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jeudi, 20 décembre 2007

Frange Connection

Depuis quelques jours, j’hésite entre écrire un post sur la situation politique, ou plutôt sur la dimension socio-économique de la chose (que tout le monde a l’air d’occulter joyeusement), une séance de coiffure hilarante, ou tout simplement m’abstenir parce que je ne vois pas les choses en rose en ce moment… Résultats des courses: que je m’offre une coupe de cheveux est un événement suffisamment rare pour que je ne remette pas à la prochaine fois le récit de cette séance tragi-comique.

Il y a quelques jours, j’ai donc décidé de souscrire à mon obligation semestrielle en matière de soins capillaires. Ce qu’il y a de bien, quand on ne se rend pas souvent dans un salon de coiffure, c’est que tout le monde est content de vous voir. Un peu comme la vieille tante à laquelle on rend visite tous les 36 du mois et qui sort les gâteaux, les bonbons et tout le tralala.
Et cette visite a eu ceci d’utile que j’ai eu la réponse à cette question que se posent tant d’étrangères au Liban (et ailleurs): comment certaines Libanaises (bon, d’accord, nombre d’entre elles) font-elles pour être toujours impeccablement coiffées, manucurées, pédicurées, maquillées… Le charmant jeune homme – que nous allons appeler Michel – à mes petits soins me demandait si je travaillais toujours, n’ayant pas d’aide à la maison avec deux enfants (apparemment, cela a l’air de tenir de l’exploit, même si je concède volontiers que le système libanais est bougrement compliqué pour les gens dans notre situation). Après que je lui ai répondu par la négative, il partit dans une grande analyse, apparemment à vocation cathartique, de sa clientèle habituelle: la jeune fille, âgée d’une trentaine d’années, qui m’avait précédée vient le voir trois fois par semaine, comme l’immense majorité de ses clientes. Parce qu’il y a toujours quelque chose à faire: lundi, manucure et brushing; mercredi, «coup de peigne» (j’adore!), épilation et massage; samedi, pédicure, soin du visage, retouche des ongles de la main si nécessaire et re-brushing. Plus les visites majeures pour coupe, couleur et autres soins ou maquillage. A ce rythme-là, évidemment, il y a peu de chance d’avoir l’air un tant soit peu négligé… Pour ceux et celles qui s’interrogeraient sur ce qu’est le «coup de peigne», il s’agit d’une retouche de coiffure, mais sans shampoing. Evidemment, pour Michel, ces clientes sont une riz’a (une bénédiction) car ce sont elles qui le font vivre, pas moi!

Toujours est-il que selon ses «statistiques», environ une de ses clientes sur cinq vient tous les jours, et certaines poussent le vice (ou l’oisiveté) jusqu’à venir tous les jours, deux fois par jour. Incroyable mais vrai. Le vernis s’est écaillé sur un ongle, le brushing s’est un peu défait, un petit massage, ça relaxe de bon matin, il y a aussi le maquillage de jour ET de soirée, etc. Il s’agit souvent de femmes issues de milieux très aisés, pas toutes âgées (loin de là), n’ayant il semblerait rien de mieux à faire de leur temps et de leur argent. C’est caricatural, évidemment, mais quand même. Ce pauvre Michel n’en peut plus, parce que, vous l’aurez compris, tout ceci est symptomatique d’une grande solitude et qu’il faut évidemment faire la conversation à ces dames qui arrivent au salon comme si elles rentraient chez elles. «J’en sais plus sur elles que sur ma propre famille!», soupire-t-il.

Histoire de marquer le coup, une élégante cinquantenaire arrive sous les «Bonjour Mme X. Comment vont les enfants, Mme X? Votre manteau, Mme X. Une camomille Mme X, comme d’habitude?». Michel me prévient discrètement: «Elle est venue hier et là, elle va me dire: “Michel, il y a quelque chose qui ne va pas là”», en montrant sa frange. Ce que Mme X ne manque pas de dire, mot pour mot, en m’adressant au passage un regard au mépris souverain. Puis elle va s’assoire auprès d’une autre cliente, habituée elle aussi puisqu’elles embrayent directement la conversation sur les nouvelles des uns et des autres.

Tout ceci est anecdotique, cela va sans dire. Mais c’est aussi pathétique, surtout lorsqu’on y agrège les sujets de conversation qui, eux, sont en revanche très révélateurs de l’absolu surréalisme dans lequel vit cette catégorie de Libanaises (je sais, il y en a partout des comme ça, mais ils sont nettement plus visibles ici). La ravissante jeune femme qui m’avait donc précédée tapait elle aussi la discute avec une jeune cliente. L’objet du dialogue: l’achat d’un bateau. La seconde envisageait d’acheter un hors-bord avec une de ses copines et la première voulait participer. «Pourquoi? Tu as déjà un yacht de 40m!» demande la seconde. Réponse: «Oui, mais il est trop gros, je n’arrive pas à le sortir de l’embarcadère. Il m’en faut un autre.» Immanquablement, cela m’a fait penser à toutes ces filles à peine pubères au volant de 4X4 monstrueux que, dans 9 cas sur 10, elles ne savent pas conduire (il faut les voir faire un créneau) et au volant duquel elles se prennent pour Ayrton Seyna.

Les salons de coiffure sont très instructifs. De véritables laboratoires sociologiques. Lors d’une précédente coupe en août 2006, en pleine guerre donc (j’avais décidé de m’offrir un moment de normalité dans ce chaos total), j’avais, très indiscrètement je l’admets, prêté l’oreille aux propos de mes voisines de shampoing. Ben oui, désolée, mais chez le coiffeur, je n’arrive pas à lire Voici.
Bref, la dame expliquait qu’elle revenait de Paris (apparemment, certaines avaient trouvé la parade au blocus) mais qu’elle comptait y retourner rapidement car à Faraya, ce n’était plus tenable. «Habibté, avec tous les enfants qu’il y a là-haut en ce moment, c’est insupportable. Il y a trop de bruit!».
Il faut que j’aille plus souvent voir Michel et ses clientes. J’en reviens toujours avec le sentiment d’être non seulement plus apprêtée, mais aussi et surtout, drôlement normale, en fin de compte.

A suivre: le Liban, probablement seul pays au monde où une banque a lancé un prêt personnel finançant spécifiquement des opérations de chirurgie esthétique. Pour en savoir plus, regardez ce qui suit...

Commentaires

Un post criant de vérité qui me rappelle quelques personnes de ma connaissance. Il me rappelle aussi ce que m'avait dit feu mon grand père: "si plus tard tu veux épouser une libanaise, fais le, mais pas une beyrouthine! Regarde ton oncle et voit combien sa femme lui coûte". Et pourtant, mon grand père n'aiamit pas médire des autres; il m'avait aussi narré son enfance quand il séjournait parfois à Beyrouth et que depuis la fenêtre il voyait tous les matins les amies de sa mère sortir de chez elles de bon matin pour une journée de shopping intensif.

Écrit par : alexandre | vendredi, 21 décembre 2007

C'est aussi qu'elles sont coiffées, maquillées, habillées sur exactement le même modèle. On a toujours l'agréable surprise de voir de si belles femmes quand on arrive à Beyrouth puis au bout de quelques jours, à force de voir des clones, on a envie de diversité, de filles qui ne soient pas impeccablement coiffées, qui aient un autre style vestimentaire, voire pas de style vestimentaire du tout, et qui aient un nez bien à elle : )

Écrit par : Jeröme | vendredi, 21 décembre 2007

ça fait vraiement mal au coeur de voir combien les apparences sont importantes chez nous : le look, la voiture, le diplôme (même s'il y a aucune culture derrière), la "Srilankaise", la famille bien réputée ... Je suis sûre que si Gebran était encore vivant, il se suiciderait en voyant nos nouvelles valeurs libanaises!

Écrit par : Souad | vendredi, 21 décembre 2007

la coiffure hilarante est peu être un des moyens de ne pas penser à la dimension politico-socio-absurdo-économique de la chose!!

nb: Nathalie, j'avais fattouche ce soir

Écrit par : mc | vendredi, 21 décembre 2007

Shalom
de jolies filles, ça n'est pas des Arabes, ça doit être des juives en poste pour les services de renseignement israéliens.

Écrit par : Ephraïm du Mossad | vendredi, 21 décembre 2007

Bon ben, c'est une façon comme une autre de se remonter le moral: en Europe c'est les psy, ici c'est les salons de coiffure...

Écrit par : Elohim Arets | samedi, 22 décembre 2007

@mc
ça n'empêche pas d'y penser quand même. Et de 10! Arghhhhhhhhhhhh
Moi j'avais cheikh el mehchi.

@souad
De quel Gebran parles-tu? Parce que si c'est Tueini, je ne crois pas que cela l'ait bcp gêné.

Écrit par : nathalie | samedi, 22 décembre 2007

je dirais même 10 fois : "arghhhhhhhhhhhhhhhhhhhh" et même 20 et 1000...
ils vont nous rendre zinzins

Écrit par : mc | samedi, 22 décembre 2007

on ne peux même pas dire : el telté sebté depuis longtemps.....
re-arghhhhhhhh

Écrit par : mc | samedi, 22 décembre 2007

Décidement le Liban me suprendra toujours. Entre les politico idealistes, les pures mafieux, les artistes se mettant a crer des Utopies (le nowhereistan), ou la religon est tres importante, ou l'occident se fond dans l'orient et avec des gens qui voue un culte a leur prestige qu'importe si il est naturel ou pas, ses intellectuels :s Le tout contenu dans un apys pas bin grand... Depaysement garanti ^^

Écrit par : Vincent | samedi, 22 décembre 2007

Bon, recentrons le débat: les Libanaises sont de belles femmes, elles ont du chien et des grands yeux qui vous mangent! Ah, les Méditerranéennes, mamamia! Dire que je ne jurais que par les blondes aux yeux bleus avant de venir ici...

Et vive les cocktails de fruit avec achta et miel de chez Georges Farah!

Écrit par : david | dimanche, 23 décembre 2007

faut apprendre à découvrir leur charme, caché derrière une sophistication ou pas !

et c'est où Georges Farah? j'ai dû rater un truc! moi je connais Frulate à Jeita! (miam)

et aura-t-on un beau joli nouveau président (dixit s. khayat) 2007 ou 2008?

Écrit par : mc | dimanche, 23 décembre 2007

C'est pas dans le sujet mais bonnes fêtes de noël à tous !

Écrit par : SJM | dimanche, 23 décembre 2007

mc comment tu connais pas georges farah? c'est a sassine en face de l'aust proche de l'hotel dieu de france.

en attendant je vous souhaite a toutes et a tous de tres bonnes fetes de fin d'annee. joyeux noel.

amusez vous bien et surtout preparez bien le terrain parce que j'ai l'intention de venir l'ete prochain (ca fera deux ans)

Écrit par : sebastien | dimanche, 23 décembre 2007

@ MC et Sebastien

Georges Farah avait commencé avec un tout petit stand à Kaslik, dans les années 90. Depuis, la formule a fait des petits. A Kaslik, Farah a construit en dur, mais on peut toujours voir le petit stand jaune sur le toit du restaurant (non loin de la descente de l'ATCL).
Quant à celui d'Achrafieh, il a déménagé à 200m de là, il n'est plus en face de l'AUST (Sébastien va être perdu la prochaine fois qu'il viendra à Beyrouth!). A conseiller vivement: le sandwich kafta extra avec frites incorporées (bon, faut pas vouloir jouer le joli cœur après, car on en mange toute la journée!).

Et voilà, on se remet à parler bouffe, c'est pas croyable ça...

Écrit par : david | dimanche, 23 décembre 2007

Merci pour les infos.
Sebastien 2 ans sans Liban c'est très long :-S
David entre les belles libanaises et la bonne bouffe ça ne m'etonne pas que tu ais craqué pour ce pays. héhé!
On se remet à parler bouffe, en voilà une bonne idée de post : les bonnes adresse, bouffes, balades, tourisme etc... pour les libanais de l'étranger qui ont du mal à suivre les petits changements...

Écrit par : mc | dimanche, 23 décembre 2007

C'est un comble. Les filles dont je parle dans ce post (en général, ce sont aussi les reines du régime) seraient horrifiées par la discussion qui se tient sur la bouffe et pourtant, on en revient à ça. Quel paradoxe...

@mc
Frulatte, c'est très bien, mais c'est dépassé. Georges Farah a révolutionné les choses il y a plus de 10 ans, en relançant le saj et en étant ouvert 24/7 (l'endroit idéal pour se retapper aux petites heures du matin, après avoir fait la fête)! Tu étais où, tout ce temps??????
Pour ce qui est du président, il faut demander à Michel Hayeck, notre Nostradamus national dont les prédictions sont aussi précautionneuses que celles d'Elizabeth Teissier (sauf qu'elle, elle ne se fait pas taper dessus).

De Joyeuses fêtes à tous, dans la mesure du possible.

Écrit par : nathalie | dimanche, 23 décembre 2007

tant pis pour les reines du régime !

justement Nathalie comme je ne suis pas au Liban, à chaque fois que je rentre, je suis dépassée... d'où l'intêret de faire un post spécial pour "les libanais de l'étranger qui sont dépassés"...

Merci pour ces chroniques Beyrouthines qui nous rapprochent du Liban

je ne savais pas que Nostradamus s'est fait tabassé...

Un joyeux Noël à tous et à toutes, et ne vous gavez pas trop !

Écrit par : mc | dimanche, 23 décembre 2007

comment??? farah a demenage? ou ca ? 200 metres vers l'hotel dieu ou alors vers sassine?

@mc

voyons mm les saoudiens connaissent farah d'achrafieh. du reste c'est tjrs surprenant de les voir venir manger la bas alors qu'il n'y a rien d'exceptionnel sauf la bouffe, ce qui est deja beaucoup.

je sents que je vais me sentir completement perdu qd je vais revenir si mm les institutions bougent.

ouai deux ans sans le liban c'est tres dur, je ne sais pas comment je fais pour tenir et j'ai vraiment hate de pouvoir y mettre les pieds, pouvoir inspirer un grand coup qd je vais sortir de l'avion.

Écrit par : sebastien | dimanche, 23 décembre 2007

Bien le kafta extra avec frites, mais balaa kabiss David
Tant qu'il y aura Georges Farah, tout ira bien
et joyeux noel

Écrit par : Toun | dimanche, 23 décembre 2007

et leur chawarma hummmmmmm, et homos lahme, arguileh aussi
d'accord avec toun

tant qu'il y a farah alors tout va bien.

Écrit par : sebastien | dimanche, 23 décembre 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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