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jeudi, 19 octobre 2006

Plein les oreilles

Ils sont de plus en plus nombreux, les musicos libanais, à monter au créneau, réagissant chacun dans son registre aux événements de l'été, mais faisant aussi le lien - intelligent - avec toutes les secousses qui ont perturbé le pays depuis le 14 février 2005, date de l'assassinat de Hariri. Avec une créativité souvent couillue ou avec un classicisme plus émotif, nos différents DJ, chanteurs, musiciens, font tous entendre leur voix, l'un pour crier sa fidélité au pays du Cèdre, l'autre pour confirmer le ras-le-bol général, le troisième pour évacuer ses désillusions et ses rancœurs...

Jade «Minimal resistance, battle one»
Le petit surdoué du mix libanais est donc sorti de sa montagne et débarque en force: après nous avoir gratifié d’une soirée événement à Broumana le 12 août, le chef d’orchestre du Basement sort un disque enregistré en live au Basement justement, ça tombe bien, le 6 juin. Cette fois encore, Jade reversera les bénéfices à des œuvres humanitaires. Au menu: 13 titres remixés ou non, pour une ambiance techno plutôt épurée, dans la même veine que l’opus «The Basement, volume 1». Les habitués de la boîte y retrouveront des rythmes et des sons familiers, avec cette électro pure et dure qui paraîtra peut-être un peu hermétique aux non-initiés. En vedettes, Marc Romboy, Martinez, Splashfunk, Trentmoeller et d’autres célébrités de la scène électronique underground. Toujours est-il que le tout bouge bien et s’enchaîne en douceur entre pistes planantes et mix plus bruts. Et c’est pour la bonne cause, il n’y a donc pas à hésiter.

medium_thumb_government1.3.jpgThe New Government «The new government»
Après plusieurs tentatives infructueuses depuis 2004, la nouvelle initiative de Zeid Hamdan (Soap Kills semble bel et bien enterré, en toute bonne conscience comme Zeid se plaît à le chanter dans «Murder in slow motion») a finalement trouvé fin 2005 une formule qui marche. Qui marche même du tonnerre, comme en témoigne cet étonnant album sorti courant 2006. Hamdan et ses copains (Jérémie et Timothée Régnier, Chérif Saad et Nabil Saliba) explorent avec un bonheur infini une facette de la musique restée vierge au pays du Cèdre: qui eût cru que les Clash, Bowie ou les Pixies trouveraient des héritiers spirituels au Liban? The New Government n’a pas à rougir de ses ambitions. C’est avec une véritable maestria artistique et technique, mais aussi avec un bagout et une maturité étonnantes, qu’il relève le défi de devenir le premier groupe post-punk libanais, mâtiné de rock anglais à deux voix en droite ligne des Beatles. Tout ceci fleure bon le meilleur de la scène indépendante des années 70, tout en préservant une identité résolument libanaise dans les textes qui ne manquent pas de culot (Première phrase de l’album: «I killed the prime minister»). Le succès est au rendez-vous, les concerts au Liban et en Europe aussi, à côté desquels il ne faudra absolument pas passer. The New Government se présente comme un ambassadeur avec de sacrées cojones.

Artistes divers «We live»
Dans le même esprit, mais dans un tout autre registre, «We live» se propose aussi de contribuer à l’aide humanitaire. Charbel Rouhana, Ghazi Abdel Baki, Abboud Saadi et Ziyad Sahhab se sont retrouvés autour de six titres qui fleurent bon le Liban, à coups de oud, de trémollo et de derbaké. «Najwa’s song» se permet même une excursion du côté du jazz, surprenante, mais à l’image de ce pays que chantent les artistes. Sur le plan musical, on regrettera l’irruption un peu bon marché des synthétiseurs et des boîtes à rythme, mais, en particulier étant donné le contexte dans lequel la production a eu lieu, l’initiative reste honorable. Le message aussi: se faire entendre, envers et contre tout. La musique adoucit les mœurs, dit-on, et c’est sans doute ce qu’ont voulu exprimer nos musiciens, avec une mention spéciale pour le titre «Shakwa», le plus abouti et vraiment émouvant.

Il ne faudrait pas oublier le rappeur national, et ex-Aks'ser, Rayess Bek et son excellent, mais sombre, "Loubnan Helem" (Le Liban est un rêve), qui s'énerve - en arabe et en français - contre les habitants impassibles de ce pays qu'il aime malgré tout et qu'il ne quitte pas. Rayess Bek ose dire beaucoup de choses, violemment, que d'autres pensent mais taisent. Sur fond de oud et d'électro, il répète que nous sommes nés dans un cauchemar hérité de nos parents, dénonçant la démocratie hypocrite, la "dépocrisie" qui règne au pays du Cèdre et la religion qui "nous tient bien par les couilles vu qu'il y a mille bergers pour un troupeau de trois moutons".

Il y a à boire et à manger dans tout cela, du très bon et du médiocre, du gnangnan et du violent, du touchant et de l'effrayant... Mais ce qui demeure, c'est cette vitalité que rien n'étouffe, cette expression publique signe que la démocratie se vit en chacun et pas seulement dans le mode de scrutin. Et puis, c'est aussi la qualité artistique de beaucoup d'entre eux, qu'on aime ou qu'on n’aime pas leur genre de prédilection, qui pourrait en remontrer à plus d'un. La scène musicale libanaise est vivante. Paradoxalement, elle se porte même bien, de par ses seules ressources (parce que du côté des sous, c'est pas ça en ce moment). Je ne présente pas pas tout le monde ici, mais qu'importe. L'essentiel, c'est ce mouvement extraordinaire et tellement sain. Cela fait plaisir à entendre.

Pour se faire une idée, voici quelques extraits audio de la production locale...
podcast podcastpodcast

11:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

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