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mercredi, 20 décembre 2006

C'est bien le camping au Centre-ville?

Ça faisait longtemps que nous n'avions pas mis de vidéos sur ce blog. En voilà deux, dans des registres totalement différents (pour ceux qui ont une connexion pourrie comme nous, attendez de les charger, elles valent le coup!). Si la première est plutôt rigolote, la seconde l'est beaucoup moins. Jugez plutôt...

 

«Fais ce qu’il te dit, c’est un Hezbollah»

medium_sapinPSNS.jpgCe matin, je suis parti faire un petit reportage sur les préparatifs de Noël sur le sit-in du Centre-ville. Je commence à le connaître par cœur celui-là… Je rencontre alors un cadre du CPL du général Aoun. On va l’appeler ici, disons… Tony. Sympa, Tony m’explique comment ça se passe, ce qu’ils prévoient pour le réveillon, la fête, la messe de minuit à la cathédrale Saint-Georges des maronites, la possible venue de leur gourou… Bref. Il me fait la visite des tentes et des différents sapins. Je prends des photos, normal (mention spéciale au sapin du PSNS, avec ses décorations rouges reprenant le logo du drapeau!). Là, un petit gars à lunettes noires et veste de treillis arrive et me demande ma carte de presse. Je lui sors ma carte, mais elle ne convient pas. Il veut celle délivrée spécialement pour les journalistes. Je ne l’ai pas, n’étant pas au courant qu’il en fallait une, alors que ce n’est pas la première fois que je viens bosser là. Il insiste. Là, Tony me dit qu’il va m’aider et me dit de le suivre. En marchant, il me dit «Fais ce qu’il te dit, c’est un Hezbollah». Je montre mon étonnement. Et Tony poursuit: «Ils sont méfiants. Depuis quelques jours, ils veulent que tous les journalistes passent par eux, même sur la place des Martyrs gérée par nous, les aounistes. Ils sont prudents avec les journalistes étrangers, car il y a eu des reportages faits par des Suédois et des Anglais qui sont passés sur les télés et les journaux israéliens. Nous, on s’en fout, mais pas eux.» Je lui demande alors comment ça se passe avec «eux», ceux du Hezbollah. «Bien, répond-il en faisant la moue. On a trouvé 10 points communs (le fameux document signé par Aoun et Nasrallah), mais il y a quand même beaucoup de différences…» Ah bon?

medium_carteHezb.2.jpgArrivé à l’autre bout de la place Riad el-Solh (celle contrôlée par le Hezb), je donne ma carte à un autre gars, posté à une guérite de parking. Il part avec, vers une tente anodine, et revient, me donnant, avec un grand sourire, un laisser-passer pour la journée (photo ci-contre à droite). Question accréditation, on est loin des Nations unies, mais bon.

Comme lors du Hezbollahtour au Hezbollahland dans la banlieue sud juste après les bombardements de juillet dernier, il vaut mieux toujours montrer patte blanche avec «eux». C'est comme ça que ça marche.

jeudi, 14 décembre 2006

«J’étais déjà aouniste dans le ventre de ma mère»

medium_Aouniste1.jpgComme prévu, j’ai fait mon petit reportage place des Martyrs, hier au centre-ville de Beyrouth. L’objectif: comprendre comment fonctionne le cerveau de ces jeunes militants qui soutiennent le généralissime Michel Aoun? Résultat: je suis tombé sur un garçon charmant, Jawad, originaire du nord du Liban, dans le Akkar précisément. Une région magnifique mais complètement oubliée. A 22 ans, Jawad est déjà bien impliqué dans la vie politique de son mouvement, le Courant patriotique libre. «J’ai eu 3 côtes cassées lors des rafles d’août 2001», m’a-t-il raconté.

medium_Aouniste4.jpgEn tout honnêteté, il m’a bluffé par la sincérité de son engagement. Rien à dire là-dessus. Il y croit dur comme fer, il obéira à tous les ordres de son général (texto)… Si plusieurs de ses arguments tiennent la route (les proches de Hariri sont d’ex-corrompus comme les actuels alliés d’Aoun, hors Hezbollah évidemment…), d’autres font preuve d’un esprit candide. Exemple, concernant deux anciens ministres franchement pas fréquentables: «Aoun a pardonné à Michel el-Murr et Sleimane Frangié, car ils ont demandé pardon.» On se croirait dans la cour d’une école religieuse avec un caïd qui distribue ses bons points, au gré de ses intérêts du moment. Sinon, que dire de la laïcité, point difficilement compatible entre le programme officiel de Aoun et celui du Hezb... Bref, je ne vais pas m’étendre cent ans sur mes petits aounistes, je continuerai d’essayer de les comprendre. Mais ce qui est sûr, c’est que je vois surtout un bon gros manipulateur (déguisé en bouteille de Fanta dimanche dernier) à la baguette...

lundi, 11 décembre 2006

Le Hezb, Aoun et le pouvoir

medium_aoun.jpgPuisque David a décidé de mettre les pieds dans le plat (sacré mais guère sucré) du Généralissime, je vais en remettre une couche.

En effet, le Hezbollah est en position de force pour les raisons mentionnées dans le post précédent, mais aussi par la possession d'un arsenal pour le moins conséquent. Cet arsenal compte dans l'absolu, non parce qu'il pourrait servir contre des Libanais, mais parce qu'il donne au Hezb les moyens d'imposer ses choix de politique étrangère au pays. L'exemple le plus frappant en a été donné cet été, alors que Nasrallah s'était lui-même engagé à "ne rien faire qui puisse mettre en péril la saison touristique" tellement attendue par une économie à bout de souffle. Certes, tout au long de cette guerre, nous avons nous-mêmes défendu le droit du Hezb à riposter face à une agression barbare et disproportionnée. Nous l'avons fait non parce que c'était le Hezbollah, mais parce que l'essentiel était alors de défendre le pays. J'estime toutefois que cela ne dédouane pas le Hezbollah de sa responsabilité vis-à-vis d'un gouvernement dans lequel il avait des ministres.

Le Hezbollah est par ailleurs en position de force en raison de sa popularité et de la loyauté de ses partisans. Pas plus tard que samedi, Hussein Hajj Hassan, député du Parti, me disait bien en face qu'il "ne demandait pas le pouvoir parce qu'il l'avait déjà" (sic). Il demandait la participation de toutes les parties afin qu'aucun  des camps ne puisse prendre de décision sans l'accord de l'autre. Un détail cependant: dans ces conditions, quel est le rôle du Parlement qui est justement supposé jouer le rôle de levier contre le gouvernement?

Bref, sur le principe, pareil consensus serait idéal (bien que difficilement applicable dans la pratique). Mais il faut le replacer dans le contexte. Le Hezbollah ne s'en réfère clairement pas au gouvernement lorsqu'il prend des décisions (on l'a vu cet été), un refus au niveau du conseil des ministres ne l'arrêterait pas. La finalité consiste donc à bloquer certains processus. Lesquels, devrait-on demander? De plus, ce droit de blocage, il en dispose déjà dans les faits, via:

1. un président du Parlement qui lui est acquis et qui dispose de cette prérogative hallucinante de pouvoir non seulement fixer l'ordre du jour de l'Assemblée mais aussi de refuser de la réunir, comme il le fait actuellement concernant le projet de tribunal international (mais ce n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres).

2. un président de la République qui peut bloquer tout projet de loi  ne lui convenant pas (idem pour le tribunal international). L'exemple des cohabitations Mitterrand/Chirac en France, un peu du même ordre, a été probant en termes d'inefficacité! 

Concrètement, l'opposition maîtrise déjà deux pôles de pouvoir sur trois. On est donc en droit de se demander ce qu'une minorité de blocage au gouvernement changera, si ce n'est contrôler l'ensemble des acteurs institutionnels! Il n'y aurait pas "partage des pouvoirs" comme annoncé, mais mainmise totale.

On peut aussi s'interroger sur le bien-fondé du recours à la rue sous prétexte que le gouvernement n'est pas représentatif de la majorité. Beaucoup font un parallèle avec une hypothétique crise de ce genre en France. Que je sache, dans un pays démocratique, lorsque une opposition n'est pas satisfaite, elle attend la prochaine échéance électorale pour sanctionner le gouvernement (cela s'appelle l'alternance, non?).

Bien sûr, ces considérations ancrées dans le respect du droit et des lois sont nettement moins séduisantes que des idéaux de liberté, d'union nationale (et même d'amour, selon le nº2 du Hezb, Naïm Kassem). Mais ce n'est pas - seulement - avec de belles idées et des principes charmants mais nébuleux que l'on bâtit dans la solidité. Cela s'appelle du populisme. Le procédé des manifestations de masse constitue un précédent, une "jurisprudence", dangereux. Et si Aoun fait référence au mouvement populaire de l'Ukraine, il oublie de mentionner qu'un an plus tard, le nouveau pouvoir s'est effondré, faute de réelles bases politiques.

Pour revenir au père Michel, je rappellerai aussi qu'il n'a pas le monopole de la résistance. Je n'ai strictement aucune affection pour les Forces Libanaises, mais il me semble que Geagea et ses partisans ont aussi payé leur tribut au combat pour la liberté du pays. Eux aussi ont été battus, exilés, emprisonnés. Sans doute ont-ils  beaucoup de choses à se reprocher aussi, mais la méthode Aoun a-t-elle été  irréprochable? Et, ironiquement, pendant la guerre civile, la "résistance" qui désigne aujourd'hui le Hezbollah, concernait alors les Forces Libanaises. Ces FL de Bachir Gemayel avec lesquelles Michel Aoun s'entendait si bien qu'il avait lui-même aidé à préparer un plan de coup d'Etat afin de faire accéder Bachir à la présidence... Et comme JiPé le fait remarquer dans un de ses commentaires, les prisonniers libanais en Syrie sont oubliés...

Enfin, et cela je le dis pour moi, je trouve positivement indécent de la part de Aoun de récupérer l'assassinat de Gebran Tueini dans son discours d'hier, pour accuser le gouvernement d'incompétence. Un Gebran Tueini qui l'avait soutenu inconditionnellement en 1989, qui avait été profondément blessé par son revirement de 2005 et qui n'aurait pas apprécié d'être ainsi manipulé. Que je sache, il y a bel et bien un camp dans lequel les gens sont tués, et un autre où l'on donne des leçons. Ce camp compte des gens comme Frangié qui a tout de même déclaré un jour: "Je peux me passer de mes enfants mais pas de la Syrie." Et ce n'est pas parce que Aoun a "pardonné" comme il dit, que cela les blanchit. 

Pour le "Skoto" de l'aéroport, certains ont trouvé cela drôle. Cela l'est peut-être en effet. Mais pour sa première parole publique sur le sol libanais après un exil de 15 ans, je trouve cela pathétique.

Une dernière chose: je me demande quand même comment Aoun, en tant que héraut de la lutte pour la souveraineté libanaise, vit le fait que "l'envoyé spécial du secrétaire général de la Ligue arabe ait été informé à Damas que le chef du Hezbollah accepte les propositions que la Ligue arabe lui a soumises."

Michel Aoun ou les incohérences d'un "saint"

Là, je vais pas me faire de copains, mais au moins, j'augmenterai le trafic de ce blog! 

Personnellement, je ne suis ni pro-Aoun, ni pro-FL. Ni pro-Hezb, ni pro-Hariri. Je fais plutôt partie de la minorité silencieuse. Manif après manif, je regarde autour de moi, j'interroge les gens. Comme hier, où la place des Martyrs était orange tant les aounistes se sont appropriés les lieux. Dans mon rôle, quand je pose des questions aux gens, je suis là pour les faire parler, pas pour débattre. Mais cela fait pas mal de temps que j'en ai marre de les écouter me servir inlassablement les mêmes discours...

medium_DSCN4074.2.JPGSi, pour moi, la sincérité du Hezbollah n'est pas vraiment à mettre en doute, l'intégrité des orangistes pose question (ouhlala, ça, ça va pas plaire!!!). Le Hezbollah, lui, n'a finalement rien à gagner dans son bras de fer avec le gouvernement. Il représente déjà la communauté la plus nombreuse du pays, et il a deux alliés bien placés: le président de la République et celui du Parlement. Ces deux personnages, comme on le voit actuellement avec la question du Tribunal international, ont le pouvoir de ne pas signer les lois pour le premier, et de ne pas convoquer les députés pour ratifier un texte pour le second. Bref, tout va plutôt bien pour le Hezb, et il ne dépend de personne. Il réclame le tiers de blocage au gouvernement, alors qu'il a déjà  toutes les cartes en main pour bloquer toute décision gouvernementale. C'est juste l'habillage qui change...

Le généralissime orangiste, en revanche, est en pleine dépendance, et il le sait. L'objectif de l'Amer Michel (comme l'a surnommé un billettiste de L'Orient-Le Jour) est simple, unique: devenir président. Comme le disait récemment un homme politique à Nat, "on ne va tout de même pas remplacer un débile par un obsédé." Dans sa quête du pouvoir, Aoun a donc choisi son camp (où il n'a pas de vraie concurrence pour la présidence), et a choisi ses alliés. Aujourd'hui, il campe sur un discours genre "tous pourris" en parlant des membres de l'actuelle majorité parlementaire. Ce en quoi il n'a pas tout à fait tort, plusieurs des piliers du 14 Mars étant d'anciens bénéficiaires de la tutelle syrienne. Mais jouer les vierges effarouchées alors qu'il pose aujourd'hui aux côtés de Berri (mister corruption himself), Murr Senior (l'ex-VRP de la Syrie), Frangié... ça, franchement, faut arrêter de se foutre de la gueule du monde. Et ça ne semble gêner personne! Et puis il fustige la majorité parlementaire, alors que celle-ci est née de la loi électorale voulue par ses "amis" d'aujourd'hui et écrite par les squatteurs de Damas.

Bref, devant tant d'incohérences de la part du boss, je reste systématiquement bouche bée face à l'aveuglement des partisans du jus d'orange en chef. Ils le prennent pour un saint d'une intégrité totale. Moi, je me demande ce qui s'est passé avant son retour triomphal au Liban en mai 2005. Quand il sortait de son placard doré en France, c'était pour aller à Washington faire la bise aux faucons, pour lever des fonds en Australie... Qu'est-ce qui l'a retourné?

Juste pour l'anecdote, je me souviens du jour de son retour à Beyrouth, le 7 mai. Cela faisait 15 ans que tout le monde attendait ça. Un vrai événement, et donc une vraie effervescence. A l'aéroport, il décide de tenir sa première conférence de presse. Dans la grande salle, les journalistes font du bruit, les photographes veulent avoir la meilleure place. Le brouhaha énerve Aoun, il tape du poing sur la table et crie sur un ton péremptoire à l'attention des fauteurs de bruit: "Skoto!", ce qui est très facilemement traduisible par "Taisez-vous!". Gloups, le ton était donné. Quand on chasse le naturel... Ils sont trop rares les exemples où un militaire a réussi en politique.

Aujourd'hui, saint Michel réclame le départ de Siniora, qu'il accuse de "s'accrocher au pouvoir". C'est assez drôle venant de lui quand on se rappelle sa triste déconfiture sur l'échiquier libanais à la fin des années 80. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes chrétiens le suivent dans son délire. Il y a 16 ans, d'autres croyaient en lui (jusqu'à se faire botter le cul par les CRS quand ils occupaient l'ambassade du Liban à Paris...), mais beaucoup d'aounistes de la première heure en sont revenus... Ce serait pas mal de leur donner la parole, à ceux-là. Ce serait riche d'enseignements.

samedi, 02 décembre 2006

Une nuit à Beyrouth

medium_09.jpgmedium_12.jpgChose promise, chose due. Après avoir mobilisé plus du tiers de la population libanaise cet après-midi, les partis pro-syriens ont entamé leur guerre d’usure en vue de faire chuter le gouvernement pro-occidental de Fouad Siniora. Tant que cet objectif ne sera pas atteint, la manifestation se prolongera sous forme de siège.

Ce soir, le centre-ville de Beyrouth, habituellement vitrine clinquante du renouveau libanais, s’est transformé en squat géant. En début de soirée, les organisateurs du Hezbollah ont installé, sur les deux places principales, des dizaines de tentes blanches, de grandes citernes d’eau et des groupes électrogènes. Plus tard, des camions continuaient d’arriver, distribuant des couvertures et des matelas de mousse. Rien n’a été laissé au hasard.

medium_DSCN3904.jpgDu gros million de manifestants de la journée, seuls les hommes, jeunes pour la plupart, s’apprêtent à rester toute la nuit. Certains sillonnent les rues du quartier jonchées de papiers, de cadavres de canettes, de bouteilles d’eau et de sacs plastiques. A trois sur des scooters fatigués, ils crient, s’interpellent, chevauchant leurs montures comme dans un farwest moderne. Si les bâtiments n’ont pas été vandalisés, les manifestants ne s’embarrassent cependant pas de civisme quant aux biens publics: les parterres de fleurs servent de matelas, le bitume des parkings est perforé à coup de barre à mine pour planter les piquets de tente…

medium_DSCN3905.jpgAu pied de la colline où se dresse le Grand sérail (le siège du gouvernement), les opposants diffusent des chants partisans enregistrés pour l’occasion, poussant la sono à fond au nez des militaires fatigués. Sur les immenses parkings, des groupes se forment. Certains jouent aux cartes sur les poubelles fermées pour cause de sécurité, ou fument le narguilé, laissant s’échapper des nuages parfumés dans la fraîcheur de la nuit; d’autres se réchauffent autour de feux de joie ou dorment déjà à même les trottoirs. Les partisans de Hassan Nasrallah, largement majoritaire à l’approche de minuit, ont pris possession des lieux. Mais ceux du général Aoun, qui donnaient de la voix dans l’après-midi, sont cette fois plus discrets. Leur campement, constitué d’une vingtaine de tentes, se trouve à l’écart, près du ring et le plus près d'Achrafieh possible. Ici, pas de citernes, pas d’électricité. Pour la musique, les aounistes se satisfont d’autoradios qui saturent. En dépit de leur objectif commun, les deux principaux courants feront chambre à part… Logique pour un mariage contre-nature.

 
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