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jeudi, 31 août 2006

La guerre des ultimatums

Lèvera, lèvera pas, le blocus? Déploiera, déploiera pas, l'armée libanaise au Sud? Désarmera, désarmera pas, le Hezbollah? Tant de questions (entre mille), qui ne trouveront - ou non - de réponses que face à la réalité des choses, à la volonté de tel ou tel homme. Avant de partir à Paris, il y a 10 jours, je discutais avec un professionnel de la pub à Beyrouth, qui avait gelé toutes ses activités libanaises en attendant la date fatidique du 31 août, en faisant référence à l'ultimatum de la communauté internationale adressé à Téhéran concernant son avenir de puissance nucléaire, et à l'incidence que cette date aurait sur la scène libanaise. Le 31 août, on y est, et je ne pense pas que l'après-31 apportera la moindre réponse. Au mieux, cet ultimatum va être prorogé (on est très fort au Proche-Orient pour proroger les mandats... suivez mon regard). Au pire, la sacro-sainte "communauté internationale" votera d'effrayantes "représailles économiques". Bonne blague...

Cette "communauté internationale" ne ménage pas sa peine depuis des mois pour freiner l'apétit atomique de monsieur Ahmadinejad, de peur de voir ces "diaboliques" armes de destruction massive entre les mains des ayatollahs. Moi, ce qui me fait bien plus peur, c'est de penser aux gamins du Sud-Liban ramassant une petite bombe israélienne en pensant pouvoir jouer avec, comme avec une boîte de conserve. Durant les 72 dernières heures (officielles) de son offensive, l'armée israélienne a largué 90% de ses bombes à sous-munition. Si certains officiels occidentaux (comme Jan Egeland, secrétaire général adjoint de l'Onu chargé des affaires humanitaires) ont soulevé le problème hier, c'est à une véritable hécatombe au compte-gouttes à laquelle il va falloir s'attendre dans les prochains mois - voire les prochaines années - dans le sud du pays. Les bananeraies en sont infestées, les bas-côtés des routes, les champs... Voilà les vraies armes de destruction massive. Elles existent déjà, on sait qui les fabrique, on sait qui les achète et qui les utilise. Faudrait peut-être que la "communauté internationale" bouge son gros derrière en adressant un ultimatum aux nations concernées (suivez mon regard, bis) pour empêcher ce genre de pratiques absolument inhumaines, mesquines et aveugles. Simplement "immorales", pour reprendre le mot de Jan Egeland.

On peut toujours rêver. Ce n'est pas encore interdit, ça?

samedi, 26 août 2006

Une proie pour deux fauves

C'est le titre d'un ouvrage paru pendant la guerre dite civile du Liban, faisant évidemment allusion à la Syrie et à Israël. Il aurait aussi bien pu être titré "Une proie pour vingt fauves". Bref...

Notre ami Bachar se sentant apparement exclu, désormais, de la vie politique libanaise, la Syrie tente de refaire surface chez nous via la question des frontières. Un abcès de fixation - dans lequel se place aussi Chebaa - bien pratique. Si la Finul se déploie, côté libanais, sur les frontières, la Syrie fermera le passage. On la croit sur parole, elle l'a déjà fait, et pas plus tard qu'il y a un an. La géographie est simple: au Sud du Liban, Israël. A l'Ouest, la mer. Tout le reste, la Syrie. De quoi faire un peu de paranoïa et de claustrophobie.

Histoire de donner un peu de poids et de crédit à sa menace, le gouvernement syrien a déjà stoppé les livraisons d'électricité qu'elle assurait au Liban (à des taux usuriers, rassurez-vous). Du coup, on est encore un peu plus dans le noir. Un peu plus, un peu moins, vous me direz, on n'est plus à ça près. Les autorités libanaises ont réagi fermement, mais là n'est pas le problème. La Syrie ne cesse de montrer qu'elle n'acceptera pas d'être isolée de sa carte libanaise, qu'elle a son mot à dire dans ce qui se joue aujourd'hui au pays du Cèdre. Elle ne veut pas, ne peut pas concevoir un Liban souverain et indépendant de sa "grande soeur". Décidément, on ne choisit pas sa famille... Ses voisins non plus, d'ailleurs.  Au bout d'un moment, c'est fatigant de ne plus savoir où regarder, à part vers la mer... La décision européenne va-t-elle changer les choses? Une "Finul plus" est-elle la solution? J'aimerais le croire. Mais ici, on a le sentiment qu'à cinq problème avec Israël, succèderont mille problèmes avec la Syrie... qui aura elle aussi le culot d'affirmer que c'est pour le bien du Liban. Bachar, Olmert, deux amis qui nous veulent du bien... même combat?  

Si l'arrivée de la "Finul Bis" permet de lever le blocus israélien, ce sera déjà pas mal, après plus d'un mois et demi de rationnement de yaourts. Comme ça, les Syriens pourront prendre la relève si le coeur leur en dit. D'un blocus à l'autre, les Libanais commencent à prendre le pli d'être otages de leurs voisins. C'est beau la continuité...

jeudi, 24 août 2006

No entry

Comme d'habitude pour moi, un aterrissage en France ne se fait jamais vraiment en douceur. Dans ma tête. Sur les coups de 5h30 ce matin, mon Airbus venant de Beyrouth s'est posé sur le tarmac de Roissy. A l'aube, avec le sol mouillé, l'avion glissait lentement jusqu'à rejoindre le terminal et s'immobiliser. J'avais froid dans le dos rien qu'à voir le ciel. Au dernier virage avant le terminal, mon regard s'est posé sur une grande inscription blanche sur l'asphalte: NO ENTRY. Gloups. Bienvenue.

Et puis j'ai retrouvé Paris. Ses comptoirs en zinc avec le pastaga et les glaçons que s'entrechoquent, le gros moustachu qui parle trop fort, la serveuse débordée, le bon petit resto, la bouteille de Bourgogne... Ce serait malhonnête de ma part que de cracher dans la soupe, la France a aussi ses bons côtés. Dans le bus, j'écoutais Universal traveller, Tales of endurance ou I feel love. Mes oreilles étaient comme chez elles. Mes yeux, eux, scrutaient tous les visages dans la rue. J'étais persuadé que j'allais voir quelqu'un que je connaissais, un peu comme quand on se balade à Beyrouth. Je crois qu'il va me falloir réapprendre l'anonymat. Je ne comprends pas comment il est possible de s'y habituer.

17:30 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 23 août 2006

Le "cas"

Voilà. Depuis 21h32, je suis officiellement un "cas". Un "cas", selon ma copine Fab the Fabulous journaliste pour France Inter, c'est quelqu'un dans une situation susceptible de l'intéresser pour une interview. Je ne sais pas si c'est mon cas (c'est le cas de le dire, haha), mais j'aurais préféré ne pas être un "cas".

A 21h32, j'ai déposé David à l'aéroport, direction Amman puis Paris (Amman parce que les avions n'ont pas assez de kérosène pour aller directement à Paris. Merci le blocus israélien). Il va rejoindre, le coeur lourd, nos petites gonzesses qui commencent à trouver le temps long, là-bas, en France. A 21h32, j'ai donc quitté mon compagnon de fous rires, de pneu crevé, d'expéditions improvisées, de course automobile sous les avions israéliens, d'écriture, de vie... Je me sens orpheline. Mais je reste. Pour le boulot, pour la maison, pour le pays, pour ne pas baisser les bras. D'habitude, c'est plutôt l'inverse qui se produit, la femme part avec les enfants, l'homme reste. Mais la vie et Israël en ont décidé autrement. C'est un déchirement pour nous, mais deux petites filles ont besoin de nous, d'au moins l'un de nous. Je suis donc loin de ma famille, seule dans ce pays qui n'est plus vraiment en guerre, mais qui n'est certainement pas en paix. Et qui est sous blocus, aussi, c'est si bon de se le rappeler. Les rayons de supermarché font peine à voir, se vidant au fur et à mesure. Trouver un yaourt relève de l'exploit. Le fromage, n'en parlons pas... La liste s'allonge des denrées qui manquent... Mais ce n'est pas le plus grave. Par exemple, David aurait dû partir plus tard, en passant par l'Allemagne. Mais la Lufthansa s'est vue interdire le passage par Israël. Au Liban. Le port devait rouvrir aussi, mais... non. "Le blocus se resserre", peut-on lire un peu partout. De plus en plus de monde a le sentiment que notre beau pays va être transformé en Gaza. C'est apparemment une politique qu'Israël apprécie, et qui ne fait malheureusement pas réagir grand monde en dépit des conditions de vie innommables dans ce territoire soi-disant sous autorité palestinienne... Bref. Depuis 21h32, je dois commencer à me battre contre la solitude et continuer de vivre comme beaucoup de monde ici, sans savoir ce que demain nous réserve, à quelle sauce nous allons être mangés. Sans savoir quand je reverrai ma famille.

Vraiment, j'aurais préféré ne pas être un "cas"...

We are the champions

medium_basket.jpgmedium_basket2.jpg74-73. Non, ce n'est pas le numéro d'une résolution qui sera violée, mais le score final du match Liban-France au championnat du monde de basketball, à Sendai au Japon. "Un authentique exploit", dixit L'Equipe. Bon, il est peu plausible que le Liban arrive en finale, mais cette victoire, aussi anecdotique soit-elle, a mis du baume au cœur à tout un peuple. Vive le Liban, vive la France!

Dieu a de l'humour

Celle-ci a été envoyée par Jnoub en commentaire, mais elle est trop mignonne pour que nous ne la mettions pas en post.

Dieu parle aux anges et leur dit: "J'ai créé le plus beau des pays, avec un peuple hospitalier, sympathique et intelligent, des filles super jolies..." Là, les anges s'offusquent: "Non Dieu, ils ne le méritent pas, c'est trop!" Dieu répond avec un sourire: "Mais attendez de voir quels voisins je vais leur mettre..."

:)

lundi, 21 août 2006

Avis aux Parisiens

Liban Jazz, un organisme libanais fondé par le sympathique Karim Ghattas aux yeux de braise, présente "Concert en Blanc" au théâtre du Rond Point à Paris, mardi 5 septembre prochain. Tous les artistes de Jazz solidaires seront réunis lors de ce concert unique pour le Liban.
Voici le lien à transférer au plus grand nombre si vous le voulez bien: www.concertenblanc.com

Rendez-vous le 5 septembre. 

Paradox politik

Non mais franchement, de qui se moque-t-on? Depuis hier, je bouillonne. Mettons un peu d'ordre dans tout ça:

- Il y a un mois, Israël soutenait que son agression visait, entre autres, à rétablir l'autorité du gouvernement libanais, à consolider la démocratie au pays du Cèdre, à libérer les Libanais du joug du Hezbollah, confiant que ces Libanais lui en seraient reconnaissants. Belle façon de faire, vraiment. On peut dire merci tout de suite?

- Depuis deux jours, l'Etat hébreu souffle le chaud et le froid et met tout en oeuvre pour que rien ne se règle, pour que les hostilités reprennent. Ehud Olmert est au plus mal au niveau interne, d'accord. Personne n'est content de la façon dont il a géré cette guerre, d'accord. Mais quoi? Il s'imagine remonter dans les sondages en bombant le torse et en redorant au Liban - encore- son blason? Il y a là une vaste hyprocrisie qui me rend malade.

Vendredi soir, l'aviation israélienne survole le Liban. Le respect de l'espace aérien: que dalle. J'aimerais voir la situation inverse. Samedi, un commando débarque au nord-ouest de la Békaa en complète contradiction de l'accord d' "arrêt des hostilités", sous prétexte d'arrêter le transport d'armes de la Syrie vers le Hezbollah, sans avoir à fournir la moindre preuve de ce qu'il avance. "C'est contre le terrorisme: JOKER! Personne ne peut rien dire!" Cela commence à bien faire, cette justification à tout bout de champ de la lutte contre le terrorisme, qui autorise n'importe quelle action, aussi anti-démocratique soit-elle, sans avoir à fournir la moindre preuve de ce que l'on avance. C'est vraiment prendre les gens pour des imbéciles. Prenez une carte et regardez où se trouve Boudaï, par rapport à la frontière syrienne, Baalbeck ou le Sud Liban. Les armes en question, elles partaient où? Vers la montagne chrétienne?

Là dessus, Olmert en rajoute une couche, et quelle couche! Il ne veut pas que des pays n'ayant pas reconnu Israël participe à la Finul renforcée (admettons). Il ne veut pas que tel et tel pays participent au financement de la reconstruction au Liban (il n'a qu'à payer lui-même, vu le prix de ses appartements, il en a les moyens). Il veut que l'Italie dirige cette Finul, faisant un joli bras d'honneur à la France (très drôle, mais ça complique encore la formation de ladite Finul). Il ne veut plus que l'armée libanaise arrive jusqu'à la frontière sous prétexte que le Hezbollah en profiterait pour avancer aussi, alors qu'il y a encore une semaine, il jugeait ce déploiement trop lent. Mais oui: Ehud Olmert vient de découvrir que l'armée libanaise (qu'il voulait renforcer il y a un mois en bombardant ses casernes) et le Hezbollah, c'est la même chose. Dimanche, tout l'après-midi, les avions israéliens ont survolé le pays. Et voilà qu'Olmert annonce qu'il se prépare à un second round, si la Finul ne se renforce pas bientôt. Cette même Finul à laquelle il pose tous les obstacles possibles et imaginables, par des exigences multiples et changeantes et par l'entretien d'une tension permanente propre à décourager des participants déjà frileux... "Je veux la paix mais je fais tout pour que cette paix soit impossible", en substance.

Que personne ne vienne me dire qu'Israël veut la paix, alors que son gouvernement ne fait que montrer son envie de retourner au front.

Et au passage, qu'on me nomme un seul pays, un seul, qui dicte ainsi sa loi à un autre pays souverain, qui déclare au nez et à la barbe de toute la communauté internationale que lui, il fera comme bon lui semble; qui donne ses directives sur quand et comment un conflit dont il est en (très) grande partie responsable doit être géré par l'ONU; sur qui doit faire quoi et comment. Y a-t-il un seul autre pays au monde qui a cette arrogance et ce mépris des règles et conventions internationales? Ha oui, il y en a un, je n'y avais pas pensé. Les Etats-Unis.

De quel droit? Bon sang, de quel droit?

11:00 Publié dans Israël | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 19 août 2006

Khiam: une lumière dans les ténèbres

medium_khiam2.jpgHier... Il y a parfois de drôles de journées, comme celle d'hier. Partis vers le Sud aux alentours de 13 heures, nous n'y sommes arrivés qu'à 18 heures. L'autoroute côtière ressemblait à un gigantesque départ du 15 août, si ce n'est que les voitures surchargées étaient remplies de réfugiés voulant rentrer chez eux, et pas de vacanciers insouciants. Nous avons donc opté pour la montagne (je ne suis plus très sûr que cela ait été une bonne idée). Bref. Notre destination: Khiam (prononcez Riam). 

Le Sud, pour comprendre son état, il faut aussi le voir de nuit. C'est noir. Plus d'électricité, plus d'eau. Plus rien, à part l'obscurité. L'entrée dans Khiam fait froid dans le dos. La ville, située sur le dos d'une colline surplombant Israël, a été quasiment rasée. Tout en haut de la colline, il y avait un lieu symbolique, tranformé depuis 2000 en site touristique. Le 23 mai 2000, l'armée israélienne évacuait les lieux – une prison apparemment inspirée de celle de Midnight express – en quelques heures, laissant des dizaines de prisonniers plantés là, derrière leurs barreaux. Depuis, les ex-détenus servaient de guides, expliquant aux visiteurs les types de torture qui étaient pratiqués dans ces murs (heureusement que les murs ne parlent pas...), la vie dans cette prison oubliée du monde. Dans cette cité où le Hezbollah était très implanté, le parti de Dieu avait pris en charge le côté "mémorial" du site, construisant même un petit restaurant à l'entrée, ainsi qu'une boutique où l'on pouvait même acheter une petit boule avec la Tour Eiffel et de la neige dedans. Depuis une semaine et un largage de 22 tonnes d'obus, il ne reste rien, sauf le portail d'entrée. Enfin si, il reste quelque chose: des tas de gravas. Un terrain vague.

Dans la ville transformée en cimetière, quelques rares habitants (la ville comptait 35000 résidents permanents et 60000 en été, quand les gens venaient y estiver) sont revenus pour constater le désastre. Mais ils n'ont plus rien à faire ici...

En quittant Khiam la nuit tombée, nous avons pris le chemin du retour, via Nabatiyeh et Saïda. A notre gauche, on distinguait le nord d'Israël, illuminé comme un sapin de Noël. La colonie de Metulla surplombant la plaine de la Bekaa, la surveillant...

Mais avant d'atteindre Nabatiyeh, ce qui devait arriver arriva: après avoir maltraité notre pauvre voiture sur les routes les plus pourries (et trouées) du monde, un pneu a rendu l'âme. En pleine montagne, dans le noir le plus complet. La tuile. Le premier automobiliste à pointer le bout de son nez s'est arrêté derrière notre voiture pour m'éclairer, afin que je puisse changer la roue. Manque de pot, celle de secours était aussi plat. Notre ami d'un soir a stoppé tous les automobilistes qui sont passés ensuite pour trouver une pompe. Sans succès. Dans la cinquième voiture, un couple nous a dit qu'il connaissait un réparateur de pneus dans le village suivant. Nous y sommes allés à 20 km/h, derrière ce cinquième automobiliste. Là-bas, le réparateur a fait son boulot à la lumière de son générateur électrique, pendant que les femmes de la famille, installées sur la terrasse, nous ont offert le thé et des poires. En pleine nuit, alors que ces gens n'ont plus rien ou presque et qu'ils viennent de passer un mois d'enfer, nous étions un peu gênés. Mais l'une des femmes, un grand sourire aux lèvres, nous a assuré que nous devions nous considérer "en famille" avec eux et ne pas nous inquiéter. Ils ont même voulu nous garder à dîner, voyant que nous étions crevés...

On s'est simplement demandé dans quels pays ce genre de situations se produisent, où les gens vous aident juste pas gentillesse, envers et contre tout. Moi je vous le dis, les Libanais sont des gens formidables.

Question de bon goût

medium_mortuary.jpgPendant la guerre, les cinémas libanais se sont mis en berne, comme toutes les activités culturelles du pays. Hier, j'ai reçu les premiers programmes de distribution post-guerre. Et la première avant-première organisée, ce matin-même à 11h30 à Zouk, était celle d'un film au nom bucolique de Mortuary. Je me demande si c'était vraiment de bon goût... Superman returns aurait été plus indiqué.

21:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 17 août 2006

(Re)conquérir le Sud

(english version below)

Le désir de vie demeure plus fort que le désir de mort; et des entrailles de l’enfer et de la destruction, demeure le désir de reconstruire. Pour cela, le groupement des Sociétés Civiles pour la Vie convie tous les citoyens libanais à se joindre au convoi qui partira de la place des Martyrs, vendredi 18 août à 6h00, vers Nabatiyé. La Campagne Civile d’aide aux Déplacés ainsi que les associations de soutien norvégiennes y organiseront une distribution de produits alimentaires à l’attention des réfugiés de retour dans leur région; et le groupement des Sociétés Civiles pour la Vie aidera au déblaiement des ruines dans les quartiers les plus touchés.

La même action se tiendra dimanche 20 août à 6h00 au départ de la place des Martyrs, en direction de Tyr. Afin de faciliter votre participation à ces journées, veuillez contacter Adèle ou Hala au (01) 741 412 ou (03) 251 386 .

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The will for life remains stronger than the will for death; and from the heart of destruction the desire to rebuild remains. The Civil Society Organizations for Life invite all Lebanese citizens to join our convoy to Nabatiyeh on Friday August the 18th. We will depart from Martyr’s Square at 6 am. The Civil Campaign for Relief and the Norwegian People Aid will distribute food portions  to the returning displaced persons, and the CSO for Life will assist them in removing the debris in most affected neighborhoods. 

The same event will take place on Sunday August the 20th. The convoy will again depart from Martyr’s Square at 6 am and this time head towards Tyre.  To participate in this event, please contact Adèle or Hala at (01) 741 412 or (03) 251 386.

10:25 Publié dans Sud-Liban | Lien permanent | Commentaires (1)

mercredi, 16 août 2006

Ce n'est pas moi qui le dis, mais...

Juste un petit mot pour vous donner un lien vers un article glané sur Yahoo. Très intéressant...

De l'huile sur le feu

Comme on pouvait s’y attendre, le président syrien s’est livré à une attaque en règle contre le gouvernement libanais dans son discours de mardi. Alliant démagogie et ironie, Bachar el-Assad s’est adressé aux masses populaires pour mieux toucher ses ennemis politiques au Liban. medium_assad.jpgEn affirmant que «sauver Israël et le gouvernement israélien actuel figure parmi les tâches des forces du 17 Mai», Assad fait d’une pierre deux coups. Il instrumentalise le fossé apparu entre Libanais dans les mois précédant le retrait syrien de 2005 (et qui se creuse actuellement avec la question du désarmement), et titille les mémoires en qualifiant le mouvement souverainiste – dit forces du 14 mars – de forces du 17 mai, du nom de l’accord libano-israélien de 1983 (abrogé l’année suivante). Il accuse ainsi le gouvernement Siniora de collaboration avec l’«ennemi» israélien, au moment où le cabinet est pris entre le marteau et l’enclume: ses engagements internationaux et le mécontentement des foules, pour lesquelles les armes du Hezbollah ont pris une dimension patriotique. De nombreux Libanais ont été choqués par les demandes de désarmement formulées par certains ministres dès dimanche, alors que les bombes pleuvaient encore sur le pays et que l’armée israélienne est encore présente au Sud. «Ces forces ont commencé à parler d’un désarmement du Hezbollah alors que le sang (des victimes) est encore frais», a assené Bachar el-Assad, visant là où cela fait mal. L’objectif est clair: la chute du gouvernement, suivie soit de nouvelles élections législatives avec à la clé, un prévisible raz-de-marée du Hezbollah, soit d’un vide institutionnel pouvant mener à la guerre civile. De la sorte, le président syrien poursuit la stratégie paternelle dont l’efficacité a été maintes fois prouvée au Levant: diviser pour mieux régner.

lundi, 14 août 2006

Pendant ce temps à Gaza…

C’est vrai, depuis 34 jours, nous ne parlons que de notre nombril, de notre beau Liban. Mais en Cisjordanie et surtout à Gaza, le peuple palestinien continue de payer son vote démocratique des dernières législatives. Petite pensée pour toi, Gilles.

Le jour d'après

medium_DSCN3295.jpgmedium_DSCN3342.jpgCe lundi 14 août restera dans les mémoires d’une grande majorité de Libanais. Aujourd’hui, comme presque tous les journalistes au Liban, nous avons suivi le retour des réfugiés. Nous sommes allés dans la banlieue sud de Beyrouth, à Haret Hreik. Comme dans toutes les zones d’habitation ravagées, hommes, femmes et enfants étaient là, à la recherche de quelques affaires personnelles… C’était assez surréaliste. Tous n’avaient qu’un mot à la bouche: victoire.
Il y a quelques minutes, à 21 heures, j’ai voulu voir ce qu’en disait les JT français. J’ai allumé la télé sur France 2. Je suis resté bouche bée devant le parti pris de «l’envoyé spécial», un certain monsieur Coq, qui nommait les sympathisants du Hezbollah «fous de Dieu» et ironisait sur une «victoire» calculée à l’aune des destructions. Je n’ai plus que celles-là en tête, mais il y en avait d’autres dans le genre. C’était simplement choquant. Je crois savoir ce qui tuera cette région, c’est l’ignorance. Et celle des journalistes est d’autant plus coupable que ce sont eux qui portent la «bonne parole» dans les foyers de France et de Navarre. Ce genre de commentaires sur image, sûrs de leur vérité, ne fait qu’une chose: élargir le fossé d’incompréhension entre l’Occident et l’Orient, alors que ces deux mondes, qui sont obligés de se côtoyer, auraient tant à apprendre l’un de l’autre.

Quelques minutes plus tard, sur une autre chaîne – CNN en l’occurrence –, un sujet montrait la façon dont Israéliens et Libanais vivaient cette trêve. Chez les premiers, de toute évidence, c’était la soupe à la grimace. Chez les seconds, c’était la fête. Ce soir à Beyrouth, ce n’est plus le bruit des bombes que l’on entend, mais celui des feux d’artifice. Le commentateur américain faisait la moue, ne comprenant pas pourquoi les Libanais avaient le sourire alors que leur pays est en ruine. Là encore, c’est l’ignorance et l’incompréhension totale de la pensée orientale qui l’emportait sur le reste. Cette paix (puisse-t-elle durer) est une formidable victoire dans la tête des gens, pour qui les pertes matérielles sont moins importantes que le fait de ne pas avoir cédé devant une brutalité militaire. Même s’il y a plus de maisons détruites que de maisons indemnes, même si la terre du Sud va devoir se reposer avant d’être de nouveau fertile, pour ces hommes, l’honneur est sauf. Mieux, ils ont retrouvé une dignité perdue après des années d’humiliation. Peut-être que cela paraît décalé aux yeux de certains, mais c’est une réalité. Une vraie réalité, indiscutable. Quand l’Occident comprendra cela, il aura fait un grand pas.

22:20 Publié dans Reportages | Lien permanent | Commentaires (5)

dimanche, 13 août 2006

Beyrouth, 14h50

medium_DSCN3278.JPG

A l'instant précis où l'Etat hébreu annonçait publiquement qu'il approuvait la résolution 1701 imposant un cessez-le-feu à partir de demain matin, de multiples explosions d'une violence inouïe ont retenti à Beyrouth.

Israël bombarde la ville au moment où il parle de paix. Qu'y a-t-il à comprendre?

Lundi, 5 heures GMT

Voilà. On devrait être rassurés, une "cessation des hostilités" est prévue à partir de demain, lundi 14 août à 8 heures du matin (heure locale). Toutes les parties se sont mises d'accord sur la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Espérons seulement que les mathématiques n'accouchent pas d'une nouvelle équation bizarroïde: 1701 = 425.

A partir de lundi donc, les hostilités vont cesser, et il faut s'en réjouir. Mais le calendrier de "l'après", lui, reste le plus flou possible. 30000 soldats israéliens sont aujourd'hui sur le sol libanais (soit près du double de l'effectif mis en place lors de l'invasion de 1982). Après avoir appliqué le fameux concept des "punitions collectives" sur les populations civiles pendant plus d'un mois, ces soldats vont rester pour "karcheriser" la région, ce qui n'est jugé comme "offensif" mais laisse la porte ouverte `toute une palette d'opérations. D'ici l'envoi de nouveaux casques bleus dans une semaine (au mieux), le Premier ministre Ehud Olmert va devoir frapper un dernier grand coup, sa survie politique en dépend. Ce n'est pas moi qui le dit, ce sont les éditorialistes israéliens qui avaient déjà annoncé, la semaine passée, "la défaite d'Israël au Liban".

"L'après-après", lui, est un grand point d'interrogation.

13:45 Publié dans Sud-Liban | Lien permanent | Commentaires (4)

Plan B

medium_DSCN3188.jpgSamedi matin comme prévu, nous nous sommes retrouvés place des Martyrs à 7 heures du matin pour former un "convoi citoyen" devant descendre au Sud afin d'y apporter des vivres à l'attention de ceux qui n'avaient pu s'enfuir. 100000 personnes seraient encore là-bas, sans que quiconque puisse les rejoindre. La Croix-Rouge libanaise et le CICR ne vont nulle part sans autorisation israélienne, et l'Etat hébreu ne donne son accord qu'avec parcimonie: une autorisation cette semaine, pour dix demandes déposées par jour. Inutile de dire que de nombreux villages sont abandonnés à leur triste sort. L'idée de ce convoi, lancée par de multiples ONG, consistait non seulement à apporter une aide de première urgence, mais aussi à crier à la face du monde que les Libanais, unis, citoyens et sans distinction confessionnelle ou politique, refusaient ce lâchage des populations du Sud. Forces libanaises, Aounistes, Hezbollah, apolitiques, chrétiens du Kesrouan, chiites de Hay el-Sallom, druzes de Saoufar: tous ont répondu présents en tant que Libanais avant tout. Treize Américains et une dizaines d'Egyptiens étaient là juste par solidarité. En tout, 52 voitures se sont donc mises en marche, drapeau libanais au vent et coffres remplis à ras bord de victuailles.
Bien sûr, tout le monde était inquiet, sachant que la veille, un convoi de réfugiés composé de 515 voitures et de 3000 personnes, encadré par l'armée libanaise et la Finul (qui assure avoir obtenu l'autorisation de passage de Tel-Aviv), avait été attaqué par un drone. Celui-ci a lâché 5 bombes, faisant 7 morts et plus de 40 blessés.
medium_DSCN3221.jpgmedium_DSCN3256.jpgmedium_DSCN3224.jpgMais ce n'est pas l'armée israélienne qui a posé problème, c'est la police libanaise. A seulement 15km de Beyrouth, un barrage décidé par le ministre de l'Intérieur Ahmad Fatfat (sunnite du Nord proche du 14 mars), a bloqué le passage, les armes à la main, sous prétexte que "cette démarche était suicidaire et qu'il était de la responsabilité des autorités de protéger ses citoyens".
En a résulté une cohue monstrueuse, des cris, des larmes, de la colère… Certains, dont toute la famille est au Sud, ont voulu passer à pied, la police les en a empêché. "Nous avons le droit de mourir où nous voulons", cria un jeune homme.
Bien sûr, les accusations ont fusé. Comment expliquer ce blocage de la part d’un gouvernement qui accuse Israël de blocus humanitaire? L’objectif était évidemment politique, et c’est bien triste car cela illustre les enjeux internes de cette guerre. A titre d’indice, le  maire de Saïda, averti de notre venue, a déclaré publiquement que nous étions "ses invités". Il faut savoir que ce monsieur est l’adversaire politique de Bahia Hariri.

Aujourd’hui au Liban, c’est aussi une question de pouvoir qui se joue, même à l’échelle de l’aide humanitaire. Déjà, sur la scène médiatique, certains piliers du 14 mars se désolidarisent du Hezbollah. En particulier dans les milieux sunnites, des rumeurs courent sur les objectifs "cachés" de Nasrallah: il ne compterait pas désarmer, les réfugiés ne rentreront pas au Sud, le Hezbollah va mettre la main sur les rênes du pays… C’est malheureusement une opposition sunnite-chiite qui est en train de voir le jour, même si les populations elles-mêmes n’adhèrent pas aux prises de position politiques.
Nous étions donc très inquiets de voir la réaction de Nasrallah au vote de la résolution 1701. Mais l’homme a prouvé son intelligence politique et tactique, en acceptant de soutenir le gouvernement, quelle que soit sa décision. Il désamorce de la sorte toutes les accusations potentielles de faire passer d’autres intérêts avant ceux du Liban, en particulier lorsqu’il déclare vouloir "tout faire pour que les réfugiés puissent retourner chez eux". Ainsi, il rassure et ses partisans, et ceux qui redoutaient une installation de ces réfugiés. Il montre aussi que ses objectifs militaires (libération de Chebaa et des prisonniers dont rien n’est dit dans la résolution) ne priment pas sur l’humain. Ce qui n’est clairement pas le cas chez ceux qui ont bloqué notre convoi…

Comme l’a dit fort justement un ami, ce qui se passe depuis un mois a surtout prouvé combien le Hezbollah fédérait au Liban et combien il était puissant sur le plan militaire. S’il était vraiment manipulé par la Syrie ou par l’Iran, il avait largement les moyens de s’opposer au retrait syrien en avril 2005, et même de prendre le pouvoir militairement. Il ne l’a pas fait, préférant participer à un dialogue national. Sachant désormais quels sont ses moyens militaires, c’est une preuve a posteriori de sa "libanité". La République islamique du Liban, tant redoutée, il aurait aussi pu l’imposer par les armes bien plus tôt.
Pour ce même ami, Israël doit maintenant se rabattre sur son plan B: l’Irak au Liban. Soit tout mettre en œuvre pour jouer sur les dissensions confessionnelles, en particulier entre chiites et sunnites. L'élargissement de l'offensive au Sud et la volonté affichée de rester sur place plusieurs semaines pour "nettoyer" la région entre dans cette stratégie. Plus il y aura de réfugiés et plus longtemps il resteront dans d'autres régions dans des conditions de promiscuité intolérables, plus le risque d'implosion de la société libanaise est important. Vous aimez bien votre voisin, mais s'il dort dans votre salon et mange vos provisions alors que vous mêmes vous êtes sous blocus, à la longue, vous allez finir par vous chamailler. Cela n'a rien à voir avec la confession, c'est juste humain. Le Hezb ne veut clairement pas entrer là-dedans, mais à ce jeu-là, il y a deux parties. Prions pour que la seconde ne tombe pas dans ce piège pour des questions bassement politiciennes.

vendredi, 11 août 2006

Allo Dobeliou, I want delivery!

Alors que la diplomatie française retrouve la face à l'Onu, selon le New York Times daté du vendredi 11, le gouvernement américain réfléchit à la livraison à Israël de roquettes à fragmentation M-26 que l'Etat hébreu veut utiliser contre des sites de missiles du Hezbollah au Liban. Un haut responsable américain a indiqué au journal sous le couvert de l'anonymat que la livraison serait approuvée prochainement. Mais d'autres responsables ont déclaré que le département d'Etat retardait son accord, en raison de craintes que ces munitions ne provoquent des victimes civiles et que leur livraison ne complique les efforts diplomatiques visant à mettre un terme au conflit. Dur dur d'être Ponce Pilate en ce bas monde...

Une dernière chose: rendez-vous demain à 7 heures place des Martyrs pour le "Convoi citoyen", direction Nabatiyeh. Ça promet... 

22:30 Publié dans Militaires | Lien permanent | Commentaires (1)

A propos de la Bible

Pour tous ceux qui prennent la Bible au pied de la lettre...

Prophétie de Habaquq (2.17)

"Car les violences contre le Liban retomberont sur toi,
Et les ravages des bêtes t'effraieront,
Parce que tu as répandu le sang des hommes,
Et commis des violences dans le pays,
Contre la ville et tous ses habitants."

:o) 

 
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