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dimanche, 13 août 2006

Plan B

medium_DSCN3188.jpgSamedi matin comme prévu, nous nous sommes retrouvés place des Martyrs à 7 heures du matin pour former un "convoi citoyen" devant descendre au Sud afin d'y apporter des vivres à l'attention de ceux qui n'avaient pu s'enfuir. 100000 personnes seraient encore là-bas, sans que quiconque puisse les rejoindre. La Croix-Rouge libanaise et le CICR ne vont nulle part sans autorisation israélienne, et l'Etat hébreu ne donne son accord qu'avec parcimonie: une autorisation cette semaine, pour dix demandes déposées par jour. Inutile de dire que de nombreux villages sont abandonnés à leur triste sort. L'idée de ce convoi, lancée par de multiples ONG, consistait non seulement à apporter une aide de première urgence, mais aussi à crier à la face du monde que les Libanais, unis, citoyens et sans distinction confessionnelle ou politique, refusaient ce lâchage des populations du Sud. Forces libanaises, Aounistes, Hezbollah, apolitiques, chrétiens du Kesrouan, chiites de Hay el-Sallom, druzes de Saoufar: tous ont répondu présents en tant que Libanais avant tout. Treize Américains et une dizaines d'Egyptiens étaient là juste par solidarité. En tout, 52 voitures se sont donc mises en marche, drapeau libanais au vent et coffres remplis à ras bord de victuailles.
Bien sûr, tout le monde était inquiet, sachant que la veille, un convoi de réfugiés composé de 515 voitures et de 3000 personnes, encadré par l'armée libanaise et la Finul (qui assure avoir obtenu l'autorisation de passage de Tel-Aviv), avait été attaqué par un drone. Celui-ci a lâché 5 bombes, faisant 7 morts et plus de 40 blessés.
medium_DSCN3221.jpgmedium_DSCN3256.jpgmedium_DSCN3224.jpgMais ce n'est pas l'armée israélienne qui a posé problème, c'est la police libanaise. A seulement 15km de Beyrouth, un barrage décidé par le ministre de l'Intérieur Ahmad Fatfat (sunnite du Nord proche du 14 mars), a bloqué le passage, les armes à la main, sous prétexte que "cette démarche était suicidaire et qu'il était de la responsabilité des autorités de protéger ses citoyens".
En a résulté une cohue monstrueuse, des cris, des larmes, de la colère… Certains, dont toute la famille est au Sud, ont voulu passer à pied, la police les en a empêché. "Nous avons le droit de mourir où nous voulons", cria un jeune homme.
Bien sûr, les accusations ont fusé. Comment expliquer ce blocage de la part d’un gouvernement qui accuse Israël de blocus humanitaire? L’objectif était évidemment politique, et c’est bien triste car cela illustre les enjeux internes de cette guerre. A titre d’indice, le  maire de Saïda, averti de notre venue, a déclaré publiquement que nous étions "ses invités". Il faut savoir que ce monsieur est l’adversaire politique de Bahia Hariri.

Aujourd’hui au Liban, c’est aussi une question de pouvoir qui se joue, même à l’échelle de l’aide humanitaire. Déjà, sur la scène médiatique, certains piliers du 14 mars se désolidarisent du Hezbollah. En particulier dans les milieux sunnites, des rumeurs courent sur les objectifs "cachés" de Nasrallah: il ne compterait pas désarmer, les réfugiés ne rentreront pas au Sud, le Hezbollah va mettre la main sur les rênes du pays… C’est malheureusement une opposition sunnite-chiite qui est en train de voir le jour, même si les populations elles-mêmes n’adhèrent pas aux prises de position politiques.
Nous étions donc très inquiets de voir la réaction de Nasrallah au vote de la résolution 1701. Mais l’homme a prouvé son intelligence politique et tactique, en acceptant de soutenir le gouvernement, quelle que soit sa décision. Il désamorce de la sorte toutes les accusations potentielles de faire passer d’autres intérêts avant ceux du Liban, en particulier lorsqu’il déclare vouloir "tout faire pour que les réfugiés puissent retourner chez eux". Ainsi, il rassure et ses partisans, et ceux qui redoutaient une installation de ces réfugiés. Il montre aussi que ses objectifs militaires (libération de Chebaa et des prisonniers dont rien n’est dit dans la résolution) ne priment pas sur l’humain. Ce qui n’est clairement pas le cas chez ceux qui ont bloqué notre convoi…

Comme l’a dit fort justement un ami, ce qui se passe depuis un mois a surtout prouvé combien le Hezbollah fédérait au Liban et combien il était puissant sur le plan militaire. S’il était vraiment manipulé par la Syrie ou par l’Iran, il avait largement les moyens de s’opposer au retrait syrien en avril 2005, et même de prendre le pouvoir militairement. Il ne l’a pas fait, préférant participer à un dialogue national. Sachant désormais quels sont ses moyens militaires, c’est une preuve a posteriori de sa "libanité". La République islamique du Liban, tant redoutée, il aurait aussi pu l’imposer par les armes bien plus tôt.
Pour ce même ami, Israël doit maintenant se rabattre sur son plan B: l’Irak au Liban. Soit tout mettre en œuvre pour jouer sur les dissensions confessionnelles, en particulier entre chiites et sunnites. L'élargissement de l'offensive au Sud et la volonté affichée de rester sur place plusieurs semaines pour "nettoyer" la région entre dans cette stratégie. Plus il y aura de réfugiés et plus longtemps il resteront dans d'autres régions dans des conditions de promiscuité intolérables, plus le risque d'implosion de la société libanaise est important. Vous aimez bien votre voisin, mais s'il dort dans votre salon et mange vos provisions alors que vous mêmes vous êtes sous blocus, à la longue, vous allez finir par vous chamailler. Cela n'a rien à voir avec la confession, c'est juste humain. Le Hezb ne veut clairement pas entrer là-dedans, mais à ce jeu-là, il y a deux parties. Prions pour que la seconde ne tombe pas dans ce piège pour des questions bassement politiciennes.

Commentaires

Salut,
Croiyez moi j'ai bien pesé chaques mots de ton billet.
Je ne suis plus surpris de ces fortes et fibrantes réalités que vous écrivez dans ce blog. Connaissant ces navrantes positions à la vues des intérêts de chacun, comme je l'écrivais précédemment, la prochaine étape sera de ne pas tomber dans méandres manipulatrices externes et internes pour ne pas éclater cette union 100%libanaise pour un futur prospère.
Vous aurais, j'en suis certain, d'autres occasions de témoigner de votre immense solidarité et générosité à l'image de votre volonté partant ce matin là place de Martyrs.

Écrit par : Nathan | lundi, 14 août 2006

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