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jeudi, 14 février 2008

Anglophones farsi, francophones farlà !

drapeau_libanais.jpgLa météo a tenu toutes ses promesses aujourd’hui. Beyrouth a croulé sous les trombes d’eau, ce qui n’a pourtant pas empêché les manifestants d’affluer, les uns place des Martyrs pour la commémoration du 3e anniversaire de l’assassinat de saint Rafic, les autres à Dahiyé pour celle de l’assassinat d’Imad Moughnieh, «un homme extraordinaire» comme l’a qualifié un responsable du Hezbollah. D'un côté comme de l'autre, les manifestants ont répondu au mot d'ordre de leurs formations politiques. Rien de bien neuf de ce côté-là.

62ff9bd2a87325d94ae0fc6723c9cb59.jpgNous revenons donc de la première manifestation, trempés jusqu’aux os. Ça me fait toujours sourire de voir des jeunes – filles et garçons – du PSP et des FL danser la rumba ensemble. Signe que l’entente est possible malgré le fardeau de l’Histoire. L'un des jeunes joumblattistes, enroulé dans son drapeau rouge et bleu (ci-contre en photo), portait un badge en faveur de l'unité de l'armée. Je lui demande en arabe si je peux le prendre en photo et lui me répond en anglais. Je rebondis en anglais (j'y suis plus à l'aise), et il me sourit, tout étonné que je parle aussi cette langue (les Français ont cette affreuse réputation d'être des cancres en langues étrangères). Au moins, nous avons pu nous comprendre.

Place des Martyrs ce matin donc, beaucoup sont venus en famille, avec leurs gamins. Les vendeurs de kaaké et de kneffé ont fait des affaires. Et puis vers 13 heures, tout le monde a commencé à déguerpir. On s’est pris des seaux d’eau, on a pataugé dans la gadoue…

Plus ou moins au même moment, à l’autre bout de la ville, le Hezbollah démarrait son propre rassemblement, pour son nouveau «martyr». Les jeunes hezbollahis y défilant en rang et en tenues paramilitaires. Ceux qui s’y recueillaient ont aussi eu droit à des discours: sur écran géant pour Hassan Nasrallah qui a promis que le «combat contre Israël continuerait jusqu’à ce que la victoire soit totale», et en chair et en os pour Manouhcher Mottaki, le ministre iranien des Affaires étrangères spécialement venu pour l’occasion. Un discours en farsi. Vous me direz, quand Kouchner vient au Liban, il ne parle pas arabe non plus, mais il ne s'adresse pas une foule... Ou bien y aurait-il beaucoup de gens qui comprennent cette langue au Liban? Si c'est le cas, peut-être faudrait-il que Nathalie et moi nous y mettions!

Maintenant, on va voir ce que les prochains jours nous réservent. Déjà cet après-midi (comme hier soir), on a pu entendre des rafales de fusils automatiques. Personnellement, je préfère l'arabe, le français, l'anglais ou même le farsi au langage des armes.

mercredi, 13 février 2008

[SCOOP] Moughnieh assassiné à Damas: c'est Malko qui a fait le coup!

SAS_beyrouth_malko_imad_moughnieh.jpgLa dépêche AFP vient d'arriver, la voilà telle quelle:

Liban-Hezbollah-assassinat LEAD
Le Hezbollah annonce l'assassinat d'un de ses dirigeants, accuse Israël
BEYROUTH, 13 fév 2008 (AFP) - Le Hezbollah chiite libanais a annoncé mercredi que l'un de ses dirigeants militaires, Imad Moughnieh, a été assassiné et a accusé Israël de ce meurtre.

Selon un responsable du Hezbollah, le dirigeant a été tué dans l'explosion d'une voiture piégée à Damas mardi, mais la télévision officielle du Hezbollah Al-Manar qui a annoncé l'assassinat n'a pas précisé le lieu de l'assassinat.

"Un grand jihadiste de la résistance islamique au Liban a rejoint les grands martyrs (...) Le leader Imad Moughniyeh est mort en martyr assassiné par les Israéliens sionistes", indique le communiqué d'Al-Manar.

"Il était la cible des sionistes depuis 20 ans", selon le communiqué.

Les autorités israéliennes ont refusé de faire le moindre commentaire officiel à l'assassinat d'un des chefs militaires du Hezbollah chiite libanais, Imad Moughnieh. "Nous ne faisons pas de commentaires", a déclaré à l'AFP Mark Regev, le porte-parole du Premier ministre Ehud Olmert.

Les télévisions et les radios en israël ont interrompu leurs programmes dès l'annonce de la mort de Moughnieh en le présentant comme le "terroriste le plus dangereux au Moyen-Orient depuis trente ans".

"Le compte est réglé : Imad Moughnieh a été liquidé à Damas", a titré le site internet Ynet du quotidien Yédiot Aharonot, le plus fort tirage d'Israël.

Imad Moughniyeh, dans la clandestinité depuis la fin des années 1980, est accusé par les médias occidentaux et les Etats-Unis d'avoir dirigé la plupart des enlèvements d'otages occidentaux durant la guerre civile au Liban dans les années 1980.

Il est notamment soupçonné d'avoir été l'auteur de l'enlèvement de William Buckley, chef de l'antenne de la CIA à Beyrouth, en 1984.

Imad Moughnieh est inscrit sur la liste "des terroristes les plus dangereux" recherchés par les Etats-Unis pour le détournement d'un avion de la TWA en 1983.

Son frère Fouad Moughnieh a été assassiné en 1994 dans l'explosion d'une voiture piégée dans la banlieue sud de Beyrouth, un attentat attribué à l'époque aux services spéciaux israéliens, qui faisaient la guerre aux radicaux chiites proches du Hezbollah alors qu'Israël occupait le Liban sud.

Imad Moughnieh est recherché par Interpol pour sa participation présumée à un attentat contre l'Association mutuelle israélite argentine (AMIA) qui avait fait 85 morts et près de 300 blessés en juillet 1994 à Buenos Aires.

A Damas, la télévision d'Etat syrienne a indiqué, citant une source au ministère de l'Intérieur, qu'une voiture avait explosé mardi soir dans le quartier résidentiel de Kafar Soussé dans la capitale syrienne, faisant un mort.

Elle n'a donné aucune autre précision notamment sur la nature de l'explosion ou l'identité de la victime.

Les autres médias officiels syriens n'ont pas fait état de l'explosion.

Selon des témoins, l'arrière de la voiture, une Mitsubishi Pajero grise métallique, a été entièrement soufflée par l'explosion qui s'est produite vers 23HOO locales (09H00 GMT) dans ce quartier résidentiel nouvellement construit. La voiture était stationnée dans un parking au milieu des immeubles.

 

Je n'aime pas me réjouir de la mort d'un homme, mais celle-là ne me fera pas pleurer. En tout cas, c'est Gérard de Villiers qui va pouvoir pondre un nouveau SAS sur le Liban, puisque son Altesse Malko Linge se battait déjà contre lui dans le précédent Rouge Liban. En tout cas, c'est facile d'accuser Israël, mais le monsieur traînait tellement de casseroles que n'importe qui a pu faire le coup, même le cousin de la tante de mon beau-frère...

mercredi, 06 février 2008

Haro sur l’armée

Nous n’avons pas de sympathies particulières pour l’armée en général (jeu de mot accidentel) et pour Sleimane en particulier, comme les habitués de ces pages doivent déjà le savoir. Pourtant, depuis ce triste dimanche d’émeutes, je bouillonne intérieurement face à ce qui ressemble de plus en plus à une entreprise de sape organisée et qui nourrit en moi de profondes inquiétudes.
Car il est une chose qu’il faut reconnaître et saluer: la grande Muette fait depuis quelques temps figure de rempart face à un trop possible chaos généralisé. Son implosion dans les années 70 avait accéléré et aggravé la guerre civile, ses membres – et son matériel – s’éparpillant entre milices et groupuscules divers. Aussi est-il indispensable que pareille catastrophe ne se reproduise pas aujourd’hui.

L’armée est, à plus d’un titre, investie de cette mission fondamentale qu’est la sauvegarde de l’ordre public. D’abord parce qu’elle demeure le seul «espace» où, dans une certaine mesure, le soldat chiite est à la même enseigne que le sunnite, le druze que le maronite, etc. L’uniforme a ceci qu’il uniformise, et en la matière, c’est plutôt une bonne chose. S’y côtoient quotidiennement, et dans les mêmes conditions de vie, des populations qui partout ailleurs ou presque, s’excluent mutuellement.
Ensuite parce qu’elle est désormais la seule institution nationale qui fonctionne, alors que gouvernement, parlement, présidence et ministères sont paralysés ou presque.

Pour cette même raison, elle est malheureusement devenue le dernier symbole du Liban en tant qu’Etat, la dernière trace opérationnelle d’un pays à la dérive, qui n’a plus de réelle existence institutionnelle par ailleurs.

Toujours dans le même ordre d’idée, l’armée doit se protéger car le citoyen libanais lambda n’a plus d’autre institution en laquelle placer sa confiance et surtout sa fierté. A mon sens, l’opération Nahr el Bared n’a pas été la victoire éclatante qu’on nous a présentée. Pas avec tant de morts, de destructions et de temps. Mais c’est une victoire quand même, et qui a eu le mérite de redorer le blason d’une troupe qui en avait bien besoin. Auprès des Libanais, mais aussi de l’étranger. L’essentiel, c’est que la population s’est identifiée à cette armée, s’est rassemblée autour d’elle et y a trouvé une source de fierté nationale bien trop rare par les temps qui courent.

Enfin, et c’est le plus important bien que cela ait été dit et redit, parce que son commandant a su préserver une forme de neutralité vis-à-vis des tiraillements (ô doux euphémisme) politiques.

Il y a donc quelque chose de foncièrement choquant à voir cette fameuse armée faire l’objet d’ultimatums, de chantage et d’accusations diverses et variées.

L’opposition lui reproche sa gestion des émeutes du «dimanche noir», lui fait porter la responsabilité du «martyr» (terme galvaudé s’il en est) des manifestants. Les uns exigent une enquête dans les plus brefs délais, les autres estiment que ladite enquête est insuffisante. Un parti surarmé comme le Hezbollah – qui s’est arrogé la décision de guerre, qui menace depuis des mois de recourir à la rue tout en faisant étalage de sa parfaite maîtrise de cette terrible rue (maîtrise dont la preuve n’a pas été faite en ce dimanche de triste mémoire, alors que les émeutes se produisaient pourtant sur son turf) – pose ses conditions et menace la dernière institution publique qui tienne encore debout. Cherchez l’erreur, quand même… L’illégitimité demande des comptes à la légitimité (rien à voir avec un gouvernement illégitime dans ce cas), avec une impudence hallucinante. On aurait aimé constater pareille diligence en d’autres occasions tout aussi violentes.

Et puis, évidemment, les manifestants étaient pacifiques, doux comme des agneaux, bien intentionnés, les malheureux.
Bon, on comprend la portée politique de l’affaire; quiconque aurait voulu couper l’herbe présidentielle sous les pieds de Sleimane ne s’y serait pas pris autrement. La candidature de l’autre Michel semble désormais cuite, voire carbonisée…

Mais ce qui me fait bondir, ce sont les déclarations du député Hajj Hassan qui vont bien au-delà de la politique en évoquant ouvertement l’initiative de gradés obéissant à des autorités autres que militaires, comprenez le 14 Mars, Israël, les Etats-Unis, le roi du Pongui-Pongui, les extra-terrestres… Cela peut être possible, l’histoire libanaise a déjà prouvé que l’appartenance au corps militaire ne protégeait pas des tentations de ce genre, voire plus si affinités. Mais le choix du moment, la manière et l’origine de ces propos en font un mouvement politique grave. Certes, le député professe respect et amitié pour l’armée (à laquelle le Hezb avait toutefois défini des «lignes rouges» lors de Nahr el-Bared, un précédent révélateur), mais dans la foulée, il lui adresse une magistrale insulte en remettant en question sa cohésion, sa hiérarchie et l’autorité de son commandement.

Pareil discours est dangereux, sciemment ou non, ce n’est même pas le problème: il peut ébranler la fragile confiance populaire dont je parlais plus tôt en nourrissant les suspicions; il sous-entend que l’armée est incompétente, incapable de gérer ses propres troupes (alors, le dossier de la sécurité nationale, n’en parlons pas); il implique qu’au Liban, il ne reste plus rien qui n’ait été divisé, brisé, scindé entre ces deux camps qui s’appliquent consciencieusement à saucissonner le pays dans les têtes si ce n’est dans les faits. Plus de référent, le dernière repère national s’est ainsi évaporé. Réglons cela dans la rue, alors.
Parce que, et c’est pour moi le plus grave, ces militaires arrêtés sont d’ores et déjà des boucs émissaires (ben oui, quoi, franchement, ils auraient dû tendre l’autre joue), mais ils feront aussi figure d’exemple. Aux prochaines émeutes, l’armée osera-t-elle faire preuve de force, voire utiliser ses arnes si cela s’avèrait nécessaire? Cette «leçon», les militaires ne seront pas les seuls à l’avoir retenue. Les civils aussi, ceux d’Aïn el-Remmaneh par exemple, qui, s’ils croient ne plus pouvoir compter sur l’armée pour jouer les tampons en cas de besoin, décideront de se protéger eux-mêmes. A tort ou à raison. Si l’armée est émasculée, les civils de l’autre bord ne resteront pas les bras croisés.

Vous connaissez une meilleure recette pour une guerre civile, vous?

dimanche, 03 février 2008

Crise de banlieue

banlieues.jpgPaul Moreira, cela vous dit quelque chose? Il s’agit d’un grand reporter français qui a œuvré un bon moment sur Canal + en tant que rédacteur en chef de l’émission 90 minutes (excellente, paix à son âme), mais qui travaille désormais en indépendant, parcourant le vaste monde dans des conditions souvent difficiles, et c’est un euphémisme. Un journaliste, quoi, de ceux qui nous donnaient envie de choisir ce beau métier quand on était petit…

Bref, Moreira a des principes, qu’il défend vigoureusement: la tolérance de l’Autre, des autres, la lutte contre le racisme, contre les extrémismes, le rejet de l’information cadrée, etc. L’un de ses derniers billets, traite d’immigration, de métissage. Des questions qui, vous le savez tous, sont au cœur de problématiques sociales, ou plutôt socio-économiques, en France. Cela lui a valu une attaque en règle – souvent violente – d’individus autoproclamés «identitaires». Autrement dit, défendant leur conception de la nation française blanche, pure et compagnie.

Forcément, libano-centrée que je suis, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le Liban. Parallèle dans le sens où les mêmes causes ont les mêmes effets, dans une certaine mesure. Entendons-nous: je ne pense pas à l’immigration au Liban, mais à la rupture, et aux graves conséquences qu’elle engendre, entre les habitants d’un même pays, voire d’une même ville, sur des lignes de fracture géographiques.

Ces banlieues françaises, autrefois dortoirs pour des populations ouvrières immigrées, se sont trop souvent transformées en ghettos où les replis communautaires sont devenus une réponse à ce qui est perçu (à tort ou à raison, je ne vis plus en France depuis longtemps pour en juger) comme une exclusion socio-économique. Des ghettos où la religion fait un retour en force, où la violence, éventuellement armée, est un recours acceptable. Des lieux hors loi dans lesquels les forces de l’ordre et les autres Français n’osent parfois plus mettre les pieds. Certaines banlieues, pas toutes, évidemment, mais suffisamment pour que cela fasse peur et pour que les «identitaires» trouvent de plus en plus d’oreilles sympathiques.

Nous avons nous aussi, dans ce si petit Liban, une banlieue où les forces de l’ordre et les représentants officiels en général (je pense aux percepteurs de l’EDL, par exemple) n’osent pas trop mettre les pieds. Une banlieue perçue comme un ghetto par d’autres habitants de Beyrouth et dans laquelle une relative pauvreté (Dahiyé ne loge pas que des mendiants) côtoie le religieux. Toute une jeunesse y grandit, loin de l’autre Beyrouth, celui des boîtes de nuit, des enseignes occidentales et de l’ostentation permanente. Il était d’ailleurs étonnant, et révélateur, de constater à quel point, lorsque les tentes ont été érigées au centre-ville, les ados qui s’y balaient en scooter déglingué donnaient l’impression de prendre possession d’un lieu qui les narguait auparavant. A mon sens, il y avait un peu de vrai dans cela. Les limites de Solidere sont visibles à l’œil nu, il suffit de traverser une rue pour avoir l’impression que l’objectif a été de bâtir une vitrine sans considération pour le reste de la ville. Et a fortiori pour cette fameuse banlieue. Mais le problème va au-delà de Solidere.

Le Hezbollah a eu cette intelligence de pallier l’absence inexcusable de l’Etat qui, depuis des décennies, a négligé toute une communauté dans sa frange populaire et a ainsi nourri les ferments de la rancœur et de l’exclusion. Le religieux s'est ainsi greffé sur une problématique sociale, comme le prouve cette minorité chiite parfaitement intégrée, non politiquement mais bel et bien socialement au reste de Beyrouth.

La banlieue sud fait donc peur, évidemment pour le spectre de la puissance d'un Hezbollah qui cultive le mystère autour de ses véritables intentions; mais aussi parce qu'elle  symbolise l'inconnu, l'autre, le différent. Il suffit pour cela de constater combien les émeutes de dimanche dernier ont engendré de colère et d’inquiétudes. On ne peutu que penser au fameux "Quand la banlieue descendra sur la ville". Il suffit aussi d’écouter les débats autour de la libanité des uns et des autres. Certains accusent les partisans du Hezbollah d’être plus «persans» (comprendre iraniens) que libanais; d’autres considèrent qu’être Libanais, ce n’est pas être Arabe; d’autres encore revendiquent des racines phéniciennes. Du côté de l’opposition, on accuse parfois les partisans du 14 mars d’être «wahabites» (comprendre saoudiens) et on assure défendre le véritable Liban, celui de l’«achraf el-nas» cher à Nasrallah.
Chacun se dit plus Libanais que son voisin, tout en faisant passer des critères autres en priorité: la religion, bien sûr, mais aussi le quartier, le village, le clan, le parti. Le plus terrible, c'est que chacun se veut Libanais et ce devrait être le plus important, mais ce n’est pas le cas. Car la ligne de fracture demeure, entretenue de part et d’autre: certaines administrations tenues n’auront que des employés d’une même confession (je pense à Amal entre autres); inversement, certaines entreprises tenues par des chrétiens vireront une employée après avoir découvert qu’elle était chiite… En France, on appellerait cela de la discrimination.

Et la banlieue sud continue de fonctionner en circuit fermé ou presque, parce que l’Etat n’a pas su suffisamment tôt se préoccuper de ses habitants et que maintenant, il est trop tard, personne n’y a plus confiance en lui et le Hezbollah l'a prise en main. Là où, en France, certaines associations travaillent à briser les barrières, la société civile reste muette, à de rares exceptions près, et c’est l’incompréhension et l’antagonisme qui s’installent au Liban. Ou bien étaient-il déjà prégnants depuis longtemps, et s'expriment aujourd'hui ouvertement, comme les "identitaires" français, trouvant un terreau fertile dans une ambiance de pré-guerre (un argument récurrent chez eux, mais aussi chez nous).

Evidemment, la crise actuelle va au-delà de la question banlieue/ghetto, mais dimanche dernier a montré combien elle se cristallisait autour de Dahiyé et des zones délaissées par l’Etat au fil des ans. Le Liban ne se portera mieux que lorsque des partis quels qu’ils soient ne s’arrogeront plus le droit de tenir des quartiers entiers, que cet Etat prendra enfin soin de tous ses fils, sans distinction, et surtout que ses fils eux-mêmes se penseront Libanais avant tout. Mais cela est impossible tant que règnera cette peur et ce rejet de l'autre que l'on ne comprend pas, deux sentiments destructeurs que les politiciens entretiennent et accentuent plus que jamais.

Le salut viendra-t-il donc de la société civile, de trop rares associations comme le Mouvement social qui luttent pour aider les couples mixtes, pour l'éducation, pour le dialogue, et pour ainsi créer des ponts au-dessus de nos murs invisibles?

dimanche, 27 janvier 2008

Ça crame à Beyrouth

50ff14452dca82a64df0243312e3ff87.jpgJe reviens de Chiyah, en banlieue sud. L’air empeste le caoutchouc brûlé, l’ambiance est plus qu’électrique. A l’entrée du quartier, en venant de Tayouneh, je suis tombé sur un barrage de jeunes, avec pneus brûlés et tout le tintouin du bon émeutier en herbe (les mecs ont rarement plus de 20 ans). J’ai freiné à 20m. Une grosse BMW grise s’est avancée, un gars lui a défoncé la lunette arrière… Sur le moment, je me suis dit: «Mais qu'est-ce que je fous là?»

Tous les accès routiers de Chiyah sont bloqués. J’ai donc ensuite pris l’avenue Hadi Hassan Nasrallah (le fils de son père). Sur un carrefour, en pleine chaussée, deux hommes avaient installé des chaises et une table, pour bien marquer leur territoire. Tout autour de Chiyah, l’armée a déployé d’importants renforts de troupes. Il y a déjà eu 4 morts ce soir, un chez Amal, trois chez le Hezb.

[…]

Peu avant 20 heures, un tir de RPG a défoncé la façade d’une agence de la Banque Libano-Française à Mar Mikhaël. Info pour ceux qui se sont peut-être demandé quelle était la provenance de l’explosion entendue à ce moment-là…

[…]

En repartant de Chiyah en feu, je suis passé par Aïn el-Remmaneh et Furn el-Chebbak. Là, j’ai croisé un attroupement de civils (c’est un quartier chrétien). Ceux-là m’ont dit former une sorte de «comité citoyen» (ça a tout de la mini milice de quartier!), au cas où les émeutes pour l’instant circonscrites dans Chiyah venaient à déborder chez eux. Ça devait faire 500m à vol d’oiseau. Et aux dernières nouvelles, les affrontements sont en train de se déplacer. Ça s'annonce chaud cette nuit.

[…]

Je viens de recevoir ce SMS sur mon portable, signé «Consulat de France»: «En raison des manifestations de ce jour, il est fortement déconseillé de circuler dans Beyrouth et notamment d’utiliser les routes d’accès à l’aéroport».

[…]

Un autre détail, assez hallucinant. En zappant sur les chaînes de télé libanaises ce soir, nous avons fait ce constat: la Future, la LBC, et la New TV passaient des images des émeutes en direct. La NBN, Manar et O TV passaient autre chose. Faut comprendre quoi? Que ceux qui allument les mèches ne veulent pas parler des événements?

[...]

Voici un extrait vidéo de la LBC (proche des Forces libanaises), retraçant la journée de dimanche à Chiyah. Le commentateur speede un peu, le son n'est pas fameux, mais bon, ça donne une idée...

mardi, 22 janvier 2008

Coup de pied au cul(te de la personnalité)

Ça doit être un phénomène propre aux pays du Tiers Monde. Au Liban, les portraits de figures politico-féodales et autres martyrs font partie du paysage urbain. Il y a les morts bien sûr, de Béchir Gemayel à l’imam Moussa Sadr en passant par cette bonne vieille trogne d’Elie Hobeika (dans son cas, la résurgence est saisonnière puisque l’on «fête» en ce moment le 6e anniversaire de son dégommage). Et il y a les vivants aussi. L’emplacement géographique de ces portraits délimite d’ailleurs bien les territoires: Hassan Nasrallah est champion toutes catégories du culte de la personnalité (que l’on soit à Dahiyé, Baalbeck ou Tyr), suivi d’un peloton constitué de Michel Aoun (champion du monde à Baabda-Aley), Samir Geagea (mister Univers à Nasra ou Bcharré), et Rafic Hariri (tycoon-martyr à Qoreytem et Saïda). Le pauvre Nabih Berry est un cas un peu particulier, lui qui pose si bien devant les objectifs, puisqu’il doit se trouver quelques mètres carrés au soleil là où Nasrallah daigne lui accorder un peu d’espace. Et puis il y en a un autre, un peu à part: c’est le président de la République.

En 1998, au moment de son arrivée à la tête de «l’Etat», Emile Lahoud avait annoncé haut et fort la couleur: pas de culte de la personnalité pour lui. Ô grand jamais! Son portrait officiel n’ornerait que les bureaux des administrations. Résultat: pendant des années, nous avons eu droit à son sympathique faciès à chaque coin de rue, en uniforme avec l’air sérieux, ou en costard blanc-beurk avec sourire Ultrabrite et bronzage ATCL. Il était partout. Mention spéciale à deux affiches: la première, gigantesque, plantée à Adonis en 2004 avec comme slogan «L’homme de la décision» (warf warf), la seconde à la sortie de Tripoli, le plaçant tel Dieu le père bien entouré de Bachar et de son cher papa, feu Hafez (tiens, ça sonne étrangement «feu Hafez»…). Il s’était certainement laissé griser par l’ivresse du pouvoir (qu’il n’avait pas). Cela fait maintenant deux mois qu’il est au placard, que le Liban est donc sans président. Les portraits de Mimile 1er ont disparu des murs de Beyrouth et d’ailleurs. Les fonctionnaires libanais ont l’air un peu désorientés face à ce cadre photo désespérément vide mais toujours planté au mur. En revanche, dans les rues, cela a fait un peu de pollution visuelle en moins.

827933ad4e54fe34c958d4a4aac88453.jpgMais au Liban, il ne faut pas se réjouir trop vite! Depuis quelques temps, tout ce qui ressemble à un pan plus ou moins vertical voit fleurir de nouvelles affiches. Et voilà! Monsieur S. n’est pas encore président que son portrait s’étale déjà un peu partout. En version sérieuse exclusivement, avec son regard profond tourné vers l'horizon, sa casquette militaire vissée sur le crâne et le logo d’une armée qu’il n’a pas encore quittée. Et ça me tape sur les nerfs.

Notre chère république a, sans le vouloir (?), institué une 18e confession: la congrégation de la sainte armée libanaise. Je reconnais plus que volontiers le mérite de cette institution qui constitue aujourd’hui le dernier rempart face à un possible chaos civil. Mais de là à accepter l’idée que Sleimane représente désormais la seule et unique solution politique pour le pays, il y a un pas que je me refuse à franchir. Le matraquage visuel qui nous est aujourd’hui imposé traduit une telle instrumentalisation de l’image de l’armée qu’en fin de compte, cette nouvelle pollution visuelle suscite en moi un rejet épidermique de ces hommes que l’on célèbre systématiquement comme les nouveaux messies, à grands coups d’affiches, de banderoles, de posters…

Toutes les huiles du pays (qui aiment tant voir leurs bobines placardées) nous ont donc présenté (à tour de rôle mais jamais simultanément, ce serait trop simple) ce candidat virtuel qui n'a jamais officiellement fait acte de candidature, comme la panacée à tous les maux du pays. Comme si son omniprésence sur nos murs suffisait à s’abstenir de mettre sur pied un programme politique, économique et social, et dispensait le peuple de réfléchir plus loin (y compris à une alternative). Cette «stratégie» est d’ailleurs valable pour tous, de quelque bord que soit l’objet de ce culte de papier. Et c’est toujours la même question qui revient: où est la démocratie dans tout cela? Oui, oui, on sait, la démocratie consensuelle à la libanaise suit ses propres règles, et on n’est pas à une aberration près.

Bref, l’essentiel est sans doute ailleurs: mandat après mandat, l’ego de nos Abraracourcix locaux est flatté tous les 100m sur la voie publique. Vous me direz, cela fait bien longtemps que celle-ci n’appartient plus au public mais aux afficheurs. Mais ceci est une autre histoire.

samedi, 01 décembre 2007

Sit-in à Beyrouth : la grande farce (stratégique)

sitin_hezbollah.jpgsitin_aounistes.jpgUn an déjà, comme le temps file. Un an que le centre-ville de la capitale libanaise étouffe. Le 1er décembre 2006, une gigantesque manifestation de l’opposition déferle sur Solidere pour réclamer la chute du gouvernement Siniora, alors assiégé dans le Grand Sérail. La manifestation se transforme instantanément en sit-in, avec une répartition géographique très nette: la place des Martyrs aux aounistes, la place Riad el-Solh au Hezbollah. Chacun plante sa tente, installe ses chiottes mobiles, met en place un service de livraison de sandwiches… Des quotidiens d’opposition sont même distribués gratuitement aux militants. Nous avions fait une ribambelle de reportages là-bas il y a un an (1,2,3,4,5,6,7), surtout à la veille de Noël. Depuis, les tentes se sont vidées de leurs occupants, le sit-in étant quasi désert 24h/24. Mais les tentes sont toujours là. Au cas où.

Cette occupation du terrain, en 365 jours, a précipité des centaines d’employés au chômage (2700 personnes selon Naharnet). Le centre-ville lustré par Hariri & Co, un symbole pour l’opposition, n’est plus que l’ombre de lui-même: les magasins ont fermé les uns après les autres, les restaurants aussi. Moi-même, je ne mets les pieds à Solidere que pour le boulot, finies les tours de trottinette place de l’Horloge pour les enfants.

Quand on discute avec les «sit-ineurs», ils sont convaincus du bien-fondé de leur démarche: le centre-ville n’appartient pas qu’aux riches mais à eux aussi, le gouvernement est illégitime donc une pression au pied du Grand sérail s’impose. Pourtant, ce sit-in n’a jamais atteint le moindre de ses objectifs initiaux, et piétine le droit à la propriété privée. L’occupation du centre-ville est surtout stratégique: ces places sont dans le prolongement de la route de l’aéroport, une ligne virtuelle coupant la ville en deux. Cette virtualité, en janvier dernier lors de la «grève générale», est devenue réalité durant quelques heures. Ça pourrait très bien recommencer, juste histoire de mettre la pression. Quand on tient une place forte, on ne la lâche pas.

vendredi, 23 novembre 2007

Considérations diverses à H-7

Kouchner est parti, Lahoud a prévenu qu'il attendrait minuit pour plier bagages (ou non), tout le monde s'active encore alors qu'un nouveau délai (au 30 novembre) a été avancé pour une nouvelle session parlementaire... Je me suis mis le doigt dans l'œil. Je pensais que l'attente insupportable prendrait fin demain, il semblerait bien qu'on en remette une couche. Pourquoi nous avoir cassé les pieds depuis des mois avec cette fatidique date du 23 novembre à minuit? Ça va pouvoir durer jusqu'à 2020 comme ça, à nous imposer des reports de semaine en semaine. Remarquez, 2020, c'est plutôt pas mal comme hypothèse, il y a des chances pour que nos seigneurs de guerre aient passé l'arme à gauche.

[...]

Je reviens d'un petit tour en ville. J'en ai profité pour faire un crochet par le magnifique sit-in du centre-ville (photo ci-dessous à gauche). Toujours aussi accueillant et chaleureux. Les deux pelés et trois barbus qui font semblant d'être là se réchauffent comme ils peuvent. Mais attention, il ne faut pas se fier aux apparences... Nos amis CPL et Hezbollah sont là depuis presque un an, à bloquer les places des Martyrs et Riad el-Solh, des emplacement bien stratégiques. Depuis des mois, les tentes et les posters jaunissent, il n'y a quasiment personne sur place. Ils attendent quoi exactement?

d67d185fb1fefd0dbd7ae959d7350ae8.jpga831854300d2cd4c43b306b51f1d4ec8.jpgPendant ce temps-là, le reste de la ville ronronne doucement. J'ai même croisé quelques transports scolaires, comme quoi certaines écoles ont ouvert leurs portes aujourd'hui malgré tout. Et à Gemmayzeh, plusieurs cafés comme le Torino Express (ci-dessus à droite) sont pleins. Remarquez, c'est pas difficile, on doit pouvoir y rentrer à 20 maximum...

[...]

5685e4c7193923fcac2361a9709db4d5.jpg Comme je l'écrivais hier, les rues de Beyrouth sont kaki. Les militaires sont partout. On se sent bien protégés comme ça, oh ça oui... J'espère que, en cas de conflit, nos amis en treillis respecteront le drapeau libanais plutôt que ceux des milices.

 

 

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Bon, côté météo, mes informations ne sont pas très fiables. Ce soir, les nuages sont très menaçants au-dessus de la montagne...
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mardi, 20 novembre 2007

La quadrature du cercle «made in Lebanon»

db3df574abfea5cfb27fd2824689c565.jpgCe matin, comme tous les matins, je passe chez mon boucher pour acheter des cigarettes (oui, c’est pas comme en France, ici, on ne passe pas par les bureaux de tabac). Comme tous les jours, il me demande «Comment va la situation?», ajoutant aujourd’hui: «Alors, c’est qui dans l’enveloppe?». Un peu comme si, tel un magicien, j’allais lui sortir une réponse en forme de lapin blanc de mon chapeau. Mais vendredi soir à minuit dernier carat, ce seront les députés qui devront nous en sortir un de leur haut-de-forme. En principe. Depuis des semaines, nous connaissons les candidats déclarés et «potentiels», comme mon commandant Michel Sleimane, mon gouverneur Riad Salamé ou mon PDG de L’Orient, Michel Eddé (si jamais celui-là passe, espérons qu’il ait le bon goût de démissionner du journal). On les voit se bousculer au portillon, les Aoun (édifiante interview de lui dans Libé hier matin), les Harb, les Lahoud (non, pas l’affreux, mais le beau-frère de sa majesté saoudienne), les Rizk, les Ghanem. Je me demande si ces gens sont bien conscients de ce à quoi ils s’exposent avec une fascination certaine pour le fameux fauteuil.

L’heureux élu doit donc être «consensuel» ce qui signifie que concrètement, il va se retrouver avec un panier ingérable sur les bras: convenir au 14 Mars et respecter les acquis de «l’intifada de l’Indépendance» (expression bien ronflante, comme la «Révolution du Cèdre» d’ailleurs, dont on attend encore qu’elles aient effectivement révolutionné quoi que ce soit: les mêmes mafieux de tous bords ont pu conserver les mêmes postes dans le même système pourri qui préserve les mêmes avantages aux mêmes privilégiés), tout en promettant au Hezb que ses armes resteront bien au chaud et en ne se mettant pas à dos le Conseil de sécurité qui attend de voir ses multiples résolutions mises en application sur le terrain… Il y a comme une contradiction, là. Mais bon, en admettant que l’élection se fasse dans ces termes, le nouveau président, et avec lui le Liban tout entier, tiendra combien de temps avec une équation aussi bancale? Un mois? Six mois? N’en déplaise à certains, l’épineuse question des armes de la «Résistance» ne pourra pas rester sans réponse.

Justement, tiens, à propos de la «Résistance», on peut voir aujourd’hui combien elle résiste parfaitement à tout, y compris à la logique: à J-3 (l'élection vient d'être reportée une nouvelle fois, à vendredi prochain), le Hezbollah se refuse toujours à rendre public le nom de son candidat à la présidentielle, attendant le «moment opportun» (après l’élection, peut-être?). C’est quand même surréaliste: l’opposition prétend représenter la majorité populaire mais celle-ci n’est pas en droit de savoir qui la principale formation de cette opposition appuie officiellement. Autrement dit, le Hezbollah peut soutenir qui bon lui semble, sa base populaire n’a pas besoin de le savoir, comme si elle allait le suivre aveuglément de toute façon. Il doit considérer qu'en fait, le peuple n'est pas directement concerné, ce qui est d'autant plus paradoxal puisque ce même parti a proposé de passer au suffrage universel pour ce scrutin. Cela reste un bien bel exemple de démocratie de la part d’une formation politique qui se pose en défenseur des droits du citoyen! Sans compter qu’il semble difficile de négocier un président de compromis lorsqu’en face, il y a quelqu’un pour dire non sans faire de contre-proposition. Et tout le monde a l’air de trouver cela normal de ce côté de la barrière. Panurge aurait de beaux jours devant lui.

mardi, 02 octobre 2007

Aoun ne sera pas président

medium_eraserhead_hassan.jpgBon, ce n’est pas la première fois que l’on parle ici de l’éventuelle non présence du généralissime dans le fauteuil de président cet automne. Les événements actuels semblent en train de tourner à son désavantage: le Hezb ne veut toujours pas dire qu’il sera le seul et unique candidat de l’opposition, Murr pense qu’il peut y avoir d’autres options (il se serait bien vu dans le costard s’il avait été maronite, la fripouille!)… Il est très probable qu’Aoun se fasse tacler dans ces prochaines semaines par ses alliés.

Victoire au Metn ou non, Aoun pourrait récolter ce que sa folie a semé (non pas son document d’entente avec le Hezb, mais ses nombreuses casseroles et autres déclarations délirantes…). Il y a 10 jours, outre son avertissement d'une possible guerre civile si la majorité voulait élire son président à la majorité simple, il a eu une sortie magnifique, du genre «élisez-moi président, et je démissionnerai juste après», en guise de bonne foi face à ses détracteurs qui considèrent qu’être président est le seul but dans sa vie. Alors, Aoun président ou non, on prend les paris?

En attendant, une autre question se pose en ce moment: que faisaient précisément les orangistes armés appréhendés par les forces de l’ordre dans la montagne le week-end dernier? Ah, oui, pardon, j'oubliais... Ils faisaient un pique-nique.

mercredi, 15 août 2007

Ah, la grand messe du Hezbollah...

medium_andywarholhezbollah.jpgJe ne sais plus quoi penser du Hezbollah. Plus j’essaie de comprendre, plus ça m’échappe. Hier, comme une tripotée de journaleux, je suis allé à Dahiyeh, pour la célébration de la «victoire divine» du Hezbollah. En plein fief du Parti de Dieu, rasé l’an dernier durant la guerre de Juillet.
Le premier contact est arrivé avec les vendeurs de rue. Il y en avait pour tous les goûts: drapeaux jaunes frappés du AK-47, versions de poche ou XXL, CD et DVD à la gloire des martyrs tombés au combat, porte-clés et pin’s avec la tête du Sayyed. Mention spéciale à celui version Andy Warhol. Y’a pas que le Ché qui y a eu droit comme ça…

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jeudi, 26 juillet 2007

Grand concours Simpson !

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Ça, c'est nous. Nous vous invitons à aller sur le site du film des Simpson, où vous pouvez créer en quelques clics toutes sortes d'avatars. En voici quelques uns. Les amateurs pourrons nous envoyer leurs créations ici, et nous mettrons en ligne les meilleures (en admettant qu'on en reçoive...).

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Joumblatt, envoyé par JiPé le 27 juillet:

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Bachar, envoyé par Ziad22 le 28 juillet:
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mardi, 10 juillet 2007

Sarkozy, le Hezbollah et la diplomatie du double-jeu

medium_sarkozyhezbollah.jpgSaperlipopette, j'ai égaré mon décodeur à bla-bla diplomatique. Avant-hier, nous avons eu droit à un discours pour le moins hallucinant de la part de l'ambassadeur de France au Liban, invité par le leader druze Walid Joumblatt à Moukhtara. En gros, Emié passait la brosse au gouvernement actuel, louant de fiéfés filous comme son hôte d'un jour.

A Beyrouth, depuis quelques jours, tout le monde parle de cette fameuse rencontre de la Celle Saint-Cloud où les partis libanais se réuniront (par seconds couteaux interposés) les 14 et 15 juillet prochain. Mais hier, notre cher président de la République française, alors qu'il venait de recevoir les familles des soldats israéliens capturés par le Hamas et le Hezbollah, a annoncé son refus de recevoir les représentants du Parti de Dieu qui feront le déplacement à Paris. Les pro-Hezb ont aussitôt crié au complot du lobby juif mené par le CRIF. Soit, c'est de bonne guerre... Le porte-parole de l'Elysée a même affirmé que Sarkozy avait ouvertement qualifié le Hezb de mouvement «terroriste» (alignant la politique française sur celle de Washington et tournant le dos à celle de l'Union européenne). «Le président a complété en disant que son objectif était que le Hezbollah renonce à l’action terroriste et redevienne un parti politique presque comme un autre», a ajouté le porte-parole (soit dit en passant, je ne vois pas comment le Hezb RE-deviendrait le parti classique qu'il n'a jamais été). Et de continuer: «On sait très bien qu’il n’y aura de retour au calme au Liban que si les partis libanais recommencent à dialoguer et tentent de bâtir ensemble un gouvernement d’union nationale.» Et boum dans les dents de l'ambassadeur Emié (un très proche de Chirac). Le porte-parole du nouveau locataire de l'Elysée a donc renvoyé dans les cordes le tenant de la diplomatie française au Liban, en légitimant l'une des principales revendications de l'opposition libanaise – le gouvernement d'union nationale –, et donc du Hezbollah. Ils ne se concertent pas ces gars-là? Ils n'ont pas les mêmes fiches? Ou bien le double-jeu est-il devenu l'unique B.A.-BA de la diplomatie?

dimanche, 01 juillet 2007

Thierry Meyssan et son « Effroyable imposture 2 » : le livre qui porte bien son nom

medium_effroyable_imposture2.3.jpgIl y a quelque temps, un visiteur de ce blog m’a envoyé un mail pour me poser une question. En gros, ça donnait ça: «Est-il possible que les Israéliens ou les Américains soient responsables de l’assassinat de Rafic Hariri?» J’avais répondu: «On ne le saura sans doute jamais. Alors peut-être oui, tout le monde avait la capacité technique et un intérêt à le faire, mais…»
Depuis, Thierry Meyssan – qui avait fait scandale en accusant les Etats-Unis d’avoir fomenté les attentats du 9/11 – a sorti un bouquin il y a quelques semaines, simultanément en France et au Liban (et passé inaperçu simultanément en France et au Liban d’ailleurs): «L’effroyable imposture 2». L’objectif déclaré du livre est de replacer ce qui se passe au Liban depuis 2004 dans l’agenda de Washington et de Tel-Aviv depuis le 11 septembre 2001 (et même avant d'ailleurs). Conclusions de Meyssan:

  • le Mossad a assassiné Hariri (principal allié de la Franco-Chiraquie que les Etats-Unis voulaient voir hors-jeu sur la scène proche-orientale);
  • la guerre de juillet 2006 a été voulue et préparée par les Etats-Unis bien à l’avance et sous-traitée à Israël (c'est pas non plus une grande trouvaille, ça...).

Je viens de finir le livre, et devant un tel manque de rigueur dans les démonstrations et dans la méthodologie, les bras m’en tombent (pauvre naïf que je suis).

En préambule, le responsable du Réseau Voltaire se pose en observateur libre mais neutre, et en pourfendeur de la ligne éditoriale des journaux occidentaux qui accusent la Syrie de tous les maux du Liban, et y compris donc de l’assassinat de Hariri. Au contraire, Meyssan dédouane la Syrie de toute implication néfaste au Liban, et la montre comme la principale victime de cette «imposture». Il s’érige contre les «tout porte à croire que». Soit.

Pourtant, l’auteur n’est pas là pour faire une enquête, mais pour faire une démonstration à partir de faits divers et variés, prenant la responsabilité israélo-américaine comme postulat de base. Toute son argumentation, souvent savante et documentée, est construite de sorte à parvenir à la conclusion souhaitée, quitte à laisser de côté certains faits qui iraient à l’encontre de son hypothèse ou qui en tempèreraient l’impact.
Ainsi, concernant l’assassinat de Hariri, dont il accuse le Mossad ouvertement, Meyssan tape beaucoup sur Marwan Hamadé dont les déclarations hostiles à la Syrie illustrent selon lui la partialité du pouvoir en place à Beyrouth et son instrumentalisation totale par les Etats-Unis. Mais il ne rappelle jamais que ce proche de Hariri a lui-même été victime d’un attentat à la voiture piégée le 1er octobre 2004 dans lequel il a failli laisser sa vie, et qu’il a perdu également son neveu, Gébran Tueini, le 12 décembre 2005. Omission étonnante alors que Meyssan fournit mille détails par ailleurs sur chaque sujet abordé. Et dans la catégorie «omissions (in)volontaires», il y en a beaucoup d'autres.

Meyssan évoque également – sujet très intéressant – l’interdiction faite à Al-Manar (la chaîne affiliée au Hezbollah) d'émettre en Europe, en asseyant son argumentaire sur un faisceau d'informations se recoupant logiquement, puis sur des affirmations invérifiables, comme l’appartenance de Dominique Baudis (alors président du CSA) au groupe Carlyle, et donc manipulé par le consortium militaro-industriel américain. Cette démonstration – qui partait bien – tombe subitement à plat.

L’auteur en vient ensuite au contexte politique actuel au Liban, présentant les forces en présence. Meyssan décrit la coalition du 14 Mars menée par Siniora et Hariri fils (sunnites) comme contre-nature, car alliant le «socialiste Walid Joumblatt (druze) aux fascistes des Forces libanaises (chrétiennes)». Meyssan revient d’ailleurs à la fin du livre sur les FL fondées par les Gemayel dont il fait une biographie aussi rapide que stupéfiante: pour Meyssan, le patriarche de la famille, Pierre Gemayel, était un ami d’Adolf Hitler. Certes, Gemayel père est allé en Allemagne en 1936 et a été si impressionné par les défilés des jeunesses hitlériennes que le parti Kataëb (dont sont issues les FL) s’en est inspiré. Mais l’utilisation répétée des qualificatifs «fasciste» et «extrême droite» pour parler de cette partie des chrétiens maronites semble aujourd’hui plus que déplacée. Meyssan évoque même la rivalité entre Pierre Gemayel (le petit-fils) et Samir Geagea (le chef actuel des FL), sous-entendant – sans le dire explicitement donc – que cette rivalité pourrait être le mobile de l'assassinat du jeune ministre de l'Industrie le 21 novembre dernier. Bon, concernant le fascisme, prenons donc notre dictionnaire…

Définition du Petit Larousse illustré
FASCISME n.m. 1. Régime établi en Italie de 1922 à 1945, instauré par Mussolini et fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. 2. Doctrine et pratique visant à établir un régime comparable, à des degrés divers, au fascisme italien.

En prenant cette définition au pied de la lettre, toutes les dictatures sont fascistes. En prenant celles de la région, nous n’avons pas à aller bien loin pour en trouver une… Certes, les Phalanges de Gemayel n’étaient pas des enfants de chœur, mais il faut les replacer dans le contexte politique très particulier de l’époque et ne pas occulter les autres acteurs en faisant une sorte d’angélisme de mauvais aloi. On est en droit de s’interroger quant à la «neutralité» de Meyssan devant un tel acharnement qui ne sert en rien sa démonstration sinon à stigmatiser le camp des gentils et celui des méchants. Les choses sont beaucoup plus compliquées que ça.

Sinon, notons en passant une coquille magnifique: l’orthographe du nom du président du Parlement libanais, rebaptisé dans le livre Nabib Berri. Pourquoi pas Nabab Berri (ce qui aurait été plus juste)? Bon, ça arrive à tout le monde de se tromper, mais celle-là est rigolote… Dans le genre drôle, il y a aussi le bilan de la guerre de juillet (qui ne l’est pas, lui), dans lequel Meyssan détaille l’infrastructure détruite au Liban, mentionnant les voies de chemin de fer. Personne ne lui a dit que les trains ne circulent plus dans ce beau pays depuis des décennies?

Bref. Le livre se conclut sur la situation présente au Liban. Hariri Junior et Siniora sont discrédités et haïssables car manipulés par les Etats-Unis et Israël, le Hezbollah glorifié, le général Emile Lahoud porté aux nues (je crois que j’ai dû rire jaune, là)… Dans les dernières pages, Meyssan commence un paragraphe par «Tout porte à croire que», et adopte finalement le même comportement que ceux qu’il accuse au départ. Résultat des courses: «L’effroyable imposture 2» ne fait absolument pas avancer le schmilblick. Ce qui était en fin de compte prévisible.

Alors, pourquoi avoir lu ce livre connaissant l’auteur et le probable raisonnement qu’il allait développer? Par acquis de conscience, par curiosité et pour casser les pieds de ma femme qui ne voulait pas dépenser 21 euros pour ça. J’aurais dû l’écouter… Comme d’hab, quoi!

lundi, 18 juin 2007

Démarcheuses du Hezbollah vs. Témoins de Jehovah : mise au point

Suite à la nouvelle polémique générée par le dernier post de David sur le Hezbollah et les Témoins de Jéhovah, polémique à laquelle nous ne nous attendions absolument pas il faut bien le dire, il me paraît nécessaire de mettre une chose bien au clair: beaucoup de visiteurs semblent avoir pris l’ensemble du post au premier degré.

Alors...

  1. Il nous a paru amusant d’avoir été démarchés par ces deux entités dans un court laps de temps, alors que cela ne s’était jamais produit auparavant.  Il s’agissait d’un parallèle ironique sur cette coïncidence et sur le mode opératoire, et non sur la nature même du Hezbollah et des Témoins de Jéhovah, sur la légitimité de leurs causes respectives ou sur la bonté et la grandeur d’âme éventuelles des uns et des autres. Que chacun croie ce qu’il veut du moment qu’il respecte les autres, c’est notre seul credo.
  2. La photo était, évidemment, à prendre elle aussi au second degré. Les deux minettes ne font pas partie des Témoins de Jéhovah, elles affichaient leur soutien au Hezbollah au cours d’une manifestation. Mais comme elles étaient deux et avaient une allure euh… comment dire… pas «hezbollienne», elles correspondaient bien à l’hypothèse totalement farfelue de David quant à la fusion de leurs services.

Il y en a qui ne trouvent pas ça drôle, mais nous, ça nous a fait rire et la dérision constitue l’une des dernières satisfactions qui nous restent par les temps qui courent. Et c’est aussi l’une des dernières choses que l’on ne peut nous enlever.
Et oui, @Jhamel, j’aime faire parler les gens, je le fais même toute la journée. Et je ne vois pas le rapport avec le fait que David claque la porte à quelqu’un qui veut venir le convaincre chez lui de quelque chose en quoi il ne croit pas. Faut pas tout mélanger dans la vie, on voit où ça mène.

dimanche, 17 juin 2007

Démarcheuses du Hezbollah vs. Témoins de Jehovah

Il y a un mois, quelqu’un sonne à la porte de notre appart. J’ouvre: deux femmes, la trentaine, jolies et bien sapées, avec des bouquins sous le bras. Elles désirent entrer, je leur demande ce qu’elles veulent. Avec un sourire angélique, la première me répond qu’elles sont témoins de Jehovah (j'aurais dû m'en douter, elles étaient deux...). Je claque la porte.

Et puis il y a quelques jours, je reçois un coup de fil étrange. J’étais tranquille à la maison, et une charmante dame (et très persuasive) me demande si je suis intéressé par des cassettes audio et vidéo de Hassan Nasrallah. Je raccroche. Je ne savais pas que le Hezb avait un département télémarketing. Au moins, les témoins de Jehovah, ils prennent la peine de se déplacer pour leur prosélytisme, ils ne font pas ça par téléphone.

medium_temoins.3.jpgPeut-être devraient-ils fusionner leurs services: ce serait pas mal de voir débarquer à nos portes des Témoins de Hezbjovah, avec bible et t-shirts jaunes estampillés de la bonne bouille de Hassan Nasrallah. Nous les avons trouvées, les voici…

samedi, 05 mai 2007

Celui qui reste, celui qui part, celui qui arrive

medium_HassanNasrallah.2.jpgmedium_Ehud_Olmert.jpgmedium_SarkozyReuters.jpgHassan Nasrallah a créé une petite surprise il y a deux jours. Lors de son dernier discours, il a reconnu «digne de respect» une initiative israélienne: celle de la commission Winograd, qui a scellé l’échec du gouvernement israélien lors de la guerre de juillet. Sans blague, il aura tout de même fallu presque 10 mois de cogitations pour arriver à cette conclusion. Bravo, mieux vaut tard que jamais…

A Tel-Aviv, des dizaines de milliers de personnes ont réclamé le départ d’Ehud Olmert. Soit, pourquoi pas, mais pour mettre qui à la place? Tzipi Livni? Benjamin Netanyahu? Ce n’est pas d’une démission ministérielle dont le Liban se délectera. C’est un peu facile. Il y aurait bien une autre solution (utopique): demander à ce que l’Etat israélien, engagé dans ce conflit, mette la main à la poche pour payer les dommages faits aux infrastructures libanaises qui n’avaient rien à voir avec celle du Hezbollah. Je ne sais pas, moi, par exemple, Israël aurait pu payer le nettoyage des côtes libanaises après la marée noire de Jiyeh (qui avait pour but de torpiller le tourisme local); Israël pourrait payer la nouvelle usine de Liban-Lait dans la Bekaa, destruction à cause de laquelle manger un yaourt au Liban est devenu un luxe… Des exemples, il y en a à la pelle. Ça, toucher au porte-monnaie, cela aurait une toute autre valeur…

Pendant ce temps, pauvres électeurs français du Liban, nous regardons les derniers jours pré-Sarkozy avec une certaine angoisse. Pour nous, la présence du nain à l’Elysée va quelque peu compliquer les choses. De là à dire qu’il ne fera peut-être plus très bon d'être français dans la région, il n’y a qu’un pas (souvenons-nous de la gaffe de Jospin dans le même genre). Le boss de l’UMP ne cache pas ses affinités, c’est certes son droit. Mais ses déclarations classant le Hezbollah dans la colonne «organisations terroristes» ne vont pas vraiment dans le bon sens, celui du dialogue. En tout cas, cela va dans le même sens que l’Administration Bush, et à contre sens de la politique de l’Union européenne. Le preux chevalier blanc de Neuilly-sur-Seine compte donner un grand coup de pied dans la politique arabe de la France. Merci, mais nous n’en avions vraiment pas besoin.

jeudi, 15 février 2007

Les deux drapeaux de trop

medium_haririroses.jpgAu Liban, le 14 février ne rime plus avec Saint-Valentin depuis deux ans. Du coup, hier, bon nombre de Libanais ont délaissé les fleuristes pour se rendre place des Martyrs, pour rendre hommage à l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Quoi que l’on pense du bonhomme (ce ne fut pas vraiment un saint), il paraît normal de réclamer la mise en place du fameux tribunal pénal international chargé de juger ses assassins, que l’on soit dans la majorité ou dans l’opposition. «La vérité», le slogan qui illustre le mieux ce combat depuis 2 ans, devrait être l’affaire de tous les Libanais.

En tout cas, hier dans la manifestation, tout le monde y est allé de sa pancarte et de son drapeau. Comme sur le sit-in de l’opposition (sur le haut de la place des Martyrs), on a pu voir hier une kyrielle de fanions: blanc frappé du cèdre dans un cercle rouge pour les Forces libanaises, rouge-bleu pour le PSP de Joumblatt, blanc-bleu ciel pour le Courant du Futur du clan Hariri, rouge-blanc-or pour le PNL de Chamoun, blanc avec un cèdre stylisé pour les Kataëbs… On a même vu le grand drapeau rouge orné d’une faucille et d’un marteau du Parti communiste. Le tout noyé dans une mer de drapeaux libanais.

medium_drapiranien.jpgAu bout d’un moment, nous sommes allés faire un tour du côté du sit-in de l’opposition, après avoir montré patte blanche aux militaires qui ont bien fait leur boulot pour que les deux camps ne puissent même pas échanger un regard. Sur place, c’était désert. Près des barrières, à 50m du mur de barbelés séparant la place en deux, nous avons vu un groupe de jeunes du Hezbollah brandir… un drapeau iranien. De retour dans la manif, nous avons vu fleurir des drapeaux saoudiens. Si cet affichage non-national n’était le fruit que d’initiatives isolées, il n’en demeure pas moins qu’il est symptomatique des affinités régionales des deux camps. Finalement, depuis plusieurs décennies se rejoue la même partie d’échecs, le Liban n’étant que l’éprouvette de la région, où toutes les alliances, les enjeux et les inimitiés qui dépassent le pays se rejoignent. Ce serait bien que ça s’arrête, non?

mardi, 23 janvier 2007

Démocratie?

medium_greve.jpgAujourd’hui, j’ai vu un visage du pays que je me refusais de voir auparavant. En tout cas, j’essayais de croire que ce genre de scène ne se produirait pas. J’ai peut-être été un peu naïf, tout simplement. Vers 12h30 à Zalka, on a assisté à une mini intifada: d’un côté, les jeunes des Forces libanaises; de l’autre, des jeunes chiites d’un village des hauteurs. Ça s’est caillassé ferme (j’ai même pris un projectile minéral contendant sur le pied), avant que l’armée ne tire d’interminables rafales de fusils automatiques pour calmer les ardeurs de ces jeunes qui ne demandaient qu’à en découdre. J’ai eu peur devant cette violence. Et que dire des barrages de pneus, empestant l’air de Beyrouth. C’est sûr, le Liban vient de cramer aujourd’hui son quota d’émission de gaz toxiques pour 2007. Le Hezbollah avait appelé à une «grève générale», à un «mouvement pacifique». On a eu droit à un avant-goût de guerre civile, avec 3 mmorts et plus de 130 blessés (dont la moitié par balles). Tout à l’heure, le petit caïd de Zghorta, bombant le torse, a annoncé que ce le mouvement serait encore plus impressionnant demain, et comme ça jour après jour tant que le gouvernement Siniora ne démissionnera pas. Bravo pour la belle leçon de démocratie, messieurs. Chapeau bas!

jeudi, 11 janvier 2007

Le pourrissement: une tactique vaine

medium_cgtl.jpgAprès les manifestations gigantesques de début décembre et le sit-in au centre-ville sous les fenêtres du Grand sérail, l’opposition libanaise a donc opté pour une «escalade» qui ira crescendo. Première scène de ce second acte: la manif de la CGTL mardi matin, dans le bourbier d’Adlieh, secteur reconverti en chantier à ciel ouvert. Résultat, une fois qu’on enlevait les brouettées de travailleurs syriens, les pelletées de journalistes et les 38 tonnes de militaires, il ne restait plus grand monde. Ça sentait le petit rassemblement mal orchestré, avec des grappes de femmes à qui on a donné des fanions et des hommes venus faire nombre, histoire de. Hier, rebelote, ce coup-ci devant le ministère de l’Energie et de l’Eau. Un bide comme la veille pour la CGTL, accusée par la majorité d’être «une momie» au service du Hezbollah. Du coup, devant cet échec, l’opposition a affiché la couleur pour la deuxième scène de cette pièce de théâtre qui ne fait plus rire personne: une probable grève générale dans les ministères. Je ne vois pas trop ce que ça changera dans la masse de travail abattu par nos braves fonctionnaires.

Depuis quelques temps, je rencontre pas mal de chefs d’entreprise, dans les médias principalement… Tous me disent qu’ils bossent comme s’il ne se passait rien, qu’il faut tout faire pour continuer et tenir le coup pour 2007 (que tout le monde prévoit mauvaise) en attendant une vraie embellie pour 2008-2009. Les acteurs qui veulent continuer à faire tourner l’économie du pays (et leur business bien sûr en se tournant de plus en plus vers le Golfe, mais aussi vers le Maghreb déclaré «nouvel Eldorado officiel») se foutent éperdument des manœuvres politiciennes de la majorité et de l’opposition. Tous dans le même sac, en clair.

 
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