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vendredi, 27 mars 2009

La république du mamnou3

Beyrouth n’est pas une ville très jolie. La faute à la guerre, un peu. La faute aux pouvoirs publics, aussi. La faute aux promoteurs immobiliers, beaucoup. Pourtant, Beyrouth est une ville photogénique. Très photogénique même. De ses couchers de soleil aux visages de ses habitants, de ses vieilles bâtisses du XIXe siècle à sa faune bigarrée en passant par les séquelles des conflits et la rondeur d’un saj sur lequel cuisent tranquillement les manouchés au zaatar. Des photos de Beyrouth, il en existe des centaines sur tous les blogs et sites consacrés à cette ville. Et c’est bien normal.

Mais voilà. Dans notre belle république du mamnou3, prendre des photographies de sa ville chérie devient de plus en plus compliqué. Et je ne parle pas de Dahiyeh où sortir ce qui ressemble de près ou de loin à un appareil photo est pris pour une déclaration de guerre. En plein Hamra par exemple, on voit fleurir ce genre de pancartes bricolées…

no photography sign.jpg

La dernière que je viens de découvrir a été placardée à l’entrée du cimetière Mar Mitr à Achrafieh, lieu particulièrement propice aux jeux de lumières (avis aux amateurs) et certainement repère d’activités devant restées secrètes sous peine de pendaison. Beyrouth serait-elle en train de devenir «photographophobe»?

Ces petits écriteaux ne doucheront bien évidemment pas l’envie des plus téméraires pour croquer notre ville sous toutes ses coutures. Mais ils font naître néanmoins un sentiment bizarre. Il y a deux semaines, j’avais un rendez-vous au centre-ville. En m’y rendant, je croise un touriste déguisé en Philippe de Dieuleveult sponsorisé par Canon – les pi(t)res – en train de mitrailler la façade du Parlement, place de l’Etoile. Quand j’ai vu ça, je me suis dit qu’il allait se faire embarquer par les militaires qui papotaient à quelques mètres de lui. Mais non, rien cette fois-ci. J’aurais dû lui conseiller d’aller faire des images près du bain militaire de Raouché, il aurait sûrement fini la nuit au poste… Depuis quand me suis-je mis à penser que photographier un monument public était répréhensible?

Parfois, un gus sorti de nulle part vous arrête, vous dit que c’est «mamnou3» de prendre une photo de tel ou tel endroit, en pleine ville. C’est un peu comme ces commerçants qui vous assurent que vous garer devant leur échoppe est «mamnou3»: ils sont sûrs de leur bon droit alors qu’ils ne font que nier le vôtre avec un aplomb ne souffrant aucune discussion. C’est comme ça dans notre petite république, à tous les étages, et prendre des photos sur la voie publique n’est qu’un exemple parmi d’autres: chacun édicte ses propres règles, pense qu’elles viennent de plus haut et ne comprend pas pourquoi le voisin ne les respecte pas. Ça multiplié par 3,8 millions, ça donne un beau bordel. Help!

dimanche, 22 mars 2009

The descent

Soyons clair, il s’agit d’un véritable scoop, de ceux qui feront la une du 20h, des quotidiens des quatre coins du monde demain matin et des magazines scientifiques les plus sérieux.

Nous venons de faire une découverte historique lors d’une excursion vers le gouffre de Balaa, dans la région de Tannourine. Un très joli coin pour un pique-nique d’ailleurs. Ça donne ça.

gouffre%20balaa%202.jpg

Nous étions seuls, et l’écho de nos voix a provoqué un éboulement sur le côté gauche de la grotte béante. Après trente secondes d’un vacarme assourdissant, nous avons découvert un nouveau puits naturel en forme de spirale. Incroyable.

gouffre%20balaa%201.jpg

Intrigués, nous sommes descendus en nous agrippant à la paroi glissante. Vingt minutes plus tard, nous nous sommes retrouvés dans l’obscurité la plus complète. A la lueur de nos torches, nous avons continué et avons mis à jour une vaste cathédrale minérale dans laquelle aucun être humain n’avait probablement pas pénétré depuis plusieurs millénaires (ce qui tendrait à prouver que les Phéniciens peuvent aller se rhabiller côté ancienneté).

Armés de notre seule curiosité, nous nous sommes aventurés dans les entrailles de la terre pour tomber sur une ville souterraine. Les murs sculptés, couverts de runes magiques, semblaient figés comme un décor de théâtre abandonné. Après de courtes recherches, nous avons trouvé une salle ressemblant à une crypte. Désolé, la photo au flash n'est pas très bonne. Et je ne comprends pas d'où viennent ces taches bizarres...

crypte baala.jpg

Nous y avons découvert un pupitre sur lequel étaient disposés deux grimoires. Au sol, un coffre de bois couvert de cuir résista un peu avant de révéler son contenu: une carte étonnamment bien conservée.

the book of middlebanon.jpg

liban carte lebanon map.jpg

Nous ne pouvons garder ce secret pour nous, le monde entier doit savoir. Pour vous rendre compte de l’importance de cette découverte, nous vous invitons à lire ces quelques fragments du grimoire. Et pour tout comprendre, jetez un coup d’œil la carte en parallèle.

Tout n'est pas toujours bien lisible mais vous verrez, c’est saisissant.

jeudi, 19 mars 2009

Samandal

Une bonne nouvelle? Une magnifique nouvelle oui! Etant en ce moment à la recherche d’un(e) illustrateur(trice) pour un projet – je ne suis pas sexiste –, je suis tombé sur ça:

samandal covers.jpg

La joyeuse bande de Samandal publie donc un nouveau magazine composé de planches de BD «made in Lebanon» et «made in ailleurs». En noir et blanc (et oui, la couleur coûte cher), Samandal est une sorte de collectif de dessinateurs et de graphistes aux genres très disparates, aux langues mélangées (arabe, français, anglais) et aux influences clairement différentes, allant de Topor aux mangas japonais. Côté thèmes, comme en témoigne l’avertissement en couverture [18+], ça cartonne un peu (pas de sexe tout de même), mais ça parle religion, société et politique. Ça risque donc d’être difficile à exporter dans le reste du Proche-Orient…

Ce trimestriel en moyen format propose en outre un appel à candidature, tous les dessinateurs (libanais comme étrangers) pouvant soumettre leurs planches pour être publiées. Disponible dans toutes les bonnes crèmeries pour 3000LL, Samandal mérite franchement le coup d’œil et surtout d’être soutenu en l’achetant! Pour les curieux, le site web permet de télécharger les précédentes éditions (0, 1 et 2), le numéro 3 étant en vente actuellement et le numéro 4 devant sortir prochainement. En pour en savoir encore un peu plus, Alinea a mis en ligne une interview de l’un des 4 redchefs du magazine.

Espérons vivement que Samandal connaisse un autre destin que l’excellent Zerooo sorti il y a une dizaine d’années (avec d’autres ambitions certes) mais qui avait dû mettre la clé sous la porte après quelques numéros. Alors courez l’acheter…

jeudi, 05 mars 2009

Jours tranquilles à Beyrouth (à Bruxelles et Paris)

jours tranquilles a beyrouth.jpgAlea jacta est, notre bouquin sort aujourd'hui sortira dans quelques jours en France (retard dû au distributeur) mais il est disponible dès à présent sur le web ici et , et le sera bien évidemment lors de nos différents rendez-vous, en Belgique puis en France. Il arrivera dans les librairies libanaises d'ici la fin du mois de mars.

Mais en attendant les petites réjouissances prévues au Liban, nous allons donc débuter la promo de «Jours tranquilles à Beyrouth» avec quelques signatures et débats. Alors voilà le programme...

Dimanche 8 mars – Bruxelles
> 17h00, Foire du livre : signature sur le stand «Les jardins de la découverte» au sein de l’espace consacré à «Beyrouth capitale mondiale du livre»
Tour et taxis. Tél. : + 32 (0) 2 290 44 31

Lundi 9 mars – Rennes
> 18h30, Espace Ouest-France : conférence, lecture et débat
38, rue du Pré botté. Tél. : 02 99 29 69 00

Mercredi 11 mars – Le Mans
> 16h00 : émission en direct sur RCF (101.2 FM)
> 17h00 : lecture et débat à la Librairie Doucet
66, avenue du Général de Gaulle. Tél. : 02 43 24 43 20

Jeudi 12 mars – Le Mans
> 19h45 : émission en direct «On fait le plein» sur LMTV
> 20h30 : lecture à la Salle Saint-Jean
3, rue de la Reine Bérengère (vieille ville)

Vendredi 13 mars – Paris
> 18h30, salon du livre : signature sur le stand D66/D76 de «Beyrouth capitale mondiale du livre»
Porte de Versailles, pavillon 1

Vous savez tout!

Pour une fois, nous allons rater les 8 et 14 mars à Beyrouth. Espérons que tout le monde reste bien tranquille ici...

dimanche, 01 mars 2009

Mutatis mutandis

lebanese expatriates.jpgIl y a deux jours, j’ai rencontré Elie. 41 ans, marié avec deux enfants, sympa, sosie de Benoît Poelvoorde mais ce n’est pas où je veux en venir.
Elie est arrivé à Beyrouth en décembre avec sa petite smala, laissant derrière lui une Australie plongée dans la récession mais où il avait passé 18 années finalement gratifiantes. Parti de rien, il avait fini directeur de la concession à Sydney d’une grande marque automobile allemande. Aujourd’hui, il espère monter sa petite entreprise à Beyrouth. Il a le savoir-faire, l’expérience, les fonds et surtout l’envie.

Eh oui! Comme nombre de Libanais expatriés, Elie a su s’intégrer dans un pays aux antipodes du Liban, tout en rêvant, quelque part au fond de lui-même, de retourner vers sa terre natale. Non pas que cette intégration ait été simple: ayant fui la fameuse confrontation Aoun/Geagea de 1990, il avait débarqué chez une lointaine cousine avec son sac et sa bonne maîtrise de la langue anglaise, mais sans diplôme, sans argent et surtout sans autre passeport que celui portant la mention «Libanais». Certes l’Australie avait ouvert grand ses portes aux Libanais, mais le refus de s’intégrer que manifestaient de plus en plus nettement beaucoup des nouveaux arrivant, commençait déjà à déplaire aux autorités. A tel point que plus tard, cette politique d’ouverture en sera complètement remise en question.

C’est par un phénomène surprenant qu’Elie est commencé à s’intégrer. D’abord parce que dans son entourage professionnel, de nombreux Australiens le crurent juif, confondant son prénom avec le «Eli» hébreu. Ensuite parce que les habitants juifs de son quartier – très nombreux – l’accueillirent à bras ouverts en apprenant qu’il était Libanais chrétien. Quand à la communauté immigrée libanaise elle-même, Elie l’a d’abord fuie, la trouvant enfermée dans ses éternelles disputes et mesquineries. Depuis, il a relativement fait la paix avec ses compatriotes, revenant tous les deux ans dans son pays pour voir la famille, faire du tourisme, consommer. Elie envoyait aussi beaucoup d’argent à ses proches restés au Liban, ces fameux transferts de la diaspora grâce auxquels l’économie locale ne s’essouffle pas autant qu’elle le devrait. Et puis il est revenu, comme beaucoup d’autres – ils seraient entre 10 et 15000 selon les estimations raisonnables .
Mais voilà. Elie est abasourdi. Là où il pensait que son retour serait apprécié, facilité, soutenu, il ne rencontre que découragements, obstacles et rejet. «Ce qu’ils veulent, c’est notre argent, pas nous!», résume-t-il avec stupéfaction.

Vous l’avez deviné, cela fait une semaine que je travaille à un article sur le retour des expatriés fuyant la récession globale. Et tous mes interlocuteurs me donnent le même son de cloche, à quelques variations près. Les expatriés sont les bienvenus s’ils acceptent de ne surtout rien changer. Je ne parle pas que d’argent. Il est évident que les entreprises libanaises ne pourront pas leur payer des salaires équivalents à ceux qu’ils touchaient à l’étranger, en dépit de l’expérience ou des compétences particulières qu’ils ont pu y acquérir. Mais là n’est pas le problème: ce qu’on leur demande de mettre de côté, c’est aussi tout ce qu’ils ont appris et ce qu’ils sont devenus sur le plan humain, et civique aussi. La question n’est pas seulement économique, elle est aussi et surtout politique.

Notre caste dirigeante se crêpe le chignon autour de la question des immigrés, elle ressasse à l’envi l’urgence de mettre fin à la fuite des cerveaux et la nécessité d’impliquer les expats dans les enjeux nationaux. Les employeurs s’apitoient sur leurs difficultés à recruter du personnel qualifié. Mais lorsque ces expats reviennent et ne demandent qu’à répondre à ces appels, ils trouvent porte close. Cadres supérieurs qui n’obtiennent aucun poste, leurs potentiels employeurs redoutant que la balance de pouvoirs au sein de l’entreprise ne s’en trouve modifiée. Et aussi parce que le népotisme reste de vigueur au Liban. Entrepreneurs auxquels on refuse de fournir la liste des formalités nécessaires à l’établissement d’une société tant qu’ils n’auront pas payé un dessous-de-table conséquent, mais que l’on arnaquera joyeusement car ils ne connaissent pas bien les rouages tordus de l’administration libanaise. Propriétaires de terrains auxquels leurs propres avocats mentent sur la valeur de leur bien afin de pouvoir le récupérer eux-mêmes… Les exemples pullulent.

Si, pour de simples questions de gestion quotidienne, on donne autant de fil à retordre aux quelques expatriés qui ne demandent qu’à prendre part à la remise sur pied de leur pays, inutile de s’étonner qu’un enjeu aussi fondamental que leur droit de vote soit perpétuellement remis aux calendes grecques. Inutile non plus de s’attrister du fait que la majorité de ces expats se désintéressent de leur terre natale. Car entre le souvenir idéalisé qu’ils en ont et l’effarante réalité, le fossé semble infranchissable. Ce qui, en fin de compte, arrange bien tous ceux qu’un quelconque progrès au Liban laisse indifférents dans le meilleur des cas, ou gêne dans le pire.

 
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