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jeudi, 02 août 2007

Metn : Elections partielles et bordel total

medium_michelmurr.jpgmedium_Murr.jpgmedium_eliasmurr.jpgmedium_moukheiber.jpg
De gauche à droite: Michel Murr, Gabriel Murr (alias Mister Magoo), Elias Murr et Ghassan Moukheiber.


Mais qui est donc Camille Khoury, le candidat aouniste s’opposant à Amine Gemayel pour l’élection partielle du Metn qui aura donc bien lieu dimanche prochain? On ne le voit pas, on ne l’entend pas, on ne le sent pas… Il me rappelle curieusement Myrna el-Murr, qui fut elle aussi une candidate d’une discrétion exemplaire à une autre élection partielle, c’était en 2002.

Dans les deux cas, un personnage revient sur le devant de la scène: Michel el-Murr, l’inénarrable. Ha, Michel el-Murr… Tout un poème, ce monsieur. Mouillé jusqu’à l’os dans des affaires plus abracadabrantes les unes que les autres (ce n’est pas le sujet ici mais repenser à sa magouille des plaques d’immatriculation – entre autres – me fait toujours marrer), le seigneur de Bteghrine ne manque pas d’un certain culot; alors qu’il était ministre de l’Intérieur en 2001, il n’avait pas hésité à faire tabasser les étudiants aounistes qui manifestaient devant feu la MTV (M comme Murr TV, rien à voir avec la chaîne musicale). Les images étaient arrivées jusqu’en France. Mais aujourd’hui, il peut affirmer avec candeur qu’il «soutient le général Aoun depuis plus de 16 ans», personne ne bronche. Il faut dire que depuis, il a confessé ses fautes et que le généralissime «lui a pardonné». C’est beau, la grandeur d’âme…

Bref, pour en revenir aux élections partielles qui font tant de bruit actuellement, Michel el-Murr joue donc les médiateurs pour essayer de réconcilier les deux blocs inconciliables, avec une diligence touchante. Il faut dire que le père Michel est un spécialiste des élections partielles. Et l’affaire mérite d’être racontée, ne serait-ce que pour l’indescriptible imbroglio familial. Accrochez-vous, il faut suivre…

Situons d’abord le contexte en retraçant les liens familiaux entre protagonistes, parce que le plus «rigolo» dans cette histoire réside là-dedans. Nous sommes en 2002, c’était donc avant que Aoun ne revienne en odeur de sainteté, je vous le rappelle. Michel el-Murr, ex-ministre de l’Intérieur, a deux enfants: Myrna et Elias, son successeur au ministère (puis actuel ministre de la Défense) et accessoirement gendre du «président de la République», le général Lahoud. Michel a aussi un frère, Gabriel, PDG de la très gênante chaîne de télévision MTV qui est la seule, à l’époque, à oser diffuser des interventions de Michel Aoun. Comme frères ennemis, on ne peut guère faire mieux.

Cette année-là, le plus vieux député de l’Assemblée, Albert Moukheiber, passe l’arme à gauche, laissant vacant son siège au Parlement. Une élection législative partielle doit être organisée pour lui trouver un remplaçant. Trois prétendants ont sollicité les suffrages des électeurs: Ghassan Moukheiber, l’héritier moral de son oncle Albert mais qui se fout un peu de la politique; Gabriel Murr, candidat de l’opposition (la majorité actuelle); Myrna Murr, candidate parachutée par le pouvoir mais qui n’a pas spécialement envie d’être là. Son silence radio au cours de la campagne fait ricaner pas mal de monde. Ce n’est pas grave, papa était là pour parler à sa place, un peu comme Aoun aujourd’hui pour Camille Khoury.

A la sortie des urnes, Gabriel l’emporte face à Myrna, Ghassan Moukheiber étant renvoyé à ses chères études avec 2,36% des suffrages exprimés. Mais voilà, dans toute bonne dictature qui se respecte (à l’époque, les Syriens sont encore là et serrent la vis), laisser le candidat de l’opposition l’emporter fait mauvais genre. Les quelques jours suivant l’élection sont suffisamment hallucinants pour qu’on s’en souvienne encore aujourd’hui: il y a réclamation, recomptage des bulletins à la main dans un petit village de la montagne… Bref. Gabriel est toujours gagnant.

En désespoir de cause, Myrna pose, sur l’impulsion de papa, un recours en invalidation face à son oncle. Elias le ministre (qui n’avait pas encore failli laisser sa peau dans un attentat, ce qui a quelque peu changé sa perspective sur le pouvoir depuis) constate de soi disantes irrégularités dans la campagne électorale, accusant son oncle de s’être servi de sa chaîne de télévision pour faire sa propre promotion. Comme si d’autres avant lui s’étaient gênés pour le faire… Toujours est-il que hop! L’affaire est dans le sac. Ghassan Moukheiber est déclaré gagnant par défaut (avec 2,36% des voix, tout de même!) car Myrna – qui en a plein les bottes et puis parce que l’essentiel, c’est de faire chuter Gabriel en sauvant un petit peu les apparences – se retire. Gabriel est non seulement déchu mais pour le punir de sa fronde, Elias envoie ses fantassins à l’assaut de la forteresse MTV. Pour la fermer.

Vers 15 heures environ, les forces de sécurité intérieure arrivent en nombre dans le quartier de Fassouh, dans le bas d’Achrafieh. Là se dresse l’immeuble que tout le monde en ville connaît, à commencer par les taxis service: l’immeuble de RML, Radio Mont-Liban. Dans ce grand building, de nombreuses sociétés travaillent en ce mercredi après-midi. Parmi elles, il y a bien sûr RML, mais aussi sa sœur Nostalgie (pour laquelle je bossais déjà à l’époque) et évidemment la MTV.

Les FSI sont venus matraquer un petit peu. Cela devait les démanger, ils n’avaient rien eu à faire depuis les rafles du 7 août 2001 contre les aounistes. Ils investissent les lieux, foutant dehors tout le monde manu militari. Les techniciens en train de boire leur café, les présentateurs à leur micro… Tout le monde y passe, sans même qu’on leur laisse le temps de prendre leurs affaires personnelles. Les bureaux sont mis sous scellés. L’affaire est rondement menée. Dans la rue, des dizaines de flics évacuent tout ce beau petit monde qui n’en croit pas ses yeux, avec interdiction d’approcher l’immeuble vidé. Une belle leçon de dictature.

Voilà. Aujourd’hui, la MTV est toujours fermée, mais le général orange a sa propre chaîne de télé, donc tout va bien. Gabriel el-Murr a été récompensé de son soutien en se retrouvant tout seul et perdant aux législatives de 2005, mais le général orange est élu député, donc tout va bien. Michel el-Murr se refait une virginité en jouant les bons offices et affiche un soutien sans faille pour le général orange (tout comme Ghassan Moukheiber soit dit en passant), donc tout va bien. De nouvelles élections partielles vont avoir lieu à grand renfort d’insultes et d’arguments passéistes, précédées d’une campagne dont la virulence – pour ne pas dire la violence – démontre combien les chrétiens sont divisés. Et là, tout ne va pas bien.

Rendez-vous dimanche pour une journée et surtout une soirée qui, à mon humble avis, risquent d’être agitées quel que soit le résultat. Mais peut-être verrons-nous quelque chose de positif en ce 5 août: nous aurons peut-être une petite chance de mettre un visage et une voix sur le nom de Camille Khoury. Ce sera déjà ça.

samedi, 23 juin 2007

Vivre avec Israël à ses portes est-il possible ?

medium_jaffa1.jpgmedium_jaffa2.jpgJe note depuis quelque temps, dans les commentaires de ce blog et dans ceux des autres, la volonté de certains internautes libanais de se tourner vers Israël plutôt que vers son environnement arabe. Dans l’Histoire récente, il y a eu quelques tentatives, principalement côté chrétien, comme avec Béchir Gemayel fin 70–début 80.

Mais aujourd’hui, Israël est perçu comme le diable dans la région. Les raisons sont nombreuses, et plus que compréhensibles. Les guerres (1948, 1967, 1973, 1982…), les occupations diverses et violentes (Gaza, Cisjordanie, Sud-Liban) sont autant de facteurs qui interdisent à la rue arabe de voir Israël pour ce qu’il est, et pour ce que cette terre a été avant 1948.

Je lis aussi ça et là des articles sur «le malheur arabe» depuis 1948 et la création de l’Etat d’Israël. Si cette notion de «malheur arabe» est un peu simpliste et réductrice, la date de 1948 est indéniablement à marquer d’une pierre blanche. Elle est synonyme de déportation et d’expropriation pour les Palestiniens, et de déstabilisation en chaîne pour les pays voisins.

Alors, vivre avec Israël est-il possible? Je me souviens d’une discussion que j’ai eue il y a quelques années avec le grand-père de Nathalie. Le genre patriarche, self made man et bourgeois. Il avait commencé son périple d’homme d’affaires en introduisant la télévision au Moyen-Orient. Un grand bonhomme quoi. Il me racontait donc que dans les années 40, il prenait sa grosse américaine et faisait la route Beyrouth-Jaffa pour faire des affaires (ci-dessus en photos, Jaffa dans les années 40). Il n’était pas le seul à faire ça, loin de là, et traitait avec juifs, musulmans et chrétiens en très bonne intelligence. Le commerce entre le jeune Liban et la Palestine était florissant, la voie de chemin de fer qui file le long de la côte levantine en est une preuve aujourd’hui en ruines. A cette époque, soit moins de 10 ans avant la Nakba («catastrophe» en arabe), les Palestiniens qui venaient à Beyrouth n’étaient pas des réfugiés mais des touristes lamba. Le patriarche me disait qu’il ne reverrait jamais plus Jérusalem et Jaffa. Il est mort il y a 4 ans.

Aujourd’hui, parler d’Israël est presque synonyme de traîtrise. Ce pays a fait beaucoup de tort au Liban ces 30 dernières années. Les générations actuelles – ici ou dans les Territoires – ne connaissent que ça, et c’est bien normal. Mais je me demande si les générations suivantes apprendront quelque chose de l’Histoire (avec un grand H) et si, un jour, mes petits-enfants pourront prendre le train à Lattaquieh jusqu’à Tel-Aviv, en faisant une halte à Beyrouth pour fumer un narguileh chez leur geddo.

vendredi, 22 juin 2007

Il y a 4000 ans, dans l'océan Indien...

medium_mauriceflag.jpgmedium_mauricemap.JPGmedium_mauriceplage.jpgChaque jour, je m'étonne de la provenance géographique de certains visiteurs de ce blog. En particulier ceux de l'Ile Maurice. Alors j'ai fait quelques rapides recherches pour comprendre cet intérêt pour l'actualité libanaise. Et bien c'est tout simple: en 2000 avant JC, ce sont les Phéniciens qui ont colonisé en premier cette île de l'océan Indien. Plus tard, vers le Ve siècle, les marins arabes visitèrent fréquemment l'île au large de Madagascar, et lui donnèrent comme nom "Dina Arobi". Ensuite, il y a eu les Portugais, les Hollandais... Mais les premiers, c'étaient les "ancêtres" des Libanais. Waaaaahhhh, la grande classe...

vendredi, 01 juin 2007

Liban / Syrie: un peu d'histoire

medium_assadACTARUS.jpgCela fait bien longtemps que je n'ai rien écrit moi-même sur ce blog, mais la polémique qu'a engendré notre post sur Bachar el-Assad et le monceau d'imprécisions, de contrevérités et parfois d'âneries pures et simples que nous avons pu recevoir, me pousse aujourd'hui à faire encore une fois – c'est rébarbatif, je sais - un petit retour historique sur les relations libano-syriennes.
Après tout, je l'avais bien fait il y a quelques mois pour expliquer notre perception de la guerre Hezbollah/Israël cet été. Y a pas de raison...

Première chose: la nature du régime syrien. Hafaz el-Assad (qualifié de Bismarck du Moyen-Orient pour son génie, voire son machiavélisme politique) prend le pouvoir par un putsch en novembre 1970 et fonde un régime laïque socialiste, proche dans l'esprit de celui de Saddam Hussein  (qui deviendra son principal rival dans la région). Il est en même temps le secrétaire général du parti Baas, «le parti dirigeant de la société et de l'Etat» selon sa charte. Il cumule tous les pouvoirs: exécutif, législatif, militaire, administratif et judiciaire (voyez le texte de la constitution syrienne).

Toutefois, sous couvert de laïcité, le pouvoir reste aux mains d’une seule et unique communauté, alaouite, celle de la famille Assad. Il s’agit d’une dissidence ésotérique du chiisme (ce qui explique sans doute le raccourci malheureux qu’emprunte parfois la presse occidentale), minoritaire en Syrie (10% de la population majoritairement sunnite). Un état de fait difficile à maintenir et qui menace perpétuellement le pouvoir syrien. Car Bachar est aussi alaouite, évidemment, il ne s’est pas converti au sunnisme. L’étiquette globale «musulmane» lui permet d’éviter d’entrer dans des détails qui pourraient lui valoir l’inimité d’une ou l’autre confession. Il existe d’ailleurs un principe religieux chez les Alaouites (et dans toutes les dissidences chiites en général), la «takia», qui autorise les fidèles à se proclamer ouvertement de la religion environnante dominante.

Assad, soi-disant protecteur des Palestiniens. En 1976, voici ce qu'Assad père déclare au chef de l'OLP, Yasser Arafat: «Il n'y a pas de peuple palestinien, il n'y a pas d'entité palestinienne, il y a la Syrie (...) C'est nous, responsables syriens, qui sommes les réels représentants du peuple palestinien.» Selon Kissinger lui-même, qui vouait une grande admiration à Hafez et lui a consacré des heures de discussion, «Assad ne portait pas l’OLP dans son coeur car un Etat palestinien autonome allait à l’encontre de la Grande Syrie, objectif de sa stratégie à long terme».

medium_nixasskis.jpgL’occupation du Liban. Il faut d’abord savoir que des troupes syriennes étaient déjà présentes au Liban bien avant l’entrée officielle de la Syrie en novembre 1976. En effet, la Syrie avait noyauté (c’est une de ses grandes tactiques) la formation palestinienne Saïka (qui comptait 8000 membres) et créé de toutes pièces l’ALP (Armée de Libération de la Palestine, 12000 hommes) en 1973. «En tant que Syrien, nous avons le choix d’effectuer notre service militaire soit dans les rangs de l’armée syrienne, soit dans la Saïka», explique un conscrit syrien au général Aoun (lui-même!) qui l’avait rencontré au Sud-Liban en 1970! Elie Abou Nader, Ziad et Karam Morkos font partie de ces Libanais  enlevés dans les années 80  – par la Saïka en l’occurrence – et transférés en Syrie où ils sont toujours prisonniers (quelque 600 Libanais sont détenus depuis les années 70 en Syrie, sans procès). La Saïka a aussi massacré 500 personnes dans le village de Damour le 21 janvier 1976. «N’oubliez pas ce que nous avons fait pour vous à Damour», rappellera son chef Zouheir Mohsen aux (autres?) organisations palestiniennes.Assad confirme tout cela lui-même dans son discours du 20 juillet 1976: «Nous avons décidé d’intervenir sous l’étiquette de l’ALP, Et l’ALP a commencé à pénétrer au Liban sans qu’absolument personne ne le sache (…). Nous avons fait entrer l’ALP ainsi que d’autres forces (…) il y a trois ans.»! ALP que Kissinger qualifie aussi « de branche de l’armée syrienne. »Bref, une fois au Liban officiellement (sous couvert de la Ligue Arabe, et sans consultation de l’ONU), l’armée syrienne était supposée s’en retirer dans les plus brefs délais. Pas 29 ans plus tard.
Il ne s’agissait d’ailleurs pas formellement de l’armée syrienne mais de la FAD (Force Arabe de Dissuasion) dont le commandement devait revenir au président libanais, ce qui ne fut jamais le cas. Le commandant militaire de l’époque, Ahmad el-Hajj, donna d’ailleurs sa démission, «ne supportant pas d’avoir la responsabilité d’une force qui ne lui obéissait pas.»
Cette force qui, entre autres, bombardera Beyrouth Est pendant tout l’été 1978. Ce sera la première fois qu’une armée arabe pilonnera une capitale arabe, soi-disant sœur.
Et Assad n’hésitera pas en 1977 à dire au président libanais Sarkis: «Si le stationnement de notre armée fait problème à quelques uns, son retrait fera problème pour tous.»

Je vous passe les nombreux détails pour en arriver aux fameux accords de Taëf qui, sous forme d’une nouvelle constitution, donneront des cartes supplémentaires au régime syrien. Le médiateur algérien de l’époque, Lakhdar Ibrahimi, interrogé sur la capacité des Etats arabes à garantir l’application de ces accords, admettra: «Rappelez-vous comment les troupes des pays arabes qui ont participé à la FAD se sont défilées les unes après les autres dès que la Syrie devint un peu menaçante.»Cette même Syrie qui avait un droit de veto sur le moindre amendement que les responsables libanais réunis à Taëf souhaitaient faire appliquer.Cette même Syrie qui choisira les présidents de la République libanaise (le nom était annoncé à la radio syrienne avant même que le vote n’ait eu lieu au Parlement libanais!). «Va, réunis les députés et élisez Elias Hraoui», lancera Hafez el-Assad au président de la Chambre libanaise Husseini en 1989.
Et Bachar ne fera pas mieux, déclarant: «Je suis le seul qui a le droit de choisir le président du Liban. Personne d’autre ne jouit de ce droit qu’il soit syrien ou libanais.»

Vivre avec les Syriens. Les anecdotes, plus ou moins légères, sont trop nombreuses pour qu’on en fasse le tour ici. J’ai moi-même des souvenirs fort peu agréables de ces barrages où un troufion imbu de son petit pouvoir te fait vider ton sac et garde tout ce qui lui semble intéressant (miroir, argent et même chewing-gum). Une de mes amies vivait à Tripoli, en plein fief syrien, mais étudiait à Beyrouth à l’époque. Elle se tapait quotidiennement l’aller-retour et les nombreux barrages qui vont avec. Elle a connu tant de mésaventures qu’aller en Syrie aujourd’hui lui serait insupportable, même si elle y a des amis. Comme cette fois où, avec deux copains, elle avait eu le malheur d’écouter de la musique en voiture. Le soldat s’en était rendu compte et les avait obligés à sortir de la voiture pour danser devant lui…Je ne veux pas faire de généralités. Il y a des gens bien et des cons partout. Mais comprenez bien que la présence de l’armée syrienne au Liban, même si elle en a arrangé quelques uns qui se sont remplis les poches (dont l’équipe Hariri), a été vécue comme une oppression pour la majorité des Libanais. Et dans la presse, nous sommes bien placés pour le savoir.La nature du régime libanais. Oui, la constitution libanaise repose sur des principes confessionnels. Certains ont l’air de penser que cela explique les troubles que connaît le pays depuis 30 ans. Mais il serait peut-être bon de rappeler que ce système est justement l’unique point sur lequel toutes les parties libanaises sont d’accord! Car il est adapté à un paysage religieux libanais qui, à la différence de la Syrie justement ou de la plupart des autres pays, n’est pas constitué d’une masse homogène à ce niveau. Comparer les constitutions libanaises et syriennes n’est donc absolument pas pertinent. Avant de parler d’une constitution laïque, il faudrait d’abord laïciser la société elle-même. Je le souhaiterais, personnellement, mais ce n’est apparemment pas le cas de tout le monde ici. Toujours est-il que les Libanais ont su vivre en bonne intelligence pendant des années. Ce n’est que lorsque les événements régionaux (début de la résistance palestinienne, avènement de Hafez el-Assad, puis révolution iranienne, guerre du Golfe, etc.) se sont accélérés que ce petit pays, de par sa nature fragile et sensible aux soubresauts extérieurs, s’est transformé en terrain de conflits par procuration et en soupape de sécurité.
Ce n’est pas une position enviable et nous nous posons tous les jours cette pénible question: y a-t-il un espoir, même infime, que le Liban puisse un jour s’immuniser contre ce qui se passe autour de lui? Vu sa position géographique et ses composantes sociologiques, c’est malheureusement peu probable…

En conclusion, il y aurait encore beaucoup à dire, tout cela est extrêmement compliqué, vous l’avez compris. Alors, s’il vous plaît, pas de jugements hâtifs et de conclusions à la hache.

PS: Toutes ces informations sont sourcées, pour ceux qui les mettraient en doute.

mardi, 02 janvier 2007

1978-2006: le miroir de l’Histoire

medium_1978sharon.2.jpgmedium_1978guerilla.2.jpgmedium_1978finul.2.jpgCeux que l’Histoire intéresse (et qui ont 3 minutes devant eux pour lire ce qui suit), se «régaleront» devant ce long passage tiré du livre de Jonathan Randall, La guerre de mille ans (éd. Grasset, 1983). Ce extrait relate l’invasion israélienne de 1978. A ce moment-là, le Sud-Liban s’appelle Fatahland: les combattants palestiniens s’y sont installés militairement. Le Hezbollah, lui, n’existe pas encore (le Parti de Dieu sera largement «favorisé» par Israël pour bouter les Palestiniens du Sud-Liban juste un peu plus tard, ironie de l’histoire…). Comme les Américains avec les talibans face aux Soviétiques, les Israéliens ne tarderont pas en effet à créer leur futur cauchemar. Bon, sur ce, voici le texte…

«De temps en temps, le niveau de la violence excédait le seuil toléré jusque-là et le gouvernement américain concentrait toute son attention sur le Liban. Ainsi, en mars 1978, un commando naval palestinien, parti de la côte libanaise, échappa à la détection des radars israéliens par la faute du mauvais temps, débarqua en Israël et massacra 32 personnes. Comme toujours, lorsque les Palestiniens se livraient à de tels actes de terrorisme, il ne s’agissait pas pour les Israéliens de savoir si l’on allait exercer des représailles, mais plutôt quand et dans quelle mesure. Comme toujours aussi, les Etats-Unis furent consultés et n’élevèrent, pour autant qu’on le sache, aucune objection de principe. Trois jours plus tard, le temps s’étant amélioré, les Israéliens passèrent à l’attaque. Ils envahirent le Sud-Liban avec une armée de 30000 hommes soutenus par des blindés, de l’artillerie automotrice et une force aérienne très puissante. Cette opération, prévue depuis longtemps, dont le nom de code était «Pierre de la Sagesse», constitue la plus grande opération militaire israélienne en temps de paix. Elle surprit considérablement les Etats-Unis.
La destruction se fit sur une échelle bien connue au Vietnam. Singeant l’extraordinaire puissance de feu américaine en Indochine, les Israéliens s’efforcèrent de réduire au minimum leurs propres pertes en vies humaines – et y parvinrent. Mais ils ne purent exterminer, comme prévu, les commandos palestiniens qui avaient eu tout le temps voulu pour courir se mettre en sécurité au nord du Liban. Empilant matelas, vêtements et familles dans des taxis et des camionnettes surchargés, plus de 200000 Libanais s’enfuirent également vers le nord, loin des zones dangereuses. Ils devinrent de véritables exilés dans leur propre pays, s’installant en squatters dans les appartements inoccupés de Beyrouth où ils firent encore monter la tension générale. Les Israéliens firent néanmoins de très nombreuses victimes: presque toutes étaient des civils libanais – environ un millier, selon le CICR. Au cours de scènes d’une violence frénétique, durant lesquelles les Israéliens commirent de véritables atrocités, plus de 6000 logis furent détruits ou sévèrement endommagés, une demi-douzaine de villages pratiquement rasés. (…) Pour aggraver encore le cas des Israéliens, «Pierre de la Sagesse» fut un gâchis militaire d’une telle envergure que le gouvernement se sentit tenu de nommer une commission officielle pour enquêter sur les erreurs les plus évidentes. Les attaquants avaient totalement manqué leur effet de surprise. (…) Tactiquement, les envahisseurs commencèrent par s’arrêter à 10 kilomètres au-delà de la frontière libanaise, puis le lendemain, ils marchèrent vers le nord, en direction du Litani, tandis que les Etats-Unis se mettaient à rassembler fiévreusement la FINUL pour faire la police dans le sud du pays. Carter était furieux et bien décidé à mettre fin à cette invasion qui excédait de très loin la limite des représailles tolérées. (…) Au cours de leur invasion, les Israéliens lâchèrent des «cluster bombs units», ces bombes anti-personnel particulièrement meurtrières que les Etats-Unis avaient fréquemment utilisées en Indochine. Elles continuèrent à tuer des civils libanais et palestiniens, en 1982, lorsque d’autres armes du même genre furent employées sur une échelle beaucoup plus vaste.»

Voilà, le scénario de 1978 ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de 2006 (c’en est même franchement hallucinant). On espère de tout cœur que 2007 prouvera que les hommes apprennent parfois de leurs erreurs passées, en Israël comme ailleurs.

lundi, 18 décembre 2006

Grand jeu concours

Le passage suivant est extrait d’un ouvrage qui a fait pas mal de bruit l’année dernière. A votre avis, à quelle époque se situent les événements décrits ci-après? Franchement, history repeats itself (again), ça, on le savait. Mais à ce point, ça en devient drôle, même si certains ont changé (plusieurs fois) de camp entre temps…

Le radicalisme dans lequel s’était engagée l’opposition, prise en main par Walid Joumblatt, Saëb Salam et Nabih Berri, compliquait passablement les contacts. Les musulmans avaient rationalisé leurs actions. Ils tentaient de regrouper Beyrouth-Ouest et le Nord-Liban, tant chrétien, dirigé par Sleimane Frangié, que sunnite avec pour leader Rachid Karamé. Ces derniers avaient annoncé leur refus de reconnaître le nouveau régime, et appelé au boycott de l’Etat et de l’Exécutif. Même Radio Damas dénonça «le président imposé par les baïonnettes ennemies, à l’ombre de l’occupation et sous sa protection».Des contacts discrets furent entrepris par certains ministres chrétiens comme Michel el-Murr et Michel Eddé. Ils s’efforcèrent, dans un premier temps, d’apaiser les esprits. Les Etats-Unis pesèrent de tout leur poids en faveur du [président] élu démocratiquement. (…) Washington annonça dans la foulée une aide civile et militaire au Liban, précisant même que la seconde pourrait être constituée de conseillers militaires envoyés au Liban pour y entraîner l’armée. Les Etats-Unis demandèrent discrètement à l’Arabie saoudite d’intervenir également.

medium_joumbalttberri.jpgPour vous aider, voici une image datant de cette époque (il avait une drôle de tête, le fils Joumblatt, quand même!). Ça devrait être plus facile comme ça...

Les heureux gagnants auront toute notre admiration! Et ceux qui retrouveront le titre et l’auteur du livre seront encore plus forts…

samedi, 16 décembre 2006

Long live Pépé

medium_abed.jpgEt oui, tout fout le camp au Liban en ce moment. Même les icônes sacrées comme Pépé Abed. Pour les plus jeunes (comme moi), Pépé était synonyme de resto de poissons sur le vieux port de Jbeil. Psa le meilleur certes, mais le plus "folklorique", avec ses dizaines de cadres photos où l'on pouvait admirer en noir et blanc les stars du passé. Pour les plus vénérables d'entre nous (il paraît que ça se fait pas de dire vieux), le nom de José Abed – alias Pépé – rappelle l'âge d'or des nuits beyrouthines, dans les années 60, époque dorée où les plages libanaises se prenaient pour celles de la côte d'Azur... Vous savez, avant le gros orage qui a duré 15 ans. Bref, Pépé est mort. Dans le nouveau Liban que nous découvrons jour après jour, il va même falloir réinventer les légendes. Dur, dur...

samedi, 26 août 2006

Une proie pour deux fauves

C'est le titre d'un ouvrage paru pendant la guerre dite civile du Liban, faisant évidemment allusion à la Syrie et à Israël. Il aurait aussi bien pu être titré "Une proie pour vingt fauves". Bref...

Notre ami Bachar se sentant apparement exclu, désormais, de la vie politique libanaise, la Syrie tente de refaire surface chez nous via la question des frontières. Un abcès de fixation - dans lequel se place aussi Chebaa - bien pratique. Si la Finul se déploie, côté libanais, sur les frontières, la Syrie fermera le passage. On la croit sur parole, elle l'a déjà fait, et pas plus tard qu'il y a un an. La géographie est simple: au Sud du Liban, Israël. A l'Ouest, la mer. Tout le reste, la Syrie. De quoi faire un peu de paranoïa et de claustrophobie.

Histoire de donner un peu de poids et de crédit à sa menace, le gouvernement syrien a déjà stoppé les livraisons d'électricité qu'elle assurait au Liban (à des taux usuriers, rassurez-vous). Du coup, on est encore un peu plus dans le noir. Un peu plus, un peu moins, vous me direz, on n'est plus à ça près. Les autorités libanaises ont réagi fermement, mais là n'est pas le problème. La Syrie ne cesse de montrer qu'elle n'acceptera pas d'être isolée de sa carte libanaise, qu'elle a son mot à dire dans ce qui se joue aujourd'hui au pays du Cèdre. Elle ne veut pas, ne peut pas concevoir un Liban souverain et indépendant de sa "grande soeur". Décidément, on ne choisit pas sa famille... Ses voisins non plus, d'ailleurs.  Au bout d'un moment, c'est fatigant de ne plus savoir où regarder, à part vers la mer... La décision européenne va-t-elle changer les choses? Une "Finul plus" est-elle la solution? J'aimerais le croire. Mais ici, on a le sentiment qu'à cinq problème avec Israël, succèderont mille problèmes avec la Syrie... qui aura elle aussi le culot d'affirmer que c'est pour le bien du Liban. Bachar, Olmert, deux amis qui nous veulent du bien... même combat?  

Si l'arrivée de la "Finul Bis" permet de lever le blocus israélien, ce sera déjà pas mal, après plus d'un mois et demi de rationnement de yaourts. Comme ça, les Syriens pourront prendre la relève si le coeur leur en dit. D'un blocus à l'autre, les Libanais commencent à prendre le pli d'être otages de leurs voisins. C'est beau la continuité...

vendredi, 11 août 2006

A propos de la Bible

Pour tous ceux qui prennent la Bible au pied de la lettre...

Prophétie de Habaquq (2.17)

"Car les violences contre le Liban retomberont sur toi,
Et les ravages des bêtes t'effraieront,
Parce que tu as répandu le sang des hommes,
Et commis des violences dans le pays,
Contre la ville et tous ses habitants."

:o) 

dimanche, 06 août 2006

L'Histoire revisitée

En créant ce blog, nous savions que nous nous exposions à toute sorte de commentaires, y compris les plus incongrus venant de personnes se cachant derrière des pseudos. Nous n'avons ni le temps ni l'envie de répondre à chacun de ceux qui se montrent agressifs et/ou dédaigneux, mais David a tenu à réagir à l'un d'entre eux. La Bible comme source de légitimation, ça ne pouvait pas le laisser indifférent.

J'aime beaucoup l'Histoire, celle des religions et celle des peuples. Prendre un texte sacré comme livre d'Histoire et comme titre de propriété sur des terres, posant des vérités irréfutables, va totalement à l'encontre de la démarche d'un historien et/ou d'un journaliste. Partant du postulat que la Terre promise appartient aux descendants de Moïse, on peut aller très loin dans ce raisonnement. Je propose donc:
- renvoyons chez eux tous les blancs, les noirs et les hispaniques des Etats-Unis et redonnons leurs terres aux tribus indiennes;
- faisons la même chose en Amérique du Sud, dégageons les descendants des conquistadors;
- virons les blancs d'Afrique du Sud;
- degageons tous les descendants d'Italiens, d'Espagnols, de Portuguais, de Polonais de France, etc, etc...

Ayant perçu par mes propres sens les multiples dimensions d'une ville comme Jérusalem, je me demande si les fils de Moïse, de Jésus et de Mohammad ne devraient pas simplement se rappeler qu'ils sont tous les fils d'Abraham, tous des sémites. Des cousins, en d'autres termes. Jérusalem devrait être une ville de paix, appartenant aux trois religions du Livre, à part égale. Quant au Liban, il est mentionné à plusieurs reprises dans la Bible, pas en tant que lieu appartenant aux Hébreux.

Il n'existe que trois pays au monde définis politiquement sur des critères religieux: le Vatican, l'Iran et Israël. L'un n'a pas d'armée (je ne considère pas les gardes suisses comme un commando d'élite), un autre est pointé du doigt à juste de titre, et un troisième se pose en victime permanente de ses voisins, tout en disposant d'un arsenal plus développé que celui de tous les pays arabes réunis. Cherchez l'erreur...

Pendant des siècles, et ce jusqu'à cette année fatidique de 1948, les Arabes (chrétiens et musulmans) et les Juifs ont cohabité en paix dans cette région. Il y a 60 ans seulement, le grand-père beyrouthin de ma femme se rendait une fois par semaine en voiture à Jérusalem pour y faire des affaires. Et tout se passait très bien. Signalons aussi que pendant qu'avait lieu la Shoah en Europe, les juifs du Proche-Orient n'ont jamais été agressés par les Arabes. Mais si la Bible doit devenir une référence, on peut donc s'attendre à ce que la mer Rouge s'ouvre bientôt et que le Hezbollah soit noyé sous une nuée de sauterelles. C'est beau l'Histoire...

 
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