lundi, 21 mai 2007
Pauvre de moi, j'avais oublié Verdun
Il y a 1/4 d'heure, une nouvelle explosion a soufflé le quartier de Verdun, une zone chic et résidentielle du côté ouest de Beyrouth. Le point commun avec l'attentat d'hier à Achrafieh? Verdun était le rendez-vous des amateurs de cafés et narguilés, tranquilles sur les terrasses des grands centres commerciaux. En clair, les poseurs de bombes ciblent les endroits où la vie ne s'était pas arrêtée.
Restent donc dans cette catégorie:
- Gemmayzeh, où tous les noctambules beyrouthins sortent le soir;
- La place Sassine, même si l'attentat d'hier n'était pas loin;
- La zone proche de l'Université américaine, où de nombreux petits pubs font recette;
- Sans compter les supermarchés genre Monoprix et Géant.
Voilà, d'autres endroits m'échappent certainement. Mais bon, vous êtes prévenus!
PS: Drôle de jour anniversaire pour Yasmine...
23:25 Publié dans Attentats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liban, explosion, beyrouth, verdun
L'été est revenu, mais il pleut du verre
Ce matin, notre quartier de Mar Mitr s'est réveillé meurtri. Réveillé est un mot peut-être déplacé, car beaucoup n'ont pas dormi. Lentement, tout le monde est sorti, balai à la main, pour évacuer les tas d'éclats de verre jonchant les trottoirs et les balcons. En bas de chez nous, je croise une voisine, le visage hagard, avec sa balayette et sa petite pelle en plastique bleue. Elle habite au rez-de-chaussée, et toutes les vitres sont parties en poussière hier soir. Elle me raconte l'onde de choc et la chaleur instantanée qui a envahi son appartement.



Un peu plus loin, sur le boulevard qui remonte vers la place Sassine et qui longe la scène de l'attentat qui a coûté la vie à une femme de 64 ans écrasée par la chute d'un mur, les façades sont toutes marquées: la devanture du supermarché Spinney's, celle d'un grand magasin de jouets, celle d'un resto où nous mangeons habituellement de délicieux sandwichs jebné batata... Et puis plus haut se trouve l'ABC, seul poumon commercial de la capitale libanaise qui respirait encore. L'explosion n'a fait que noircir sa façade, mais les dégâts seront bien plus importants que ça. Il va falloir reconstruire la confiance maintenant. Et ça, c'est bien plus compliqué que d'entasser des parpaings.
En passant devant ce matin au moment d'accompagner les filles à l'école, j'ai tracé le plus vite possible pour qu'elles n'y fassent pas attention. Miracle, elles ont le sommeil lourd et ne s'étaient pas réveillées hier soir. Hier justement, l'aînée, nous voyant assez stressés à cause des événements de Tripoli, nous disait qu'elle voulait partir du Liban, "car il y a toujours la guerre". Nat l'a rassuré en lui disant que c'était loin, au nord du pays... Le problème, c'est que ça se rapproche dangereusement.
Enfin. Hier, j'ai reçu un mail d'un copain installé en Patagonie, tout au sud de l'Argentine. Il m'envoyait des photos sublimes de la région où il vit. Je me demande simplement s'il n'a pas eu raison de partir loin de tout, dans une région paisible. Faire partir les gens encore accrochés au rêve libanais est certainement l'un des objectifs de cette nouvelle campagne de terreur qui pointe le bout de son nez.
11:05 Publié dans Attentats | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : liban, attentat, beyrouth, achrafieh, abc
Et si ça pétait? Et bein ça a pété!
Putain de dimanche de merde. Résultat des courses: 39 morts au nord dans les "accrochages" (j'adore le terme utilisé par nos confrères) entre l'armée libanaise et les miliciens de Fatah al-Islam, qui sont loin d'être tous Palestiniens. Et puis...
A 23h45, grosse explosion, à 150m de chez nous. Toutes les alarmes de voitures se mettent en branle. Les vitres volent de partout. Un incendie prend au pied de l'ABC, cet immense centre commercial en plein cœur d'Achrafieh. Selon les premières infos, c'était une voiture piégée. Depuis le temps que ça nous pendait au nez...
Combien de temps cela va encore durer????????????????
Yalla, j'y vais, l'électricité vient de partir, j'ai l'UPS qui fait bip bip.
00:40 Publié dans Attentats | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : liban, beyrouth, ABC, explosion
jeudi, 22 février 2007
Et si ça pétait?
Ce matin en partant de chez nous, la circulation était fortement ralentie sur le grand boulevard, au niveau de l’ancien immeuble de la chaîne de télé MTV (à 300m de chez nous, en plein cœur d'Achrafieh): militaires et gendarmes quadrillaient le périmètre. Une caisse de bâtons de dynamite venait d’être trouvée et les démineurs étaient en train de faire leur boulot. Tout le monde a en tête le double attentat de la semaine passée à Aïn Aalaq (3 morts près de Bikfaya). Il y a 2 jours, une caisse identique à celle de ce matin avait été désamorcée à Bir Hassan, dans la banlieue sud. Et ce midi, la nouvelle de 2 autres caisses découvertes aujourd’hui circulaient en ville.
La question est: ces caisses sont-elles là pour être trouvées à temps? Sont-elles là pour exploser? En tout cas, elles atteignent un but dans l’une ou l’autre des hypothèses: elles entretiennent la peur, et jettent un peu plus de suspicion sur cette «main étrangère» qui n’a d’autre ambition de que foutre le bordel dans le pays.
18:25 Publié dans Attentats, Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : blog, beyrouth, liban, dynamite, achrafieh
mercredi, 06 décembre 2006
Presque un an...
Le 12 décembre, cela fera un an que Gebran Tueini aura été assassiné. Une voix qui portait dans le désert et qui se serait sûrement fait entendre aujourd'hui, devant le chaos total qui menace le Liban. Un petit film a été réalisé à sa mémoire, présentant le discours qui lui avait donné une véritable stature nationale. Un "serment" de fraternité qui me donne encore la chair de poule, et que beaucoup devraient se remémorer par les temps qui courent. Salut Gebran. Nous ne nous sommes pas toujours bien entendus, mais j'espère que ta tombe est confortable, car tu dois souvent t'y retourner...
Nous vous proposons de télécharger le petit film fait en sa mémoire, pour ce funeste anniversaire. Clickez ici.
20:55 Publié dans Attentats, Presse & Internet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liban, blog, beyrouth, gébran, gebran, tueini, tuéni
mercredi, 22 novembre 2006
A quand l'assassinat de trop?
Eh oui, il y a toujours plus profond que le fond. Hier après midi à la même heure, Pierre Gemayel est tombé sous les balles. Il était un "fils de", comme presque tous les politiciens de ce pays. Il était surtout l'un des derniers "jeunes" présents au Parlement et surtout au gouvernement. Depuis l'attentat contre Hariri le 14 février 2005, la classe politique libanaise a vu partir ses futures têtes pensantes. Le dernier en date était Gébran Tuéni, le 12 décembre, il y a presque un an. Il y a une semaine, Samir Geagea disait qu'il suffisait de tuer 2 ministres pour faire tomber le gouvernement Siniora. A qui le tour? Moawad? Sarkis? Lequel?
Toucher au clan Gemayel est un symbole, car il avait déjà payé son tribut en terme de sang. Toucher à Pierre Gemayel, c'était aussi tirer sur une voix modérée, qui appelait à la justice, qui implorait ses contemporains de ne pas quitter le pays alors que, depuis la guerre de juillet, l'hémorragie est énorme. La "main invisible", qu'elle soit syrienne ou autre, mène un combat abjecte, et Pierre Gemayel pensait que la victoire était possible. L'est-elle encore? Le simple fait de rester au Liban est-il, en soi, l'acte ultime de résistance?
Hier soir, nous sommes allés dans le cœur du fief chrétien de Beyrouth: la place Sassine. Là-haut, les jeunes n'attendaient qu'une chose, c'est que le père de Pierre Gemayel appelle à monter sur le palais présidentiel du "clown" Emile Lahoud. Amine a appelé au calme, mais les partisans n'en peuvent plus: "Ils les tuent les uns après les autres. On va pas continuer à rester les bras croisés!", nous disait un membre des Phalanges, le parti des Gemayel. On ne peut que le comprendre: depuis la tentative de meurtre contre Marwan Hamadé à l'automne 2004, toutes les personnes assassinées étaient du même bord...
Aujourd'hui, c'était le 14 juillet local: le 22 novembre est synonyme de fête de l'Indépendance. Il y a d'habitude de ronflants défilés militaires auxquels toute la République assiste. Aujourd'hui, Beyrouth est une ville morte. En revanche, dans la montagne, à Bikfaya, une foule immense a suivi le cercueil du ministre assassiné. Les funérailles auront lieu demain, et se transformeront certainement en marée humaine... chose prévue initialement le même jour par le Hezbollah. La donne vient encore de changer, et on sait encore moins de quoi sera fait demain.
Moi, je regarde ce qui se passe ici, et je me prends la tête entre les mains: ce si petit pays, qui attire tant de convoitises, n'a-t-il pas le droit simplement de vivre en paix? Les fils de pute qui tirent les ficelles seront-ils un jour jugés? Faut-il s'étonner du timing qui voit la Syrie et l'Irak sous mandat américain faire ami-ami après 24 ans de disette diplomatique? Faut-il se souvenir comment les Américains, selon leurs intérêts du moment, ont lâché le pays aux Syriens au moment de la guerre du Golfe? Faut-il être masochistes pour continuer d'y croire, envers et contre tout? Est-ce que quelqu'un a la réponse dans la salle?
17:30 Publié dans Attentats | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









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