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vendredi, 23 novembre 2007

Considérations diverses à H-5

La Lune a continué sa jolie trajectoire dans le ciel, jouant à cache-cache avec les nuages. La montagne est magnifique de nuit. De Beyrouth, on voit très clairement jusqu'à Jbail ce soir... Finalement, c'est tout ce que l'on réclame, un peu de clarté. beyrouth_nuit.jpg

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Il y a une chose toujours embêtante quand on écrit des papiers sur le Liban, particulièrement sur l'élection présidentielle actuelle. C'est au moment de faire son titre. Une fois qu'on a évacué "le dernier report", puis "l'ultime report", on écrit quoi?

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Ils sont venus, ils ont vu, mais ils n'ont pas votu. (désolé, je suis fatigué, j'en ai marre des conneries de nos hommes politiques)

Considérations diverses à H-7

Kouchner est parti, Lahoud a prévenu qu'il attendrait minuit pour plier bagages (ou non), tout le monde s'active encore alors qu'un nouveau délai (au 30 novembre) a été avancé pour une nouvelle session parlementaire... Je me suis mis le doigt dans l'œil. Je pensais que l'attente insupportable prendrait fin demain, il semblerait bien qu'on en remette une couche. Pourquoi nous avoir cassé les pieds depuis des mois avec cette fatidique date du 23 novembre à minuit? Ça va pouvoir durer jusqu'à 2020 comme ça, à nous imposer des reports de semaine en semaine. Remarquez, 2020, c'est plutôt pas mal comme hypothèse, il y a des chances pour que nos seigneurs de guerre aient passé l'arme à gauche.

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Je reviens d'un petit tour en ville. J'en ai profité pour faire un crochet par le magnifique sit-in du centre-ville (photo ci-dessous à gauche). Toujours aussi accueillant et chaleureux. Les deux pelés et trois barbus qui font semblant d'être là se réchauffent comme ils peuvent. Mais attention, il ne faut pas se fier aux apparences... Nos amis CPL et Hezbollah sont là depuis presque un an, à bloquer les places des Martyrs et Riad el-Solh, des emplacement bien stratégiques. Depuis des mois, les tentes et les posters jaunissent, il n'y a quasiment personne sur place. Ils attendent quoi exactement?

d67d185fb1fefd0dbd7ae959d7350ae8.jpga831854300d2cd4c43b306b51f1d4ec8.jpgPendant ce temps-là, le reste de la ville ronronne doucement. J'ai même croisé quelques transports scolaires, comme quoi certaines écoles ont ouvert leurs portes aujourd'hui malgré tout. Et à Gemmayzeh, plusieurs cafés comme le Torino Express (ci-dessus à droite) sont pleins. Remarquez, c'est pas difficile, on doit pouvoir y rentrer à 20 maximum...

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5685e4c7193923fcac2361a9709db4d5.jpg Comme je l'écrivais hier, les rues de Beyrouth sont kaki. Les militaires sont partout. On se sent bien protégés comme ça, oh ça oui... J'espère que, en cas de conflit, nos amis en treillis respecteront le drapeau libanais plutôt que ceux des milices.

 

 

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Bon, côté météo, mes informations ne sont pas très fiables. Ce soir, les nuages sont très menaçants au-dessus de la montagne...
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Considérations diverses à H-11

Alors, la tendance du moment est à l'annulation du vote au Parlement. Mais tant que l'heure fatidique de 23h59, ce soir, ne sera pas atteinte, il reste peut-être un petit espoir...

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Hier soir, je me disais que finalement, malgré tous les risques qu'encoure le pays, j'étais content (plutôt soulagé) que l'on soit enfin arrivé au terme de cette période électorale. Que ça pète ou que ça se calme, de toutes façons, le pays et sa population ne pouvaient plus continuer comme ça. Au téléphone, une amie me disait quelques heures plus tôt que pour elle, la guerre de 2006 avait été plus stressante que les semaines qui viennent de s'écouler. Je ne suis pas vraiment d'accord: le manque total de visibilité et l'instabilité ambiante sont à mes yeux bien plus éprouvants. En tout cas, nous allons entrer dans une nouvelle ère à partir de demain, que ce soit le chaos ou l'accalmie. Du moment que ça change, je suis preneur, parce que ça ne pouvait plus durer.

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c05ab9bc80841af5bfe2f60bad65d025.jpgRendez-vous demain soir (samedi 24 novembre) au Basement. Un détail en passant, allez jeter un petit coup d'œil au MySpace du Basement, il y a en écoute un bon petit remix de Lumi. Il faut continuer de faire la fête!

Considérations diverses à H-13

L’opposition veut boycotter, le 14 Mars veut envoyer ses députés coûte que coûte. Sur la place de l’Etoile où se situe le Parlement, il y a déjà une foule de journalistes, attendant ces parlementaires qui devraient pointer le bout de leur nez vers 13 heures. La pression grimpe, chacun fait monter les enchères. Réponse dans quelques heures pour savoir qui aura les plus gros biceps.

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Emile Lahoud est en train de faire ses adieux au personnel du palais de Baabda. Bon débarras. Encore que... Comme me le disait Nat hier, on ne sait pas encore quelle trace ce personnage laissera dans l'Histoire, puisque celle-ci est en général écrite par les vainqueurs...

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Ce matin, le soleil est revenu à Beyrouth. Et selon la météo, cette embellie devrait durer toute la semaine prochaine. En gros, tout le monde a laissé passer l’orage ces derniers jours (au sens propre comme au sens figuré), en attendant le ciel bleu. Si jamais la situation dérape à partir de demain avec quelques belles émeutes comme celles du janvier dernier, au moins, ce sera plus photogénique d’avoir des colonnes de fumées noires sur fond bleu plutôt que sur fond gris.
Pendant ce temps, dans cet horizon (presque) dégagé, des petits bateaux continuent leur train-train quotidien. Nos amis allemands veillent au grain au large.
ciel_bleu.jpg

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Maurice Béjart vient de mourir. Est-ce que quelqu’un se souvient du petit scandale au festival de Baalbeck à cause de l’un de ses spectacles?

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5765399fd108754f818655a6c3a181ea.jpgSur la page d’accueil de L’Orient, hier, un avertissement a attiré mon attention. En raison du 22 novembre, un jour chômé également par la presse, il n’y aurait pas de journal ce matin, la prochaine édition du quotidien serait donc datée du samedi 24 novembre. Je trouve ça hallucinant que, vu les circonstances, un quotidien (quel qu'il soit) respecte ce genre de dispositions syndicales. Ce matin donc, sur le site web du seul quotidien francophone du Liban, il n’y avait pas de «nouvelles neuves». L’équipe rédactionnelle aurait pu garder une veille, afin d’alimenter le site qui est énormément consulté par les Libanais de l’étranger. Faut pas s’étonner si les citoyens cherchant à s’informer vont voir ailleurs…

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Ce matin, j’ai reçu un mail du Circuit Empire (l’un des principaux distributeurs de films au Liban). Le contenu disait en substance que, «à cause de la situation, l’avant-première du film de Robert Redford Lion for lambs, prévue demain matin, était reportée “until further notice”». Ça me rappelle étrangement l’après-12 juillet 2006 quand on recevait les annulations les unes après les autres.

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Toujours dans la rubrique cinéma: un copain chef op’ a débarqué cette semaine de Paris pour participer au tournage d’un film libanais. Le tournage est censé débuter demain. Je trouve ça touchant (ou inconscient?) que certains poursuivent leur effort de vie de cette manière.

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Dernière info d'ordre météorologique: avec ce qui est tombé ces derniers jours, la pointe du Mont Sannine est toute blanche.

jeudi, 22 novembre 2007

C’est la saison des soldes !

michel_aoun.jpgIl est bon mon président, il est bon! Il est frais mon… (euh non, il est pas trop frais, a priori, quel qu’il soit, mais c’est pas grave). Il est bon, mon président, il est bon! Deux pour le prix d’un! Achetez mon président! Il est bon!»

La grande braderie présidentielle libanaise bat son plein. Chacun (du Liban et d’ailleurs) y va de ses arguments, c’est la grande saison des offres promotionnelles. Ce n’est plus une – soit-disant – démocratie, c’est une marchandocratie, dans laquelle celui qui appâtera le mieux le chaland recevra un joli fauteuil avec dorures et coussin de velours, et grâce à laquelle la constitution garde à peu près autant de valeur que du papier Q. Remarquez, la constitution, cela fait si longtemps qu’elle subit les derniers outrages qu’elle n’est plus à ça près: un amendement pour proroger le mandat de feu son Altesse sérénissime Hraoui, un amendement pour «élire» (trop drôle, je me souviens encore de RFI annonçant que «le président avait été nommé ce matin et sera élu cet après-midi») mon généralissime Lahoud, un autre amendement pour proroger le mandat de son généralissime, le roi de l’ATCL. C’est drôlement pratique, les amendements. Mais bon, c’est un peu contraignant; il faut les faire voter, et tout, et tout. Et puis, ça veut dire que la constitution est encore là, puisqu’il faut bien la contourner. Alors hop! Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? Hein? Je vous le demande. En voiture, Simone. Oublions la constitution, on gagnera du temps. Comment ça, c’est pas bien? Voyons, ne cherchez pas midi à 14 heures. Un autre généralissime, grand pourfendeur de corrupteurs, voleurs et autres individus ne lui arrivant pas au-dessus de la ceinture, s’en torche bien de la constitution. Déjà, il y a deux jours, il ne voyait pas pourquoi on s’embêtait avec les délais fixés par ce bout de torchon bien encombrant: c’est vrai, quoi. Pourquoi le 23 novembre à minuit, plutôt que le 24, le 25 ou le 42? Et là, pourquoi passer par le Parlement et faire voter des députés? Je vous le demande, franchement. Les députés, ils sont nombreux, il faut les mettre d’accord, ils doivent s’en référer à des chefs qui pourraient bien ne pas être d’accord non plus. Et puis, il faut les faire venir au Parlement, ce qui est un peu compliqué par les temps qui courent, entre Berri qui doit se donner la peine de sortir son trousseau de clés (rouillées) et la sécurité à mettre en place autour du Centre-ville. Et puis, il y en a qui font la sieste dans le sit-in, faudrait pas trop les déranger non plus. Un nouvel arrivage de protestataires a été livré cette semaine, ils sont bien frais, mais quand même. Laissez-leur au moins le temps de préparer leur narghilé.

Il y a beaucoup plus simple: notre généralissime orange désigne lui-même un «président intérimaire», qui ne serait pas issu de son bloc parlementaire, c’est vrai. Faut pas rigoler, non plus. Ce serait un peu gros, sinon. Et puis, en cas de besoin, il est même prêt à user d’une «autorité extraordinaire» pour désigner lui-même le chef d’Etat-major, dans le cas où Sleimane serait tenté de virer sa cuti et de prendre sa retraite. Et évidemment, pour ne fâcher personne, on monte un gouvernement, avec 55% pour le 14 mars et 45% pour l’opposition, mais dont le Premier ministre sera choisi par la majorité parlementaire. Bon, c'est vrai, il y a de fortes chances que l'on se retrouve exactement dans la même situation qu'avant: un gouvernement mixte, une sorte de «cohabitation» qui aura de bonnes probabilités d'éclater lorsqu'il faudra traiter des dossiers «lourds» (suivez mon regard), un peu comme en novembre 2006. Mais comme ce ne sera que pour deux ans (putain, 2 ans!), notre bon Aoun sera encore en âge de se présenter à la présidentielle suivante. On tourne en rond merde, on tourne en rond merde, on tourne en rond merde...

Allez mes bonnes dames, mes bons messieurs, achetez, achetez, c’est pour la bonne cause! C’est soit ça – avant demain 22 heures s’il vous plaît, les soldes ne durent pas toute l’année – ou le chaos, le vide institutionnel, les abysses de l’inconnu.

Euh, excusez-moi… Je ne dois pas avoir bien compris… Mais cela ne revient-il pas exactement au même que ce qu’il exige à corps et à cris (surtout à cris, en fait) depuis des mois? Un nouveau gouvernement d’union nationale (il n’y a carrément plus le tiers de blocage, là, on passe à 45%, c’est les soldes après tout), et blablabla. Comment ça, non? Ha, c’est un «plan de sauvetage national»? Ha oui, effectivement, ça change tout. Dans ce cas-là, ça coule de source, c’est clair comme de l’eau de roche, ça tombe sous le sens! On aurait dû le faire tout de suite, au lieu de discutailler de cette fichue constitution, de ses délais, de ses quorums et tout et tout. C’est tellement plus simple de faire sans, et de s’en remettre directement à l’Elu. Il a un peu des relents de poissonnier, l’Elu, mais bon, bouchez-vous le nez. Une offre comme celle-là, ça ne se voit pas tous les jours.

mardi, 20 novembre 2007

Météo et politique, même combat

Aujourd'hui, j'ai commencé un papier par une comparaison entre le climat politique à Beyrouth et la météo, la vraie, qui fait un peu peur depuis 24 heures, avec ses orages, ses rafales de vent et ses coups de tonnerre. Un copain français de passage en ville vient de me dire qu'une amélioration du temps est prévue à Beyrouth d'ici jeudi ou vendredi. Espérons que les deux phénomènes suivent la même trajectoire. Car si ça reste comme ça... Jugez plutôt avec cette vidéo tournée la nuit dernière. Ça dure 5 minutes, et c'est 5 minutes de pure violence. Et ce soir, c'est le même topo.

La quadrature du cercle «made in Lebanon»

db3df574abfea5cfb27fd2824689c565.jpgCe matin, comme tous les matins, je passe chez mon boucher pour acheter des cigarettes (oui, c’est pas comme en France, ici, on ne passe pas par les bureaux de tabac). Comme tous les jours, il me demande «Comment va la situation?», ajoutant aujourd’hui: «Alors, c’est qui dans l’enveloppe?». Un peu comme si, tel un magicien, j’allais lui sortir une réponse en forme de lapin blanc de mon chapeau. Mais vendredi soir à minuit dernier carat, ce seront les députés qui devront nous en sortir un de leur haut-de-forme. En principe. Depuis des semaines, nous connaissons les candidats déclarés et «potentiels», comme mon commandant Michel Sleimane, mon gouverneur Riad Salamé ou mon PDG de L’Orient, Michel Eddé (si jamais celui-là passe, espérons qu’il ait le bon goût de démissionner du journal). On les voit se bousculer au portillon, les Aoun (édifiante interview de lui dans Libé hier matin), les Harb, les Lahoud (non, pas l’affreux, mais le beau-frère de sa majesté saoudienne), les Rizk, les Ghanem. Je me demande si ces gens sont bien conscients de ce à quoi ils s’exposent avec une fascination certaine pour le fameux fauteuil.

L’heureux élu doit donc être «consensuel» ce qui signifie que concrètement, il va se retrouver avec un panier ingérable sur les bras: convenir au 14 Mars et respecter les acquis de «l’intifada de l’Indépendance» (expression bien ronflante, comme la «Révolution du Cèdre» d’ailleurs, dont on attend encore qu’elles aient effectivement révolutionné quoi que ce soit: les mêmes mafieux de tous bords ont pu conserver les mêmes postes dans le même système pourri qui préserve les mêmes avantages aux mêmes privilégiés), tout en promettant au Hezb que ses armes resteront bien au chaud et en ne se mettant pas à dos le Conseil de sécurité qui attend de voir ses multiples résolutions mises en application sur le terrain… Il y a comme une contradiction, là. Mais bon, en admettant que l’élection se fasse dans ces termes, le nouveau président, et avec lui le Liban tout entier, tiendra combien de temps avec une équation aussi bancale? Un mois? Six mois? N’en déplaise à certains, l’épineuse question des armes de la «Résistance» ne pourra pas rester sans réponse.

Justement, tiens, à propos de la «Résistance», on peut voir aujourd’hui combien elle résiste parfaitement à tout, y compris à la logique: à J-3 (l'élection vient d'être reportée une nouvelle fois, à vendredi prochain), le Hezbollah se refuse toujours à rendre public le nom de son candidat à la présidentielle, attendant le «moment opportun» (après l’élection, peut-être?). C’est quand même surréaliste: l’opposition prétend représenter la majorité populaire mais celle-ci n’est pas en droit de savoir qui la principale formation de cette opposition appuie officiellement. Autrement dit, le Hezbollah peut soutenir qui bon lui semble, sa base populaire n’a pas besoin de le savoir, comme si elle allait le suivre aveuglément de toute façon. Il doit considérer qu'en fait, le peuple n'est pas directement concerné, ce qui est d'autant plus paradoxal puisque ce même parti a proposé de passer au suffrage universel pour ce scrutin. Cela reste un bien bel exemple de démocratie de la part d’une formation politique qui se pose en défenseur des droits du citoyen! Sans compter qu’il semble difficile de négocier un président de compromis lorsqu’en face, il y a quelqu’un pour dire non sans faire de contre-proposition. Et tout le monde a l’air de trouver cela normal de ce côté de la barrière. Panurge aurait de beaux jours devant lui.

lundi, 12 novembre 2007

Un petit tour et puis s'en va

Et hop, Kouchner débarque à Beyrouth ce soir pour une énième visite en quelques mois. Pour reprendre l’image d’un éditorialiste d’al-Hayat, « quand le docteur [c ‘est le cas de le dire] est tellement assidu au chevet d’un malade, c’est que ce patient est dans un état grave. » Qui saurait le nier aujourd’hui ?

J’avais envie de titrer ce post « Bruits de bottes », mais devant le ballet diplomatique déployé au et autour du Liban, celui-ci m’a paru plus approprié.

Ce qui n’enlève rien au vacarme belliqueux qui retentit de plus en plus fort chez nous. Certains espèrent que nous sommes en présence de joueurs de poker, qui feront monter les enchères à coups de bluff retentissants jusqu’à l’ultime instant où ils abattront leurs cartes. Est-ce ce que signifie le discours enflammé de Hassan Nasrallah d’hier ? Ou les envolées absolutistes de Walid Joumblatt les jours précédents ?

Toujours est-il que le ton monte de part et d’autre et que sur le terrain, les tensions s’exacerbent entre partisans des deux camps. Les interventions plus ou moins bien intentionnées, plus ou moins bienvenues d’un Sarkozy qui a fait de la crise libanaise une occasion de renouer les liens entre la France et les Etats-Unis, d’un Bush qui, en fin de mandat, compte bien afficher au moins une « réussite » à son palmarès moyen-oriental, d’un Poutine qui soutient la Syrie quand ça l’arrange puis fait pression sur elle quand ça ne l’arrange plus, d’un Ahmadinejad qui a décidé que le Liban serait le fer de lance de son combat contre le Grand Satan, d’un Assad (et sa clique) qui est plus que jamais décidé à faire traîner les choses dans l’espoir que le vent tourne et remette son régime au cœur de la scène politique régionale, d’un Erdogan tiraillé entre son alliance avec Israël qui l’a mis dans un drôle de pétrin en survolant son territoire pour effectuer un mystérieux raid en Syrie, et sa voisine la Syrie justement, et c’est toujours mieux de bien s’entendre avec ses voisins, d’un Olmert qui n’a pas digéré le camouflet militaro-politique de l’été dernier et qui doit faire avec une population inquiète de l’ostentatoire remilitarisation du Hezbollah, d’un roi Abdallah décidé à prouver à Bachar qu’il n’est pas un "sous-homme" – la preuve, il a rencontré le pape Benoît XVI – et d’un Benoît XVI, justement, qui « s’inquiète » pour la communauté chrétienne du Liban… Même les Chypriotes se sont mis de la partie.

Hafez el-Assad doit se retourner dans sa tombe lui qui, depuis 1975, avait toujours tout fait pour empêcher l’internationalisation de la question libanaise. C’est raté.

Tout ce petit monde s’active autour d’un pays – le nôtre – pour tenter de dissuader son peuple – nous – de se suicider. C’est quand même un comble !

Toujours est-il que nous nous retrouvons avec tout un tas des ballerines diplomatiques dont le pas souvent disgracieux, rarement léger, ne risque pas de mettre les bruits de bottes en sourdine. Parce qu’au Liban, certains considèrent que les bruits de bottes, c’est festif.

Hier, en ce beau dimanche pluvieux et gris, alors que je travaillais péniblement sur un article complètement déconnecté des questions du moment (la pub, que du bonheur…), des pétarades m’ont fait sursauter pour la même raison que la veille, je m’étais précipitée au balcon en entendant des hurlements dans la rue : la crainte que l’étincelle qui allait mettre le feu aux poudres se soit produite et que les Libanais aient décidé d’en venir aux mains (enfin, façon de parler, parce que mes chers compatriotes se serviraient sans doute d’outils plus… définitifs que leurs poings). Mais non. Dans le dernier cas, il s’agissait d’une dispute de quartier particulièrement violente. Dans le premier, il s’agissait de tirs de joie des partisans du Hezbollah, suite au virulent discours de leur sayyed. Mais cela en dit long sur l’état d’anxiété permanente dans lequel nous vivons (et dire que je me plaignais des coupures d’électricité…).

Nous vivons actuellement sur une bombe à retardement. Certains jettent de l’huile sur le feu, partant du principe que la meilleure des défenses, c’est l’attaque ; d’autres s’arment parce qu’ils estiment qu’il vaut mieux prévenir que guérir et qu’ils doivent pouvoir se protéger ; d’autres encore fichent le camp, leur faculté d’espérer ayant été usée jusqu’à la corde; les derniers s’accrochent parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que le constat d’échec serait trop terrible. Ou parce qu’ ils estiment que de toute façon, le Liban en a vu d’autres, et eux avec.

Personnellement, je crois que jamais le Liban tel que nous le connaissons n’a été autant en danger. Qu’importe les camps, les médiations, les interférences étrangères.

La responsabilité de ce qui arrivera incombera en premier lieu aux Libanais qui n’auront pas su faire passer leur pays et sa paix avant leur culte idolâtre d’un quelconque leader et avant les rancunes et incompréhensions que, certes, on ne leur a pas laissé le loisir de régler au cours des 15 années d’occupation syrienne, mais qu’eux-mêmes n’auront bien souvent pas appris à dépasser tout seuls.

Je reste convaincue qu’il se trouve au Liban une majorité silencieuse qui rejette ces bruits de bottes. Mais bon sang, il est des cas où décidément, le silence n’est pas d’or.

mercredi, 17 octobre 2007

Washington et les interférences syriennes et iraniennes

medium_ackerman_netanyahu.jpgNos amis Américains sont parfois horripilants. Hier, sur Naharnet, je tombe sur un papier intitulé «La chambre des représentants propose une résolution condamnant la Syrie, l’Iran et leurs alliés libanais». L’idée est d’accuser Damas et Téhéran d’interférences dans les affaires internes libanaises, surtout en vue de l’élection présidentielle. OK, soit. Damas et Téhéran ne sont pas en train de rester les bras croisés. Les interférences, ces deux capitales connaissent bien le procédé, c’est vrai. Mais dans le genre «interférences aux quatre coins du monde», Washington se pose aussi en champion. C’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.

Et puis à bien y regarder, cette nouvelle publiée sur Naharnet est finalement bien intéressante. C’est donc une sous-commission de la chambre de représentants américains qui a proposé cette résolution: la sous-commission aux affaires étrangères pour le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, présidée par un Démocrate, Gary Ackerman (ci-dessus en photo avec son copain Benjamin). Ackerman? Inconnu au bataillon en ce qui me concerne. Après 10 secondes de recherche sur Google, il s’avère qu'Ackerman fait aussi partie du Conseil international des parlementaires juifs, d’ailleurs élu à la présidence de cette organisation lors du sommet de janvier 2006 à Jerusalem. Sans hurler au lobbying, il y a là ce que l’on appelle sobrement un «conflit d’intérêts». Pas étonnant qu’Ackerman rédige une résolution contre Damas et Téhéran. Faut-il vraiment accorder un quelconque crédit aux délires de l'Administration américaine? Est-ce vraiment dans le seul intérêt du Liban que ce genre de sous-commission dépense l'argent du contribuable du Minnesota et d'ailleurs?

Tous ces gens «bien intentionnés» pourraient peut-être nous laisser un poil tranquilles...

mardi, 02 octobre 2007

Aoun ne sera pas président

medium_eraserhead_hassan.jpgBon, ce n’est pas la première fois que l’on parle ici de l’éventuelle non présence du généralissime dans le fauteuil de président cet automne. Les événements actuels semblent en train de tourner à son désavantage: le Hezb ne veut toujours pas dire qu’il sera le seul et unique candidat de l’opposition, Murr pense qu’il peut y avoir d’autres options (il se serait bien vu dans le costard s’il avait été maronite, la fripouille!)… Il est très probable qu’Aoun se fasse tacler dans ces prochaines semaines par ses alliés.

Victoire au Metn ou non, Aoun pourrait récolter ce que sa folie a semé (non pas son document d’entente avec le Hezb, mais ses nombreuses casseroles et autres déclarations délirantes…). Il y a 10 jours, outre son avertissement d'une possible guerre civile si la majorité voulait élire son président à la majorité simple, il a eu une sortie magnifique, du genre «élisez-moi président, et je démissionnerai juste après», en guise de bonne foi face à ses détracteurs qui considèrent qu’être président est le seul but dans sa vie. Alors, Aoun président ou non, on prend les paris?

En attendant, une autre question se pose en ce moment: que faisaient précisément les orangistes armés appréhendés par les forces de l’ordre dans la montagne le week-end dernier? Ah, oui, pardon, j'oubliais... Ils faisaient un pique-nique.

mercredi, 19 septembre 2007

Le tir aux pigeons continue: Antoine Ghanem a été assassiné

Et voilà, nous allons encore recommencer avec nos cartes morbides...

medium_attentats200709818.jpgmedium_antoine_ghanem.jpgJ'étais en train d'écrire un papier sur la présidentielle pour Le Soir, et une bombe a sauté à Sin el-Fil. Premier bilan: 4 puis 6 puis 9 morts et 20 blessés. Dans les premières minutes, on a parlé de 2 députés de la majorité tués, il n'y a pour l'instant qu'un de confirmé, l'avocat Antoine Ghanem. Il ne reste que 6 jours avant l'élection présidentielle, et la majorité parlementaire ne tient plus qu'à un fil numériquement. Le procédé méticuleux d'élimination me fait vomir...

Une heure plus tôt, je discutais avec Joseph Chami, journaliste, historien et auteur d'une belle série de bouquins sur les différentes présidences libanaises. Selon lui, le nom du prochain président n'a aucune importance, car le prochain président, quel qu'il soit, ne pourra rien faire. «Il faut repenser le Liban, qui est un non-Etat boîteux. Une fédération est peut-être la solution: chacun chez soi mais on mange ensemble tous les soirs. Vu les conditions actuelles, le futur sera fait soit de cassures soit de conflits armés. Ça va se durcir jusqu’à l’extrême.» Il a vu juste le bougre.

Toujours est-il que la disparition de Ghanem est une véritable bombe et un message (de qui?) à ceux qui tentaient de trouver des solutions pour rabibocher majorité et opposition. Chami me disait d'ailleurs: «Il faut compter avec la volonté de X de ne pas laisser se faire l’élection normalement.» Il a bien dit «X», sans préciser qui – même si les soupçons se tournent toujours dans la même direction.

Si je fais bien mes comptes, le score du match des assassinats est de 8-0 en défaveur des anti-syriens (Hariri, Fleihane, Kassir, Haoui, Tueini, Gemayel, Eido et maintenant Ghanem). Bizarre, c'est toujours dans le même camp qu'on se fait dessouder.

En tout cas, on file tout droit dans le gouffre, ma bonne dame... 

jeudi, 06 septembre 2007

Silence radio sur Nahr el-Bared

medium_googleearth_nahr_el-bared.jpgPeut-être êtes-vous étonnés de ne pas avoir lu ici une seule ligne sur la fin du conflit de Nahr el-Bared ces derniers jours. Nous n’avons tout simplement pas grand chose à dire. On peut toujours se féliciter de la victoire de l’armée libanaise et fêter ça comme tout le monde ici, à coups de feux d’artifices supersoniques. C’est vrai, la troupe est sortie victorieuse et c'est très bien comme cela mais on peut aussi se poser la question, comme l’a fait si justement Issa Ghorayeb dans son édito dans L’Orient d’hier, sur le fait que cette armée ait été à bout de souffle et de munitions à peine une semaine après le début du conflit et qu'elle ait dû être sponsorisée sans cesse par des pays étrangers (Etats-Unis, Italie...). Ghorayeb se demandait simplement si cette vénérable institution n’aurait pas dû investir dans du matériel ces 15 dernières années plutôt que de construire des bains militaires luxueux et de verser des pensions faramineuses aux militaires à la retraite.

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jeudi, 09 août 2007

Coup de poignard dans le dos ?

Depuis dimanche, une idée me trotte dans la tête et prend de plus en plus de consistance au fur et à mesure que les événements se déroulent. L’avenir dira si cette idée est farfelue ou non.

Devant les résultats de la partielle, moins glorieux pour les aounistes qu’ils ne le prévoyaient, je me disais que le régime syrien allait probablement arrêter de miser sur Aoun pour la présidentielle. Attention, je ne dis pas que Aoun fait sciemment le jeu de la Syrie, pas la peine de me tomber dessus! Mais je pense en revanche que la Syrie a un intérêt majeur à favoriser et instrumentaliser les dissensions inter chrétiennes. On en a eu un bel exemple en 1990.

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mardi, 07 août 2007

Elections d’un soir, désespoir

medium_cendriercouteaux.jpgDésespoir en entendant le récit qui m’a été fait ce matin par une jeune femme qui travaille dans les mêmes bureaux que moi. Cette petite demoiselle, fort douce et calme et que l’on l’imagine mal se bastonnant avec qui que ce soit, est arrivée avec deux jolies balafres, l’une au bras, l’autre à la cuisse.

La soirée électorale de dimanche dernier, elle l’avait passée dans un chalet à Faraya avec sa bande de copains. «Pas juste des connaissances, précise-t-elle. Des amis de longue date, dont certains se connaissent depuis la maternelle.» Télé allumée, forcément, cette petite assemblée mixte (aounistes et pro-Gemayel, et il y avait bien quelques neutres) a commencé à se prendre à partie. Les insultes ont suivi, puis le tir de cendriers (plein? Mince, je n’ai pas pensé à poser la question) pour finir à coups de couteau de cuisine. Résultat des courses, après qu’une des filles a reçu une estafilade à la gorge en essayant de s’interposer, ses copines (heureusement qu’il y a des femmes en ce bas monde) ont finalement réussi à appeler la police à la rescousse. Ces messieurs ont passé la nuit et la journée du lendemain au poste, mais il a fallu cela pour les calmer.

Ce genre d’incident, personne n’en a parlé; il n’y en a apparemment pas eu beaucoup et c’est tant mieux. Mais qu’on m’explique comment dans un pays qui se dit civilisé, des jeunes peuvent en arriver à se battre au couteau pour des appartenances politiques, oubliant tout ce qui les rapproche par ailleurs. C’est sans doute ça, le drame du Liban: encore trop de Libanais accordent davantage d’importance à ce qui les sépare qu’à ce qui les unit.

lundi, 06 août 2007

Le Liban perdant sur tous les fronts

medium_Aoun_in_Gemmayze.2.jpgIl y avait une défaite prévisible, et une autre un peu moins. D’abord, commençons par celle à laquelle nous ne nous attendions pas vraiment: le Liban s’est incliné en finale de la coupe d’Asie de basket, face à l’Iran. Dommage.

Et puis il y a eu ce dimanche électoral qui n’aurait pas dû avoir lieu. Pour la petite histoire, Gemayel père ne reprendra a priori pas le siège de son fils, puisque le mystérieux Dr Camille a remporté une victoire inepte pour le compte de son parrain, Don Aoun. Ce fou. Je ne peux plus les encadrer ces orangistes qui donnent des leçons de démocratie sur les plateaux de télé, alors que leur raïs appelle ses partisans à faire le siège du sérail de Jdeidé le soir même de ce scrutin contesté. Il veut mettre le feu aux poudres ou quoi? Il se croit où? Il meure d’envie d’occuper Baabda, qu’on lui donne, on verra bien ce qu’il en fera…

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dimanche, 05 août 2007

Le Liban vainqueur en ce beau dimanche d’août?

medium_basketliban.jpgEt bien non, il ne s’agit pas de politique! Alors que Kataëb et aounistes s’étripent par urnes interposées en ce moment même, les joueurs de l’équipe nationale de basketball s’apprêtent à jouer la finale de la Coupe d’Asie ce soir. Après avoir battu la Corée du Sud (76-74) en demi-finale, le Liban jouera ce soir contre l’Iran. Le lauréat remportera par la même occasion son ticket pour les JO de Pékin. Si en sport, l’adage veut que «l’important c’est de participer», ce n’est pas forcément le cas en politique. Rendez-vous un peu plus tard (ou demain), pour le résultat des partielles de Beyrouth et du Metn… En espérant que le Liban sorte vainqueur de tous les matchs de la journée.

samedi, 04 août 2007

La démocratie, une école de la patience

medium_parlement_sepia.jpgDiscutez avec un aouniste de la partielle prévue demain pour remplacer les députés assassinés Pierre Gemayel et Walid Eido et il vous affirmera que oui, il est normal que cette élection ait lieu (admettons) et que oui, il est normal que le candidat Camille Khoury (vous savez, l’homme mystère dans l’ombre de Aoun) se présente contre Amine Gemayel.
Selon l’un de nos commentateurs, «un siège n'est pas un héritage tout simplement, c'est cela la démocratie. A moins que vous voulez que le Liban n'apprenne pas ce qu'est la démocratie et retombe dans un système clanique et donc ouvert à la guerre civile».

Facile de taxer ceux qui ne sont pas d’accord de rejeter la démocratie et de tomber dans les raccourcis simplistes. Et bien non, nous ne voulons pas que le Liban retombe dans un système clanique (encore faudrait-il qu’il en soit sorti) et qu’il soit ouvert à la guerre civile (encore faudrait-il qu’il y ait «été fermé»). Et oui, nous voulons que le Liban devienne une démocratie, c’est bien l’idée!

Parce qu’il serait sans doute utile de rappeler à ceux qui ont une vision relativement subjective de la démocratie ce qui disent les textes constitutionnels de quelques pays démocratiques justement.

Une république parlementaire comme la France
«Le régime électoral limite les cas d'élections partielles en prévoyant en même temps que l'élection du député, celle d'une personne appelée à le remplacer en cas de décès, de nomination au Gouvernement ou au Conseil constitutionnel et de prolongation au-delà de six mois d'une mission temporaire confiée par le Gouvernement.C'est seulement dans les autres cas de vacance de siège (annulation de l'élection, déchéance, démission, élection du député au Sénat) que des élections partielles sont organisées.»

Un régime présidentiel comme les Etats-Unis
«En cas de décès, de démission, de destitution, le Président est remplacé par le vice-Président (assassinat du Président John Fitzgerald Kennedy à Dallas en 1963 – remplacé par le vice-Président Lyndon Baines Johnson; démission de Richard Nixon en 1974 à la suite de l'affaire du Watergate – remplacé par le vice-Président Gerald Ford, lui-même nommé par Richard Nixon en 1973 pour remplacer le vice-Président Spiro Agnew démissionnaire pour concussion).»

Une monarchie parlementaire comme la Grande-Bretagne
«Si le leader vient à changer en cours de législature c'est le nouveau leader qui devient Premier Ministre (Margaret Thatcher remplacée par John Major en 1990, Brown remplaçant Blair cette année).
S'il n'y a de majorité, le Monarque désigne le leader du parti qui a le plus grand nombre de sièges.S'il n'y a pas de leader, il nomme, sur recommandation de l'ancien Premier Ministre ou des leaders du parti, un député, ou quelqu'un susceptible de le devenir (Lord Home, en 1963, renonce à la pairie pour se présenter à une élection partielle de la Chambre des Communes), qui ne sera pas désavoué par une majorité de députés.»

Ceci est a fortiori valable lorsque l’élu se fait assassiner (j’imagine les Républicains sautant sur l’occasion de récupérer la présidence après le meurtre de JFK) (non, je ne compare pas Pierre Gemayel et JFK ☺).

Parce que la démocratie, ce n’est pas dire «J’ai le droit, j’ai le droit, j’ai le droit…». C’est aussi et surtout avoir le devoir d’attendre la fin des mandats et les échéances électorales suivantes. La démocratie, c’est savoir patienter, le temps que son tour arrive.

vendredi, 03 août 2007

Recherche démocratie désespérement

medium_liban-divise.2.jpgAux alentours de 15h aujourd’hui, un épais panache de fumée noire s’est élevé au-dessus de la banlieue nord de Beyrouth. De notre terrasse, cela semblait aussi énorme qu’un certain 14 février 2005. Le son et l’onde de l’explosion en moins. On allume la télé, on zappe sur les sites d’infos: que dalle dans un premier temps, puis un site mentionne des pneus brûlés à 150m des cuves d’essence de Dora. Nat appelle un copain: ce n’étaient que des poubelles brûlées à la décharge voisine. Comme d’habitude, on s’attendait au pire. Et puis dans le Metn ce week-end, les bars, pubs et boîtes de nuit seront fermés, tandis que plusieurs milliers de représentants des forces de l'ordre se déploieront dans la région pour contrôler les perdants de dimanche.

Avec le climat merdique régnant au Liban – et plus particulièrement au Metn –, certains dérapages sont possibles. Mais pourquoi exactement? Nous ne sommes ni pro-14 mars, ni pro-8 mars, mais organiser une partielle pour remplacer le titulaire du siège de Pierre Gemayel (assassiné le 21 novembre 2006) nous semble complètement déplacé. Cette élection n’est même pas le signe que la démocratie libanaise bouge encore. Elle ne fait que donner une nouvelle occasion aux chrétiens pour se déchirer.

Pierre Gemayel – qu’on aime sa famille ou pas, le système clanique qui l’a porté au pouvoir ou pas – appartenait à un camp. Son siège devrait revenir naturellement au numéro 2 de sa liste. Et l'inverse serait tout autant valable dans le cas où un député de l'opposition se ferait dégommer (ce qui arrive nettement moins souvent, il faut bien le dire). Sinon, c’est la porte ouverte au tir aux pigeons généralisé.

jeudi, 02 août 2007

Metn : Elections partielles et bordel total

medium_michelmurr.jpgmedium_Murr.jpgmedium_eliasmurr.jpgmedium_moukheiber.jpg
De gauche à droite: Michel Murr, Gabriel Murr (alias Mister Magoo), Elias Murr et Ghassan Moukheiber.


Mais qui est donc Camille Khoury, le candidat aouniste s’opposant à Amine Gemayel pour l’élection partielle du Metn qui aura donc bien lieu dimanche prochain? On ne le voit pas, on ne l’entend pas, on ne le sent pas… Il me rappelle curieusement Myrna el-Murr, qui fut elle aussi une candidate d’une discrétion exemplaire à une autre élection partielle, c’était en 2002.

Dans les deux cas, un personnage revient sur le devant de la scène: Michel el-Murr, l’inénarrable. Ha, Michel el-Murr… Tout un poème, ce monsieur. Mouillé jusqu’à l’os dans des affaires plus abracadabrantes les unes que les autres (ce n’est pas le sujet ici mais repenser à sa magouille des plaques d’immatriculation – entre autres – me fait toujours marrer), le seigneur de Bteghrine ne manque pas d’un certain culot; alors qu’il était ministre de l’Intérieur en 2001, il n’avait pas hésité à faire tabasser les étudiants aounistes qui manifestaient devant feu la MTV (M comme Murr TV, rien à voir avec la chaîne musicale). Les images étaient arrivées jusqu’en France. Mais aujourd’hui, il peut affirmer avec candeur qu’il «soutient le général Aoun depuis plus de 16 ans», personne ne bronche. Il faut dire que depuis, il a confessé ses fautes et que le généralissime «lui a pardonné». C’est beau, la grandeur d’âme…

Bref, pour en revenir aux élections partielles qui font tant de bruit actuellement, Michel el-Murr joue donc les médiateurs pour essayer de réconcilier les deux blocs inconciliables, avec une diligence touchante. Il faut dire que le père Michel est un spécialiste des élections partielles. Et l’affaire mérite d’être racontée, ne serait-ce que pour l’indescriptible imbroglio familial. Accrochez-vous, il faut suivre…

Situons d’abord le contexte en retraçant les liens familiaux entre protagonistes, parce que le plus «rigolo» dans cette histoire réside là-dedans. Nous sommes en 2002, c’était donc avant que Aoun ne revienne en odeur de sainteté, je vous le rappelle. Michel el-Murr, ex-ministre de l’Intérieur, a deux enfants: Myrna et Elias, son successeur au ministère (puis actuel ministre de la Défense) et accessoirement gendre du «président de la République», le général Lahoud. Michel a aussi un frère, Gabriel, PDG de la très gênante chaîne de télévision MTV qui est la seule, à l’époque, à oser diffuser des interventions de Michel Aoun. Comme frères ennemis, on ne peut guère faire mieux.

Cette année-là, le plus vieux député de l’Assemblée, Albert Moukheiber, passe l’arme à gauche, laissant vacant son siège au Parlement. Une élection législative partielle doit être organisée pour lui trouver un remplaçant. Trois prétendants ont sollicité les suffrages des électeurs: Ghassan Moukheiber, l’héritier moral de son oncle Albert mais qui se fout un peu de la politique; Gabriel Murr, candidat de l’opposition (la majorité actuelle); Myrna Murr, candidate parachutée par le pouvoir mais qui n’a pas spécialement envie d’être là. Son silence radio au cours de la campagne fait ricaner pas mal de monde. Ce n’est pas grave, papa était là pour parler à sa place, un peu comme Aoun aujourd’hui pour Camille Khoury.

A la sortie des urnes, Gabriel l’emporte face à Myrna, Ghassan Moukheiber étant renvoyé à ses chères études avec 2,36% des suffrages exprimés. Mais voilà, dans toute bonne dictature qui se respecte (à l’époque, les Syriens sont encore là et serrent la vis), laisser le candidat de l’opposition l’emporter fait mauvais genre. Les quelques jours suivant l’élection sont suffisamment hallucinants pour qu’on s’en souvienne encore aujourd’hui: il y a réclamation, recomptage des bulletins à la main dans un petit village de la montagne… Bref. Gabriel est toujours gagnant.

En désespoir de cause, Myrna pose, sur l’impulsion de papa, un recours en invalidation face à son oncle. Elias le ministre (qui n’avait pas encore failli laisser sa peau dans un attentat, ce qui a quelque peu changé sa perspective sur le pouvoir depuis) constate de soi disantes irrégularités dans la campagne électorale, accusant son oncle de s’être servi de sa chaîne de télévision pour faire sa propre promotion. Comme si d’autres avant lui s’étaient gênés pour le faire… Toujours est-il que hop! L’affaire est dans le sac. Ghassan Moukheiber est déclaré gagnant par défaut (avec 2,36% des voix, tout de même!) car Myrna – qui en a plein les bottes et puis parce que l’essentiel, c’est de faire chuter Gabriel en sauvant un petit peu les apparences – se retire. Gabriel est non seulement déchu mais pour le punir de sa fronde, Elias envoie ses fantassins à l’assaut de la forteresse MTV. Pour la fermer.

Vers 15 heures environ, les forces de sécurité intérieure arrivent en nombre dans le quartier de Fassouh, dans le bas d’Achrafieh. Là se dresse l’immeuble que tout le monde en ville connaît, à commencer par les taxis service: l’immeuble de RML, Radio Mont-Liban. Dans ce grand building, de nombreuses sociétés travaillent en ce mercredi après-midi. Parmi elles, il y a bien sûr RML, mais aussi sa sœur Nostalgie (pour laquelle je bossais déjà à l’époque) et évidemment la MTV.

Les FSI sont venus matraquer un petit peu. Cela devait les démanger, ils n’avaient rien eu à faire depuis les rafles du 7 août 2001 contre les aounistes. Ils investissent les lieux, foutant dehors tout le monde manu militari. Les techniciens en train de boire leur café, les présentateurs à leur micro… Tout le monde y passe, sans même qu’on leur laisse le temps de prendre leurs affaires personnelles. Les bureaux sont mis sous scellés. L’affaire est rondement menée. Dans la rue, des dizaines de flics évacuent tout ce beau petit monde qui n’en croit pas ses yeux, avec interdiction d’approcher l’immeuble vidé. Une belle leçon de dictature.

Voilà. Aujourd’hui, la MTV est toujours fermée, mais le général orange a sa propre chaîne de télé, donc tout va bien. Gabriel el-Murr a été récompensé de son soutien en se retrouvant tout seul et perdant aux législatives de 2005, mais le général orange est élu député, donc tout va bien. Michel el-Murr se refait une virginité en jouant les bons offices et affiche un soutien sans faille pour le général orange (tout comme Ghassan Moukheiber soit dit en passant), donc tout va bien. De nouvelles élections partielles vont avoir lieu à grand renfort d’insultes et d’arguments passéistes, précédées d’une campagne dont la virulence – pour ne pas dire la violence – démontre combien les chrétiens sont divisés. Et là, tout ne va pas bien.

Rendez-vous dimanche pour une journée et surtout une soirée qui, à mon humble avis, risquent d’être agitées quel que soit le résultat. Mais peut-être verrons-nous quelque chose de positif en ce 5 août: nous aurons peut-être une petite chance de mettre un visage et une voix sur le nom de Camille Khoury. Ce sera déjà ça.

lundi, 07 mai 2007

Sarkozy, les chrétiens du Liban et l'extrême droite française: tout le monde il est beau, tout le monde il est content

medium_chirackermit.jpgAu Liban, le second tour de la présidentielle n’a pas particulièrement passionné les foules, avec un taux de participation assez maigre (51,35%). Sans surprise, dans notre beau pays du Levant, Nicolas a terrassé Ségolène avec 71,51% contre 28,49%. Des taux proches du XVIe arrondissement de Paris.

Dans notre quartier à forte majorité chrétienne (Forces libanaises pour être précis), les gens de la rue étaient eux aussi de farouches supporters du leader de l’UMP, héritier (selon eux) de la tradition gaulliste et donc de Chirac (erreur), et (aussi) parce qu'ils pensent que Sarko n'aiment pas trop les arabes (musulmans). Ça fait beaucoup de parenthèses tout ça... Enfin bon, finalement, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, les Libanais dans leur ensemble semblent se réjouir de l'élection du petit Nicolas. Dans les rangs de l'opposition, on se félicite surtout du départ de Chirac, jugé trop partisan en faveur de la famille Hariri au pouvoir (qui lui prête un appart sur les quais de Seine d'ailleurs...).
Chez notre libraire, il y a quelques jours, je croise une femme d’un certain âge venue récupérer son numéro de Paris Match, avec les deux «finalistes» en couverture. Le libraire me demande pour qui je vais voter, pensant que je suis (évidemment) sarkophile. D’un coup, je me suis senti en «territoire hostile»… C’est un peu comme quand, il y a 10 ans, je découvris que Le Pen était un grand homme pour une certaine partie des chrétiens aounistes, car ces derniers appliquaient au Liban l’un des slogans de l’extrême droite française: «La France aux Français» devenant «Le Liban aux Libanais». En pleine tutelle syrienne, cela avait du sens, certes… 

Je vous laisse en bonus deux liens: le premier vers l’article de Paul Khalifeh, le correspondant de RFI au Liban, sur les répercussions du départ de Chirac; le second sur l'incidence de l'âge des électeurs français intitulé "Si on retirait le droit de vote aux plus de 68 ans, Ségolène Royal serait élue".

 
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