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samedi, 02 décembre 2006

Une nuit à Beyrouth

medium_09.jpgmedium_12.jpgChose promise, chose due. Après avoir mobilisé plus du tiers de la population libanaise cet après-midi, les partis pro-syriens ont entamé leur guerre d’usure en vue de faire chuter le gouvernement pro-occidental de Fouad Siniora. Tant que cet objectif ne sera pas atteint, la manifestation se prolongera sous forme de siège.

Ce soir, le centre-ville de Beyrouth, habituellement vitrine clinquante du renouveau libanais, s’est transformé en squat géant. En début de soirée, les organisateurs du Hezbollah ont installé, sur les deux places principales, des dizaines de tentes blanches, de grandes citernes d’eau et des groupes électrogènes. Plus tard, des camions continuaient d’arriver, distribuant des couvertures et des matelas de mousse. Rien n’a été laissé au hasard.

medium_DSCN3904.jpgDu gros million de manifestants de la journée, seuls les hommes, jeunes pour la plupart, s’apprêtent à rester toute la nuit. Certains sillonnent les rues du quartier jonchées de papiers, de cadavres de canettes, de bouteilles d’eau et de sacs plastiques. A trois sur des scooters fatigués, ils crient, s’interpellent, chevauchant leurs montures comme dans un farwest moderne. Si les bâtiments n’ont pas été vandalisés, les manifestants ne s’embarrassent cependant pas de civisme quant aux biens publics: les parterres de fleurs servent de matelas, le bitume des parkings est perforé à coup de barre à mine pour planter les piquets de tente…

medium_DSCN3905.jpgAu pied de la colline où se dresse le Grand sérail (le siège du gouvernement), les opposants diffusent des chants partisans enregistrés pour l’occasion, poussant la sono à fond au nez des militaires fatigués. Sur les immenses parkings, des groupes se forment. Certains jouent aux cartes sur les poubelles fermées pour cause de sécurité, ou fument le narguilé, laissant s’échapper des nuages parfumés dans la fraîcheur de la nuit; d’autres se réchauffent autour de feux de joie ou dorment déjà à même les trottoirs. Les partisans de Hassan Nasrallah, largement majoritaire à l’approche de minuit, ont pris possession des lieux. Mais ceux du général Aoun, qui donnaient de la voix dans l’après-midi, sont cette fois plus discrets. Leur campement, constitué d’une vingtaine de tentes, se trouve à l’écart, près du ring et le plus près d'Achrafieh possible. Ici, pas de citernes, pas d’électricité. Pour la musique, les aounistes se satisfont d’autoradios qui saturent. En dépit de leur objectif commun, les deux principaux courants feront chambre à part… Logique pour un mariage contre-nature.

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