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mercredi, 31 janvier 2007

Barbie a du mouron à se faire

medium_Fulla2.gifmedium_fulla.2.jpgLa semaine dernière (jeudi pour être exact, le jour des émeutes entre étudiants sunnites et chiites), en bons homo consommateurus, nous sommes allés au BHV, à Jnah dans la banlieue sud. Au moment de passer à la caisse, Nat m'attire l'attention sur une falaise de jouets. Cette falaise, rose, était constituée d'un empilement régulier de boîtes contenant des poupées. Des Barbies, me suis-je dit sans lire le nom de la poupée. Nat arrive et me dit: "Regarde!" La Barbie s'appelle en fait Fulla. Elle est belle, bien gaulée, elle aime la mode (sauf les maillots de bain) et est disponible en 2 versions: Outdoor et Indoor. En bref, dans la version d'intérieur, Fulla est comme Barbie: elle a des fringues sexys (mais pas trop quand même), un beau maquillage, des mèches dans les cheveux... Dans la version d'extérieur, elle porte le hijab, un grand voile noir la couvrant de la tête aux pieds. Waou! Ça, c'est de la concurrence pour la pétasse américaine!

Après une recherche rapide, j'ai trouvé l'origine de Fulla. Elle est produite depuis plus de 2 ans en Syrie par la société New Boy à Damas, après 4 ans de recherche et de développement. Et c'est un vrai carton commercial, du Maghreb au Machreq en passant par les pays du Golfe. Pour reprendre les mots du manager de New Boy, "Fulla est un personnage que parents et enfants peuvent considérer comme un membre de leur famille. Elle est honnête et ne ment jamais, elle est aimante, dévouée et elle respecte son père et sa mère. Elle est bonne avec ses amies, elle aime la lecture et adore la mode". Certains médias occidentaux l'ont appelé la Barbie musulmane, pour faire court, et pour stigmatiser le fossé entre nos civilisations. Mais Fulla est un véritable phénomène dans nos contrées. Ça donne de quoi réfléchir...

Heuristiques libanaises

medium_Heuristiques.jpgJuste un petit post pour vous signaler la présence sur la Toile d'un blog libanais francophone, animé par un Libanais depuis Paris. Le bloggeur est amateur de bons mots, et n'a pas la langue dans sa poche. Alors si vous avez 2 minutes, clickez sur l'image, elle vous y emmènera illico...

mardi, 30 janvier 2007

Pas de miracle pour Bosta

medium_Bosta.jpgIl y a quelques mois, une commission attachée au ministère de la Culture avait sélectionné Bosta, le film de Philippe Aractingi (ici en photo dans ce bus qui a fait danser tout le Liban en 2006), pour représenter le Liban à la grand messe holywoodienne des Oscars. Bosta avait coiffé sur le fil Perfect day dans le choix, pour son côté "folklorique", comme m'avait expliqué l'un des membres de ladite commission. Ici, tout le monde s'est dit que c'était jouable, que ce choix pouvait aboutir à la sélection de Bosta pour les 5 fameux "nominés". Le contexte politique aidant, l'image du pays salie par la guerre de l'été dernier... Eh bein non, Bosta n'a pas été sélectionné. L'Académie a préféré l'Algérien Indigènes ou le Mexicain Labyrinthe de Pan. Dommage...

mardi, 23 janvier 2007

Démocratie?

medium_greve.jpgAujourd’hui, j’ai vu un visage du pays que je me refusais de voir auparavant. En tout cas, j’essayais de croire que ce genre de scène ne se produirait pas. J’ai peut-être été un peu naïf, tout simplement. Vers 12h30 à Zalka, on a assisté à une mini intifada: d’un côté, les jeunes des Forces libanaises; de l’autre, des jeunes chiites d’un village des hauteurs. Ça s’est caillassé ferme (j’ai même pris un projectile minéral contendant sur le pied), avant que l’armée ne tire d’interminables rafales de fusils automatiques pour calmer les ardeurs de ces jeunes qui ne demandaient qu’à en découdre. J’ai eu peur devant cette violence. Et que dire des barrages de pneus, empestant l’air de Beyrouth. C’est sûr, le Liban vient de cramer aujourd’hui son quota d’émission de gaz toxiques pour 2007. Le Hezbollah avait appelé à une «grève générale», à un «mouvement pacifique». On a eu droit à un avant-goût de guerre civile, avec 3 mmorts et plus de 130 blessés (dont la moitié par balles). Tout à l’heure, le petit caïd de Zghorta, bombant le torse, a annoncé que ce le mouvement serait encore plus impressionnant demain, et comme ça jour après jour tant que le gouvernement Siniora ne démissionnera pas. Bravo pour la belle leçon de démocratie, messieurs. Chapeau bas!

mardi, 16 janvier 2007

Alors, bilan de ces 10 ans?

medium_cake.jpgJe ne me souviens plus quel jour de la semaine c’était. Il y a 10 ans jour pour jour, le 16 janvier 1997, je prenais l’avion pour Beyrouth. Sans savoir si mon aventure allait durer 6 mois, 1 an ou 10 ans justement. En tout cas, ce jour-là, il pleuvait sur Beyrouth. L’avion de la Cyprus s’était immobilisé sur le tarmac mouillé. Je me demandais ce que j’étais en train de faire: je venais de quitter ma copine, ma famille, mes amis, tout cet environnement parisien que je ne connaissais que trop bien. J’avais 23 ans, j'avais envie de me sentir vivre. Ce 16 janvier au soir, quand je suis arrivé dans cet ancien aéroport un peu vieillot, le Liban s’est offert à moi à travers le visage souriant de Samir, que je n’avais pas vu depuis 6 ou 7 ans. Il m’a accueilli chez lui, m’a aidé dans mes premiers pas ici. Je me souviendrai toute ma vie de ces premiers mois passés au Liban, des odeurs, des gens, des saveurs… C’était surtout l’extase de la liberté.

Hier, Nat m’a posé la question fatidique: alors, bilan de ces 10 ans? Et si c’était à refaire? Mis à part deux ou trois détails, je referais la même chose, envers et contre tout.

jeudi, 11 janvier 2007

Le pourrissement: une tactique vaine

medium_cgtl.jpgAprès les manifestations gigantesques de début décembre et le sit-in au centre-ville sous les fenêtres du Grand sérail, l’opposition libanaise a donc opté pour une «escalade» qui ira crescendo. Première scène de ce second acte: la manif de la CGTL mardi matin, dans le bourbier d’Adlieh, secteur reconverti en chantier à ciel ouvert. Résultat, une fois qu’on enlevait les brouettées de travailleurs syriens, les pelletées de journalistes et les 38 tonnes de militaires, il ne restait plus grand monde. Ça sentait le petit rassemblement mal orchestré, avec des grappes de femmes à qui on a donné des fanions et des hommes venus faire nombre, histoire de. Hier, rebelote, ce coup-ci devant le ministère de l’Energie et de l’Eau. Un bide comme la veille pour la CGTL, accusée par la majorité d’être «une momie» au service du Hezbollah. Du coup, devant cet échec, l’opposition a affiché la couleur pour la deuxième scène de cette pièce de théâtre qui ne fait plus rire personne: une probable grève générale dans les ministères. Je ne vois pas trop ce que ça changera dans la masse de travail abattu par nos braves fonctionnaires.

Depuis quelques temps, je rencontre pas mal de chefs d’entreprise, dans les médias principalement… Tous me disent qu’ils bossent comme s’il ne se passait rien, qu’il faut tout faire pour continuer et tenir le coup pour 2007 (que tout le monde prévoit mauvaise) en attendant une vraie embellie pour 2008-2009. Les acteurs qui veulent continuer à faire tourner l’économie du pays (et leur business bien sûr en se tournant de plus en plus vers le Golfe, mais aussi vers le Maghreb déclaré «nouvel Eldorado officiel») se foutent éperdument des manœuvres politiciennes de la majorité et de l’opposition. Tous dans le même sac, en clair.

mardi, 09 janvier 2007

La «bravitude» des hommes politiques libanais

Définition du petit Larousse
BRAVE adj. et n. (ital. bravo, du lat. barbarus, barbare). 1. Qui ne craint pas le danger, courageux. 2. Mon brave: s’emploie par condescendance à l’égard d’un inférieur (ou présumé tel). 3. Bon et honnête. 4. Gentil, mais peu subtil. «Il est bien brave».

Définition dans le langage courant libanais
BRAVE adj. 1. S’emploie pour décrire le caractère besogneux, intelligent et honnête de quelqu’un. Par exemple, dans le cas d’un écolier: «Il est très brave dans les études, le petit Michel».

Maintenant, à vous de choisir les bonnes significations du mot «brave» dans le texte suivant…

medium_aounsiniora.jpgCes temps-ci, on ne parle plus à Beyrouth que de cette fameuse conférence de Paris III, lors de laquelle le gouvernement du brave Fouad Siniora espère ramené 4 milliers de dollars, tout en promettant de faire des réformes qu’il ne pourra probablement jamais mener à bien. C’est vrai quoi, prenons un exemple (au hasard): le ministère du Travail. Réformer cette brave et vénérable institution reviendrait à mettre au chômage les 90% de son personnel (tous des braves gens) rémunérés par ledit ministère à boire le café et à fumer des cigarettes toute la journée. Dur. Surtout quand tout ce beau monde a prêté allégeance à l’un des piliers de l’opposition. Dur et impossible. Mais tellement beau sur le papier!

Bref. Hier, le brave généralissime nous a fait une belle démonstration de son discours pour le moins bizarre: «La tutelle syrienne était superficielle et cachait une tutelle mondiale». En clair, les maux du pays viennent de Paris et Washington, clairement accusés d’être les kleenex de Siniora. Je me demande vraiment ce qui a bien pu se passer en coulisses avant son retour au pays… Qu’ont fait (ou pas fait) les Américains et les Français pour que ce brave Orange-man vire sa cuti comme ça?
Et puis dans le genre petite-phrase-magnifique, il y a celle-là, du brave monsieur Frangié (Sleimane de son petit nom): «Je suis pour le fait de savoir qui a tué Hariri. S’il s’avère que ce sont les Syriens qui sont derrière l’assassinat, je serai triste mais je resterai en bons termes ave le président syrien, Bachar el-Assad.» Faut le faire… Remarquez, après sa tirade sur l’excitation du patriarche Sfeir lors d’une manifestation féminine, on peut s’attendre à tout.

Bon, bein nous, on a une petite manifestation ce midi du côté du palais de Justice, organisée par la CGTL. Une manifestation contre les réformes économiques (hausse de la TVA…) promises par le gouvernement dans le cadre de Paris III. Le serpent se mord la queue. Aoun le militaire a même appelé à une participation massive pour une manifestation syndicale (qui a dit que la CGTL n’était pas télécommandée?). En tout cas, il semble bien qu’il ait été entendu, au moins par les étudiants car le parking de l’Université Saint-Joseph était désert ce matin. A moins que ceux-ci, qui sont certainement très braves, aient pris en masse la direction de l’aéroport (tant qu'il est encore ouvert) pour fuir ce pays dont tous les politiques veulent les dégoûter.

mardi, 02 janvier 2007

Lever de lune sur Beyrouth

Juste pour le plaisir... J'étais sur la terrasse il y a 2 minutes, et au-dessus de la montagne s'élevait la Lune. Elle était belle, brillante, pleine de sagesse dans ce ciel qui s'assombrissait peu à peu. medium_lune.jpg

1978-2006: le miroir de l’Histoire

medium_1978sharon.2.jpgmedium_1978guerilla.2.jpgmedium_1978finul.2.jpgCeux que l’Histoire intéresse (et qui ont 3 minutes devant eux pour lire ce qui suit), se «régaleront» devant ce long passage tiré du livre de Jonathan Randall, La guerre de mille ans (éd. Grasset, 1983). Ce extrait relate l’invasion israélienne de 1978. A ce moment-là, le Sud-Liban s’appelle Fatahland: les combattants palestiniens s’y sont installés militairement. Le Hezbollah, lui, n’existe pas encore (le Parti de Dieu sera largement «favorisé» par Israël pour bouter les Palestiniens du Sud-Liban juste un peu plus tard, ironie de l’histoire…). Comme les Américains avec les talibans face aux Soviétiques, les Israéliens ne tarderont pas en effet à créer leur futur cauchemar. Bon, sur ce, voici le texte…

«De temps en temps, le niveau de la violence excédait le seuil toléré jusque-là et le gouvernement américain concentrait toute son attention sur le Liban. Ainsi, en mars 1978, un commando naval palestinien, parti de la côte libanaise, échappa à la détection des radars israéliens par la faute du mauvais temps, débarqua en Israël et massacra 32 personnes. Comme toujours, lorsque les Palestiniens se livraient à de tels actes de terrorisme, il ne s’agissait pas pour les Israéliens de savoir si l’on allait exercer des représailles, mais plutôt quand et dans quelle mesure. Comme toujours aussi, les Etats-Unis furent consultés et n’élevèrent, pour autant qu’on le sache, aucune objection de principe. Trois jours plus tard, le temps s’étant amélioré, les Israéliens passèrent à l’attaque. Ils envahirent le Sud-Liban avec une armée de 30000 hommes soutenus par des blindés, de l’artillerie automotrice et une force aérienne très puissante. Cette opération, prévue depuis longtemps, dont le nom de code était «Pierre de la Sagesse», constitue la plus grande opération militaire israélienne en temps de paix. Elle surprit considérablement les Etats-Unis.
La destruction se fit sur une échelle bien connue au Vietnam. Singeant l’extraordinaire puissance de feu américaine en Indochine, les Israéliens s’efforcèrent de réduire au minimum leurs propres pertes en vies humaines – et y parvinrent. Mais ils ne purent exterminer, comme prévu, les commandos palestiniens qui avaient eu tout le temps voulu pour courir se mettre en sécurité au nord du Liban. Empilant matelas, vêtements et familles dans des taxis et des camionnettes surchargés, plus de 200000 Libanais s’enfuirent également vers le nord, loin des zones dangereuses. Ils devinrent de véritables exilés dans leur propre pays, s’installant en squatters dans les appartements inoccupés de Beyrouth où ils firent encore monter la tension générale. Les Israéliens firent néanmoins de très nombreuses victimes: presque toutes étaient des civils libanais – environ un millier, selon le CICR. Au cours de scènes d’une violence frénétique, durant lesquelles les Israéliens commirent de véritables atrocités, plus de 6000 logis furent détruits ou sévèrement endommagés, une demi-douzaine de villages pratiquement rasés. (…) Pour aggraver encore le cas des Israéliens, «Pierre de la Sagesse» fut un gâchis militaire d’une telle envergure que le gouvernement se sentit tenu de nommer une commission officielle pour enquêter sur les erreurs les plus évidentes. Les attaquants avaient totalement manqué leur effet de surprise. (…) Tactiquement, les envahisseurs commencèrent par s’arrêter à 10 kilomètres au-delà de la frontière libanaise, puis le lendemain, ils marchèrent vers le nord, en direction du Litani, tandis que les Etats-Unis se mettaient à rassembler fiévreusement la FINUL pour faire la police dans le sud du pays. Carter était furieux et bien décidé à mettre fin à cette invasion qui excédait de très loin la limite des représailles tolérées. (…) Au cours de leur invasion, les Israéliens lâchèrent des «cluster bombs units», ces bombes anti-personnel particulièrement meurtrières que les Etats-Unis avaient fréquemment utilisées en Indochine. Elles continuèrent à tuer des civils libanais et palestiniens, en 1982, lorsque d’autres armes du même genre furent employées sur une échelle beaucoup plus vaste.»

Voilà, le scénario de 1978 ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de 2006 (c’en est même franchement hallucinant). On espère de tout cœur que 2007 prouvera que les hommes apprennent parfois de leurs erreurs passées, en Israël comme ailleurs.

 
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