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mercredi, 30 avril 2008

Beyrouth, capitale mondiale du livre en 2009

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Tiens, voici un truc qui ressemble à une bonne nouvelle. Oyez, Oyez, Beyrouth sera la capitale mondiale du livre en 2009! Le ministère de la Culture et la Municipalité de Beyrouth vont marcher main dans la main pour promouvoir le livre douze mois durant. L’initiative est belle. Des cafés littéraires, des salons spécialisés, des colloques, des ateliers d’écriture et des focus sur les écrivains libanais sont prévus au programme. En 2006, j’avais rencontré la responsable du bureau du livre du CCF, et elle devait monter un dossier sur ces fameux écrivains libanais à l’attention des ministères des Affaires étrangères et de la Culture en France: elle m’avait regardé, l’air franchement ennuyé. «Mais qui je vais mettre dedans?, me demanda-t-elle. Encore Elias Khoury et Alexandre Najjar? Y’en a marre de toujours retomber sur les mêmes!» J’espère que l’année 2009 nous réservera autre chose que ces auteurs maintes fois rabâchés… L’année passée, les Belles étrangères avaient en tout cas prouvé que c’était possible. Bref, réjouissons-nous: Beyrouth fera parler d’elle au niveau international pour autre chose que sa non-politique, c’est déjà ça de pris.

lundi, 28 avril 2008

Tue l’amour

11f216e119c31015edb8893ad8e78a95.jpgCe week-end a quelque peu donné l’impression que le Liban nous hurlait un grand «Foutez le camp!!!». En vrac: un grand supermarché que je ne nommerai pas mais qui a d’ores et déjà l’air de se débarrasser de ses stocks, nous a refilé à prix d’or une viande avariée qui puait tellement trois heures après l’achat que mon frigo s’en souvient encore. A croire qu’en fait, sa fermeture prochaine ne serait finalement pas une mauvaise chose. Le soir même, j’ai bravé les embouteillages dantesques de Mar Mitr – ben oui, y a pas d’heure pour fêter Pâques – afin d’aller rendre mes steaks tout pourris à une responsable clientèle qui, fine commerçante, n’a rien trouvé de mieux à me répondre que: «Oh, mais nous en avons vendu plein aujourd’hui!». Si une vague d’intoxication sévit à Beyrouth ces jours-ci, ne soyez pas surpris. Le lendemain, réveillée aux aurores par le doux son des cloches, des prêches et des pétards – ben oui, y a décidément pas d’heure pour fêter Pâques – j’ai eu la surprise de tomber sur un trio de mes voisins qui discutaient dans l’impasse derrière notre immeuble, la Kalachnikov à la main. Apparemment, ça rigolait pas mal. Moi, j’ai à peine souri. L’après-midi, nous avons voulu profiter du soleil et des températures agréables pour emmener nos gamines au parc, histoire qu’elles profitent d’un (tout petit) peu de verdure plus grise que verte, qu’elles fassent des châteaux de sable décorés de bris de verre, qu’elles se défoulent sur les balançoires rouillées et qu’elles grimpent à la corde sur les chaînes des dites balançoires qui n’ont pas été réparées depuis le début de la guerre, au moins… Bon, évidemment, présenté comme cela, vous devez vous demander pourquoi nous emmenons nos filles au parc Sioufi; la réponse est simple : parce qu’il n’y en a pas d’autres, en tout cas pas d’autres dont la surface dépasse les 40m2 et où l’on peut effectivement voir des PLANTES. Allez, nous ne sommes pas regardants, le parc Sioufi est joli à cette saison, si on fait abstraction des sacs poubelles, des canettes et des paquets de chips vides qui traînent ça et là. Il est tellement joli sous le soleil, le parc Sioufi, qu’on a même eu envie de prendre des photos des enfants au milieu des fleurs. Au Liban, ce genre de clichés, c’est collector, vu que les arbres sont arrachés en moins de temps qu’il n’en faut au PSG pour perdre un match. Sauf qu’un vigile (au parc Sioufi, il y a plus de vigiles que de promeneurs), d’une société privée chargée de sécuriser ce jardin public, est rapidement intervenu pour me dire qu’il était interdit de filmer ou de prendre des photos. Ordre militaire, m’a-t-il asséné. On ne sait jamais, il pourrait y avoir des armes du Hezbollah planquées dans les primevères et des espions Israéliens déguisées en paisibles mamies. Et puis, on ne sait vraiment jamais, mes filles font peut-être du renseignement pour le compte d’un service occulte et malfaisant… Sioufi, c’est secret défense, donc. Un peu comme le bain militaire de Raouché devant lequel un bon copain avait eu la mauvaise idée, il y a 10 ans, de prendre sa fiancée en photo; le pauvre garçon s’était retrouvé embarqué manu militari au poste et il avait fallu l’intervention de l’ambassade de France (la vraie, hein, pas le supermarché qui vend des steaks tout pourris) pour le faire sortir. D’ailleurs, ça tombe bien, c’est ce qui est arrivé hier à un délégué du PS français venu participer à la grande kermesse internationale. Il était mal accompagné, le bonhomme. Son chauffeur et néanmoins ami libanais ne l’avait pas prévenu que prendre des photos au Liban, cela peut être mauvais pour la santé. Surtout si c’est dans la banlieue sud. Surtout si quelques sbires zélés du Hezbollah sont dans les parages. C’est l’office du tourisme libanais qui va être content (ha! on me dit dans l’oreillette que l’office du tourisme libanais a démissionné depuis un moment déjà). Kouchner a même demandé une enquête et des résultats rapides, boukra, Bernard, boukra… En attendant, ce même dimanche a commencé pour nous en feu d’artifice et moi je me suis réveillée en pétard. Au propre comme au figuré, puisqu’à 6 heures du matin, nos chers voisins de Mar Mitr ont fait péter la baraque, à grand renfort d’explosions qui ont eu le sympathique effet de nous rappeler l’été 2006 et autres joyeusetés de ces trois dernières années. Mais bon, en constatant que le célébrant poursuivait son office vaille que vaille en dépit des pétarades, quitte à faire des larsens au micro tant il avait poussé ses baffles, on s’est dit que tout était normal – ben oui, y a vraiment pas d’heure pour fêter Pâques – et qu’il n’y avait pas lieu de s’alarmer. David a pu tranquillement se rendre au déjeuner d’adieu d’un copain pour lequel j’ai une affection et un respect tout particuliers, mais dont le nom vient s’ajouter cette semaine à la longue liste de tous ceux qui mettent les voiles, jettent l’éponge, baissent les bras… (trouvez la métaphore qui vous plaira pour dire qu’ils se CASSENT). Et puis, ce matin, après ce week-end reposant, je suis repartie de bon matin à la radio faire une émission que personne n’a écouté puisque tout le monde dormait. Aujourd’hui, c’est le lundi de Pâques orthodoxe donc, férié donc, tout le monde ou presque chôme donc. Sauf que dans ce beau pays, le droit du travail, il y en a beaucoup qui s’assoient dessus (en général ceux qui en font le moins, d’ailleurs) et que, vu le taux de chômage galopant, je vais aller gagner ma croûte sans moufter et sans me plaindre ni des horaires, ni du salaire, parce que j’ai de la chance.

A part ça, tout va bien au pays du lait et du miel. Sauf que j’ai comme l’impression que le lait a tourné et que le miel est en train de prendre en sucre.

jeudi, 24 avril 2008

Acouphènes à coup sûr

Le jour où nous avons visité l’appartement que nous habitons, nous avons tenu à vérifier tout ce qui aurait pu ressembler à un vice caché. Tout nous a semblé parfait, mais une chose nous a échappé: la proximité d’une église. Nous avons péché par omission.
Le Liban est un pays où la religion tient une place vraiment à part, et quand vient le moment de Pâques (version orthodoxe dans notre périmètre), c’est l’hystérie collective. Et que ça tire des pétards, et que ça bloque rues et avenues avec des processions, et que ça fait sonner les cloches du matin au soir, et que ça fait saturer les enceintes avec des litanies sans fin…

Dans notre quartier, c’est au carillonneur qui fera le plus de bruit, et ce sont tous des champions du monde. Le reste de l’année, c’est tous les samedis et tous les dimanches de 8h20 à midi, à grand renfort d’ampli et de haut-parleurs, que le prêche se superpose aux chants et aux cloches. Et pour Pâques, la tapage diurne se déguste «à volonté» comme la mayo au Club Med: après la soirée d’hier où cloches et prières ont raisonné jusqu’à minuit, ce matin, les festivités ont repris à 6h, et ce n’est toujours pas fini.

Montez le son, ça donne donc ça non-stop, du lever au coucher du soleil en ce moment…



Ces chers curés oublient tout sens civique de vie en communauté, au mépris de la liberté que les citoyens ont de ne pas subir ce raffut et là, pas un agent avec son brassard «indibat» à l’horizon pour leur demander de baisser le volume! Si nous leur avions loué le terrain, admettons…
Je veux bien comprendre la ferveur d’un clergé et d’une population pour un épisode biblique mystique et fantasmé, mais j’avoue que je ne comprends pas à quoi riment ces débordements sonores: peut-être que les chefs de service ORL des hôpitaux de Beyrouth sont tous de la famille d’une béatitude locale et attendent leurs futurs clients frappés d’acouphènes? Ça doit être ça le but caché: provoquer la surdité de la population. Déjà que nous sommes de plus en plus aveugles face à ce que se passe dans le pays… Djezousse a, paraît-il, rendu la vue à un aveugle (ouf, y’a donc de l’espoir!), mais jamais l’ouïe à un sourd (ou alors c’était dans l’épisode que j’ai raté de la saison 4). Faudrait peut-être s’en souvenir.

lundi, 21 avril 2008

Mon ambassade de France au Liban va fermer ses portes

Avertissement au lecteur L’image (sans intérêt) qui va suivre sera bientôt une photo collector.

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Mon estomac est certainement la partie la plus francophile de mon anatomie. Mon estomac est certainement un affreux impérialiste occidental. Mais mon estomac va certainement devoir se faire une raison: il va bientôt erdre l’un de ses dealers habituels.

Monoprix et Casino vont donc fermer leurs portes dans deux mois. Ces deux enseignes représentaient deux petites parcelles de France dans notre pays. Une sorte d’ambassade bien plus sympathique que la vraie au quotidien. Une de celles où l’on pouvait se réfugier et ressortir avec un grand sourire sans avoir fait la queue pour rien pendant des heures. Mais voilà, l’époque des Danette chocolat à 9995 livres libanaises (que nous n’achetions plus depuis longtemps) va bientôt s’évanouir. Admic (la société qui gère Monoprix, Géant-Casino, le BHV…) a vendu ses supermarchés pour 97 millions de dollars au groupe koweïtien Sultan Center. Dans deux mois, nos habitudes alimentaires vont donc changer, et notre porte-monnaie prendre un mauvais coup supplémentaire. Peut-être que je me trompe, mais je serais très étonné de trouver des saucisses de Toulouse, des merguez, tous ces délicieux gâteaux, fromages et autres vins de France dans un magasin venu du fin fond du Golfe.

En début d’après-midi, je suis passé au Monoprix d’Achrafieh comme l’on va faire un pèlerinage à la vierge de Harissa: au rayon fromages, j’ai vu mon pote Maurice, avec sa petite moustache noire et la tranche de Fondel qui attend mes gamines à chaque visite. Il m’a dit qu’il allait garder son boulot malgré le changement d’enseigne (tant mieux pour lui), mais que les rayons allaient certainement changer. Ah bon?

Je le revendique donc: je suis un horrible Occidental impérialiste qui tient à ses habitudes de consommation, et ça me fait mal où je pense de devoir faire une croix sur le contenu de mon frigo. Ce sanctuaire que je croyais à l’abri, lui.

Alors je lance un appel solennel à tous ces gens qui viendront de France pour nous voir: chargez vos valises!

jeudi, 17 avril 2008

Autruches

763b96b094334925afc4f9e961515edb.jpgIl y a deux jours, l’une des DJ œuvrant dans la même radio que moi répondait à un appel téléphonique pour le moins incongru: le ministère de l’Information au bout du fil, non pour demander une spéciale dédicace sur une chanson de Mike Brant même s’il appelait sur le même numéro que les auditeurs, voulait savoir qui était le directeur des programmes. Y sont pas bien informés, pour un ministère de l’Information, d’autant que le personnage concerné occupe ce poste depuis une bonne dizaine d’année. Bref, là n’est pas la question.

En fait, le ministère de l’Information n’était pas content car on y avait entendu dire qu’une chanson de Yaël Naïm – artiste israélienne qui s’est récemment fait une réputation internationale pour ceux qui ne connaîtraient pas – passait sur les ondes. Bon, ils étaient pas trop sûrs, en même temps, au ministère de l’Information. C’était peut-être chez nous (peu probable vu notre programmation pourrie) ou chez notre radio-sœur, ou encore une autre. Et puis, quand? Quelle chanson? Et à qui faut-il parler déjà? C’est pas bien grave, ce ne sont que des détails. L’essentiel, c’est de nous informer que Yaël Naïm ne doit pas être entendue au Liban. Notre pauvre DJ, bien embêtée, a bafouillé une réponse quelconque et l’affaire en est resté là.

On croit rêver. Et pourtant, ça se passe comme ça dans notre belle démocratie libanaise. Une liste noire tout ce qu’il y a de plus officiel, même si elle commence à dater un peu (et c’est un euphémisme) se rappelle de temps en temps à notre bon souvenir; elle comprend des noms comme Harry Belafonte (bon, c’est pas trop grave), Louis de Funès (si, si, il y a même eu une razzia au Virgin un beau jour, pour rafler tous les Rabbi Jacob. D’ailleurs, il est listé à la fois sous le D, pour de Funès, et sous le F pour Funès, comme ça on ne peut pas le rater), Juliette Greco (et Marie-Juliette Greco aussi), Jerry Lewis, Enrico Macias (pourtant, Dieu sait qu’on l’entend celui-là), Paul Newman (d’où le retard de projection de ses films, le temps que les affiches soient retouchées afin que son nom n’y apparaisse plus), Frank Sinatra, etc., sans compter ceux qui sont interdits parce qu’ils sont «de mauvaise moralité» ou d’influence néfaste pour la jeunesse (Nine Inch Nails forever).

Tout cela pourrait faire sourire, passer pour une sorte d’aberration anachronique… si ce n’est que, comme l’affaire Yaël Naïm le montre, la culture, la liberté de penser se mesurent de plus en plus à des aunes pour le moins variables. Et la balance penche de plus en plus dans un sens unique qui n’est pas fait pour nous plaire. Parce qu’au-delà de tout ça, c’est la liberté tout court qui est en jeu au Liban. Un pays où, désormais:

  • Un film comme Persépolis a frôlé l’interdiction pure et simple pour ne pas froisser le Hezb et ses parrains.
  • Il faut obtenir du Hezbollah une carte de presse pour pouvoir prendre des photos et réaliser des interviews dans le sit-in du centre-ville, un espace pourtant public mais qu’il faut contourner depuis 18 mois lorsqu’on est en voiture et où il faut montrer patte blanche même s’il n’abrite plus grand monde à part des ouvriers syriens bien contents d’y trouver le gîte et le couvert.
  • Un groupe de noctambules se fait agresser (à coups de poignards paraît-il) à la sortie d’un bar rue Monot le week-end dernier parce qu’ils n’ont pas voulu trinquer à la santé de Hassan Nasrallah.
  • Les forces de sécurité sont obligées de livrer deux individus arrêtés près de Aley dans le Chouf, encerclés qu’ils étaient par des partisans du parti de Dieu.

Et j’en passe et des meilleures, ces exemples n’étant que quelques uns des plus récents…
Aujourd’hui, nous vivons dans un pays où une milice peut imposer sa loi – et elle le fait de plus en plus, ne nous voilons pas la face – au mépris de la loi et du droit le plus élémentaire. En fait, ce n’est pas seulement sa loi, c’est aussi son idéologie et ses principes réactionnaires. Je ne stigmatise aucunement une communauté, loin de là, et je ne souhaite pas entrer dans le débat de la légitimité du Hezbollah vis-à-vis de la politique israélienne.

Pour tout dire, je m’en fous en ce moment, de la politique israélienne, de la résistance et du reste. Je me pose – et vous pose – une question bien plus personnelle, et à mon sens, cruciale: vers quel Liban nous orientons-nous, sous couvert d’enjeux régionaux ou par simple peur des armes du Hezb? Et par extension, pouvons-nous faire quelque chose pour inverser la tendance et défendre nos libertés? Il ne s’agit pas de défendre une culture occidentale ou à l’Américaine, mais de préserver notre droit, notre capacité à avoir le choix.

Parce qu’en fin de compte, une dernière question se posera inéluctablement: le Liban qu’on nous prépare ne sera pas nécessairement celui dans lequel nous aurons envie de vivre et de voir grandir nos enfants. N’aurons-nous d’autre alternative que de le quitter ou de nous plier à des principes d’un autre temps?

mercredi, 16 avril 2008

Les Libanaises et leurs petits noms

Hier, mon téléphone sonne. Je décroche… «Bonjour David, c’est Josette…» Je souris, en me disant que ce genre de prénom semble vraiment appartenir au passé. Le Liban vit donc sa francophonie (déclinante) avec quelques décennies de retard. Cela s’entend dans les pubs, à la radio, ou tout simplement quand on rencontre quelqu’un. Et ce phénomène est particulièrement marqué pour les prénoms féminins. Certes, le Liban est un pays arabe, mais de nombreuses Libanaises portent des prénoms français ou occidentaux. Mais ici, point de Corine, Jennifer ou Priscilla (!): ce sont plutôt les prénoms d’une autre époque qui remportent la palme. Elles sont donc nombreuses les Josette, les Eliane, les Jocelyne, les Nicole, les Mireille, les Solange, les Chantal ou les Simone de notre âge…

1ef439ffa00bc506508e6419deaf5c43.jpgEt les prénoms féminins arabes alors? Moi, je les trouve magnifiques, et tous ou presque ont une signification particulière. Il y a, pêle-mêle, Nour (lumière), Aïda (récompense), Maya (grâce), Bahia (superbe), Hind (câline), Chérine ou Hanane (douce), Asma (beaux traits), Souraya (prospérité), Lamia (lèvres rouges), Hanna (affectueuse), Fatima (fille du prophète), Nay (instrument proche de la flûte), Ghania (libérée), Layal (les nuits), Ibtissam (sourire), Najwa (confidence), Hiba (don), Amal (espoir), Hala (halo de lumière), Siham (flèche), Joumana (joyau), Lina (conciliation), Maha (cristal), Yasmine (jasmin), Wafa (fidélité), Dalia (fière), Nawal (faveur), Hiyam (passion), Nayla (bonheur), Mona ou Mouna (souhait), Nisrine (églantine), Safia (loyale) ou encore Zeina (beauté).

Ah, les Libanaises et leurs prénoms…

dimanche, 13 avril 2008

American system

c16146048a542844788ea5f9cef4e025.jpgLa nouvelle est tombée ce midi, par téléphone, un peu par hasard. Une grand-mère (éloignée) de la famille doit se faire opérer demain du pancréas (genre opération de la dernière chance). Dans les 24 heures, l’hôpital doit réunir quatre unités de sang. Je me propose, et prend rendez-vous à 15 heures. Je débarque donc à l’Hôpital américain, comme prévu. Bâtiment principal, 3e étage.

Je sors de l’ascenseur. Personne en vue. Au bout du couloir de droite, je vois un homme derrière le guichet, qui a l’air absorbé par l'écran de son ordinateur. Je m’approche.
– Bonjour.
– Bonjourein.
(le son d'un jeu vidéo type "Doom" sort des enceintes du PC)
– I’m here to give my blood…
– Yeah. Yeah, blood bank.
(l’homme ne détourne pas son regard de l’écran)
– Ok, but where is it?
– Blood bank, blood bank.
(l’homme tente de trouver une touche sur son clavier sans y parvenir)
– Ok, but where!??
– Other side.
(je lâche l’affaire)

Je me retourne et traverse le couloir. A l’autre bout, une petite porte est ouverte. Blood bank. J’y suis! Derrière la vitre d’un nouveau guichet, un autre homme a l’air de s’ennuyer, triant des papiers.
– Hi, I’m here for a blood transfusion? For Mrs. Bassoul.
– Ah! Good, but we’ll need three more today. What’s your type?
– A pleuche.
(bein oui, ça donne ça avec mon accent)
– Ok, tfaddal.

Je m’installe et l’homme apporte un dossier à remplir.
– Name?
– David…
– Father’s name?
– Jean.
– Nationality?
– French.

L’homme se redresse, prend le dossier et marque une pause.
– You’re not allowed to give your blood.
– Why?
– Because you’re French.
– Sorry, but it’s stupid. This woman needs blood for her surgery!
– Yes I know, but you can’t give it to her. It’s American system.
– Ok, but why exactly?
– Because of the mad cow disease. If you’ve lived more than three monthes in France before 1996, it’s forbidden.
– It’s really stupid, I’ve done it many times, in another hospital… And many Lebanese have lived abroad more than that…
– It’s stupid, yes, it’s American system.

15h30, je repars de l’hôpital. Une vielle dame passe sur le billard demain, et elle n’a toujours pas d’unité de sang… Du coup, avec cette connerie d'American system, j’ai loupé la manif de Chiyah pour rien.

Bon, passons au plus important: si jamais vous avez une heure à perdre d'ici demain matin et que vous êtes pas loin de l'AUH, et surtout que vous n'êtes ni Français, ni Anglais, Marie Bassoul a besoin de votre sang, quel que soit son type.

jeudi, 10 avril 2008

Beyrouth se bouge les fesses

d4d8358b5f76f43c6ed40980f287756b.jpgGemmayzé, victime expiatoire de guéguerre politicienne beyrouthine? Gemmayzé, sacrifié pour quoi? Cela fait une semaine que l’une des dernières rues de la capitale libanaise se couche avec les poules. Le ministère du Tourisme (ou devrait-on le ministère contre le Tourisme) a imposé un couvre-feu aux restaurants et pubs du quartier, en en fermant certains, ne touchant pas à d’autres, le tout dans une mauvaise parodie de civisme. Le soir, des agents avec brassards flambant neufs portant l'inscription Indibat (le terme utilisé par le service de sécurité du Hezb, gloups!), font la pluie et le beau temps dans cette rue qui s’est largement vidée. Je me demande quelles poches se sont remplies ces derniers temps avec cette affaire... Bref, je reprends l’info relayée par Marillion dans les commentaires précédents: Blogging Beirut lance un appel à faire un sit-in silencieux de 30 minutes, samedi 12 au soir (1h du matin pour être précis), rue Gouraud, entre le Café de verre et Le Rouge.

Il y a évidemment d’autres priorités dans le pays, d’autres raisons de se bouger les fesses, mais la question qui se pose dans le fond est de savoir quel est l’objectif de cette nouvelle mesure. Parce que l’on ne nous fera pas croire qu’il s’agit de préserver le confort et le sommeil des riverains (ceux de Monot avaient gueulé aussi, mais rien n’avait été fait pour eux), bien contents d’encaisser des loyers mirobolants par ailleurs. Au fait, ces loyers vont-il être révisés à la baisse?

Certains trouveront cela peut-être futile, mais Gemmayzé est un symbole. Sa petite mort aussi.

[…]

43e2ad08c8ef7151a7b8ac738ebff32b.jpgdfc7b18a9e4f5ecc55613e63678b9e13.jpgAutres manifestations, autres genres. Il s’agit de danse cette fois, comme quoi il se passe plein de choses en ville, contrairement aux apparences. La 4e édition de Bipod, du 19 avril au 2 mai, réunira des danseurs et chorégraphes libanais, danois, allemands, français, suisses, belges, palestiniens, hollandais, norvégiens et espagnols. Je ne vais pas mettre le détail du programme (trop long), mais renseignez-vous ! Les spectacles auront lieu au Théâtre Monnot et à Al-Madina. Pour plus d’infos et pour les billets: (01) 999666 ou (01) 738899.
Et il y a aussi Irtijal'08, ce soir et demain soir, à la Crypte…

[…]

D’une manière ou d’une autre, bougeons-nous les fesses au moins pour ça, puisque pour le reste, on a l’impression de crier dans le désert. Se battre pour l’accès aux lieux de fête et de culture est aussi un moyen de dire que Beyrouth (notre Beyrouth) vit encore.

mercredi, 09 avril 2008

Qui veut gagner 14 millions ?

721aa157ce0d6a5393bffa24841e2402.jpgAu Liban, il devient de plus en plus difficile d’avoir une discussion touchant de près ou de loin à la politique sans que les choses ne tournent au vinaigre. Surtout si vous avez vécu à l’étranger. Surtout si vous n’avez pas «combattu», que ce soit avec des armes ou par des manifs.

Plus que jamais, le pays est victime d’une prise d’otage de sa mémoire qui, c’est dans l’ordre des choses, se répercutera inéluctablement sur son avenir. J’en ai eu une nouvelle et formidable illustration hier soir, au cours d’un dîner par ailleurs tout à fait sympathique dès lors que nous sommes passés à un autre sujet.
Je ne sais pas exactement pourquoi, la conversation a très tôt atterri (et cela ressemblait plutôt à un crash) sur la question des Palestiniens au Liban. A notre table, un jeune chrétien de 27 ans, passablement éméché (on va dire que c’est une circonstance atténuante). On va l’appeler Monsieur X. De ce que j’ai entendu, sa famille a beaucoup souffert et il est donc très remonté. Je peux comprendre.

Mais lorsqu’on ne voit d’autre solution au problème libanais que de «napalmer» les camps palestiniens, difficile de ne pas réagir; d’abord parce que dans l’absolu, je trouve cela ignoble; ensuite et surtout parce que, franchement, en admettant que ce genre de mesures radicales soit praticables (ce dont je doute), cela serait contre-productif et ne ferait qu’exacerber une violence qui nous suffit déjà telle qu’elle est. Calmement (j’ai des témoins!!!), c’est ce que j’ai tenté d’exprimer avant de me faire interrompre par un «Arrête, tu n’as pas vécu la guerre, ta famille était à l’étranger, tu ne sais pas de quoi tu parles.» Bon. J’avoue, cela m’a retourné les sangs. Mais j’ai fermé ma gueule, tout en n’en pensant pas moins.

D’abord parce qu’à 27 ans – il avait donc 9 ans quand les combats se sont terminés en 1990 – je n’ai pas le sentiment que Monsieur X soit assez âgé pour avoir vécu la guerre non plus, en tout cas pas comme ceux qui, souvent adolescents, se sont retrouvés la mitraillette à la main, embrigadés dans telle ou telle milice et confrontés à des horreurs sans nom, quel que soit leur camp.
Ensuite, parce que Monsieur X n’avait absolument aucune idée de ce que ma famille, restée au Liban, a pu subir ou non; et justement, des amis, des cousins, des oncles qui y ont laissé des plumes, j’en ai eu aussi. Comme tant de monde au Liban, d’ailleurs, il n’y a pas de palme d’honneur à ce niveau.

Enfin, parce que j’en ai plein les bottes (pour ne pas dire autre chose) de cette hiérarchie du vécu, de la légitimité. Ceux qui nous lisent depuis longtemps savent l’amour que je porte à ce pays et la douleur d’en avoir été éloignée dans ses heures les plus sombres. J’ai déjà écrit plusieurs posts là-dessus. J’ai bien conscience que d’autres, dont des proches, ont assisté, voire été victimes d’atrocités auxquelles mes petits soucis ne peuvent être comparés.  Mais la guerre, il y a eu mille et une façons de la vivre. Rester scotchée aux infos ou au téléphone, dans l’angoisse permanente et la culpabilité de ne pas «être là» en est une. Et cette guerre, j’avais à l’époque le sentiment de la vivre plus viscéralement que certains jeunes de mon âge qui, bien que restés au Liban, sortaient à Kaslik ou à Kleiat tout l’été, à Faraya tout l’hiver, comme si de rien n’était, alors que Beyrouth ou d’autres régions brûlaient. Ceux qui revenaient envers et contre tout chaque été – comme moi – ont aussi eu leur lot d’abris, de bombes, de transports divers et variés sous les obus (j’ai fait l’hélicoptère, l’hydroglisseur, le bateau, etc.) en direction de Chypre. Il faut arrêter de nier cela sous prétexte qu’il y aurait des monopoles de la souffrance. Dans tout à fait le même ordre d’idées, sur un autre post, quelqu’un attribuait aux aounistes l’apanage de la «résistance» à l’occupation syrienne.

Voici 13 ans que je vis sans interruption au Liban – je suis donc arrivée dix ans avant le départ officiel des troupes syriennes – mais aujourd’hui, encore, on me jette à la face que je n’ai pas la même légitimité, y compris d’opinion, que ceux qui sont restés là ou qui appartiennent à tel ou tel camp. Entre les lignes, il faut comprendre que je ne suis pas vraiment Libanaise, et que je ne le serai jamais. Cela me blesse profondément. C’est absurde, injuste et encore une fois contre-productif.
Parce que, c’est quand même drôle, ils sont nombreux à soi-disant souhaiter le retour au bercail des 14 millions de Libanais disséminés dans la diaspora. Ha, toutes ces voix feraient peser la balance électorale et démographique, c’est sûr! Mais parmi eux, beaucoup «n’auront pas vécu la guerre», «n’auront pas résisté à l’occupation» et donc, en fin de compte, ne seront pas vraiment Libanais… Si c’est ce type d’accueil qui leur est réservé, je leur conseille vivement de rester là où ils sont.

lundi, 07 avril 2008

Marche du 13 avril : pour un Liban «uni, pluriel, libre et juste»

ee90f1f6175d54112d3bda1ed49cccdf.jpgLes 13 avril ne sont jamais des jours comme les autres au Liban. Le prochain d’entre eux marquera le 33e anniversaire du «déclenchement officiel» de la guerre, en 1975. Chaque année, des commémorations sont organisées, les journaux ne ratent jamais ce marronnier macabre. Pour l’édition 2008, c’est l’association Offre Joie qui lance les hostilités (si je puis dire), en annonçant une grande marche de réconciliation, sous le slogan «Notre unité est notre salut».
Cette marche aura bien évidemment lieu le dimanche 13 avril à 15h et partira de l’église Mar Mikhaël de Chiyah. Là même où les «événements» avaient commencé il y a 33 ans, et où les dernières émeutes entre le Hezb et l’armée avaient eu lieu cet hiver. Avant de débuter la marche, l’association fera circuler une grande pétition demandant aux Libanais de bâtir «un Liban uni, pluriel, libre et juste». Le cortège passera par Tayouneh, remontera le boulevard Bécharra el-Khoury pour aboutir sur ce qui reste de la place des Martys, «où de multiples activités sont prévues».

Moi, j'y serai.

jeudi, 03 avril 2008

Akak akakak !

Je ne sais plus qui me parlait il n’y a pas longtemps des compétences IT de nos divins amis. En gros, cela donnait ça: «Ils sont hyper forts, pour la surveillance du contenu, pour alimenter les forums, et pour le hacking… Ils n’ont rien à envier aux hackers israéliens (1, 2). Mais comme partout, il y a aussi au Liban des hackers du dimanche.» J’avoue ma complète ignorance en la matière: comment distinguer un hacker en culottes courtes d’un hacker vraiment agressif?

Ce matin, je suis tombé sur ça, en lançant le site de la journaliste Delphine Minoui. La fenêtre de Firefox a commencé à gigoter, je ne me suis pas attardé:

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Bon, OK, le design est un peu craignos, mais quel est le danger réel? Toute info est la bienvenue.

 
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