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jeudi, 27 décembre 2007

Les Libanais ont faim, les Libanais ont soif

ghadi_smat_basement.jpg– «Allo, Michel, comment ça va? C’est David. Dis-moi, je voudrais réserver une table au Music Hall pour 12 personnes vendredi soir. Tu peux m’arranger ça?
– Ouh la! Je t’arrête tout de suite. Ça me ferait plaisir que vous veniez tous les deux, mais d’ici le 2 ou 3 janvier, je n’ai même pas un centimètre carré au bar! C’est full, complet, archi booké! Avec tous les gens qui rentrent au Liban pour les fêtes, les affaires vont bien. Et puis en général, tu les connais, ils réservent pour 10 et viennent à 15 minimum.
– C’est pas de chance, moi aussi j’avais des gens de l’étranger…
– Je suis désolé, David. Bon, je vais appeler Abdo pour qu’il te mette en nº1 sur la liste d’attente au cas où il y a un désistement.
– Merci Michel. Peut-être à vendredi alors.» Merde!

Bon, maintenant, il faut penser au dîner avec les beaux-parents, ce soir-même.
– «Allo, je suis bien au Abdel Wahab?
– Oui.
– Je voudrais réserver une table pour 6 personnes, pour ce soir 21h. C’est possible?
– Ah non, désolé, il n’y a plus de place ce soir.
– Même si l’on vient plus tard?
– Oui, désolé. Au revoir.» Remerde, je vais pas les emmener au Chef quand même!

Le pays est en pleine dérive, mais les restos et les boîtes sont pleins à craquer. Les affaires vont bien pour certains, car au Liban, quoi qu’il arrive, on fait la fête. Faut s’y faire à cet état d’esprit! Même après 10 ans, ça m'émerveille encore…

PS: Si vous cliquez sur la photo ci-dessus, vous voguerez vers le site d’un copain photographe. Vous pourrez vous faire une plus ample idée des nuits beyrouthines… 

dimanche, 23 décembre 2007

Lettre (et avertissement) au père Noël

Bonjour monsieur Noël,

Il paraît que vous allez passer par Beyrouth la nuit prochaine. Avant d'arriver dans l'espace aérien libanais dans votre beau traineau, assurez-vous qu'il n'y a pas d'avions israéliens violant les cieux levantins. On n'est jamais trop prudent. Une fois que vous aurez pu atterrir sur le territoire libanais, n'oubliez pas de montrer patte blanche au service de l'immigration (pour bien faire, évitez de passer par Bethléem avant le Liban, ça fait mauvais genre d'avoir un visa de notre voisin). Enfin, ne mégotez pas avec les mesures de sécurité. Les gens importants – et vous en faites partie, cela ne fait nul doute – sont des cibles de choix dans notre beau pays. Bon, maintenant, on peut passer à la liste de cadeaux que j'aimerais vous faire parvenir. Alors voilà, je voudrais...

  • Un président de la République, mais vous savez, un de ceux qui servent à quelque chose, parce que cela fait presque 20 ans qu’on n’en a pas vu la couleur
  • Des milliards de neurones tout neufs à distribuer généreusement à nos ténors politiques (je sais déjà qui aura double portion)
  • Des stérilets inamovibles pour les épouses d’hommes politiques, afin que les lignées féodales s’éteignent et laissent la place à des gens neufs
  • Quelques heures d’électricité quotidiennes supplémentaires
  • Des tarifs de cellulaire moins exorbitants (et une connexion Internet potable aussi)
  • Des agents de la circulation qui fluidifient les bouchons au lieu de les créer
  • Un pays pour nos locataires palestiniens qui, je vous le rappelle, mettent depuis 60 ans ce souhait sur leur liste au père Noël
  • Des voisins sympas et bienveillants (je sais, je mets ça chaque année, mais j’ai l’impression que vous faites la sourde oreille, désolé d’insister lourdement)
  • Du chawarma poulet de chez Makhlouf (à Dora) gratuit pour tout le monde et à vie
  • Des trottoirs où se balader avec une poussette ne ressemble pas au Camel Trophee

Je vais m’arrêter là, même si j’ai encore plein de choses à demander, mais je ne voudrais pas paraître trop gourmand. J’en garde sous le coude pour l’année prochaine.

Allez, je vous laisse, khawaja, vous avez du boulot devant vous pour me préparer tout ça. Bon vol, et ne prenez pas froid demain soir. Je vous attends de pied ferme, mon pépère.

Un petit tas de chair rose et tremblotante...

Voici une analyse, anonyme, scientifique et rigolote, de la non-existence du père Noël (c'est pas récent, mais c'est toujours drôle à relire).

Il y a approximativement deux milliards d'enfants (moins de 18 ans) sur Terre. Cependant, comme le Père Noël ne visite pas les enfants musulmans, hindous, juifs ou bouddhistes (sauf peut-être au Japon), ceci réduit la charge de travail pour la nuit de Noël à environ 15% du total, soit 378 millions.

En comptant une moyenne de 3,5 enfants par foyer, cela revient à 108 millions de maisons, en présumant que chacune comprend au moins un enfant sage. Le Père Noël dispose d'environ 31 heures de labeur dans la nuit de Noël, grâce aux différents fuseaux horaires et la rotation de la Terre, dans l'hypothèse selon laquelle il voyage d'Est en Ouest, ce qui paraît d'ailleurs logique. Ceci revient à 967,7 visites par seconde, et signifie que pour chaque foyer abritant au moins un enfant sage, le Père Noël dispose d'environ un  millième  de seconde pour garer son traîneau, sauter en dehors, dégringoler dans la cheminée, remplir les chaussettes, distribuer le reste des présents au pied du sapin, déguster les quelques friandises laissées à son intention, regrimper dans la cheminée, enfourcher le traîneau et passer à la maison suivante.

En supposant que chacun de ces 108 millions d'arrêts soit distribué  uniformément à la surface de la Terre (hypothèse que nous savons fausse, bien sûr, mais que nous accepterons en première approximation), nous devrons compter sur environ 1,4 kilomètres par trajet. Ceci signifie un voyage total de plus de 150 millions de kilomètres, sans compter les détours pour ravitailler ou faire pipi. Le traîneau du Père Noël se déplace donc à 1170 kilomètres par seconde (3000 fois la vitesse du son). A titre de comparaison, le véhicule le plus rapide fabriqué par l'homme, la sonde spatiale Ulysse, se traîne à 49 kilomètres par seconde et un renne moyen peut courir au mieux de sa forme à 27 kilomètres à l'heure. La charge utile du traîneau constitue également un élément intéressant. En supposant que chaque enfant ne reçoive rien de plus qu'une boîte de Lego moyenne (un kilo), le traîneau porte plus de 500000 tonnes, sans compter le poids du Père Noël lui-même.

Sur Terre, un renne conventionnel ne peut tirer plus de 150 kilos. Même en supposant que le fameux «renne volant» soit dix fois plus performant, le boulot du Père Noël ne pourrait jamais s'accomplir avec 8 ou 9 bestiaux; il lui en faudrait 360000. Ce qui alourdit la charge utile, abstraction faite du poids du traîneau, de 54000 tonnes supplémentaires, nous conduisant à tout bonnement 7 fois le poids du Prince Albert (le bateau, hein, pas le monarque!)

600000 tonnes voyageant à 1170 kilomètres par seconde créent une énorme résistance à l'air. Celle-ci ferait chauffer les rennes, au même titre qu'un  engin spatial entrant dans l'atmosphère terrestre. Les deux rennes en tête de convoi absorberaient chacun une énergie calorifique de 14300 millions de joules par seconde. En bref, ils flamberaient quasi instantanément, exposant dangereusement les deux rennes suivants. La meute entière de rennes serait complètement vaporisée en 4,26 millièmes de secondes, soit juste le temps pour le Père Noël d'atteindre la cinquième maison de sa tournée. Pourquoi s'en faire de toute façon, puisque le Père Noël, en passant de manière fulgurante de zéro à 1170km/s en un millième de seconde, serait sujet à des accélérations allant jusqu'à 17500 G. Un Père Noël de 125 kilos (ce qui semble ridiculement mince) se retrouverait plaqué au fond du traîneau par une force de 2157507,5 kilos, écrabouillant instantanément ses os et ses organes et le réduisant à un petit tas de chair rose et tremblotante...

C'est pourquoi, si le Père Noël a existé, il est mort maintenant.

jeudi, 20 décembre 2007

Frange Connection

Depuis quelques jours, j’hésite entre écrire un post sur la situation politique, ou plutôt sur la dimension socio-économique de la chose (que tout le monde a l’air d’occulter joyeusement), une séance de coiffure hilarante, ou tout simplement m’abstenir parce que je ne vois pas les choses en rose en ce moment… Résultats des courses: que je m’offre une coupe de cheveux est un événement suffisamment rare pour que je ne remette pas à la prochaine fois le récit de cette séance tragi-comique.

Il y a quelques jours, j’ai donc décidé de souscrire à mon obligation semestrielle en matière de soins capillaires. Ce qu’il y a de bien, quand on ne se rend pas souvent dans un salon de coiffure, c’est que tout le monde est content de vous voir. Un peu comme la vieille tante à laquelle on rend visite tous les 36 du mois et qui sort les gâteaux, les bonbons et tout le tralala.
Et cette visite a eu ceci d’utile que j’ai eu la réponse à cette question que se posent tant d’étrangères au Liban (et ailleurs): comment certaines Libanaises (bon, d’accord, nombre d’entre elles) font-elles pour être toujours impeccablement coiffées, manucurées, pédicurées, maquillées… Le charmant jeune homme – que nous allons appeler Michel – à mes petits soins me demandait si je travaillais toujours, n’ayant pas d’aide à la maison avec deux enfants (apparemment, cela a l’air de tenir de l’exploit, même si je concède volontiers que le système libanais est bougrement compliqué pour les gens dans notre situation). Après que je lui ai répondu par la négative, il partit dans une grande analyse, apparemment à vocation cathartique, de sa clientèle habituelle: la jeune fille, âgée d’une trentaine d’années, qui m’avait précédée vient le voir trois fois par semaine, comme l’immense majorité de ses clientes. Parce qu’il y a toujours quelque chose à faire: lundi, manucure et brushing; mercredi, «coup de peigne» (j’adore!), épilation et massage; samedi, pédicure, soin du visage, retouche des ongles de la main si nécessaire et re-brushing. Plus les visites majeures pour coupe, couleur et autres soins ou maquillage. A ce rythme-là, évidemment, il y a peu de chance d’avoir l’air un tant soit peu négligé… Pour ceux et celles qui s’interrogeraient sur ce qu’est le «coup de peigne», il s’agit d’une retouche de coiffure, mais sans shampoing. Evidemment, pour Michel, ces clientes sont une riz’a (une bénédiction) car ce sont elles qui le font vivre, pas moi!

Toujours est-il que selon ses «statistiques», environ une de ses clientes sur cinq vient tous les jours, et certaines poussent le vice (ou l’oisiveté) jusqu’à venir tous les jours, deux fois par jour. Incroyable mais vrai. Le vernis s’est écaillé sur un ongle, le brushing s’est un peu défait, un petit massage, ça relaxe de bon matin, il y a aussi le maquillage de jour ET de soirée, etc. Il s’agit souvent de femmes issues de milieux très aisés, pas toutes âgées (loin de là), n’ayant il semblerait rien de mieux à faire de leur temps et de leur argent. C’est caricatural, évidemment, mais quand même. Ce pauvre Michel n’en peut plus, parce que, vous l’aurez compris, tout ceci est symptomatique d’une grande solitude et qu’il faut évidemment faire la conversation à ces dames qui arrivent au salon comme si elles rentraient chez elles. «J’en sais plus sur elles que sur ma propre famille!», soupire-t-il.

Histoire de marquer le coup, une élégante cinquantenaire arrive sous les «Bonjour Mme X. Comment vont les enfants, Mme X? Votre manteau, Mme X. Une camomille Mme X, comme d’habitude?». Michel me prévient discrètement: «Elle est venue hier et là, elle va me dire: “Michel, il y a quelque chose qui ne va pas là”», en montrant sa frange. Ce que Mme X ne manque pas de dire, mot pour mot, en m’adressant au passage un regard au mépris souverain. Puis elle va s’assoire auprès d’une autre cliente, habituée elle aussi puisqu’elles embrayent directement la conversation sur les nouvelles des uns et des autres.

Tout ceci est anecdotique, cela va sans dire. Mais c’est aussi pathétique, surtout lorsqu’on y agrège les sujets de conversation qui, eux, sont en revanche très révélateurs de l’absolu surréalisme dans lequel vit cette catégorie de Libanaises (je sais, il y en a partout des comme ça, mais ils sont nettement plus visibles ici). La ravissante jeune femme qui m’avait donc précédée tapait elle aussi la discute avec une jeune cliente. L’objet du dialogue: l’achat d’un bateau. La seconde envisageait d’acheter un hors-bord avec une de ses copines et la première voulait participer. «Pourquoi? Tu as déjà un yacht de 40m!» demande la seconde. Réponse: «Oui, mais il est trop gros, je n’arrive pas à le sortir de l’embarcadère. Il m’en faut un autre.» Immanquablement, cela m’a fait penser à toutes ces filles à peine pubères au volant de 4X4 monstrueux que, dans 9 cas sur 10, elles ne savent pas conduire (il faut les voir faire un créneau) et au volant duquel elles se prennent pour Ayrton Seyna.

Les salons de coiffure sont très instructifs. De véritables laboratoires sociologiques. Lors d’une précédente coupe en août 2006, en pleine guerre donc (j’avais décidé de m’offrir un moment de normalité dans ce chaos total), j’avais, très indiscrètement je l’admets, prêté l’oreille aux propos de mes voisines de shampoing. Ben oui, désolée, mais chez le coiffeur, je n’arrive pas à lire Voici.
Bref, la dame expliquait qu’elle revenait de Paris (apparemment, certaines avaient trouvé la parade au blocus) mais qu’elle comptait y retourner rapidement car à Faraya, ce n’était plus tenable. «Habibté, avec tous les enfants qu’il y a là-haut en ce moment, c’est insupportable. Il y a trop de bruit!».
Il faut que j’aille plus souvent voir Michel et ses clientes. J’en reviens toujours avec le sentiment d’être non seulement plus apprêtée, mais aussi et surtout, drôlement normale, en fin de compte.

A suivre: le Liban, probablement seul pays au monde où une banque a lancé un prêt personnel finançant spécifiquement des opérations de chirurgie esthétique. Pour en savoir plus, regardez ce qui suit...

mardi, 18 décembre 2007

Reboot Lebanon

Le Liban réel est au Liban potentiel ce qu’un PC est à un Mac: un anachronisme, un ordinateur qui plante tout le temps, un truc au fonctionnement incompréhensible.

Le bug de l’an 2000? De la gnognotte vis-à-vis du bug de l’an 2005 qui lui-même n’est rien en comparaison des bugs de l’an 2006 et de l’an 2007. Mon ordinateur «Liban» est complètement planté depuis plus de 13 mois: pourtant, le nouveau système d’exploitation qu’on m’avait vendu en 2000, et surtout sa fringuante mise à jour en 2005, promettait monts et merveilles. «Finis les bugs, finis les virus!», m’avait-on même vanté au printemps 2005, à grand renfort de pubs et de banderoles. Que dalle, faut croire qu’un PC restera toujours un PC.

Pour équiper mon ordinateur agonisant, les éditeurs de Firewall se sont livrés une bataille acharnée. Pendant 15 ans, un système fourni par un éditeur régional – spécialiste des logiciels piratés – était installé sur mon disque dur. Mais Microsoft a eu raison de ce Firewall un peu miteux quoi que stable: la firme occidentale a remporté le marché (pour combien de temps, je ne sais pas vraiment), mais comme c’était prévisible, le nouveau Firewall fraîchement installé a déconné à plein tube et fait ramer ma machine. Obligé de rebooter toutes les semaines ou presque.

Et puis, comme tout bon PC, mon pauvre Liban a vu débarquer et se reproduire un paquet de virus ces deux dernières années. Il y a aussi d’autres problèmes récalcitrants, que même un nouveau système d’exploitation n’arrive pas à résoudre: les trojan horses. En fait, il y en a surtout un, et il est plutôt bien armé pour résister à mon Norton, et il me court sur le haricot...

Et puis avec les PC, il y a toujours le problème du monopole de certains softwares. Prenez la suite Office par exemple: dedans, j’ai des programmes vieux de 30 ans, du genre vraiment indéboulonnables, et dont le fabricant me fait croire que je ne pourrais pas m’en passer. Ne croyez pas qu’il n’y a que word.exe, j’en ai tout une liste: j’ai joumblatt.exe, hariri.exe, gemayel.exe, berry.exe, geagea.exe… En farfouillant dans mon dossier «Programmes», j’en découvre toujours qui ne servent à rien, comme murr.exe, frangieh.exe, arslan.exe, hoss.exe, karame.exe… Tout à mon étonnement de les trouver encore là, je les ouvre un par un pour me faire une idée de leur utilité, et je les referme vite en me disant que ça ferait de la place sur mon disque dur si je les mettais dans la corbeille (note pour plus tard: ne pas oublier de vider la corbeille, sinon la manœuvre ne sert à rien). La seule vraie satisfaction sur ce disque dur se trouve paradoxalement dans le dossier «Jeux»: le demineur.exe est toujours aussi précieux, lui.

A chaque mise à jour du OS donc, l’éditeur me promet une avancée fulgurante, des failles résolues, une meilleure utilisation de la puissance de mon processeur, et tout le tralala. Que dalle, oui! Des fois, j’en suis presque à regretter mon ZX Spectrum et son chargement à cassette qui faisait "zwyxyzywwwouwwouwyxhxyygy". Du coup, et c’est bien humain, je regarde l’ordinateur de mes voisins. Comme tout le monde, j’ai un pote à Dubaï qui a l’air très content de son «computer». Je me dis qu’il n’y a pas de raison de rester à la traîne comme ça. Alors je lance cette vieille bourrique d’Explorer – mon PC fait exprès de planter Firefox, le salaud! – pour me renseigner sur ce qui se fait en matière de micro-informatique. Manque de bol, avec mon forfait Internet dernier cri, la connexion prend trois plombes. Là aussi, je me dis qu’il y a un énième bug: j’ouvre l’aide de mon ordinateur, et un petit bonhomme animé qui ressemble à Hamadeh me dit que je dois voir ça avec son fils. J’y comprends rien à cette saloperie de PC! Et puis d’abord, quelqu’un a-t-il déjà compris quoi que ce soit à ces belles lignes blanches sur fond noir avec le curseur qui clignote? On se croirait encore dans War games avec Matthew Broderick.

Le Liban n’est-il donc qu’un vulgaire PC? Je ne veux pas être fataliste, mais il faudrait vraiment changer de crèmerie pour le système d’exploitation et les éditeurs de programmes. Y’a plus rien qui marche dans cette machine… Ah tiens, un message vient de s’inscrire sur mon écran: un nouveau système, le Vistaoun Premium, est annoncé pour le printemps 2008. C’est vrai, j’avais lu des articles dessus: il y avait eu un long teaser très prometteur en mai 2005, puis une annonce officielle et biscornue à l’automne 2007. Finalement, le PDG du fabricant crie haut et fort que mon ordinateur devra attendre encore 3 mois de mise au point, car les membres du laboratoire de recherche et développement n’arrivent à se mettre d’accord sur l’architecture du système. Mais comme il est peu propice – commercialement parlant – de sortir un nouvel OS en janvier et février, il me faudra attendre mars. Merde, et remerde. J’en ai marre d’attendre la bonne version!

Finalement, ce qui est dommage avec les PC, c’est que l’on devrait confier l’architecture à un bidouilleur fana d’open source, et pas à ces éditeurs mercantiles qui prennent en otages mes 3,5 millions d’octets depuis des années. Finies les rustines, faut défragmenter sec et rebooter tout le système! Sur ce, avant qu’une petite bombinette n’apparaisse sur l’écran, je retourne à mon Mac chéri et à son monde parallèle et idéal.

mercredi, 12 décembre 2007

« Khalass, ça suffit, je ne veux plus vivre dans ce pays de m... »

Témoignage d'Aurore, une habitante de Baabda, dont l'appartement se situe à 50m de l'explosion:

«La détonation a été si violente que j’ai cru que la voiture piégée était au pied de notre immeuble. Dans notre appartement, toutes les vitres ont volé en éclats, le portail de la cour a été propulsé dans notre salon, mais personne n’a été blessé. J’ai pris ma fille de 11 mois dans les bras, et nous sommes descendus dans la rue avec mon mari pour voir ce qui se passait. Un car scolaire de Louise Wegman était là, à moins de 100m de l’explosion. Tous les enfants en sont descendus, jaunes de peur de sachant pas ce qui se passait. Nous avons appelé leurs parents pour qu’ils viennent les chercher. Moi-même, j’étais en état de choc. Ma première réaction était de me dire “Khalass, ça suffit, je ne veux plus vivre dans ce pays de m...”. Une fois calmée, je me suis fait une raison: c’est ça le Liban.»

Les 12 décembre sont meurtriers

attentat_jean_hajj.jpgEn langage diplomatique, cela s’appelle un message. A 7h du matin, une bombe explose près du palais présidentiel, à quelques encablures du ministère de la Défense. Quelques minutes après l’attentat, la rumeur commence à circuler: un militaire de haut rang ferait partie des victimes. Tout le monde pense à Sleimane… Vers 7h45, la cible est définie: c'est le futur successeur de Michel Sleimane à la tête de l’armée si ce dernier accédait à la présidence (ce qui n’est plus du tout joué d’avance en ce moment). Le général el-Hajj avait été en charge des opérations lors de la crise de Nahr el-Bared cet été. Le message s'adresse donc clairement à Sleimane, et à l'institution militaire dans son ensemble.

Ce matin, un commerçant de mon quartier me dit: «Avec ce qu’a dit Chareh hier [les alliés de la Syrie au Liban n’ont jamais été aussi puissants] et l’attentat de ce matin, faut pas chercher bien loin le rapport…» Faut-il se laisser aller à cette facilité intellectuelle en ce moment? En tout cas, les déflagrations reprennent cette veille de fêtes de fin d'année: hier soir, une grenade a explosé entre Chiyah et Aïn el-Remmaneh, sans faire de victime.

Aujourd’hui mercredi 12 décembre, une partie de la population libanaise (en tout cas les gens de notre quartier) allait célébrer le deuxième anniversaire de la mort de Gébran Tueini, assassiné par très loin de l'attentat de ce matin, en 2005. Certains écrivent des bouquins titrés «Les mois d’avril sont meurtriers», on peut rajouter «les 12 décembre».

samedi, 08 décembre 2007

Des millions pour l’éducation, s’il vous plaît ! Et d’urgence de préférence…

eab444b57b0ac30ba12c0847a24f41c2.jpgLa culture générale, à quoi ça sert ma bonne dame? A rien, y’a Wikipedia! Je ressors d’une nouvelle semaine de cours du DES de journalisme de l’Université libanaise. Durant ces journées, je commençais inévitablement par un questionnaire de culture générale et sur l’actualité du jour ou de la veille. Moyenne de la classe: 7,5 sur 20. Bon, ce n’est pas glorieux. D’une manière générale, les étudiants regrettaient que leurs notes à ces questionnaires soient prises en compte dans la note finale de chaque session. Je suis peut-être passé pour un vicieux qui avait envie de les plomber. L’idée était bien différente, même si la manière ne semblait pas être la plus diplomatique: faire comprendre qu’avoir une solide culture générale fait aussi partie du métier de journaliste, même si des sources d’infos – et Internet en particulier – sont à portée de main. Encore que… Internet, c’est bien quand il y a de l’électricité.

Bref. La question à se poser est: à qui la faute? Pourquoi ces étudiants (des bac+4 en général) sont-ils si ignorants de l’Histoire de leur propre pays, et de la région dans laquelle ils vivent? Sont-ils responsables? Oui et non. Oui, parce que cela doit faire partie de leur curiosité naturelle. Non surtout, parce que l’école, le collège, le lycée et l’université de ce pays ne font pas leur travail à ce niveau. Pour quelles raisons exactement? Je n’en sais trop rien, même s’il existe un élément de réponse simple et central: au Liban, il n’existe pas de manuel d’Histoire (post-1948). Création d’Israël? Connais pas. Guerres israélo-arabes? Connais pas. Israël, tout simplement? «L’ennemi de tout bon pays arabe qui se respecte», mais personne ne connaît cet Etat ni son histoire dans la région! Ce manuel essentiel – celui d’Histoire – existe paraît-il, mais n’a jamais été diffusé parce que personne (nos chers politiques qui se déchirent aujourd’hui) n’est d’accord sur son contenu. Surtout dès qu’il s’agit d’aborder la guerre de 1975. Chacun sa version = pas de nation.

Pourtant, les lycées du Liban se targuent de 100% de réussite au bac, les universités du pays sont très bien cotées… C’est vrai. Mais aujourd’hui (pardonnez-moi pour la généralisation qui va suivre), les jeunes Libanais sont bien éduqués, et non cultivés. Grosse nuance.

La priorité des priorités, pour les prochains gouvernements libanais, serait d’injecter des centaines de millions de dollars dans le fonctionnement de l’éducation nationale et de l’université libanaise (on peut toujours rêver!). C’est-à-dire faire un calcul à long terme, pour que les générations futures grandissent avec une histoire commune. Certes, ces gouvernements ne récolteraient pas le fruit de cet effort financier dans les 6 mois, mais dans 30 ans. Certes, certes, certes… Mais, mais, mais… c’est vital!

Bon, je vous laisse avec un petit bêtisier des boulettes récoltées dans les questionnaires de culture générale. Non pour me moquer (loin de moi cette idée, je vous assure), mais parce qu’il y a toujours des trucs rigolos ou atterrants…

Sur le Liban
•    Nombre de camps palestiniens au Liban : 15000
•    Président libanais assassiné en 1989 : Béchir Gemayel
•    Accords du Caire : 1960, 1970, 1975, 1993
•    Pays de refuge d’Arafat après sa fuite du Liban en 1982 : Chypre, Libye, Syrie
•    Fondateur des Kataëb : Amine Gemayel
•    Proclamateur du «Grand Liban» en 1920 : Charles de Gaulle
•    Première invasion israélienne du Liban, avant 1982 : 1976, 1949, 1913, 1948, 1975, 1973
•    Année de l’opération «Raisins de la colère» (Qana) : 1993, 1982, 1998
•    Année de l’Indépendance du Liban : 1948, 1945
•    Année du retrait israélien du Sud-Liban : 2005, 1996
•    Année de l’apparition du Hezbollah : 1989, 1991, 1975

Sur la région
•    Année de la guerre des Six jours : 1960, 1948
•    Partie de la Syrie annexée en 1981 par Israël : fermes de Chebaa
•    Nom du Parlement israélien : Kanisette
•    Nom de la guerre israélo-arabe de 1973 : occupation du sud libanais, Sinaï, guerre des Six jours, guerre de Suèze (de Swiss sur la copie de la voisine)
•    Nombre de pays limitrophes d’Israël (hors Autorité palestinienne) : 5 (dont le Soudan)

En géographie générale
•    L’Empire du milieu : l’Allemagne
•    Où se situe la mer de la Tranquillité? : entre l’Amérique et l’Europe, dans le Pacifique, en Jordanie, en France
•    Capitale du Viet-Nam : Bnom Bneh, Viet Cong, Viet Minh, Saigon, Viet Mell, Laos
•    Pays se disputant l’île de Sakhaline : Inde et Sri Lanka
•    Bucarest, capitale de : Bulgarie, Hongrie, Sofia, Belgique, Pays-Bas
•    Ingrid Bétancourt, retenue en otage en : Irak, Philippines, Libye

En culture
•    Auteur du «Petit prince» : Alexandre Dumas, Guy de Maupassant, Hervé de Saint-Exupéry
•    Roman de Stephen King adapté par Kubrick : Orange mécanique, King Kong, The Green Line
•    Auteur de l’opéra «Carmen» : Electre

En sciences
•    Valeur de π : 14,1516
•    Planète la plus proche du Soleil : Vénus, Mars, Jupiter, Pluton (qui a donné Pluto et Pluteau sur les copies voisines)
•    Auteur de la théorie de la relativité : Ainshtein, Aïnichtain, Aineshtejn
•    Racine carrée de 144 : 144
•    Objet d’une conférence internationale à Bali cette semaine : rapprochement syro-libanais

Divers
•    Signification des initiales RSF : Radio sans fil
•    Signification du symbole © : calcium, maisons dépotes

samedi, 01 décembre 2007

Sit-in à Beyrouth : la grande farce (stratégique)

sitin_hezbollah.jpgsitin_aounistes.jpgUn an déjà, comme le temps file. Un an que le centre-ville de la capitale libanaise étouffe. Le 1er décembre 2006, une gigantesque manifestation de l’opposition déferle sur Solidere pour réclamer la chute du gouvernement Siniora, alors assiégé dans le Grand Sérail. La manifestation se transforme instantanément en sit-in, avec une répartition géographique très nette: la place des Martyrs aux aounistes, la place Riad el-Solh au Hezbollah. Chacun plante sa tente, installe ses chiottes mobiles, met en place un service de livraison de sandwiches… Des quotidiens d’opposition sont même distribués gratuitement aux militants. Nous avions fait une ribambelle de reportages là-bas il y a un an (1,2,3,4,5,6,7), surtout à la veille de Noël. Depuis, les tentes se sont vidées de leurs occupants, le sit-in étant quasi désert 24h/24. Mais les tentes sont toujours là. Au cas où.

Cette occupation du terrain, en 365 jours, a précipité des centaines d’employés au chômage (2700 personnes selon Naharnet). Le centre-ville lustré par Hariri & Co, un symbole pour l’opposition, n’est plus que l’ombre de lui-même: les magasins ont fermé les uns après les autres, les restaurants aussi. Moi-même, je ne mets les pieds à Solidere que pour le boulot, finies les tours de trottinette place de l’Horloge pour les enfants.

Quand on discute avec les «sit-ineurs», ils sont convaincus du bien-fondé de leur démarche: le centre-ville n’appartient pas qu’aux riches mais à eux aussi, le gouvernement est illégitime donc une pression au pied du Grand sérail s’impose. Pourtant, ce sit-in n’a jamais atteint le moindre de ses objectifs initiaux, et piétine le droit à la propriété privée. L’occupation du centre-ville est surtout stratégique: ces places sont dans le prolongement de la route de l’aéroport, une ligne virtuelle coupant la ville en deux. Cette virtualité, en janvier dernier lors de la «grève générale», est devenue réalité durant quelques heures. Ça pourrait très bien recommencer, juste histoire de mettre la pression. Quand on tient une place forte, on ne la lâche pas.

 
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