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lundi, 25 juin 2007

Attentat contre la Finul : c’est qui ce coup-ci ?

medium_finul2.jpgHier, 6 soldats du contingent espagnol de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban – j’adore l'adjectif «intérimaire», elles sont là depuis 1978!) ont sauté avec leur véhicule blindé. Une voiture piégée – ou un kamikaze, les deux thèses ont été avancées – bourrée de 50kg d’explosifs n’a laissé aucune chance à ces soldats de la paix. Ce matin, j’ai appelé le camp belge de Tebnine, où 380 casques bleus du plat pays sont stationnés. Le responsable presse me disait que les soldats sont maintenant dans l’obligation de porter un casque et un gilet pare-éclats lorsqu’ils sortent du camp. Ça paraît un peu dérisoire vu les moyens mis en œuvre par les auteurs de l’attentat. Auteurs qui n’ont toujours pas revendiqué l’attaque. Le 17 juin dernier, nous avions eu l’honneur de faire connaissance avec «la branche libanaise des brigades de Jihad Badr» lors de l’attaque à coup de Katiouchas sur le nord d’Israël. Rappelons au passage qu’un missile un peu tête en l’air s’était égaré sur le territoire libanais, non loin d’une position de la Finul. Et puis avant ça, le 20 mai, c’est le Fatah al-Islam qui se manifestait avec fracas au Nord, avec les affrontements dans le camp de Nahr el-Bared. A chaque fois qu’il se passe quelque chose au Liban en ce moment, on nous invente un nouvel adversaire, avec un nom mystico-guerrier du plus bel effet et qui permet à tous les «spécialistes» occidentaux de passer à la télé. Tout ça ne fait en réalité qu’épaissir le brouillard sur la situation libanaise, qui n’avait pourtant pas besoin d’être compliquée davantage. Alors, comment vont s’appeler nos nouveaux maquisards terroristes: «les brigades de Trucmuche», «le Front de libération de Pétaouchnoqueland»? Avis aux amateurs, si vous avez des idées, envoyez-les nous!

En attendant, les responsables de la Finul serrent les dents, et affirment que ce genre d’attentat n’est qu’une nouvelle preuve de la volonté de déstabilisation de forces étrangères au Liban. Ah bon, qui ça?

PS: Un petit mot pour Sou qui nous avait écrit le 20 juin dernier, nous disant que son copain était casque bleu et qu'elle stressait pour lui. J'avais tenté de la rassurer, mais je me suis mis le doigt dans l'œil, vraiment désolé... 

samedi, 23 juin 2007

Vivre avec Israël à ses portes est-il possible ?

medium_jaffa1.jpgmedium_jaffa2.jpgJe note depuis quelque temps, dans les commentaires de ce blog et dans ceux des autres, la volonté de certains internautes libanais de se tourner vers Israël plutôt que vers son environnement arabe. Dans l’Histoire récente, il y a eu quelques tentatives, principalement côté chrétien, comme avec Béchir Gemayel fin 70–début 80.

Mais aujourd’hui, Israël est perçu comme le diable dans la région. Les raisons sont nombreuses, et plus que compréhensibles. Les guerres (1948, 1967, 1973, 1982…), les occupations diverses et violentes (Gaza, Cisjordanie, Sud-Liban) sont autant de facteurs qui interdisent à la rue arabe de voir Israël pour ce qu’il est, et pour ce que cette terre a été avant 1948.

Je lis aussi ça et là des articles sur «le malheur arabe» depuis 1948 et la création de l’Etat d’Israël. Si cette notion de «malheur arabe» est un peu simpliste et réductrice, la date de 1948 est indéniablement à marquer d’une pierre blanche. Elle est synonyme de déportation et d’expropriation pour les Palestiniens, et de déstabilisation en chaîne pour les pays voisins.

Alors, vivre avec Israël est-il possible? Je me souviens d’une discussion que j’ai eue il y a quelques années avec le grand-père de Nathalie. Le genre patriarche, self made man et bourgeois. Il avait commencé son périple d’homme d’affaires en introduisant la télévision au Moyen-Orient. Un grand bonhomme quoi. Il me racontait donc que dans les années 40, il prenait sa grosse américaine et faisait la route Beyrouth-Jaffa pour faire des affaires (ci-dessus en photos, Jaffa dans les années 40). Il n’était pas le seul à faire ça, loin de là, et traitait avec juifs, musulmans et chrétiens en très bonne intelligence. Le commerce entre le jeune Liban et la Palestine était florissant, la voie de chemin de fer qui file le long de la côte levantine en est une preuve aujourd’hui en ruines. A cette époque, soit moins de 10 ans avant la Nakba («catastrophe» en arabe), les Palestiniens qui venaient à Beyrouth n’étaient pas des réfugiés mais des touristes lamba. Le patriarche me disait qu’il ne reverrait jamais plus Jérusalem et Jaffa. Il est mort il y a 4 ans.

Aujourd’hui, parler d’Israël est presque synonyme de traîtrise. Ce pays a fait beaucoup de tort au Liban ces 30 dernières années. Les générations actuelles – ici ou dans les Territoires – ne connaissent que ça, et c’est bien normal. Mais je me demande si les générations suivantes apprendront quelque chose de l’Histoire (avec un grand H) et si, un jour, mes petits-enfants pourront prendre le train à Lattaquieh jusqu’à Tel-Aviv, en faisant une halte à Beyrouth pour fumer un narguileh chez leur geddo.

Ça veut dire quoi « Al-Qaïda au Liban » ?

medium_assadechec.jpgElias el-Murr serait-il allé un peu vite en besogne après la déclaration de victoire de jeudi soir sur la LBC? Un petit peu certainement, car hier et aujourd'hui, ça pétaradait encore beaucoup dans le camp de réfugiés de Nahr el-Bared. J’espère que Murr n’est pas en train de faire la même erreur que Bush en Irak, c’est-à-dire déclarer la fin d'une guerre alors que l’après-guerre sera encore plus sanglant.

Notre cher ministre de la Défense (et accessoirement gendre du président de la République) a tout de suite tempéré: «Il existe des cellules terroristes d’Al-Qaïda au Liban, il y a des risques de nouveaux attentats.» Ah, Al-Qaïda… Je me demande vraiment si un beau jour l’opinion publique (et moi par la même occasion) saura exactement ce qu’est cet épouvantail que les médias nous présentent depuis 2001, voire avant.  Ça veut dire quoi, appartenir à Al-Qaïda, au juste? Si quelqu’un a une réponse qui tient debout, je suis preneur.

Avant que cette menace islamiste n’apparaisse sur fond d’Internationale terroriste, les choses étaient plus simples. Sans faire du SAS à la Gérard de Villiers, il était de coutume de dire que tous les services secrets étrangers étaient à Beyrouth, plaque tournante du Proche-Orient, et y faisaient la pluie et le beau temps: CIA, Mossad, DGSE, moukhabarat syriens, KGB… Ça avait plus de gueule. Au moins, les choses étaient plus claires.

En fait, je crois que les choses n’ont pas vraiment changé, mais elles sont moins voyantes. Le Liban, petit paradis terrestre potentiel, a toujours accueilli ces petits chimistes de la géopolitique. C’est certainement encore le cas, ils font leurs petites expériences en grandeur nature sur le sol libanais, qu’ils viennent de Damas, Washington ou Tel-Aviv. Pourquoi? Est-ce que les services secrets libanais sont aussi influents sur ces territoires étrangers? Il serait peut-être temps de commencer à le faire pour que ces «amis du Liban» voient combien c’est pénible de se faire parasiter, décennie après décennie.

Mais c'est vrai qu'il est probable que les "membres d'Al-Qaïda", fatigués par le bourbier irakien, prennent des petites vacances au LIban histoire de recharger leurs batteries. Les vacances, c'est sympa, mais faut pas non plus perdre la main...

PS: Clickez sur la caricature, vous irez sur le blog Jeha's nail d'où j'ai pris cette image... 

vendredi, 22 juin 2007

Il y a 4000 ans, dans l'océan Indien...

medium_mauriceflag.jpgmedium_mauricemap.JPGmedium_mauriceplage.jpgChaque jour, je m'étonne de la provenance géographique de certains visiteurs de ce blog. En particulier ceux de l'Ile Maurice. Alors j'ai fait quelques rapides recherches pour comprendre cet intérêt pour l'actualité libanaise. Et bien c'est tout simple: en 2000 avant JC, ce sont les Phéniciens qui ont colonisé en premier cette île de l'océan Indien. Plus tard, vers le Ve siècle, les marins arabes visitèrent fréquemment l'île au large de Madagascar, et lui donnèrent comme nom "Dina Arobi". Ensuite, il y a eu les Portugais, les Hollandais... Mais les premiers, c'étaient les "ancêtres" des Libanais. Waaaaahhhh, la grande classe...

Fin de l'épisode Nahr el-Bared : Dites 33

medium_nahrbared.jpg33 jours de guerre l'été dernier contre Israël, 33 jours de guerre contre le Fatah al-Islam, le Liban s'abonne au chiffre 33... Selon le ministre de la Défense, les combats sont donc terminés dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared. Soit (ou enfin, c'est au choix). Mais il va y avoir du boulot derrière. Que va-t-il arriver aux réfugiés? Que vont faire les miliciens encore vivants? Que vont dire nos chers hommes politiques? Une seule chose est sûre: même si le conflit a trainé en longueur, l'armée libanaise a perdu 74 hommes et gagné la reconnaissance de presque tout un peuple. C'est déjà ça.

jeudi, 21 juin 2007

Waël, Najwa & Co: l'argent n'a pas d'odeur, mais il a des voix

medium_najwa.jpgmedium_Wael.jpgmedium_mayhariri.jpg
L’argent n’a pas d’odeur, mais il a des voix. Sept, en l’occurrence, celles de Waël Kfoury, Najwa Karam, Melhem Zein, Farès Karam, Assi el-Hallani, May Hariri et Hoda Haddad.
Ces starlettes et starlets (je ne vois pas de masculin à starlette, donc…) libanais en mal de revenus, suite à la raréfaction, voire l’annulation, des divers festivals, concerts, mariages qui constituaient le gros de leur gagne-pain (la vente de disques ne leur rapporte pas grand chose, le jackpot c’est la scène), se sont trouvés une nouvelle source de gains financiers: le public syrien. Ces étoiles, dont la belle gueule de certains est placardée de long en large à travers le pays pour vanter les attraits d’une célèbre marque de soda, de la variété libanaise et arabe en général, n’ont rien trouvé de mieux que de pousser la chansonnette en l’honneur de ce cher Bachar, déclenchant au passage une vague de protestations sur leur sol natal, dont ils n’ont apparemment cure. Le Liban, ce n’est pas rentable en ce moment. Moi, je n’en reviens toujours pas, tant le contenu des chansons est ahurissant, en particulier quand on le replace dans le contexte libanais actuel. Sur base de quelques extraits, jugez plutôt (et excusez la qualité sans doute pas optimale de ma traduction):

Côté Najwa Karam (la fierté de Zahlé, vous savez, cette petite ville chrétienne de la Békaa qui a été bombardée par l’armée syrienne en 1981) "Bachar el-Kaed/ Bachar le leader"
Nous voulons garder, nous voulons nous battre pour l’esprit baassiste
Nous nous en remettons à Bachar le leader
Notre drapeau est la Syrie
Il nous porte de victoire en victoire
Nous voulons la stabilité et nous soutenons Bachar
(etc.)


Côté Waël Kfoury (le beau gosse lui aussi originaire de Zahlé) "Ya Souriyya/ O Syrie"
O Syrie, parfume d’encens les portes de chacune de tes maisonsNous et ton peuple sommes devenus des cœurs  assez grands pour ton fils Bachar (je sais, en français, ça sonne bizarre tout ça)(etc.)


Côté Hoda Haddad

Le jour de la réélection (de Bachar, ndw) nous sommes venus la joie au cœur
Nous chantons haut et fort que ton règne dure toujours, très cher
Quoi qu’il arrive, nous n’avons que toi Bachar


Côté Farès Karam
Toi seul fils du lion (Assad) peut protéger la maison
Le peuple entier vient te bénir
Et vient te  donner son sang O Bachar
Père de Bassel, nous avons appris à te donner jusqu’au sang
Et nous te disons que tu es notre chef, notre père, notre mère

Etc, etc, etc… C’est d’autant plus rigolo que quelqu’un comme Melhem Zein a accédé à la célébrité grâce à Superstar, l’équivalent arabe de la Nouvelle Star, diffusé sur le Hariri channel, Future TV. Souvenez-vous, il n’avait pas gagné et avait accusé la chaîne de discrimination parce qu’il était chiite. Sa défaite avait déclenché un semblant d’émeutes chez les groupies en colère, devant le siège de la télé… Ils doivent être contents maintenant chez Future!

Bref, pour ceux qui ne me croiraient pas, il y a en bas de ce post deux extraits en écoute sur lesquels vous entendrez aussi le jingle de Rotana, le géant de la musique arabe appartenant à son excellence le prince et magnat Walid Ben Talal. La grande majorité de ces chanteurs sont produits par Rotana, chez qui on n’a pas l’habitude de laisser les poulains, en particulier les plus adulés des masses arabes, pousser la chansonnette sans donner d’avis. Alors, a-t-on voulu réaliser un coup commercial et surtout médiatique, réussi il faut bien le dire, ou s’agit-il d’autres intérêts touchant aux investissements de Ben Talal en Syrie? Ceci explique peut-être cela, je n’en sais rien.Ce que je sais, en revanche, c’est qu’il y a de quoi tirer son chapeau à Bachar. Avoir des «stars» libanaises qui lui cirent les pompes en musique de la sorte, dans ce contexte, ce n’était pas gagné. Ça doit lui faire chaud au cœur. Et puis, cela explique sans doute pourquoi tant de Syriens sont convaincus que le Liban doit effectivement rentrer dans leur giron.Je sais enfin qu’il y a quelque chose de positivement indécent dans ce comportement. Des célébrités libanaises chantant «la joie dans leur cœur» et leur «victoire», leur amour «filial» pour un régime étranger à l’heure où pas grand monde n’a envie de faire la fête au Liban et où la fracture identitaire semble presque insurmontable. Ça ferait bizarre de voir leurs équivalents français comme Obispo ou Pagny se prosterner de la sorte devant Angela Merkel, par exemple.

Bon, vous me direz, tout cela passera aux oubliettes d’ici quelques mois et cela n’a pas grande importance, dans le fond. Tant mieux si nos voisins dansent au son de ces œuvres d’art, cela rapportera des sous à Ben Talal. Et qui sait, peut-être que cela rapprochera les peuples? Mais que cette belle brochette d’«artistes» ne soit pas surprise si, à l’avenir, elle se trouve parfois mal accueillie au Liban (où l’on a toutefois la mémoire courte). Mais j’en connais déjà un qui est supposé croiser Waël demain et qui compte bien lui dire ce qu’il en pense.

Pour les curieux donc, voici deux extraits audio.

Waël Kfoury "Ya Sourya"
podcast

Najwa Karam "Bachar el-Kaed"
podcast

Liban / Syrie : frontière-passoire et crise des camions 2

medium_mapwadi.jpgHier, les autorités syriennes ont décidé de fermer le poste-frontière d’el-Qaa sur la route qui va de la Bekaa vers Homs. Il y a quelques semaines, ils avaient déjà procédé à la fermeture de ceux d’Arida et de Daboussiya au nord du Liban le long de la côte. Du coup, depuis hier soir, il y a un afflux énorme vers Masnaa, le principal poste-frontière entre le Liban et la Syrie, placé sur la route de Damas au milieu de la Bekaa. La raison officielle de cette nouvelle fermeture: la Syrie ne veut pas de contamination. Les affrontements en cours au Liban-Nord ne lui plaisent pas.

En fait, les médias parlent beaucoup de la frontière libano-syrienne. Mais quelle aspect a-t-elle exactement cette frontière ? Première chose, elle se situe dans une chaîne de montagne (plutôt aride) sur la quasi totalité de sa longueur (l’Anti-Liban). Ensuite, et il suffit de se rendre à Damas par la route pour le voir, il existe un no man’s land entre les deux pays. Expliquons-nous. En partant du Liban, on arrive au poste-frontière de Masnaa (placé sur le territoire libanais). Là, vous tamponnez votre passeport et vous sortez du Liban. Mais vous n’entrez pas encore en Syrie. Vous reprenez votre voiture, traversez une zone tampon vierge et lunaire avant d’arriver, 7km plus loin, au poste frontière d’entrée sur le territoire syrien. Ce no man’s land (imposé par l’armée syrienne) est placé sur le territoire libanais (l’amputant donc puisque la vraie frontière ne se trouve pas à Masnaa).

medium_DSCN0198.JPG Largement plus au nord se trouve la petite région de Wadi Khaled (la protubérance en haut à gauche que vous pouvez voir sur la carte ci-dessus). Pour faire simple, c’est le coin le plus reculé du Liban, à tous les niveaux. Ses habitants n’ont eu la nationalité libanaise que très récemment, l’Etat y est totalement absent, il n’y a pas d’infrastructure, l’ambiance est pesante, les visages fermés. Comme vous pourrez le voir dans un nouvel album photos, cette région est plutôt inhospitalière. Un jour (en 2003, donc avant le retrait syrien du Liban), nous sommes allés au bout de la dernière route, la plus au nord du pays. Cette route se termine en cul-de-sac par un alignement de magasins en tôle et de taxis garés à la queue-leu-leu. Dans les derniers mètres, on découvre un petit pont enjambant le Wadi Khaled. Devant ce pont, un muret de pierres usé par le temps et les allées et venues des habitants de la région. De l’autre côté de la rivière, c’est la Syrie. Ici, pas de checkpoint, pas de tampons sur le passeport, pas de douaniers. Les femmes se trimbalent avec des bidons d’essence (beaucoup moins chère en Syrie), des hommes au visage buriné scrutent les intrus. Bref, une vraie zone de non-droit, à cheval sur deux pays.

Depuis plusieurs semaines, la Syrie refuse que les casques bleus de la Finul se déploient le long de cette frontière-passoire. Pourquoi exactement? Aujourd’hui, ce sont les postes-frontière qui ferment les uns après les autres. Pourquoi? Pour la sécurité de la Syrie? Les combattants «palestiniens» et les armes présents au Liban sont passés par cette frontière dans un sens. Officiellement donc, les Syriens ne tiennent pas à revoir chez eux les miliciens du Fatah al-Islam and Co. C’est très probable, mais il y a peu de chance que ceux-ci n’utilisent pas des chemins de traverse. Quelle autre raison alors? La dernière fois que la Syrie a fermé ses frontières avec le Liban, juste après le retrait de 2005, ça a donné ce que l’on a appelé «la crise des camions». Le long des routes, les camions de transport (fruits et légumes, denrées diverses et périssables…) sont restés bloqués des jours durant côté libanais. L’objectif: asphyxier l’économie du Liban (c’est pas moi qui fabule là, relisez les journaux de l’époque…).

Se dirige-t-on vers une «crise des camions 2 le retour»? Reste plus qu’à afficher portes closes au poste de Masnaa, le dernier ouvert entre les deux pays… Pour les camions, la frontière libano-syrienne est facile à fermer. Pour les piétons armés et les ânes, cette frontière reste malheureusement une passoire, malgré le déploiement et les rondes de l’armée libanaise depuis 2005.

mercredi, 20 juin 2007

Sexe et religion au Liban : une éducation à refaire

Je souhaiterais aborder un sujet sensible, tout particulièrement au Liban: l'éducation sexuelle, et ses rapports avec la religion.

medium_fillesmanif.jpgJe vais donc commencer en partant du néant pour finir par l’espoir (oui, je carbure à l’espoir en ce moment, comme beaucoup…). Quand je parle de néant, je parle de la trinité qui plombe l'histoire de l'humanité depuis de trop nombreux siècles, composée de l’ignorance, de l’obscurantisme et de la bêtise absolue. J’ai rencontré cette trinité il y a 8 ans lors d’un entretien de préparation au mariage dans une église catholique de Beyrouth. Et oui, il faut en passer par là puisque le mariage civil n'existe pas ici. Le prêtre chargé de donner l’autorisation pour notre union nous a donné, à ma future et à moi, un carnet de famille de la paroisse avec 10 pages pour les enfants. Il nous a posé plusieurs questions à ce sujet. La première: et si nous avions plus de 10 enfants, que ferions-nous? Nous avons dit que nous comptions en avoir deux ou trois. Mais comment s'en tenir à ça? La contraception? Sacrilège…, il n’y a que l’abstinence qui vaille. Deuxième question: et si nous ne pouvions pas en avoir pour cause médicale? Il nous a tendu une perche en parlant de l’insémination artificielle, perche que nous avons saisie évidemment (sots que nous sommes). Le bonhomme s'est offusqué que nous puissions envisager cette hypothèse, nous affirmant, le regard pénétrant: «Mais vous ne savez pas qu’ils font des expériences avec ces éprouvettes, avec des animaux, c’est Mal…»  Nous en sommes resté bouche bée. Mais pour avoir notre sésame afin de nous marier, on a dit amen à tout pour sortir le plus vite possible de son bureau. On s’est surtout demandé quel impact ce genre de discours pouvait avoir sur une petite Heidi de la montagne libanaise pour qui les affirmations péremptoires d’un religieux sont paroles d’Evangile.

Il y a 3 semaines, je discutais avec un urologue de la sexualité des jeunes justement. Pour les garçons, il était atterré de leur méconnaissance totale de la sexualité en général et des femmes en particulier. La cause selon lui? Les traditions, la religion, l’absence totale de communication entre générations… Il me disait même que les hommes de 20-30 ans consommaient du Viagra à la pelle (je suppose surtout dans les classes sociales aisées) par peur de ne pas être «performants». Pour les filles,il s'alarmait de la pratique de plus en plus répandue de la sodomie afin de préserver l'hymen, mais qui donne, du coup, une première perception de  la sexualité totalement biaisée. Ce phénomène, apparemment observable dans certains milieux de France, se manifeste chez tout le monde au Liban, quelles que soient la classe sociale et la religion.

medium_lebteen.jpgAlors, où est l’espoir là-dedans? Il m’est venu d’une interview réalisée la semaine dernière avec Joumana et Nadia, les deux responsables du Social Development Training Center. Cette association, financée par le ministère des Affaires sociales et par un office onusien, mène depuis 9 ans une action fondamentale dans la société libanaise. Elle parle de sexualité et le fait de manière intelligente, adaptée aux diverses sensibilités du pays dont il faut tenir compte pour qu’une telle démarche soit efficace (voir le site Lebteen en cliquant sur l’image ci-contre). Depuis plusieurs années, une centaine de relais partout dans le pays organisent des sessions de sensibilisation et d’information auprès des jeunes Libanais, toute confession et origine géographique confondues. Ces deux "activistes du social" me disaient que les autorités locales dans les villages et leurs homologues spirituelles avaient rechigné à accepter cette sensibilisation à la vie sexuelle, mais qu’avec le temps, un rapport de confiance s’était installé. Joumana remarquait d’ailleurs que les adolescentes musulmanes étaient beaucoup plus au fait du sujet que leurs consœurs chrétiennes. Concernant les règles par exemple, ces dernières les découvrent souvent avec beaucoup d’effroi (jusqu’à croire qu’elles vont mourir) ne sachant pas que la puberté sera synonyme pour elles de changements profonds. En fin de compte, cela ne nous a pas surpris plus que cela. Déjà en 1998, au cours du tournage d’un documentaire sur les femmes libanaises, Nat avait rencontré des réfugiées chiites du Sud-Liban vivant dans des conditions misérables près de la ligne de séparation d'avec la zone occupée par Israël. Ces femmes avaient abordé sans aucune gêne les divers moyens de contraception qu’elles connaissaient parfaitement. Rappelons au passage que le sexe et le plaisir ne sont pas du tout des tabous dans la société musulmane (du moment qu'il y a mariage, faut pas pousser quand même).

A une échelle locale, l’action de la société civile porte ses fruits et c’est tant mieux. Il faut lui laisser sa place et la plus grande marge de manœuvre possible, dans le respect de toutes les croyances. Arrive alors la grande question: la laïcité est-elle envisageable au Liban? Certains y croient, comme le Mouvement des droits humains qui milite depuis des années en faveur du mariage civil facultatif, qui laisse donc le choix aux personnes concernées mais s'est quand même vu opposer un veto catégorique de la part des grandes institutions religieuses (perdre une source de revenus conséquente, même partiellement, ne semble pas plaire aux différents clergés, oups, ne touchons surtout pas au porte-monnaie!).Des politiques en font même un cheval de bataille comme ce brave généralissime orangiste qui a inclus la laïcité dans le programme du CPL (faut bien lui reconnaître cette qualité). Un élément de programme diamétralement opposé à celui de son allié de l’opposition, le Hezbollah. D'ailleurs, lorsqu'on pose la question à des militantes du Hezbollah qui manifestent aux côtés des aounistes, elles répondent en toute candeur: «Aoun n'a jamais parlé de ça, nous ne serions jamais d'accord.» C'est dire si ça communique bien entre les deux partenaires et s'il y a du pain sur la planche.

Mais ce fossé illustre le véritable coeur du problème: dans l’absolu (ou en tout cas vu par le prisme occidental avec le modèle français depuis plus d’un siècle), la laïcité – la séparation du religieux et du civil – est plutôt un progrès. Mais les différentes composantes de la société libanaise ne sont pas toutes prêtes – et le veulent-elles vraiment? – à ce genre de virage à 360°. C'est un vrai cas de la poule et de l'oeuf: faut-il imposer un système laïc à la hussarde à des populations qui ne s'y reconnaîtraient pas, parce qu'elles ne le comprennent pas et ont grandi dans un environnement local axé sur la famille, la confession, le quartier, le leader, la nation arrivant bien loin derrière? Ou faut-il effectuer au préalable un travail économique et social de fond qui permettrait à tous les Libanais de se reconnaître dans ce concept? 9% d'entre eux sont analphabètes et un quart vit en-dessous du seuil de pauvreté; alors la laïcité, c'est un peu le dernier de leur souci, surtout s'ils survivent grâce au soutien d'organisations religieuses comme le Hezbollah auxquelles ils s'identifieront bien plus aisément qu'à un Etat absent. Comme toujours au Liban, rien n'est ni tout blanc, ni tout noir.

mardi, 19 juin 2007

Liban > Palestiniens < Israël : vers un été prudent…

medium_Liban-Palestine.jpg«La plus grave violation de la 1701 depuis l'été dernier», selon Geir Pedersen, le coordinateur de l'ONU. «La plus grave violation de la ligne bleue depuis la guerre en 2006», déplore Ban Ki Moon. «Ferme condamnation» de la France.

Le tir de roquettes dimanche contre Kiryat Chmona en Israël n'a pas fini de faire des vagues. L'opération a été revendiquée par l'un de ces groupes totalement inconnus qui surgissent toujours à point nommé pour jeter encore un petit plus peu d'huile sur un feu qui n’en a décidément pas besoin. Ils surgissent ou  adoptent un nom aux consonances mystico-guerrières le temps d'une unique apparition (ce qui est largement suffisant). On a eu ainsi au Liban «les brigades Al-Ahrar», «les brigades du Saint Jihad», etc.

En ce qui concerne nos Katiyouchas de dimanche, il s'agissait donc de «la branche libanaise du Jihad Badr», dont on est bien contents de savoir qu'ils ont une branche libanaise étant donné qu'on ne sait absolument pas d'où, eux, viennent.

Mais là n'est pas l'essentiel. La question qui est sur toutes les lèvres ou presque est bien de savoir si le même scénario que celui de l'été dernier va se répéter en 2007, avec quelques semaines d'avance. Un copain me disait hier être persuadé du contraire et que les tensions se maintiendraient probablement jusqu'à l'élection présidentielle de l'automne sans plus de dégradation. J’aimerais le croire mais son optimisme (angélisme?) n'est guère partagé par la majorité des Libanais dont la capacité à voir la vie en rose a été sérieusement douchée un certain 12 juillet 2006. Le survol répété de Baalbeck par l'aviation israélienne hier n'a évidemment pas aidé. Je ne suis pas convaincue d’une nouvelle guerre avec Israël, mais le Liban a le chic pour se trouver de nouveaux ennuis et faire dans la diversité.

C’est donc à un été «prudent» qu’il faut s’attendre, dans le meilleur des cas. Plusieurs grands établissements scolaires ont déjà fermé leurs portes et c’est via une note qu’hier, le Grand Lycée franco-libanais nous a averti de la fin des cours vendredi prochain, soit une semaine plus tôt que prévu. Notre fille aura donc eu une dizaine de jours de classe en juin. Ce qui lui fait dire, avec toute la candeur de ses 6 ans, que «finalement, elle aime bien – un  peu – la guerre, comme ça elle est toujours en vacances».
Elle risque de déchanter au cours de ces trois mois de congé au cours desquels elle va probablement s’ennuyer. Le lycée a annulé toutes ses activités d’été, la plupart des colonies de vacances n’ouvriront pas leurs portes et la grande majorité de ses copains vont s’envoler vers des cieux plus souriants, au moins provisoirement. Ce qui en dit long sur l’état d’esprit général.
S’ennuyer, ce n’est grave, c’est bon pour l’imaginaire et c’est surtout mieux que d’être terrifié par des bombardements et des attentats. On n’en demande pas davantage.

lundi, 18 juin 2007

Démarcheuses du Hezbollah vs. Témoins de Jehovah : mise au point

Suite à la nouvelle polémique générée par le dernier post de David sur le Hezbollah et les Témoins de Jéhovah, polémique à laquelle nous ne nous attendions absolument pas il faut bien le dire, il me paraît nécessaire de mettre une chose bien au clair: beaucoup de visiteurs semblent avoir pris l’ensemble du post au premier degré.

Alors...

  1. Il nous a paru amusant d’avoir été démarchés par ces deux entités dans un court laps de temps, alors que cela ne s’était jamais produit auparavant.  Il s’agissait d’un parallèle ironique sur cette coïncidence et sur le mode opératoire, et non sur la nature même du Hezbollah et des Témoins de Jéhovah, sur la légitimité de leurs causes respectives ou sur la bonté et la grandeur d’âme éventuelles des uns et des autres. Que chacun croie ce qu’il veut du moment qu’il respecte les autres, c’est notre seul credo.
  2. La photo était, évidemment, à prendre elle aussi au second degré. Les deux minettes ne font pas partie des Témoins de Jéhovah, elles affichaient leur soutien au Hezbollah au cours d’une manifestation. Mais comme elles étaient deux et avaient une allure euh… comment dire… pas «hezbollienne», elles correspondaient bien à l’hypothèse totalement farfelue de David quant à la fusion de leurs services.

Il y en a qui ne trouvent pas ça drôle, mais nous, ça nous a fait rire et la dérision constitue l’une des dernières satisfactions qui nous restent par les temps qui courent. Et c’est aussi l’une des dernières choses que l’on ne peut nous enlever.
Et oui, @Jhamel, j’aime faire parler les gens, je le fais même toute la journée. Et je ne vois pas le rapport avec le fait que David claque la porte à quelqu’un qui veut venir le convaincre chez lui de quelque chose en quoi il ne croit pas. Faut pas tout mélanger dans la vie, on voit où ça mène.

dimanche, 17 juin 2007

Démarcheuses du Hezbollah vs. Témoins de Jehovah

Il y a un mois, quelqu’un sonne à la porte de notre appart. J’ouvre: deux femmes, la trentaine, jolies et bien sapées, avec des bouquins sous le bras. Elles désirent entrer, je leur demande ce qu’elles veulent. Avec un sourire angélique, la première me répond qu’elles sont témoins de Jehovah (j'aurais dû m'en douter, elles étaient deux...). Je claque la porte.

Et puis il y a quelques jours, je reçois un coup de fil étrange. J’étais tranquille à la maison, et une charmante dame (et très persuasive) me demande si je suis intéressé par des cassettes audio et vidéo de Hassan Nasrallah. Je raccroche. Je ne savais pas que le Hezb avait un département télémarketing. Au moins, les témoins de Jehovah, ils prennent la peine de se déplacer pour leur prosélytisme, ils ne font pas ça par téléphone.

medium_temoins.3.jpgPeut-être devraient-ils fusionner leurs services: ce serait pas mal de voir débarquer à nos portes des Témoins de Hezbjovah, avec bible et t-shirts jaunes estampillés de la bonne bouille de Hassan Nasrallah. Nous les avons trouvées, les voici…

Katyushas are back !

La contamination (suite)… Après les manifs, puis les tirs «intra-muros», voici revenu le temps des tirs de roquettes. Cet après-midi, plusieurs Katiouchas ont atteint deux villes israéliennes proches de la frontière libanaise. Une roquette un peu paumée aurait même atterri près d’une position de la Finul à Houla au Sud-Liban. Côté libanais comme israélien, la thèse d’un tir du Hezbollah a été écartée illico: les responsables seraient des Palestiniens. Oui, mais lesquels?

Comme nous le disions hier, on ne se demandait plus s’il y aurait une étincelle pour mettre le feu à l’été libanais, mais plutôt quelle forme elle prendrait. Et bien voilà une suite de réponses tout ce qu’il y a de plus satisfaisante. Nos si chers voisins du Sud vont-ils rester les bras croisés? Ce n’est pas vraiment dans leurs habitudes. D'ailleurs, ils se sont empressés de bombarder Chebaa...

Ce nouvel épisode va encore compliquer le travail de ceux qui cherchent à expliquer qui fait quoi dans notre belle région. Mais avec la double attaque d’aujourd’hui, les décideurs (libanais, israéliens et communauté internationale) vont être bien emmerdés pour trouver les auteurs et diriger leur politique en fonction. Qui a tiré aujourd’hui? Le Hamas, le Fatah, Jund el-Cham, un groupuscule X manœuvré par la Syrie ou autre? Personne ne le sait vraiment (attention aux raccourcis sibyllins que l’on va nous servir à la télé!).Avec tout ça, on se demande vraiment comment l’armée libanaise va s’en tirer. Car une «responsabilité» palestinienne ne signifierait pas que le Liban soit à l’abri d’éventuelles représailles israéliennes. Les Israéliens partent du principe que c’est aux Libanais, et donc à leur armée, de tenir les Palestiniens qui sont sur leur territoire, ce qui avait justifié – dès avant la guerre de 1975 – plusieurs bombardements sur le Liban comme celui sur l’aéroport de Beyrouth à la fin des années 60 au cours duquel de nombreux avions de la MEA avaient été décimés.

Mais entre les camps palestiniens (Nahr el-Bared évidemment, mais aussi Aïn el-Helwé…), les bases de groupuscules pro-syriens en effervescence depuis une semaine dans la Bekaa, les attaques aux checkpoints, la sécurité des civils dans le pays, les attentats possibles contre des personnalités… l’armée libanaise ne manquait pas de travail ces jours-ci, le tout mal équipée et fragilisée par les dissensions politiques internes. Il ne lui manquerait plus qu’un nouveau front, au Sud. C’est à croire que «quelqu’un» s’acharne pour l’affaiblir davantage et la faire imploser une nouvelle fois. Et l’Histoire a déjà montré à quel point les retombées de son effondrement seraient catastrophiques.

Il est de plus évident que le Liban ne peut pas se permettre ce genre de folie, à cause des Palestiniens, «stockés» dans des camps depuis près de 60 ans. La seule solution, tout le monde la connaît: les Palestiniens doivent avoir un Etat à eux, et pas une structure coupée en deux, quadrillée par des routes réservées aux seuls colons, avec une administration où les fonctionnaires sont payés chaque mois… Cette solution, tout le monde, absolument tout le monde, la connaît. Y aura-t-il des gens avec suffisamment de couilles pour la mettre un jour en application?

samedi, 16 juin 2007

Hamas-Fatah : la contamination

medium_hamas-fatah.jpgDans notre beau pays, qui n'a décidément pas besoin de ça, il se produit actuellement quelque chose que je n'avais pas envisagé, bêtement, mais qui risque de compliquer encore ce rubik’s cube infernal.
Hier soir, Abou Ahmad el-Fadh, le représentant politique du Hamas, est sorti indemne d’une attaque à la grenade dans le camp palestinien de Aïn el-Héloué, près de Saïda. Indemne, certes, mais attaqué quand même…
Et oui. On aurait dû s’y attendre. La guerre civile qui commence à dire son nom à Gaza contamine d’ores et déjà les camps palestiniens du Liban dont les habitants se considèrent, à juste titre (?), concernés par ce qui se passe dans les territoires.
Hier toujours, un peu plus tôt, l’AFP rapportait que quelque 10000 Palestiniens ont manifesté au Liban-Sud, dans le camp de Rachidiyé, en soutien au Fatah et contre Ismaïl Haniyeh, l’ex-Premier ministre issu du Hamas.
«Nous mettons en garde les meurtriers (du Hamas). Nous riposterons si l’on porte atteinte aux cadres du Fatah à Gaza», a affirmé le secrétaire général du Fatah au Liban, Sultan Abou el-Aynaïn, qui haranguait la foule. Des manifestations de moindre envergure ont aussi eu lieu dans les camps de Aïn el-Héloué et de Miyé Miyé.

Mais de la manif et du discours enflammé au crêpage de chignon à coups de pistolet voire de mitraillette, il n’y a qu’un pas dans cette douce région. Ce soir, les partisans du Fatah et du Hamas se tiraient dessus dans le camp de Beddawi, au Nord Liban. Tout près de Nahr el Bared où l’armée continue son bras de fer contre les voitures télécommandées bidouillées, les poignées de porte explosives et les moutons piégés de Fatah al-Islam… Et où elle était fière de planter le drapeau libanais au-dessus de quelques immeubles «nettoyés». Ce qui, à mon humble avis, ne va pas plaire du côté palestinien. Hamas comme Fatah.

Cela faisait longtemps que David et moi nous inquiétions de ce qui pourrait se passer dans les camps palestiniens du Liban. Nous nous demandions même quand cette carte, ô combien délicate mais efficace, serait jouée. Il faut croire que l’heure a sonné il y a un mois et que l’effet domino est en plein essor. Il n’y a désormais aucune raison pour que cela s’arrête et je n’ai même plus envie de chercher une chute rigolote à ce post. Cela viendra bien tout seul, des camps, de Syrie ou d’Israël, et cela n’aura probablement rien de drôle.

PS: Une petite pensée pour Gilles qui vit à Ramallah des heures difficiles en ce moment... 

NBN : la vidéo qui fait rire... jaune

En publicité, il existe un adage bien connu: «Qu’on parle de moi en bien ou en mal, mais qu’on parle de moi». Depuis hier, tout le monde parle de la NBN (la chaîne du président du Parlement, allié fidèle de Damas), et de sa présentatrice Sawsan Safa Darwish, qui risque de se mordre les lèvres un petit bout de temps à cause de son franc-parler. En gros, pendant le JT de la NBN (officiellement les initiales de National Broadcasting Network, officieusement celles de Nabih Berri Network), la présentatrice a dérapé, pensant que son micro était fermé, disant, en parlant de l’assassinat de Walid Eido «qu’ils ont trop tardé à le tuer», et que «le tour du ministre Ahmad Fatfat viendra rapidement». Glups… Ça fait mauvais genre. La direction de la NBN a aussitôt viré sa starlette du petit écran. N’empêche, il est facile de se dire que si Mme Darwish a pu dire ça aussi librement sur le plateau, c’est que l’ambiance le permettait…

vendredi, 15 juin 2007

Bons baisers de Beyrouth

medium_bphotos1.jpgbphotos2.jpgmedium_bphotos3.jpgCe matin, je suis sorti en ville. Après la journée de deuil national hier pour rendre hommage à Walid Eido, je pensais trouver des rues désertes. J’ai eu droit aux pires embouteillages. Avant de rejoindre le boulevard, je suis passé chez mon boucher préféré acheter quelques fumigènes. Comme tous les jours, ce bon Elie me demande: «Alors, la situation, elle est comment?» Comme tous les jours, je lui dis qu’elle est pire qu’hier mais meilleure que demain. Ce coup-ci, je lui ai retourné la question: «Alors, qui est le prochain à ton avis?» Après un grand coup de hachoir asséné dans un bout de barbaque, il me dit: «Moi, j’aimerais que ce soient les Syriens. Et les Américains aussi. Et puis les Israéliens…» Je remonte en voiture, je vais faire mes petites affaires. Je passe par la rédaction d’un magazine local. Là, je discute avec leur responsable web, Kamal. Il me dit qu’il pense quitter le Liban. Sa femme est Française et a envie d’une vie plus paisible. Sa logique à elle, selon lui: «Si quelqu’un pouvait m’assurer que tout ira bien dans 6 mois ou 1 an, je reste. Mais personne ne le peut.» Tirant généreusement sur sa Marlboro, Kamal (qui est assez bavard) se lance dans un historique des «événements» qui secouent le Liban depuis 150 ans. Le but? Tirer une leçon de l’Histoire: le Liban ne sera jamais paisible. Tous les 15 ou 20 ans, il y a des crises, qu’elles viennent de l’intérieur ou des pays voisins. En repartant, je traverse Beyrouth d’ouest en est, passe par le Ring, et scrute le sit-in place Riad el-Solh et place des Martyrs. Il n’y a pas âme qui vive sous le soleil de midi. A quoi sert exactement cette vaste foutaise de sit-in? Soudain, je me rappelle quand nous allions au Virgin, en bas de la place des Martyrs. Ça fait combien de mois qu’on y est pas allé? Puis je file, je traverse Achrafieh direction notre petit vendeur de DVD à Borj Hammoud, le quartier arménien de Beyrouth. Tout ce qu’il y a de plus illégal comme commerce certes, mais tellement normal ici, même si le gouvernement a voté (je ne sais plus quand exactement) une loi pour la protection du copyright, des droits d’auteur... Je rentre dans la petite boutique. Il y a 3 clients, dont 2 policiers. No comment.

PS: Pour une fois, les photos présentes ici ne sont pas de nous. Je les ai piquées sur le blog Afrikarabia. Je vous conseille d’y faire un tour, les images y sont très belles.

18:35 Publié dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : liban, beyrouth

La scène libanaise s'exporte à Paris

Nous en parlions ici fin mai, mais il est toujours utile de revenir dessus. La Flèche d’or à Paris organise une soirée spéciale « Lebanese underground party », le 9 juillet de 20 heures à 2 heures du mat, avec entrée libre. Au programme, les Scrambled Eggs, Lumi et The New Governement. Voici un petit avant-goût avec un clip de Lumi.

jeudi, 14 juin 2007

Personnalités anti-syriennes: la « liste noire » refait surface

medium_hariri.jpgmedium_fleihane.jpgmedium_kassir.jpgmedium_haoui.jpgmedium_tueni.jpgmedium_gemayel.jpgmedium_eido.jpgmedium_qui.2.jpg

 
Oyez, oyez, bonnes gens, à qui le tour maintenant?

C’est en juin 2005 au moment des assassinats à Achrafieh du journaliste Samir Kassir et à Mazraa de l’ex-patron du Parti communiste libanais, Georges Haoui, que l’idée d’une liste noire syrienne est apparue (largement suggérée par l’Administration Bush). Cette liste comportait une trentaine de noms de personnalités hostiles à la tutelle syrienne au Liban (en juin 2005, soit moins de 2 mois après le retrait «total» des troupes syriennes). Au Liban, les «rescapés» de la majorité comme Walid Joumblatt s’était alors largement servi de cette liste pour fustiger Damas qui, comme à son habitude, se réfugie systématiquement derrière des démentis outrés et répétés et auxquels personne n’accorde plus d’importance.

Alors quid de cette liste noire? Certains prennent ça pour de la propagande pro-américaine, d'autres – amateurs du concept de Conspiracy theory – voient là une contre-propagande envers Washington, accusé d'être derrière tous les "événements" ayant touché le Liban depuis 30 mois. Mais d’autres encore la prennent au pied de la lettre, cette fameuse liste noire. N’empêche, il y a une chose plutôt frappante: depuis plus de 2 ans, ceux qui meurent appartiennent tous à la même tendance… Coïncidence, hmm?

En tout cas, hier soir, il y a une femme qui a perdu son mari, l’un de ses fils, un second étant hospitalisé dans un état grave. Aujourd’hui, nos pensées vont à Ayda Eido.

Portraits ci-dessus, de gauche à droite: Rafic Hariri, Bassel Fleihane, Samir Kassir, Georges Haoui, Gebran Tueini, Pierre Gemayel, Walid Eido.

mercredi, 13 juin 2007

Après Walid Eido, il n'en faut plus que trois...

medium_attentats20070613.4.jpg Plus que trois. Après les assassinats des députés Rafic Hariri, Bassel Fleihane, puis de Gébran Tueini le 12 décembre 2005 et celui de Pierre Gemayel le 21 novembre 2006, c’est le sunnite Walid Eido, proche de la famille Hariri, qui a été rayé de l’échiquier politique en même temps que son fils Khaled. Déjà cinq députés assassinés, plus que trois donc à «effacer». Le(s) commanditaire(s) de ces assassinats est(sont) donc à mi-chemin dans leur basse besogne: en effet, si trois autres députés de la majorité parlementaire venaient à disparaître, la majorité perdrait sa majorité et le Parlement tomberait.

Qui cela arrangerait-il? A qui le chaos ambiant au Liban profite-il? La réponse paraît si simple, suivez mon regard...

Les arrestations se multiplient, les rumeurs aussi. Hier, une fillette de 7 ans me disait qu'elle discutait avec ses copines en cour de récré de camions piégés. C'est sain ça? Ça me fait vomir… Comme les deux tiers des jeunes Libanais (18-25 ans) qui, selon un rapport très récent du Centre libanais de recherche et d'études de Kamal Hamdane, veulent tout faire pour s'expatrier. Cela aussi fait partie de la stratégie de la terreur: vider le pays de sa sève intellectuelle, culturelle et technique. Vu la saignée parmi les "cerveaux" depuis 2005, ce but pourrait être facilement atteint.

Le Liban est si facile à mettre à genoux que c'en est pathétique. 

mardi, 12 juin 2007

Liban Jazz « on air »

medium_libanjazz.jpgOuf, encore un peu de musique pour s’aérer la tête… Alors que les principaux festivals d’été (Baalbeck, Beiteddine…) souffrent violemment du climat ambiant, c’est Liban Jazz de ce cher Karim Ghattas qui se rappelle à notre bon souvenir, avec le concert de Demi Evans. Comme d’hab, ça se passera au Music Hall (centre Starco, dans la partie du centre-ville de Beyrouth qui n'est pas prise en otage par nos joyeux campeurs). Rendez-vous donc le lundi 2 juillet à 20 heures pour écouter cette diva du gospel. Pour tous renseignements, (03) 807 555, ou sur le site Web de Liban Jazz. Les billets sont à 20 dollars.

lundi, 11 juin 2007

Nahr el-Bared : «Il y a des troupeaux de moutons piégés»

medium_moutons2.jpgCe matin, je discutais avec un médecin de l’Hôtel-Dieu à Beyrouth. Il me disait que dimanche, il avait été appelé en urgence à 9h15 car un officier de l’armée libanaise venait d’être hospitalisé, en provenance directe et par hélico du camp de réfugiés de Nahr el-Bared. Voilà en gros ce qu’il m’a dit…

«L’officier était très mal en point. Il nous a raconté les assauts à l’intérieur du camp. Chaque jour, c’est un véritable guet-apens. Lors d’une dernière attaque, les commandos de l’armée se sont retrouvés mêlés à un troupeau de moutons. Chacun d’entre eux portait une ceinture d’explosifs, ça a été un carnage… Selon l'officier, il y avait même des petites voitures télécommandées, bourrées d'explosifs. Ce week-end, beaucoup de soldats sont morts, et nous avons reçu des dizaines de blessés à l’hôpital. Ce genre d’événement est très mauvais pour le moral de la troupe. Regardez, cela fait maintenant 4 semaines qu’une armée régulière n’arrive pas à prendre le contrôle d’un petit camp tenu par une poignée d'illuminés. Ça me rappelle le siège de Tall el-Zaatar, pendant la guerre. Il a fallu 6 mois pour en venir à bout…»

 
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