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vendredi, 28 août 2009

La Règle de 3 de Youmna Habbouche

youmna habbouche1.jpgyoumna habbouche2.jpgAprès celle de Ghadi Smat en juin dernier, voici une nouvelle voix de la photographie libanaise qui cherche à se faire entendre. C’est Youmna Habbouche qui s’y colle avec ses assemblages d’images sous forme de tryptiques (voir ci-dessus: une grande photo et deux détails, soit verticaux, soit horizontaux). Sans être révolutionnaire, ce principe de mise en scène est simple et efficace, et fonctionne la plupart du temps que ce soit par des associations de couleurs (l’orange par exemple) ou de textures (tissus ou peinture craquelée entre autres). D’autres images, en noir et blanc, abordent le mouvement, celui de l’homme dans la ville, transformant les jambes des passants en spectres… Ce qui a fait dire à ma fille de 9 ans le soir du vernissage: «Mais ils sont transparents ces gens-là!» Elle a pris son premier cours d’optique ce jour-là.

Bref, Youmna expose son travail à la galerie The Running Horse qui se situe au rez-de-chaussée du pâté de maison de Sleep Confort à la Quarantaine. Je ne saurai trop vous conseiller d’aller y jeter un coup d’œil… C’est ouvert jusqu’au 19 septembre, du lundi au vendredi de 12h à 19h et de 14h à 17h le samedi.

mercredi, 19 août 2009

Wendy

wendy.jpgIl était une fois une petite fille. Cette petite fille était très fière d’être née chez les Arabes, même si ses grands yeux verts et ses cheveux châtain clair ne ressemblaient pas à ceux des autres enfants dans ce pays lointain qui manquait tant à sa maman. Ce pays, c’était un peu comme Never-Never Land: il y faisait tout le temps beau, les habitants n’y grandissaient jamais, jouaient et se disputaient tout le temps, comme les Garçons Perdus; il y avait des filles jolies comme des sirènes et des Pirates qui se battaient toujours entre eux, ou contre les Indiens et les Peter Pan du coin. La petite fille ne comprenait pas très bien, mais ça avait l’air de plaire à tout le monde, de s’amuser comme ça à faire la guerre. Surtout que, quand elle allait dans ce pays, cette petite fille n’y voyait que des gens toujours prêts à s’amuser, tirer des feux d’artifice, faire des festins et bien rigoler. Oui, ça ressemblait vraiment à Never-Never Land.

Et quand elle n’y était pas, qu’elle était chez elle dans cet endroit où il pleuvait beaucoup, la petite fille continuait de penser à ce pays bizarre. Surtout quand elle recevait des lettres de sa cousine, qui vivait toute l’année là-bas. Là, elle comprenait encore moins. Parce que ce que sa cousine lui racontait n’était pas toujours amusant. Bien sûr, il y avait des choses super: sa cousine, par exemple, lui expliquait que souvent, il n’y avait pas d’école pendant des mois. Pendant tellement de temps parfois que ça durait encore plus longtemps que les grandes vacances. C’est dire si c’était long! La petite fille trouvait que sa cousine avait bien de la chance mais elle, ça avait l’air de l’ennuyer, la cousine. Elle lui racontait aussi que parfois, il n’y avait pas d’eau ou de lumière. Mais la petite fille savait comment c’était, ça. En été, quand elle allait dans ce pays, ses parents allumaient souvent des bougies, et elle trouvait ça drôlement joli. Et c’était rigolo, aussi, de se laver parfois dans une bassine, parce qu’il n’y avait pas assez d’eau dans la douche. Mais ça non plus, ça n’amusait pas sa cousine. Il faut dire que la cousine, souvent, écrivait qu’elle avait passé la nuit dans un endroit bizarre; elle disait qu’elle «descendait dans l’abri». Pour la petite fille, c’était très mystérieux. Un abri, ça servait à prendre le bus, non? Et on ne descendait pas dedans parce que sinon, comment le bus pouvait passer? Puis elle avait compris que l’abri était en fait la cave. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi on appelait ça «l’abri», mais en tout cas, elle n’aurait pas aimé devoir dormir dans une cave. Elle ne savait pas encore que cela lui arriverait un jour.

Mais le pire, c’est quand sa cousine lui avait écrit qu’il était arrivé une chose terrible à sa famille. Ils habitaient dans un coin de la ville où on n’aimait pas les gens comme eux depuis quelques temps. Ca s’appelait «béroutoueste», ou quelque chose comme ça. Son oncle, le papa de sa cousine, avait été attrapé par des méchants et personne n’avait su où il était pendant plusieurs jours. Sa cousine avait eu très peur. Pourtant, son oncle n’était pas un méchant, il vendait des médicaments dans un magasin. Et il ne jouait jamais à la guerre. Et un jour, pendant la nuit, des hommes avec des masques et des pistolets étaient entrés chez eux et leur avaient fait encore plus peur. Alors, ils avaient pris leurs affaires et ils étaient partis habiter ailleurs dans un appartement qui ne leur plaisait pas beaucoup. Après ça, sa tante s’était mise très en colère quand sa cousine avait eu un amoureux qui habitait à «béroutoueste» et elle l’avait enfermée dans sa chambre pendant des jours. Il n’y avait toujours pas d’école mais quand même, c’était une sacrée punition et sa cousine avait beaucoup pleuré.

A Never-Never Land, il y avait toujours des histoires comme ça, difficiles à comprendre. Son autre oncle avait reçu plusieurs balles dans la jambe un jour, mais ses grands-parents avaient été contents que ce soit « juste » la jambe. La petite fille n’y comprenait rien. Des trous dans la jambe, cela devait faire horriblement mal, quand même. Pareil, dans le coin où il n’y avait pas de danger, un jour la chambre d’une autre de ses tantes (la petite fille avait plein d’oncles et tantes car dans ce pays, on aimait les grandes familles) avait complètement brûlé à cause d’une bombe. Si ça c’est un coin où il n’y a pas de danger! Heureusement, sa tante n’avait pas fait la grasse matinée pour une fois, car elle était partie tôt le matin pour prendre le bateau vers une île super qui s’appelle Chypre.

La petite fille connaissait bien Chypre, parce qu’elle y passait chaque année pour aller à Never-Never Land. On ne pouvait plus aller directement en avion à Never-Never Land car l’aéroport avait été tout cassé. En plus, il y avait aussi des gens qui disparaissaient lorsqu’ils s’approchaient du coin de l’aéroport. Ca c’était un autre truc que la petite fille ne comprenait pas: ses parents regardaient tout le temps le journal à la télé, lorsqu’ils étaient en France (vous savez, l'endroit où il pleut tout le temps). Et il y avait des noms de pays qui revenaient à chaque fois et qui semblaient leur faire très peur, mais c’était incompréhensible, comme d’habitude. On disait qu’il fallait parler avec «l’Iran» pour trouver les gens qui avaient été «enlevés» (c’était le mot qui la terrifiait le plus, mais c’était le mot «l’Iran» qui avait l’air de faire le plus peur aux grands). Pourtant, «l’Iran» disait que c’était pas lui. Mais les grands essayaient quand même de parler avec «l’Iran» et ils lui avaient même payé beaucoup d’argent. Ça avait mis du temps et les gens «enlevés» étaient restés pendant plus que 300 jours sans voir leur famille. Tous les jours dans le journal à la télé, on donnait la date comme pour un calendrier de Noël. La petite fille trouvait ça triste et n’aurait pas voulu que ça arrive à son papa. Le comble, c’est que finalement, les gens «enlevés» avaient été retrouvés grâce à un autre pays qui s’appelait «la Syrie». Et «la Syrie» avait l’air très contente qu’on vienne demander son aide. Pour la petite fille, c’était comme lorsque quelqu’un lui avait piqué son goûter à l'école, et qu’un garçon qu’elle n’aimait pas le lui avait rendu parce que c’était un copain à lui qui le lui avait piqué. Après, la petite fille avait dû tout lui souffler lorsqu’il y avait des devoirs en classe et ça ne lui plaisait pas du tout, surtout que toute la classe était au courant et que personne ne disait rien. C’était hypocrite et sa maman lui disait toujours qu’être hypocrite, c’était le pire des défauts. C'était pas beau. Depuis, la petite fille s’était juré de ne jamais être hypocrite et elle n’en avait pas cru ses yeux lorsque, des années plus tard, «la Syrie» avait encore aidé la France à récupérer quelqu’un que l’Iran voulait garder. Ils n’avaient donc rien compris? Leurs mamans ne leur avaient rien dit?
En tout cas, la petite fille avait grandi et elle commençait à trouver que Never-Never Land, les bougies, les bassines, les sirènes et les disputes, ça allait bien un moment. Grandir, ce n’était pas si mal si on savait garder une âme d’enfant. Mais continuer à jouer à faire la guerre comme les Garçons Perdus, ben, ça vous gardait perdus, justement. Et de Never-Never Land, elle constatait surtout qu’il y avait davantage de Never que de Land.
En fin de compte, la petite fille devenue grande se disait que tout ce monde-là, tous ces Garçons Perdus, auraient bien eu besoin d’une maman pour leur botter les fesses de temps en temps.

NB: Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est fortuite, ou presque.

lundi, 17 août 2009

Reconversion

stavro presse.jpgJe ne suis pas un fan de Stavro, mais il faut bien reconnaître une certaine pertinence à ce dessin daté de 2002 et qui, sept ans plus tard, est toujours d’actualité.

Qui n’avance pas recule. Voilà la devise de ce pays qui se prend pour le nombril du monde. Après la frénésie électorale du printemps, le soufflé est retombé. Plus de 2 mois après des législatives trop attendues, le bateau est toujours sans capitaine: pas de gouvernement, des vociférations télévisuelles régulières de ténors que je n’ai pas besoin de nommer, des ministres en sursis qui font n’importe quoi… Y’a comme un petit air de déjà-vu.

Si le contenu des journaux libanais donne jour après jour une impression d’immense gâchis, la presse internationale et les agences de presse, elles, s’émerveillent des folles nuits beyrouthines, des rentrées financières que l’afflux de «touristes» assure… C’est vrai finalement. Tout va bien au Liban pour les importateurs d’alcool et de cigares. Faudrait songer à se (re)convertir.

 
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