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mercredi, 19 août 2009

Wendy

wendy.jpgIl était une fois une petite fille. Cette petite fille était très fière d’être née chez les Arabes, même si ses grands yeux verts et ses cheveux châtain clair ne ressemblaient pas à ceux des autres enfants dans ce pays lointain qui manquait tant à sa maman. Ce pays, c’était un peu comme Never-Never Land: il y faisait tout le temps beau, les habitants n’y grandissaient jamais, jouaient et se disputaient tout le temps, comme les Garçons Perdus; il y avait des filles jolies comme des sirènes et des Pirates qui se battaient toujours entre eux, ou contre les Indiens et les Peter Pan du coin. La petite fille ne comprenait pas très bien, mais ça avait l’air de plaire à tout le monde, de s’amuser comme ça à faire la guerre. Surtout que, quand elle allait dans ce pays, cette petite fille n’y voyait que des gens toujours prêts à s’amuser, tirer des feux d’artifice, faire des festins et bien rigoler. Oui, ça ressemblait vraiment à Never-Never Land.

Et quand elle n’y était pas, qu’elle était chez elle dans cet endroit où il pleuvait beaucoup, la petite fille continuait de penser à ce pays bizarre. Surtout quand elle recevait des lettres de sa cousine, qui vivait toute l’année là-bas. Là, elle comprenait encore moins. Parce que ce que sa cousine lui racontait n’était pas toujours amusant. Bien sûr, il y avait des choses super: sa cousine, par exemple, lui expliquait que souvent, il n’y avait pas d’école pendant des mois. Pendant tellement de temps parfois que ça durait encore plus longtemps que les grandes vacances. C’est dire si c’était long! La petite fille trouvait que sa cousine avait bien de la chance mais elle, ça avait l’air de l’ennuyer, la cousine. Elle lui racontait aussi que parfois, il n’y avait pas d’eau ou de lumière. Mais la petite fille savait comment c’était, ça. En été, quand elle allait dans ce pays, ses parents allumaient souvent des bougies, et elle trouvait ça drôlement joli. Et c’était rigolo, aussi, de se laver parfois dans une bassine, parce qu’il n’y avait pas assez d’eau dans la douche. Mais ça non plus, ça n’amusait pas sa cousine. Il faut dire que la cousine, souvent, écrivait qu’elle avait passé la nuit dans un endroit bizarre; elle disait qu’elle «descendait dans l’abri». Pour la petite fille, c’était très mystérieux. Un abri, ça servait à prendre le bus, non? Et on ne descendait pas dedans parce que sinon, comment le bus pouvait passer? Puis elle avait compris que l’abri était en fait la cave. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi on appelait ça «l’abri», mais en tout cas, elle n’aurait pas aimé devoir dormir dans une cave. Elle ne savait pas encore que cela lui arriverait un jour.

Mais le pire, c’est quand sa cousine lui avait écrit qu’il était arrivé une chose terrible à sa famille. Ils habitaient dans un coin de la ville où on n’aimait pas les gens comme eux depuis quelques temps. Ca s’appelait «béroutoueste», ou quelque chose comme ça. Son oncle, le papa de sa cousine, avait été attrapé par des méchants et personne n’avait su où il était pendant plusieurs jours. Sa cousine avait eu très peur. Pourtant, son oncle n’était pas un méchant, il vendait des médicaments dans un magasin. Et il ne jouait jamais à la guerre. Et un jour, pendant la nuit, des hommes avec des masques et des pistolets étaient entrés chez eux et leur avaient fait encore plus peur. Alors, ils avaient pris leurs affaires et ils étaient partis habiter ailleurs dans un appartement qui ne leur plaisait pas beaucoup. Après ça, sa tante s’était mise très en colère quand sa cousine avait eu un amoureux qui habitait à «béroutoueste» et elle l’avait enfermée dans sa chambre pendant des jours. Il n’y avait toujours pas d’école mais quand même, c’était une sacrée punition et sa cousine avait beaucoup pleuré.

A Never-Never Land, il y avait toujours des histoires comme ça, difficiles à comprendre. Son autre oncle avait reçu plusieurs balles dans la jambe un jour, mais ses grands-parents avaient été contents que ce soit « juste » la jambe. La petite fille n’y comprenait rien. Des trous dans la jambe, cela devait faire horriblement mal, quand même. Pareil, dans le coin où il n’y avait pas de danger, un jour la chambre d’une autre de ses tantes (la petite fille avait plein d’oncles et tantes car dans ce pays, on aimait les grandes familles) avait complètement brûlé à cause d’une bombe. Si ça c’est un coin où il n’y a pas de danger! Heureusement, sa tante n’avait pas fait la grasse matinée pour une fois, car elle était partie tôt le matin pour prendre le bateau vers une île super qui s’appelle Chypre.

La petite fille connaissait bien Chypre, parce qu’elle y passait chaque année pour aller à Never-Never Land. On ne pouvait plus aller directement en avion à Never-Never Land car l’aéroport avait été tout cassé. En plus, il y avait aussi des gens qui disparaissaient lorsqu’ils s’approchaient du coin de l’aéroport. Ca c’était un autre truc que la petite fille ne comprenait pas: ses parents regardaient tout le temps le journal à la télé, lorsqu’ils étaient en France (vous savez, l'endroit où il pleut tout le temps). Et il y avait des noms de pays qui revenaient à chaque fois et qui semblaient leur faire très peur, mais c’était incompréhensible, comme d’habitude. On disait qu’il fallait parler avec «l’Iran» pour trouver les gens qui avaient été «enlevés» (c’était le mot qui la terrifiait le plus, mais c’était le mot «l’Iran» qui avait l’air de faire le plus peur aux grands). Pourtant, «l’Iran» disait que c’était pas lui. Mais les grands essayaient quand même de parler avec «l’Iran» et ils lui avaient même payé beaucoup d’argent. Ça avait mis du temps et les gens «enlevés» étaient restés pendant plus que 300 jours sans voir leur famille. Tous les jours dans le journal à la télé, on donnait la date comme pour un calendrier de Noël. La petite fille trouvait ça triste et n’aurait pas voulu que ça arrive à son papa. Le comble, c’est que finalement, les gens «enlevés» avaient été retrouvés grâce à un autre pays qui s’appelait «la Syrie». Et «la Syrie» avait l’air très contente qu’on vienne demander son aide. Pour la petite fille, c’était comme lorsque quelqu’un lui avait piqué son goûter à l'école, et qu’un garçon qu’elle n’aimait pas le lui avait rendu parce que c’était un copain à lui qui le lui avait piqué. Après, la petite fille avait dû tout lui souffler lorsqu’il y avait des devoirs en classe et ça ne lui plaisait pas du tout, surtout que toute la classe était au courant et que personne ne disait rien. C’était hypocrite et sa maman lui disait toujours qu’être hypocrite, c’était le pire des défauts. C'était pas beau. Depuis, la petite fille s’était juré de ne jamais être hypocrite et elle n’en avait pas cru ses yeux lorsque, des années plus tard, «la Syrie» avait encore aidé la France à récupérer quelqu’un que l’Iran voulait garder. Ils n’avaient donc rien compris? Leurs mamans ne leur avaient rien dit?
En tout cas, la petite fille avait grandi et elle commençait à trouver que Never-Never Land, les bougies, les bassines, les sirènes et les disputes, ça allait bien un moment. Grandir, ce n’était pas si mal si on savait garder une âme d’enfant. Mais continuer à jouer à faire la guerre comme les Garçons Perdus, ben, ça vous gardait perdus, justement. Et de Never-Never Land, elle constatait surtout qu’il y avait davantage de Never que de Land.
En fin de compte, la petite fille devenue grande se disait que tout ce monde-là, tous ces Garçons Perdus, auraient bien eu besoin d’une maman pour leur botter les fesses de temps en temps.

NB: Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est fortuite, ou presque.

Commentaires

sad but true...

Écrit par : Godot | mercredi, 19 août 2009

quand on ouvre les yeux ça fait mal ! alors pour survivre continuons a réver !!!!
le syndrome de peter Pan ça ne se soigne pas malheureusement !

Écrit par : josiane | mercredi, 19 août 2009

Très très très bon billet :) Une référence à garder sous le coude pour citations futures !!

Sinon, au sujet de la maman qui viendrait leur botter les fesses, yallah, on restaure les colonies ? ( la je rigole )

Écrit par : Ekios | mercredi, 19 août 2009

"en France (vous savez, l'endroit où il pleut tout le temps)" : hahahaha, c'est bien vrai. et faut venir du liban pour le savoir.

Écrit par : marie | mercredi, 19 août 2009

@ ekios
il arrive de discuter avec des Libanais disant que "le mandat français, ça avait du bon". et ouais, sur le moment, ça surprend...

@ marie
j'ai pas compris

Écrit par : david | jeudi, 20 août 2009

David : je t'avais bien dis un jour que c'était l'avis de mon beau père, vieux monsieur de plus de 80 balais (me semble je la vieillis une fois sur deux) ... c'était "pénible, mais vivable au moins" ... aprioris...

Maintenant ce genre de chose là, on en retient toujours le meilleurs en oubliant le reste je pense.

Écrit par : Ekios | jeudi, 20 août 2009

"on en retient toujours le meilleurs en oubliant le reste"
ils ne doivent plus être très nombreux, ceux qui en ont de vrais souvenirs...

Écrit par : david | jeudi, 20 août 2009

Ouh je parierais pas là dessus. Et quand bien même ça se transmet comme tous le reste à la géneration d'après. Et vu ce qu'elle vit la géneration d'après ...

Écrit par : Ekios | jeudi, 20 août 2009

priscilla: les habitants de France n'ont pas toujours conscience de la quantité de flotte qui nous tombe dessus (pas en ce moment), c'est une fois passé qq temps dans un pays du sud qu'on peut dire qu'il pleut souvent en france (d'ailleurs le ciel se couvre).

Écrit par : marie | jeudi, 20 août 2009

(Mes excuses à Wendy pour ce long hors-sujet) ;-)

Un article sur nouvelobs.com "Les Chorégies d’Orange au Festival de Baalbeck : la Traviata et le muezzin" 20.08.2009

Extraits du texte de Raphaël de Gubernatis :

"... Solistes, choristes, danseurs, musiciens, chef d’orchestre, metteur en scène, équipes techniques et d’encadrement : ils étaient plus de 160 à débarquer par vagues successives à l’aéroport Beyrouth pour être installés dans les villes (chrétienne) de Zahlé et (musulmane) de Baalbeck afin de remonter sur l’acropole romain de cette dernière « la Traviata » de Verdi...

... Recrutement des artistes qui ne sont pas toujours les mêmes à Baalbeck qu’à Orange, ( bien peu téméraires, les choristes de l’Opéra d’Avignon, que le courage n’étouffe pas, ont refusé de se rendre au Liban)...

... Venu presque exclusivement de Beyrouth, à plus de deux heures de voiture, généralement aisé, chrétien et francophone, et maniant ostensiblement le français avec une volonté réelle et émouvante d’affirmer une appartenance à une société très occidentale, le public du Festival de Baalbeck représente la frange la plus raffinée, ou la plus mondaine, ou la plus vaniteuse de la société libanaise...

... Le muezzin face la diva

Dans cette ville musulmane de Baalbeck, dominée par le Hezbollah, l’histoire d’une courtisane française, mise en musique par un Italien, a quelque chose de bien peu orthodoxe. Comme est surprenante aussi l’arrivée de ce public riche, francophone et chrétien sur ces terres où l’on ne parle quasiment que l’arabe et baragouine un improbable anglais. En treillis militaire, par régiments entiers, des soldats (ou des policiers), assurent le service d’ordre avec la grâce ordinaire à ce genre d’individus. Ce qui donne au festival un aspect de camp retranché, image hélas devenue très banale au Liban dont les routes sont encore ponctuées de barrages gardés par l’armée.
Autre paradoxe autour des ruines de l’antique Héliopolis: la présence des mosquées. Et suprême étrangeté pour ce festival de musique, de théâtre et de danse, décrété d’intérêt national dès sa fondation, et qui se veut de stature internationale : l’appel tonitruant à la prière des muezzins auquel nul ne peut se soustraire durant les représentations.
Pour celle de « la Traviata », qui constituait un enjeu économique et prestigieux considérable pour le Festival de Baalbeck, le vice-président du festival aura obtenu des imams que le dernier appel à la prière, survenant durant le premier acte, se fît sans ces haut-parleurs dont le vacarme couvrait littéralement l’orchestre. Les imans ont tenu parole. Résultat : sans haut-parleur, l’appel du muezzin n’aura pas couvert l’orchestre, mais presque totalement la voix d’Ermonela Jaho (Violetta) durant son monologue rêveur « E strano… ».
Pauvre public de chrétiens du Liban qui doit immanquablement s’appuyer la voix des muezzins. Une représentation à Ballbeck représente de toute façon une expérience assez traumatisante pour le spectateur européen. Car aux muezzins des diverses mosquées ont succédé les pétarades de brefs feux d’artifice lancés pour des fêtes privées dans les environs des temples, puis celles de motocyclettes et les hurlements d’un haut parleur installé non loin, dans un café en plein air. Quant au public libanais, bien élevé dans sa grande majorité, il offre cependant d’extraordinaires exemples du sans-gêne moyen-oriental : une spectatrice qui se lève pour téléphoner sur son portable en pleine représentation, dérange toute une rangée de spectateurs pour sortir, et les dérange derechef avec le même aplomb en revenant, une fois sa conversation terminée ; un bellâtre à gueule de maffieux qui envoie des « sms » de son téléphone et joue à quelque jeu électronique durant le spectacle ; des rangées entières de spectateurs qui quittent la salle avant même que l’opéra ne soit achevé, pour devancer les encombrements de voitures regagnant la capitale...

... s’il faut beaucoup d’énergie pour conserver une tradition artistique qui fait plus que jamais office de rempart contre la barbarie et la décadence culturelle qui accablent le Liban, il a fallu aussi beaucoup de souplesse aux Chorégies d’Orange et aux artistes pour s’adapter à des conditions pour nous insolites... "


Extraits de l'article de R. G. :

"... Le programme est aujourd’hui à l’image du public libanais qui n’a généralement du spectacle qu’une vision de divertissement élégant ou de manifestation de prestige. Un public dont le niveau culturel a été sérieusement entamé par les désastres de la guerre et la ruine du pays...

...« Les Libanais n’aiment à voir que ce qu’ils connaissent déjà de réputation ou de nom » avoue un organisateur...
... Pas d’audace. Des valeurs sûres. Ou réputées telles, mais qui font courir un public au goût conservateur, provincial, voire frivole. Hormis les productions locales, comme les spectaculaires divertissements très kitsch des Ballets Caracalla, il ne lui faut que des artistes déjà archi-consacrés en Europe..."

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/culture/20090820.OBS8269/les_choregies_dorange_au_festival_de_baalbeck__la_travi.html

Écrit par : Marie2 | vendredi, 21 août 2009

Sad but true...

Écrit par : Delirious | samedi, 22 août 2009

...wendy reste quand meme attachee a never never land (ou crazy crazy land)!

Écrit par : mc | samedi, 22 août 2009

@MC : le soucis de never never land c'est que, aussi crazy crazy land qu'il soit, il restera toujours ce soupçon de wonderland qui nous y attache inconditionnellement ...

Finalement c'est une chanson de U2 le Liban :)

Écrit par : Ekios | samedi, 22 août 2009

Eh, j'ai eu un fou rire sur le titre de cet article : **Israeli official: Sweden should be more sensitive**

Le reste est moins drôle mais je me suis poilé pour l'intitulé :p

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3765321,00.html

Écrit par : Ekios | samedi, 22 août 2009

Never never land c'est bien le truc de la star décédée y a pas lgtps et qui va etre mis en vente?

Écrit par : seb | samedi, 22 août 2009

Très bon.

Écrit par : WIL | dimanche, 23 août 2009

la nouvelle du jour, mis à part:
1- le procès de la cellule du Hezb en Egypte
2- les accrochages réguliers au Nord-Liban
3- la ratonnade subie par le big boss de Masnaa
c'est que le Venezuela reste le premier exportateur de Miss Univers. c'est peut-être bon pour l'image du pays à l'étranger, mais drôlement trompeur... un conseil, évitez les escales à Caracas...

Écrit par : david | lundi, 24 août 2009

j'aurais rien contre quelques liens pour le 2 et 3 .. !

Écrit par : Ekios | lundi, 24 août 2009

je retournerais bien à never never land moi.
premier jour de taf et il pleut déjà...

Écrit par : Froun | lundi, 24 août 2009

@ ekios
regarde les sites d'infos libanais, tu trouveras ton bonheur...

@ froun
alors, pas trop dur? :-D

Écrit par : david | mardi, 25 août 2009

.. oui bas depuis j'ai trouvé ;)

Écrit par : Ekios | mardi, 25 août 2009

Au payyyyyys de Wendyyyyyyy,
comme dans tous les payyyyys,
...

Écrit par : slacher | mardi, 25 août 2009

On s'amuse on pleure on rit
Il y a des méchants et des gentils

relié a l'article et au liban les paroles de la chanson prennent pleinement leur sens.

Écrit par : seb | mercredi, 26 août 2009

bon, on va revenir à l'actu culturelle, avec de la photo encore une fois. rdv sur le post suivant.

Écrit par : david | vendredi, 28 août 2009

Les commentaires sont fermés.

 
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