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lundi, 28 septembre 2009

Salon Georges coiffure pour hommes

georges coiffeur pour hommes.jpgQuand Georges pose la longue lame de son rasoir sur la peau de mon cou, je retiens toujours ma respiration. Le vieil homme n’a plus le geste aussi sûr qu’avant. Et quand finalement, il termine son ouvrage, il me demande toujours d’une voix rocailleuse de fumeur en stade terminal: «Comme ça, ça va?» J’opine systématiquement, sans vraiment y réfléchir.

Georges fait partie de ces petits artisans en voie de disparition à Beyrouth. Son salon n’a pas dû beaucoup changer depuis les années 60: linoléum au sol, placards de bois laminé, siège en cuir rétro avec cendrier dans l’accoudoir, blaireaux et peignes d’un autre âge posés à côté des lavabos blancs. Quand il s’arme de ses ciseaux pointus, les muscles secs de ses avant-bras tressaillent un peu davantage à chacune de mes visites, et je me demande s’il ne serait pas raisonnable de ne plus y aller. Et puis finalement j’y retourne à chaque fois. Peut-être me suis-je laissé intoxiquer par l’odeur de shampooing bon marché qui flotte dans cette pièce lumineuse. Je ne sais pas.

Il y a deux ou trois ans, son salon était encore bien fréquenté. Il avait un apprenti, Elie, et un jeune chab qui jouait à la shampouineuse puis balayait les mèches de cheveux des clients. Depuis, tout ce beau monde est parti voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Georges reste seul, à étendre ses serviettes rouge foncé au soleil, son sèche-linge planté sur le trottoir. Il a bien sûr ses fidèles, qui viennent partager les nouvelles d’un quartier qui a bien changé en l’espace de cinq ans, depuis que la salle de sport et le parking de l’autre côté de la rue ont été remplacés par l’ABC. Alors Georges s’installe sur une petite chaise pliante, à côté de ses serviettes, et regarde des gens trop pressés remonter la rue.

Moi, j’aime toujours ces moments passés chez lui. La radio diffuse Light FM en boucle depuis des siècles, saint Georges n’en finit pas de terrasser son dragon sur une icône jaunie par la lumière… Le mieux, c’est encore d’y aller le matin très tôt. Georges vous proposera les quotidiens du jour – ou de la veille –, et peut-être du café chaud s’il en reste dans sa rakweh. Georges est le seul et unique coiffeur que j’ai connu à Beyrouth durant toutes ces années, même s’il a trois confrères rien que dans ma rue. Et pourtant, je ne le connais pas vraiment. Juste de vue, bonjour, au revoir, comment ça va.

Il n’y a pas très longtemps, j’ai découvert que mon beau-père allait aussi chez lui, au début des années 70. La transmission s’arrêtera là, je crois.

vendredi, 18 septembre 2009

No full monty

Le phénomène n’est pas vraiment nouveau. Un coup de peinture ou un arrachage en règle, et les centimètres carrés indécents disparaissent. Sur les routes menant aux extrêmes du pays, il n’est rare de voir, sur des kilomètres entiers, des affiches publicitaires vandalisées, méthodiquement. Ces 4X3 vantent des marques de lingerie ou tout autre produit pour lesquels un obscur créatif de pub a jugé bon de mettre en scène une damoiselle quelque peu dévêtue. Attention, je ne parle pas de nudité complète, pas de full monthy ici, ni même de certaines affiches franchement racoleuses comme on a pu en voir pour une célèbre marque de lingerie locale dont je ne citerai pas le K-nom, mais juste d’un bout de bras non recouvert ou de longues jambes dont la vue doit certainement être intolérable aux yeux du Très-Puissant. Les policiers auto-proclamés des mœurs débarquent aussitôt, lourdement équipés de pots de peinture et hop, le tour est joué: l’affiche (plantée sur la voie publique) est toujours là, le nom du produit aussi, mais pas cet impudique épiderme féminin.

Certes, les gardiens de la morale ont encore du pain sur la planche. Cet été, le Liban a été «encensé» par la presse internationale, entre autres pour sa très superficielle liberté de mœurs. Il y a fort à parier que les syndicalistes de la vertu divine n’avaient pas eu vent des défilés de lingeries, organisés dans les plages (privées) du pays, comme ici à Eddé Sands…

edde sands.jpg

Mais attention aux clichés! Cette pudeur effarouchée ne touche pas que certains membres de la communauté musulmane, toujours prompts à gommer cette peau si honteuse. Il y a quelques années, je bossais dans un magazine libanais réputé pour son identité chrétiéno-chrétienne. Le mercredi après-midi, au moment crucial de «fabriquer» la couverture du numéro, un ordre arrive de la direction (tout ce qu’il y a de plus chrétienne dans le genre donc): docteur Photoshop doit entrer en action d’urgence pour rallonger le T-shirt d’une demoiselle portant à bout de bras un portrait du patriarche Sfeir, ce dernier revenant d’une «tournée triomphale» à l’étranger. La jeune fille, «typiquement libanaise» avec ses longs cheveux noirs, ses grands yeux et son sourire chaleureux, dévoilait la peau de son ventre et son nombril. Impensable de laisser ça alors que l’on parle de Sa Béatitude. En deux minutes, l’indécente a gagné un T-shit noir XXL. Exit le nombril.

Et puis, pas plus tard que y’a pas longtemps, nous tombons sur ça, à Sodeco:

affiche BHV rentree scolaire.jpg

Le BHV fait sa pub pour la rentrée, comme chaque année. Pour le cru 2009, la campagne d’affichage met donc en scène une sorte de super-héroïne danoise à laquelle les petites Libanaises ne pourront pas s’identifier mais qui fera fantasmer leurs camarades masculins. Mais horreur, enfer et damnation: la Danoise montre ses cuisses! Allez hop, un coup de pinceau et le problème est réglé. Etonnant que le nombril ait été oublié dans l’opération… Seul hic, nous ne sommes pas dans le Koura ou à Nabatiyeh, mais à Achrafieh. Peut-être est-ce – en cette fin de ramadan – la proximité de la mosquée Beydoun, la seule du quartier chrétien, qui explique cette explosion picturale. Peut-être. C’est la première fois que nous voyons cela dans ce périmètre de la capitale. Peut-être est-ce ça, le pudiquement correct à l’orée de cette date mythique qu’est 2010.

 
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