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dimanche, 26 août 2007

Enfin la version libanaise du Monopoly !

medium_mini_monopoliban.jpgBon, cela nous a pris quelques heures de travail sur Photoshop, mais le résultat est là: le Liban dispose enfin de sa version du Monopoly. Alors si vous avez envie de jouer avec vos amis (ou simplement vous amuser un peu à la lecture des cases), vous pouvez télécharger le plateau de jeu en grande taille ici. Il ne vous restera plus qu'à faire quelques cartes à placer au milieu, nous n'avons pas eu le temps de les faire.

Nous nous excusons par avance auprès des lecteurs qui ne sont pas au fait de la politique libanaise (et qui, forcément, ne comprendront pas tout les éléments du jeu), mais nous espérons que vous apprécierez quand même... 

vendredi, 24 août 2007

Libans?

medium_lebanese_flag.jpg

Cela fait plusieurs jours que je cherche le temps nécessaire pour aborder dans ce blog un sujet qui revient sur de plus en plus de lèvres.

Le discours hier de Michel Aoun à ses partisans démontre que ce qui n’était pour moi qu’une inquiétude est en fait une réelle question d’actualité. A juste titre ou non.

Si vous surfez sur les forums libanais ou traitant du Liban, et en particulier si vous prenez le temps d’explorer les commentaires – de plus en plus virulents, voire haineux – un constat s’imposera à vous: nombre de Libanais parlent de partition, quel que soit le camp politique auquel ils appartiennent. Ils sont pour, ils sont contre, le sujet déchaîne les passions. Il y a le partisan du Hezbollah qui considère que le Sud est «son Sud» et que personne n’a droit de regard sur ce qui s’y passe, le FL qui juge que le Hezb devrait avoir le Sud «pour que ses membres soient les seuls à se faire tuer s’ils provoquent Israël» et que les Aounistes «aient le Nord et soient proches de leur sœur Syrie», etc, etc.

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mercredi, 15 août 2007

Ah, la grand messe du Hezbollah...

medium_andywarholhezbollah.jpgJe ne sais plus quoi penser du Hezbollah. Plus j’essaie de comprendre, plus ça m’échappe. Hier, comme une tripotée de journaleux, je suis allé à Dahiyeh, pour la célébration de la «victoire divine» du Hezbollah. En plein fief du Parti de Dieu, rasé l’an dernier durant la guerre de Juillet.
Le premier contact est arrivé avec les vendeurs de rue. Il y en avait pour tous les goûts: drapeaux jaunes frappés du AK-47, versions de poche ou XXL, CD et DVD à la gloire des martyrs tombés au combat, porte-clés et pin’s avec la tête du Sayyed. Mention spéciale à celui version Andy Warhol. Y’a pas que le Ché qui y a eu droit comme ça…

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jeudi, 09 août 2007

Coup de poignard dans le dos ?

Depuis dimanche, une idée me trotte dans la tête et prend de plus en plus de consistance au fur et à mesure que les événements se déroulent. L’avenir dira si cette idée est farfelue ou non.

Devant les résultats de la partielle, moins glorieux pour les aounistes qu’ils ne le prévoyaient, je me disais que le régime syrien allait probablement arrêter de miser sur Aoun pour la présidentielle. Attention, je ne dis pas que Aoun fait sciemment le jeu de la Syrie, pas la peine de me tomber dessus! Mais je pense en revanche que la Syrie a un intérêt majeur à favoriser et instrumentaliser les dissensions inter chrétiennes. On en a eu un bel exemple en 1990.

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mercredi, 08 août 2007

Après les falafels, vive le caramel !

medium_caramel.jpgLe cinéma libanais, sans se porter vraiment bien, est sur de bons rails, avec des réussites comme le court métrage Beyrouth Aftershave de Hani Tamba (en attendant son premier long métrage), Falafel de Michel Kammoun ou Bosta de Philippe Aractingi. Dernier de cette nouvelle vague: Caramel de Nadine Labaki, qui sort demain jeudi sur les écrans libanais. Ce film a été présenté (avec beaucoup de succès) au dernier festival de Cannes. Nous n’avons pas encore eu la chance de le voir, mais c’est sûr que l’on ne va pas tarder à prendre nos tickets… Il sort au Liban dans le circuit Empire, et sortira en France le 15 août.

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mardi, 07 août 2007

Elections d’un soir, désespoir

medium_cendriercouteaux.jpgDésespoir en entendant le récit qui m’a été fait ce matin par une jeune femme qui travaille dans les mêmes bureaux que moi. Cette petite demoiselle, fort douce et calme et que l’on l’imagine mal se bastonnant avec qui que ce soit, est arrivée avec deux jolies balafres, l’une au bras, l’autre à la cuisse.

La soirée électorale de dimanche dernier, elle l’avait passée dans un chalet à Faraya avec sa bande de copains. «Pas juste des connaissances, précise-t-elle. Des amis de longue date, dont certains se connaissent depuis la maternelle.» Télé allumée, forcément, cette petite assemblée mixte (aounistes et pro-Gemayel, et il y avait bien quelques neutres) a commencé à se prendre à partie. Les insultes ont suivi, puis le tir de cendriers (plein? Mince, je n’ai pas pensé à poser la question) pour finir à coups de couteau de cuisine. Résultat des courses, après qu’une des filles a reçu une estafilade à la gorge en essayant de s’interposer, ses copines (heureusement qu’il y a des femmes en ce bas monde) ont finalement réussi à appeler la police à la rescousse. Ces messieurs ont passé la nuit et la journée du lendemain au poste, mais il a fallu cela pour les calmer.

Ce genre d’incident, personne n’en a parlé; il n’y en a apparemment pas eu beaucoup et c’est tant mieux. Mais qu’on m’explique comment dans un pays qui se dit civilisé, des jeunes peuvent en arriver à se battre au couteau pour des appartenances politiques, oubliant tout ce qui les rapproche par ailleurs. C’est sans doute ça, le drame du Liban: encore trop de Libanais accordent davantage d’importance à ce qui les sépare qu’à ce qui les unit.

Le voyage d'Anouar

medium_Anouar_Brahem.jpgComme il n’y a pas que la politique en ce bas monde, voici un petit post pour vous avertir de la venue du musicien tunisien Anouar Brahem à Beyrouth, dans le cadre de Liban Jazz. Il présentera son dernier CD, «Le voyage de Sahar», et se produira le 2 septembre prochain au Music Hall (20h30) au centre-ville de Beyrouth. Pour plus d’infos: (03) 807555 ou (01) 361236, ou par mail

lundi, 06 août 2007

Le Liban perdant sur tous les fronts

medium_Aoun_in_Gemmayze.2.jpgIl y avait une défaite prévisible, et une autre un peu moins. D’abord, commençons par celle à laquelle nous ne nous attendions pas vraiment: le Liban s’est incliné en finale de la coupe d’Asie de basket, face à l’Iran. Dommage.

Et puis il y a eu ce dimanche électoral qui n’aurait pas dû avoir lieu. Pour la petite histoire, Gemayel père ne reprendra a priori pas le siège de son fils, puisque le mystérieux Dr Camille a remporté une victoire inepte pour le compte de son parrain, Don Aoun. Ce fou. Je ne peux plus les encadrer ces orangistes qui donnent des leçons de démocratie sur les plateaux de télé, alors que leur raïs appelle ses partisans à faire le siège du sérail de Jdeidé le soir même de ce scrutin contesté. Il veut mettre le feu aux poudres ou quoi? Il se croit où? Il meure d’envie d’occuper Baabda, qu’on lui donne, on verra bien ce qu’il en fera…

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dimanche, 05 août 2007

Le Liban vainqueur en ce beau dimanche d’août?

medium_basketliban.jpgEt bien non, il ne s’agit pas de politique! Alors que Kataëb et aounistes s’étripent par urnes interposées en ce moment même, les joueurs de l’équipe nationale de basketball s’apprêtent à jouer la finale de la Coupe d’Asie ce soir. Après avoir battu la Corée du Sud (76-74) en demi-finale, le Liban jouera ce soir contre l’Iran. Le lauréat remportera par la même occasion son ticket pour les JO de Pékin. Si en sport, l’adage veut que «l’important c’est de participer», ce n’est pas forcément le cas en politique. Rendez-vous un peu plus tard (ou demain), pour le résultat des partielles de Beyrouth et du Metn… En espérant que le Liban sorte vainqueur de tous les matchs de la journée.

samedi, 04 août 2007

Heartland

Et hop, la machine à remonter le temps fonctionne à plein régime aujourd’hui. J’écoute à cet instant une chanson qui en 1989 m’a fait verser des larmes bien amères. Une parmi d’autres.

Quelques souvenirs personnels, pour une fois… J’avais commencé à en faire une version romancée, en me disant qu’à défaut d’attirer des lecteurs potentiels, cela me servirait de thérapie pour assainir ma tumultueuse relation avec le Liban. Je n’ai jamais poursuivi. Donc, en 1989, nous n’avions pu venir comme chaque année passer l’été au Liban en raison de la guerre qui faisait rage dans le «réduit chrétien» entre l’armée menée par le général Aoun et les Forces Libanaises de Samir Geagea. Tous ceux qui ont vécu les guerres du Liban de loin comprendront le manque dont je parle, cette frustration d’être coupée des événements et même un certain sentiment de trahison à l’idée d’être ailleurs, bien tranquille, alors que le pays était à feu et à sang. Ils comprendront aussi cette émotion indescriptible à chaque retrouvaille avec le sol libanais, après des mois passés à se demander si ce voyage pourrait ou non avoir lieu. Chaque retour au Liban était vécu comme un miracle dont on craignait qu’il ne se renouvelle pas l’année suivante. Chaque arrivée, un miracle; chaque départ, un déchirement. Et entre les deux, une année passée à attendre, plantée devant les infos et accrochée au téléphone pendant des heures pour composer les numéros libanais de toutes les façons possibles. Le désespoir rend superstitieux: on en venait à croire que certains avaient une «meilleure main» que d’autres pour obtenir une ligne, on essayait très vite, très lentement, on essayait des heures, souvent pour rien…

Or, cette année-là, la séparation durerait deux ans (dans le meilleur des cas) et non un. Ce qui est long, très long, surtout lorsqu’on laissait là-bas des êtres aimés.

medium_pins_montagne.jpgCe manque, je l’ai cultivé, ma nature aidant (en plus de la propension aux excès de mes 18 ans), à grands coups de chansons comme celle que j’écoute actuellement. Des chansons qui mettaient un son à mon chagrin, qui le mettaient en scène, le soir dans mon lit, lorsque sous deux épaisseurs de couette, je me remémorais la douceur si particulière du vent tiède le soir, dans les pins au-dessus de Broumana, par exemple.

Cette année-là, Assaad – dont je parlais dans une note précédente – a débarqué avec ses bien légers bagages. Seul. Perdu. Ses parents, habitant Kleiat dans le Kesrouan, l’avaient envoyé en France en quatrième vitesse après que les murs de leur maison se soient effondrés autour du cagibi dans lequel ils s’étaient cachés.

Je suis allée le voir le plus souvent possible à Paris. Et nous parlions, parlions, parlions… du Liban évidemment. Ce Liban estival et insouciant qui, dans certaines régions, faisait la fête alors qu’ailleurs des bombes tombaient. Ce Liban où personne en France ne comprenait que j’aille passer toutes mes vacances, et avec quel enthousiasme en prime!

Le souvenir qui me bouleverse, c’est un retour vers la morne banlieue de Cachan où Assaad avait trouvé une chambre dans un foyer lugubre. Nous étions dans le RER, écoutant une cassette, chacun avec une oreillette, lorsque cette fameuse chanson est finalement arrivée. Elle ne parle pas de guerre, elle ne parle pas du Liban, mais Assaad m’a brusquement regardée avec des larmes dans les yeux. Lui aussi avait trouvé une musique à sa détresse (ô combien plus profonde que la mienne), la même que moi. Nous avons éclaté en sanglots tous les deux, dans ce RER, dans l’hiver parisien. Nous avons pleuré le Liban, nous avons pleuré les espoirs déçus, nous avons pleuré la peur de l’avenir, nous avons pleuré la solitude des déracinés.

Cela peut paraître con, mais c’est sans doute pour ne plus jamais revivre cela que je ne retournerai pas en France, que je resterai au Liban… en dépit de ce que j’ai écrit dans la note précédente. ☺

Je t'aime moi non plus

medium_oeilpleurelibflag.jpgBon ben voilà. Cela fait aujourd’hui un an que nous animons – tant bien que mal – ce blog. Un peu plus de 200 posts, c’est une bonne moyenne, avec des prises de tête, des engueulades, des moments de déprime, de grandes satisfactions…
Ce blog, nous l’avons démarré dans un contexte particulier, dont tout le monde se souvient évidemment: la guerre de juillet dernier. Un an après, où en sommes-nous? Le constat n’est guère glorieux.

Hier, je réécoutais un CD enregistré vers 1998. La musique étant – tout comme les odeurs – une prodigieuse machine à remonter le temps, je me suis retrouvée à cette époque où tout était loin d’être rose mais où je n’avais pas ce sentiment de «désespérance» que nous ressentons aujourd’hui.

Je suis arrivée au Liban en 1995. Le pays du cèdre était alors une terre d’opportunités où tout semblait possible, où tout était à (re)construire, en dépit de la présence syrienne. Un comble, je sais.

Des moments difficiles, il y en a eu, et un paquet. Jusqu’à l’assassinat de Hariri en 2005, le retrait des Syriens, et l’enclenchement des attentats en série. La «révolution du Cèdre»? On n’assiste pas tous les jours à un rassemblement populaire de l’ampleur de celui du 14 mars et l’enthousiasme des manifestants faisait plaisir à voir, c’est vrai, mais je n’ai jamais réussi à y croire complètement.  Et après? Ben après, je continuais à me dire que les choses pouvaient évoluer positivement, peut-être…

Et puis il y a eu la guerre de juillet. Je crois ne pas être la seule (du tout) à avoir vécu cet été fatidique comme le coup de massue en trop. Certains diront qu’elle était prévisible, d’autres qu’elle était légitime. Mais je n’ai pas envie de parler politique maintenant. Ce qui devait arriver arriva, comme dirait ma fille, tout simplement.

Ce que je sais, c’est qu’il y a eu quelque chose de brisé, que les événements depuis n’ont absolument pas contribué à réparer, loin de là. La confiance, en premier lieu. Dans ce pays, dans son avenir, dans sa faculté à tenir debout et à vivre ensemble.

En 12 ans dans ce pays, je n’ai jamais été aussi découragée parce que je ne sais plus où regarder pour trouver une petite lumière au bout du tunnel. Bon sang, qu’il faut l’aimer, ce pays, pour s’y accrocher alors que, comme l’un de nos commentateurs l’écrivait, nous pourrions tout simplement rentrer en France, petits veinards que nous sommes. Sauf que c’est ne pas tenir compte d’une donnée fondamentale: le Liban, c’est chez nous. Un jour, David racontera peut-être ce que c’est d’être étranger au Liban, encore qu’en tant que Français, il soit moins mal loti que d’autres. Mais je le trouve bien loyal (et je m’estime chanceuse) de rester ici en dépit de tout.

Qu’y a-t-il au Liban qui le rende si irrationnellement attachant et qui, dans le même temps, fasse tout pour faire fuir ceux qui y vivent?

La démocratie, une école de la patience

medium_parlement_sepia.jpgDiscutez avec un aouniste de la partielle prévue demain pour remplacer les députés assassinés Pierre Gemayel et Walid Eido et il vous affirmera que oui, il est normal que cette élection ait lieu (admettons) et que oui, il est normal que le candidat Camille Khoury (vous savez, l’homme mystère dans l’ombre de Aoun) se présente contre Amine Gemayel.
Selon l’un de nos commentateurs, «un siège n'est pas un héritage tout simplement, c'est cela la démocratie. A moins que vous voulez que le Liban n'apprenne pas ce qu'est la démocratie et retombe dans un système clanique et donc ouvert à la guerre civile».

Facile de taxer ceux qui ne sont pas d’accord de rejeter la démocratie et de tomber dans les raccourcis simplistes. Et bien non, nous ne voulons pas que le Liban retombe dans un système clanique (encore faudrait-il qu’il en soit sorti) et qu’il soit ouvert à la guerre civile (encore faudrait-il qu’il y ait «été fermé»). Et oui, nous voulons que le Liban devienne une démocratie, c’est bien l’idée!

Parce qu’il serait sans doute utile de rappeler à ceux qui ont une vision relativement subjective de la démocratie ce qui disent les textes constitutionnels de quelques pays démocratiques justement.

Une république parlementaire comme la France
«Le régime électoral limite les cas d'élections partielles en prévoyant en même temps que l'élection du député, celle d'une personne appelée à le remplacer en cas de décès, de nomination au Gouvernement ou au Conseil constitutionnel et de prolongation au-delà de six mois d'une mission temporaire confiée par le Gouvernement.C'est seulement dans les autres cas de vacance de siège (annulation de l'élection, déchéance, démission, élection du député au Sénat) que des élections partielles sont organisées.»

Un régime présidentiel comme les Etats-Unis
«En cas de décès, de démission, de destitution, le Président est remplacé par le vice-Président (assassinat du Président John Fitzgerald Kennedy à Dallas en 1963 – remplacé par le vice-Président Lyndon Baines Johnson; démission de Richard Nixon en 1974 à la suite de l'affaire du Watergate – remplacé par le vice-Président Gerald Ford, lui-même nommé par Richard Nixon en 1973 pour remplacer le vice-Président Spiro Agnew démissionnaire pour concussion).»

Une monarchie parlementaire comme la Grande-Bretagne
«Si le leader vient à changer en cours de législature c'est le nouveau leader qui devient Premier Ministre (Margaret Thatcher remplacée par John Major en 1990, Brown remplaçant Blair cette année).
S'il n'y a de majorité, le Monarque désigne le leader du parti qui a le plus grand nombre de sièges.S'il n'y a pas de leader, il nomme, sur recommandation de l'ancien Premier Ministre ou des leaders du parti, un député, ou quelqu'un susceptible de le devenir (Lord Home, en 1963, renonce à la pairie pour se présenter à une élection partielle de la Chambre des Communes), qui ne sera pas désavoué par une majorité de députés.»

Ceci est a fortiori valable lorsque l’élu se fait assassiner (j’imagine les Républicains sautant sur l’occasion de récupérer la présidence après le meurtre de JFK) (non, je ne compare pas Pierre Gemayel et JFK ☺).

Parce que la démocratie, ce n’est pas dire «J’ai le droit, j’ai le droit, j’ai le droit…». C’est aussi et surtout avoir le devoir d’attendre la fin des mandats et les échéances électorales suivantes. La démocratie, c’est savoir patienter, le temps que son tour arrive.

vendredi, 03 août 2007

Recherche démocratie désespérement

medium_liban-divise.2.jpgAux alentours de 15h aujourd’hui, un épais panache de fumée noire s’est élevé au-dessus de la banlieue nord de Beyrouth. De notre terrasse, cela semblait aussi énorme qu’un certain 14 février 2005. Le son et l’onde de l’explosion en moins. On allume la télé, on zappe sur les sites d’infos: que dalle dans un premier temps, puis un site mentionne des pneus brûlés à 150m des cuves d’essence de Dora. Nat appelle un copain: ce n’étaient que des poubelles brûlées à la décharge voisine. Comme d’habitude, on s’attendait au pire. Et puis dans le Metn ce week-end, les bars, pubs et boîtes de nuit seront fermés, tandis que plusieurs milliers de représentants des forces de l'ordre se déploieront dans la région pour contrôler les perdants de dimanche.

Avec le climat merdique régnant au Liban – et plus particulièrement au Metn –, certains dérapages sont possibles. Mais pourquoi exactement? Nous ne sommes ni pro-14 mars, ni pro-8 mars, mais organiser une partielle pour remplacer le titulaire du siège de Pierre Gemayel (assassiné le 21 novembre 2006) nous semble complètement déplacé. Cette élection n’est même pas le signe que la démocratie libanaise bouge encore. Elle ne fait que donner une nouvelle occasion aux chrétiens pour se déchirer.

Pierre Gemayel – qu’on aime sa famille ou pas, le système clanique qui l’a porté au pouvoir ou pas – appartenait à un camp. Son siège devrait revenir naturellement au numéro 2 de sa liste. Et l'inverse serait tout autant valable dans le cas où un député de l'opposition se ferait dégommer (ce qui arrive nettement moins souvent, il faut bien le dire). Sinon, c’est la porte ouverte au tir aux pigeons généralisé.

jeudi, 02 août 2007

Metn : Elections partielles et bordel total

medium_michelmurr.jpgmedium_Murr.jpgmedium_eliasmurr.jpgmedium_moukheiber.jpg
De gauche à droite: Michel Murr, Gabriel Murr (alias Mister Magoo), Elias Murr et Ghassan Moukheiber.


Mais qui est donc Camille Khoury, le candidat aouniste s’opposant à Amine Gemayel pour l’élection partielle du Metn qui aura donc bien lieu dimanche prochain? On ne le voit pas, on ne l’entend pas, on ne le sent pas… Il me rappelle curieusement Myrna el-Murr, qui fut elle aussi une candidate d’une discrétion exemplaire à une autre élection partielle, c’était en 2002.

Dans les deux cas, un personnage revient sur le devant de la scène: Michel el-Murr, l’inénarrable. Ha, Michel el-Murr… Tout un poème, ce monsieur. Mouillé jusqu’à l’os dans des affaires plus abracadabrantes les unes que les autres (ce n’est pas le sujet ici mais repenser à sa magouille des plaques d’immatriculation – entre autres – me fait toujours marrer), le seigneur de Bteghrine ne manque pas d’un certain culot; alors qu’il était ministre de l’Intérieur en 2001, il n’avait pas hésité à faire tabasser les étudiants aounistes qui manifestaient devant feu la MTV (M comme Murr TV, rien à voir avec la chaîne musicale). Les images étaient arrivées jusqu’en France. Mais aujourd’hui, il peut affirmer avec candeur qu’il «soutient le général Aoun depuis plus de 16 ans», personne ne bronche. Il faut dire que depuis, il a confessé ses fautes et que le généralissime «lui a pardonné». C’est beau, la grandeur d’âme…

Bref, pour en revenir aux élections partielles qui font tant de bruit actuellement, Michel el-Murr joue donc les médiateurs pour essayer de réconcilier les deux blocs inconciliables, avec une diligence touchante. Il faut dire que le père Michel est un spécialiste des élections partielles. Et l’affaire mérite d’être racontée, ne serait-ce que pour l’indescriptible imbroglio familial. Accrochez-vous, il faut suivre…

Situons d’abord le contexte en retraçant les liens familiaux entre protagonistes, parce que le plus «rigolo» dans cette histoire réside là-dedans. Nous sommes en 2002, c’était donc avant que Aoun ne revienne en odeur de sainteté, je vous le rappelle. Michel el-Murr, ex-ministre de l’Intérieur, a deux enfants: Myrna et Elias, son successeur au ministère (puis actuel ministre de la Défense) et accessoirement gendre du «président de la République», le général Lahoud. Michel a aussi un frère, Gabriel, PDG de la très gênante chaîne de télévision MTV qui est la seule, à l’époque, à oser diffuser des interventions de Michel Aoun. Comme frères ennemis, on ne peut guère faire mieux.

Cette année-là, le plus vieux député de l’Assemblée, Albert Moukheiber, passe l’arme à gauche, laissant vacant son siège au Parlement. Une élection législative partielle doit être organisée pour lui trouver un remplaçant. Trois prétendants ont sollicité les suffrages des électeurs: Ghassan Moukheiber, l’héritier moral de son oncle Albert mais qui se fout un peu de la politique; Gabriel Murr, candidat de l’opposition (la majorité actuelle); Myrna Murr, candidate parachutée par le pouvoir mais qui n’a pas spécialement envie d’être là. Son silence radio au cours de la campagne fait ricaner pas mal de monde. Ce n’est pas grave, papa était là pour parler à sa place, un peu comme Aoun aujourd’hui pour Camille Khoury.

A la sortie des urnes, Gabriel l’emporte face à Myrna, Ghassan Moukheiber étant renvoyé à ses chères études avec 2,36% des suffrages exprimés. Mais voilà, dans toute bonne dictature qui se respecte (à l’époque, les Syriens sont encore là et serrent la vis), laisser le candidat de l’opposition l’emporter fait mauvais genre. Les quelques jours suivant l’élection sont suffisamment hallucinants pour qu’on s’en souvienne encore aujourd’hui: il y a réclamation, recomptage des bulletins à la main dans un petit village de la montagne… Bref. Gabriel est toujours gagnant.

En désespoir de cause, Myrna pose, sur l’impulsion de papa, un recours en invalidation face à son oncle. Elias le ministre (qui n’avait pas encore failli laisser sa peau dans un attentat, ce qui a quelque peu changé sa perspective sur le pouvoir depuis) constate de soi disantes irrégularités dans la campagne électorale, accusant son oncle de s’être servi de sa chaîne de télévision pour faire sa propre promotion. Comme si d’autres avant lui s’étaient gênés pour le faire… Toujours est-il que hop! L’affaire est dans le sac. Ghassan Moukheiber est déclaré gagnant par défaut (avec 2,36% des voix, tout de même!) car Myrna – qui en a plein les bottes et puis parce que l’essentiel, c’est de faire chuter Gabriel en sauvant un petit peu les apparences – se retire. Gabriel est non seulement déchu mais pour le punir de sa fronde, Elias envoie ses fantassins à l’assaut de la forteresse MTV. Pour la fermer.

Vers 15 heures environ, les forces de sécurité intérieure arrivent en nombre dans le quartier de Fassouh, dans le bas d’Achrafieh. Là se dresse l’immeuble que tout le monde en ville connaît, à commencer par les taxis service: l’immeuble de RML, Radio Mont-Liban. Dans ce grand building, de nombreuses sociétés travaillent en ce mercredi après-midi. Parmi elles, il y a bien sûr RML, mais aussi sa sœur Nostalgie (pour laquelle je bossais déjà à l’époque) et évidemment la MTV.

Les FSI sont venus matraquer un petit peu. Cela devait les démanger, ils n’avaient rien eu à faire depuis les rafles du 7 août 2001 contre les aounistes. Ils investissent les lieux, foutant dehors tout le monde manu militari. Les techniciens en train de boire leur café, les présentateurs à leur micro… Tout le monde y passe, sans même qu’on leur laisse le temps de prendre leurs affaires personnelles. Les bureaux sont mis sous scellés. L’affaire est rondement menée. Dans la rue, des dizaines de flics évacuent tout ce beau petit monde qui n’en croit pas ses yeux, avec interdiction d’approcher l’immeuble vidé. Une belle leçon de dictature.

Voilà. Aujourd’hui, la MTV est toujours fermée, mais le général orange a sa propre chaîne de télé, donc tout va bien. Gabriel el-Murr a été récompensé de son soutien en se retrouvant tout seul et perdant aux législatives de 2005, mais le général orange est élu député, donc tout va bien. Michel el-Murr se refait une virginité en jouant les bons offices et affiche un soutien sans faille pour le général orange (tout comme Ghassan Moukheiber soit dit en passant), donc tout va bien. De nouvelles élections partielles vont avoir lieu à grand renfort d’insultes et d’arguments passéistes, précédées d’une campagne dont la virulence – pour ne pas dire la violence – démontre combien les chrétiens sont divisés. Et là, tout ne va pas bien.

Rendez-vous dimanche pour une journée et surtout une soirée qui, à mon humble avis, risquent d’être agitées quel que soit le résultat. Mais peut-être verrons-nous quelque chose de positif en ce 5 août: nous aurons peut-être une petite chance de mettre un visage et une voix sur le nom de Camille Khoury. Ce sera déjà ça.

Y'en a marre de l'image «mythique» du Liban

medium_hermann.jpgmedium_kmaro.jpgDrôle d’idée que de mettre en parallèle un(e) casque bleu de la Finul et le chanteur K-Maro. En fait, hier, nous étions à Deir Kifa, au Sud-Liban, pour faire le portrait d’une femme casque bleu du contingent français. Nous avons passé la journée là-bas, nous avons été super bien accueillis… Dans le camp 9.1 de Deir Kifa, les Français s’occupent des transmissions pour toute la Finul. Les soldats y sont plutôt peinards, même si le boulot ne manque pas. A la buvette du campement, il y avait même un boulodrome, un jeu de fléchettes, une boule à facettes avec stroboscope pour danser le samedi soir. L’adjudant(e) que nous venions voir nous a dit être très heureuse d’être là, que le Liban est «mythique» pour tous les militaires...

Et puis hier soir, fatigué, je zappais. Après avoir vu un truc sur Rommel sur Arte, je suis tombé sur un best-of de l’émission de Fogiel sur M6. J’ai regardé une séquence où MOF accueillait Jacques Higelin et K-Maro (Cyril Kamar de son vrai nom). Le jeune chanteur libanais était là pour parler «avec pudeur» de son enfance, de là où il avait grandi. Il racontait les abris, les obus, qu’il avait vécus jusqu’à l’âge de 11 ans. Fogiel entame «Vous êtes né au Liban…», Higelin enchaîne «Au Liban? Waouh!!!» Comme si tous les natifs du pays des cèdres étaient des hurluberlus extraterrestres. Et Higelin de continuer: «Moi, je suis allé chanter là-bas. Beyrouth… C’est fou, tout est détruit…» Les images d’Epinal ont la vie dure. Ça me saoûle d’entendre les mêmes ritournelles, année après année. Va-t-on nous foutre la paix un jour avec l’image «mythique» du Liban? K-Maro poursuit, en parlant de sa famille, de ses oncles, tantes et cousins restés au pays et qui vivent en se disant «Ça changera, un jour ça ira…». Le jeune chanteur ne comprenait pas l’attachement de sa famille au Liban, lui qui a essayé de les faire venir en France tout en essuyant leur refus catégorique. Il semblait trouver ce lien indéfectible complètement à côté de la plaque. Cela m’a semblé tellement minable venant de lui.

Et puis sur le plateau, il y avait aussi la fille de Daniel Auteuil, qui a placé une petite phrase à la fin: «J’y suis allée aussi au printemps 2006. Beyrouth est une ville incroyable, les filles y sont des bombes atomiques.» Enfin quelqu’un qui parlait d’un aspect positif du Liban. C’était peut-être dérisoire de s’attacher à la beauté des Levantines, mais ça rendait un peu d’humanité au propos commun.

 
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