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dimanche, 24 mai 2009

Boycotter Dhû-n-Nûn ?

jonas beach.jpgComme chaque année à cette saison, une question existentielle se pose aux Libanais: où aller à la plage?

Et pour certains partisans du 14 Mars, le problème peut prendre une tournure particulièrement grave en cette période pré-électorale. Exemple: depuis la fin des années 90, une petite plage de Jiyeh faisait le régal d’une population fuyant les complexes décomplexés, les étals de chair fraîche et collagénées et les sonos hurlantes. Ce havre de tranquillité porte un nom: Jonas. Un minuscule coin de rivage méditerranéen pas trop bétonné, ambiance plutôt bon enfant, maîtres nageurs sympas, cadre fleuri avec ces belles gerbes de lauriers roses, et factures pas trop salées. Année après année, ceux qui préfèrent simplement passer un moment loin du tumulte y ont pris leurs habitudes. J’l’aime bien, moi, Jonas.

Et puis voilà. L’heure des élections approchant, les 14M ont décidé de boycotter tout ce qui portent la couleur orange: le jus du même nom, les couchers de soleil, le mobilier des années 70 vintage… jusqu’à Jonas. La semaine dernière, deux amis (distincts) m’ont affirmé la même chose: Nassif Azzi, le sympathique propriétaire de la plage, est aouniste! Enfant du pays, il est même candidat du Tayyar! Collabo! Plus question pour un partisan du 14 Mars de mettre les pieds là-bas. Mais où donc aller à la plage cette année?

J’en souris encore tout en me demandant: «Vais-je alimenter le trésor de guerre du CPL en payant l’entrée de Jonas tous les week-ends durant 4 mois? Dois-je succomber à la gentille propagande des anti-CPL et moi aussi bouder Jonas? Dois-je me moquer éperdument de ce boycott puéril? Malheur! Que dois-je faire?» Et puis finalement, comme les choses sont bien faites en ce bas monde, un événement a décidé pour moi.

La belle et luxuriante décharge de Saïda, quelques kilomètres plus au sud, a donné de gros signes de faiblesse ces derniers mois en raison de tempêtes hivernales et de petites secousses telluriques, ayant entraîné la municipalité de la ville sunnite à déclarer l’«état d’urgence environnemental» pour la côte du Sud. Du coup, je vais moi aussi passer mon tour cette année pour Jonas. Mais ce sera pour une raison de santé publique, loin des considérations bassement politiciennes. Je n’ai juste pas envie qu’il pousse un bras supplémentaire à mes filles avant la fin de l’été.

mardi, 12 mai 2009

Jours tranquilles à Beyrouth (à Beyrouth!)

Bon, nous poursuivons la promo car les choses sérieuses commencent pour Jours tranquilles à Beyrouth sur son terrain d’origine, Beyrouth! Après le lancement de l'autre côté de la Méditerranée, le voici donc qui débarque au Liban. Il est en vente depuis un mois à la librairie Al-Bourj au centre-ville et vient de rejoindre les étals des 10 points de vente de la librairie Antoine.

invitation beyrouth.jpgParallèlement, nous préparons notre petit rendez-vous du vendredi 15 mai 2009. Pour faire simple, il s’agit d’une lecture en plein air dans le cadre des «Lectures insolites» initiées par la Mission culturelle française au sein du programme de «Beyrouth capitale mondiale du livre». Cette lecture se fera dans la vieille gare ferroviaire de Beyrouth, à Mar Mikhaël (33°53'55.10"N  35°31'44.20"E pour les amateurs de Google Earth), à quelques minutes à pied de l'EDL. Un lieu que nous aimons tout particulièrement, hors de l'espace et du temps dans cette ville qui va à 1000 à l'heure, nous offrant donc un cadre franchement unique dans la ville.

La lecture sera accompagnée d’un set musical assuré par Jade du Basement. L’entrée sera évidemment gratuite, le livre disponible sur place… et le parking assuré. Tout est prévu!

Rendez-vous vendredi.

mardi, 05 mai 2009

La bonne et le concierge

Note aux lecteurs et aux lectrices: ceci n'est pas une fable de La Fontaine libanaise. Quoique.

police academy liban.jpgUne après-midi ensoleillée de la semaine passée, 14h30. C’est la consternation dans le quartier: l’appartement de notre voisine du sixième a été cambriolé. En plein jour, entre 9 et 13h. Au nez et à la barbe de toute une population qui se connaît très bien, et des membres de l’héroïque équipe de campagne de Ramsès III, tous occupés à jeter les dés dans un coffret en marqueterie damascène.

Les lieux du crime: un appartement sans signe particulier, à part des bijoux de famille et une enveloppe où reposaient quelques dizaines de billets de 100 dollars. La porte a été fracturée, mais pas trop, laissant supposer que le (ou les) voleur(s) disposai(en)t de la clé. Les policiers du quartier ont donc débarqué, garant leur Dodge Charger rutilante sur le trottoir d’en face. D’abord deux hommes en uniforme fraîchement imprimé de ce beau camouflage gris et noir, puis l’équipe technique, chargée de relever les empreintes digitales sur la porte d’entrée, les placards et les tiroirs fouillés par les visiteurs. Puis une deuxième équipe, et une troisième. Immédiatement, tous les voisins se mêlent de l’enquête, et donnent leur avis sur la culpabilité des uns et des autres. «C’est certainement la bonne ou le concierge», assure un sexagénaire, sûr dans son flair.

Evidemment, l’employée de maison philippine et le concierge syrien ont passé un long moment au poste. Ayant eu vent des commentaires des voisins, l’un des policiers glisse un peu agacé: «Ils se prennent tous pour des FBI!» Avant d’ajouter, lui aussi sûr de son flair: «C’est souvent la bonne qui se fait séduire par le concierge.» Le problème, c’est que les deux avaient un alibi en béton armé, ce qui réduit à néant la déduction facile conduisant systématiquement à ces coupables tout trouvés: les deux étrangers commis d’office aux tâches ingrates pour un salaire de misère.

Depuis, plus rien. Pas d’enquête de voisinage, quelques timides questions aux habitants de l’immeuble, forcément insoupçonnables (nous en autres). Notre voisine continue de pleurer ses dollars mis de côté pour un voyage au Canada qu’elle ne fera plus. Les alibis des usual suspects étant confirmés, l’affaire en restera certainement là.

Mais réjouissons-nous: parmi les projets de coopération entre la France et le Liban annoncés lors de la récente visite de Michèle Alliot-Marie à Beyrouth, quelque chose a piqué ma curiosité. Beyrouth et Paris viennent d’annoncer la création d’une académie de police, sur un terrain de plusieurs hectares à quelques encablures de l’aéroport. Aurons-nous bientôt de vrais enquêteurs à mettre dans les Dodge offertes par l’Oncle Sam? Mystère mon cher Watson…

samedi, 02 mai 2009

Le crépuscule de monsieur Tueini

Je ne sais pas pourquoi, mais je pense beaucoup à Ghassan Tueini ces jours-ci. Jusqu’à la nuit dernière où j’ai même rêvé de sa mort. Peut-être est-elle imminente. Je l’ai croisé il y a dix jours, à l’inauguration officielle de Beyrouth Capitale mondiale du livre. Il était porté à bout de bras par deux gaillards avec oreillette. Le lendemain, je croise un ami qui me dit: «Ghassan est mal en point. Vraiment très malade.» Ghassan Tueini a 83 ans.

Je me demande quel regard le vieil homme porte sur son pays, au soir de sa vie. Une vie difficile. Il a perdu une fille en 1964, sa femme Nadia en 1983, un premier fils en 1987 puis son héritier politique et professionnel en décembre 2005 quand le gros 4x4 de Gebran a explosé. Cet intellectuel – qui a connu ce qu’un homme peut vivre de pire: survivre à presque toute sa descendance – a derrière lui une carrière professionnelle exemplaire: patron du Nahar pendant des décennies après avoir fait des études à Harvard, il a participé à la création, dans les années 50, de la première faculté arabe de droit, de sciences politiques et d’économie. Il se lance aussi en politique: premier député du PSNS (dont il s’éloignera très rapidement lorsque la fraternité syro-libanaise aura pris le dessus sur les principes de laïcité qu’il défendait), il est nommé vice-Premier ministre en 1970 puis ministre du Travail en 1975. Puis il se tourne vers la diplomatie, devenant ambassadeur en Grèce avant de représenter le Liban à l’Onu, de 1977 à 1982. Farouche défenseur de la souveraineté et de l’indépendance du pays et opposant à la tutelle syrienne, Ghassan Tueini a raté d’un cheveu le prix Sakharov en 2006.

Nathalie avait eu à le côtoyer à la fin des années 90, lorsqu’elle travaillait au lancement par Gebran d’un féminin que Ghassan rejetait en bloc. A tel point que le bonhomme s’était vivement opposé à ce que le magazine en question soit baptisé Naharouki (ton Nahar), afin qu’aucun lien ne puisse être fait entre cette publication dont il ne voulait pas entendre parler et son cher Nahar. Les relations père-fils n’avaient pas toujours été simples entre un Ghassan intransigeant et un Gebran qui voulait à tout prix prouver qu’il pouvait être à la hauteur de son frère défunt, dans lequel le paternel avait placé tous ses espoirs. Suite à sa rencontre avec les deux Françaises en charge du projet éditorial, Tueini senior s’était adouci. Le label Naharouki avait tout de même été abandonné, mais le patriarche avait laissé le bénéfice du doute à l’équipe, et accepté de la soutenir dans sa démarche. Depuis, le magazine est devenu autre chose, aux antipodes de ce qu’il aurait pu être, mais ceci est une autre histoire. Il reste de cette époque le souvenir d’un homme de poigne, à la présence imposante et aux principes stricts, mais qui savait écouter ceux dont les arguments étaient cohérents.

Je vais m’arrêter là pour les présentations. Aujourd’hui, je me demande simplement si cet homme respectable sera encore là le soir du 7 juin. Ou si son cœur choisira de lui épargner ça.

 
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