veux, tout le monde sait où j’habite», m’explique-t-il. Je réponds: «Ah oui, je vois où c’est, la petite église sur la place du village...» Objection interloquée de mon interlocuteur: «Quoi!? Mais c’est une grande église!» Euh…

Après un café, un 7Up bien frais et une interview en bonne et due forme sur la campagne dans la région, il m’invite à crapahuter sur son terrain à flanc de montagne. Le sourire aux lèvres, comme un gamin, il me montre le cratère creusé par une pelleteuse.

tony chemaly.jpg

Au fond du trou, un ouvrier y va à coups de pioche et un filet d’eau boueuse jaillit: «T’as vu ça? T’as vu ça?, me demande ce gaillard de 43 ans, heureux comme un gosse, de grosses gouttes ruisselant sur ses tempes. C’est ma source! C’est ça la vraie richesse du Liban!» En ces temps où l’argent coule à flot pour arroser les électeurs, j’ai trouvé l’image décalée et plutôt touchante.

[...]

Un peu plus tard, en redescendant vers la capitale, je me retrouve englué dans un embouteillage à la hauteur de la Quarantaine, théâtre de massacres contre les Palestiniens durant la guerre de 1975. Le long du Nahr Beyrouth – qui n’a de fleuve que le nom – se dresse la silhouette cubique du Forum, une grande salle d’exposition/concert/meeting électoral. Et là, les drapeaux orange sont de mise ce samedi: des centaines de partisans du Tayyar sont partout, jouant du klaxon (avec le fameux «tarata tata»), achetant la panoplie complète du parfait petit aouniste à des vendeurs venus d’ailleurs, le tout mollement canalisé par des militaires venus en nombre.

boatpeople CPL.jpg

D’ici le Jour J, 50000 policiers et soldats pas trop coulants seront mobilisés sur tout le territoire afin de garantir l’ordre public. Et puis pour être sûr que tout se passe bien sur les routes ce jour-là, le ministère de l’Intérieur a interdit la circulation aux 2 roues tandis qu’une équipe du ministère français de l’Intérieur est actuellement à l’œuvre devait mettre de l'huile dans le système local pour afin d’établir un plan devant garantir la fluidité de la circulation dans tout le pays, le week-end prochain (proposition de MAM et de Baroud, rejetée par le responsable libanais). Objectif idéal: zéro bouchon pour que le 7 juin soit un long fleuve tranquille…

Note pour plus tard: si les 2 roues n’ont pas le droit de circuler, éviter de commander des pizzas dimanche soir.

dimanche, 24 mai 2009

Boycotter Dhû-n-Nûn ?

jonas beach.jpgComme chaque année à cette saison, une question existentielle se pose aux Libanais: où aller à la plage?

Et pour certains partisans du 14 Mars, le problème peut prendre une tournure particulièrement grave en cette période pré-électorale. Exemple: depuis la fin des années 90, une petite plage de Jiyeh faisait le régal d’une population fuyant les complexes décomplexés, les étals de chair fraîche et collagénées et les sonos hurlantes. Ce havre de tranquillité porte un nom: Jonas. Un minuscule coin de rivage méditerranéen pas trop bétonné, ambiance plutôt bon enfant, maîtres nageurs sympas, cadre fleuri avec ces belles gerbes de lauriers roses, et factures pas trop salées. Année après année, ceux qui préfèrent simplement passer un moment loin du tumulte y ont pris leurs habitudes. J’l’aime bien, moi, Jonas.

Et puis voilà. L’heure des élections approchant, les 14M ont décidé de boycotter tout ce qui portent la couleur orange: le jus du même nom, les couchers de soleil, le mobilier des années 70 vintage… jusqu’à Jonas. La semaine dernière, deux amis (distincts) m’ont affirmé la même chose: Nassif Azzi, le sympathique propriétaire de la plage, est aouniste! Enfant du pays, il est même candidat du Tayyar! Collabo! Plus question pour un partisan du 14 Mars de mettre les pieds là-bas. Mais où donc aller à la plage cette année?

J’en souris encore tout en me demandant: «Vais-je alimenter le trésor de guerre du CPL en payant l’entrée de Jonas tous les week-ends durant 4 mois? Dois-je succomber à la gentille propagande des anti-CPL et moi aussi bouder Jonas? Dois-je me moquer éperdument de ce boycott puéril? Malheur! Que dois-je faire?» Et puis finalement, comme les choses sont bien faites en ce bas monde, un événement a décidé pour moi.

La belle et luxuriante décharge de Saïda, quelques kilomètres plus au sud, a donné de gros signes de faiblesse ces derniers mois en raison de tempêtes hivernales et de petites secousses telluriques, ayant entraîné la municipalité de la ville sunnite à déclarer l’«état d’urgence environnemental» pour la côte du Sud. Du coup, je vais moi aussi passer mon tour cette année pour Jonas. Mais ce sera pour une raison de santé publique, loin des considérations bassement politiciennes. Je n’ai juste pas envie qu’il pousse un bras supplémentaire à mes filles avant la fin de l’été.

dimanche, 25 mai 2008

Michel Sleimane ou le charme discret du funambule

1233524357.jpgAlors voilà. Nous devrions être les heureux propriétaires d’un président tout neuf, d'ici la fin de ce dimanche 25 mai 2008. Enfin, tout neuf, façon de parler, le modèle que l’on devrait récupérer à quelques milliers de kilomètres au compteur.
Depuis le retour de nos pontes de Doha, la joie et l’allégresse se lisaient sur tous les visages des colleurs d’affiches (et des imprimeurs aussi). Les murs de Beyrouth sont recouverts de portraits, englués par dizaines. C’est beau, ça fait un peu déco urbaine nouvelle tendance. Ça sent aussi à plein nez le culte de la personnalité. Mais ne jugeons pas l’homme (ou le militaire, pardon) alors qu’il n'a pas encore franchi les grilles de Baabda. Le plus dur reste à faire pour lui:
• Ne pas décevoir les attentes d’une population lassée par 18 mois de guéguerre institutionnelle.
• Faire des risettes à toutes les délégations étrangères attendues à Beyrouth: les Iraniens (les mentors de son ami Hassan), les Syriens (ceux qui l’ont placé à la tête de l’armée en 1998) et les Américains (les mentors de l’actuelle majorité) en premier lieu.
• Commencer la semaine prochaine par des consultations pour le poste de Premier ministre (pas le plus dur), mais surtout pour la constitution du gouvernement. Aoun a déjà affiché ses préférences, avec des portefeuilles comme ceux de la Justice ou des Finances (ben voyons). Et les autres de devraient pas tarder à faire leur lettre au père Noël également. Ce matin, Geagea a profité de cette journée de «fête» pour accuser Aoun d’avoir sacrifié les intérêts des chrétiens au profit du Hezbollah. La semaine prochaine s’annonce rock n’roll.

En conclusion: souhaitons lui bonne chance pour le job le plus ingrat à pourvoir dans ce pays.

[…]

Hasard du calendrier (?!), le 25 mai, c’est aussi l’anniversaire de la libération du Sud par le Hezbollah en l'an 2000. Une belle occasion pour célébrer l’omnipotence spatio-temporelle du sayyed.


mercredi, 21 mai 2008

Sit-in de Beyrouth : « Ils se cassent, enfin! »

Nous reviendrons prochainement sur Initiative Liban, mais vous pouvez continuer de laisser vos messages et idées ici.

900765276.jpgBon, je reviens du centre-ville. Là-bas, il y a presque autant de journalistes et d'hommes en vert de Sukleen que de protestaires: les premiers attendent que les troisièmes s'en aillent. Ça a commencé timidement avant midi, sous un soleil de plomb. Quelques tentes sont en train d'être démontées, les drapeaux décolorés par le soleil sont détachés des palissades métalliques... Ça commence seulement, il faudra certainement un peu de temps pour faire table rase totalement de cette ville dans la ville (à l'image de l'Etat dans l'Etat?): il reste toutes les commodités, les cuves d'eau... Dans les allées, on croise les commerçants qui ont continué à travailler malgré la fréquentation réduite. A la Maison du Café, une vendeuse m'a dit: «Ils se cassent, enfin! Un an et demi que ça dure, il était temps!» Ah bon?

Place des Martyrs, j'accoste un militant du CPL. Je commence à discuter, je veux le prendre en photo, et un gars débarque, engueulant mon aouniste (je connais quelques insultes en arabe, mais j'avoue ne pas avoir compris sur le coup). Interdit de parler aux journalistes, interdit de prendre des photos à moins de montrer patte blanche au service de presse du Hezb (installé sous une tente place Riad el-Solh). Je m'en vais, mon Hezbollahi fait de même, pistolet automatique à la ceinture (lui, pas moi).

Plus tôt dans la matinée, Nabih Berri a appelé à la levée du sit-in, suite à l'accord trouvé entre majorité et opposition à Doha. Qui vivra verra, mais je ne crois pas que cette accalmie soit une trève de longue durée. 

samedi, 10 mai 2008

Day 4 (bis)

1321392943.jpgJe suis en colère.

Je suis en colère contre ce gouvernement qui a voulu jouer les gros bras sans en avoir les muscles et qui, aujourd’hui, vient geindre dans le giron de la communauté internationale et arabe, sans se rendre compte que ce qui se passe aujourd’hui au Liban n’est pas perçu autrement que comme un énième conflit entre sunnites et chiites. Entre deux familles aux mêmes racines, qui se tapent dessus depuis la nuit des temps, et dont les frottements ne présentent plus guère d’intérêt depuis l’Irak et ses 35 morts quotidiens, en moyenne. Les chiites et les sunnites, ça lasse l’opinion depuis longtemps, c’est leur problème en fin de compte. Peu importe que depuis hier soir, la montagne druze paraisse figurer en bonne place dans les velléités expansionnistes du Hezb. Qui sait ce que sont les druzes à l’étranger de toute façon? Peu importe qu’une bonne part des hommes qui traînent dans les rues de Moussaytbé, Mazraa ou Hamra soient payés et armés par Nabih Berri, accessoirement président du Parlement et à ce titre gardien de l’unité nationale. C’est une honte.

Je suis en colère contre cette armée, heureuse de recevoir des lauriers populaires il y a moins d’un an pour avoir mis des mois, et au prix de destructions monstrueuses, à rabattre le caquet à un «groupuscule» dont elle n’a même pas su arrêter le chef. Cette armée flétrie par la honte depuis qu’al-Arabiya diffuse en direct des images de soldats, nos soldats en principe, combattant aux côtés de miliciens prenant d’assaut une bonne moitié de la capitale. Quelle logique permet d’expliquer, sans parler de justifier, que l’armée accepte que des hommes en arme lui livrent d’autres hommes en arme ? Qui oserait encore se voiler la face en prétendant que le Hezbollah n’est pas une milice, que c’est la «Résistance» et qu’en tant que telle, cela lui donne le droit de dépasser toutes les lignes rouges, au nez et à la barbe de cette grande Muette supposée défendre les citoyens en toute neutralité? Que penser de ces soldats qui prennent le café avec ceux qu’ils ont pour mission d’arrêter? Je me fous des excuses – l’armée est trop fragile pour s’opposer au Hezbollah –, des prétextes – elle n’a pas le droit de lancer une opération offensive sans en recevoir l’ordre du président de la République exclusivement –, des stratégies – Sleimane attend son heure pour se présenter en sauveur… L’armée regarde passivement des Libanais (dont je doute désormais de la libanité) mettre le feu à des médias, accrocher des photos d’un président étranger, pourchasser des citoyens jusque chez eux, interdire la circulation, et j’en passe. C’est une honte.

Je suis en colère contre les Libanais, en particulier ceux que l’on appelle les chrétiens libanais, ces Libanais qui vivent à Achrafieh, dans le Metn, le Kesrouan et qui ne semblent pas affectés plus que ça par ce qui se passe. Oui, ils ont peur. Peur que la contagion ne gagne leur quartier, leur région. Peur que cela ne soit pas bon pour leurs affaires. Peur de ne pas pouvoir aller à la plage cet été. Mais ont-ils seulement peur pour leur pays? Peur pour leurs concitoyens, ces sunnites qui, de toute façon, «n’ont jamais su se battre» (comprenez «c’est leur problème, nous, ça ne se passerait pas comme ça»)? Se rendent-ils seulement compte que, en quelques jours, les lignes de fracture qui ont scindé ce pays pendant plus de 15 ans se sont reformées, que la ligne verte est de nouveau en vigueur et que les voilà de nouveau cantonnés à ce fameux «réduit chrétien» qui a bercé mon adolescence? Les chrétiens se sont glissés en douceur dans cette nouvelle/ancienne configuration, comme dans des pantoufles. Ce qui laisse à penser que les lignes de démarcation restaient bien vivaces dans les esprits et que les Libanais n’ont rien appris. Il ne s’agit pas d’aller combattre le Hezbollah les armes au poing dans un combat perdu d'avance. Il s’agit de manifester une quelconque solidarité, ne serait-ce que dans les cœurs, dans la dignité des discours. Combien ont été manifester ce matin à Tabaris? Combien iront cet après-midi rejoindre Offre-Joie? Bien peu, j’en ai peur, parce que bien peu se sentent concernés, en fin de compte. Comme pendant la guerre de 1975-1990. On est gêné par l’inconfort, mais combien se sentent réellement impliqués par ce qui est en train d’arriver à leurs compatriotes? Sur les chantiers d’Achrafieh, les travaux se poursuivent comme si de rien n’était. A Jounieh, les bars et resto font le plein. La vie continue et doit continuer, certes. Mais un peu de solidarité serait bienvenue. Elle serait décente. Mais là encore, les Libanais n’ont rien appris. Ils reproduisent les mêmes schémas et se reprendront les mêmes claques. L’aéroport est inaccessible? On reprendra le bateau de Jounieh vers Chypre. L’ambiance est pas cool à Gemmayzé? On sortira dans le Kesrouan ou à Broumana. Le Hezbollah fait la loi à Beyrouth-Ouest? Il verra bien s’il ose s'approcher de chez nous (c’est ça ouais).

Cette espèce d’indifférence un peu anxieuse, tellement égoïste, est non seulement indigne, elle est suicidaire. Au lieu d’espérer naïvement, comme si l’Histoire ne nous avait rien appris, que le Hezbollah soit poussé à la faute (euh, ce qui se passe n’est pas suffisant?) et qu’Israël ou un état lambda intervienne, sauvant ainsi la veuve et l’orphelin, les Libanais de toutes confessions – du moins ceux qui ne sont pas d’accord avec ce vendu de Michel Aoun pour qui il s’agit d’une «victoire nationale» – devraient descendre dans la rue et crier leur solidarité à la face du monde. Crier que non, il ne s’agit pas de heurts sunnites-chiites mais d’une agression contre une nation toute entière par un parti fasciste qui refuse que l’on touche à sa capacité militaire (j'allais écrire "de nuisance"). Crier que la fermeture de médias, quels qu’ils soient, est un signe extrêmement inquiétant de ce fascisme. Crier que les Libanais refusent que leur destin soit dictés par quelques uns, plus armés que les autres, si tant est qu’ils croient encore à leur prétendue démocratie. Crier qu’ils ne veulent plus être pris en otage, que ce soit enfermés dans leur maison à Beyrouth ouest, ou engoncés dans leur région pour Beyrouth-Est. Seul cela forcerait le reste du monde à regarder ce qui se passe réellement au Liban. Ils ont su le faire en 2005 mais là, parce qu’ils ne sont pas directement concernés, ils ne bougent pas; ils s’adapteront, si tant est que le business va bien. Et pour moi, ça, c’est la plus grande de toutes les hontes.

jeudi, 08 mai 2008

Day 2

23h35

• Ça tonne.
• Tiens, un petit sujet sur Euronews. De l'info très conventionnelle, mais ça donne une idée.

 
21h10

• Je viens de rentrer. Beyrouth ville morte. Tabaris et Sodeco bouclés. Pleut quelques gouttes. Ça tire de partout.
• Les militaires sont partout sauf là où ça chie. Sleimane a perdu l'occasion de montrer qu'il en avait.
• Le halloum a remplacé les yaourts importés au supermarché.
• J'ai 45 minutes pour pondre 4 colonnes. Hmm...

 
19h20

• Les gars du Hezb et du Futur s'en mettent plein la tronche dans Beyrouth-Ouest.
• Il y a toujours du courant.
• Les "boom boom" sont revenus.

 
19h00

• Les SMS vers l'étranger ne passent pas. Ou difficilement.
• Tiens, ça fait bien 2 minutes qu'il n'y a pas eu de "boom boom".
• Cellulaire en rade: plus de réseau. Hmm... Ah si, ça vient de revenir.

 
18h30

• SMS de l'ambassade de France: «Les consignes transmises hier restent valables jusqu'à nouvel ordre. Elles s'appliquent également en dehors de Beyrouth.» Sans blague? Et à l'ambassade, ils sont en première ligne pour les tirs de Ras en-Naba!
• Selon notre «correspondante sur le flan sud d'Achrafieh», des hélicos se sont posés à l'aéroport.
• Qu'est-ce que ça canarde! Si c'est pas la guerre, ça y ressemble drôlement.

 
17h40

• Le Sayyed vient d'inventer une nouvelle politique: celle de la petite carotte et du gros bâton. Il rigole, il compte sur ses doigts, demande au gouvernement de revenir sur ses décisions (pour une fois qu'il en prend!), et propose le dialogue. Hmm...
• Pas touche aux armes, sinon on coupe les mains. Hmm...
• Le Sayyed ne veut pas que la CIA et le FBI contrôle l'aéroport. Hmm...
• Ça pétarade grave, ils sont contents! Youpi! Hmm...
• Le généralissime va parler ce soir. Hmm...

 
15h35

81769147.jpg • Les vieux réflexes sont en train de refaire surface. Je suis allé faire le plein des réservoirs, et les pompistes étaient bien débordés. Idem pour les supermarchés. A la station près de chez nous, les 20 litres sont vendus à 29100LL. Une petite étiquette sur la pompe même fait mention d'autres tarifs pour "ARMY": 26800LL.


13h30

• Les médias français commencent à sortir de leur torpeur, tout occupés qu'ils sont avec le mariage de Jamel et Mélissa.

• Ça clashe fort à Tripoli.


12h40

• Comme j'aime beaucoup les cartes géographiques, je me suis «amusé» à voir ce que cela donne à Beyrouth, vu d'en haut. Voilà le résultat. C'est clair, non?

43697935.jpg

 

11h50

• Ça, c'est Tayouneh hier, là où a été prise la photo plongeante du post précédent. Vous pourrez y voir les fameux scooters...

• Et là, c'est au Sud, à Nabatiyeh, Tyr et Marjayoun.

• Pendant ce temps, Orange TV passait un feuilleton. Logique.
• Aujourd'hui, c'est bis repetita. Et ça bouge beaucoup du côté de la Bekaa. La route de Dahr el-Baïdar vient d'ailleurs d'être fermée, et le passage de Masna complètement bloqué par des tas de terre. On file vers l'isolement total.
• Je me disais ce matin que la dernière fois que l'aéroport a été mis hors service, c'était à cause des bombardements israéliens. L'histoire peut être ironique parfois.
• Rappel des faits: la grève a tourné en désobéissance civile car le parti de Dieu voudrait que le gouvernement fasse machine arrière sur le limogeage du responsable de la sécurité de l'aéroport et sur l'enquête concernant le réseau téléphonique parallère. C'est vrai quoi, il a du culot ce gouvernement fantôme de vouloir lever le petit doigt.

mercredi, 07 mai 2008

Day 1 : le Hezbollah fait la pluie, le beau temps et les nuages noirs

23h59

• Devra-t-on se souvenir du 7 mai 2008 comme du 13 avril 1975?
• La Bekaa est aussi le théâtre d'affrontements entre partisans du Futur et du Hezb.
• Pour Slimi (Frangieh), ce qui s'est passé aujourd'hui n'est pas la faute du Hezbollah car il a été provoqué, le pauvre.
• Toujours silence radio du côté de Rabieh.
• Le mufti de la République (cherchez l'erreur) a fait savoir que "les sunnites en ont assez".


19h10
 

• On attend sagement l'annonce du couvre-feu sur Beyrouth.
• Les écoles risquent de fermer leurs portes jusqu'à lundi minimum.


18h25

• Il semblerait qu'un début de coup d'Etat soit en cours.
• Côté Hezbollah, la désobéissance civile commence. Y sont où les aounistes?


17h45

• SMS reçu sur mon portable: «En raison des incidents graves de ce jour, il est fortement déconseillé de circuler dans Beyrouth et notamment de tenter de se rendre à l'aéroport qui est inaccessible.» Signé: le Consulat de France. Merci, c'est trop sympa de prévenir.
• Les FSI vont-ils intervenir sur le sit-in bis? Il semblerait... que non.
• Un autre petit point vidéo, à Ras en-Naba (dans Beyrouth, juste à côté de l'ambassade de France), et au Sud.


17h30

• On va avoir droit à un sit-in sur l'autoroute de l'aéroport (où est coincée Fayruz), à l'image de celui du centre-ville.
• Le gouvernement baisse son froc et a annoncé qu'il ouvrirait l'aéroport de Qleiaat pour remplacer l'autre que les partisans du Hezb veulent rebaptiser "Aéroport Hassan Nasrallah".
• File-t-on vers la partition de fait?


16h50

• Tenez, voici un petit résumé de la situation en images...

 


16h30

• Des bus déversent des hommes en armes du côté de Mazraa.
• Les ados du Hezbollah comptent installer des tentes sur l'autoroute de l'aéroport. Envoyez la cavalerie!


Bilan de cette journée à
15h30 (heure locale)

1337631919.2.jpg• Les jeunes partisans du Hezbollah, extrêmement mobiles sur les scooters, tiennent les principaux axes de Beyrouth. C’est donc la révolution par le scooter. A Jnah, près de l’ambassade du Koweït, on a vu un essaim de 200 scooters débouler sur un rond-point pour prendre la route longeant l’autoroute de l’aéroport. On aurait dit des insectes.
• Ces jeunes sont extrêmement bien encadrés par des militants plus expérimentés, avec talkie-walkies et tout le tralala.
• Sur le rond-point de Tayouneh (à la lisière des quartiers de Chiyah – chiite – et Aïn el-Remmaneh – chrétien, voir la photo ci-dessus), les manifestants ont brûlé des voitures. Des camions déversent des tas de terre pour bloquer tous les boulevards. Les militaires en faction restent les bras croisés: «Qu’est-ce qu’on peut faire?», lance l'un d'entre eux.
• L’autorité de ce qui reste de l’Etat libanais est bafouée une fois de plus.
• L’accès à l’aéroport international est totalement bloqué: par l’ancienne route, par la nouvelle, par le bord de mer.
• A Achrafieh comme dans les régions chrétiennes périphériques (Metn, Kesrouan...), les gens continuent comme si de rien n’était. Les ouvriers syriens travaillent toujours sur les chantiers d’immeubles sortant de terre.
• La fumée noire des pneus, ça pollue. Faut voir nos visages et nos narines.
• Pour la première fois, la route du port, en bas de la place des Martyrs (où l’opposition poursuit son p#$*&n de sit-in depuis décembre 2006) a été bloquée (mais dégagée par l'armée). J’avoue que voir ça, ça fait réfléchir, car couper le centre-ville jusqu'aux rives de la Méditerranée veut dire beaucoup de chose, d'autant que le port est une zone tenue par Amal…
• La ligne verte a repris du service.
• Des infos (à prendre avec des pincettes) font état de tirs de RPG, de grenades… en tout cas, on entend très bien les rafales d’armes automatiques un peu partout.
• Le Hezb a réussi son coup en montrant qu'il peut tenir la capitale.
• Michel Aoun, lui, devrait tirer les conclusions qui s’imposent devant l’absence totale de mobilisation dans son camp. Pathétique.
• L’accès à l'aéroport international restera fermé jusqu’à nouvel ordre.
• Au moins huit blessés pour l'instant.
• C’est bon pour le tourisme tout ça.

mardi, 06 mai 2008

Hassan, Walid et miss Météo

792286487.jpgBonjour, vous êtes bien sur MétéoLiban, et voici les prévisions pour demain: les brumes de pollution matinales devraient se dissiper rapidement, et nous devrions avoir un temps globalement ensoleillé, mais couvert en milieu de journée par d’épais nuages noirs de fumée émanant de tas de pneus brûlés. Les températures devraient monter largement au-dessus des moyennes saisonnières. Bonne soirée et restez chez vous demain!

[…]

Elle est chouette la speakerine de MétéoLiban, elle a tout compris: la météo libanaise est recouverte d’une brume de manipulation bien épaisse. Il y a vraiment de tout en ce moment, les déclarations incendiaires bourgeonnent comme les gardenias et les jacarandas des cours d’école.
Tiens, parlons-en de l’école. Il y en a une juste à côté, et c’est plutôt folklorique. Dans la cour, Walid accuse Hassan d’avoir un pistolet à eau et de terroriser tous les petits camarades avec, Hassan rétorque que Walid n’est qu’un américhien; Walid dénonce le réseau de talkie-walkies Playschool de Hassan, Hassan lève les yeux au ciel en disant que Walid fait le jeu du complot chioniste (il a pas bien compris ce que disait son papa à table la veille); Walid ne comprend pas ce que faisaient trois élèves d’une école étrangère pas loin de la maison de son pote Samir, Hassan, lui, se dit qu’il ne fallait pas faire tout un fromage de cette histoire… Ça se chamaille sec entre Walid et Hassan ces derniers jours, et dans la cour d’école, un autre gamin essaie de montrer qu’il a des muscles, en vain. C’est le petit Michel. Lui, il aimerait bien que tout le monde l’écoute, mais il n’est pas aussi populaire qu’il le croit à la récré. Pendant ce temps, les nuages promis par miss Météo s’accumulent, s’accumulent… Alors Walid et ses potes se fâchent fort, car aucun d’entre eux ne comprend ce que veut vraiment Hassan. C’est vrai, quoi, il veut quoi ce petit Hassan? Il a déjà toutes les billes de ses copains, un lance-pierre, une fronde (quoique non, il a jeté sa fronde, ça fait trop «David» à son goût), il pique les casse-croûtes de Michel (c’est leur deal depuis le CP), et ses copains de CM2 (les grands, quoi) bloquent toutes les sorties de la cour de l’école afin qu’Hassan soit sûr que tout est sous son contrôle. Et comme il n’y a plus de directeur dans leur école depuis 6 mois, Hassan, Walid et tous leurs petits copains de jeu font n’importe quoi. Mais bon, à l’école, aucun gamin n’ose plus trop approcher Hassan car personne ne sait ce que ce garçon à la bouille trop gentille a réellement dans la tête. Prendre le contrôle de l’école par la force? Eliminer les garçons aussi populaires que lui? Lancer une bataille de bombes à eau avec les voisins de l’école d’à-côté sans prévenir ses petits copains?
Du coup, comme tout ça est très confus et que la majorité des enfants de cette école n’a aucune prise sur les agissements de nos caïds en culotte courte, ces derniers en rajoutent des couches quotidiennement. Jour après jour, Walid et surtout Hassan brouillent les pistes (pas la 17 de l’aéroport, je vous vois venir…). Peut-être qu’il a une enfance malheureuse pour se comporter comme ça, celui-là.

[…]

Ah, miss MétéoLiban veut reprendre l’antenne: il a plu ce matin à l’Université libanaise de Fanar, et il pourrait pleuvoir du côté de Mazraa, de Basta et de Jdeidé demain. Sortez couverts!

[…]

Cool, l'électricité vient de revenir, voici la météo en live: 


envoyé par viliendelabarbe

mardi, 22 janvier 2008

Coup de pied au cul(te de la personnalité)

Ça doit être un phénomène propre aux pays du Tiers Monde. Au Liban, les portraits de figures politico-féodales et autres martyrs font partie du paysage urbain. Il y a les morts bien sûr, de Béchir Gemayel à l’imam Moussa Sadr en passant par cette bonne vieille trogne d’Elie Hobeika (dans son cas, la résurgence est saisonnière puisque l’on «fête» en ce moment le 6e anniversaire de son dégommage). Et il y a les vivants aussi. L’emplacement géographique de ces portraits délimite d’ailleurs bien les territoires: Hassan Nasrallah est champion toutes catégories du culte de la personnalité (que l’on soit à Dahiyé, Baalbeck ou Tyr), suivi d’un peloton constitué de Michel Aoun (champion du monde à Baabda-Aley), Samir Geagea (mister Univers à Nasra ou Bcharré), et Rafic Hariri (tycoon-martyr à Qoreytem et Saïda). Le pauvre Nabih Berry est un cas un peu particulier, lui qui pose si bien devant les objectifs, puisqu’il doit se trouver quelques mètres carrés au soleil là où Nasrallah daigne lui accorder un peu d’espace. Et puis il y en a un autre, un peu à part: c’est le président de la République.

En 1998, au moment de son arrivée à la tête de «l’Etat», Emile Lahoud avait annoncé haut et fort la couleur: pas de culte de la personnalité pour lui. Ô grand jamais! Son portrait officiel n’ornerait que les bureaux des administrations. Résultat: pendant des années, nous avons eu droit à son sympathique faciès à chaque coin de rue, en uniforme avec l’air sérieux, ou en costard blanc-beurk avec sourire Ultrabrite et bronzage ATCL. Il était partout. Mention spéciale à deux affiches: la première, gigantesque, plantée à Adonis en 2004 avec comme slogan «L’homme de la décision» (warf warf), la seconde à la sortie de Tripoli, le plaçant tel Dieu le père bien entouré de Bachar et de son cher papa, feu Hafez (tiens, ça sonne étrangement «feu Hafez»…). Il s’était certainement laissé griser par l’ivresse du pouvoir (qu’il n’avait pas). Cela fait maintenant deux mois qu’il est au placard, que le Liban est donc sans président. Les portraits de Mimile 1er ont disparu des murs de Beyrouth et d’ailleurs. Les fonctionnaires libanais ont l’air un peu désorientés face à ce cadre photo désespérément vide mais toujours planté au mur. En revanche, dans les rues, cela a fait un peu de pollution visuelle en moins.

827933ad4e54fe34c958d4a4aac88453.jpgMais au Liban, il ne faut pas se réjouir trop vite! Depuis quelques temps, tout ce qui ressemble à un pan plus ou moins vertical voit fleurir de nouvelles affiches. Et voilà! Monsieur S. n’est pas encore président que son portrait s’étale déjà un peu partout. En version sérieuse exclusivement, avec son regard profond tourné vers l'horizon, sa casquette militaire vissée sur le crâne et le logo d’une armée qu’il n’a pas encore quittée. Et ça me tape sur les nerfs.

Notre chère république a, sans le vouloir (?), institué une 18e confession: la congrégation de la sainte armée libanaise. Je reconnais plus que volontiers le mérite de cette institution qui constitue aujourd’hui le dernier rempart face à un possible chaos civil. Mais de là à accepter l’idée que Sleimane représente désormais la seule et unique solution politique pour le pays, il y a un pas que je me refuse à franchir. Le matraquage visuel qui nous est aujourd’hui imposé traduit une telle instrumentalisation de l’image de l’armée qu’en fin de compte, cette nouvelle pollution visuelle suscite en moi un rejet épidermique de ces hommes que l’on célèbre systématiquement comme les nouveaux messies, à grands coups d’affiches, de banderoles, de posters…

Toutes les huiles du pays (qui aiment tant voir leurs bobines placardées) nous ont donc présenté (à tour de rôle mais jamais simultanément, ce serait trop simple) ce candidat virtuel qui n'a jamais officiellement fait acte de candidature, comme la panacée à tous les maux du pays. Comme si son omniprésence sur nos murs suffisait à s’abstenir de mettre sur pied un programme politique, économique et social, et dispensait le peuple de réfléchir plus loin (y compris à une alternative). Cette «stratégie» est d’ailleurs valable pour tous, de quelque bord que soit l’objet de ce culte de papier. Et c’est toujours la même question qui revient: où est la démocratie dans tout cela? Oui, oui, on sait, la démocratie consensuelle à la libanaise suit ses propres règles, et on n’est pas à une aberration près.

Bref, l’essentiel est sans doute ailleurs: mandat après mandat, l’ego de nos Abraracourcix locaux est flatté tous les 100m sur la voie publique. Vous me direz, cela fait bien longtemps que celle-ci n’appartient plus au public mais aux afficheurs. Mais ceci est une autre histoire.

lundi, 21 janvier 2008

Et Dieu créa l'aouniste

Juste pour rire (même si certains risquent de penser qu'on s'acharne)...

Lorsque Dieu créa le monde, il décida de concéder deux vertus à chacun des hommes qu'il venait de façonner afin qu'ils puissent prospérer dans l'harmonie et le bonheur. C'est ainsi qu'il distribua ces vertus: il rendit les Suisses ordonnés et respectueux de la loi, les Anglais, opiniâtres et flegmatiques, les Japonais, travailleurs et patients, les Italiens, joyeux et romantiques, et quand vint le tour des Libanais, il dit: ceux-là seront intelligents, honnêtes et aounistes.

Quand le monde fut achevé, l'ange Gabriel – que Dieu vait chargé de la distribution des vertus – lui demanda: «Seigneur, j'ai fait comme tu m'as dit et j'ai octroyé à chaque peuple les deux vertus que tu as choisies pour eux, mais j'observe que les Libanais en ont eu trois. Est-ce parce que tu as pour eux une référence secrète ou pour qu'ils se placent au-dessus des autres?»

«En vérité, Je te le dis, Gabriel, je leur ai accordé trois vertus parce qu'effectivement ils se croient au-dessus des autres peuples, mais sois rassuré. Dans mon esprit de justice, chaque peuple a bien deux vertus et deux seulement, y compris les Libanais car chacun d'entre eux ne pourra en posséder que deux à la fois. Ainsi, si un Libanais est aouniste et honnête, il ne sera pas intelligent. S'il est aouniste et intelligent, il ne sera pas honnête. Et s'il est intelligent et honnête, il ne sera pas aouniste.»

 
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