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lundi, 10 septembre 2007

L'énergie, un vrai défi commun

medium_plateforme.2.jpgIl existe une Arlésienne dans notre beau pays: le Liban possèderait des ressources pétrolières et gazières inexplorées. Cela fait des dizaines d’années que l’on en parle, et le sujet revient sur le tapis régulièrement. Jeudi dernier, le ministre de l’Energie, Mohammad Safadi, a affirmé que des études poussées venaient de confirmer l’existence de telles richesses sous les pieds des Libanais (surtout dans les eaux territoriales), et que des compagnies de prospection se bousculent au portillon pour déterminer si cette manne est commercialement exploitable. Quelque part, j’espère que non. Je m’explique.

Je suis en train de finir la lecture du bouquin quelque peu alarmiste d’Eric Laurent, La face cachée du pétrole. Il y fait l’historique de l’aventure pétrolière humaine, de la fin du XIXe siècle à nos jours. Un constat de base s’impose: pour de nombreux pays, l’or noir est devenu une malédiction, entraînant corruption et malversations, car dans la plupart des cas les immenses revenus pétroliers n’ont jamais servi à améliorer le niveau de vie de la population mais seulement celui de la classe dirigeante (voir les Etats du Golfe ou d’Afrique par exemple). Et dans ce cas malheureusement, je ne vois pas vraiment comment le Liban – connaissant ses forces et surtout ses faiblesses – ferait exception.


Eric Laurent, à tort ou à raison, développe une thèse expliquant par A + B que les réserves mondiales sont bien en deçà de ce que les compagnies américaines et les principaux producteurs comme l’Arabie saoudite ou l’Iran veulent bien nous laisser croire. En gros, nous n’en aurions pas du tout pour plusieurs dizaines d’années devant nous. La demande mondiale croissante (venant de Chine ou d’Inde par exemple) et les besoins énormes de l’économie américaine qui ne veut pas changer d’un iota son mode de fonctionnement seraient en train de nous précipiter vitesse grand V au fond de l’abîme.

Le Liban, lui, est aujourd’hui totalement dépendant de ses importations pour ses besoins énergétiques. Les Syriens nous coupent de temps en temps le robinet du gaz, et les tankers se font souvent désirer pour approvisionner les centrales électriques, provoquant nos célébrissimes pénuries de courant. Rien ne dit que si le Liban pouvait extraire son propre pétrole (et le raffiner, ce qui demande des investissements considérables), la situation énergétique du pays s’en trouverait miraculeusement améliorée. En général, les petits Etats qui se découvrent ce genre de ressources signent des contrats d’exploitation à leur désavantage. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement ici. Suis-je devenu si défaitiste que cela?

Dans son livre, Laurent développe également l’impact du changement climatique sur les besoins en énergie des grands pays. Ces changements de climat, nous les voyons également au Liban, où l’été se fait de plus en plus lourd, où les hivers de plus en plus courts et secs. Quand je suis arrivé ici, j’avais noté l’arrivée des premières pluies d’automne lors du dernier week-end de septembre, pendant 4 ou 5 ans. Cette régularité était franchement amusante. Mais depuis, ça s'est dérèglé. Il a plu samedi soir et dimanche matin. Cela peut vous paraître anecdotique...

Bref. En regardant le ciel bleu par ma fenêtre à l’instant où j’écris ces lignes, je me dis que le Liban devrait faire le pari de l’énergie solaire. Le pays bénéficie d’un ensoleillement prolongé, et cette source d’énergie pourrait devenir une alternative généralisée à l’EDL pour les immeubles d’habitation, les écoles ou les administrations (le bain militaire de Kaslik est équipé de panneaux solaires depuis 10 ans, mais c’est un exemple isolé). J’aime à rêver d’un Liban idéal, précurseur dans de nombreux domaines. Celui de l’énergie représente à mes yeux l’un des plus importants pour l’avenir de nos enfants. De tous les enfants du Liban.

Commentaires

C'est Vrai que le Liban pourrait jouer d'autre carte que le petrole. j'ai eu les memes idees que vous. Il ya le solaire et l'hydraulique. je me demande pourquoi dans les nouvelles constructions on ne prend pas en compte un minimun d'equipement solaire surtout avec les toits en terrasse qui offre une belle surface..... je ne dis pas que ca couvre 100% mais en tout cas ca peut palier aux coupures d'electricités, chauffer l'eau... J'entendais que l'un des premiers producteurs de panneaux solaires etait chinois et se vanter d'avoir fait baisser les prix de facon incroyable.. Je ne crois pas que le surcout soit si terrible si on y reflechit un peu ca doit vite s'amortir je pense. Il n' etait pas question aussi de projet de barages vers la bekaa?

Écrit par : Ted | lundi, 10 septembre 2007

J'avais déjà entendu dire dans les années 90 que le Liban disposait sûrement de ressources pétrolières. Comme vous, j'ai la conviction que l'exploitation de ces ressources, si leur existence était bien confirmée, ne constituerait pas un remède miracle pour soutenir une économie bien mal en point et ce pour plusieurs raisons:
1/ comme vous j'ai la conviction que les revenus du pétrole ne bénéficieront qu'à une petite minorité de personnes;
2/le pétrole reste certes une source d'énergie majeure, mais ce n'est pas une source éternelle; le pétrole ne pourra donc procurer de revenus que pendant quelques années;
3/exploiter un puit de pétrole nécessite de grands investissements que seules les grandes compagnies pétrolières peuvent assumer; il en résultera que l'essentiel du pétrole extrait sera exporté, ne serait-ce que pour être raffiné.

Moi aussi je pense que l'énergie solaire est une meilleure solution: plus écologique et durable (car renouvelable). Il ne s'agit pas à mon sens de se contenter de doter les immeubles de panneaux solaires, je crois qu'il faudrait qu'EDL crée de vraies centrales solaires. Cela assurerait au Liban une plus grande indépendance énergétique.

Écrit par : alexandre | lundi, 10 septembre 2007

S'il y a du pétrole sur les côtes libanaises, se serait une raison de plus pour la Syrie de provoquer une nouvelle guerre civile et nous envahir de nouveau. Concernant les sources d'énergies écologiques, il est nécessaire que l'énergie solaire soit exploitée, ainsi que l'énergie éolienne. D'autre, part, des lacs artificiels pourraient être consruits dans les vallées Mont-Liban, produisant ainsi de l'énergie hydro-électrique. Malheureusement, personne n'a de vision constructive de l'avenir Libanais, occupés tel que nous sommes de se tabasser dessus...

Écrit par : kheireddine | lundi, 10 septembre 2007

Parfaitement d'accord avec Ted, Alexandre, et Kheireddine !!

Mais le plus dramatique pour le Liban, s'il y avait du pétrole, ce serait que les Libanais ne pourraient plus autant se vanter de devoir leur réussite à leur labeur, plutôt qu'à la présence de réserves d'or noir, comme c'est le cas dans nombre de pays du Moyen-Orient !

A bientôt !!

Écrit par : Maurice | mardi, 11 septembre 2007

Le pari de l'avenir ce n'est pas le petrole c'est clair meme si on ne va pas cracher sur cette ressource. L' energie renouvelable est un investissement d'avenir

Écrit par : mounir | mardi, 11 septembre 2007

Franchment c'est un blog trés interessant avec de trés belles photos.
Je vous souhaite une bonne continuation !!
Venez me dire ce que vous penser de mon blog http://just4lebanon.skyrock.com/

Écrit par : mounir | mardi, 11 septembre 2007

Le problème de l'énergie solaire est le stockage; cela nécessite des genres de batteries immenses qui produisent en quantité des liquides toxiques et donc non écologiques (un peu comme l'acide des batteries de voitures); à moins qu'on ne construise une grande turbine à eau chauffée par des miroirs, comme on en a fait en Espagne récemment, mais cela nécessite une grande surface de terrain et ça reste éblouissant à des kilomètres. Je crois quand même que l'énergie éolienne est une meilleure alternative, même si elle condamne elle aussi une grande surface de terrain (à cause du bruit des moulins).

Écrit par : Oberon Brown | mardi, 11 septembre 2007

Je me demande combien de millions de tonne de CO2 par an, la centrale de Zouk rejette dans l'atmosphère. Je me rappelle que lors d'un visite chez des amis à Haret Sakhr (jounieh) en 1982, j'ai vu comme smog au dessus de Zouk Mekhayel et je m'inquiétait déjà des effets sur l'environnement et les humains.

Écrit par : kheireddine | mardi, 11 septembre 2007

Vous avez oublié par rapport à la situation pétrolière (peut être) d'aborder le paradoxe hollandais, avec richesse du au pétrole mais paupérisation de la population due à différents facteurs.

C'est surtout cela qu'il faut craindre par rapport à cette manne déjà.

Sur un autre sujet, la véritable richesse est l'eau désormais dont le nombre de m cubes valables par population passera de 600 à 200 en cas de réchauffement dans les 50 prochaines années pour le Liban. Cela aiguisera surement les appétits de nos voisins à nouveau
Juste à titre de comparaison actuellement, les israéliens consomment 540 m cube par ans et les palestiniens 137 m cube en raison de quota (cf le doc de la médéa http://www.medea.be/index.html?page=2&lang=fr&doc=260)

dans les années 50 et 60, Maurice Gemayel directeur du Litani avait mis en place un plan hydrolique du Litani dont qaraoun n'était que le premier d'une série de barrages à construire par des sociétés américaines sauf que dès l'époque les israéliens avaient menacé de les détruire.

Le vrai défi commun pour la région c'est l'eau qui peut être également utilisé pour la production électrique et la consommation de la population et je pense aborder cela dans un billet prochainement.

Écrit par : frenchy | mardi, 11 septembre 2007

@frenchy: ton post sur les ressources hydrauliques du Liban m'a beaucoup intéressé. Et c'est vrai que le Liban n'est pas un territoire désertique et qu'on y trouve de l'eau, laquelle aura à terme plus de valeur que l'or noir. Il semble que les ressources en eau du Liban suscitent bien des convoitises; combien de fois des proches libanais m'ont affirmé que les israéliens rêvaient de mettre la main sur le Litani? Assurément la gestion des ressources htdrauliques du Liban devrait être un débat majeur pour les autorités politiques de ce pays. A condition bien sur que la classe politique libanaise fasse preuve de mâturité... En tout cas j'attend ton prochain billet avec impatience.

@Oberon Brown: Je ne crois pas que l'éolien soit une alternative à l'énergie solaire, mais un complément à ne pas négliger. D'ailleurs, je doute que le couple solaire/éolien soit suffisant, mais ces énergies renouvelables doivent permettre de limiter le recours à d'autres énergies. En revanche je te rejoins quand tu indiques que l'un et l'autre sont gourmands en terrain. Toute la difficulté d'une bonne politique énergétique consiste à trouver le juste équilibre entre les différentes sources d'énergie qu'on a décidé d'exploiter. Je ne prétend pas connaître le juste équilibre en question, mais pour le déterminer plusieurs paramètres doivent pris en compte: espace géographique nécessaire, impact environnemental et sur la santé, rentabilité, nombre de kilowatt/heure produits quotidiennement...

Amitiés à tous!

Écrit par : alexandre | mardi, 11 septembre 2007

@Alexandre.

tes sources sont tout a fait bonnes concernant le Litani. mais cela ne date pas d'hier. il faut remonter a 1916 et les accords Sykes-Picot, et 1920 et la création du Liban dans les frontieres que l'on connait aujorud'hui. Les sionistes s'opposaient deja a la creation du Liban et exigeait que le frontieres s'arretent au nord du Litani, justifiant qu'il etait vitale pour un etat futur israelien de pouvoir utiliser le fleuve. on en revient donc a la guerre de juillet 2006. Les specialistes assurent que la guerre du XXI eme siecle au moyen orient sera une guerre pour l'eau et israel nous le montre chaque jour.

Écrit par : sebastien | mardi, 11 septembre 2007

@Sebastien: Merci pour les précisions. J'ignorais que les accords Sykes-Picot comportaient des points concernant les eaux du Litani.

Je suis tout à fait conscient que l'eau pourrait fort bien être la cause d'un conflit d'ampleur régionale. En revanche, même si je conçois bien qu'Israël puisse rêver de bénéficier de tout ou partie de l'eau du Litani, je vois mal comment elle ferait pour occuper durablement tout une partie du Sud Liban; en effet, bien qu'elle dispose d'une armée efficace, moderne et bien encadrée, Israël ne dispose pas d'un effectif suffisant pour s'assurer le contrôle de ce territoire.

L'histoire militaire de ces dernières années et notamment celle d'Israël nous rappelle que pour contrôler un territoire conquis par la force, il faut avant tout disposer d'une infanterie nombreuse, laquelle est bien évidemment confronté à tous les dangers qui attendent le fantassin qui opère en territoire hostile. On peut citer à titre d'exemple la bande de Gaza qui est un tout petit territoire et que tsahal n'est jamais parvenu à maîtriser; on peut aussi citer l'actuel exemple de l'armée américaine en Irak: avec 168.000 soldats, les américains n'ont obtenu qu'un "calme" très relatif (certains spécialistes estiment qu'il faudrait aux alentours de 500.000 combattants pour contrôler l'Irak, et je distingue le mot combattant de celui de soldat car dans les armées modernes une part substantielle des soldats n'ont pas de fonctions combattantes mais techniques, logistiques, médicales, administratives...).

L'épisode de 2006 nous a appris que certes Israël était capable d'atteindre avec son armée le Litani (comme en 1982 elle est arrivée aux portes de Beyrouth), mais je doute qu'elle aurait pu réussir à s'y maintenir durablement sans que celà engendre une véritable guérilla couteuse en vies humaines. Or, l'opinion israélienne ne tolérerait pas longtemps que ses enfants se fassent tuer en nombre au Liban.

Écrit par : alexandre | mardi, 11 septembre 2007

78,99 $ le barril de Brent... Ca grimpe, ça grimpe... Ayant fini le bouquin dont je parlais dans ce post, je me rends compte de ma naïveté concernant l'énergie solaire. Même si cela peut être une alternative pour les bâtiments dont je parlais, cela ne règlerait rien du tout au problème. Un étude datant de 1979 montrait qu'il existait 80000 produits dérivés du pétrole. Ces produits sont partout autour de nous: plastique, tissus... Et le pétrole est également largement présent dans la chaîne de fabrication des cellules photovoltaïques. Bref, le serpent se mord la queue, et je me demande bien ce que notre belle civilisation fera un fois que la dernière goutte de pétrole aura été rafinée...

Écrit par : david | mercredi, 12 septembre 2007

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