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mercredi, 18 juillet 2007

It’s good to communicate 2… mais ça coûte cher !

Cet après-midi, nous étions tous les quatre en voiture, traversant tranquillement le quartier de Tabaris pour rentrer chez nous, lorsqu’il se produisit ce qui n’arrive que trop souvent dans notre beau pays: une (très) jeune femme (je ne dis pas «poufiasse» mais je le pense) dans son monstrueux 4X4 déboula sans crier gare d’un parking juste à notre gauche. Sans un regard pour qui risquait éventuellement de parcourir ce tronçon en respectant le code de la route, cette reine du volant se prenait aussi pour la reine de la route. David pila, ce qui évita la collision qu’apparemment la demoiselle n’a pas une seule seconde envisagée, et klaxonna avec colère. Pour rien. Pas davantage qu’à la seconde précédente, elle ne se rendit compte qu’elle n’était pas seule au monde. Ou bien, en fait, elle s’en balançait comme de sa première brassière. Après tout, c’est une reine de la route. Et puis, elle avait l’oreille collée à son téléphone portable.

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Ce genre d’incident horripilant se produit couramment ici, l’anecdote n’a rien d’extraordinaire, mais elle m’amène à vous parler d’une initiative lancée par un regroupement d’associations et d’entrepreneurs. Ce collectif appelle les Libanais à éteindre leur «cell» – leur téléphone portable, quoi – pendant 4 heures demain, jeudi 19 juillet. Pour avoir un peu la paix quand on est restaurant et que votre voisin a une conversation intempestive, ou pour sensibiliser les gens au danger des conversations téléphoniques en conduisant? Non. Ce boycott ponctuel vise à protester contre le coût exorbitant des communications cellulaires et la qualité pour le moins médiocre des services. Mais je considère que ces 4 heures de sécurité automobile relativement accrue (si tant est que l’appel mobilise les foules) sont un bonus. Bref.

Il faut savoir qu’au Liban, le secteur de la téléphonie mobile est monopolisé par deux opérateurs (MTC et Alpha) et les infrastructures existantes ont une capacité limitée pour un pays se voulant à la pointe de l’innovation technologique régionale. Résultats des courses: le taux de pénétration stagne à 25% de la population totale, contre 60% en Jordanie, à titre d’exemple. Quelque 2 millions d’utilisateurs résidant au pays du cèdre ne pourraient avoir accès au cellulaire en raison de l’étroitesse de l’offre. Du coup, comme ce qui est rare est cher, un marché noir galopant s’est développé dans le pays, quelques-uns des 27 distributeurs de cartes officiels n’ayant pas beaucoup de scrupules: pour une ligne dont le prix – en principe fixe – est de 51 dollars, certains n’ont pas hésité à demander jusqu’à 250 dollars il y a quelques années, et restent gourmands actuellement avec une facture pouvant atteindre 110 dollars!

Enfin et surtout – pour ceux qui ont le bonheur d’avoir une ligne – le coût de l’appel est totalement disproportionné. Jugez plutôt (les chiffres datent un peu, mais ils sont parlants et n’ont certainement pas été revus à la baisse): 500 minutes de communications locales coûtent 121 dollars au Liban, contre 66 en Jordanie, 65 en Syrie, 47 à Chypre, 42 en Egypte ou 39 aux Emirats Arabes Unis. Le coût moyen d’un appel d’une minute atteint 0,35 dollar pour les abonnés et 0,52 dollar pour les cartes prépayées. Sachant que ce même appel occasionne un coût de seulement 0,02 dollars pour l’opérateur (faites le calcul, c’est simple). Dans la région, l’appel ponctionne seulement 0,22 dollar en moyenne pour nos veinards de voisins plus ou moins éloignés.

Le débat autour de la privatisation de la téléphonie mobile fait rage depuis des années, mais rien ne garantit qu’il assurera une libéralisation suffisante du secteur pour que la concurrence n’ait un impact réel sur les prix (un troisième opérateur pourrait avoir accès au marché libanais, mais est-ce suffisant?). Sans parler de la nécessité de mettre en œuvre une véritable politique de transparence et de réglementation.

L’opération de demain, qui peut coûter au Trésor si elle est suivie massivement, espère entre autres choses inciter les autorités à reprendre des négociations interrompues par la crise de Nahr el-Bared il y a 9 semaines, et à serrer la vis contre les distributeurs sortant de la légalité.

En 2004, un boycott du même type avait mobilisé 63% des utilisateurs. Vous qui êtes au Liban, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire demain si vous en avez ras la casquette d’avoir un budget téléphonique hors de prix.

Commentaires

Comme c'est cher! C'est du vol organisé! Au Canada, c'est $35 USD taxes incluses...

Écrit par : kheireddine | jeudi, 19 juillet 2007

La téléphonie mobile au Liban est déjà privatisée? C'est juste peut-être que ce n'est pas assez contrôlé au contraire, non ? (pas de régulateur du type ARCEP) Ce que vous constatez est certes scandaleux mais c'est un peu le cas dans beaucoup de pays (à moindre échelle certes). En France, il y a juste trois opérateurs qui ont d'ailleurs été condamnés pour entente illicite. Les coûts d'infrastructure d'un réseau sont trop élevés pour avoir une véritable concurrence, ce pourquoi la France a incité à la création d'opérateurs virtuels (opérateurs qui utilisent les infrastructures déjà en place et achètent des minutes de communication en gros) mais cela ne marche pas si bien que ça. Il me semble aussi que le réseau fixe est bien pire. Par exemple, quand j'ai été au sud il y a quelques années, il valait mieux avoir un téléphone mobile si on voulait avoir une chance d'entendre son correspondant.

Écrit par : Jerome | jeudi, 19 juillet 2007

en fait, ce ne sont pas les compagnies en cause mais l'état libanais

il y a qq années sur 12 cents la min, 5 allaient dans les poches des compagnies et le reste dans les poches de l'état, sauf que les compagnies elles avaient des overcosts énormes.
Pour preuve aujourd'hui, alfa n'a plus que 8 personnes dans son équipe IT contre 200 pour Cellis à l'époque.

De plus, l'état libanais avait restreint beaucoup des possibilités que pouvaient offrir les compagnies, notamment la notion de forfait par heure, genre payer 100 usd /mois y compris abonnement et disposer de 5 h gratuites. La limitation du nombre de lignes elle était "physique" par rapport au domaine 03 seulement qui a été levé par la suite.
Donc l'état libanais a une responsabilité dans le faible taux de pénétration des cells et dixit un ancien ministre des télécoms, les cellulaires sont une vache à lait des finances de l'état.

Notes à coté : Pour FT, Cellis était un réseau d'expérimentation, par ex le GPRS avait été introduit au Liban avant la France pour test grandeur nature.
Le réseau cellis était up to date quand il a été passé à l'état mais pas le réseau LibanCell dont les finances avaient été vidés par les actionnaires et donc les investissements effectués étaient tres bas vers la fin (Dalloul)

@ jérome, les opérateurs virtuels existent, notamment pour les entreprises (Indevco) ou pour des réseaux tel que Medcall (médecins)

Écrit par : frenchy | jeudi, 19 juillet 2007

Merci Frenchy pour l'information (pour ma part, je parlais de la situation française et de la mise en place des opérateurs virtuels mobiles pour le grand public avec le succès plus que relatif que cela remporte en terme de concurrence).

Écrit par : jerome | jeudi, 19 juillet 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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