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mardi, 25 janvier 2011

Flatline

DSC_0026.jpgPetite, tu ne le sais pas encore, mais bien calée sur les épaules de ton père, tu viens probablement d'assister à l'enterrement de la mort de la dépouille du cadavre de ce qui restait du 14 Mars politique. Pas celui de son esprit, mais celui de son enveloppe charnelle. Oui, là, ce soir, sur la place des Martyrs, juste en face du mausolée du président-martyr.

C'est vrai, toute la journée – et même depuis hier –, les jeunes sunnites ont mis le souk partout, à Beyrouth et surtout à Tripoli. Cette foule-là, elle, existe bel et bien. Elle a montré de quoi elle était capable (du pire) et personne aujourd'hui ne sait ce qu'elle va faire. Et surtout pas son chef qui ne contrôle pas ses ouailles aussi bien que le grand manitou de l'autre camp le fait avec les siennes. Mais là, ce soir, sous tes yeux, le 14 Mars (version propre sur lui) n'a réuni qu'une poignée de sympathisants. C'est vrai, je le concède, il y avait de (presque) tout: des FL, des PNL, des Kataeb, des sunnites du Courant du Futur. Mais combien, hein? Trois cent? Quatre cent? A peine plus qu'hier en tout cas. Tu l'as vu toi-même, dans le regard des gens, le cœur n'y était plus. Ce 14 Mars-là, celui que 2005 avait vu naître comme il t'a vu naître, n'existe plus, tout simplement. Il faudrait peut-être le réinventer.

Plus tard quand tu seras grande et que l'Histoire aura été écrite par les vainqueurs, tu verras peut-être sa tête rigolote dans un livre d'histoire, mais le père Walid avait déjà planté les premiers clous dans le cercueil il y a un an et demi quand il avait pris ses distances avec ses camarades de jeu. Ça, c'est pour les druzes. Et puis les sunnites, hein, qui sont-ils exactement? Quel rapport entre ceux qui brûlaient des pneus aujourd'hui à Tripoli et qui caillassaient les voitures des journalistes, visages drapés dans leurs keffiehs ou cagoulés, et ceux de Ras Beirut? Les danseuses, comme on les appelle dans le Nord. Faut pas être triste, c'était probablement inévitable: toute cette belle famille devait tôt ou tard se disperser car ces cousins éloignés n'avaient pas grand chose à se dire.

Alors oui, je me trompe peut-être, mais c'est ce que mes yeux ont vu ce soir. Peut-être assisteras-tu, toujours bien assises sur les épaules paternelles, à la résurrection d'un 14 Mars flamboyant, le 14 février prochain ou quatre semaines plus tard pour son 6e anniversaire? Tu peux toujours y croire puisque nous vivons dans une région du monde où l'idée-même de résurrection est prise très au sérieux. Inexplicablement.

lundi, 24 janvier 2011

"Pasdaran not welcome"

20110124 beirut 3.jpgJe ne sais pas si la Résidence des pins (la piaule de l'ambassadeur de France) est sujette aux coupures d'électricité récurrentes à Beyrouth (je doute), mais les pneus brûlés, sur le boulevard longeant l'enceinte de la Résidence (voir ci-dessus à 20h48 pétantes), devaient bien éclairer ladite chaumière et la chambre de son Excellence. Et oui, au Liban, tout le monde sait comment brûler des pneus.

Ça a commencé dans la journée à Tripoli, à Saïda et dans la Bekaa avant de se propager à Beyrouth. A 20h, Waterloo morne plaine du côté de Mar Elias et de Mazraa, tandis que les médias proches de l'opposition affirment que les sunnites tirent sur tout ce qui bouge dans le pays. A Cola en revanche, vers 20h15, c'était bien tendu entre manifestants et forces de l'ordre, l'autoroute de l'aéroport ayant été provisoirement coupée. Rues désertes, patrouilles de la sainte armée libanaise omniprésentes (soit dit en passant, j'ai vu un peu plus tard à Horsh des soldats en tenue type GI en Irak, jamais croisés auparavant...), tout le monde devant sa télé pour suivre les événements, petits hommes verts de Sukleen en train de nettoyer les résidus de pneus calcinés à Jnah...

Et puis vers 21h, manif «spontanée» devant le mausolée de Rafic Hariri. Je mets de légers guillemets à spontanée parce que les panneaux et les slogans étaient déjà prêts: «Pasdaran not welcome», «No for Hizbullah rule», «Lebanon against terrorism», «SOS protect Lebanon», «Where is my vote?» (tiens, ça me rappelle les élections en Perse en 2009)... Tout ce petit monde s'est dirigé près de la fontaine, derrière l'immeuble du Nahar. Mini conférence de presse de Walid Fakhreddine (14 Mars, avec écharpe blanche et rouge autour du cou) devant la statue de Samir Kassir et puis c'était plié dix minutes plus tard. Avec la promesse de revenir demain et les jours suivants pour ne pas céder au chantage des armes de leurs bons amis du Hezbollah.

20110124 beirut 7.jpgDSC_0095.jpg

Il y a quelques jours, je discutais avec un ami ici qui me disait simplement: «Et pourquoi n'irions-nous pas planter des tentes partout avant que les autres ne le fassent?» J'ai comme l'impression que c'est un peu tard pour un pique-nique pacifique entre potes.

Bref, on tourne en rond. Et les jours qui viennent s'annoncent rock n'roll. Et là, je pense que les chanteurs ayant des envies de voyage voyage (pour ceux qui suivent) vont réfléchir à deux fois avant de prendre l'avion.

vendredi, 21 janvier 2011

Soirée Quizz !

QUIZZ #1

Mesdames et messieurs, voici un p'tit questionnaire, rien que pour vous. Regardez la photo ci-dessous (notez les indices, il y en a), puis répondez...

taef saoud.jpg


Quel est cet événement ?

A. Le dernier tournoi du World Poker Tour
B. La signature de l'accord de Taef
C. La conférence de presse d'après-match entre le FC Jeddah et la sélection autrichienne de foot
D. Le jury du Festival de Cannes


En quelle année a été prise cette photo ?

A. 1289
B. 1982
C. 1989
D. Plus ou moins autour de l'an 2000


Comment s'appelle le gars au milieu ?

A. Le prince Saoud el-Fayçal
B. Le roi Saoud el-Fayçal
C. L'empereur de l'espace Saoud el-Fayçal
D. Dieu (al-Fayçal)


Comment s'appelle le gars à droite ? (attention, question piège)

A. Nabih Berri
B. Nabih Berri
C. Nabih Berri
D. Hussein el-Husseini
E. Nabih Berri
F. Nabih Berri
G. Nabih Berri
H. Nabih Berri
I. Nabih Berri
J. Nabih Berri


Comment s'appelle le gars assis à gauche ?

A. Sidi Brahim, pas besoin de le présenter
B. Sid Ahmed Ghozali, alors ministre algérien des AE, et qui aurait pu être dictateur lui aussi puisqu'il a tenté sa chance deux fois à la présidentielle algérienne
C. Sid Vicious, le chanteur des Sex Pistols
D. Sid, le copain débile de Manny dans Ice age

 

[...]

En jetant un coup d'œil sur les nouvelles du jour, je suis tombé sur ça. En voyant la photo, je me suis souvenu de celle postée plus haut et du visage moins ridé de Saoud el-Fayçal, qui jouait déjà au pompier des Affaires étrangères il y a 21 ans. C'est à croire que l'homme est joueur. Ou masochiste. Ou éperdument optimiste. Ou soucieux de protéger ses investissements.

Je pencherais plutôt pour la dernière option. Mais avec des chirurgiens iraniens, ex-ottomans, syriens, saoudiens, français, américains et qataris en pleine salle d'opération, le patient libanais a – au mieux – quatre possibilités:

A. Se faire amputer de ce qui lui reste de libre arbitre
B. Se faire anesthésier un peu trop longtemps
C. Se faire découper en rondelles, chacun des médecins repartant avec une tranche de soujok sous le bras
D. Prier (qui?) pour que, à son réveil, l'infirmière soit un ange et que ses yeux soient verts

Personnellement, mon médecin de famille me dit que le mal est incurable. Faudra vivre avec.

 

QUIZZ #2

Quel est le côté le plus usé de la veste de Walid Joumblatt ?

A. Le recto
B. Le verso
C. Les deux
D. La veste en question vient de tomber en lambeaux, mais la tête de son fils est sauve (pas chauve, sauve), et c'est bien là la plus grande certitude politique des dernières 24 heures: nous aurons un Joumblatt dans le paysage politique libanais pour les 30 ou 40 prochaines années.

Notez que sur cette photo, Walid a davantage de micros que Tinky Winky Bassil lors de la conférence de presse des Teletubbies la semaine dernière. Oh, quoique... à bien y regarder, ça se vaut. C'est beau un système consensuel, tout de même.

mercredi, 12 janvier 2011

Vous me conjuguerez le verbe « bloquer » à tous les temps

blocage low.jpgEn fait, ça faisait longtemps. Longtemps que la météo n'avait pas annoncé d'épais nuages noirs, de ceux qui craquent violemment, sans vraiment prévenir. La couverture nuageuse peut être dense, le climat pourri, l'atmosphère très lourde, et ce de longs mois durant, sans forcément laisser planer un vrai risque d'averse. Et puis d'un coup, patatras. Ô surprise, nos gentils parrains saoudiens et syriens (avec ça, franchement...) n'ont donc pas réussi à accorder les violons de leurs pions...

Certains poussent déjà un «ouf» de soulagement, dans les deux camps d'ailleurs mais pour des raisons bien différentes. D'un côté, un «ouf» pour dire «faut bien un jour ou l'autre qu'il y ait un vainqueur dans cette histoire, on ne peut pas continuer longtemps comme ça!». De l'autre, un «ouf» pour dire «eh les gars, sortez les pneus!». Trente-trois mois sans rien à se mettre sous la dent, ça fait long.

Le 30 novembre dernier, j'interviewais une prof de droit international de la LAU, Marie-Line Karam, qui disait entre autre:

L'initiative lancée cet été par la Syrie et l'Arabie saoudite - les parrains régionaux des deux camps libanais - peut-elle aboutir?
Aujourd'hui, tout est une question de timing. Syriens et Saoudiens sont dans l'obligation morale de trouver une issue avant la publication de l'acte d'accusation, et ils travaillent justement à régler les failles juridiques du dossier en poussant leurs alliés locaux à coopérer. Imposer la justice internationale par la force est impossible. Mais le rôle et l'existence du TSL sont très importants, celui-ci doit réussir car la justice libanaise serait bien incapable de gérer ce dossier.

Si cette initiative échoue, le Liban pourrait-il tomber dans la guerre civile?
Si le Hezbollah est ouvertement incriminé, je ne le vois pas recourir à la force sur la scène interne car il a peur pour son image. Il paie encore le prix de la semaine de mai 2008 où il a été accusé de retourner ses armes vers l'intérieur. Il pourrait en revanche paralyser le gouvernement, en faisant démissionner ses ministres. Cela ne serait pas non plus dans l'intérêt des pays arabes alors que la région est très tendue, et de l'Onu qui se retrouverait avec un conflit supplémentaire sur les bras.


La démission des ministres de l'opposition n'a pas encore été officialisée qu'elle semble acquise (un peu comme l'élection de Lahoud en 1998, c'est pas encore fait que c'est déjà officiel). Le 14 Mars veut le bras de fer, le Hezb le lui a promis depuis longtemps. Rajoutez à ça l'acte d'accusation du TSL qui devrait, selon toute probabilité, être publié avant la fin du mois. Ça vous fait un bon petit cocktail pour commencer l'année. Bein oui, les fêtes de fin d'année, c'est terminé.

Faut ranger les flonflons et les guirlandes. En janvier, c'est le pneu qui est tendance.


[...]

Tiens, je pense à une chose. La précédente grève générale, en mai 2008, s'était soldée par une semaine de feux d'artifices entre sunnites et chiites... et par la formation du gouvernement d'union nationale qui vient de tomber!

Allez, dans ce cas, je ne résiste pas à l'envie de vous offrir à nouveau l'hymne national libanais...

podcast

samedi, 01 janvier 2011

La pluie a attendu minuit 2

C'était une première: une Saint-Sylvestre passée dehors, au centre-ville de Beyrouth. Avec comme objectif de rallier minuit en bas de la place des Martyrs où un compte-à-rebours était prévu à 23h59mn40s.

Premier constat (qui n'est pas une nouveauté en soi): le centre-ville, ses restaurants et ses boutiques ne sont pas pour les Libanais. On y parlait tous les arabes possibles, sauf celui de l'est de la Méditerranée. Ça ne devrait plus m'étonner, mais ça fait toujours un petit pincement au cœur de se dire que le cœur de la ville, justement, n'appartient pas à ceux qui y habitent... Vers 22h30, direction le bas de la place des Canons, des Martyrs ou des Bétonneuses, comme vous préférez, pour assister à des projections sur la façade de l'immeuble UFA. Sauf que pendant plus d'une heure, nous avons eu droit à trois greluches tout droit sorties d'une production Vivid des années 80. Clou de spectacle (en playback?): les trois publicités sur patte pour les chirurgiens du pays ont "chanté" d'un balcon.

ufa 2.jpg

Sur la place, des dizaines de centaines de gars en rut s'affolaient au moindre déhanchement. Pathétique mais sympathique. Et puis le public a radicalement changé en 2 minutes, les adolescents (à scooter) laissant place à des familles pour les fameuses projections. Comme toute bonne manifestation qui se respecte, cela a commencé par l'hymne national (kulluna tralala), puis par un clip sur l'histoire du pays, des Phéniciens à la victoire divine du Hezb en passant par la manifestation du 14 mars 2005. Comme ça, tout le monde était content, chacun a pu applaudir ses 10 secondes préférées. J'ai beaucoup aimé le cèdre repoussant après la guerre de 2006, en jaune et vert. Passons.

La ribambelle de créations prévues pour la projection a défilé sur la façade, et c'était franchement chouette (faut d'ailleurs voter on-line pour les meilleurs clips – hors catégorie cependant: les pubs, dont celle du père Noël pilotant un avion UFA ah ah ah). Bonne ambiance, chapeaux pointus et pouet-pouet de rigueur.

Et puis tout le monde commençait à regarder sa montre... Tout le monde attendait le compte-à-rebours quand... les feux d'artifices ont commencé du côté du Biel. Petit décalage, comme en plein ramadan quand le muezzin du coin attend 30 secondes que son voisin ait commencé pour y aller lui aussi. Et puis voilà, 20, 19, 18... 3, 2, 1... Happy new year 2011!

compte 2.jpg

Reste à voir.

Bon, d'accord, faut tout de même remercier la météo car il n'a commencé à pleuvoir (vraiment) que 2 minutes après le gong de 2011.

 
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