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jeudi, 21 décembre 2006

Bienvenue à Paranoland

Hier soir, je suis retourné sur le sit-in, place des Martyrs, pour rencontrer les manifestants chrétiens préparant Noël et pour faire quelques photos de nuit. L’ambiance, comment dire, a beaucoup changé. Plus question de kermesse familiale maintenant. Les gens sont fatigués, se les pèlent la nuit car il fait froid… Ils font cuire des marrons sur leurs petits feux de camp. La méfiance vis-à-vis d’un corps étranger comme moi est totale. Pour faire un cliché d’une crèche illuminée, six personnes assises à proximité ont refusé d’être prises en photo.
medium_sapinnuit.jpgEn repartant, j’ai voulu monter sur le Ring qui surplombe la place pour faire une photo générale, avec le grand sapin et les tentes à perte de vue. Les militaires y ont établi un cordon de sécurité. J’arrive à la limite, me poste pour faire mon image, et un jeune militaire me dit «Mamnouh, mamnouh!». En clair, interdit de prendre en photo un pauvre sapin de Noël. J’insiste, et il me dit de demander la «permission» à son chef. J’obtempère, je passe le cordon et je vais à la rencontre du chef. Amical, celui-ci me dit «pas de problème, mais vas un peu plus loin». OK, j’obtempère à nouveau. Je cale mon appareil sur la balustrade et là, quatre troufions débarquent. J’eus l’immédiat sentiment de ne plus être le bienvenu du tout. Ils me demandent, en arabe, qui je suis, ce que je fais… Puis la discussion devient tendue et politisée. Le petit chef des quatre me demande ce que je pense de la manifestation, du sit-in, si je le trouve «joli» et à mon goût, si j’aime Hassan Nasrallah, si j’aime Michel Aoun… Si je suis pour Israël, pour Fouad Siniora… Ça ne rigole plus… La discussion a duré 20 minutes (c’est long 20 minutes dans ces cas-là), je ne faisais pas le malin, ne sachant pas forcément comment «bien» répondre dans la langue de Gibran. Puis ils s’intéressent à mon appareil photo, le prennent puis me le rendent, avec un sourire pas vraiment angélique. Sur ce, je quitte les lieux, sorte de périphérique en pleine ville où aucun automobiliste ne se serait arrêté pour mes beaux yeux. Là, je ne rigolais plus du tout. Tout ça pour prendre en photo un sapin de Noël…

Cet épisode est un exemple de la tension qui règne. Ces quatre militaires, censés défendre la «patrie», étaient clairement pro-Hezbollah. Je pense, à leur accent, qu’ils étaient originaires de la Bekaa. Et il m’est paru évident que pour des hommes comme ceux-là, si un jour le choix devait se poser entre l’armée régulière et une milice partisane, le cœur pencherait immédiatement vers la milice.
Il y a 8 ans, quand le général Lahoud est devenu président de la République, beaucoup de médias vantaient l’une de ses «réussites»: avoir donné une vraie cohésion à l’armée à la tête de laquelle il était durant les années 90. Moi, ce que je vois aujourd’hui, c’est que beaucoup de jeunes Libanais veulent intégrer l’armée pour les innombrables privilèges qu’elle accorde (voitures de fonction, clubs de sport hyper luxueux, rente à vie…). Pour ça, à force de graisser les pattes, Lahoud a bien réussi son coup. Mais pour ce qui est de la vraie cohésion, celle du cœur, il repassera. L’armée libanaise, dont on a tant parlé au moment du retrait israélien cet été, est une bulle de verre prête à éclater à la moindre occasion.

Ce matin, en voiture, je me suis confronté à des «cowboys» à quatre roues. Plantée à cheval sur le boulevard remontant vers Sofil, une voiture roulait lentement. Je ne pouvais passer ni à gauche, ni à droite. Je klaxonne, et là, un jeune mec sort la tête en hurlant, le torse bombé. L’ère du nouveau farwest semble plaire à certains.
Un peu plus tard, j’accompagne Nat à son boulot, et en voiture, elle me dit qu’on en viendrait presque à regretter le calme de la tutelle syrienne, et que ce n’était peut-être pas un hasard! C’est peut-être ce que certains pontes à Damas recherchent depuis le départ de leurs troupes en avril 2005: institutionnaliser la peur et la parano. Prouver que les Libanais ne peuvent pas se diriger eux-mêmes (c’est Bachar lui-même qui l’a dit, même s’il s’est contredit récemment pour les caméras). Cela avait marché en 1976, pourquoi pas en 2006?

mercredi, 20 décembre 2006

C'est bien le camping au Centre-ville?

Ça faisait longtemps que nous n'avions pas mis de vidéos sur ce blog. En voilà deux, dans des registres totalement différents (pour ceux qui ont une connexion pourrie comme nous, attendez de les charger, elles valent le coup!). Si la première est plutôt rigolote, la seconde l'est beaucoup moins. Jugez plutôt...

 

«Fais ce qu’il te dit, c’est un Hezbollah»

medium_sapinPSNS.jpgCe matin, je suis parti faire un petit reportage sur les préparatifs de Noël sur le sit-in du Centre-ville. Je commence à le connaître par cœur celui-là… Je rencontre alors un cadre du CPL du général Aoun. On va l’appeler ici, disons… Tony. Sympa, Tony m’explique comment ça se passe, ce qu’ils prévoient pour le réveillon, la fête, la messe de minuit à la cathédrale Saint-Georges des maronites, la possible venue de leur gourou… Bref. Il me fait la visite des tentes et des différents sapins. Je prends des photos, normal (mention spéciale au sapin du PSNS, avec ses décorations rouges reprenant le logo du drapeau!). Là, un petit gars à lunettes noires et veste de treillis arrive et me demande ma carte de presse. Je lui sors ma carte, mais elle ne convient pas. Il veut celle délivrée spécialement pour les journalistes. Je ne l’ai pas, n’étant pas au courant qu’il en fallait une, alors que ce n’est pas la première fois que je viens bosser là. Il insiste. Là, Tony me dit qu’il va m’aider et me dit de le suivre. En marchant, il me dit «Fais ce qu’il te dit, c’est un Hezbollah». Je montre mon étonnement. Et Tony poursuit: «Ils sont méfiants. Depuis quelques jours, ils veulent que tous les journalistes passent par eux, même sur la place des Martyrs gérée par nous, les aounistes. Ils sont prudents avec les journalistes étrangers, car il y a eu des reportages faits par des Suédois et des Anglais qui sont passés sur les télés et les journaux israéliens. Nous, on s’en fout, mais pas eux.» Je lui demande alors comment ça se passe avec «eux», ceux du Hezbollah. «Bien, répond-il en faisant la moue. On a trouvé 10 points communs (le fameux document signé par Aoun et Nasrallah), mais il y a quand même beaucoup de différences…» Ah bon?

medium_carteHezb.2.jpgArrivé à l’autre bout de la place Riad el-Solh (celle contrôlée par le Hezb), je donne ma carte à un autre gars, posté à une guérite de parking. Il part avec, vers une tente anodine, et revient, me donnant, avec un grand sourire, un laisser-passer pour la journée (photo ci-contre à droite). Question accréditation, on est loin des Nations unies, mais bon.

Comme lors du Hezbollahtour au Hezbollahland dans la banlieue sud juste après les bombardements de juillet dernier, il vaut mieux toujours montrer patte blanche avec «eux». C'est comme ça que ça marche.

lundi, 11 décembre 2006

Le Hezb, Aoun et le pouvoir

medium_aoun.jpgPuisque David a décidé de mettre les pieds dans le plat (sacré mais guère sucré) du Généralissime, je vais en remettre une couche.

En effet, le Hezbollah est en position de force pour les raisons mentionnées dans le post précédent, mais aussi par la possession d'un arsenal pour le moins conséquent. Cet arsenal compte dans l'absolu, non parce qu'il pourrait servir contre des Libanais, mais parce qu'il donne au Hezb les moyens d'imposer ses choix de politique étrangère au pays. L'exemple le plus frappant en a été donné cet été, alors que Nasrallah s'était lui-même engagé à "ne rien faire qui puisse mettre en péril la saison touristique" tellement attendue par une économie à bout de souffle. Certes, tout au long de cette guerre, nous avons nous-mêmes défendu le droit du Hezb à riposter face à une agression barbare et disproportionnée. Nous l'avons fait non parce que c'était le Hezbollah, mais parce que l'essentiel était alors de défendre le pays. J'estime toutefois que cela ne dédouane pas le Hezbollah de sa responsabilité vis-à-vis d'un gouvernement dans lequel il avait des ministres.

Le Hezbollah est par ailleurs en position de force en raison de sa popularité et de la loyauté de ses partisans. Pas plus tard que samedi, Hussein Hajj Hassan, député du Parti, me disait bien en face qu'il "ne demandait pas le pouvoir parce qu'il l'avait déjà" (sic). Il demandait la participation de toutes les parties afin qu'aucun  des camps ne puisse prendre de décision sans l'accord de l'autre. Un détail cependant: dans ces conditions, quel est le rôle du Parlement qui est justement supposé jouer le rôle de levier contre le gouvernement?

Bref, sur le principe, pareil consensus serait idéal (bien que difficilement applicable dans la pratique). Mais il faut le replacer dans le contexte. Le Hezbollah ne s'en réfère clairement pas au gouvernement lorsqu'il prend des décisions (on l'a vu cet été), un refus au niveau du conseil des ministres ne l'arrêterait pas. La finalité consiste donc à bloquer certains processus. Lesquels, devrait-on demander? De plus, ce droit de blocage, il en dispose déjà dans les faits, via:

1. un président du Parlement qui lui est acquis et qui dispose de cette prérogative hallucinante de pouvoir non seulement fixer l'ordre du jour de l'Assemblée mais aussi de refuser de la réunir, comme il le fait actuellement concernant le projet de tribunal international (mais ce n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres).

2. un président de la République qui peut bloquer tout projet de loi  ne lui convenant pas (idem pour le tribunal international). L'exemple des cohabitations Mitterrand/Chirac en France, un peu du même ordre, a été probant en termes d'inefficacité! 

Concrètement, l'opposition maîtrise déjà deux pôles de pouvoir sur trois. On est donc en droit de se demander ce qu'une minorité de blocage au gouvernement changera, si ce n'est contrôler l'ensemble des acteurs institutionnels! Il n'y aurait pas "partage des pouvoirs" comme annoncé, mais mainmise totale.

On peut aussi s'interroger sur le bien-fondé du recours à la rue sous prétexte que le gouvernement n'est pas représentatif de la majorité. Beaucoup font un parallèle avec une hypothétique crise de ce genre en France. Que je sache, dans un pays démocratique, lorsque une opposition n'est pas satisfaite, elle attend la prochaine échéance électorale pour sanctionner le gouvernement (cela s'appelle l'alternance, non?).

Bien sûr, ces considérations ancrées dans le respect du droit et des lois sont nettement moins séduisantes que des idéaux de liberté, d'union nationale (et même d'amour, selon le nº2 du Hezb, Naïm Kassem). Mais ce n'est pas - seulement - avec de belles idées et des principes charmants mais nébuleux que l'on bâtit dans la solidité. Cela s'appelle du populisme. Le procédé des manifestations de masse constitue un précédent, une "jurisprudence", dangereux. Et si Aoun fait référence au mouvement populaire de l'Ukraine, il oublie de mentionner qu'un an plus tard, le nouveau pouvoir s'est effondré, faute de réelles bases politiques.

Pour revenir au père Michel, je rappellerai aussi qu'il n'a pas le monopole de la résistance. Je n'ai strictement aucune affection pour les Forces Libanaises, mais il me semble que Geagea et ses partisans ont aussi payé leur tribut au combat pour la liberté du pays. Eux aussi ont été battus, exilés, emprisonnés. Sans doute ont-ils  beaucoup de choses à se reprocher aussi, mais la méthode Aoun a-t-elle été  irréprochable? Et, ironiquement, pendant la guerre civile, la "résistance" qui désigne aujourd'hui le Hezbollah, concernait alors les Forces Libanaises. Ces FL de Bachir Gemayel avec lesquelles Michel Aoun s'entendait si bien qu'il avait lui-même aidé à préparer un plan de coup d'Etat afin de faire accéder Bachir à la présidence... Et comme JiPé le fait remarquer dans un de ses commentaires, les prisonniers libanais en Syrie sont oubliés...

Enfin, et cela je le dis pour moi, je trouve positivement indécent de la part de Aoun de récupérer l'assassinat de Gebran Tueini dans son discours d'hier, pour accuser le gouvernement d'incompétence. Un Gebran Tueini qui l'avait soutenu inconditionnellement en 1989, qui avait été profondément blessé par son revirement de 2005 et qui n'aurait pas apprécié d'être ainsi manipulé. Que je sache, il y a bel et bien un camp dans lequel les gens sont tués, et un autre où l'on donne des leçons. Ce camp compte des gens comme Frangié qui a tout de même déclaré un jour: "Je peux me passer de mes enfants mais pas de la Syrie." Et ce n'est pas parce que Aoun a "pardonné" comme il dit, que cela les blanchit. 

Pour le "Skoto" de l'aéroport, certains ont trouvé cela drôle. Cela l'est peut-être en effet. Mais pour sa première parole publique sur le sol libanais après un exil de 15 ans, je trouve cela pathétique.

Une dernière chose: je me demande quand même comment Aoun, en tant que héraut de la lutte pour la souveraineté libanaise, vit le fait que "l'envoyé spécial du secrétaire général de la Ligue arabe ait été informé à Damas que le chef du Hezbollah accepte les propositions que la Ligue arabe lui a soumises."

Michel Aoun ou les incohérences d'un "saint"

Là, je vais pas me faire de copains, mais au moins, j'augmenterai le trafic de ce blog! 

Personnellement, je ne suis ni pro-Aoun, ni pro-FL. Ni pro-Hezb, ni pro-Hariri. Je fais plutôt partie de la minorité silencieuse. Manif après manif, je regarde autour de moi, j'interroge les gens. Comme hier, où la place des Martyrs était orange tant les aounistes se sont appropriés les lieux. Dans mon rôle, quand je pose des questions aux gens, je suis là pour les faire parler, pas pour débattre. Mais cela fait pas mal de temps que j'en ai marre de les écouter me servir inlassablement les mêmes discours...

medium_DSCN4074.2.JPGSi, pour moi, la sincérité du Hezbollah n'est pas vraiment à mettre en doute, l'intégrité des orangistes pose question (ouhlala, ça, ça va pas plaire!!!). Le Hezbollah, lui, n'a finalement rien à gagner dans son bras de fer avec le gouvernement. Il représente déjà la communauté la plus nombreuse du pays, et il a deux alliés bien placés: le président de la République et celui du Parlement. Ces deux personnages, comme on le voit actuellement avec la question du Tribunal international, ont le pouvoir de ne pas signer les lois pour le premier, et de ne pas convoquer les députés pour ratifier un texte pour le second. Bref, tout va plutôt bien pour le Hezb, et il ne dépend de personne. Il réclame le tiers de blocage au gouvernement, alors qu'il a déjà  toutes les cartes en main pour bloquer toute décision gouvernementale. C'est juste l'habillage qui change...

Le généralissime orangiste, en revanche, est en pleine dépendance, et il le sait. L'objectif de l'Amer Michel (comme l'a surnommé un billettiste de L'Orient-Le Jour) est simple, unique: devenir président. Comme le disait récemment un homme politique à Nat, "on ne va tout de même pas remplacer un débile par un obsédé." Dans sa quête du pouvoir, Aoun a donc choisi son camp (où il n'a pas de vraie concurrence pour la présidence), et a choisi ses alliés. Aujourd'hui, il campe sur un discours genre "tous pourris" en parlant des membres de l'actuelle majorité parlementaire. Ce en quoi il n'a pas tout à fait tort, plusieurs des piliers du 14 Mars étant d'anciens bénéficiaires de la tutelle syrienne. Mais jouer les vierges effarouchées alors qu'il pose aujourd'hui aux côtés de Berri (mister corruption himself), Murr Senior (l'ex-VRP de la Syrie), Frangié... ça, franchement, faut arrêter de se foutre de la gueule du monde. Et ça ne semble gêner personne! Et puis il fustige la majorité parlementaire, alors que celle-ci est née de la loi électorale voulue par ses "amis" d'aujourd'hui et écrite par les squatteurs de Damas.

Bref, devant tant d'incohérences de la part du boss, je reste systématiquement bouche bée face à l'aveuglement des partisans du jus d'orange en chef. Ils le prennent pour un saint d'une intégrité totale. Moi, je me demande ce qui s'est passé avant son retour triomphal au Liban en mai 2005. Quand il sortait de son placard doré en France, c'était pour aller à Washington faire la bise aux faucons, pour lever des fonds en Australie... Qu'est-ce qui l'a retourné?

Juste pour l'anecdote, je me souviens du jour de son retour à Beyrouth, le 7 mai. Cela faisait 15 ans que tout le monde attendait ça. Un vrai événement, et donc une vraie effervescence. A l'aéroport, il décide de tenir sa première conférence de presse. Dans la grande salle, les journalistes font du bruit, les photographes veulent avoir la meilleure place. Le brouhaha énerve Aoun, il tape du poing sur la table et crie sur un ton péremptoire à l'attention des fauteurs de bruit: "Skoto!", ce qui est très facilemement traduisible par "Taisez-vous!". Gloups, le ton était donné. Quand on chasse le naturel... Ils sont trop rares les exemples où un militaire a réussi en politique.

Aujourd'hui, saint Michel réclame le départ de Siniora, qu'il accuse de "s'accrocher au pouvoir". C'est assez drôle venant de lui quand on se rappelle sa triste déconfiture sur l'échiquier libanais à la fin des années 80. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes chrétiens le suivent dans son délire. Il y a 16 ans, d'autres croyaient en lui (jusqu'à se faire botter le cul par les CRS quand ils occupaient l'ambassade du Liban à Paris...), mais beaucoup d'aounistes de la première heure en sont revenus... Ce serait pas mal de leur donner la parole, à ceux-là. Ce serait riche d'enseignements.

samedi, 02 décembre 2006

Une nuit à Beyrouth

medium_09.jpgmedium_12.jpgChose promise, chose due. Après avoir mobilisé plus du tiers de la population libanaise cet après-midi, les partis pro-syriens ont entamé leur guerre d’usure en vue de faire chuter le gouvernement pro-occidental de Fouad Siniora. Tant que cet objectif ne sera pas atteint, la manifestation se prolongera sous forme de siège.

Ce soir, le centre-ville de Beyrouth, habituellement vitrine clinquante du renouveau libanais, s’est transformé en squat géant. En début de soirée, les organisateurs du Hezbollah ont installé, sur les deux places principales, des dizaines de tentes blanches, de grandes citernes d’eau et des groupes électrogènes. Plus tard, des camions continuaient d’arriver, distribuant des couvertures et des matelas de mousse. Rien n’a été laissé au hasard.

medium_DSCN3904.jpgDu gros million de manifestants de la journée, seuls les hommes, jeunes pour la plupart, s’apprêtent à rester toute la nuit. Certains sillonnent les rues du quartier jonchées de papiers, de cadavres de canettes, de bouteilles d’eau et de sacs plastiques. A trois sur des scooters fatigués, ils crient, s’interpellent, chevauchant leurs montures comme dans un farwest moderne. Si les bâtiments n’ont pas été vandalisés, les manifestants ne s’embarrassent cependant pas de civisme quant aux biens publics: les parterres de fleurs servent de matelas, le bitume des parkings est perforé à coup de barre à mine pour planter les piquets de tente…

medium_DSCN3905.jpgAu pied de la colline où se dresse le Grand sérail (le siège du gouvernement), les opposants diffusent des chants partisans enregistrés pour l’occasion, poussant la sono à fond au nez des militaires fatigués. Sur les immenses parkings, des groupes se forment. Certains jouent aux cartes sur les poubelles fermées pour cause de sécurité, ou fument le narguilé, laissant s’échapper des nuages parfumés dans la fraîcheur de la nuit; d’autres se réchauffent autour de feux de joie ou dorment déjà à même les trottoirs. Les partisans de Hassan Nasrallah, largement majoritaire à l’approche de minuit, ont pris possession des lieux. Mais ceux du général Aoun, qui donnaient de la voix dans l’après-midi, sont cette fois plus discrets. Leur campement, constitué d’une vingtaine de tentes, se trouve à l’écart, près du ring et le plus près d'Achrafieh possible. Ici, pas de citernes, pas d’électricité. Pour la musique, les aounistes se satisfont d’autoradios qui saturent. En dépit de leur objectif commun, les deux principaux courants feront chambre à part… Logique pour un mariage contre-nature.

vendredi, 22 septembre 2006

Victoire divine

medium_Hezbollah.jpgÇa aurait pu être une kermesse, tant la foule était joyeuse et bigarrée, se pressant pour assister au "festival de la victoire" organisé vendredi par le Hezbollah au cœur de la banlieue sud dévastée. Mais c’est en fait à une démonstration de force populaire et politique sans précédent que le Liban a assisté. Une véritable déferlante de partisans acharnés, de simples sympathisants et de curieux, a répondu à l’appel de Hassan Nasrallah, chacun arborant ses couleurs politiques: l’orange du général Aoun, les verts de l’autre parti chiite Amal et du courant prosyrien chrétien des Marada. Mais ce vendredi, la place blanche fut surtout jaune: drapeaux accrochés à des cannes à pêches ou tenus à bout de bras, casquettes, T-shirts, ballons, tous à la gloire du Hezbollah... «Le plus grand rassemblement de l’Histoire du Liban», selon les organisateurs, faisant implicitement référence à la manifestation antisyrienne du 14 mars 2005 (ayant réuni plus d’un million de personnes). Ils furent peut-être 500000 à braver les embouteillages dantesques pour s’entasser sur le terrain vague déblayé, asphalté et sécurisé par le parti de Dieu. Certains sont même venus de l’étranger, comme Salim qui explique: «J’ai vu d’Allemagne ce que le pays a vécu; j’ai pris mon billet d’avion dès que j’ai entendu l’annonce de Nasrallah.» Un autre débarque d’Arabie Saoudite pour «célébrer cette victoire divine qui fait honneur à tous les Arabes» et qui, pour tous, revient d’abord à Nasrallah le bien nommé: Nasr signifie victoire en arabe et Allah Dieu. Tous sont venus l’applaudir sans savoir, jusqu’au dernier instant, s’il serait présent, en chair et en os. Mais à 16h30, comme prévu, le secrétaire général du Hezbollah, solidement encadré de deux gardes du corps, traverse la foule, la saluant au passage, un sourire radieux sur les lèvres, tandis qu’un flot de ballons est lâché dans les airs. «Ma présence vous met en danger, mais je n’avais pas le cœur de ne pas être avec vous», explique-t-il à la foule qui boit ses paroles. Dans son discours fleuve, il fait de l’humour, ironise, apostrophe, félicite. «Vous êtes les résistants! Personne ne peut vous retirer cette victoire politique, stratégique et voulue par Dieu!». La foule, tendue, est parcourue d’un frémissement à chaque mot bien pesé. Car Nasrallah n’épargne personne. Les Etats-Unis «responsables de cette guerre qu’ils ont voulue, préparée et armée. Les trois derniers jours ont été les pires alors que la 1701 avait été signée et l’on veut nous vendre que les Etats-Unis ont voulu arrêter la guerre? Si les Américains étaient arrivés à leurs fins, le Liban se serait transformé en Irak.» Les pays arabes ensuite «qui restent impuissants devant les enfants tués au Liban et en Palestine occupée, alors qu’ils disposent de l’arme pétrolière». Nasrallah va loin, assurant que si les peuples arabes s’alliaient, ils pourraient libérer la Palestine «de la mer jusqu’au Fleuve (Jourdain)». Il égratigne aussi le Premier ministre Siniora («ce n’est pas avec des larmes que l’on bâti un Etat fort») et le chef druze Walid Joumblatt, fer de lance des «pro-désarmement» («Je suis un homme du peuple! Ni moi, ni mon père, ni mon grand-père n’avons été ‘Bek’» en référence au titre tribal de Joumblatt). A la Finul, il répète que, du moment qu’elle ne tente pas de le désarmer, elle est la bienvenue «même si aucun des pays membres n’a dit envoyer ses hommes pour défendre le Liban (...) Nous faisons tout pour ne pas violer la résolution 1701 car le monde entier n’attend que cela, alors qu’Israël détourne notre eau et grignote nos territoires, ce qu’il ne pouvait pas faire quand nous étions au Sud. Mais soyons clairs: si le gouvernement laisse faire, le peuple réagira!» Car, conscient de son nouveau poids politique, Nasrallah renouvelle ses exigences: un gouvernement d’union nationale «car l’actuel est incapable de garantir l’unité et la sécurité du pays» et un retrait israélien total, y compris des controversées fermes de Chebaa, assurant qu’il disposait toujours de 20000 roquettes et que le Hezbollah «n’avait jamais été aussi puissant». Nasrallah affirme cependant que ses armes ne sont pas éternelles, n’étant que la conséquence d’un état de fait: «Les violations de la souveraineté libanaise par Israël et l’absence de volonté politique réelle de régler le problème. Réglez les causes et les conséquences disparaîtront d’elles-mêmes, simplement!», conclut-il avec un sourire entendu, martelant enfin un «Personne ne me fera taire» salué par les vivats d’un auditoire entièrement acquis à sa cause.

Ceux qui espéraient un virage "historique" de la ligne politique du Hezbollah sont sous le choc. Et en attendant, le reste du pays se demande si un coup d'Etat se prépare... Quelle journée. Il paraît qu'elle devrait devenir fête nationale, et même arabe. Franchement, moi, je ne sais qu'en penser...

mercredi, 16 août 2006

De l'huile sur le feu

Comme on pouvait s’y attendre, le président syrien s’est livré à une attaque en règle contre le gouvernement libanais dans son discours de mardi. Alliant démagogie et ironie, Bachar el-Assad s’est adressé aux masses populaires pour mieux toucher ses ennemis politiques au Liban. medium_assad.jpgEn affirmant que «sauver Israël et le gouvernement israélien actuel figure parmi les tâches des forces du 17 Mai», Assad fait d’une pierre deux coups. Il instrumentalise le fossé apparu entre Libanais dans les mois précédant le retrait syrien de 2005 (et qui se creuse actuellement avec la question du désarmement), et titille les mémoires en qualifiant le mouvement souverainiste – dit forces du 14 mars – de forces du 17 mai, du nom de l’accord libano-israélien de 1983 (abrogé l’année suivante). Il accuse ainsi le gouvernement Siniora de collaboration avec l’«ennemi» israélien, au moment où le cabinet est pris entre le marteau et l’enclume: ses engagements internationaux et le mécontentement des foules, pour lesquelles les armes du Hezbollah ont pris une dimension patriotique. De nombreux Libanais ont été choqués par les demandes de désarmement formulées par certains ministres dès dimanche, alors que les bombes pleuvaient encore sur le pays et que l’armée israélienne est encore présente au Sud. «Ces forces ont commencé à parler d’un désarmement du Hezbollah alors que le sang (des victimes) est encore frais», a assené Bachar el-Assad, visant là où cela fait mal. L’objectif est clair: la chute du gouvernement, suivie soit de nouvelles élections législatives avec à la clé, un prévisible raz-de-marée du Hezbollah, soit d’un vide institutionnel pouvant mener à la guerre civile. De la sorte, le président syrien poursuit la stratégie paternelle dont l’efficacité a été maintes fois prouvée au Levant: diviser pour mieux régner.

mercredi, 09 août 2006

Précision

Je vois que l'on discute beaucoup sur la légitimité du Hezbollah et de ses actions, ses origines, ses motivations.

Aussi aimerais-je vous donner une information essentielle, et objective quoi qu'en diront certains: au début des années 80, toute une partie du Sud Liban était rebaptisée "Fatahland" car elle avait été sacrifiée à la cause palestinienne, par le gouvernement libanais, le monde arabe, la Syrie, les organisations palestiniennes, etc... Quid des populations chiites qui vivaient sur place , dans un quotidien fait de batailles qui n'étaient pas les leurs, d'invasions et de douleur? Depuis 1969, date des accords du Caire, les Palestiniens avaient le droit de mener leur lutte à partir du sol libanais... Et tant pis pour les habitants de la région. Aussi, lorsque - suite à la révolution islamique en Iran - l'ayatollah Khomeyni s'est proposé d'envoyer plusieurs milliers de Pasdarans (Gardiens de la Révolution) au Liban pour y lancer une révolution islamique, tout le monde a dit oui!

La Syrie a ouvert ses frontières et assuré leur passage jusqu'au Liban, car elle savait que ces Pasdarans armeraient les chiites, évidemment, et que ces chiites s'en prendraient aux Palestiniens qui avaient réduit leur région en Fatahland. La Syrie, à cette époque, avait d'abord soutenu les Palestiniens, mais n'avait pas du tout apprécié que Arafat prenne ses distances plus tard et ne soit pas au garde à vous. Par La suite, la Syrie a retourné sa veste à plusieurs reprises, selon ses intérêts. Mais je ne vais pas me lancer sur la Syrie, on n'en finirait plus...

Israël a aussi tout fait pour faciliter le passage de ces Pasdarans dans les zones surveillées voire occupées par son armée, tout au Sud du Fatahland, se mettant même d'accord - discrètement - avec la Syrie, pour assurer leur sécurité. Cela l'arrangeait aussi, puisque le futur Hezbollah combattrait les Palestiniens. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Mais le Hezbollah devait fatalement se retrourner contre Israël. De nombreux apprenti-sorciers occidentaux se sont retrouvés dans la même situation: en Aghanistan, en Irak, etc...

Effectivement, le Hezbollah s'est formé dans l'idée d'instaurer une république islamique au Liban, avec toutes les déviances que cela a entrainé. Puis, à la fin des années 80 et surtout après 1992 et l'accession de Hassan Nasrallah à sa direction, il a changé de ligne: constitution en parti politique (avec une branche armée, toujours, financée par la Syrie et l'Iran), mise en place d'infrastructures sociales. Depuis, il évolue en permanence en fonction des réalités libanaises, ayant compris que le Liban n'est pas l'Iran. Même les chiites modérés qui le craignaient autrefois, l'affirment aujourd'hui: le Hezbollah prépare déjà son désarmement et l'intégration de ses combattants dans la société civile (il est déjà entré en contact avec des entreprises libanaises afin de leur trouver des formations professionnelles pouvant déboucher sur des emplois réels). A condition que ce pourquoi il combat soit obtenu: la libération des prisonniers libanais (en particulier Sam Kantar, qui est druze, même pas chiite) et la mise de Chebaa sous tutelle internationale. Est-ce tellement demander pour que survive le Liban et que la sécurité de tous soit assurée?

 

lundi, 07 août 2006

Tristes drones

Il n'y a pas si longtemps, David plaisantait à propos des drones israéliens. L'un d'entre eux se faisait entendre, justement, ce soir alors qu'il écrivait. L'explosion, ou plutôt les explosions n'ont pas tardé à se produire. C'est le quartier de Chiyah qui a été bombardé. Chiyah, densément peuplé. Chiyah, près du Beirut Mall, centre commercial qui venait d'être achevé. Chiyah, où la population plutôt démunie, et aussi chrétienne que musulmane, avait accueilli, comme d'autres quartiers, des réfugiés par centaines... Selon un commentateur télé occidental, c'est pour cela sans doute que Tsahal aurait bombardé ce coin encore intact de la ville. C'est une bonne raison, apparemment... Ces réfugiés étaient supposés s'évaporer, ou rester chez eux comme les 20 000 personnes encore coincées à Tyr, en dépit des avertissements israéliens. Pour y subir l'enfer. Car, n'en doutez pas, c'est bel et bien d'enfer qu'il s'agit. Certains appelleront cela légitime défense, d'autres diront que le Hezbollah est responsable. Moi, je vois des civils, des enfants, des familles qui n'ont rien demandé à personne et qu'une armée parmi les plus puissantes du monde bombarde sans crier gare. A Chiyah, les gens s'apprêtaient à rentrer chez eux. Certains faisaient sans doute quelques achats pour le dîner, se croyant à l'abri, n'ayant rien à se reprocher. Comme partout au Liban, il y avait sans doute des enfants jouant dans les cours d'immeuble, et des vieux faisant une partie de tric-trac sur leur balcon...  Quel que soit le nombre de victimes, de blessés, de morts, ces gens ont été touché par quelque chose que tous ceux qui ont connu la guerre ne connaissent que trop: la peur et l'incompréhension.  Que faudra-t-il pour que le monde comprenne que cette injustice doit cesser, car cette violence non seulement détruit, mais elle nourrit la haine? Si seulement vous saviez comme nous sommes fatigués, tous ici, comme nous voudrions juste vivre en paix... Allez, tous mes détracteurs, allez-y gaiement. Je crois m'être résignée: pour comprendre l'horreur de ce qui se passe, il faut apparemment la vivre.

samedi, 05 août 2006

Allo Beyrouth, ici Tel-Aviv!

Il n’y a pas que sur le front militaire qu’Israël livre combat contre le Hezbollah. Guerre psychologique, guerre des nerfs et guerre de communication constituent autant d’outils pour tenter d’affaiblir le parti de Dieu et de démobiliser les populations.
La télévision du Hezbollah, al-Manar, a d’abord été piratée par les forces israéliennes. Sur l’image figée de Hassan Nasrallah se sont imprimés des messages en arabe déclarant que «cet homme est un menteur et un terroriste. Ne croyez pas ce qu’il vous dit.» L’opération fut tenue deux minutes. Depuis, Israël a opté pour des moyens plus modernes encore, appelant d’abord les portables, puis les lignes domestiques. Ainsi, mercredi dans la journée, Sabine reçut un appel sur son cellulaire plutôt inattendu: «Nous ne faisons que nous défendre et défendre nos concitoyens. Le Hezbollah est une organisation terroriste. Nous irons jusqu’au bout…» La jeune Libanaise a été particulièrement surprise de la manière employée: «Il s’agissait d’un message enregistré, explique-t-elle. Mais le plus étonnant n’est pas que la personne s’exprimait dans un arabe parfait, mais qu’il s’exprimait comme l’aurait fait un Libanais.» Depuis, les appels de ce type se généralisent, et ce sont de plus en plus sur leurs lignes fixes que les Libanais les reçoivent. Le ton change, lui aussi. Marie-Joe par exemple, a reçu vendredi matin, pour la deuxième fois en une semaine, un appel en provenance d’Israël, déclarant: «Vous êtes les otages du Hezbollah. Vous êtes pris au piège comme des rats dans une souricière.» Ces initiatives n’ont cependant pas l’effet voulu. Dans l’ensemble, les Libanais ne les trouvent absolument pas convaincants, et sont en revanche plutôt amusés. «Avec tout ce qui se passe, de quoi espèrent-ils nous convaincre de la sorte? Ils obtiennent plutôt l’effet inverse.» souligne Marie-Joe en souriant. «Mais je suis flattée d’être l’objet de tellement d’attentions de la part des Israéliens…» Peut-être s’agit-il d’une entreprise de démolition par l’usure, une forme de harcèlement. Mais pour l’instant, ces appels intempestifs sont plutôt objets de plaisanterie. Pour un peu,ceux qui ne reçoivent pas d'appels se sentiraient ignorés.

vendredi, 04 août 2006

Irréductibles Libanais

Nous sommes en 2006 après Jésus-Christ. Tout le Moyen-Orient est occupé par les Américains. Tout? Non! Un pays peuplé d'irréductibles Libanais et leur chef Nasrallahcourcix résistent encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile pour les colonies israéliennes de Haifum, Yafum et Kiriat Chmonum...

 
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