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jeudi, 25 mars 2010

(était une) Rue à caractère traditionnel (de Beyrouth, alors dépêchez-vous, y’en aura pas pour tout le monde)

«Dix-sept! Tu te rends compte, y’en a dix-sept rien qu’autour de nous!», s’exclamait Nathalie il y a quelques jours, les yeux perdus sur notre horizon de toits de béton, de cuves de flotte et d’antennes en tout genre. Mais de quoi pouvait-elle bien parler?

De ça.

Elle était donc en train de compter les grues comme on égrène les moutons blancs le soir en s’endormant. Vingt même, si mes yeux ne me jouent pas des tours en revoyant la photo panoramique. Et dans un périmètre très restreint qui plus est, principalement concentré dans le triangle d’or Sodeco-Sassine-Saïfi. En attendant que cette même folie envahisse Geitawi, Fassouh et Mar Mikhaël, promis au même traitement.

Dix-sept, vingt (même vingt-et-une car il y en une cachée à gauche de la nº20, juré craché), peu importe en fait, car ce chiffre ne donne qu’une faible idée de l’étendue des dégâts dans cette partie de Beyrouth. Et c’est sans compter avec les chantiers qui se montent sans grue et tous les autres qui n’en sont encore qu’à la phase pelleteuse. C’est effarant.

Allez, mettons un peu de musique pour le côté mélo de notre histoire du jour…
podcast


Ils disparaissent donc les uns après les autres. Les vieux immeubles de Beyrouth sont gommés, avec une méticulosité qui forcerait presque le respect. Il y a quelques années, la municipalité de Beyrouth avait pris soin de planter par-ci par-là des panneaux signalant des rues ou des quartiers «à caractère traditionnel», comme à Gemmayzeh ou à Furn el-Hayek.
Bullshit comme disent si joliment nos amis anglais. Depuis, des citoyens malheureux ont pris leur pinceau pour rajouter sur ces panneaux «Etait une».

etait une rue a caractere traditionnel OK.jpgLes petits quartiers constituant Achrafieh, pour ne citer qu’eux, sont des zones historiques aiguisant l’appétit des promoteurs immobiliers. Après la frénésie des années 90, cela s’était calmé avec les multiples crises politiques et la guerre de 2006. Et puis le phénomène a repris de plus belle. Les vieilles bâtisses sont rasées, les rares parkings sont éventrés et soudain, de nouveaux immeubles hors de prix sortent de terre. Peut-on vraiment en vouloir à ces promoteurs? Pas vraiment, car si un cadre juridique cohérent et si une politique d’aménagement du territoire existaient (je sais, nous baignons là en pleine SF), ils ne pourraient pas s’adonner au petit jeu de Qui-défigurera-le-plus-vite-telle-ou-telle-rue. Car j’ai vraiment l’impression que les chantiers jouent une finale de 100m aux Jeux olympiques tant les vieilles façades sont dégommées plus vite que si je le faisais sur Photoshop.

Le mois dernier, j’ai surpris Nathalie les larmes aux yeux, en revenant d’une balade. Rue Mar Mitr, en face du meilleur glacier de la ville (n’ayons pas peur des mots), l’immeuble qui accueillait le boulanger de son enfance, était en mode démolition. C’est un parmi d’autres. On se croirait à l’abattoir.

immeuble rasé.jpgEt les exemples sont légion, à commencer par le projet qui me fout le plus la chair de poule, rue Sursock (pour ceux qui ne connaissent pas Beyrouth, c’est la Rue de la Paix dans la version libanaise du Monopoly). Entre la villa Audi et le musée Nicolas Sursock, une tour pousse comme du chiendent en lieu et place du joli jardin de bougainvilliers roses qui séparait les deux magnifiques bâtisses. Y’a de quoi en pleurer.

Dans ce petit jeu de massacre, certains promoteurs se donnent bonne conscience en conservant de vieilles façades qui ne seront qu’un cache-sexe à des tours de verre et de béton. C’est le cas de l’immeuble Panayot dont la façade a été gardée, tenue debout par des béquilles d’acier, en attendant qu’une tour pousse derrière elle.
Sur le papier, pourquoi pas. Dans ce lifting grandeur nature, l’immeuble Panayot a été rebaptisé L’Armonial. Rendez-vous à la fin des travaux pour voir le résultat in situ.

Beyrouth change donc de visage, c’est un fait. Le front de mer veut se la jouer Dubaï, avec des projets architecturaux avant-gardistes comme le Sama Beirut (qui porte bien son nom). Les petites rues, comme la nôtre, sont rapidement défigurées pour ressembler à n’importe quelle rue de n’importe quelle ville moderne et donc quelconque. Sans regarder à plus de trois cents mètres de chez nous, nous savons que cinq immeubles certes vétustes mais aux formes romantiques et à la peau usée, vont «sauter» dans un avenir assez proche. Le temps pour les derniers propriétaires de vendre à (très) bon prix. Car évidemment, pour que les promoteurs puissent raser tout un pâté de maison, il a bien fallu que certains vendent et fassent monter les enchères pour déguerpir avec la caisse. C’est probablement le cas du célébrissime restaurant Boubouffe, dernier pas-de-porte actif sur un ensemble de trois vieux immeubles promis à la destruction.

Entre l’appât du gain partagé entre acheteurs et vendeurs et l’absence totale de politique de préservation du patrimoine architectural de Beyrouth, je me demande bien à quoi notre capitale ressemblera dans 20 ou 30 ans quand les gamins d’aujourd’hui seront à notre place. Notre fille aînée s’est mise en tête de racheter un appartement à 30m de chez nous, dans une maison abandonnée. «Papa, je rachète l'immeuble avec mon argent de poche et tu m’aideras. Un week-end, on repeint tout et on achète un lit, des meubles, et ils ne pourront plus détruire cet immeuble. Il est trop beau avec sa jolie cage d’escalier et ses petits balcons de fer forgé…» Ça paraît si simple comme ça.

Alors on fait quoi? En ce moment, il est de bon ton de rejoindre une tripotée de groupes Facebook sur le sujet. En anglais, en français, il y en a pour tous les goûts. Ça ne sert à rien, on le sait tous, sauf peut-être à soulager sa conscience deux minutes. Mais concrètement, que faire? Je ne sais pas et j’attends des réponses si vous en avez.

Je me suis donc dit que j’allais écrire à la municipalité de Beyrouth qui, en toute logique, détient une part de responsabilité dans le problème qui nous intéresse. Ni une ni deux, je cherche l’adresse du site web et sur quoi je tombe?

site web municipalité beyrouth.jpgPas de bol! Bad request! C’en est risible. Y a-t-il vraiment un pilote dans l’avion?

Tout ça pour dire que si vous comptez venir au Liban, suivez mon conseil à la lettre: ne tardez pas trop. La saison est belle en ce moment, les températures très agréables, les arbres en fleurs, et les maamouls de Pâques se rapprochent. Et puis les photos que vous ferez en flânant dans les ruelles de Beyrouth seront «collector» deux semaines plus tard. C’est pas de l’argument touristique, ça?

dimanche, 21 mars 2010

Flash'mob

Attention aux oreilles, la vidéo est bien bruyante. Hier comme prévu, à 18h02, l'ABC d'Achrafieh a accueilli une nouvelle édition de ces Flash'mobs version "freeze". J'adôôôôre...

mercredi, 17 mars 2010

Qui es-tu Biroundilou?

auteur mystère.jpgNon, ce post n’a pas vocation à être d’une quelconque qualité littéraire, ce serait même le contraire. Il vient simplement d’une constatation: traduire des textes de l’arabe vers le français est parfois bien compliqué surtout quand les noms propres sont de la partie. Il existe bien sûr de grandes différences entre les deux alphabets. Des lettres existent dans une langue et pas dans l’autre, des phonèmes également. Il y a quelques années, je jouais chaque lundi matin à un petit jeu avec un vieux journaliste libanais: nous prenions les pages Sport de je-ne-sais-quel quotidien arabophone et nous essayions de deviner les noms de clubs de foot ou de sportifs connus. Par exemple, le son [o] n’existant pas vraiment en arabe, le match entre Bourdou et Mounakou m’avait bien fait rire. Il m’en fallait peu… Mais parfois, c’est un vrai casse-tête, ne prêtant absolument pas à la poilade et demandant une sacrée gymnastique linguistique. Il n’y a pas très longtemps, je relisais la traduction d’un texte décrivant les activités d’une association culturelle libanaise (re)baptisée Cassanado. Il fallait lire Xanadu. Bon courage!

Je vous propose donc de poursuivre ce post en remplaçant les sons français par leurs équivalents libanais: le [v] devenant [f], le [o] ou le [u] devenant [ou], le [p] se transformant en [b], le [gu] en [j]… et ainsi de suite. C’est pour cela, par exemple, que l’on dit «Bâris» en arabe en parlant de Paris.

Il n’y a bas loungtemps de cela, le 11 janfier dernier, l’assouciatioun Fe’l Amr a lancé une cambagne de sounsibilisatioun sour les dangers blanant ou-dessous de la lange arabe. L’oubjectif de ces bouristes: dire ‘stoub’ à tous ces jounes troufant souber cool la noufelle trinité «Hi, kifak, ça ba!». La dissouloutioun de l’arabe barlé au Liban et l’outilisatioun des langes étrangères dans la fie de tous les jours leur fait beur. Et je coumbrounds bien cela… Quand on voit le résoultat sur l’anjlais et de français barlé ici, la boulyphounie beut être une richesse mais sourtout un jrand défi pour les jardiens du temble.

Mais cette sitouatioun réserbe éfidemment des cas coucasses. Brincibalement afec les noums broubres. En cette année littéraire (Beyrouth est, je fous le rabbelle, la Cabitale moundiale dou lifre), je m’amouse – façoun de barler – à definer les batrounymes d’outeurs, counnous ou noun. Betit détail en bassant: certains brénoums comme «Jean» defiennent «Jeanne» ou «John» seloun les tradoucteurs. Ainsi, j’ai bu croiser Antoun Chekouf, Batrik Boifre Darfour, Oulibier Girmain-Thoumasse, Jeanne-Marie Goustafe Lekliziou, John Mountaldou… Mais je crois bien que ceux qui m’ount bosé le blous de broublèmes reste ceux d’outeurs germanouphounes ou italouphounes. Et un en barticoulier: Biroundilou. Boun courage!

dimanche, 07 mars 2010

Hoppa !

Comme chaque année depuis 4 ans, j’assiste début février aux Mena Cristal Awards, les Oscars libanais de la pub au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La plupart des participants, arrivant de l’ensemble des pays de la région, débarquent en général à Faraya pour skier pendant les quatre jours du festival, et pour tenter de repartir avec un maximum de récompenses si possible. Moi, j’y vais pour couvrir l’événement et y représenter ma boîte, mais aussi parce que les débats y sont – de façon variable – intéressants et que l’on y découvre des pubs improbables.
Chaque année, les agences basées au Liban et à Dubaï raflent la mise mais cette dernière édition a crée la surprise.
C’est en effet une série de pubs égyptiennes pour la chaîne cinéma Melody Aflam qui a remporté le grand prix, sous les bravos de toute l’assistance, ce qui mérite d’être souligné dans une industrie où tout le monde déteste tout le monde ou presque.

Cette victoire m’a paru d’autant plus touchante – et c’est pour ça que je vous en parle – que ces films sont non seulement rigolos pour les arabophones (et bien sûr les Egyptiens en premier lieu) et les non-arabophones, mais qu’ils démontrent un sens de l’autodérision assez rare dans la région, puisant dans la culture locale avec recul et tendresse. En gros, le cinéma populaire égyptien est peut-être à la ramasse aux yeux des Occidentaux, avec ses producteurs qui s’extasient pour quelques milliers de VHS vendues et ses scénarii pourris, mais qu’est-ce qu’ils l’aiment quand même. Les deux acteurs principaux sont d’ailleurs devenus de véritables stars en Egypte et plus personne ne dira «Oustaz» de la même manière. Voici pourquoi:

 

ou encore:

 

Mais mon préféré reste celui-ci:

 

Sinon, une pub libanaise s’est particulièrement distinguée, l’excellente «Stop the suffering» de Leo Burnett, ou comment vendre un shampoing sans montrer une bonne femme en train de brosser sensuellement sa chevelure scintillante sous un éclairage qu’aucune d’entre nous (nous, les femmes appartenant au commun des mortels) ne peut s’offrir à la maison. Découvrez plutôt:

 

Allez, on s’en remet une petit dernière, juste pour le plaisir. La préférée de Oustaz David:

jeudi, 04 mars 2010

Berlin Beyrouth Basta

german tatoo.jpgOh, comme elle me semble loin ma jeunesse dorée. Le visage taillé à la serpe de mon baron allemand s'est estompé, pore après pore, année après année... Je l'aimais, il m'adorait. Je me contentais d'être belle comme une Aphrodite des temps modernes. Lui prenait soin de moi, me sortait tous les dimanches comme une putain des années folles. Le soir, je l'accompagnais dans les restaurants les plus chics de Berlin-Ouest. J'étais sa favorite. Peut-être parce que j'étais unique en mon genre, comme il disait, que j'étais une excentrique, une originale, ce que l'on appelait vulgairement une «manuelle». Mais c'est pour ça que mon baron me vénérait.
C'était il y a si longtemps maintenant. La vie nous a séparés sans crier gare. J'ai toujours gardé au fond de mon cœur ce regret ténu. Celui d'avoir été trahie pour une autre que moi. Plus belle, plus jeune. Plus blonde, moi la brune que tout le monde prenait pour une Ibère avec mes atours naturels noirs de jais. Forcément. Il aimait tant parler de moi à ses amis en m'appelant par mon simple nom.

Il m'arrive souvent de regarder cette vie comme dans un rétroviseur. Mais aujourd'hui, je suis laide, fripée. Mes articulations grincent de partout. Les tatouages nationalistes en haut de mes fesses, moi la fière Allemande, sont devenus bien ridicules avec le temps. Cela ne semble pourtant pas déranger Farid. C'est lui qui s'occupe de moi depuis que j'ai dû fuir l'Allemagne, un beau jour de 1973, sur un paquebot qui n'avait rien du Normandie. Depuis, finies les crèmes pour ma peau et les caresses au savon doux. Mes rides se sont creusées. Farid n'a pas les moyens de m'entretenir comme le faisait si bien le baron Dietmar Von Benz. Je ne lui en veux pas, je vois bien qu'il fait tout ce qu'il peut pour qu'on ne manque de rien. Cela va bientôt faire 40 ans qu'il me chérit avec son cœur de malheureux, avec ce sentiment que je suis trop belle pour lui. Je sais aussi qu'il se sentira à jamais redevable de ce jour de juin en plein milieu de la guerre où, sous le feu de la mitraille, c'est moi qui l'ai protégé. J'ai pris une balle à sa place. J'en garde la cicatrice, là, sur la hanche gauche. Pour panser cette plaie et toutes les autres éraflures de la vie, il m'avait alors accompagnée chez un docteur qui ressemblait plus à un boucher qu'à autre chose, avec ses mains noires farfouillant dans les entrailles pour en extirper le plomb. Nous n'en avons jamais reparlé lui et moi.

Ce soir, je ne sais pas ce qui s'est passé. Nous divaguions tranquillement dans une rue fréquentée, lui caressant mes formes toujours généreuses malgré l'affaissement généralisé de ma carcasse, moi me laissant faire sans trop y penser. Et puis soudain, je ne sais pas ce qui m'a pris, je me suis arrêtée. Je n'avais plus envie d'être là, je n'avais plus envie de cette ville qui pue la graisse et la poussière, de ces rues que j'ai dans le collimateur toute la journée. J'ai préféré dire stop, sans savoir le moins du monde ce que la vie me réserverait encore. Farid n'a pas compris sur le moment, bien évidemment. Il a essayé de me parler, tendrement, comme il le fait à chaque fois que la tristesse me rattrape et me fait couler une bielle. Devant mon silence, il s'est énervé comme jamais il ne l'avait fait auparavant, m'a hurlé dessus devant tout le monde dans la rue. J'ai eu honte. Pour lui, pour moi. Et puis il m'a frappée.
D'abord un coup, puis trois autres. Avec le plat de sa large paume sur ma peau comme écaillée par la vieillesse. Je me suis tue. Sous ces coups répétés, j'ai eu un dernier soubresaut, comme si mon cœur gorgé d'électricité voulait envoyer une ultime décharge dans mon corps pour le ranimer. Mais c'était trop tard. Je suis morte, là, sur le bord d'un trottoir de Basta. Farid a enfin compris. Mon vieux Beyrouthin s'est mis à pleurer, embrassant ma poitrine allongée et encore chaude.

Oh ma belle, que vais-je faire sans toi maintenant?, dit-il entre deux sanglots. Oh non, ma douce... Pourquoi?

Farid s'est relevé et a tiré d'une poche intérieure de son veston son plus précieux trésor. Une photo de moi en noir et blanc, prise dans la cour du château de mon baron de Germanie.

Moi, au temps de ma splendeur.

mercredi, 03 mars 2010

Raksit Leila

Juste pour le plaisir... Avec un petit rappel ici.

 
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