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dimanche, 31 août 2008

A bout de souffle

Jeudi, la petite goutte de trop est arrivée. Nous sommes simplement consternés de la hargne, voire de la rage exprimée dans un nombre croissant de commentaires, ici même et ailleurs.

Nous avons pensé ce blog comme un lieu d’échange convivial, ou tout du moins respectueux d’un minimum de correction. Certainement pas comme une arène où les uns et les autres viendraient régler leurs comptes et/ou exprimer, sous couvert de l’anonymat, tout ce qu’ils ne se permettraient pas de dire face à face.

Or, depuis quelque temps, le ton et les propos se radicalisent trop souvent. Que faire? Nous avons envisagé de modérer les réactions, ce que nous avions toujours pu éviter. Modérer n’est pas censurer. Il s’agissait de ne pas laisser la porte ouverte aux insultes et autres menaces qui se multiplient sur la blogosphère libanaise. Le procédé est fastidieux et, de toute façon, ne servirait qu’à se cacher derrière son petit doigt, nous nous en sommes très vite rendu compte.

En effet, nous avons rapidement reçu des messages outranciers, non mis en ligne. En voici un spécimen, qui reste relativement «modéré» par rapport à d’autres mais qui nous a paru d’autant plus révélateur que paradoxalement, cette commentatrice prônait quelques minutes plus tôt l’ouverture, le dialogue et le respect d’autrui, et n’avait jamais été censurée:

"je suis horriblement déçue! je ne croyais pas que le fléau de la censure allait vous atteindre. je ne croyais pas que les indépendants étaient à ce point gênants: je ne veux être ni atlantiste ni talibane, ni hezb, ni opposition ni majorité! réveillez-vous, vous devenez staliniens, ceux qui ne vous lèchent pas le cul et n'acquiessent pas à tous ce que vous dites ne sont pas bons pour être publiés, ils dérangent, ils salissent! démocratie mon cul, oui! je corrige donc, vous êtes des agents de division et de haine. faut que vos lecteurs tapent sur tous ce qui gène les usa-israel sinon vous les envoyez aux oubliettes. je vous dis merde, vous ne nous aurez pas et dans ce putain pays on est beaucoup trop nombreux et beaucoup plus lucides pour que votre "nouveau proche orient" à la sauce neo-CONS passe je ne vous salue pas"

Notez l’évolution du propos entre le début et la fin du texte! Parce qu’elle n’a pas compris qu’une modération implique un délai entre l’envoi du commentaire et sa publication, cette commentatrice en a tiré ces conclusions hasardeuses et insultantes. Ceux qui nous suivent depuis longtemps savent combien ces «accusations» sont vides de sens, mais cet exemple parmi d’autres illustre la facilité avec laquelle chacun verse désormais dans l’excès au Liban. Il est symptomatique.

N’ayant ni envie de fliquer en permanence ce qui se dit ici, ni d’entrer dans de vaines discussions, nous préférons fermer complètement la petite case blanche. Nous ne voyons pas l’intérêt de continuer ainsi.

Merci de nous avoir lus pendant deux ans.

jeudi, 28 août 2008

Zeebrugge-Beyrouth

8886357.jpgVers 13h30 hier, une frégate belge a accosté à Beyrouth en provenance de Zeebrugge. Sa mission: prendre part à la surveillance des eaux territoriales dans le cadre de la Finul, et traquer d’éventuels contrebandiers d’armes en vertu de la résolution 1701. Sur le quai numéro 5 du port, l’imposant bâtiment de guerre se reposait tranquillement en attendant d’effectuer des rotations en mer d’une dizaine de jours chacune. A 50m, une embarcation de la marine libanaise flottait, pavillon au vent. Une image magique. Le ministre belge de la Défense était là pour l’occasion (c’est la première fois que son plat pays envoie un navire de guerre sur un théâtre des opérations étranger), et pour vendre à l’Etat libanais une quarantaine de tanks, des transports de troupe et des munitions à gogo (faudrait peut-être vendre des bateaux vu la pauvreté de l’équipement actuel). A la fin de son petit discours, le ministre a salué le «rôle stabilisateur du Liban dans la région» et s’est félicité du «climat politique local apaisé» depuis l’accord de Doha. Le grand bonhomme, sorte de croisement entre Dominique de Villepin et Philippe de Villiers, avait certainement dû abuser de l’arak lors du déjeuner. Car au moment même où les marins belges écoutaient leur ministre de tutelle, la tension montait un peu partout, de Tayyouneh à Basta en passant par la Bekaa et Nabatiyeh à coup de bombes sonores et autres joyeusetés, sans parler des empoignades verbales (voire plus) au Parlement. Tout va donc bien au Liban, merci monsieur le ministre.

Mais depuis hier midi, le Liban s’est remis en marche: la justice a condamné à mort le président libyen dans le cadre de la disparition de Moussa Sadr; le ministre des Télécoms a déclaré que les tarifs du cellulaire chuteraient bientôt; et notre président a appelé de ses vœux à un retour en grâce de la Syrie sur la scène diplomatique (gloups!). Un vibrant appel à la séculaire amitié libano-syrienne d’ailleurs précédé par l’annonce du voyage de Sarkozy à Damas les 3 et 4 septembre prochain. Et puis une dépêche de l’AFP vient d’arriver: un hélicoptère de l’armée a été touché par des tirs d’origine inconnue dans le Sud-Liban (1 mort). Tout va donc bien au Liban, merci messieurs.

Seule ombre au tableau dans ce panorama idyllique: le ciel de Beyrouth est gris-blanc depuis une bonne dizaine de jours.

vendredi, 22 août 2008

«Tu sais comme je t'aime le Liban»

podcast

Retour en 2008, même si ça ressemble plutôt à du 1988. Voici la pub la plus hilarante que l'on ait entendue depuis longtemps. Et comme nous sommes des gens sympas, on vous offre même la version anglaise en bonus.
podcast

jeudi, 21 août 2008

2049 après la chute de Beyrouth

220287374.2.jpgJ’écris ces lignes à la lueur d’une bougie. L’eau de pluie ruisselle sur les murs autour de moi, créant un son métallique ininterrompu. Cela fait dix jours maintenant que je me terre dans le sous-sol d’un immeuble carbonisé près de ce qui devait être le port de la ville. Nous sommes le mercredi 3 février 2049 et il ne reste rien de Beyrouth. Juste un tas de ruines visqueuses qui ne fument plus depuis longtemps.

J’ai mis trois semaines pour arriver ici. Je suis parti le 11 janvier de Cork où je vis depuis treize ans. Avant cela, je passais de camp de réfugiés en camp de réfugiés. C’est d’ailleurs dans l’un d’entre eux que je suis né. Ma mère avait dû fuir le Proche-Orient, tout comme des millions de personnes. Enceinte, elle avait atterri dans un camp, quelque part au nord de la Turquie. C’était en 2022. Quand j’étais gamin, elle me racontait sa vie au Liban et celle de mes grands-parents que je n’ai jamais connu. Ils ont disparu un jour, victimes de la dictature. Personne n’a jamais su ce qui leur était arrivé exactement. Ma mère est sûre d’une chose: ils écrivaient des choses ne plaisant pas aux maîtres du pays. Et en ce temps-là, les gens comme eux disparaissaient purement et simplement, sans laisser de traces. C’est pour eux que je suis venu ici, pour trouver des traces de mes racines, même si personne en Irlande n’a compris ma démarche.

J’ai réussi à atteindre la côte du pays sur un hydroglisseur naviguant en toute illégalité sur cette mer intérieure qui n’abrite plus aucun signe de vie. Trop d’acide et de radiations ont annihilé la faune sur tout le front sud de l’Europe. Le capitaine, que j’ai dû payer grassement pour faire cette traversée, m’a pris pour un fou: «Pourquoi venir ici?, m’a-t-il demandé. Il n’y a plus rien, l’air est irrespirable et tout le rivage est encore chargé de radiations. Les derniers survivants ont fui la zone il y a plus de quinze ans!» Moi, je m’étais toujours promis de venir ici, malgré tous les obstacles, pour retrouver une trace de vie de ma mère et de mes grands-parents. Et je suis là aujourd’hui…
Dans mon périple, j’ai rencontré un mercenaire asiatique à la forteresse de Catane. Il m’a assuré avoir vu quelques survivants dans les ruines de Beyrouth, il y a peut-être quatre ou cinq ans. Mais en dix jours, je n’ai rencontré personne, pas même un chien errant. Juste des cafards dans le trou à rats où je me trouve.

Ce matin, j’ai enfin atteint mon but. Je suis sûr maintenant d’avoir trouvé l’emplacement de l’immeuble où ma famille habitait au début du siècle. Dans les décombres sordides, j’ai retrouvé des fragments de vie: des bouts de photos, dont un où j’ai clairement reconnu ma mère enfant sur les genoux d’une femme que je devine être ma grand-mère.

J’ai retrouvé ça aussi, dans une caisse rouillée:
1265366232.jpg

J’ai lu plusieurs récits contradictoires sur les différentes catastrophes des années 20: la chute des républiques, les guerres venues du Sud, de l’Est ou de la mer… Et surtout ceux relatant l’explosion de 2023. J’avais un an. Sur le plan du métro que j’ai retrouvé, j’ai reconnu des noms évoqués par les anciens. Je me souviens de ce vieil homme, à Paphos, qui m’a raconté la révolution libanaise, et les multiples contre-révolutions… Les hommes se servaient des tunnels du métro pour conserver leurs armes et leurs butins de guerre… Il m’a surtout raconté l’avant-guerre, la mise en place du puzzle qui a mené à tout ça. Même à 60 ans passés, il avait encore la haine contre tous ceux qui n’avaient pas voulu voir le danger venir, contre ceux qui disaient «il ne faut pas dramatiser», contre ces pays d’Europe qui ne voulaient surtout pas faire de vagues… Je n’ai pas connu ce monde-là, moi, mais je me suis senti responsable, sans savoir vraiment pourquoi.

Maintenant que cette réalité m’a rattrapé, je ne sais pas ce que je dois faire. Essayer de repartir vers une île du nord, quelle qu’elle soit, puisque ce sont les seuls bouts de terre encore habitables de nos jours? Est-ce que je dois rester ici, pour trouver des survivants? Est-ce tout simplement inconscient de rester une minute de plus ici alors que l’air me brûle les poumons?

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Merci à tous pour vos messages des derniers jours.

lundi, 04 août 2008

On tourne en rond, merde, on tourne en rond, merde, on tourne en rond. Merde!

Il y a une qualité que l’on ne peut ôter à l’intelligentsia du Hezbollah, c’est la patience. Même si de temps en temps on constate quelques poussées de fièvre, les têtes pensantes du parti sont en passe de réussir leur coup. L’objectif paraît simple, et les événements de mai dernier l’ont bien montré: à défaut de pouvoir/vouloir prendre le contrôle du pays (ce qui n’est pas possible par un coup de force), il faut continuer d’affaiblir au maximum ce qui reste de l’Etat libanais, de dévitaliser les institutions du pays comme un dentiste annihile les nerfs d’une molaire douloureuse.
Comme l’a dit Nasrallah lui-même lors d’un de ses derniers discours, l’idéal du Hezb est celui qui a prévalu pendant l’occupation syrienne: l’Etat fait tourner la machine en termes économiques, mais c’est au Hezb que revient la véritable autorité. Celle de la force militaire, de la décision de guerre, de la véritable diplomatie (pour négocier l’échange de prisonniers, par exemple). La nouvelle déclaration ministérielle, accouchée aux forceps ces derniers jours, n’est que l’aboutissement d’un énième processus, celui qui nous intéresse ayant commencé au printemps 2006.

955627570.gifSouvenez-vous de ce fameux dialogue national qui paralysait le centre-ville tous les quatre matins, durant lequel le dossier des armes divines devait être abordé. Souvenez-vous des promesses faites alors. Depuis, on a eu une guerre avec Israël, puis un sit-in de 18 mois et une mini guerre civile de 10 jours en mai dernier (le Liban devrait faire breveter ce concept). Cette tartufferie a donc duré plus de deux ans, deux ans durant lesquels le pays a fait du surplace à tous les niveaux. Et comme le veut la physique, qui n’avance pas, recule.
Pour aboutir à quoi finalement? A l’élection d’un président dont il ne faut pas attendre des merveilles (ô surprise) et à la formation d’un gouvernement de (dés)union nationale déjà réclamée il y a 30 mois. Ce cabinet, dont la durée de vie programmée n’excède pas 10 mois, ne servira à rien (si ce n’est à offrir une pension à vie à ses membres ou à augmenter celle des récidivistes). Les dossiers à traiter ne manquent pourtant pas, mais tous les regards sont maintenant fixés sur la nouvelle valse électorale de mai 2009... et sur l'élection présidentielle américaine, bien sûr. Car en fin de compte, c’est bien à ce changement de «régime» aux Etats-Unis qu’est suspendu l’ensemble des développements régionaux.

De toute façon, que faut-il attendre des prochaines législatives? Rien, car attendre quoi que ce soit du système électoral et politique du pays reste très mauvais pour les nerfs. De plus, et c’est le plus important, les sujets qui fâchent déjà abordés il y a deux ans ne sont même plus au point mort; ils sont littéralement bloqués. Début 2006, le fameux dialogue national ambitionnait de traiter de la question des armes du Hezbollah. Aujourd’hui, rebelote: dialogue il y aura de nouveau, avec une différence de taille. Désormais, le parti de Dieu clame haut et fort qu’il ne désarmera jamais (et a montré vigoureusement ce qu’il adviendrait si quelqu’un essayait de toucher à son arsenal) et que la résistance EST le Liban. Belle promesse d’avenir.

Par ailleurs, les «figures politiques» locales ont ouvertement salué l’intervention d’une partie non institutionnelle (le Hezbollah) dans une négociation dont l’Etat a été sciemment exclu (l’échange de prisonniers), cautionnant ainsi l’absence absolue d’autorité légale nationale. Pire, la déclaration ministérielle par le biais de formules dignes d’une vierge effarouchée fournit un blanc-seing à la «résistance», la légitimant et légitimant ses procédés aux yeux du monde entier, en dépit d’une guerre coûteuse à plus d’un niveau et des événements sanglants de mai dernier. Et en prenant le risque qu’un tel baissage de froc implique la nation toute entière derrière l’aventurisme d’un parti dont les intentions dépassent l’intérêt national bien compris. Autant de régressions qui ressemblent à un grignotage dans les règles de la notion même d’Etat, à un nivellement par le bas de ce qu’il lui reste de potentiel pouvoir, à une transformation en institution-fantôme, ces «failed states» qui offrent le meilleur des terreaux pour l’épanouissement des organisations autoproclamées «nationales» (ce qui fera l’objet d’un prochain post). Dans ces conditions, inutile de se donner la peine d’un coup d’Etat aussi nuisible en termes d’image que délicat à parachever en réelle prise de pouvoir. Un peu de patience suffit, avec quelques coups de pouce pour aider au sabordage d’un Etat en pleine déliquescence.

Le Liban ressemble à une machine à remonter le temps, permettant à son peuple de revivre en boucle les épisodes les plus inutiles ou les plus déplorables de son passé. Malheureusement, personne n’a pensé à équiper cette belle machine de la «marche avant», ce qui aurait pu permettre à ce peuple de se projeter vers l’avenir.

On tourne en rond, merde, on tourne en rond, merde, on tourne en rond. Merde!

dimanche, 03 août 2008

Ces délicieuses amandes fraîches

871977906.jpgMon premier été à Beyrouth avait été parsemé de jolies petites joies pour mes papilles. Tout frais débarqué de Paris où Tricatel avait pris le pouvoir depuis trop longtemps, j’étais en train de (re)découvrir le plaisir des fruits de saison. Il y avait eu les mûres grosses comme mon pouce, les cerises au jus pigmenté comme de l’encre de Chine, les pastèques généreuses, les pêches blanches de Bikfaya, les tomates cœur de bœuf, les melons-ananas, les figues vertes caramélisées par le soleil, puis mi-août les pistaches fraîches, engoncées dans leur peau rouge et noire… Chacun d’entre eux étaient disponibles sur les étals colorés des primeurs quelques semaines seulement, le temps pour ces fruits de la terre d’être consommé selon le calendrier de Dame Nature. Mais avant la dégustation, il y a un autre plaisir: celui de pouvoir choisir, tâter, sentir ces fruits que l'on va acheter. Lorsque la mère de Nat avait débarqué en France, c'est avec stupeur qu'elle avait entendu un commerçant en primeurs la rembarrer parce qu'elle tripotait ses produits comme elle en avait l'habitude ici. Au-delà du choix de la tomate la plus ferme ou de l'abricot le plus mûr, c'est un véritable bonheur dont elle se sentait privée mais qu'ici, nous apprécions pleinement.

Hier soir, je suis passé chez mon marchand de légumes pas loin de la mosquée Beydoun, la seule du quartier chrétien de Beyrouth. Cet homme sans âge, rarement rasé de près, m’accueille toujours par des «ahlan raïs» accompagnés de 40 secondes de salamaleks imbriqués les uns dans les autres et tout aussi flatteurs pour moi que pour mes descendants. Quand je suis arrivé devant sa boutique bricolée dont l’éclairage est assuré par des guirlandes de Noël 365 jours par an, il y avait un jeune homme qui faisait comme moi. Je ne sais pas pourquoi, mais ce jeune homme m’a fait penser à un ami d’enfance qui m’est très cher. Peut-être à cause de son profil bien marqué. En finissant ses emplettes, l’inconnu a demandé «kilo loz». Je me suis dit que j’allais l’imiter.

En repartant en voiture, j’ai commencé à croquer mes «loz» à moi, une à une, en écartant la bogue verte et duveteuse, puis la fine peau amère. En pleine euphorie gustative, je me suis aperçu que mon ami de France n’avait jamais goûté ces délicieuses amandes fraîches du début de l’été.

 
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