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dimanche, 30 mars 2008

Herr Müller, céramiste et dinosaure

Un petit mot d'introduction, avant d'entrer dans le vif du sujet: cela fait longtemps que je voulais entamer une série de portraits – un peu personnels – de gens que l’on croise sans connaître leur(s) qualité(s). Histoire surtout de parler d'autre chose que de politique, du Hezbollah, du sommet de Damas et de tous ces trucs qui nous pourrissent la vie en ce moment. J’avais donc en tête de débuter cette série par Rafic Hobeika, mais celui-ci a décidé de prêter sa baguette et ses pinceaux à saint Pierre plus tôt que prévu. Et puis comme souvent, j'ai remis à demain ce que j’aurais pu faire le jour même, alors... Alors je vais me mettre un coup de pied au taztouz et commencer aujourd’hui. Et j'en ai plusieurs autres au four si jamais celui-ci vous ouvre l'appétit.

Pour ce «numéro 1», ce sera donc un ami, Samir Müller, céramiste de son état et donc spécimen en voie de disparition.

cfce0713892edaebce18543bf25d6cd7.jpgJ’ai connu Herr Müller à Paris en 1991. Il était venu dîner à la maison, invité par son prof. Il nous avait raconté son Liban, et moi, dans mon coin, je buvais ses paroles. C’est l’un de ceux qui m’ont refourgué le virus libanus. Dix-sept ans plus tard, il fait toujours partie de ma vie.
Samir est donc céramiste, l’un de ces métiers où il est bien difficile de gagner sa croûte, surtout au Liban où les beaux-arts sont de plus en plus méprisés. Son atelier occupe un vieux caravansérail presque en ruines, sur la route de Damas, un peu plus haut que Jamhour. Vous êtes certainement passés mille fois devant sans vous en apercevoir. Il aimerait bien le retaper, mais sa famille n’en est pas propriétaire. Pourtant, les murs épais auraient besoin d’un lifting XXL. Le toit, fait de poutres branlantes et de paille, attend une petite étincelle pour flamber en quelques nanosecondes.

Pénétrons dans l’antre, si vous le voulez bien. L’endroit est sombre, poussiéreux, bordélique, le sol irrégulier. Des pièces surréelles, fraîchement tournées ou recouvertes d’engobes colorées, sèchent sur des planches en bois. D’autres sont là depuis des années, attendant de passer au four. Des pots en plastique ou en verre renferment des émaux aux compositions chimiques savantes à base de cobalt et d’oxydes en tout genre, et le tour manuel, à l’entrée, vous renvoie directement quelques millénaires en arrière. Car chez Samir, la céramique est à l’état brut, viscéralement intemporelle. Par exemple, chaque année au printemps, il fabrique lui-même sa glaise. A l’extérieur de son atelier, perdu dans les herbes folles, un bac en tôle accueille quelques hectolitres de terre liquide et tamisée, destinés à être transformés en glaise. Les gestes sont les mêmes partout sur la planète, depuis la nuit des temps. Et le visiteur averti a la chance de pouvoir encore voir cela, là, à quelques kilomètres sur les hauteurs de Beyrouth.

Et puis l’atelier de Samir a aussi ce petit côté Jules Verne très touchant. Des machines, noircies par le temps et gorgées de cambouis, fonctionnent toujours comme au premier jour. Il y a même un large four de briques noires, hémisphérique, dans lequel un adulte peut se tenir debout. Son père l’avait construit au milieu du siècle passé. Au fait, quel drôle de nom de famille – Müller – pour un Libanais! Son grand-père paternel était étranger – Suisse romand pour être précis – et était tombé amoureux du Liban. Encore un.

Pour joindre les deux bouts, Samir donne des cours à l’USEK et oublie trop souvent sa vocation d’artiste afin de vendre, pour une bouchée de pain, des pièces faites main mais fabriquées en série pour des restaurants comme Le Café blanc. Son art ne lui permet pas vraiment de rouler sur l’or. Sa dernière exposition personnelle remonte d’ailleurs à décembre 1997. «A quoi bon, lâche-t-il avec regret, il n’y a plus personne au Liban pour apprécier ce genre de choses.»

Peut-être l’avez-vous déjà croisé sans savoir qui il était, dans une salle de sport ou dans un café de Beyrouth, le soir quand il sort boire une bière. Célibataire endurci, un peu dur de la feuille et les épaules tombantes, il paraît souvent résigné. Résigné face au manque de considération de son travail, résigné face à la trajectoire sans cesse plongeante de son pays. La dernière fois que je suis allé à l’atelier, il s’arrachait les cheveux: une coupure de courant venait de se produire et il allait devoir attendre des heures avant de lancer sa cuisson. A bientôt 50 ans, cet homme né dans un petit village du Chouf aimerait se poser un peu, ne plus avoir à s’occuper de la fabrication – éreintante – de sa propre terre. Mais il continue, inlassablement, et mourra peut-être un jour là, entre deux bocaux de poudre blanche et des pièces réalisées dans les années 90 et jamais finalisées.

Un soir pluvieux de janvier 1997, c’est Samir qui était venu me chercher à l’aéroport quand j’ai débarqué à Beyrouth avec ma pauvre valise. Avec comme bouquet de fleurs de bienvenue, son sourire et sa gentillesse. Depuis, rien n’a changé en lui, mis à part quelques cheveux gris sur ses tempes. Comme sur les miennes.

mardi, 19 février 2008

Partition achevée pour Rafic Hobeika

0b24f7830883de872b0484723e5ea314.jpgJ’ai rencontré monsieur Rafic au printemps 2006. Petit et pétillant, les cheveux d’un blanc éclatant, il avait le verbe facile. Je n’avais jamais entendu parler de lui auparavant. Pourtant, il avait eu son heure de gloire dans le monde de la musique: chef d’orchestre, compositeur, il a laissé derrière lui une œuvre foisonnante dans le folklore libanais. Puis il s’était retiré, dégoûté de ce monde artistique devenu trop mercantile à ses yeux. Il avait donc remisé sa baguette pour prendre son pinceau, et gérait une petite boutique d’encadrement pas loin de la place Sassine. C’est là que je l’avais vu pour la première fois alors que j’avais besoin de faire encadrer des photos. Il m’avait raconté un bout de sa vie. Il se souvenait avec amertume d’une époque synonyme de liberté et de légèreté (peut-être trompeuse), comme en témoigne la pochette de l’un de ses 33 tours – ci-dessus –  datant de 1973. On ne verrait plus de Suédoise blonde et dénudée sur des albums de variété orientale de nos jours…

Il y a quelques jours, je suis retourné le voir pour un encadrement, avec aussi dans l’idée de faire son portrait. Sa femme m’a accueilli, tout de noir vêtue. «Il est mort il y a trois mois. Son cœur s’est simplement arrêté de battre. C’était un bon père de famille», m’a-t-elle dit simplement. Elle a repris la boutique d’encadrement, histoire d’occuper ses journées et de ne pas trop cogiter. Je me suis senti bête, face à cette femme au chagrin évident. Et je me suis dit que je n’aurais pas dû attendre si longtemps avant de revenir voir monsieur Rafic.

jeudi, 10 janvier 2008

Beyrouth dans Coming up #22

coming_up.jpgNon, le Liban n’est pas qu’un ramassis de terroristes palestiniens, de Hezbollahis en armes, de politiciens verreux, ni un stand de tir aux pigeons. Vous ne me croyez pas? Alors un petit conseil (surtout à l’adresse de nos lecteurs ayant posé leurs valises en France): courez acheter le dernier numéro du magazine Coming up (#22), édité à Marseille mais disponible dans le reste de la France (vous trouverez ici la liste des points de vente ville par ville). Un gros dossier vous y attend sur le Beyrouth culturel qui m'est si cher, sous forme de carnet de route (ou de rue, au choix). Vous y découvrirez des endroits, des tendances, des gens, dont malheureusement on ne parle pas assez souvent dans la presse. Mais toute cette faune réunie donne à chacun de ses membres des raisons de rester au Liban.

PS: Pour les lecteurs potentiels «hors France» (on va quand même pas tirer une balle dans le pied d'Eric Foucher, rédacteur en chef et auteur dudit dossier!), nous pouvons envoyer les 15 pages en pdf. Comme le fichier est lourd et que nos connexions libanaises imposent des quotas ridicules en upload, je ne ferai qu’un envoi commun. Ceux qui sont intéressés n’ont qu’à laisser un petit commentaire contenant leur adresse e-mail dans le texte…
Offre valable jusqu'au jeudi 17 janvier midi.

Comme certains ne l'ont pas reçu ou se sont manifestés en retard, et que nous sommes super gentils, nous referons un envoi à la fin du mois de janvier.

mardi, 27 novembre 2007

Week-ends chargés en perspective

Bon, le palais présidentiel est vide mais la Terre tourne. Comme il n'y a pas que la politique au Liban, parlons un peu culture et lifestyle. Plusieurs petits événements se préparent, on va donc les prendre dans l’ordre chronologique…

93fcd27efe8462075642a3f8570ebc63.jpgCommençons par vendredi soir (le 30). Pour les amateurs de dancefloor, le Forum de Beyrouth à la Quarantaine accueillera le DJ David Vendetta (le nom qui tue!). Un petit conseil: renseignez-vous avant d'y aller, il y a toujours un risque d'annulation de dernière minute...

 

 

 

 


cc86b6a19eaf429ea7f60be99c62274c.jpgLe lendemain matin, après une petite manouché zaatar, vous pourrez passer par un vide grenier trendy, bizarrement intitulé «Le garage sale» (pour les francophones, le jeu de mots en anglais est un peu douteux, mais bon…). Ça se passe donc au Art Lounge (à la Quarantaine lui aussi), samedi et dimanche prochains, et vous pourrez y faire plein de bonnes petites affaires. C’est du moins ce qu’en disent les organisateurs(trices).

 

  

b1bfe4acd4ff4a0f2a8663cbd1a351af.jpgEnsuite, dimanche soir, après avoir sué au Forum et fait vos emplettes, vous pourrez passer un bon moment au Music Hall, avec la reprise des Cabarets du monde. Invitée du soir: l’Algérienne Biyouna (inconnue au bataillon en ce qui me concerne). Je vous copie ici le descriptif officiel: «Reine d'Alger et princesse de Paris, Biyouna transcende les styles. Sa voix brûlante et typée se plaque sur des grooves magiques qui doivent autant à Bob Azzam et Maurice El Medioni qu'à Marianne Faithfull et Jah Wobble. Une musique intercontinentale et interlope où cohabitent rock kitsch, blues baroque, swing arabe, funk reptilien et pop voluptueuse: une collection de magnifiques chansons populaires modernes, tout simplement.» Avis aux curieux, donc.

 

 



5b274a5f4a478a7ff6161386c7d28080.jpgAprès ça, vous avez une semaine pour souffler. Les batteries rechargées, vous irez sans doute voir l’expo consacrée aux 40 ans de présence du Comité international de la Croix-Rouge au Liban. Le bureau beyrouthin du CICR proposera donc une exposition de photos du 7 au 20 décembre, au Glass Hall, rue de la Banque du Liban à Hamra.

 

 




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Dimanche 9 décembre, équipez-vous de bonnes chaussures pour participer à la marche pour le climat (le «climate walkaton»), organisée à Aïn el-Mraisseh par IndyAct. Cette manifestation – qui aura lieu dans 70 pays simultanément – fera écho aux banderoles rouges et bleues que l'on a pu voir fleurir ces deux dernières semaines, avec la mention alarmiste: «sea water level». En effet, à cause du réchauffement climatique, les Beyrouthins se retrouveraient à terme les pieds dans l'eau...

 

d09fd6fa42941d614a1fb9e0a8bf0c49.jpgAttention, le week-end ne sera pas fini pour autant: le festival Liban Jazz, qui va fêter ses 5 ans (happy birthday Karim!) accueillera le quartet de Laurent Mignard (ça, c’est du lourd). Ça se passera le soir-même, toujours le 9 décembre, dans les murs du Music Hall à Starco.

Comme quoi, président ou pas, la vie continue! Tout le monde s'excite sur la conférence d'Annapolis, et sur le très probable report du scrutin de vendredi prochain (ô surprise).
En attendant, sur Facebook, il y en a qui ont de l'humour, comme en témoigne une pétition qui circule pour envoyer ce bon général Aoun à Deir es-Salib...

 

PS: Caramel, le film de Nadine Labaki, vient de remporter le prix Fipresci du meilleur film du festival de Stockholm. Comment clame-t-on «cocorico» en libanais?

jeudi, 08 novembre 2007

Les belles étrangères : l’autre visage du Liban

belles_etrangeres.jpgOuf, un peu d’air pur! Tournons le dos un court instant à la politique, à la pollution atmosphérique et autres maladies libanaises sans antidote. Parlons bouquins, littérature, auteurs de notre beau pays.

Du 12 au 24 novembre prochain, douze écrivains libanais vont sillonner les routes de France (et de Belgique) à l’initiative du ministère de la Culture français, pour des rencontres et des lectures. Au programme donc: Elias Khoury, Alawiya Sobh, Rachid El-Daïf, Imane Humaydane-Younes, Hassan Daoud, Mohamed Abi Samra, Charif Majdalani, Yasmina Traboulsi, Abbas Beydoun, Tamirace Fakhoury, Joumana Haddad et Zeina Abirached. Cette manifestation aura en outre le bon goût de sortir de Paris. Ces événements auront lieu à Aix-en-Provence, Alès, Anglet, Arles, Asnières, Bègles, Bordeaux, Bruxelles, Carcassonne, Caunes Minervois, Corté, Dunkerque, Etretat, La Rochelle, Le Chesnay, Liège, Lille, Lomme, Lyon, Marennes, Marseille, Montpellier, Nancy, Nantes, pantin, Paris, Pessac, Pulversheim, Saint-Nazaire, Strasbourg, Toulouse, Villeneuve Minervois et Villeneuve-sur-Lot.

Bref, pour nos lecteurs français de France, il n’y aura donc aucune excuse pour rater ces rendez-vous! Vous pouvez retrouver les biographies des auteurs invités et le programme complet de ces «douze jours de culture libanaise près de chez vous» sur le site des Belles étrangères.

Bon, la parenthèse d’air pur se referme, on retourne à nos maladies levantines! Demain, on va rendre visite aux députés embastillés à l'Hôtel Phoenicia...

mardi, 18 septembre 2007

Le Liban se fait une place à Venise

Ce genre de nouvelles passe franchement inaperçu dans le contexte actuel. C’est vrai, dans une semaine, nous avons une (faible) chance d’avoir un nouveau président, et une plus grosse de plonger un peu plus profond dans la crise politique. Mais le Liban n’est pas que chaos. Il s’exporte aussi, et son art demeure l’un de ses meilleurs ambassadeurs.
medium_venise1.jpgmedium_venise2.jpgmedium_venise3.2.jpg

Pour la première fois, la Biennale d’art contemporain de Venise – qui en est à sa 52e édition – accueille un pavillon libanais. Sous l’impulsion de Sandra Dagher (ex-Espace SD) et de Saleh Barakat, le Liban a donc débarqué dans la cité italienne début juin et pliera bagages à la fin du mois. Cinq artistes ont fait le déplacement: le photographe Fouad el-Khoury, les vidéastes Lamia Joreige et Akram Zaatari, l’écrivain Walid Sadek et la polyvalente Mounira el-Solh (vidéo, photo et peinture).

Selon Sandra Dagher que l’on a rencontrée hier, l’exposition – intitulée Foreword – a été particulièrement bien accueillie par les critiques et le public. «De nombreux visiteurs restent deux heures dans notre pavillon, nous sommes les premiers surpris de cette attention!, explique-t-elle. Nous avons en tout cas montré que même si le pays est paralysé, il y a encore des gens qui bougent et qui sont motivés pour que l’image du Liban ne se ternisse pas davantage. Donner une place au Liban dans un événement international comme celui-ci est particulièrement important, spécialement en ce moment.»
Pour ceux qui auront la chance de faire le détour par Venise dans les deux prochaines semaines, l'expo reste ouverte jusqu'au 30 septembre.

On vous laisse avec une petite vidéo prise sur les lieux...


 
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