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mercredi, 03 octobre 2007

Marche blanche : « touchant mais futile »

medium_marche_blanche.jpg

Je reviens de la marche blanche, organisée par les proches de Charles Chikhani, une victime collatérale (comme on dit) de l’attentat qui a visé le député Kataëb Antoine Ghanem, le 19 septembre dernier. Le bouche-à-oreille (et les spots publicitaires et autres Facebook) ont marché à merveille: il y avait du monde, beaucoup de monde, pour rendre hommage à un jeune homme de 28 ans. Un anonyme. «Ça aurait pu être n’importe lequel d’entre nous, qu’on s’appelle Charbel ou Mohammad, m’a dit une consœur de L’Orient croisée dans le cortège silencieux. Tout ce que l’on veut, c’est vivre en paix.»

Cette manifestation pacifique se voulait tout ce qu’il y a de plus apolitique, même si des associations affiliées au 14 Mars et quelques membres de la smala Gemayel ont fait le déplacement, ce qui n’a pas plu à tout le monde. Mais bon. Dans la foule, l’émotion était partout. Et la nouvelle cet après-midi du décès d’une 6e victime de l’attentat n’a rien fait pour arranger les choses. «En plus, elle était enceinte», comme me l’a dit une femme assise sur un trottoir.

Pour tous, l’essentiel était d’être là, physiquement ou par la pensée. Dans les rues d’Achrafieh en tout cas, les bougies sur les balcons n’étaient pas rares. Mais comme me l’a dit un ami croisé ce soir, «cette marche blanche est aussi touchante que futile, car elle ne changera rien à la situation merdique du pays.» C’est cynique mais vrai. Elle aura peut-être apporté un peu de réconfort aux femmes en deuil de la famille Chikhani. Ces dames en noir contrastaient violemment dans cet océan de chemises et t-shirts blancs.

Voici deux petites vidéos prises ce soir... 



lundi, 10 septembre 2007

L'énergie, un vrai défi commun

medium_plateforme.2.jpgIl existe une Arlésienne dans notre beau pays: le Liban possèderait des ressources pétrolières et gazières inexplorées. Cela fait des dizaines d’années que l’on en parle, et le sujet revient sur le tapis régulièrement. Jeudi dernier, le ministre de l’Energie, Mohammad Safadi, a affirmé que des études poussées venaient de confirmer l’existence de telles richesses sous les pieds des Libanais (surtout dans les eaux territoriales), et que des compagnies de prospection se bousculent au portillon pour déterminer si cette manne est commercialement exploitable. Quelque part, j’espère que non. Je m’explique.

Je suis en train de finir la lecture du bouquin quelque peu alarmiste d’Eric Laurent, La face cachée du pétrole. Il y fait l’historique de l’aventure pétrolière humaine, de la fin du XIXe siècle à nos jours. Un constat de base s’impose: pour de nombreux pays, l’or noir est devenu une malédiction, entraînant corruption et malversations, car dans la plupart des cas les immenses revenus pétroliers n’ont jamais servi à améliorer le niveau de vie de la population mais seulement celui de la classe dirigeante (voir les Etats du Golfe ou d’Afrique par exemple). Et dans ce cas malheureusement, je ne vois pas vraiment comment le Liban – connaissant ses forces et surtout ses faiblesses – ferait exception.

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vendredi, 07 septembre 2007

Beddawi: terminus pour réfugiés 2

medium_beddawivache.jpgAprès David j’ai à mon tour envie (besoin?) de raconter Beddaoui. Si tant est que cela puisse être raconté.
Achraf (voir album photo) a failli perdre sa jambe. Caché dans Nahr el-Bared, il était sorti pour trouver de la nourriture pour ses enfants qui n’avaient rien mangé depuis trois jours. Il n’a pas eu de chance. C’est ce jour-là que les voitures de l’UNRWA (l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens) ont été prises pour cible. Achraf était à côté, pour prendre du pain. Il est tombé, n’a pas pu se relever. Son père l’a entendu hurler: «Ma jambe brûle, ma jambe brûle!». En effet, elle ne tenait plus que par un lambeau de chair. Achraf a refusé d’être amputé, parce qu’il voulait pouvoir continuer à travailler ensuite. C’est son père qui a payé les 30000 dollars d’opération et de soins, en s’endettant. Et son papa est très fâché. «Cela vous fait quoi de voir ça?», me lance-t-il en montrait la jambe boursouflée de son fils. Que lui répondre… Que oui, parfois, on a l’impression d’être des charognards se repaissant de la misère humaine, source de nos revenus (parce que c’est ce qui intéresse les lecteurs)? Que oui, je me sens impuissante devant la souffrance du monde? Mais ce que je lui ai finalement répondu me semble tout aussi vrai: dans ce métier, nous voyons des enfants morts, des femmes violées, des hommes défigurés, des cadavres grouillant de vers, des larmes, du sang… Et si je devais pleurer à chaque fois, je n’en finirais jamais. Car le monde tourne ainsi, à mon plus grand regret. En racontant ce que nous voyons, nous espérons – peut-être à tort – interpeller les consciences. Et c’est toujours mieux que de rester les bras croisés, ce que je ne pourrais faire. Mais bien entendu, ce n’est pas mon fils sur ce lit, qui a tout perdu sauf la vie et une jambe estropiée…
La question palestinienne me heurte, me bouleverse et me pose question. «Combien de fois devrons-nous fuir? Qu’avons-nous fait pour mériter cela?» Ces questions, nous les avons entendues à de multiples reprises aujourd’hui. Et il n’y a pas de réponse, évidemment. Si la vie était juste, ça se saurait.

Colère, amertume, découragement… Ces sentiments sont compréhensibles chez une population ballottée de camp en camp, de pays en pays. Une vieille femme venait de vivre son quatrième exode. Comment exister sans passeport, sans carte d’identité, sans pays? Alors, c’est dans ces camps que les réfugiés ont investi leur affection. «Cela fait 60 ans que nous bâtissons Nahr el-Bared, explique une très jeune femme. C’est chez nous, même si nous savons que ce n’est pas notre patrie.» Il faut bien poser ses bagages quelque part. Mais ces 60 ans ont été rayés de la carte en quelques mois. Et il faut des coupables. Certains en veulent à Fatah el-Islam, affirmant avoir d’excellentes relations de voisinage avec les Libanais. Mais beaucoup en veulent au Liban tout court. Ce Liban qui ne leur donne pas le droit d’acheter une maison, de travailler et encore mois d’obtenir la nationalité. Ce Liban qui, je crois, ne peut tout simplement pas le faire. On a vu ce qui s’est passé en 1975. Mon père, Français, me racontait avoir décidé de quitter ce pays où il avait rencontré ma mère, Libanaise, dès 1973. Lorsqu’un Palestinien lui avait mis un flingue sur la tempe à un barrage dans Beyrouth. La souffrance légitime des Palestiniens a conduit à de bien regrettables excès. Et rien n’a changé depuis les années 70, si ce n’est la croissance exceptionnelle du taux de natalité palestinien, la montée de l’islamisme, la paupérisation du Liban et l’accentuation des tensions régionales. Tout cela est intimement imbriqué.

Je n’ai aucunement la prétention de proposer une solution. D’autres bien plus intelligents que moi s’y sont déjà cassé les dents. Mais je sais une chose: l’avenir du Liban passe par l’avenir des Palestiniens. Quel avenir? Haha! C’est bien le problème! Et si moi, qui ne suis pas directement concernée, me désespère devant l’absence d’alternatives, que serait-ce pour eux, qui voient leurs enfants grandir au milieu des poubelles, jouant pieds nus dans les eaux d’égout?

J’avais travaillé sur Nahr el-Bared il y a trois ans de cela. Et une image s’était imprimée durablement dans mon cerveau: des enfants jouant dans le fleuve El-Bared, au milieu des carcasses de moutons crevés qui suivaient son cours. A mes yeux, cette image comporte plus d’un symbole…

jeudi, 06 septembre 2007

Vivre ensemble

Je lisais il y a quelques minutes un papier sur le site Ya Libnan évoquant une "guerre civile froide" en cours au Liban. Dans l'article, une jeune femme rappelait ce jour du 14 mars 2005, cette incroyable manifestation populaire. L'expression "14 mars" n'avait qu'un sens ce jour-là (loin des guéguerres politiciennes d'aujourd'hui): dégager les Syriens et prouver que tous les Libanais pouvaient vivre ensemble, comme l'a clamé si brillamment Gebran Tueini dans son serment que voici (pour mémoire)... Il ne faudrait pas oublier que certains y ont cru.

Voilà la solution au problème libanais!

medium_parcmetre.jpgmedium_generateur.jpgQuizz 1 Que cachent les deux objets emballés dans du plastique noir sur la photo de gauche?
1. Une sucette géante et un carambar non moins géant.
2. Une œuvre d’art contemporain oubliée sur la voie publique par son auteur.
3. Un panneau routier et un parcmètre.
Quizz 2 Que signifie cette lumière rouge sur la photo de droite?
1. Nous sommes dans un sous-marin nucléaire.
2. Le photographe du coin est en train de développer ses clichés dans sa chambre noire.
3. L’EDL est en rade et le générateur du quartier alimente les immeubles environnants.

Fini de rigoler! La grande question aujourd’hui, essentielle, qui se pose au Liban, est: qui veut remplir avec quoi la carcasse vide de l’Etat libanais? Car le vide est abyssal.

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Silence radio sur Nahr el-Bared

medium_googleearth_nahr_el-bared.jpgPeut-être êtes-vous étonnés de ne pas avoir lu ici une seule ligne sur la fin du conflit de Nahr el-Bared ces derniers jours. Nous n’avons tout simplement pas grand chose à dire. On peut toujours se féliciter de la victoire de l’armée libanaise et fêter ça comme tout le monde ici, à coups de feux d’artifices supersoniques. C’est vrai, la troupe est sortie victorieuse et c'est très bien comme cela mais on peut aussi se poser la question, comme l’a fait si justement Issa Ghorayeb dans son édito dans L’Orient d’hier, sur le fait que cette armée ait été à bout de souffle et de munitions à peine une semaine après le début du conflit et qu'elle ait dû être sponsorisée sans cesse par des pays étrangers (Etats-Unis, Italie...). Ghorayeb se demandait simplement si cette vénérable institution n’aurait pas dû investir dans du matériel ces 15 dernières années plutôt que de construire des bains militaires luxueux et de verser des pensions faramineuses aux militaires à la retraite.

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vendredi, 24 août 2007

Libans?

medium_lebanese_flag.jpg

Cela fait plusieurs jours que je cherche le temps nécessaire pour aborder dans ce blog un sujet qui revient sur de plus en plus de lèvres.

Le discours hier de Michel Aoun à ses partisans démontre que ce qui n’était pour moi qu’une inquiétude est en fait une réelle question d’actualité. A juste titre ou non.

Si vous surfez sur les forums libanais ou traitant du Liban, et en particulier si vous prenez le temps d’explorer les commentaires – de plus en plus virulents, voire haineux – un constat s’imposera à vous: nombre de Libanais parlent de partition, quel que soit le camp politique auquel ils appartiennent. Ils sont pour, ils sont contre, le sujet déchaîne les passions. Il y a le partisan du Hezbollah qui considère que le Sud est «son Sud» et que personne n’a droit de regard sur ce qui s’y passe, le FL qui juge que le Hezb devrait avoir le Sud «pour que ses membres soient les seuls à se faire tuer s’ils provoquent Israël» et que les Aounistes «aient le Nord et soient proches de leur sœur Syrie», etc, etc.

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lundi, 29 mai 2017

La 5e colonne

Je suis arrivé là, pas vraiment pas hasard. Sur ce bout de terre qui n'en est pas vraiment un. Je pense qu'il ne devait pas être là il y a vingt ans. Peut-être, un jour, la mer s'est-elle retirée. Juste à cet endroit. Laissant alors apparaître la colonne vertébrale d'un monstre sorti du fond des âges. Là, à Beyrouth, sur ce front de mer qui tente désespérément de se donner des airs de je-ne-sais-quoi.

DSC_0036snb.jpg

En la voyant, j'ai essayé de m'imaginer la bête. Colossale. Agressive. Avec une queue interminable lui servant d'arme fatale contre ses congénères. Elle devait bien mesurer 300 mètres de long, peser des dizaines de tonnes. Peut-être venait-elle d'une autre planète. Je n'en sais rien.

Pendant une heure, j'ai tenté de comprendre ce qu'elle faisait là. Comment elle était arrivée là. Pourquoi personne n'en parlait en ville. Incroyable tout de même, cette preuve d'une vie dépassant tout ce que la Terre avait enfanté auparavant. Ici, à Beyrouth et nulle part ailleurs. Je me suis approché, j'ai touché ces vertèbres minéralisées. Elles étaient lisses et rugueuses en même temps, devaient s'emboîter parfaitement les unes aux autres. J'imaginai les masses de cartilages et de tendons qui avaient, quelque part dans le temps, relié tout ça, animé tout ça, avec une puissance inégalée. Je n'en revenais pas de cette découverte. Je voyageai sur place, dans un silence bercé par un lointain ressac.

 

[...]

Et puis il est arrivé. Le petit bonhomme en gris que j'avais repéré en arrivant, ronquant tranquillement à l'ombre de sa cahute. «Mamnou3, mamnou3!», me lança-t-il alors que j'étais en train de prendre une dernière photo de cette monstrueuse colonne vertébrale. Mon petit rien tout gris m'explique alors que ce terrain est la propriété (privée) de Solidere et qu'il est évidemment interdit d'y venir, qui plus est équipé de cette odieuse invention numérique.

Solidere, Dahyeh, même combat. Le pays s'est transformé en gigantesque propriété privée où prendre une photo est passible de la peine de mort. Il me fait rire, ce bon monsieur Mikati, quand il déclare que la priorité des priorités est d'assurer la «prospérité de la saison touristique». Chers touristes, vous êtes les bienvenus, évidemment. Mais mieux vaut vous prévenir: la 5e colonne veille au grain, alors contentez-vous d'acheter des cartes postales.

 
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