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lundi, 23 juin 2008

« On pensait que ça s’était calmé au Liban »

1659145432.jpgSi cet homme sonne à votre porte, ne lui ouvrez pas. Si cet homme insiste lourdement, cela voudra dire qu’une petite goutte d’eau aura fait déborder le vase du côté sunnite. Cela fait trois semaines que je propose le sujet aux rédactions étrangères concernant la tension entre sunnites et chiites (surtout entre sunnites et alaouites à Tripoli)… Il a fallu quelques morts ce week-end dans ce qui reste l’une des principales poudrières du pays pour que je reçoive un «OK, on prend, mais on pensait que ça s’était calmé au Liban». Eh oui… ça s’est calmé légèrement en surface. Mais alors, juste en surface…

Comme les chefs de file de la majorité et de l’opposition font traîner en longueur leurs discussions sur la composition du gouvernement d’union nationale, les abadays de chaque camp ont ressorti les pétoires de leurs matelas. Tripoli a vécu au son des tirs ce week-end, Taalabaya et Saadnayel ont fait de même au début du mois, sans parler les camps palestiniens… Ce bon cheikh Omar Bakri nous avait dit que les salafistes attendaient la goutte qui ferait déborder le vase pour qu’Al-Qaïda se manifeste avec tambours et «pizza delivery» à gogo. Je me demande s’il parlait d’une goutte de Zam Zam Cola…

vendredi, 13 juin 2008

Pizza delivery

Le Sky Bar a rouvert ses portes, les plages sont couvertes de chair fraîche prête à rôtir, les ouvriers virevoltent sur les innombrables chantiers comme sur la scène d’un opéra, les places pour le concert de Mika se sont arraché dès 10h du matin hier… Cette frénésie donne vraiment le tournis. Juste pour mémoire, il y a un mois jour pour jour, nous en étions au Day 7 d’un début de guerre civile. Et puis les miliciens, tout heureux d’exposer leurs biceps durant quelques jours, ont rangé leurs pétoires sous les matelas.
Depuis donc, le Liban a fêté un énième accord signé à l’étranger (celui de Doha, dernier d'une trop longue liste), et la politique libanaise a repris son train-train lénifiant. Un président a été élu, allelujah. Toutes les parties en présence ont juré leurs grands dieux qu’il fallait coûte que coûte protéger la saison touristique à venir. En attendant, ces mêmes parties se crêpent le chignon sur la formation du prochain gouvernement. Amen, bravo et cotillons.

1817307758.jpgSur le terrain, les choses ne sont pas si roses. Ça chauffe dans et autour des camps palestiniens, Chaker el-Abssi a fait une petite sortie téléguidée en début de semaine et l’ouest de Beyrouth – où les tensions sont encore perceptibles – reste sous surveillance. Et puis il y a nos amis salafistes au nord. Juste après la mini guerre du mois de mai, nous avions interviewé le cheikh Omar Bakri (ci-contre à gauche), dans le quartier d’Abou Samra en banlieue de Tripoli. Jovial comme d’habitude dès qu’il s’agit de parler à la presse étrangère, ce prédicateur extrêmiste nous avait dit (en bref car l’interview a duré trois plombes) qu’Al-Qaïda n’était pas encore vraiment active au Liban mais qu’il en faudrait très peu (après l’humiliation subie par les sunnites à Beyrouth) pour que cette situation ne change. D'autant que, selon lui, le Hezbollah ne fait vraiment pas peur à Al-Qaïda puisque leurs techniques de combat sont radicalement différentes. Pour reprendre sa formule toute faite, les salafistes (les vrais, les purs, pas ce que lui considère comme des amateurs en parlant du Fatah al-Islam) feront tout péter grâce à un concept magnifique: le pizza delivery. Un indice concernant la garniture de la pizza: les ceintures d'explosifs se digèrent très mal.

Mais il fait beau, les mini jupes sont de rigueur, l’atmosphère est à la fête, on attend 1,5 million de touristes… Les orages, pourtant, sont imprévisibles et ultra violents, et l’on préfère souvent s’abrutir devant des matchs de foot étrangers et décorer nos voitures de drapeaux italiens et allemands plutôt que d’ôter nos œillères (moi compris, sauf pour les drapeaux). La dernière fois que la nation entière était sous opium footballistique (avec comme shoot ultime la finale France-Italie du 9 juillet 2006), la redescente a été dure pour tout le monde. A Dahiyeh, les drapeaux étaient encore omniprésents quand des F-16 israéliens avaient tout fait sauter…

Souvenez-vous, ça donnait ça. Nettement moins glamour que le Sky Bar.

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En 2006, personne n'avait vu arriver la menace et encore moins sa concrétisation. Cette année, personne n'est dupe et tout le monde sait que l'édifice est branlant. Difficile donc de savoir sur quel pied danser, mais la vie doit continuer. 

dimanche, 25 mai 2008

Michel Sleimane ou le charme discret du funambule

1233524357.jpgAlors voilà. Nous devrions être les heureux propriétaires d’un président tout neuf, d'ici la fin de ce dimanche 25 mai 2008. Enfin, tout neuf, façon de parler, le modèle que l’on devrait récupérer à quelques milliers de kilomètres au compteur.
Depuis le retour de nos pontes de Doha, la joie et l’allégresse se lisaient sur tous les visages des colleurs d’affiches (et des imprimeurs aussi). Les murs de Beyrouth sont recouverts de portraits, englués par dizaines. C’est beau, ça fait un peu déco urbaine nouvelle tendance. Ça sent aussi à plein nez le culte de la personnalité. Mais ne jugeons pas l’homme (ou le militaire, pardon) alors qu’il n'a pas encore franchi les grilles de Baabda. Le plus dur reste à faire pour lui:
• Ne pas décevoir les attentes d’une population lassée par 18 mois de guéguerre institutionnelle.
• Faire des risettes à toutes les délégations étrangères attendues à Beyrouth: les Iraniens (les mentors de son ami Hassan), les Syriens (ceux qui l’ont placé à la tête de l’armée en 1998) et les Américains (les mentors de l’actuelle majorité) en premier lieu.
• Commencer la semaine prochaine par des consultations pour le poste de Premier ministre (pas le plus dur), mais surtout pour la constitution du gouvernement. Aoun a déjà affiché ses préférences, avec des portefeuilles comme ceux de la Justice ou des Finances (ben voyons). Et les autres de devraient pas tarder à faire leur lettre au père Noël également. Ce matin, Geagea a profité de cette journée de «fête» pour accuser Aoun d’avoir sacrifié les intérêts des chrétiens au profit du Hezbollah. La semaine prochaine s’annonce rock n’roll.

En conclusion: souhaitons lui bonne chance pour le job le plus ingrat à pourvoir dans ce pays.

[…]

Hasard du calendrier (?!), le 25 mai, c’est aussi l’anniversaire de la libération du Sud par le Hezbollah en l'an 2000. Une belle occasion pour célébrer l’omnipotence spatio-temporelle du sayyed.


mercredi, 21 mai 2008

Sit-in de Beyrouth : « Ils se cassent, enfin! »

Nous reviendrons prochainement sur Initiative Liban, mais vous pouvez continuer de laisser vos messages et idées ici.

900765276.jpgBon, je reviens du centre-ville. Là-bas, il y a presque autant de journalistes et d'hommes en vert de Sukleen que de protestaires: les premiers attendent que les troisièmes s'en aillent. Ça a commencé timidement avant midi, sous un soleil de plomb. Quelques tentes sont en train d'être démontées, les drapeaux décolorés par le soleil sont détachés des palissades métalliques... Ça commence seulement, il faudra certainement un peu de temps pour faire table rase totalement de cette ville dans la ville (à l'image de l'Etat dans l'Etat?): il reste toutes les commodités, les cuves d'eau... Dans les allées, on croise les commerçants qui ont continué à travailler malgré la fréquentation réduite. A la Maison du Café, une vendeuse m'a dit: «Ils se cassent, enfin! Un an et demi que ça dure, il était temps!» Ah bon?

Place des Martyrs, j'accoste un militant du CPL. Je commence à discuter, je veux le prendre en photo, et un gars débarque, engueulant mon aouniste (je connais quelques insultes en arabe, mais j'avoue ne pas avoir compris sur le coup). Interdit de parler aux journalistes, interdit de prendre des photos à moins de montrer patte blanche au service de presse du Hezb (installé sous une tente place Riad el-Solh). Je m'en vais, mon Hezbollahi fait de même, pistolet automatique à la ceinture (lui, pas moi).

Plus tôt dans la matinée, Nabih Berri a appelé à la levée du sit-in, suite à l'accord trouvé entre majorité et opposition à Doha. Qui vivra verra, mais je ne crois pas que cette accalmie soit une trève de longue durée. 

mercredi, 14 mai 2008

Day 8

23h20

• Ça fait 10 minutes que ça tire dans tous les sens. Les partisans de l'opposition célèbrent à leur façon la révocation des deux décisions du gouvernement. Les balles traçantes arrivent jusqu'à chez nous, de l'autre côté d'Achrafieh. Sans commentaire. C'est de la folie furieuse... Ça donnait ça de chez nous, mais on distingue à peine les balles traçantes, dommage.


 
16h25

• Outre Fawzi Salloukh (le ministre des Affaires étrangères démissionnaire mais qui travaille quand même), un autre personnage était là pour accueillir la délégation arabe à l'aéroport: Wafic Choucair. Comme quoi le gouvernement pisse dans un violon dès qu'il ose prendre une décision. A ce niveau, on ne parle plus de tiers de blocage, mais de quart de décision. La situation est d'ailleurs assez comique. Parmi les entretiens que la délégation a eu aujourd'hui, elle a évidemment rencontré Nabih Berri (personnage central de la politique libanaise quoique dépourvu de tout pouvoir de décision). Ce dernier a redit: «L'opposition arrêtera sa campagne de désobéissance civile si le gouvernement rétire ses deux décisions.» Comme si l'opposition respectait la moindre de ces décisions, alors que dans les faits, Choucair est de nouveau au service de la patrie (laquelle?).
• Damas soutient sans réserve l'initiative arabe en cours à Beyrouth (ils sont en train de prendre le café chez Walid à Clémenceau). Il faut donc se méfier.
• Les bulldozers sont arrivés à Masnaa. Enfin.
• Hier soir à 18h, il y a eu une manif organisée par le 14 Mars devant l'ambassade iranienne à Paris. Ci-dessous, l'interview de Rima Tarabay, membre du Courant du Futur et assistante très particulière de feu le président-martyr-tycoon. En étant à Paris, son discours est bien différent de celui de Siniora qui est lui à Beyrouth.


 

11h45

• La route de l'aéroport a été partiellement rouverte pour laisser passer les membres du comité arabe. Amr Moussa doit avoir un permis de séjour permanent au Liban vu le nombres de visites effectuées ces derniers mois. Mais à part faire du tourisme, que fait-il exactement?
• Manchette du quotidien Al-Akhbar, ce matin, en faisant référence à l'initiative arabe: «Dernière chance pour un compromis ou pour le chaos». Plutôt mauvaise signe.
• Le député Marwan Farès (PSNS): «Les armes de la Résistance sont sacrées, et celui qui le nie est un traître israélien.» L'utilisation du mot «sacré» me fait autant sourire que celle de «martyrs». Pourquoi toujours mélanger le vocabulaire religieux au vocabulaire politique? Est-ce une fatalité: ces deux aspects de la vie publique libanaise ne peuvent-ils pas divorcer? Ces propos sont d'autant plus pathétiques qu'ils sortent de la bouche d'un député appartenant à un parti qui se veut laïc.
• Hier, un député français a interpellé Kouchner sur le Liban. Et on a rien appris.


 
7h10

1947799011.jpg • A Beyrouth, le printemps hésite encore à laisser sa place à l'été. Les gardenias – nous en parlions hier – commencent à fleurir, ça embaume un peu partout. Dommage que la télé, la radio ou internet ne se fasse pas en odorama, on vous en aurait volontiers envoyé un petit échantillon.
• Aujourd'hui, le programme de la journée se joue surtout dans les coulisses diplomatiques.
• Et en parlant de coulisses, j'aimerais bien être une petite souris pour voir ce qui se passe du côté de l'armée et de l'Etat major en ce moment.
• Abdel Amir Kabalan, le vice-président du Conseil supérieur chiite, l'a dit: ce qui s'est passé cette semaine est un «différend entre tribus». Nous devrions donc rebaptiser ce pays la République tribale du Liban.
• Je viens de retomber sur une chanson tout droit sortie de mon adolescence. Le montage vidéo est un peu craignos, mais j'avais envie de vous la repasser quand même.

mardi, 13 mai 2008

Day 7

21h35

• Nouvelle démonstration que les médias jouent un rôle essentiel dans tout conflit, y compris le nôtre: après une attaque en règle (qu'on les aime ou pas, cela reste inadmissible d'un point de vue symbolique et éthique),  les supports de Hariri ont cependant recommencé à émettre (c'est beau, la magie du pognon) à partir d'une zone plus sûre, à savoir Sin el-Fil. Mais la chaîne satellitaire panarabe Al-Arabiya a confirmé avoir reçu des menaces de la part du Hezbollah. Sans doute parce que selon une de leurs analyses toutes récentes, le Hezbollah a déjà perdu la guerre sur le plan médiatique. Ça n'a pas dû plaire. Mais à malin, malin et demi: le Hezb n'est pas content parce que, suite à des pressions, les prestataires de câble dans le nord du Liban ont arrêté de diffuser Al-Manar, NBN et OTV. «Une atteinte au droit de la presse et des médias», selon Al-Manar. Si, si.
• Toujours dans la catégorie «on croît rêver», la Finul a fait savoir que pour elle, tout se passait normalement, ou presque. Son commandant en chef Graziano, qui avait envisagé un moment de revoir ses règles d'engagement (ce qui aurait de toute façon pris des lustres, dans les méandres de l'administration onusienne), a annoncé ce matin que la Finul ne se mêlerait pas des «questions politiques intérieures» du Liban. Il me semblait pourtant qu'elle avait pour mission d'empêcher le réarmement du Hezbollah. Mais sans doute était-ce seulement au sud du Litani. Et puis, il est déjà réarmé, le Hezbollah. Elle n'a donc plus rien à faire.
• De toute façon, la Finul est tranquille. Le chargé d'affaires français au Liban André Parant vient de confirmer qu'aucune résolution concernant le Liban n'est prévue à l'ONU.
• Sinon, au cas où vous ne le saviez pas, la cavalerie arrive demain, à l'exception de la délégation qatarie qui a clairement snobé les autres dishdashamen en faisant voyage à part aujourd'hui. Etant données les relatons très particulières que le Qatar entretient avec l'Iran et consorts, on imagine qu'elle aura des choses à dire en privé au Hezbollah, avant l'arrivée des autres trublions.
• L'inénarrable Nasser Qandil, un pro-syrien de la plus belle eau (boueuse), nous a annoncé que la mission arabe de demain est celle de la dernière chance, avant que le Liban ne «parte en enfer». Il a le sens de l'image le Qandil qui, comme l'adipeux Wi'am Wahhab, est la voix de son maître. Aurement dit, la Syrie fait des pronostics et se frotte les mains. Ben oui, franchement, quelqu'un s'attend à ce que la visite de santé (ha, le parfum du pneu brûlé) arabe débouche sur quelque chose? Ce serait historique!
• Pour finir sur une note positive: tout va bien, les transports pour sortir du Liban sans passer par l'aéroport s'organisent. Quand je vous disais que les Libanais avaient une faculté d'adaptation extraordinaire... Là, cela ne leur aura même pas pris une semaine.
• Et pour la route, une petite vidéo illustrant les graffitis et autres marquages de territoire (politiquement parlant), à Beyrouth. Et depuis que ces images ont été tournées, c'est bien pire...


18h49

• L'héritier du clan Hariri au charisme proche de celui du champignon de Paris, a l'air d'avoir mangé du lion ce soir. Voir sa conférence de presse ici. Seul bémol: selon lui, Sleimane reste le candidat de consensus. Mouais.
• Et maintenant, c'est ce bon Mahmoud à Téhéran qui s'en mêle. Mais mon Dieu, qu'a fait le Liban pour mériter tant d'attentions de la part de ses bienveillants voisins?
• Wi'am Wahhab (alors lui, je peux vraiment pas) considère que Joumblatt est responsable de ce qui s'est passé au Chouf. Et Arslane, il s'est tourné les pouces? Pendant que les ténors druzes d'écharpent, leur chef spirituel, cheikh Naïm Hassan, a déclaré: «Aujourd’hui, l’armée libanaise est invitée, plus que jamais, à faire respecter l’ordre dans toutes les régions libanaises». Ça veut dire quoi «faire respecter l'ordre»? Compter les points? Regarder les gamins du Hezb et d'Amal faire des châteaux de sable sur les autoroutes? 

 
14h55

1868330833.jpg • De retour d'une virée à l'Ouest. Bon, les constats se bousculent: l'armée fait semblant de filtrer la zone ouest, au début de Hamra ou de l'autre côté vers Raouché; l'armée a bouclé certains quartiers comme Qoreytem; les commerces de Hamra – resto, boutiques... – ont rouvert... mais surtout, j'ai assisté à une grande leçon de marquage de territoire. Quasiment tous les quartiers ont vu pousser des drapeaux tout neufs et des portraits. Et une troïka se dégage de tout ça: Hezbollah/Amal/PSNS (voir cette photo prise devant l'hôpital américain). A Ras Beirut et à Manara, dans les petites rues, les miliciens sont toujours là. Les armes au placard en attendant qu'elles refroidissent. Et les scooters sont toujours omniprésents, leurs conducteurs ne se gênant plus du tout avec les contre-sens. Cessez-le-feu certes, mais farwest quand même.
• En rentrant, je suis passé par le ring. Toujours barré. Des enfants jouaient au foot dessus, ça leur fera des souvenirs, alors que les grands (armes au placard toujours), scrutent les véhicules qui tentent de trouver une sortie par les petites rues de Zoqaq el-Blat et de Bachoura. Concrètement, on peut circuler, mais faut savoir par où passer.
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12h10

• Le PDG de la France, Nicolas Sarkozy, vient de s'apercevoir qu'il se passait quelque chose au Liban. Il vient de demander officiellement l'arrêt des combats dans notre beau pays. Je suis sûr que notre bon Hassan suivra à la lettre les desiderata de celui dont il a écorché le nom lors de sa conférence de presse la semaine passée. Nous sommes donc sauvés. Hallelujah!
• On va aller faire un tour du côté de Beyrout-Ouest pour voir si les miliciens se sont bien retirés. Hmm...
• Il y a 10mn, il y a eu deux ou trois "boom" lointains.

 
7h40

• Ça fait longtemps que je n'ai pas vu le drapeau libanais brandi quelque part. Partout, dans les villages de la montagne du Chouf ou ailleurs, les étendards partisans ont remplacé le rectangle de tissu portant deux bandes rouges et un cèdre vert. Ce serait bien de revenir à l'essentiel.
• Le nord a encore connu des combats cette nuit. L'armée a promis de désarmer les milices (sauf le Hezb bien sûr). Encore une blague, quoi.
• Ce matin, l'autocar scolaire était en rendez-vous. Un peu de normalité fait du bien en ce moment.
• Samedi soir, sur la route et en écoutant une vieille chanson «typiquement libanaise», Nat a eu ce mot, à peu de choses près: «J'ai l'impression que même le vernis de nostalgie fout le camp.» Je crois qu'on se demande simplement vers quoi file le pays. Tiens, voici une vidéo qui n'a rien à faire là...

lundi, 12 mai 2008

Day 6

21h05

• Nabih Berri a reporté le scrutin présidentiel au 10 juin (la 20e session, non? je m'y perds moi-même). Le Liban va sûrement entré dans le Guinness Book avec ça. Y a-t-il encore quelqu'un que cette élection intéresse?
• Souhaid accuse le Hezb d'imposer ses perspectives au Liban. Ah bon? Je trouve pas, moi. C'est la démocratie à la sauce tehiné qui s'exprime, comme l'a si humblement souligné monsieur Aoun.
• Voici un bon sujet d'Al Jazeera (en anglais), sur la situation aujourd'hui à Tripoli.

 
19h10

• Les grandes vacances sont terminées (provisoirement). Les écoles rouvrent demain.
• Joumblatt rencontre l'envoyé de l'administration US: il va encore se faire traiter de collabo celui-là!
• Aoun vient de prévenir ses partisans: «Attention aux hariristes s'ils viennent dans vos régions!» (sous-entendu, «ils viendraient manger vos enfants la nuit», ou «moi aussi, je peux avoir mes milices de quartiers»).
• C'est beau la démocratie consensuelle.

 
16h14

• Le point en vitesse parce que là, ça devient risible: le Prince Talal Arslane (ben oui, pour ceux qui ne sauraient pas, Arslane est un émir druze qui se crêpe le chignon depuis des années avec Joumblat, l'heure de la revanche a donc sonné), se posant en porte-parole de l'opposition, a lancé toutes sortes d'ultimatums. En vrac, il veut récupérer le matériel militaire du PSP (qui le fait bien saliver) AVANT de le remettre lui-même à l'armée. Et ce aujourd'hui même. «Ce jour est décisif. Ou nous réussissons, ou tout s'effondre.» Et comme il avait précisé avant que «si le Chouf explose, tout le Liban explose avec lui», on imagine combien Joumblat doit avoir la pression. Accessoirement, nos amis de l'opposition, comme ils en ont l'habitude, remettent la barre un peu plus haut: après que Nasrallah a affirmé que seule l'annulation des fameuses décisions du gouvernement mettrait fin à la «désobéissance civile», Arslane (porte-parole de l'opposition pour les étourdis) vient de corriger le tir. Il faut la démission du gouvernement pour que quoi que ce soit s'arrête. Ils ont raison de continuer sur leur lancée, pourquoi s'arrêter en si bon chemin, même si cela revient à se dédire? Comme Berri vient aussi de se prononcer pour la démission de Siniora (en tant que chef d'Amal, pas que président du Parlement, c'est pratique les casquettes), il semble que la prochaine étape soit d'avoir la tête du bonhomme. Politiquement bien sûr.



• Cela clashe de nouveau à Tripoli, épisodiquement.
• Une délégation de la Ligue Arabe arrivera mercredi à Beyrouth (ouf, on est sauvés), et à l'aéroport s'il-vous-plaît. Ils y tenaient beaucoup, ils ne seraient pas venu sinon. Sans doute pour vérifier de visu que le Hezbollah sait faire de très jolis chateaux de sable.
• Depuis mercredi dernier, les combats ont fait 81 morts. Je sais, ça aurait pu être pire mais c'est déjà trop. 


15h00

• Je n'ai jamais vu aussi peu de trafic routier sur la route de Damas qu'aujourd'hui, mis à part les camions frigorifiques de Tanmia qui arrivent sur Beyrouth pour remplir les supermarchés, et les minibus qui partent vers la Syrie.
• A Chtaura, les minibus libanais arrivent donc chargés. Surtout des ouvriers syriens.
• Sur la route de Masnaa et de Majdel Anjar, je suis passé entre les gouttes, les combats avaient cessé dans la matinée.
• Quelques kilomètres plus loin donc, à Masnaa, la route est barrée 300m avant le poste frontière par un large monticule de terre. Les chauffeurs syriens attendent les pigeons (entre 120 et 150 dollars pour l'aéroport de Damas, tout de même), et les font passer à pied par une petite barrière. Les soldats de l'armée libanaise fument des cigarettes en s'abritant du soleil (ça cogne dans la Bekaa). J'te mettrais un coup de bulldozer là-dedans...
• En tout cas, les transports de marchandises entre les deux pays ne fonctionne plus. Entre l'aéroport fermé et cette frontière, tout cela ressemble de plus en plus à un blocus.345814418.jpg

 
12h11

• Seul sur une route déserte, tel un cow-boy dans le couchant, David se rend maintenant à Masnaa pour voir de quoi il en retourne, l'armée devant actuellement procéder au déblocage du coin, après les échauffourées de Aanjar et Majdel Aanjar (le village d'à-côté, habité par de sérieux énervés en termes de fondamentalisme sunnite).
• Ce matin, à Masnaa justement, le poste-frontière a été endommagé par des tirs et des grenades lancés depuis... le côté syrien. Et oui.
• Dans le Chouf, l'armée se déploie massivement alors que les notables de la Koura (un district pauvre du Nord Liban) l'appellent urgemment à venir assurer la sécurité. Ben oui, ils doivent se dire que mieux vaut prévenir que guérir, vu comment ça s'est passé ailleurs.
• Enfin, dans la rubrique people, Saad Hariri dément avoir quitté le Liban et assure qu'il restera à Beyrouth. Dans le fond, on s'en fout un peu, parce que ça ne changera pas grand chose. Les seuls qui seront embêtés seront ce couple d'aounistes résidant à Qoraytem en face de la casa Hariri, et dont ils regardaient l'attaque avec enthousiasme, comme d'autres vont au cinoche. Ce serait dommage des les priver de cette saine distraction.


9h54

• Après la mise au pas du Chouf, des heurts se produisent à Masnaa, principal point de passage à la frontière syrienne, et vers la localité voisine de Aanjar, où réside une importante communauté arménienne.  Cela va compliquer les choses pour ceux qui veulent sortir du pays par là-bas.
• A propos de ceux qui essaient de quitter le pays, les bonnes habitudes reprennent: après les 50000LL pour faire l'aller-retour entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest la semaine dernière, il faut maintenant compter 500$ minimum pour prendre un taxi Beyrouth-Damas (contre 10$ en temps normal). Encore plus fort (et plus nostalgique pour certains), vous pourrez débourser 2000$ pour faire le trajet Jounieh-Chypre par les bons soins de propriétaires de petits bateaux (qui vont sur l'eau). Au moins, vous avez l'embarras du choix.
• David part tout de suite à Naba es-Safa, petit village du Chouf où vivent chrétiens et druzes. Mais selon un habitant du coin, il va devoir s'accrocher pour trouver des chrétiens sur place parce qu'ils sont tous en train de mettre les voiles.

 
8h20

• Vous connaissez la dernière blague à Beyrouth? Non? Et bien la voici: la Ligue arabe se réunit pour trouver une solution à la crise libanaise. Je n'avais pas autant ri depuis... depuis quand?
• La nuit dernière, vu de chez nous, une activité étonnante régnait au port de Beyrouth. A part Amal, quelqu'un s'occupe-t-il du site? La Finul? Ouh la! Qu'est-ce qu'il y a comme blagues aujourd'hui...
• Bilan des derniers jours: 42 morts. Plus tous ceux de la nuit.
• Et ça, c'était Choueifat hier (sur Otv).

dimanche, 11 mai 2008

Day 5

21h10

• Juste pour le plaisir! Ils sont vraiment forts en géo chez France 2...



• Demain matin, direction le Chouf.

 
19h15

• Universités et écoles fermées demain lundi. Et hop, les grandes vacances s'annoncent vraiment grandes cette année!
• Plus un yaourt au supermarché. D'autres rayons sont largement clairsemés.

 
19h00

• Pour ceux que la géographie intéresse, voici les combats du jour vers le Chouf, qui se sont même rapprochés de Beyrouth, il y a quelques minutes du côté de Hadath.
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17h44

• Je suis allé passer deux heures au parc Sioufi avec les mouflettes, histoire qu'elles se dépensent et de garder un air de normalité à leur vie. De ce côté de la colline d'Achrafieh, on entendait de gros "boom" lointains, ceux de Aley. Vu la distance, les déflagrations devaient être très lourdes sur place. Et puis dans les bacs à sable et sur les balancoires, tous les gamins s'amusaient. Les parents, eux, étaient pendus au téléphone et demandaient des nouvelles à leurs voisins.
podcast
• Il se pourrait que les écoles rouvrent demain. On verra bien.
• La montagne druze va-t-elle s'embraser? Si c'est le cas et vu le relief et les zones environnantes, elle risque de devenir très rapidement une enclave assiégée.
• Cessez-le-feu annoncé pour 18h.

 
13h40

• SMS du consulat de France: «Malgré l'accalmie actuelle, il convient de rester prudent et de limiter ses déplacements. Ne pas chercher à se rendre à l'aéroport toujours inaccessible.»
• Mai 2007: on a eu Nahr el-Bared. Mai 2008: on a les portraits de Bachar – qui est formidable – de nouveau à Beyrouth. Juillet 2008: on pourrait se retaper une petite guerre avec les voisins du sud. Y'a tout pour. Et puis cette fois, l'armée ne pourra pas se cacher.
660377014.jpg• Une chose en passant, mais qui a son importance pour moi. Je tiens vraiment à saluer le boulot réalisé par les photographes d'agences (surtout ceux de l'AFP) qui ont travaillé ces derniers jours dans des conditions assez difficiles et qui ont sorti d'excellentes images de Beyrouth-Ouest. Comme celle-ci par exemple qui montre une chose: les armes en circulation actuellement dans les forces armées de l'opopsition (y'en a qui prennent mal qu'on les appelle 'milices') viennent de sortir des cartons.

 
12h00

• Un truc totalement futile. Je viens de voir sur Now Lebanon un appel à respecter une minute de silence maintenant, à midi pile.
• Les miliciens d'Amal, du Hezb et du PSNS se retirent timidement de Beyrouth-Ouest.
• Hassan a gagné, Sleimane a les dents qui rayent le parquet.
• Que se passe-t-il à l'aéroport en ce moment? Qu'est-ce (et qui) transite?
• Et puis au nord...

samedi, 10 mai 2008

Day 4

19h05

• Bon, il semblerait que les hommes du Hezb commencent à se retirer de quelques rues de Beyrouth-Ouest, mais ça barde à nouveau à Tripoli.
• Souhaid avait raison hier: «L’armée joue la carte de la patience en attendant de se présenter comme sauveur.» Super, nous sommes sauvés!
• Extinction des feux.

 
18h15

• Le Hezb fait sa mijaurée. Le gouvernement s'humilie un peu plus.
• On est reparti pour un tour. Combats au nord.

 
17h00

• L'armée libanaise vient de planter une hallebarde dans le dos de Siniora: elle vient de révoquer les décision du gouvernement. On attendait que l'armée bouge, mais pas dans ce sens. Y doivent bien se marrer au Hezbollah. Ça évitera peut-être un bain de sang dans les heures qui viennent, mais on recule pour mieux sauter. Dans les faits, le pouvoir vient de changer de mains.
• Souvenons-nous que Sleimane est l'un des derniers héritages de la tutelle syrienne.
• Je vais me coucher après ça. 1118276215.jpg

 
16h20

• Pour les étourdis qui ont raté les 3 premiers épisodes de «Guerre civile au Liban» Saison 2 (disponible bientôt en DVD pirates), voici un petit résumé ici.
• Qu'est-ce que c'est calme à Achrafieh! On se croirait presque au mois d'août à Paris.
• Et ça, c'était l'ambiance à Beyrouth-Ouest hier. Y paraît que c'est la même ville. Les gens d'Achrafieh et du Kesrouan ne doivent pas avoir la télé, les pauvres, les temps sont durs.



15h50

• Les combats au Chouf ne ressemblent pas à une promenade de santé pour le Hezb, les druzes de Joumblatt savent un peu mieux se battre que les sunnites de Beyrouth. Le Hezb accuse même le PSP d'avoir «exécuté» deux de ses combattants.
• L'ambassade de France, contactée au téléphone: «Aucune évacuation des Français n'est prévue pour l'instant. Pour les vacanciers de passage, on traite les dossiers au cas pas cas, mais de toute façon, il n'y a pas moyen de quitter le territoire pour l'instant, à cause des barrages vers la Syrie ou à la frontière nord.»
• Siniora se veut fédérateur: «Israël reste le seul ennemi du gouvernement libanais.» Y a-t-il un homme politique digne de ce nom dans ce pays?

 
12h30

• Le Hezbollah dit que ce qui se passe depuis 4 jours n'est pas un coup d'Etat. Cool.
• Après la Future, le Mustaqbal, ce sont des stations de radio qui sont brûlées. Les journalistes pro-Hariri sont chassés. Reste à brûler les livres et on sera en plein régime fascite (sur la vidéo qui suit, ce sont les bureaux de Future qui flambent).



• Les lignes de fracture héritées de la guerre de 1975 sont encore bien présentes. Nous sommes entrés dans une période de statu quo où une moitié de la capitale est occupée, tandis que l'autre fait comme si de rien n'était. A Beyrouth-Est, les ouvriers continuent de travailler sur les chantiers ce matin. Pas beaucoup de solidarité citoyenne, si ce n'est une marche ce matin à Tabaris pour condamner la fermeture du Mustaqbal. Faudrait que ça bouge plus.
• Voici la carte de Beyrouth ce matin, ça vous rappelle rien?

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• Questions "carte", NowLebanon en a mise une intéressante également. C'est ici.
• Ça cartonne au pied du Chouf et dans le Akkar.
• Les portraits de Bachar el-Assad refleurissent dans Beyrouth-Ouest.
• Les médias occidentaux risquent de se lasser bien vite de ce qui se passe ici: ce n'est qu'un conflit entre sunnites et chiites de plus. On est tellement habitué.
• Le 14 Mars est-il mort?

Day 4 (bis)

1321392943.jpgJe suis en colère.

Je suis en colère contre ce gouvernement qui a voulu jouer les gros bras sans en avoir les muscles et qui, aujourd’hui, vient geindre dans le giron de la communauté internationale et arabe, sans se rendre compte que ce qui se passe aujourd’hui au Liban n’est pas perçu autrement que comme un énième conflit entre sunnites et chiites. Entre deux familles aux mêmes racines, qui se tapent dessus depuis la nuit des temps, et dont les frottements ne présentent plus guère d’intérêt depuis l’Irak et ses 35 morts quotidiens, en moyenne. Les chiites et les sunnites, ça lasse l’opinion depuis longtemps, c’est leur problème en fin de compte. Peu importe que depuis hier soir, la montagne druze paraisse figurer en bonne place dans les velléités expansionnistes du Hezb. Qui sait ce que sont les druzes à l’étranger de toute façon? Peu importe qu’une bonne part des hommes qui traînent dans les rues de Moussaytbé, Mazraa ou Hamra soient payés et armés par Nabih Berri, accessoirement président du Parlement et à ce titre gardien de l’unité nationale. C’est une honte.

Je suis en colère contre cette armée, heureuse de recevoir des lauriers populaires il y a moins d’un an pour avoir mis des mois, et au prix de destructions monstrueuses, à rabattre le caquet à un «groupuscule» dont elle n’a même pas su arrêter le chef. Cette armée flétrie par la honte depuis qu’al-Arabiya diffuse en direct des images de soldats, nos soldats en principe, combattant aux côtés de miliciens prenant d’assaut une bonne moitié de la capitale. Quelle logique permet d’expliquer, sans parler de justifier, que l’armée accepte que des hommes en arme lui livrent d’autres hommes en arme ? Qui oserait encore se voiler la face en prétendant que le Hezbollah n’est pas une milice, que c’est la «Résistance» et qu’en tant que telle, cela lui donne le droit de dépasser toutes les lignes rouges, au nez et à la barbe de cette grande Muette supposée défendre les citoyens en toute neutralité? Que penser de ces soldats qui prennent le café avec ceux qu’ils ont pour mission d’arrêter? Je me fous des excuses – l’armée est trop fragile pour s’opposer au Hezbollah –, des prétextes – elle n’a pas le droit de lancer une opération offensive sans en recevoir l’ordre du président de la République exclusivement –, des stratégies – Sleimane attend son heure pour se présenter en sauveur… L’armée regarde passivement des Libanais (dont je doute désormais de la libanité) mettre le feu à des médias, accrocher des photos d’un président étranger, pourchasser des citoyens jusque chez eux, interdire la circulation, et j’en passe. C’est une honte.

Je suis en colère contre les Libanais, en particulier ceux que l’on appelle les chrétiens libanais, ces Libanais qui vivent à Achrafieh, dans le Metn, le Kesrouan et qui ne semblent pas affectés plus que ça par ce qui se passe. Oui, ils ont peur. Peur que la contagion ne gagne leur quartier, leur région. Peur que cela ne soit pas bon pour leurs affaires. Peur de ne pas pouvoir aller à la plage cet été. Mais ont-ils seulement peur pour leur pays? Peur pour leurs concitoyens, ces sunnites qui, de toute façon, «n’ont jamais su se battre» (comprenez «c’est leur problème, nous, ça ne se passerait pas comme ça»)? Se rendent-ils seulement compte que, en quelques jours, les lignes de fracture qui ont scindé ce pays pendant plus de 15 ans se sont reformées, que la ligne verte est de nouveau en vigueur et que les voilà de nouveau cantonnés à ce fameux «réduit chrétien» qui a bercé mon adolescence? Les chrétiens se sont glissés en douceur dans cette nouvelle/ancienne configuration, comme dans des pantoufles. Ce qui laisse à penser que les lignes de démarcation restaient bien vivaces dans les esprits et que les Libanais n’ont rien appris. Il ne s’agit pas d’aller combattre le Hezbollah les armes au poing dans un combat perdu d'avance. Il s’agit de manifester une quelconque solidarité, ne serait-ce que dans les cœurs, dans la dignité des discours. Combien ont été manifester ce matin à Tabaris? Combien iront cet après-midi rejoindre Offre-Joie? Bien peu, j’en ai peur, parce que bien peu se sentent concernés, en fin de compte. Comme pendant la guerre de 1975-1990. On est gêné par l’inconfort, mais combien se sentent réellement impliqués par ce qui est en train d’arriver à leurs compatriotes? Sur les chantiers d’Achrafieh, les travaux se poursuivent comme si de rien n’était. A Jounieh, les bars et resto font le plein. La vie continue et doit continuer, certes. Mais un peu de solidarité serait bienvenue. Elle serait décente. Mais là encore, les Libanais n’ont rien appris. Ils reproduisent les mêmes schémas et se reprendront les mêmes claques. L’aéroport est inaccessible? On reprendra le bateau de Jounieh vers Chypre. L’ambiance est pas cool à Gemmayzé? On sortira dans le Kesrouan ou à Broumana. Le Hezbollah fait la loi à Beyrouth-Ouest? Il verra bien s’il ose s'approcher de chez nous (c’est ça ouais).

Cette espèce d’indifférence un peu anxieuse, tellement égoïste, est non seulement indigne, elle est suicidaire. Au lieu d’espérer naïvement, comme si l’Histoire ne nous avait rien appris, que le Hezbollah soit poussé à la faute (euh, ce qui se passe n’est pas suffisant?) et qu’Israël ou un état lambda intervienne, sauvant ainsi la veuve et l’orphelin, les Libanais de toutes confessions – du moins ceux qui ne sont pas d’accord avec ce vendu de Michel Aoun pour qui il s’agit d’une «victoire nationale» – devraient descendre dans la rue et crier leur solidarité à la face du monde. Crier que non, il ne s’agit pas de heurts sunnites-chiites mais d’une agression contre une nation toute entière par un parti fasciste qui refuse que l’on touche à sa capacité militaire (j'allais écrire "de nuisance"). Crier que la fermeture de médias, quels qu’ils soient, est un signe extrêmement inquiétant de ce fascisme. Crier que les Libanais refusent que leur destin soit dictés par quelques uns, plus armés que les autres, si tant est qu’ils croient encore à leur prétendue démocratie. Crier qu’ils ne veulent plus être pris en otage, que ce soit enfermés dans leur maison à Beyrouth ouest, ou engoncés dans leur région pour Beyrouth-Est. Seul cela forcerait le reste du monde à regarder ce qui se passe réellement au Liban. Ils ont su le faire en 2005 mais là, parce qu’ils ne sont pas directement concernés, ils ne bougent pas; ils s’adapteront, si tant est que le business va bien. Et pour moi, ça, c’est la plus grande de toutes les hontes.

vendredi, 09 mai 2008

Day 3

19h25

• Les rafales d'armes automatiques dans les rues de Beyrouth-Ouest, ça donne ça. Soit on se carapate, soit on se planque, c'est au choix.

• Et ça, c'est l'orage délirant de la nuit dernière, tourné depuis la maison, vers 2h30. Désolé pour l'autofocus un peu foireux.



 
17h19

• L'Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le Koweit et l'Italie annoncent ou étudient l'évacuation de leurs ressortissants. Côté Français, on dit "pas encore". Jusque là tout va bien donc.
• L'Egypte et l'Arabie Saoudite (encore elle) ont demandé une réunion d'urgence des ministres des affaires étrangères arabes. Ouahahahahaha! On a déjà annoncé qu'elle se tiendrait "dans les deux jours". C'est l'urgence vue par les Arabes. Re-Ouahahahahaha!
• L'ancien siège de la Future flambe à Raouché.
• Des centaines de civils passent la frontière syrienne, pour sortir du Liban, pas besoin de le préciser.
• En dehors des bris de verres, des poubelles qui puent et des morceaux de parpaing, des branches jonchent aussi les rues, suite à la monstrueuse tempête d'hier soir dont j'espérais, à tort, qu'elle calmerait un peu les ardeurs.
• Des portraits de Bachar el Assad refleurissent dans Beyrouth Ouest.
• Le calme semble revenu à l'exception de tirs sporadiques, signe soit que les combattants font la sieste (probabilité 0.33/10), soit qu'un camp a gagné (probabilité 9.99/10) et qu'un nouveau statu quo est en vigueur. Le 14 Mars proteste aussi inutilement que faiblement, mais dans une politique du fait accompli, ils l'ont dans l'os. Le Hezb a désormais des cartes supplémentaires, Hariri & co ont reçu l'humiliation du siècle. On attend le prochain round. Quoique. On a déjà vu ce genre de statu-quo durer 15 ans au Liban.


15h10

• De retour de Beyrouth-Ouest.
• C'était calme quand on y est passé, mais c'est reparti de plus belle depuis.

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• Visiblement, sur le terrain, chacun campe sur ses positions (voir cette photo à la Marina de Beyrouth, pas loin du Phoenicia): Le Hezb et Amal tiennent leurs quartiers, l'armée et les FSI les encerclent, et protègent les bâtiments officiels: les ministères du centre-ville et de Hamra, et surtout la Banque du Liban.
• Si, rue de Damas, les employés de Sukleen continuent de travailler, dans Ras en-Naba et Mazraa, les bennes à ordures (qui n'ont pas été brûlées) dégueulent.
• A Mazraa et Mar Elias, ce sont les jeunes de Amal qui font la circulation, avec la Kalach en bandoulière. A un carrefour, on a demandé notre chemin à un gars tout gentil (mais le doigt sur la gâchette), la voix douce. On lui aurait donné le bon Dieu sans confession.
• A Qantari, en redescendant vers le centre-ville et la banque Audi, je m'arrête pour prendre une photo. Un mec à scooter débarque et me dit que c'est interdit de photographier (!), car c'est une zone touristique (re !).
• J'ai eu un ami photographe indépendant au téléphone, qui s'est fait piquer toutes ses cartes mémoires à Hamra. «C'était des mecs du Hezbollah, des vrais, ceux avec lesquels tu discutes pas.»
• Note pour plus tard: c'est décidé, je vais me reconvertir dans l'importation de scooters.
• Sans commentaire...



 
12h50

• Toujours pas sortis, mais on file tout de suite. Compliqué de tout gérer.
• Farès Souhaid (secrétaire général du 14 Mars), joint par téléphone: «Ce que l’on essaie de présenter comme un conflit entre deux courants politiques est en fait un putsch militaire mené par une organisation terroriste soutenue par l’Iran. Les députés de la majorité arrivent au fur et à mesure à Meerab, et dès qu’ils seront présents, nous verrons quoi faire. L’élection d’un président à la majorité simple est une possibilité, c’est très probable. L’armée joue la carte de la patience en attendant de se présenter comme sauveur. Je ne crois pas que le Hezbollah entrera dans les régions chrétiennes.»
• Joumblatt n'a pas été évacué, il est toujours à Clemenceau.
• Marwan Hamadé (bras droit de Joumblatt), par téléphone également: «Il s’agit d’un coup d’Etat milicien, l’Iran réédite le coup de Gaza et cette tentative est pratiquement réussie, si ce n’est qu’ils n’ont pas de gouvernement légal. L’Iran a établi une nouvelle tête de pont sur la Méditerranée. Personnellement, je reste à Beyrouth, je suis habitué aux invasions. J’ai vécu celle israélienne de 1982, et aujourd’hui celle iranienne de 2008. Toutes les options sont ouvertes, y compris l’élection d’un président à la majorité simple. Toute la question sera de savoir quel président élire. Car, vis-à-vis du laxisme de l’armée, nous comptons bien demander des explications au général Michel Sleiman. Pour l’instant, les druzes ne réagissent pas car ils sont encerclés dans le Chouf et ils sont extrêmement peu nombreux à Beyrouth. Mais il est évident qu’ils ne laisseront pas faire si quelqu’un s’attaque à la montagne du Chouf.»
• Le téléphone de Hajj Hassan ne répond pas.

 
11h30

• Une roquette tirée sur Qoreytem, la résidence de Hariri.
• Le bâtiment du journal Al-Mustaqbal pris pour cible. J'arrive pas à joindre un copain journaliste sportif dans ce canard.
• Joumblatt évacué de Clemenceau par l'armée.
• Le port bloqué (facile, c'est les copains d'Amal qui le contrôlent d'ordinaire).
• Je viens d'avoir au téléphone le député du Courant du Futur Ammar Houry, dont la résidence a été prise par le Hezb. Voix d'outre-tombe lui qui est d'ordinaire si enjoué. Complètement flippé: «I'm fine, sorry, I can not tell anything else right now.»
• Un copain arménien habitant à Ras Beirut: «On reste à la maison, on bouge pas.»
• On va sortir.
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jeudi, 08 mai 2008

Day 2

23h35

• Ça tonne.
• Tiens, un petit sujet sur Euronews. De l'info très conventionnelle, mais ça donne une idée.

 
21h10

• Je viens de rentrer. Beyrouth ville morte. Tabaris et Sodeco bouclés. Pleut quelques gouttes. Ça tire de partout.
• Les militaires sont partout sauf là où ça chie. Sleimane a perdu l'occasion de montrer qu'il en avait.
• Le halloum a remplacé les yaourts importés au supermarché.
• J'ai 45 minutes pour pondre 4 colonnes. Hmm...

 
19h20

• Les gars du Hezb et du Futur s'en mettent plein la tronche dans Beyrouth-Ouest.
• Il y a toujours du courant.
• Les "boom boom" sont revenus.

 
19h00

• Les SMS vers l'étranger ne passent pas. Ou difficilement.
• Tiens, ça fait bien 2 minutes qu'il n'y a pas eu de "boom boom".
• Cellulaire en rade: plus de réseau. Hmm... Ah si, ça vient de revenir.

 
18h30

• SMS de l'ambassade de France: «Les consignes transmises hier restent valables jusqu'à nouvel ordre. Elles s'appliquent également en dehors de Beyrouth.» Sans blague? Et à l'ambassade, ils sont en première ligne pour les tirs de Ras en-Naba!
• Selon notre «correspondante sur le flan sud d'Achrafieh», des hélicos se sont posés à l'aéroport.
• Qu'est-ce que ça canarde! Si c'est pas la guerre, ça y ressemble drôlement.

 
17h40

• Le Sayyed vient d'inventer une nouvelle politique: celle de la petite carotte et du gros bâton. Il rigole, il compte sur ses doigts, demande au gouvernement de revenir sur ses décisions (pour une fois qu'il en prend!), et propose le dialogue. Hmm...
• Pas touche aux armes, sinon on coupe les mains. Hmm...
• Le Sayyed ne veut pas que la CIA et le FBI contrôle l'aéroport. Hmm...
• Ça pétarade grave, ils sont contents! Youpi! Hmm...
• Le généralissime va parler ce soir. Hmm...

 
15h35

81769147.jpg • Les vieux réflexes sont en train de refaire surface. Je suis allé faire le plein des réservoirs, et les pompistes étaient bien débordés. Idem pour les supermarchés. A la station près de chez nous, les 20 litres sont vendus à 29100LL. Une petite étiquette sur la pompe même fait mention d'autres tarifs pour "ARMY": 26800LL.


13h30

• Les médias français commencent à sortir de leur torpeur, tout occupés qu'ils sont avec le mariage de Jamel et Mélissa.

• Ça clashe fort à Tripoli.


12h40

• Comme j'aime beaucoup les cartes géographiques, je me suis «amusé» à voir ce que cela donne à Beyrouth, vu d'en haut. Voilà le résultat. C'est clair, non?

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11h50

• Ça, c'est Tayouneh hier, là où a été prise la photo plongeante du post précédent. Vous pourrez y voir les fameux scooters...

• Et là, c'est au Sud, à Nabatiyeh, Tyr et Marjayoun.

• Pendant ce temps, Orange TV passait un feuilleton. Logique.
• Aujourd'hui, c'est bis repetita. Et ça bouge beaucoup du côté de la Bekaa. La route de Dahr el-Baïdar vient d'ailleurs d'être fermée, et le passage de Masna complètement bloqué par des tas de terre. On file vers l'isolement total.
• Je me disais ce matin que la dernière fois que l'aéroport a été mis hors service, c'était à cause des bombardements israéliens. L'histoire peut être ironique parfois.
• Rappel des faits: la grève a tourné en désobéissance civile car le parti de Dieu voudrait que le gouvernement fasse machine arrière sur le limogeage du responsable de la sécurité de l'aéroport et sur l'enquête concernant le réseau téléphonique parallère. C'est vrai quoi, il a du culot ce gouvernement fantôme de vouloir lever le petit doigt.

mercredi, 07 mai 2008

Day 1 : le Hezbollah fait la pluie, le beau temps et les nuages noirs

23h59

• Devra-t-on se souvenir du 7 mai 2008 comme du 13 avril 1975?
• La Bekaa est aussi le théâtre d'affrontements entre partisans du Futur et du Hezb.
• Pour Slimi (Frangieh), ce qui s'est passé aujourd'hui n'est pas la faute du Hezbollah car il a été provoqué, le pauvre.
• Toujours silence radio du côté de Rabieh.
• Le mufti de la République (cherchez l'erreur) a fait savoir que "les sunnites en ont assez".


19h10
 

• On attend sagement l'annonce du couvre-feu sur Beyrouth.
• Les écoles risquent de fermer leurs portes jusqu'à lundi minimum.


18h25

• Il semblerait qu'un début de coup d'Etat soit en cours.
• Côté Hezbollah, la désobéissance civile commence. Y sont où les aounistes?


17h45

• SMS reçu sur mon portable: «En raison des incidents graves de ce jour, il est fortement déconseillé de circuler dans Beyrouth et notamment de tenter de se rendre à l'aéroport qui est inaccessible.» Signé: le Consulat de France. Merci, c'est trop sympa de prévenir.
• Les FSI vont-ils intervenir sur le sit-in bis? Il semblerait... que non.
• Un autre petit point vidéo, à Ras en-Naba (dans Beyrouth, juste à côté de l'ambassade de France), et au Sud.


17h30

• On va avoir droit à un sit-in sur l'autoroute de l'aéroport (où est coincée Fayruz), à l'image de celui du centre-ville.
• Le gouvernement baisse son froc et a annoncé qu'il ouvrirait l'aéroport de Qleiaat pour remplacer l'autre que les partisans du Hezb veulent rebaptiser "Aéroport Hassan Nasrallah".
• File-t-on vers la partition de fait?


16h50

• Tenez, voici un petit résumé de la situation en images...

 


16h30

• Des bus déversent des hommes en armes du côté de Mazraa.
• Les ados du Hezbollah comptent installer des tentes sur l'autoroute de l'aéroport. Envoyez la cavalerie!


Bilan de cette journée à
15h30 (heure locale)

1337631919.2.jpg• Les jeunes partisans du Hezbollah, extrêmement mobiles sur les scooters, tiennent les principaux axes de Beyrouth. C’est donc la révolution par le scooter. A Jnah, près de l’ambassade du Koweït, on a vu un essaim de 200 scooters débouler sur un rond-point pour prendre la route longeant l’autoroute de l’aéroport. On aurait dit des insectes.
• Ces jeunes sont extrêmement bien encadrés par des militants plus expérimentés, avec talkie-walkies et tout le tralala.
• Sur le rond-point de Tayouneh (à la lisière des quartiers de Chiyah – chiite – et Aïn el-Remmaneh – chrétien, voir la photo ci-dessus), les manifestants ont brûlé des voitures. Des camions déversent des tas de terre pour bloquer tous les boulevards. Les militaires en faction restent les bras croisés: «Qu’est-ce qu’on peut faire?», lance l'un d'entre eux.
• L’autorité de ce qui reste de l’Etat libanais est bafouée une fois de plus.
• L’accès à l’aéroport international est totalement bloqué: par l’ancienne route, par la nouvelle, par le bord de mer.
• A Achrafieh comme dans les régions chrétiennes périphériques (Metn, Kesrouan...), les gens continuent comme si de rien n’était. Les ouvriers syriens travaillent toujours sur les chantiers d’immeubles sortant de terre.
• La fumée noire des pneus, ça pollue. Faut voir nos visages et nos narines.
• Pour la première fois, la route du port, en bas de la place des Martyrs (où l’opposition poursuit son p#$*&n de sit-in depuis décembre 2006) a été bloquée (mais dégagée par l'armée). J’avoue que voir ça, ça fait réfléchir, car couper le centre-ville jusqu'aux rives de la Méditerranée veut dire beaucoup de chose, d'autant que le port est une zone tenue par Amal…
• La ligne verte a repris du service.
• Des infos (à prendre avec des pincettes) font état de tirs de RPG, de grenades… en tout cas, on entend très bien les rafales d’armes automatiques un peu partout.
• Le Hezb a réussi son coup en montrant qu'il peut tenir la capitale.
• Michel Aoun, lui, devrait tirer les conclusions qui s’imposent devant l’absence totale de mobilisation dans son camp. Pathétique.
• L’accès à l'aéroport international restera fermé jusqu’à nouvel ordre.
• Au moins huit blessés pour l'instant.
• C’est bon pour le tourisme tout ça.

mardi, 06 mai 2008

Hassan, Walid et miss Météo

792286487.jpgBonjour, vous êtes bien sur MétéoLiban, et voici les prévisions pour demain: les brumes de pollution matinales devraient se dissiper rapidement, et nous devrions avoir un temps globalement ensoleillé, mais couvert en milieu de journée par d’épais nuages noirs de fumée émanant de tas de pneus brûlés. Les températures devraient monter largement au-dessus des moyennes saisonnières. Bonne soirée et restez chez vous demain!

[…]

Elle est chouette la speakerine de MétéoLiban, elle a tout compris: la météo libanaise est recouverte d’une brume de manipulation bien épaisse. Il y a vraiment de tout en ce moment, les déclarations incendiaires bourgeonnent comme les gardenias et les jacarandas des cours d’école.
Tiens, parlons-en de l’école. Il y en a une juste à côté, et c’est plutôt folklorique. Dans la cour, Walid accuse Hassan d’avoir un pistolet à eau et de terroriser tous les petits camarades avec, Hassan rétorque que Walid n’est qu’un américhien; Walid dénonce le réseau de talkie-walkies Playschool de Hassan, Hassan lève les yeux au ciel en disant que Walid fait le jeu du complot chioniste (il a pas bien compris ce que disait son papa à table la veille); Walid ne comprend pas ce que faisaient trois élèves d’une école étrangère pas loin de la maison de son pote Samir, Hassan, lui, se dit qu’il ne fallait pas faire tout un fromage de cette histoire… Ça se chamaille sec entre Walid et Hassan ces derniers jours, et dans la cour d’école, un autre gamin essaie de montrer qu’il a des muscles, en vain. C’est le petit Michel. Lui, il aimerait bien que tout le monde l’écoute, mais il n’est pas aussi populaire qu’il le croit à la récré. Pendant ce temps, les nuages promis par miss Météo s’accumulent, s’accumulent… Alors Walid et ses potes se fâchent fort, car aucun d’entre eux ne comprend ce que veut vraiment Hassan. C’est vrai, quoi, il veut quoi ce petit Hassan? Il a déjà toutes les billes de ses copains, un lance-pierre, une fronde (quoique non, il a jeté sa fronde, ça fait trop «David» à son goût), il pique les casse-croûtes de Michel (c’est leur deal depuis le CP), et ses copains de CM2 (les grands, quoi) bloquent toutes les sorties de la cour de l’école afin qu’Hassan soit sûr que tout est sous son contrôle. Et comme il n’y a plus de directeur dans leur école depuis 6 mois, Hassan, Walid et tous leurs petits copains de jeu font n’importe quoi. Mais bon, à l’école, aucun gamin n’ose plus trop approcher Hassan car personne ne sait ce que ce garçon à la bouille trop gentille a réellement dans la tête. Prendre le contrôle de l’école par la force? Eliminer les garçons aussi populaires que lui? Lancer une bataille de bombes à eau avec les voisins de l’école d’à-côté sans prévenir ses petits copains?
Du coup, comme tout ça est très confus et que la majorité des enfants de cette école n’a aucune prise sur les agissements de nos caïds en culotte courte, ces derniers en rajoutent des couches quotidiennement. Jour après jour, Walid et surtout Hassan brouillent les pistes (pas la 17 de l’aéroport, je vous vois venir…). Peut-être qu’il a une enfance malheureuse pour se comporter comme ça, celui-là.

[…]

Ah, miss MétéoLiban veut reprendre l’antenne: il a plu ce matin à l’Université libanaise de Fanar, et il pourrait pleuvoir du côté de Mazraa, de Basta et de Jdeidé demain. Sortez couverts!

[…]

Cool, l'électricité vient de revenir, voici la météo en live: 


envoyé par viliendelabarbe

jeudi, 17 avril 2008

Autruches

763b96b094334925afc4f9e961515edb.jpgIl y a deux jours, l’une des DJ œuvrant dans la même radio que moi répondait à un appel téléphonique pour le moins incongru: le ministère de l’Information au bout du fil, non pour demander une spéciale dédicace sur une chanson de Mike Brant même s’il appelait sur le même numéro que les auditeurs, voulait savoir qui était le directeur des programmes. Y sont pas bien informés, pour un ministère de l’Information, d’autant que le personnage concerné occupe ce poste depuis une bonne dizaine d’année. Bref, là n’est pas la question.

En fait, le ministère de l’Information n’était pas content car on y avait entendu dire qu’une chanson de Yaël Naïm – artiste israélienne qui s’est récemment fait une réputation internationale pour ceux qui ne connaîtraient pas – passait sur les ondes. Bon, ils étaient pas trop sûrs, en même temps, au ministère de l’Information. C’était peut-être chez nous (peu probable vu notre programmation pourrie) ou chez notre radio-sœur, ou encore une autre. Et puis, quand? Quelle chanson? Et à qui faut-il parler déjà? C’est pas bien grave, ce ne sont que des détails. L’essentiel, c’est de nous informer que Yaël Naïm ne doit pas être entendue au Liban. Notre pauvre DJ, bien embêtée, a bafouillé une réponse quelconque et l’affaire en est resté là.

On croit rêver. Et pourtant, ça se passe comme ça dans notre belle démocratie libanaise. Une liste noire tout ce qu’il y a de plus officiel, même si elle commence à dater un peu (et c’est un euphémisme) se rappelle de temps en temps à notre bon souvenir; elle comprend des noms comme Harry Belafonte (bon, c’est pas trop grave), Louis de Funès (si, si, il y a même eu une razzia au Virgin un beau jour, pour rafler tous les Rabbi Jacob. D’ailleurs, il est listé à la fois sous le D, pour de Funès, et sous le F pour Funès, comme ça on ne peut pas le rater), Juliette Greco (et Marie-Juliette Greco aussi), Jerry Lewis, Enrico Macias (pourtant, Dieu sait qu’on l’entend celui-là), Paul Newman (d’où le retard de projection de ses films, le temps que les affiches soient retouchées afin que son nom n’y apparaisse plus), Frank Sinatra, etc., sans compter ceux qui sont interdits parce qu’ils sont «de mauvaise moralité» ou d’influence néfaste pour la jeunesse (Nine Inch Nails forever).

Tout cela pourrait faire sourire, passer pour une sorte d’aberration anachronique… si ce n’est que, comme l’affaire Yaël Naïm le montre, la culture, la liberté de penser se mesurent de plus en plus à des aunes pour le moins variables. Et la balance penche de plus en plus dans un sens unique qui n’est pas fait pour nous plaire. Parce qu’au-delà de tout ça, c’est la liberté tout court qui est en jeu au Liban. Un pays où, désormais:

  • Un film comme Persépolis a frôlé l’interdiction pure et simple pour ne pas froisser le Hezb et ses parrains.
  • Il faut obtenir du Hezbollah une carte de presse pour pouvoir prendre des photos et réaliser des interviews dans le sit-in du centre-ville, un espace pourtant public mais qu’il faut contourner depuis 18 mois lorsqu’on est en voiture et où il faut montrer patte blanche même s’il n’abrite plus grand monde à part des ouvriers syriens bien contents d’y trouver le gîte et le couvert.
  • Un groupe de noctambules se fait agresser (à coups de poignards paraît-il) à la sortie d’un bar rue Monot le week-end dernier parce qu’ils n’ont pas voulu trinquer à la santé de Hassan Nasrallah.
  • Les forces de sécurité sont obligées de livrer deux individus arrêtés près de Aley dans le Chouf, encerclés qu’ils étaient par des partisans du parti de Dieu.

Et j’en passe et des meilleures, ces exemples n’étant que quelques uns des plus récents…
Aujourd’hui, nous vivons dans un pays où une milice peut imposer sa loi – et elle le fait de plus en plus, ne nous voilons pas la face – au mépris de la loi et du droit le plus élémentaire. En fait, ce n’est pas seulement sa loi, c’est aussi son idéologie et ses principes réactionnaires. Je ne stigmatise aucunement une communauté, loin de là, et je ne souhaite pas entrer dans le débat de la légitimité du Hezbollah vis-à-vis de la politique israélienne.

Pour tout dire, je m’en fous en ce moment, de la politique israélienne, de la résistance et du reste. Je me pose – et vous pose – une question bien plus personnelle, et à mon sens, cruciale: vers quel Liban nous orientons-nous, sous couvert d’enjeux régionaux ou par simple peur des armes du Hezb? Et par extension, pouvons-nous faire quelque chose pour inverser la tendance et défendre nos libertés? Il ne s’agit pas de défendre une culture occidentale ou à l’Américaine, mais de préserver notre droit, notre capacité à avoir le choix.

Parce qu’en fin de compte, une dernière question se posera inéluctablement: le Liban qu’on nous prépare ne sera pas nécessairement celui dans lequel nous aurons envie de vivre et de voir grandir nos enfants. N’aurons-nous d’autre alternative que de le quitter ou de nous plier à des principes d’un autre temps?

lundi, 24 mars 2008

Sylvester, Mel, Hassan et Imad sont dans un bateau…

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Alors qu’en cette fin d’après-midi un soleil radieux baigne Beyrouth d’une lumière dorée, des pétarades se font à nouveaux entendre dans le silence tranquille de ce lundi férié, après la fiesta de la veille en l’honneur du nabab bourru (qui a d’ailleurs menacé de ne plus apparaître à la télé si ses partisans persistaient à fêter chacune de ses apparitions sur les ondes comme la venue d’un messie armé de deux gros flingues). Les cloches couvrent par intermittence le vacarme des pétoires, dans une sorte de surenchère inconsciente mais totalement schizophrénique.

Cette année, le lundi de Pâques a coïncidé avec le 40e de l’assassinat de l’homme «aux deux victoires», puisque c’est ainsi qu’est désormais labellisé Imad Moughnieh; deux victoires, l’une lors du retrait israélien du Sud-Liban en 2000 et l’autre pour la guerre de juillet 2006. Chacun voit midi à sa porte, mais cela reste amusant de constater qu’aujourd’hui, le Hezbollah célèbre les exploits d’un homme dont il affirmait autrefois qu’il ne faisait pas partie de ses rangs. Bref.

Gros rallye populaire organisé à Rouaiss, dans la banlieue sud, par le parti de Dieu en l’honneur de son dernier martyr en date, avec à la clé retransmission en direct des festivités sur la chaîne Al-Manar. Pour l’instant, les autres stations télé poursuivent leurs programmes dans une totale indifférence, feuilleton à l’eau de rose chez l’un, télé-achat sur l’autre, émission sportive pour le troisième… Pour la peine, Al-Manar mérite d’être regardée ne serait-ce que pour l’intérêt anthropologique de la chose. Une voix de femme déclame avec une emphase presque religieuse des vers en l’honneur du bonhomme, dont les images défilent comme dans un montage PowerPoint; un cercueil qui part en contre-plongée vers des cieux divins, une main tendue vers les nuages dans un geste littéralement christique, la bonne bouille débonnaire de notre Moughnieh binational (au moins) apparaissant dans le cœur d’une rose rouge en train d’éclore, pour être remplacé par une blanche colombe. Je crois bien que c’est cette dernière image fort poétique qui me fait le plus halluciner car s’il est bien un homme que l’on peut difficilement associer à la colombe de la paix, c’est celui-là. Mais la poésie (ou la propagande) a ses raisons que décidément, la raison ne connaît pas… Entre deux plans mélodramatiques à l’extrême, sur fond d’air de cornemuse à la Braveheart (on s’attend à ce que d’un instant à l’autre, Moughnieh se relève de sa tombe – c’est le lundi de Pâques après tout – en criant un ultime «Freedoooooooooom»!), des inserts montrant les hommes en arme du Hezb exhibent la mobilisation des troupes et la puissance militaire, dissuasive sans doute, du parti. Au fait, je vais peut-être avoir l’air naïve, mais avez-vous déjà remarqué que le logo d’Al-Manar pourrait tout à fait représenter deux flingues entrecroisés? Je ne sais pas si c’est mon état d’esprit d’aujourd’hui qui m’a poussée à brusquement le voir ainsi, surtout surimposé sur cette fameuse colombe, mais là, cela m’a sauté aux yeux.

A Rouaiss, la vie a plutôt continué comme si de rien n’était: magasins ouverts, habitants faisant leurs courses… L’ambiance n’était guère à la commémoration, dont les résidents sont sans doute gavés, eux qui sont de plus en plus nombreux – comme les habitants du Sud – à renouveler leur passeport et à prendre des options de location dans les régions considérées comme plus «sûres», au cas où… Quelques femmes sont présentes, portant de nouveaux foulards avec sur une face le drapeau du Hezbollah, sur l’autre le portrait de Moughnieh au pochoir. La masse assemblée ici est formée essentiellement de jeunes hommes, souvent sur leurs scooters déglingués, certains portant les armes qu’ils actionnent allègrement sans se soucier des lois de la pesanteur, à savoir que tout projectile finit par retomber quelque part… Chaque mention d’un dirigeant israélien provoque des huées, chaque harangue un peu plus vigoureuse que les autres déclenche une nouvelle salve de tirs… de joie? de colère? d’excitation? de n’importe quoi? L’un des jeunes fêtards vide son chargeur alors qu’il se tient debout devant un bâtiment portant l’enseigne «Collège de la finesse», sans doute une piètre contrefaçon du «Collège de la sagesse»… Toujours est-il que l’association des deux, jeune excité flingue à la main et enseignement de la finesse, prête à sourire. Pas autant cependant que la nouvelle décoration locale, une pléthore de posters représentant l’héroïque Moughnieh, dont l’un particulièrement imposant figure dans l’alignement d’une affiche de film. Lequel? Je vous le donne en mille: Rambo IV. Ça ne s’invente pas.

Beaucoup redoutaient qu’à l’occasion de ce 40e, le Hezbollah mette en pratique ses menaces de vengeance à l’encontre d’Israël. Bon, la journée n’est pas terminée mais pour l’heure, la manifestation n’a pas pris l’envergure à laquelle on pouvait s’attendre. Dans un discours relativement court (une heure «seulement») et particulièrement mesuré (par rapport à d’autres propos qu’il a pu tenir) sur le plan local, Nasrallah a rendu hommage à Jésus et Mohammad, ce qui va en rassurer certains. Evidemment, sur le plan international, c’est autre chose: Hassan a émis ses critiques virulentes comme à l’accoutumée à l’égard «des groupes américano-sionistes» qui provoqueraient, selon lui, des troubles entre l’Europe et les musulmans (on peut pourtant être l’un et l’autre, que je sache) et il a surtout renouvelé ses menaces à l’égard de notre voisin du Sud. Que ses partisans se rassurent, une nouvelle guerre au Liban coûterait cher à Israël car 85% (????) des Libanais soutiendraient le parti de Dieu en cas de conflit. Et surtout, Hassouna l’affirme haut et fort, Israël sera «puni» et disparaîtra suffisamment vite pour que le public assemblé pour l’entendre (le voir, c’est une autre paire de manches) puissent assister à cet événement historique. Autrement dit, notre génération en sera témoin. Super. C’est beau la rhétorique. Et la génération suivante, celle de nos enfants, elle récoltera quoi?

Car le problème, c’est que pour Nasrallah, les Israéliens ne supporteraient pas de devoir retourner dans les abris; il a l’air de croire que les Libanais, eux, n’y verraient pas d’inconvénients, ce dont je ne suis guère convaincue. Et surtout, Hassouna semble oublier que si Israël «peut disparaître», le Liban le peut aussi. Et s’il y a bien une course que les Libanais sont capables de gagner, c’est malheureusement celle-là.

vendredi, 07 mars 2008

Subject: Prévisions LIBAN

374f36ad6a9c7d1782efcdb651fc3ba8.jpgC'est souvent comme ça en temps de crise, mais j'ai parfois l'impression de mettre des œillères pour éviter de voir que le panorama s'assombrit dangereusement. Et puis comme je bosse pour des médias étrangers, je leur envoie de temps en temps des mails pour les tenir au courant de la situation et de la «probabilité» que le Liban refasse les gros titres. J’intitule ces mails «Prévisions LIBAN». Alors, systématiquement, j'ôte mes œillères, regarde à droite et à gauche, et je fais le bilan. Je viens de le faire il y a 10 minutes, et ça donne ça:

  • Après les ambassades arabes, c'est l'ambassade américaine qui vient de prévenir ses ressortissants d'adopter un profil bas, de rester chez eux, voire de quitter le pays si c'est possible, car la situation locale et régionale sent le soufre. Elle avait fait de même début juillet 2006, juste avant la guerre.
  • Selon un quotidien libanais, il y aurait une mobilisation générale de réservistes au sein de l'armée syrienne (peut-être du vent, mais on ne sait jamais).
  • Une autre info (démentie par la Finul): il y aurait eu une incursion israélienne hier en territoire libanais jusqu'au Wazzani.
  • La tuerie à Jérusalem serait due, selon Al-Manar (info reprise par tous les médias ensuite) à une brigade nommée d'après le membre du Hezbollah assassiné à Damas, Imad Moughnieh. Certains avancent même que le Hezbollah serait lié directement l'attentat, en soutien au Hamas.
  • Les discours, que ce soit du côté du Hezbollah (Nasrallah a prévenu qu'il pourrait passer à l'action après le 40e de la mort de Moughnieh, soit le 24 mars) ou d'Israël, se radicalisent. La situation actuelle rappelle grandement le mois de juin 2006: Israël met le paquet sur Gaza, et les problématiques libanaises et palestiniennes se retrouvent à nouveau mêlées.

Bref, il n'y a rien de réjouissant. Wait and see donc, mais je préfère quand même vous tenir au courant de la température locale et des nuages noirs qui s'accumulent sur le Liban (même s'il fait très beau avec un bon 25ºC, mais c'est toujours par beau temps que les conflits commencent!).

[...] 

Vous me direz, ça fait beaucoup de verbes au conditionnel et de supputations (j’adore ce mot, presque autant que croquemitaine). N’empêche, vu d’ici, rien n’incite à la légèreté et à danser la lambada. Et c’est sans compter sur les déclarations de nos politiques – tous bords confondus – ajoutant de l’huile sur le feu quotidiennement, sur les Etats arabes qui se crêpent le chignon avant le sommet de Damas, sur notre foutue élection présidentielle reportée à la Saint-Glinglin, sur...

Au Liban, finalement, il existe trois sortes de personnes: les pessimistes qui voient la guerre partout, les optimistes béats (également appelés non-voyants) et les pragmatiques qui se disent que si ça dérape, il y aura toujours moyen de s’adapter.

mercredi, 05 mars 2008

Décentralisation & régionalisme : un avenir pour le Liban ?

395311fa82c7b5782bdc98c7f417eaf9.jpgIl y a des semaines où d’un coup, on entend parler d’une même chose à plusieurs reprises, dans des endroits différents. Hier, j’ai assisté à une réunion de grands patrons libanais. Et avant-hier, j’ai interviewé Sami Gemayel, fils d’Amine et frère de Pierre. A chaque fois, j’ai entendu les mots «décentralisation» ou «modèle espagnol». Avec Cheikh Sami, l’idée était même poussée plus loin, avec le mot «régionalisme», pour ne pas dire «fédéralisme».

Lors de la réunion des grands patrons libanais, un représentant du ministère des Finances a expliqué que son équipe bossait dur sur un vaste projet de décentralisation de certaines compétences de l’Etat, tout en disant que l’idéal pour le pays serait l’établissement d’un superministère gérant l’Economie et les Finances. Mais c’est avec le fils de l’ancien président de la République que le raisonnement est allé plus loin. Ce qui va suivre est un peu long, mais bon, ça fait avancer le débat...

Son point de vue n’est pas exempt de toute critique, mais il y a quelques idées intéressantes. La réflexion de son groupe de travail – pas uniquement composé de Kataëb comme lui, mais aussi d'autres tendances politiques – a suivi deux axes: la définition de ce qui «a foiré dans le modèle libanais» (pour reprendre ses mots), et les recommandations pour imaginer un futur apaisé. Voici de larges extraits de ses propos.

Le bilan d’un Liban en faillite

  • «Le régime actuel date de 1943 avec l’établissement du système confessionnel, du système des quotas et de la démocratie consensuelle. Puis en 1990 avec l’accord de Taëf, il n’y a pas eu de modification du système politique mais une modification des quotas avec un rééquilibrage des compétences entre les communautés. Ce régime n’a pas réussi à contenir ou à prévenir les conflits et à constituer une citoyenneté libanaise, et n’a pas encouragé le dialogue interlibanais.»
  • «Pour avancer, il faut que tout le monde soit d’accord sur le bilan. Il y en a qui disent que le système n’a pas foiré. Mais au bout de 60 ans, il y a eu des dizaines de milliers de morts et le pays est à nouveau au bord d’une guerre civile: s’ils me disent que le système n’a pas foiré, c’est que ces gens-là ont un sérieux problème d’objectivité.»
  • «Nous avons le choix entre 3 systèmes: l’actuel, un régime laïc – impossible au Liban avant 50 ans minimum –, et le régionalisme à l’espagnole.»

Décentralisation des compétences

  • «Le régionalisme donnera des garanties aux communautés qui ne sentiront plus menacées. Quand il y aura des conseils régionaux qu’elles éliront elles-mêmes et qui auront 50 à 70% des compétences du Parlement actuel, elles pourront prendre des décisions indépendamment des autres régions. Ce transfert de compétences ira du Budget à la culture, de l’industrie à l’éducation en passant par la santé et l’écologie. Tous ces domaines-là seront traités au sein même des régions.»
  • «Ces conseils régionaux seront constitués par une quinzaine de membres élus au suffrage universel par les habitants de ces régions. Au sein même de ces conseils, il n’y aura plus de quotas. Pour les régions mixtes, il pourrait y avoir une sorte de gentleman agreement, mais plus de quotas. En règle générale, toutes les régions auront une majorité communautaire. Pour les minorités présentes dans les régions, nous préconisons l’établissement d’un tribunal national, comme le tribunal fédéral du Canada, dont la mission sera de traiter tous les cas d’atteintes à une minorité. Ce tribunal jugera les cas en référé, c’est-à-dire qu’il devra statuer en 48 heures maximum. Chaque citoyen victime une discrimination pourra saisir ce tribunal composé de représentant de toutes les communautés.»

Quel financement et quelle gestion des ressources?

  • «Il n’y aura pas de risque de déséquilibre entre des régions plus dynamiques que d’autres, car au niveau central, l’Etat sera plus fort et assurera l’équilibre: les régions riches devront payer plus à l’Etat qui redistribuera aux autres. Ce système de redistribution sera clair et transparent. Aujourd’hui, vous avez des régions qui payent 60 ou 70% du coût de fonctionnement de l’Etat tout entier!»
  • «Les ressources naturelles seront du ressort de l’Etat central. Si l’on trouve du pétrole ou du gaz, tout cela sera nationalisé.»
  • «Dans un système régionaliste, nous préconisons l’établissement dans chaque région d’une source électrique, quelle soit au gaz ou hydraulique.»

L’enterrement de la République des quotas

  • «Concernant la composition du Parlement, il n’y aura plus de quotas confessionnels dans le nouveau système électoral. Les élections législatives se feront dans chaque région: finalement, on ne pourra déconfessionnaliser que si l’on décentralise.»
  • «Il n’y a pas de planning, cela dépendra de l’évolution de la crise au Liban. Nous allons faire de notre mieux pour aller le plus vite possible, mais de là à dire que cela va prendre 5 ans, ou 3 ans ou 10 ans, je ne sais pas. Si la crise politique actuelle perdure, peut-être que notre projet sera plus rapidement instauré. Si le divorce dont parle Walid Joumblatt est avalisé par la partie adverse, à ce moment-là, cela ira vite.»

Le Hezbollah (là, le ton monte) et les «conditions sine qua non» de réussite

  • «Le Hezbollah n’est pas capable de discuter avec la moitié des Libanais. Il y a une moitié des Libanais qui ne veut pas vivre avec le Hezbollah, c’est une réalité. A un moment donné, il va bien falloir se mettre autour d’une table et discuter. Quand Nasrallah dit «Je ne veux pas de ce projet-là», l’alternative de Hassan Nasrallah est d’éliminer le reste des Libanais, militairement, politiquement ou économiquement. Il dit «Je représente la moitié des Libanais, et toi l’autre. Mais moi, je ne veux pas trouver de solution à l’amiable pour se partager le pays moitié-moitié. Je ne suis pas d’accord avec ce découpage.» Mais en même temps, il accuse l’autre d’être un traître. Où est l’alternative? Nasrallah propose un système de vie qui est refusé par la moitié des Libanais qu’il traite de «traîtres». Dans le système régionaliste, il n’y aura plus d’armes illégales. L’une des conditions principales reste l’unification du port d’armes au sein de l’armée. Au sein des régions chiites, nous aurons un système démocratique. Le Hezbollah va se présenter, et il y aura quelqu’un en face de lui. Il y aura donc une opposition au sein même des régions chiites, comme dans les régions chrétiennes. L’opposition ne sera plus intercommunautaire mais intracommunautaire. Les chiites seront entre eux, les chrétiens seront entre eux, les sunnites et les druzes aussi, ce qui obligera tout le monde à établir un système démocratique au sein des régions.»
  • «Pour la décision de guerre et de paix, nous préconisons la neutralité. C’est une condition sine qua non. Il faut sortir du système actuel où une moitié de la population veut le choix de la "résistance" et l’autre moitié n’en veut plus. Le système politique que nous voulons est basé sur le principe de la reconnaissance de l’autre. A partir de là, si tu m’acceptes, si tu me reconnais en tant que partenaire dans ce pays, tu n’as pas le droit de m’imposer une guerre.»
  • «Ce projet paraît impossible, parce qu’aujourd’hui, il y a un parti qui est en train d’imposer à tous les Libanais ce qu’il veut. Ou bien on accepte cet état de fait, ou bien on se reconnaît mutuellement. Le Hezbollah fait ce qu’il veut parce qu’il a un point fort illégitime et illégal, ce sont ces armes. C'est du chantage. Ce facteur est anormal dans n’importe quel Etat qui se respecte. Une fois qu’il n’aura plus ses armes, il ne pourra plus imposer tout ça. On ne peut pas continuer à vivre avec un déséquilibre pareil! La limite de ce projet est d’amener le Hezbollah à table pour qu’il désarme.»
  • «Quelle solution pour amener le Hezbollah à désarmer de lui-même? Il n’y en a pas. Soit le Hezbollah veut entrer dans un projet d’Etat, soit il ne le veut pas. Dans le système régionaliste, grâce à ses députés régionaux, il aura son droit de veto par rapport à n’importe quelle décision que se prendra au niveau central, comme par exemple la naturalisation des Palestiniens. Selon notre projet, le droit de veto sera donné à tout groupe parlementaire ayant au moins 20 députés (sur 128). Et le Hezbollah les aura facilement, car les chiites devraient avoir entre 40 et 45 députés. Le Hezbollah aura son droit de veto, il n’aura plus besoin de ses armes.»

Alors, cher internaute libanophile, qu’en penses-tu?

jeudi, 21 février 2008

Hezbtoire-géo

a8235e2340e9a72670629197d206229d.jpgDepuis hier au Liban, de nouvelles affiches ont commencé à fleurir. Enfin, pas partout au Liban. Dans la banlieue sud, et plus particulièrement sur ce qu’on appelle encore la «nouvelle route» de l’aéroport. Sur fond jaune sépia, un portrait stylisé à l’encre de chine: celui d’Imad Moughnieh. Sur ce long ruban d’asphalte qui coupe la banlieue sud en deux, tous les 200m, ces panneaux rappellent qui contrôle réellement la géographie des lieux. Dans ce territoire exigu, la route de l’aéroport revêt un caractère stratégique majeur. Et ces panneaux gris qui bordent cet axe font partie du giron du Hezbollah depuis plusieurs années. Déjà fin août 2006, ces mêmes supports avaient accueilli les portraits de Nasrallah célébrant sa «victoire divine». Aujourd’hui, c’est le visage du nouveau «martyr» du parti qui se propose aux voyageurs arrivant ou quittant le Liban. Cela peut peut-être paraître superficiel ou anecdotique dans le contexte actuel, mais le premier contact qu’un étranger a du Liban est un hymne à la mémoire d’un tueur. Le syndicat du tourisme libanais – s’il existe encore – devrait peut-être se bouger les fesses.

[...] 

La semaine dernière, je travaillais sur un sujet concernant la tension sunnites-chiites au Liban. J’ai alors interviewé, entre autres, Antoine Messarra, un politologue-historien, professeur à l’Université libanaise et spécialiste de la «paix civile». Il me disait, dans le texte: «Dans l’histoire du pays, chaque grande minorité – maronite, sunnite puis aujourd’hui chiite – a tenté des expériences et dominé la vie politique. La tension actuelle entre sunnites et chiites relève de la psychologie historique: les sunnites ont toujours été intégrés dans les villes et dans la gestion de la chose publique, même sous les Ottomans, alors que les chiites ont toujours été considérés comme des citoyens de deuxième catégorie et en ont nourri une vive rancœur. (…). Sunnites comme chiites ont des points communs, comme le clientélisme politique. Mais il existe aussi de grandes différences. Les chiites possèdent un levier d’intimidation essentiel avec les armes du Hezbollah. Par ailleurs, l’occupation du centre-ville de Beyrouth depuis décembre 2006 – qui n’est pas un simple sit-in mais une occupation pure et simple – démontre aussi leur volonté de maîtriser la géographie du pays. C’est valable à Beyrouth comme dans le reste du Liban, mais c’est un sujet que tout le monde évite.»

L’année passée, l’un des sujets récurrents sur le Hezbollah évoquait l’achat de terrains par le parti, un peu partout dans le pays, afin de donner une continuité géographique à certaines zones d’influence. Alors que des voix de plus en plus nombreuses parlent tout haut de partition du pays – nous y reviendrons bientôt ici-même –, ce marquage du territoire (une habitude pour toutes les composantes libanaises) n’est à mon sens que la partie visible de l’iceberg. Et avec les beaux jours qui semblent revenir (cf. le ciel bleu sur cette photo prise ce matin), cet iceberg risque bien de fondre, emportant avec lui ce qui reste de cohésion dans ce pays. A l’heure où le Kosovo fait sécession, où certains cadres de l’Autorité palestinienne se demandent s’ils ne devraient pas eux aussi déclarer leur «indépendance» et s’affranchir enfin de la mauvaise volonté israélienne, le fragile équilibre libanais ressemble de plus en plus à un château de cartes.

[...] 

Sur ce, attendons de voir la teneur du sommet communautaire islamique d'aujourd'hui, et surtout celle du prochain discours du sayyed, demain soir, à l'occasion de l'anniversaire de la mort d'Abbas Moussawi, son prédécesseur à la tête du parti. Suite aux dernières déclarations éthologiques du Perse, il va probablement faire monter les enchères.

dimanche, 17 février 2008

Dieudonné de retour à Beyrouth

Ce matin-midi, j’ouvre mon mail et vois un message Facebook:

b7f0f4c6cd457d255a2203ba73e92da7.jpgMichel invited you to "Dieudonné fait son Best of à Beyrouth" on Sunday, March 2 at 9:00pm.

Event: Dieudonné fait son Best of à Beyrouth
"Représentation unique"
What: Performance
Host: Frédéric Chatillon
When: Sunday, March 2 at 9:00pm
Where: Musichall

To see more details and RSVP, follow the link.

 

Ouh la! Dieudonné à Beyrouth… Il était déjà venu fin août 2006 pour soutenir le Hezb, rencontrer Aoun… Vous vous en souvenez?
En voyant cette invitation, je me dis: «Oh, saperlipopette, c’est une bombe ça, qu’est-ce qu’il fait Michel, là?» Alors je l’appelle.

« – Allo, Michel? Salut, je viens de recevoir ton invitation pour Dieudonné. C’est quoi cette histoire?
– Il avait très envie de venir à Beyrouth, et je considère que ce qu’il fait est génial, et surtout que la manière dont il est traité en France est nulle. Je ne comprends pas la France et sa dérive délirante avec Sarkozy, avec la dernière trouvaille sur l’enseignement de la Shoah auprès des écoliers, cette autoflagellation, ça n’a aucun sens.
– Ouais, mais c’est de la provoc de le faire venir maintenant?
– Le fait de le faire venir à Beyrouth est aussi une manière de lutter contre la chasse aux sorcières qui vise ceux qui osent avoir un discours différent. Aujourd’hui, on a le droit de faire de l’humour sur tout, sauf sur les questions qu’il aborde. Même s’ils sont un peu extrémistes (Dieudonné, Soral et Meyssan), au moins, ça contrebalance le discours bien-pensant habituel.
– Et le spectacle, y’aura quoi dedans?
– Ce sera principalement un best of, mais avec une bonne part d’improvisation. Ça va sûrement délirer, car Dieudonné suit de près l’actualité libanaise.»

Mouais, j’aime beaucoup Michel, mais là, je ne crois pas que ce soit un «smart move» surtout en ce moment. C’est vrai que cela ne va concerner au Liban que les francophones, et qu’en fin de compte, ça ne pèsera pas bien lourd ici. L’adéquation «Dieudonné au Hezbollahland» (je parle du Liban, pas du Music Hall évidemment), risque de faire couler de l’encre en France, et encore. Mais nous sommes perplexes devant cette initiative: à la différence d’un spectacle comme celui d’Axis of Evil qui portait un regard à la fois sévère et tendre sur les problématiques régionales, celui de Dieudonné risque d’être – quelque soit son contenu – porteur de polémiques excessives, ne serait-ce que par la réputation du personnage connu pour ses débordements. Il ne s’agit évidemment pas de censurer qui que ce soit, mais on peut se demander si, sous couvert de divertissement, on ne va pas tomber dans une caricature peu constructive, surtout dans le contexte actuel.

Bref, on en reparlera quand on l’aura vu…

 
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