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jeudi, 21 septembre 2006

Allo docteur, la France est malade

Ce post ne concerne que moi, que le regard que je porte sur la France. Certes, ce pays est un beau pays, où l'on mange bien, où l'on boit bien. Certes.

Pour la première fois depuis 10 ans, je suis donc en France pour un séjour de plus d'une semaine, qui ne ressemble pas à un marathon. Pour la première fois, j'ai le temps de sentir, de voir, d'écouter ce pays et ses habitants (que je sélectionne prudemment, c'est vrai). Pendant ces 4 premières semaines, j'ai essayé de rester le plus objectif et lucide. Et bien le constat est terrifiant.

La France – peut-être à l'image du reste de l'Occident vu ce que j'ai expérimenté et entendu aussi en Belgique – est devenu un pays triste, à l'arrêt, qui a peur de tout. Vu de l'étranger, ce pays est considéré comme une anomalie, avec ces salariés qui pleurent pour leurs 35 heures et leurs acquis sociaux, avec cette jeunesse sans vrais horizons qui prévoit la veille d'être fatiguée le lendemain... Vu de l'intérieur, c'est presque pire. Je vais probablement passer des clichés en revue, mais... Quand je suis arrivé, il faisait froid et il pleuvait: les gens ronchonnaient. Depuis, il fait super beau, chaud, le ciel est bleu: les gens ronchonnent. Dans le métro, dans les rues, les gens font la tronche (ça, c'est pas nouveau...). Sur les trottoirs, les SDF sont de plus en plus jeunes... Le "i" de iPod est aussi celui de l'individualisme: la moitié des usagers du métro sont branchés sur leurs baladeurs numériques, les pères de famille ne sont plus des hommes de cause... Tout s'est automatisé: même les portes de la station de métro Louise Michel, quand on sort, s'ouvrent automatiquement. On a même plus le plaisir de dire merci et de faire un sourire à la personne qui nous précède et qui la tient. Un mercredi, j'ai voulu accompagner mes filles au cinéma. Je voulais savoir si les enfants de 3 ans étaient acceptés: je suis resté pendu au téléphone 10 minutes, me faisant balader par des répondeurs, pianotant sur les touches, pour évidemment ne jamais tomber sur un être humain. Du coup, je n'ai pas eu mon renseignement et nous ne sommes pas allés au cinéma. L'humain semble s'effacer, et le phénomène s'accélère. C'est du moins ce que beaucoup de gens me disent. 

Et il y a la peur. Elle, elle est partout. Si j'étais candidat à la présidence, c'est contre elle que je partirais en guerre, mais ceux qui sont dans la course actuellement semblent tout faire pour la voir grandir. A Levallois où je réside actuellement, les "bons Français de souche" se barrent, car dans les rues, les musulmans à longue barbe déambulent avec leurs femmes en burka, comme en Afghanistan sous les taliban, les squares sont peuplés de juifs portant fièrement leur kippa comme signe d'appartenance et de reconnaissance... Le communautarisme n'existait pas il y a 10 ans, les extrémismes sont omniprésents, et un homme comme Le Pen pourrait tirer les marrons du feu encore une fois à la prochaine élection. Un soir, je rentrais avec mes parents en voiture. Nous étions arrêtés à un feu rouge, nous écoutions France Info, qui parlait des bateaux de réfugiés africains s'échouant sur les plages des Canaries et d'une nouvelle nuit de violence dans je ne sais quelle banlieue. Je les regardais, en me disant que eux voyaient une certaine idée de la France disparaître. Et qu'ils ne pouvaient rien y faire. Soudain, deux chansons me sont venues à l'esprit, Quand la banlieue descendra sur la ville de Thiéfaine et Hexagone des Têtes Raides... Deux chansons qui font un diagnostic très juste de la société française (à conseiller si vous ne les connaissez pas).

Finalement, la France donne l'impression de ne pas avoir accepté de ne plus être un grand pays, de ne plus être le centre du monde comme sous Louis XIV. En regardant les pays environnants, et tout le bloc occidental, je suis pris de tourni. L'Europe se transforme peu à peu en forteresse, dernier signe de décadence de tous les empires que l'humanité ait connu. L'Occident se craquèle, s'effondrera certainement de notre vivant. C'est comme ça. Sans être fataliste, cela semble être l'évolution logique du processus auquel nous assistons.

Quelle est la porte de sortie? Chacun sa réponse. En ce qui me concerne, elle s'appelle Roissy, direction Beyrouth. Il y a beaucoup moins de marchands de peur là-bas. Cela paraîtra peut-être complètement paradoxal et à côté de la plaque pour beaucoup, mais je me sens beaucoup plus en sécurité au Liban qu'en France.

16:40 Publié dans France | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

La France est un beau pays, riche de sa diversité, de son foisonnement culturel, de ses questionnements. Du moins, je le suppose, cela fait si longtemps que je n'y suis pas retournée... Mais l'INSECURITE, cette fameuse insécurité qui fait désormais tourner le monde, quelle en est sa réalité au pays de Molière? Je ne suis pas en position de juger, je n'en sais rien. Je trouve cependant triste que, quelle que soit cette réalité, elle ait pris tant de place. Et que la peur - peur de l'autre, peur de l'inconnu, peur de demain, peur de perdre - induise, comme partout ailleurs, le repli communautaire ou identitaire. Ou même individualiste. Un repli que j'observe quotidiennement ici, mais qui ne se voile pas la face. Ici, au Liban, une chose est certaine: les dangers qui menacent le pays, de l'extérieur et encore plus clairement de l'intérieur, sont identifiés, identifiables et réels. Mais ils n'empêchent personne de vivre. Au contraire, Beyrouth grouille d'une énergie aux formes multiples, aux sources diverses, mais qui tend vers un seul et unique objectif: vivre, coûte que coûte. Peut-être faut-il courir véritablement le danger de tout perdre pour savoir combien la vie est précieuse et combien il faut se réjouir de chaque journée au soleil (même lorsqu'il fait 40 degrés!), de chaque sou gagné, de chaque promenade dans la montagne parfumée, de chaque instant volé pour regarder la mer et la trouver toujours aussi bleue...

Écrit par : Nathalie et David | jeudi, 21 septembre 2006

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