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vendredi, 22 septembre 2006

Victoire divine

medium_Hezbollah.jpgÇa aurait pu être une kermesse, tant la foule était joyeuse et bigarrée, se pressant pour assister au "festival de la victoire" organisé vendredi par le Hezbollah au cœur de la banlieue sud dévastée. Mais c’est en fait à une démonstration de force populaire et politique sans précédent que le Liban a assisté. Une véritable déferlante de partisans acharnés, de simples sympathisants et de curieux, a répondu à l’appel de Hassan Nasrallah, chacun arborant ses couleurs politiques: l’orange du général Aoun, les verts de l’autre parti chiite Amal et du courant prosyrien chrétien des Marada. Mais ce vendredi, la place blanche fut surtout jaune: drapeaux accrochés à des cannes à pêches ou tenus à bout de bras, casquettes, T-shirts, ballons, tous à la gloire du Hezbollah... «Le plus grand rassemblement de l’Histoire du Liban», selon les organisateurs, faisant implicitement référence à la manifestation antisyrienne du 14 mars 2005 (ayant réuni plus d’un million de personnes). Ils furent peut-être 500000 à braver les embouteillages dantesques pour s’entasser sur le terrain vague déblayé, asphalté et sécurisé par le parti de Dieu. Certains sont même venus de l’étranger, comme Salim qui explique: «J’ai vu d’Allemagne ce que le pays a vécu; j’ai pris mon billet d’avion dès que j’ai entendu l’annonce de Nasrallah.» Un autre débarque d’Arabie Saoudite pour «célébrer cette victoire divine qui fait honneur à tous les Arabes» et qui, pour tous, revient d’abord à Nasrallah le bien nommé: Nasr signifie victoire en arabe et Allah Dieu. Tous sont venus l’applaudir sans savoir, jusqu’au dernier instant, s’il serait présent, en chair et en os. Mais à 16h30, comme prévu, le secrétaire général du Hezbollah, solidement encadré de deux gardes du corps, traverse la foule, la saluant au passage, un sourire radieux sur les lèvres, tandis qu’un flot de ballons est lâché dans les airs. «Ma présence vous met en danger, mais je n’avais pas le cœur de ne pas être avec vous», explique-t-il à la foule qui boit ses paroles. Dans son discours fleuve, il fait de l’humour, ironise, apostrophe, félicite. «Vous êtes les résistants! Personne ne peut vous retirer cette victoire politique, stratégique et voulue par Dieu!». La foule, tendue, est parcourue d’un frémissement à chaque mot bien pesé. Car Nasrallah n’épargne personne. Les Etats-Unis «responsables de cette guerre qu’ils ont voulue, préparée et armée. Les trois derniers jours ont été les pires alors que la 1701 avait été signée et l’on veut nous vendre que les Etats-Unis ont voulu arrêter la guerre? Si les Américains étaient arrivés à leurs fins, le Liban se serait transformé en Irak.» Les pays arabes ensuite «qui restent impuissants devant les enfants tués au Liban et en Palestine occupée, alors qu’ils disposent de l’arme pétrolière». Nasrallah va loin, assurant que si les peuples arabes s’alliaient, ils pourraient libérer la Palestine «de la mer jusqu’au Fleuve (Jourdain)». Il égratigne aussi le Premier ministre Siniora («ce n’est pas avec des larmes que l’on bâti un Etat fort») et le chef druze Walid Joumblatt, fer de lance des «pro-désarmement» («Je suis un homme du peuple! Ni moi, ni mon père, ni mon grand-père n’avons été ‘Bek’» en référence au titre tribal de Joumblatt). A la Finul, il répète que, du moment qu’elle ne tente pas de le désarmer, elle est la bienvenue «même si aucun des pays membres n’a dit envoyer ses hommes pour défendre le Liban (...) Nous faisons tout pour ne pas violer la résolution 1701 car le monde entier n’attend que cela, alors qu’Israël détourne notre eau et grignote nos territoires, ce qu’il ne pouvait pas faire quand nous étions au Sud. Mais soyons clairs: si le gouvernement laisse faire, le peuple réagira!» Car, conscient de son nouveau poids politique, Nasrallah renouvelle ses exigences: un gouvernement d’union nationale «car l’actuel est incapable de garantir l’unité et la sécurité du pays» et un retrait israélien total, y compris des controversées fermes de Chebaa, assurant qu’il disposait toujours de 20000 roquettes et que le Hezbollah «n’avait jamais été aussi puissant». Nasrallah affirme cependant que ses armes ne sont pas éternelles, n’étant que la conséquence d’un état de fait: «Les violations de la souveraineté libanaise par Israël et l’absence de volonté politique réelle de régler le problème. Réglez les causes et les conséquences disparaîtront d’elles-mêmes, simplement!», conclut-il avec un sourire entendu, martelant enfin un «Personne ne me fera taire» salué par les vivats d’un auditoire entièrement acquis à sa cause.

Ceux qui espéraient un virage "historique" de la ligne politique du Hezbollah sont sous le choc. Et en attendant, le reste du pays se demande si un coup d'Etat se prépare... Quelle journée. Il paraît qu'elle devrait devenir fête nationale, et même arabe. Franchement, moi, je ne sais qu'en penser...

Commentaires

Il est normal que les chiites fassent entendre leur voix, le Liban doit leur donner l importance qui leur est due. Personnellement je pense que le gouvernement actuel n a pas démerité pendant la crise Seniora a été l homme de la situation, mais cette coalition heteroclite de leaders de la guerre est avant tout communautaire et ne mene nulle part, le positionnement intelligent de Aoun portera je l espere ces fruits. Apres avoir résisté aux syriens, il soutient et dialogue avec le Hezb montrant ainsi que le Liban doit rejeter l influence aussi bien syrienne qu occidentaloisraelienne. Il n est pas du tout dans notre interet que Saad, Samir et Walid vendent le pays aux americains pour enfaire la base regionale pour leur empire en mal de forteresse dans la région. Il faut comprendre que le Liban est devant un choix capital, un systeme assez souple qui permet a chaque communaute de trouver son compte et de se developper ou un systeme rigide ou ceux qui s accrochent au pouvoir aveuglement se feront detroner par le moteur chiite. Le fait est que le Sud Liban a été délaissé pendant des années n est pas logique, on sait que l argent sera en partie detourné, et malheureusement temps que l etat n assure pas des services egaux(routes, ecoles, infrastructures..) et la sécurite de TOUT le pays il faudra compter avec un état dans l état. En temps que chiite je suis particulierement sensible à trouver cette nouvelle formule plus equitable, je suis par ailleurs fervent partisan à ce que les chrétiens au Liban restent au centre de la vie politique, Le Liban ne sera pas le Liban sans la cohabitation de ses differentes communautés. Il ya un autre Nasrallah celebre au Liban.......vous l avez?c est bien sur le patriarche Sfeir. Finalement je crois que les libanais sont devenus enfin tous tres patriotes et ca c est tres positif, je suis de la generation de la guerre ou le drapeau et l hymne libanais étaient vidés de tout contenu, une sorte de manifestation guignolesque d'un "état qui n'existait pas', il semble que ces temps soient révolus...il ne manque plus qu'à ce que les libanais deviennent en plus de patriotes, des citoyens à part entière et la enfin on pourra rever d'un avenir radieux pour ce pays exceptionnel; récemment dans un forum j'ai lu la reflexion d'un américain qui disez: Mais comment le Liban un petit pays de merde qui n'est qu un POINT sur la carte du monde fasse autant parler de lui ??! Je lui est répondu très tranquillement que tout simplement ce monde avait un POINT G et c est certainement le Liban.

Écrit par : Jnoubé | samedi, 23 septembre 2006

"Jolie réponse à l'Américain, Jnoubé. Le Liban a certainement un Point G, si ce n'est plusieurs!
Je suis d'accord sur le fait que les chiites du Sud ont trop longtemps été la "cinquième roue du carrosse", délaissés, oubliés, démunis par un gouvernement qui ne tenait pas debout. Il faudrait cependant demander aussi des comptes à la Syrie qui a longtemps tiré les ficelles et à M. Berri, chiite lui-même, qui a toujours tiré ses marrons du feu. Quant à Aoun, là, je regrette, mais pour avoir été impliquée de près en 1989, avoir été déçue, surprise, bousculée... je ne peux pas adhérer au bonhomme, même si j'approuve certains de ses principes (comme la laïcité). Je n'ai aucune confiance et le populisme démago, pas pour moi, je regrette. Ce qui ne veut pas dire que j'approuve un Walid ou encore moins un Samir... J'espère seulement en un renouveau politique et humain. Je l'espère vraiment et comme toi, je suis heureuse de constater que les Libanais - enfin, certains, mais de plus en plus - commencent à concevoir l'idée de nation avant celle de famille, clan, tribu, communauté, quartier, région, etc. C'est un processus qui prend du temps, mais c'est la seule voie d'avenir pour notre beau pays!"

Écrit par : Nat | samedi, 23 septembre 2006

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