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samedi, 01 décembre 2007

Sit-in à Beyrouth : la grande farce (stratégique)

sitin_hezbollah.jpgsitin_aounistes.jpgUn an déjà, comme le temps file. Un an que le centre-ville de la capitale libanaise étouffe. Le 1er décembre 2006, une gigantesque manifestation de l’opposition déferle sur Solidere pour réclamer la chute du gouvernement Siniora, alors assiégé dans le Grand Sérail. La manifestation se transforme instantanément en sit-in, avec une répartition géographique très nette: la place des Martyrs aux aounistes, la place Riad el-Solh au Hezbollah. Chacun plante sa tente, installe ses chiottes mobiles, met en place un service de livraison de sandwiches… Des quotidiens d’opposition sont même distribués gratuitement aux militants. Nous avions fait une ribambelle de reportages là-bas il y a un an (1,2,3,4,5,6,7), surtout à la veille de Noël. Depuis, les tentes se sont vidées de leurs occupants, le sit-in étant quasi désert 24h/24. Mais les tentes sont toujours là. Au cas où.

Cette occupation du terrain, en 365 jours, a précipité des centaines d’employés au chômage (2700 personnes selon Naharnet). Le centre-ville lustré par Hariri & Co, un symbole pour l’opposition, n’est plus que l’ombre de lui-même: les magasins ont fermé les uns après les autres, les restaurants aussi. Moi-même, je ne mets les pieds à Solidere que pour le boulot, finies les tours de trottinette place de l’Horloge pour les enfants.

Quand on discute avec les «sit-ineurs», ils sont convaincus du bien-fondé de leur démarche: le centre-ville n’appartient pas qu’aux riches mais à eux aussi, le gouvernement est illégitime donc une pression au pied du Grand sérail s’impose. Pourtant, ce sit-in n’a jamais atteint le moindre de ses objectifs initiaux, et piétine le droit à la propriété privée. L’occupation du centre-ville est surtout stratégique: ces places sont dans le prolongement de la route de l’aéroport, une ligne virtuelle coupant la ville en deux. Cette virtualité, en janvier dernier lors de la «grève générale», est devenue réalité durant quelques heures. Ça pourrait très bien recommencer, juste histoire de mettre la pression. Quand on tient une place forte, on ne la lâche pas.

vendredi, 30 novembre 2007

Michel Sleimane ou le chaos : le Liban a-t-il besoin d’une cure de chehabisme ?

fouad_chehab.jpgmichel_aoun.jpgemile_lahoud.jpgmichel_sleimane.jpgChaque semaine, le Liban se découvre un nouveau présidentiable en pole position. Ce fut Michel Eddé il y a 10 jours, c’est au tour de Michel Sleimane depuis mardi. Le vote prévu aujourd'hui a été reporté au 7 décembre, le temps d'un probable petit tour de passe-passe constitutionnel.

Michel Sleimane, un général de 59 ans, occupe pour l’instant la tête de l’armée libanaise. Il en est le chef depuis décembre 1998, un mois après le parachutage par Damas de Lahoud à Baabda. Parmi les premières mesures de Lahoud, la nomination de proches de régime syrien de Hafez el-Assad comme Jamil Sayyed à la Sûreté générale. Ou Michel Sleimane, beau-frère du porte-parole de l’époque du boss syrien. Sleimane est donc lui aussi un héritage – même discret – de la tutelle syrienne.

Depuis le siège du camp palestinien de Nahr el-Bared, l’armée est revenue en force dans le cœur des Libanais qui ont pleuré leurs «martyrs». Début septembre (soit 3 semaines avant le premier tour de la présidentielle), cette victoire – longue à se dessiner – a largement servi le prestige du chef. Tout le monde a crié alors en chœur: Sleimane superstar!

Depuis, dans la course présidentielle, son nom a toujours été en filigrane, même si d’autres occupaient le terrain médiatique avec leurs gros sabots. Il jouit donc d’une excellente image et a réussi à garder l’armée libanaise au-dessus de la mélasse politicienne du coin. Du coup, depuis avant-hier, toutes les discussions tournent autour d’un dilemme: peut-on amender ce qui reste de la Constitution libanaise pour permettre au général (Sleimane, pas Aoun!) de devenir président. Le 14 Mars – à part le père Boutros et le docteur Geagea – n’y voit finalement pas trop d’inconvénient. L’opposition, elle, apparaît divisée sur la question (Aoun semble pour du bout des lèvres, le Hezbollah n’en veut pas pour l'instant). Les politiques discutent d'un nom, d'un homme, mais quel sera son programme? (question naïve, certes)

Il y a quelques mois, un journaliste libanais chevronné me disait que le Liban aurait besoin d’un «président à la Chehab». Un président fort et impartial, même ex-général en chef de l’armée. Fouad Chehab était arrivé au pouvoir après la crise de 1958 (crise durant laquelle le président Chamoun demanda l’intervention de l’armée américaine). Chehab était un militaire et voulait le rester. Mais devant l’instabilité du pays, il accepta la présidence, contre son gré. Devenu président, il avait eu cette phrase: «La révolution n’a ni gagnant, ni perdant» (le prochain président dit de consensus pourra la resservir!). Je ne vais pas me lancer ici dans l’historique de son mandat. En bref, il réussit son pari (une doctrine qui porte son nom, le «chehabisme»): remettre de l’ordre dans le pays, moderniser l’administration, imposer des plans de réforme, faire reculer le poids de la féodalité… il a même balayé une tentative de coup d’Etat de la part de ces bons vieux farceurs du PSNS. Puis il laissa sa place à Hélou en 1964.

Le Liban de 2007 a-t-il besoin d’une petite cure de chehabisme comme en 1958? Sur le papier, certainement, car il y a un gros ménage à faire à tous les étages de l’Etat. Mais Sleimane, s’il est élu, pourra-t-il faire quoi que ce soit contre le féodalisme, la corruption ou simplement démêler le casse-tête économique de l’année à venir? Pourquoi donc ces «hommes providentiels», ces «hommes forts», doivent-ils toujours venir de l’armée et non de la société civile? Entre Chehab, Aoun, Lahoud et Sleimane, le Liban n’est-il finalement qu’une histoire de généraux? Tout comme Ghassan Tueini qui ne veut plus voir de militaire à Baabda, j’espère que non.

vendredi, 23 novembre 2007

Considérations diverses à H-1

Finalement, ce pays devrait être une junte militaire. Ils sont partout, colorent nos rues d'un beau vert, polluent aussi avec les camions des années 60... Et puis nous avons trois gradés qui trustent les places d'honneur depuis un peu trop longtemps pour certains: nous avons deux Michel, un vieux et un neuf, et un Mimile. Le Mimile doit dire bye bye à la nation dans une heure, mais pour embêter tout son petit monde, il vient de passer le flambeau à Michel (le neuf) qui se retrouve bien emmerdé avec cette patate chaude. Pendant ce temps, l'autre Michel (le vieux) qui avait eu son heure de gloire à la fin des années 80, se frotte les mains...

[...]

Plus sérieusement, je viens d'avoir une source chez nos amis militaires. En gros, faut faire attention à l'expression "état d'urgence" qui fait peur aux Occidentaux, mais qui signifie ici que tout est normal, que la mission de l'armée reste inchangée et qu'elle n'a pas plus de pouvoir qu'avant. Le meilleur exemple de cette situation tout-ce-qu'il-y-a-de-plus-normal, c'est qu'il n'y a pas de couvre-feu. Enfin, "until further notice". 

Considérations diverses à H-7

Kouchner est parti, Lahoud a prévenu qu'il attendrait minuit pour plier bagages (ou non), tout le monde s'active encore alors qu'un nouveau délai (au 30 novembre) a été avancé pour une nouvelle session parlementaire... Je me suis mis le doigt dans l'œil. Je pensais que l'attente insupportable prendrait fin demain, il semblerait bien qu'on en remette une couche. Pourquoi nous avoir cassé les pieds depuis des mois avec cette fatidique date du 23 novembre à minuit? Ça va pouvoir durer jusqu'à 2020 comme ça, à nous imposer des reports de semaine en semaine. Remarquez, 2020, c'est plutôt pas mal comme hypothèse, il y a des chances pour que nos seigneurs de guerre aient passé l'arme à gauche.

[...]

Je reviens d'un petit tour en ville. J'en ai profité pour faire un crochet par le magnifique sit-in du centre-ville (photo ci-dessous à gauche). Toujours aussi accueillant et chaleureux. Les deux pelés et trois barbus qui font semblant d'être là se réchauffent comme ils peuvent. Mais attention, il ne faut pas se fier aux apparences... Nos amis CPL et Hezbollah sont là depuis presque un an, à bloquer les places des Martyrs et Riad el-Solh, des emplacement bien stratégiques. Depuis des mois, les tentes et les posters jaunissent, il n'y a quasiment personne sur place. Ils attendent quoi exactement?

d67d185fb1fefd0dbd7ae959d7350ae8.jpga831854300d2cd4c43b306b51f1d4ec8.jpgPendant ce temps-là, le reste de la ville ronronne doucement. J'ai même croisé quelques transports scolaires, comme quoi certaines écoles ont ouvert leurs portes aujourd'hui malgré tout. Et à Gemmayzeh, plusieurs cafés comme le Torino Express (ci-dessus à droite) sont pleins. Remarquez, c'est pas difficile, on doit pouvoir y rentrer à 20 maximum...

[...]

5685e4c7193923fcac2361a9709db4d5.jpg Comme je l'écrivais hier, les rues de Beyrouth sont kaki. Les militaires sont partout. On se sent bien protégés comme ça, oh ça oui... J'espère que, en cas de conflit, nos amis en treillis respecteront le drapeau libanais plutôt que ceux des milices.

 

 

[...]

Bon, côté météo, mes informations ne sont pas très fiables. Ce soir, les nuages sont très menaçants au-dessus de la montagne...
nuages.jpg

jeudi, 22 novembre 2007

C’est la saison des soldes !

michel_aoun.jpgIl est bon mon président, il est bon! Il est frais mon… (euh non, il est pas trop frais, a priori, quel qu’il soit, mais c’est pas grave). Il est bon, mon président, il est bon! Deux pour le prix d’un! Achetez mon président! Il est bon!»

La grande braderie présidentielle libanaise bat son plein. Chacun (du Liban et d’ailleurs) y va de ses arguments, c’est la grande saison des offres promotionnelles. Ce n’est plus une – soit-disant – démocratie, c’est une marchandocratie, dans laquelle celui qui appâtera le mieux le chaland recevra un joli fauteuil avec dorures et coussin de velours, et grâce à laquelle la constitution garde à peu près autant de valeur que du papier Q. Remarquez, la constitution, cela fait si longtemps qu’elle subit les derniers outrages qu’elle n’est plus à ça près: un amendement pour proroger le mandat de feu son Altesse sérénissime Hraoui, un amendement pour «élire» (trop drôle, je me souviens encore de RFI annonçant que «le président avait été nommé ce matin et sera élu cet après-midi») mon généralissime Lahoud, un autre amendement pour proroger le mandat de son généralissime, le roi de l’ATCL. C’est drôlement pratique, les amendements. Mais bon, c’est un peu contraignant; il faut les faire voter, et tout, et tout. Et puis, ça veut dire que la constitution est encore là, puisqu’il faut bien la contourner. Alors hop! Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? Hein? Je vous le demande. En voiture, Simone. Oublions la constitution, on gagnera du temps. Comment ça, c’est pas bien? Voyons, ne cherchez pas midi à 14 heures. Un autre généralissime, grand pourfendeur de corrupteurs, voleurs et autres individus ne lui arrivant pas au-dessus de la ceinture, s’en torche bien de la constitution. Déjà, il y a deux jours, il ne voyait pas pourquoi on s’embêtait avec les délais fixés par ce bout de torchon bien encombrant: c’est vrai, quoi. Pourquoi le 23 novembre à minuit, plutôt que le 24, le 25 ou le 42? Et là, pourquoi passer par le Parlement et faire voter des députés? Je vous le demande, franchement. Les députés, ils sont nombreux, il faut les mettre d’accord, ils doivent s’en référer à des chefs qui pourraient bien ne pas être d’accord non plus. Et puis, il faut les faire venir au Parlement, ce qui est un peu compliqué par les temps qui courent, entre Berri qui doit se donner la peine de sortir son trousseau de clés (rouillées) et la sécurité à mettre en place autour du Centre-ville. Et puis, il y en a qui font la sieste dans le sit-in, faudrait pas trop les déranger non plus. Un nouvel arrivage de protestataires a été livré cette semaine, ils sont bien frais, mais quand même. Laissez-leur au moins le temps de préparer leur narghilé.

Il y a beaucoup plus simple: notre généralissime orange désigne lui-même un «président intérimaire», qui ne serait pas issu de son bloc parlementaire, c’est vrai. Faut pas rigoler, non plus. Ce serait un peu gros, sinon. Et puis, en cas de besoin, il est même prêt à user d’une «autorité extraordinaire» pour désigner lui-même le chef d’Etat-major, dans le cas où Sleimane serait tenté de virer sa cuti et de prendre sa retraite. Et évidemment, pour ne fâcher personne, on monte un gouvernement, avec 55% pour le 14 mars et 45% pour l’opposition, mais dont le Premier ministre sera choisi par la majorité parlementaire. Bon, c'est vrai, il y a de fortes chances que l'on se retrouve exactement dans la même situation qu'avant: un gouvernement mixte, une sorte de «cohabitation» qui aura de bonnes probabilités d'éclater lorsqu'il faudra traiter des dossiers «lourds» (suivez mon regard), un peu comme en novembre 2006. Mais comme ce ne sera que pour deux ans (putain, 2 ans!), notre bon Aoun sera encore en âge de se présenter à la présidentielle suivante. On tourne en rond merde, on tourne en rond merde, on tourne en rond merde...

Allez mes bonnes dames, mes bons messieurs, achetez, achetez, c’est pour la bonne cause! C’est soit ça – avant demain 22 heures s’il vous plaît, les soldes ne durent pas toute l’année – ou le chaos, le vide institutionnel, les abysses de l’inconnu.

Euh, excusez-moi… Je ne dois pas avoir bien compris… Mais cela ne revient-il pas exactement au même que ce qu’il exige à corps et à cris (surtout à cris, en fait) depuis des mois? Un nouveau gouvernement d’union nationale (il n’y a carrément plus le tiers de blocage, là, on passe à 45%, c’est les soldes après tout), et blablabla. Comment ça, non? Ha, c’est un «plan de sauvetage national»? Ha oui, effectivement, ça change tout. Dans ce cas-là, ça coule de source, c’est clair comme de l’eau de roche, ça tombe sous le sens! On aurait dû le faire tout de suite, au lieu de discutailler de cette fichue constitution, de ses délais, de ses quorums et tout et tout. C’est tellement plus simple de faire sans, et de s’en remettre directement à l’Elu. Il a un peu des relents de poissonnier, l’Elu, mais bon, bouchez-vous le nez. Une offre comme celle-là, ça ne se voit pas tous les jours.

mardi, 20 novembre 2007

La quadrature du cercle «made in Lebanon»

db3df574abfea5cfb27fd2824689c565.jpgCe matin, comme tous les matins, je passe chez mon boucher pour acheter des cigarettes (oui, c’est pas comme en France, ici, on ne passe pas par les bureaux de tabac). Comme tous les jours, il me demande «Comment va la situation?», ajoutant aujourd’hui: «Alors, c’est qui dans l’enveloppe?». Un peu comme si, tel un magicien, j’allais lui sortir une réponse en forme de lapin blanc de mon chapeau. Mais vendredi soir à minuit dernier carat, ce seront les députés qui devront nous en sortir un de leur haut-de-forme. En principe. Depuis des semaines, nous connaissons les candidats déclarés et «potentiels», comme mon commandant Michel Sleimane, mon gouverneur Riad Salamé ou mon PDG de L’Orient, Michel Eddé (si jamais celui-là passe, espérons qu’il ait le bon goût de démissionner du journal). On les voit se bousculer au portillon, les Aoun (édifiante interview de lui dans Libé hier matin), les Harb, les Lahoud (non, pas l’affreux, mais le beau-frère de sa majesté saoudienne), les Rizk, les Ghanem. Je me demande si ces gens sont bien conscients de ce à quoi ils s’exposent avec une fascination certaine pour le fameux fauteuil.

L’heureux élu doit donc être «consensuel» ce qui signifie que concrètement, il va se retrouver avec un panier ingérable sur les bras: convenir au 14 Mars et respecter les acquis de «l’intifada de l’Indépendance» (expression bien ronflante, comme la «Révolution du Cèdre» d’ailleurs, dont on attend encore qu’elles aient effectivement révolutionné quoi que ce soit: les mêmes mafieux de tous bords ont pu conserver les mêmes postes dans le même système pourri qui préserve les mêmes avantages aux mêmes privilégiés), tout en promettant au Hezb que ses armes resteront bien au chaud et en ne se mettant pas à dos le Conseil de sécurité qui attend de voir ses multiples résolutions mises en application sur le terrain… Il y a comme une contradiction, là. Mais bon, en admettant que l’élection se fasse dans ces termes, le nouveau président, et avec lui le Liban tout entier, tiendra combien de temps avec une équation aussi bancale? Un mois? Six mois? N’en déplaise à certains, l’épineuse question des armes de la «Résistance» ne pourra pas rester sans réponse.

Justement, tiens, à propos de la «Résistance», on peut voir aujourd’hui combien elle résiste parfaitement à tout, y compris à la logique: à J-3 (l'élection vient d'être reportée une nouvelle fois, à vendredi prochain), le Hezbollah se refuse toujours à rendre public le nom de son candidat à la présidentielle, attendant le «moment opportun» (après l’élection, peut-être?). C’est quand même surréaliste: l’opposition prétend représenter la majorité populaire mais celle-ci n’est pas en droit de savoir qui la principale formation de cette opposition appuie officiellement. Autrement dit, le Hezbollah peut soutenir qui bon lui semble, sa base populaire n’a pas besoin de le savoir, comme si elle allait le suivre aveuglément de toute façon. Il doit considérer qu'en fait, le peuple n'est pas directement concerné, ce qui est d'autant plus paradoxal puisque ce même parti a proposé de passer au suffrage universel pour ce scrutin. Cela reste un bien bel exemple de démocratie de la part d’une formation politique qui se pose en défenseur des droits du citoyen! Sans compter qu’il semble difficile de négocier un président de compromis lorsqu’en face, il y a quelqu’un pour dire non sans faire de contre-proposition. Et tout le monde a l’air de trouver cela normal de ce côté de la barrière. Panurge aurait de beaux jours devant lui.

mardi, 02 octobre 2007

Aoun ne sera pas président

medium_eraserhead_hassan.jpgBon, ce n’est pas la première fois que l’on parle ici de l’éventuelle non présence du généralissime dans le fauteuil de président cet automne. Les événements actuels semblent en train de tourner à son désavantage: le Hezb ne veut toujours pas dire qu’il sera le seul et unique candidat de l’opposition, Murr pense qu’il peut y avoir d’autres options (il se serait bien vu dans le costard s’il avait été maronite, la fripouille!)… Il est très probable qu’Aoun se fasse tacler dans ces prochaines semaines par ses alliés.

Victoire au Metn ou non, Aoun pourrait récolter ce que sa folie a semé (non pas son document d’entente avec le Hezb, mais ses nombreuses casseroles et autres déclarations délirantes…). Il y a 10 jours, outre son avertissement d'une possible guerre civile si la majorité voulait élire son président à la majorité simple, il a eu une sortie magnifique, du genre «élisez-moi président, et je démissionnerai juste après», en guise de bonne foi face à ses détracteurs qui considèrent qu’être président est le seul but dans sa vie. Alors, Aoun président ou non, on prend les paris?

En attendant, une autre question se pose en ce moment: que faisaient précisément les orangistes armés appréhendés par les forces de l’ordre dans la montagne le week-end dernier? Ah, oui, pardon, j'oubliais... Ils faisaient un pique-nique.

mercredi, 15 août 2007

Ah, la grand messe du Hezbollah...

medium_andywarholhezbollah.jpgJe ne sais plus quoi penser du Hezbollah. Plus j’essaie de comprendre, plus ça m’échappe. Hier, comme une tripotée de journaleux, je suis allé à Dahiyeh, pour la célébration de la «victoire divine» du Hezbollah. En plein fief du Parti de Dieu, rasé l’an dernier durant la guerre de Juillet.
Le premier contact est arrivé avec les vendeurs de rue. Il y en avait pour tous les goûts: drapeaux jaunes frappés du AK-47, versions de poche ou XXL, CD et DVD à la gloire des martyrs tombés au combat, porte-clés et pin’s avec la tête du Sayyed. Mention spéciale à celui version Andy Warhol. Y’a pas que le Ché qui y a eu droit comme ça…

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jeudi, 09 août 2007

Coup de poignard dans le dos ?

Depuis dimanche, une idée me trotte dans la tête et prend de plus en plus de consistance au fur et à mesure que les événements se déroulent. L’avenir dira si cette idée est farfelue ou non.

Devant les résultats de la partielle, moins glorieux pour les aounistes qu’ils ne le prévoyaient, je me disais que le régime syrien allait probablement arrêter de miser sur Aoun pour la présidentielle. Attention, je ne dis pas que Aoun fait sciemment le jeu de la Syrie, pas la peine de me tomber dessus! Mais je pense en revanche que la Syrie a un intérêt majeur à favoriser et instrumentaliser les dissensions inter chrétiennes. On en a eu un bel exemple en 1990.

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mardi, 07 août 2007

Elections d’un soir, désespoir

medium_cendriercouteaux.jpgDésespoir en entendant le récit qui m’a été fait ce matin par une jeune femme qui travaille dans les mêmes bureaux que moi. Cette petite demoiselle, fort douce et calme et que l’on l’imagine mal se bastonnant avec qui que ce soit, est arrivée avec deux jolies balafres, l’une au bras, l’autre à la cuisse.

La soirée électorale de dimanche dernier, elle l’avait passée dans un chalet à Faraya avec sa bande de copains. «Pas juste des connaissances, précise-t-elle. Des amis de longue date, dont certains se connaissent depuis la maternelle.» Télé allumée, forcément, cette petite assemblée mixte (aounistes et pro-Gemayel, et il y avait bien quelques neutres) a commencé à se prendre à partie. Les insultes ont suivi, puis le tir de cendriers (plein? Mince, je n’ai pas pensé à poser la question) pour finir à coups de couteau de cuisine. Résultat des courses, après qu’une des filles a reçu une estafilade à la gorge en essayant de s’interposer, ses copines (heureusement qu’il y a des femmes en ce bas monde) ont finalement réussi à appeler la police à la rescousse. Ces messieurs ont passé la nuit et la journée du lendemain au poste, mais il a fallu cela pour les calmer.

Ce genre d’incident, personne n’en a parlé; il n’y en a apparemment pas eu beaucoup et c’est tant mieux. Mais qu’on m’explique comment dans un pays qui se dit civilisé, des jeunes peuvent en arriver à se battre au couteau pour des appartenances politiques, oubliant tout ce qui les rapproche par ailleurs. C’est sans doute ça, le drame du Liban: encore trop de Libanais accordent davantage d’importance à ce qui les sépare qu’à ce qui les unit.

lundi, 06 août 2007

Le Liban perdant sur tous les fronts

medium_Aoun_in_Gemmayze.2.jpgIl y avait une défaite prévisible, et une autre un peu moins. D’abord, commençons par celle à laquelle nous ne nous attendions pas vraiment: le Liban s’est incliné en finale de la coupe d’Asie de basket, face à l’Iran. Dommage.

Et puis il y a eu ce dimanche électoral qui n’aurait pas dû avoir lieu. Pour la petite histoire, Gemayel père ne reprendra a priori pas le siège de son fils, puisque le mystérieux Dr Camille a remporté une victoire inepte pour le compte de son parrain, Don Aoun. Ce fou. Je ne peux plus les encadrer ces orangistes qui donnent des leçons de démocratie sur les plateaux de télé, alors que leur raïs appelle ses partisans à faire le siège du sérail de Jdeidé le soir même de ce scrutin contesté. Il veut mettre le feu aux poudres ou quoi? Il se croit où? Il meure d’envie d’occuper Baabda, qu’on lui donne, on verra bien ce qu’il en fera…

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samedi, 04 août 2007

La démocratie, une école de la patience

medium_parlement_sepia.jpgDiscutez avec un aouniste de la partielle prévue demain pour remplacer les députés assassinés Pierre Gemayel et Walid Eido et il vous affirmera que oui, il est normal que cette élection ait lieu (admettons) et que oui, il est normal que le candidat Camille Khoury (vous savez, l’homme mystère dans l’ombre de Aoun) se présente contre Amine Gemayel.
Selon l’un de nos commentateurs, «un siège n'est pas un héritage tout simplement, c'est cela la démocratie. A moins que vous voulez que le Liban n'apprenne pas ce qu'est la démocratie et retombe dans un système clanique et donc ouvert à la guerre civile».

Facile de taxer ceux qui ne sont pas d’accord de rejeter la démocratie et de tomber dans les raccourcis simplistes. Et bien non, nous ne voulons pas que le Liban retombe dans un système clanique (encore faudrait-il qu’il en soit sorti) et qu’il soit ouvert à la guerre civile (encore faudrait-il qu’il y ait «été fermé»). Et oui, nous voulons que le Liban devienne une démocratie, c’est bien l’idée!

Parce qu’il serait sans doute utile de rappeler à ceux qui ont une vision relativement subjective de la démocratie ce qui disent les textes constitutionnels de quelques pays démocratiques justement.

Une république parlementaire comme la France
«Le régime électoral limite les cas d'élections partielles en prévoyant en même temps que l'élection du député, celle d'une personne appelée à le remplacer en cas de décès, de nomination au Gouvernement ou au Conseil constitutionnel et de prolongation au-delà de six mois d'une mission temporaire confiée par le Gouvernement.C'est seulement dans les autres cas de vacance de siège (annulation de l'élection, déchéance, démission, élection du député au Sénat) que des élections partielles sont organisées.»

Un régime présidentiel comme les Etats-Unis
«En cas de décès, de démission, de destitution, le Président est remplacé par le vice-Président (assassinat du Président John Fitzgerald Kennedy à Dallas en 1963 – remplacé par le vice-Président Lyndon Baines Johnson; démission de Richard Nixon en 1974 à la suite de l'affaire du Watergate – remplacé par le vice-Président Gerald Ford, lui-même nommé par Richard Nixon en 1973 pour remplacer le vice-Président Spiro Agnew démissionnaire pour concussion).»

Une monarchie parlementaire comme la Grande-Bretagne
«Si le leader vient à changer en cours de législature c'est le nouveau leader qui devient Premier Ministre (Margaret Thatcher remplacée par John Major en 1990, Brown remplaçant Blair cette année).
S'il n'y a de majorité, le Monarque désigne le leader du parti qui a le plus grand nombre de sièges.S'il n'y a pas de leader, il nomme, sur recommandation de l'ancien Premier Ministre ou des leaders du parti, un député, ou quelqu'un susceptible de le devenir (Lord Home, en 1963, renonce à la pairie pour se présenter à une élection partielle de la Chambre des Communes), qui ne sera pas désavoué par une majorité de députés.»

Ceci est a fortiori valable lorsque l’élu se fait assassiner (j’imagine les Républicains sautant sur l’occasion de récupérer la présidence après le meurtre de JFK) (non, je ne compare pas Pierre Gemayel et JFK ☺).

Parce que la démocratie, ce n’est pas dire «J’ai le droit, j’ai le droit, j’ai le droit…». C’est aussi et surtout avoir le devoir d’attendre la fin des mandats et les échéances électorales suivantes. La démocratie, c’est savoir patienter, le temps que son tour arrive.

vendredi, 03 août 2007

Recherche démocratie désespérement

medium_liban-divise.2.jpgAux alentours de 15h aujourd’hui, un épais panache de fumée noire s’est élevé au-dessus de la banlieue nord de Beyrouth. De notre terrasse, cela semblait aussi énorme qu’un certain 14 février 2005. Le son et l’onde de l’explosion en moins. On allume la télé, on zappe sur les sites d’infos: que dalle dans un premier temps, puis un site mentionne des pneus brûlés à 150m des cuves d’essence de Dora. Nat appelle un copain: ce n’étaient que des poubelles brûlées à la décharge voisine. Comme d’habitude, on s’attendait au pire. Et puis dans le Metn ce week-end, les bars, pubs et boîtes de nuit seront fermés, tandis que plusieurs milliers de représentants des forces de l'ordre se déploieront dans la région pour contrôler les perdants de dimanche.

Avec le climat merdique régnant au Liban – et plus particulièrement au Metn –, certains dérapages sont possibles. Mais pourquoi exactement? Nous ne sommes ni pro-14 mars, ni pro-8 mars, mais organiser une partielle pour remplacer le titulaire du siège de Pierre Gemayel (assassiné le 21 novembre 2006) nous semble complètement déplacé. Cette élection n’est même pas le signe que la démocratie libanaise bouge encore. Elle ne fait que donner une nouvelle occasion aux chrétiens pour se déchirer.

Pierre Gemayel – qu’on aime sa famille ou pas, le système clanique qui l’a porté au pouvoir ou pas – appartenait à un camp. Son siège devrait revenir naturellement au numéro 2 de sa liste. Et l'inverse serait tout autant valable dans le cas où un député de l'opposition se ferait dégommer (ce qui arrive nettement moins souvent, il faut bien le dire). Sinon, c’est la porte ouverte au tir aux pigeons généralisé.

jeudi, 02 août 2007

Metn : Elections partielles et bordel total

medium_michelmurr.jpgmedium_Murr.jpgmedium_eliasmurr.jpgmedium_moukheiber.jpg
De gauche à droite: Michel Murr, Gabriel Murr (alias Mister Magoo), Elias Murr et Ghassan Moukheiber.


Mais qui est donc Camille Khoury, le candidat aouniste s’opposant à Amine Gemayel pour l’élection partielle du Metn qui aura donc bien lieu dimanche prochain? On ne le voit pas, on ne l’entend pas, on ne le sent pas… Il me rappelle curieusement Myrna el-Murr, qui fut elle aussi une candidate d’une discrétion exemplaire à une autre élection partielle, c’était en 2002.

Dans les deux cas, un personnage revient sur le devant de la scène: Michel el-Murr, l’inénarrable. Ha, Michel el-Murr… Tout un poème, ce monsieur. Mouillé jusqu’à l’os dans des affaires plus abracadabrantes les unes que les autres (ce n’est pas le sujet ici mais repenser à sa magouille des plaques d’immatriculation – entre autres – me fait toujours marrer), le seigneur de Bteghrine ne manque pas d’un certain culot; alors qu’il était ministre de l’Intérieur en 2001, il n’avait pas hésité à faire tabasser les étudiants aounistes qui manifestaient devant feu la MTV (M comme Murr TV, rien à voir avec la chaîne musicale). Les images étaient arrivées jusqu’en France. Mais aujourd’hui, il peut affirmer avec candeur qu’il «soutient le général Aoun depuis plus de 16 ans», personne ne bronche. Il faut dire que depuis, il a confessé ses fautes et que le généralissime «lui a pardonné». C’est beau, la grandeur d’âme…

Bref, pour en revenir aux élections partielles qui font tant de bruit actuellement, Michel el-Murr joue donc les médiateurs pour essayer de réconcilier les deux blocs inconciliables, avec une diligence touchante. Il faut dire que le père Michel est un spécialiste des élections partielles. Et l’affaire mérite d’être racontée, ne serait-ce que pour l’indescriptible imbroglio familial. Accrochez-vous, il faut suivre…

Situons d’abord le contexte en retraçant les liens familiaux entre protagonistes, parce que le plus «rigolo» dans cette histoire réside là-dedans. Nous sommes en 2002, c’était donc avant que Aoun ne revienne en odeur de sainteté, je vous le rappelle. Michel el-Murr, ex-ministre de l’Intérieur, a deux enfants: Myrna et Elias, son successeur au ministère (puis actuel ministre de la Défense) et accessoirement gendre du «président de la République», le général Lahoud. Michel a aussi un frère, Gabriel, PDG de la très gênante chaîne de télévision MTV qui est la seule, à l’époque, à oser diffuser des interventions de Michel Aoun. Comme frères ennemis, on ne peut guère faire mieux.

Cette année-là, le plus vieux député de l’Assemblée, Albert Moukheiber, passe l’arme à gauche, laissant vacant son siège au Parlement. Une élection législative partielle doit être organisée pour lui trouver un remplaçant. Trois prétendants ont sollicité les suffrages des électeurs: Ghassan Moukheiber, l’héritier moral de son oncle Albert mais qui se fout un peu de la politique; Gabriel Murr, candidat de l’opposition (la majorité actuelle); Myrna Murr, candidate parachutée par le pouvoir mais qui n’a pas spécialement envie d’être là. Son silence radio au cours de la campagne fait ricaner pas mal de monde. Ce n’est pas grave, papa était là pour parler à sa place, un peu comme Aoun aujourd’hui pour Camille Khoury.

A la sortie des urnes, Gabriel l’emporte face à Myrna, Ghassan Moukheiber étant renvoyé à ses chères études avec 2,36% des suffrages exprimés. Mais voilà, dans toute bonne dictature qui se respecte (à l’époque, les Syriens sont encore là et serrent la vis), laisser le candidat de l’opposition l’emporter fait mauvais genre. Les quelques jours suivant l’élection sont suffisamment hallucinants pour qu’on s’en souvienne encore aujourd’hui: il y a réclamation, recomptage des bulletins à la main dans un petit village de la montagne… Bref. Gabriel est toujours gagnant.

En désespoir de cause, Myrna pose, sur l’impulsion de papa, un recours en invalidation face à son oncle. Elias le ministre (qui n’avait pas encore failli laisser sa peau dans un attentat, ce qui a quelque peu changé sa perspective sur le pouvoir depuis) constate de soi disantes irrégularités dans la campagne électorale, accusant son oncle de s’être servi de sa chaîne de télévision pour faire sa propre promotion. Comme si d’autres avant lui s’étaient gênés pour le faire… Toujours est-il que hop! L’affaire est dans le sac. Ghassan Moukheiber est déclaré gagnant par défaut (avec 2,36% des voix, tout de même!) car Myrna – qui en a plein les bottes et puis parce que l’essentiel, c’est de faire chuter Gabriel en sauvant un petit peu les apparences – se retire. Gabriel est non seulement déchu mais pour le punir de sa fronde, Elias envoie ses fantassins à l’assaut de la forteresse MTV. Pour la fermer.

Vers 15 heures environ, les forces de sécurité intérieure arrivent en nombre dans le quartier de Fassouh, dans le bas d’Achrafieh. Là se dresse l’immeuble que tout le monde en ville connaît, à commencer par les taxis service: l’immeuble de RML, Radio Mont-Liban. Dans ce grand building, de nombreuses sociétés travaillent en ce mercredi après-midi. Parmi elles, il y a bien sûr RML, mais aussi sa sœur Nostalgie (pour laquelle je bossais déjà à l’époque) et évidemment la MTV.

Les FSI sont venus matraquer un petit peu. Cela devait les démanger, ils n’avaient rien eu à faire depuis les rafles du 7 août 2001 contre les aounistes. Ils investissent les lieux, foutant dehors tout le monde manu militari. Les techniciens en train de boire leur café, les présentateurs à leur micro… Tout le monde y passe, sans même qu’on leur laisse le temps de prendre leurs affaires personnelles. Les bureaux sont mis sous scellés. L’affaire est rondement menée. Dans la rue, des dizaines de flics évacuent tout ce beau petit monde qui n’en croit pas ses yeux, avec interdiction d’approcher l’immeuble vidé. Une belle leçon de dictature.

Voilà. Aujourd’hui, la MTV est toujours fermée, mais le général orange a sa propre chaîne de télé, donc tout va bien. Gabriel el-Murr a été récompensé de son soutien en se retrouvant tout seul et perdant aux législatives de 2005, mais le général orange est élu député, donc tout va bien. Michel el-Murr se refait une virginité en jouant les bons offices et affiche un soutien sans faille pour le général orange (tout comme Ghassan Moukheiber soit dit en passant), donc tout va bien. De nouvelles élections partielles vont avoir lieu à grand renfort d’insultes et d’arguments passéistes, précédées d’une campagne dont la virulence – pour ne pas dire la violence – démontre combien les chrétiens sont divisés. Et là, tout ne va pas bien.

Rendez-vous dimanche pour une journée et surtout une soirée qui, à mon humble avis, risquent d’être agitées quel que soit le résultat. Mais peut-être verrons-nous quelque chose de positif en ce 5 août: nous aurons peut-être une petite chance de mettre un visage et une voix sur le nom de Camille Khoury. Ce sera déjà ça.

jeudi, 26 juillet 2007

Grand concours Simpson !

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Ça, c'est nous. Nous vous invitons à aller sur le site du film des Simpson, où vous pouvez créer en quelques clics toutes sortes d'avatars. En voici quelques uns. Les amateurs pourrons nous envoyer leurs créations ici, et nous mettrons en ligne les meilleures (en admettant qu'on en reçoive...).

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Joumblatt, envoyé par JiPé le 27 juillet:

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Bachar, envoyé par Ziad22 le 28 juillet:
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mercredi, 11 avril 2007

Taxi service

medium_taxi.jpgCe matin, notre chère et vieille Suzuki a refusé de démarrer. Du coup, je suis redevenu adepte des taxis service le temps d’une journée. A Tabaris, super à la bourre pour un rendez-vous, je me dis: «Le premier qui passe, même s’il me demande 3000LL pour le trajet, je prends!» Dix secondes plus tard, je vois arriver un pot de yaourt flambant neuf orné d’une plaque rouge de taxi. J’embarque, direction Tayouné (pour ceux qui ne connaissent pas, Tabaris-Tayouné, ça prend 3 plombes aux heures de pointe, surtout avec les énormes travaux vers le Musée).

Et là, je commets une erreur fatale en m’installant. Je balance au conducteur: «Kifak?»

A Beyrouth, il y a 2 sortes de chauffeurs de taxis: les muets et les gros bavards. Et là, je pioche sans le savoir dans la seconde catégorie. Il me demande si je suis Belge. Je lui dis non, que je suis Français. Direct, il m’embraye sur le général Aoun, un «ami de la France». Je dois les attirer ces oiseaux-là. Avec son klaxon, il me fait la démonstration du «tatata-tata», ouvre sa boîte à gant, me montre son badge du CPL (sur lequel je découvre un prénom – William – peu usité au Liban) et sa casquette orange. Pendant les 20 minutes de trajet, il me fait une leçon de géopolitique libanaise, me dit que Geagea devrait retourner en prison, que le généralissime est le seul qui a les mains propres, que les jeunes aounistes sont des «abaday» (gros bras). De sa voix erraillée par quelques dizaines d’années de fumée (des Winston rouges), il me raconte son village dans la montagne, me montre ses mains usées par sa bêche (il cultive des tomates grosses comme 2 mains), m’assure que le Liban pourrait être un paradis si la bande de voleurs au pouvoir partait… Au moment où je descends de son tacot à plaques rouges, le chauffeur me lance, avec un grand sourire: «Allah ma’ak!» (Que Dieu soit avec toi!) Je souris. En voyant le Liban aujourd’hui, on se dit que Dieu est vraiment un déserteur de première.

mardi, 23 janvier 2007

Démocratie?

medium_greve.jpgAujourd’hui, j’ai vu un visage du pays que je me refusais de voir auparavant. En tout cas, j’essayais de croire que ce genre de scène ne se produirait pas. J’ai peut-être été un peu naïf, tout simplement. Vers 12h30 à Zalka, on a assisté à une mini intifada: d’un côté, les jeunes des Forces libanaises; de l’autre, des jeunes chiites d’un village des hauteurs. Ça s’est caillassé ferme (j’ai même pris un projectile minéral contendant sur le pied), avant que l’armée ne tire d’interminables rafales de fusils automatiques pour calmer les ardeurs de ces jeunes qui ne demandaient qu’à en découdre. J’ai eu peur devant cette violence. Et que dire des barrages de pneus, empestant l’air de Beyrouth. C’est sûr, le Liban vient de cramer aujourd’hui son quota d’émission de gaz toxiques pour 2007. Le Hezbollah avait appelé à une «grève générale», à un «mouvement pacifique». On a eu droit à un avant-goût de guerre civile, avec 3 mmorts et plus de 130 blessés (dont la moitié par balles). Tout à l’heure, le petit caïd de Zghorta, bombant le torse, a annoncé que ce le mouvement serait encore plus impressionnant demain, et comme ça jour après jour tant que le gouvernement Siniora ne démissionnera pas. Bravo pour la belle leçon de démocratie, messieurs. Chapeau bas!

jeudi, 11 janvier 2007

Le pourrissement: une tactique vaine

medium_cgtl.jpgAprès les manifestations gigantesques de début décembre et le sit-in au centre-ville sous les fenêtres du Grand sérail, l’opposition libanaise a donc opté pour une «escalade» qui ira crescendo. Première scène de ce second acte: la manif de la CGTL mardi matin, dans le bourbier d’Adlieh, secteur reconverti en chantier à ciel ouvert. Résultat, une fois qu’on enlevait les brouettées de travailleurs syriens, les pelletées de journalistes et les 38 tonnes de militaires, il ne restait plus grand monde. Ça sentait le petit rassemblement mal orchestré, avec des grappes de femmes à qui on a donné des fanions et des hommes venus faire nombre, histoire de. Hier, rebelote, ce coup-ci devant le ministère de l’Energie et de l’Eau. Un bide comme la veille pour la CGTL, accusée par la majorité d’être «une momie» au service du Hezbollah. Du coup, devant cet échec, l’opposition a affiché la couleur pour la deuxième scène de cette pièce de théâtre qui ne fait plus rire personne: une probable grève générale dans les ministères. Je ne vois pas trop ce que ça changera dans la masse de travail abattu par nos braves fonctionnaires.

Depuis quelques temps, je rencontre pas mal de chefs d’entreprise, dans les médias principalement… Tous me disent qu’ils bossent comme s’il ne se passait rien, qu’il faut tout faire pour continuer et tenir le coup pour 2007 (que tout le monde prévoit mauvaise) en attendant une vraie embellie pour 2008-2009. Les acteurs qui veulent continuer à faire tourner l’économie du pays (et leur business bien sûr en se tournant de plus en plus vers le Golfe, mais aussi vers le Maghreb déclaré «nouvel Eldorado officiel») se foutent éperdument des manœuvres politiciennes de la majorité et de l’opposition. Tous dans le même sac, en clair.

mardi, 09 janvier 2007

La «bravitude» des hommes politiques libanais

Définition du petit Larousse
BRAVE adj. et n. (ital. bravo, du lat. barbarus, barbare). 1. Qui ne craint pas le danger, courageux. 2. Mon brave: s’emploie par condescendance à l’égard d’un inférieur (ou présumé tel). 3. Bon et honnête. 4. Gentil, mais peu subtil. «Il est bien brave».

Définition dans le langage courant libanais
BRAVE adj. 1. S’emploie pour décrire le caractère besogneux, intelligent et honnête de quelqu’un. Par exemple, dans le cas d’un écolier: «Il est très brave dans les études, le petit Michel».

Maintenant, à vous de choisir les bonnes significations du mot «brave» dans le texte suivant…

medium_aounsiniora.jpgCes temps-ci, on ne parle plus à Beyrouth que de cette fameuse conférence de Paris III, lors de laquelle le gouvernement du brave Fouad Siniora espère ramené 4 milliers de dollars, tout en promettant de faire des réformes qu’il ne pourra probablement jamais mener à bien. C’est vrai quoi, prenons un exemple (au hasard): le ministère du Travail. Réformer cette brave et vénérable institution reviendrait à mettre au chômage les 90% de son personnel (tous des braves gens) rémunérés par ledit ministère à boire le café et à fumer des cigarettes toute la journée. Dur. Surtout quand tout ce beau monde a prêté allégeance à l’un des piliers de l’opposition. Dur et impossible. Mais tellement beau sur le papier!

Bref. Hier, le brave généralissime nous a fait une belle démonstration de son discours pour le moins bizarre: «La tutelle syrienne était superficielle et cachait une tutelle mondiale». En clair, les maux du pays viennent de Paris et Washington, clairement accusés d’être les kleenex de Siniora. Je me demande vraiment ce qui a bien pu se passer en coulisses avant son retour au pays… Qu’ont fait (ou pas fait) les Américains et les Français pour que ce brave Orange-man vire sa cuti comme ça?
Et puis dans le genre petite-phrase-magnifique, il y a celle-là, du brave monsieur Frangié (Sleimane de son petit nom): «Je suis pour le fait de savoir qui a tué Hariri. S’il s’avère que ce sont les Syriens qui sont derrière l’assassinat, je serai triste mais je resterai en bons termes ave le président syrien, Bachar el-Assad.» Faut le faire… Remarquez, après sa tirade sur l’excitation du patriarche Sfeir lors d’une manifestation féminine, on peut s’attendre à tout.

Bon, bein nous, on a une petite manifestation ce midi du côté du palais de Justice, organisée par la CGTL. Une manifestation contre les réformes économiques (hausse de la TVA…) promises par le gouvernement dans le cadre de Paris III. Le serpent se mord la queue. Aoun le militaire a même appelé à une participation massive pour une manifestation syndicale (qui a dit que la CGTL n’était pas télécommandée?). En tout cas, il semble bien qu’il ait été entendu, au moins par les étudiants car le parking de l’Université Saint-Joseph était désert ce matin. A moins que ceux-ci, qui sont certainement très braves, aient pris en masse la direction de l’aéroport (tant qu'il est encore ouvert) pour fuir ce pays dont tous les politiques veulent les dégoûter.

jeudi, 21 décembre 2006

Bienvenue à Paranoland

Hier soir, je suis retourné sur le sit-in, place des Martyrs, pour rencontrer les manifestants chrétiens préparant Noël et pour faire quelques photos de nuit. L’ambiance, comment dire, a beaucoup changé. Plus question de kermesse familiale maintenant. Les gens sont fatigués, se les pèlent la nuit car il fait froid… Ils font cuire des marrons sur leurs petits feux de camp. La méfiance vis-à-vis d’un corps étranger comme moi est totale. Pour faire un cliché d’une crèche illuminée, six personnes assises à proximité ont refusé d’être prises en photo.
medium_sapinnuit.jpgEn repartant, j’ai voulu monter sur le Ring qui surplombe la place pour faire une photo générale, avec le grand sapin et les tentes à perte de vue. Les militaires y ont établi un cordon de sécurité. J’arrive à la limite, me poste pour faire mon image, et un jeune militaire me dit «Mamnouh, mamnouh!». En clair, interdit de prendre en photo un pauvre sapin de Noël. J’insiste, et il me dit de demander la «permission» à son chef. J’obtempère, je passe le cordon et je vais à la rencontre du chef. Amical, celui-ci me dit «pas de problème, mais vas un peu plus loin». OK, j’obtempère à nouveau. Je cale mon appareil sur la balustrade et là, quatre troufions débarquent. J’eus l’immédiat sentiment de ne plus être le bienvenu du tout. Ils me demandent, en arabe, qui je suis, ce que je fais… Puis la discussion devient tendue et politisée. Le petit chef des quatre me demande ce que je pense de la manifestation, du sit-in, si je le trouve «joli» et à mon goût, si j’aime Hassan Nasrallah, si j’aime Michel Aoun… Si je suis pour Israël, pour Fouad Siniora… Ça ne rigole plus… La discussion a duré 20 minutes (c’est long 20 minutes dans ces cas-là), je ne faisais pas le malin, ne sachant pas forcément comment «bien» répondre dans la langue de Gibran. Puis ils s’intéressent à mon appareil photo, le prennent puis me le rendent, avec un sourire pas vraiment angélique. Sur ce, je quitte les lieux, sorte de périphérique en pleine ville où aucun automobiliste ne se serait arrêté pour mes beaux yeux. Là, je ne rigolais plus du tout. Tout ça pour prendre en photo un sapin de Noël…

Cet épisode est un exemple de la tension qui règne. Ces quatre militaires, censés défendre la «patrie», étaient clairement pro-Hezbollah. Je pense, à leur accent, qu’ils étaient originaires de la Bekaa. Et il m’est paru évident que pour des hommes comme ceux-là, si un jour le choix devait se poser entre l’armée régulière et une milice partisane, le cœur pencherait immédiatement vers la milice.
Il y a 8 ans, quand le général Lahoud est devenu président de la République, beaucoup de médias vantaient l’une de ses «réussites»: avoir donné une vraie cohésion à l’armée à la tête de laquelle il était durant les années 90. Moi, ce que je vois aujourd’hui, c’est que beaucoup de jeunes Libanais veulent intégrer l’armée pour les innombrables privilèges qu’elle accorde (voitures de fonction, clubs de sport hyper luxueux, rente à vie…). Pour ça, à force de graisser les pattes, Lahoud a bien réussi son coup. Mais pour ce qui est de la vraie cohésion, celle du cœur, il repassera. L’armée libanaise, dont on a tant parlé au moment du retrait israélien cet été, est une bulle de verre prête à éclater à la moindre occasion.

Ce matin, en voiture, je me suis confronté à des «cowboys» à quatre roues. Plantée à cheval sur le boulevard remontant vers Sofil, une voiture roulait lentement. Je ne pouvais passer ni à gauche, ni à droite. Je klaxonne, et là, un jeune mec sort la tête en hurlant, le torse bombé. L’ère du nouveau farwest semble plaire à certains.
Un peu plus tard, j’accompagne Nat à son boulot, et en voiture, elle me dit qu’on en viendrait presque à regretter le calme de la tutelle syrienne, et que ce n’était peut-être pas un hasard! C’est peut-être ce que certains pontes à Damas recherchent depuis le départ de leurs troupes en avril 2005: institutionnaliser la peur et la parano. Prouver que les Libanais ne peuvent pas se diriger eux-mêmes (c’est Bachar lui-même qui l’a dit, même s’il s’est contredit récemment pour les caméras). Cela avait marché en 1976, pourquoi pas en 2006?

 
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