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jeudi, 22 avril 2010

Coupe (Brésil contre le reste) du monde: J-50, orchidées au balcon

drapeaux coupe du monde football.jpgElles ont fleuri en avance cette année. Peut-être à cause d’un printemps exceptionnellement précoce. Ces jolies fleurs n’éclosent qu’une fois tous les quatre ans. Et elles pullulent en ville: chez les petits fleuristes de rue bien sûr, mais aussi aux balcons, sur les voitures… il y en a partout. Nous ne sommes qu’au mois d’avril et ces orchidées sont déjà là. La cueillette n’aura pourtant lieu que fin juin début juillet.

Le Top 5 des fleurs préférées à Beyrouth? Il est très facile à établir. Dans ce domaine, le patriotisme n’est pas de mise, l’orchidée libanaise n’ayant pas encore été inventée. Alors les Libanais se rabattent sur des produits d’importation. En n˚1, l’orchidée brésilienne, jaune, bleu et verte. On la croise à chaque coin de rue, elle est omniprésente et écrase ses concurrentes. Oh, il ne faut pas chercher une quelconque raison démographique à ce phénomène, même si la diaspora libanaise est très présente au Brésil. Non. L’engouement pour cette fleur est simple: c’est la plus résistante, c’est celle qui dure le plus longtemps à chaque floraison. Alors pourquoi soutenir une fleur ayant moins de chance de gagner? Mieux vaut être pour la plus forte tout de suite. En n˚2, nous retrouvons deux fleurs diamétralement opposées mais finalement ex-æquo: l’orchidée teutonne, fière de ses couleurs noire, rouge et or (couleurs parfois agrémentées d’une petite svastika pour faire moche), et l’orchidée ritale qui a l’avantage de porter les couleurs que la fleur libanaise aurait arboré si celle-ci pouvait concourir. En n˚4, voici la douce orchidée argentine, blanche et bleue. Elle doit être faite pour les romantiques, celle-là. Et puis arrive la 5e marche de ce podium que se disputent trois pauvres orchidées: il y a la Française et la Hollandaise dont les pétales mélangent différemment trois même couleurs, et puis la Grecque qui ne manque pas d’amateurs au Levant. Et puis c’est tout.

Mais voilà, la Nature étant cruelle, toutes ces fleurs disparaissent rapidement pour ne laisser rapidement place qu’aux deux finalistes. Mon voisin qui apprécie l’orchidée anglaise aura vite fait de la remplacer par la brésilienne si d’aventure Albion se faisait planter en quart de finale. C’est une règle du jeu: toujours afficher des couleurs, quitte à se renier pourvu que ces couleurs soient les bonnes. Les plus vives. Les plus fortes. Toujours.

Moi, mon choix est fait: cette année, je mettrai à mon balcon deux orchidées. Une bleue, blanche et rouge, et une verte, blanche et orange. Je soutiendrai de tout mon cœur ces fleurs restées au Costa Rica et en Irlande, honteusement écartées de la course au moment des boutures de l’automne dernier.

lundi, 12 avril 2010

[Breaking news] Des monstres à Beyrouth!

Et si...

Ces clips faisaient partie du teasing promotionnel du Festival du film d'animation de Beyrouth de novembre dernier.

jeudi, 25 mars 2010

(était une) Rue à caractère traditionnel (de Beyrouth, alors dépêchez-vous, y’en aura pas pour tout le monde)

«Dix-sept! Tu te rends compte, y’en a dix-sept rien qu’autour de nous!», s’exclamait Nathalie il y a quelques jours, les yeux perdus sur notre horizon de toits de béton, de cuves de flotte et d’antennes en tout genre. Mais de quoi pouvait-elle bien parler?

De ça.

Elle était donc en train de compter les grues comme on égrène les moutons blancs le soir en s’endormant. Vingt même, si mes yeux ne me jouent pas des tours en revoyant la photo panoramique. Et dans un périmètre très restreint qui plus est, principalement concentré dans le triangle d’or Sodeco-Sassine-Saïfi. En attendant que cette même folie envahisse Geitawi, Fassouh et Mar Mikhaël, promis au même traitement.

Dix-sept, vingt (même vingt-et-une car il y en une cachée à gauche de la nº20, juré craché), peu importe en fait, car ce chiffre ne donne qu’une faible idée de l’étendue des dégâts dans cette partie de Beyrouth. Et c’est sans compter avec les chantiers qui se montent sans grue et tous les autres qui n’en sont encore qu’à la phase pelleteuse. C’est effarant.

Allez, mettons un peu de musique pour le côté mélo de notre histoire du jour…
podcast


Ils disparaissent donc les uns après les autres. Les vieux immeubles de Beyrouth sont gommés, avec une méticulosité qui forcerait presque le respect. Il y a quelques années, la municipalité de Beyrouth avait pris soin de planter par-ci par-là des panneaux signalant des rues ou des quartiers «à caractère traditionnel», comme à Gemmayzeh ou à Furn el-Hayek.
Bullshit comme disent si joliment nos amis anglais. Depuis, des citoyens malheureux ont pris leur pinceau pour rajouter sur ces panneaux «Etait une».

etait une rue a caractere traditionnel OK.jpgLes petits quartiers constituant Achrafieh, pour ne citer qu’eux, sont des zones historiques aiguisant l’appétit des promoteurs immobiliers. Après la frénésie des années 90, cela s’était calmé avec les multiples crises politiques et la guerre de 2006. Et puis le phénomène a repris de plus belle. Les vieilles bâtisses sont rasées, les rares parkings sont éventrés et soudain, de nouveaux immeubles hors de prix sortent de terre. Peut-on vraiment en vouloir à ces promoteurs? Pas vraiment, car si un cadre juridique cohérent et si une politique d’aménagement du territoire existaient (je sais, nous baignons là en pleine SF), ils ne pourraient pas s’adonner au petit jeu de Qui-défigurera-le-plus-vite-telle-ou-telle-rue. Car j’ai vraiment l’impression que les chantiers jouent une finale de 100m aux Jeux olympiques tant les vieilles façades sont dégommées plus vite que si je le faisais sur Photoshop.

Le mois dernier, j’ai surpris Nathalie les larmes aux yeux, en revenant d’une balade. Rue Mar Mitr, en face du meilleur glacier de la ville (n’ayons pas peur des mots), l’immeuble qui accueillait le boulanger de son enfance, était en mode démolition. C’est un parmi d’autres. On se croirait à l’abattoir.

immeuble rasé.jpgEt les exemples sont légion, à commencer par le projet qui me fout le plus la chair de poule, rue Sursock (pour ceux qui ne connaissent pas Beyrouth, c’est la Rue de la Paix dans la version libanaise du Monopoly). Entre la villa Audi et le musée Nicolas Sursock, une tour pousse comme du chiendent en lieu et place du joli jardin de bougainvilliers roses qui séparait les deux magnifiques bâtisses. Y’a de quoi en pleurer.

Dans ce petit jeu de massacre, certains promoteurs se donnent bonne conscience en conservant de vieilles façades qui ne seront qu’un cache-sexe à des tours de verre et de béton. C’est le cas de l’immeuble Panayot dont la façade a été gardée, tenue debout par des béquilles d’acier, en attendant qu’une tour pousse derrière elle.
Sur le papier, pourquoi pas. Dans ce lifting grandeur nature, l’immeuble Panayot a été rebaptisé L’Armonial. Rendez-vous à la fin des travaux pour voir le résultat in situ.

Beyrouth change donc de visage, c’est un fait. Le front de mer veut se la jouer Dubaï, avec des projets architecturaux avant-gardistes comme le Sama Beirut (qui porte bien son nom). Les petites rues, comme la nôtre, sont rapidement défigurées pour ressembler à n’importe quelle rue de n’importe quelle ville moderne et donc quelconque. Sans regarder à plus de trois cents mètres de chez nous, nous savons que cinq immeubles certes vétustes mais aux formes romantiques et à la peau usée, vont «sauter» dans un avenir assez proche. Le temps pour les derniers propriétaires de vendre à (très) bon prix. Car évidemment, pour que les promoteurs puissent raser tout un pâté de maison, il a bien fallu que certains vendent et fassent monter les enchères pour déguerpir avec la caisse. C’est probablement le cas du célébrissime restaurant Boubouffe, dernier pas-de-porte actif sur un ensemble de trois vieux immeubles promis à la destruction.

Entre l’appât du gain partagé entre acheteurs et vendeurs et l’absence totale de politique de préservation du patrimoine architectural de Beyrouth, je me demande bien à quoi notre capitale ressemblera dans 20 ou 30 ans quand les gamins d’aujourd’hui seront à notre place. Notre fille aînée s’est mise en tête de racheter un appartement à 30m de chez nous, dans une maison abandonnée. «Papa, je rachète l'immeuble avec mon argent de poche et tu m’aideras. Un week-end, on repeint tout et on achète un lit, des meubles, et ils ne pourront plus détruire cet immeuble. Il est trop beau avec sa jolie cage d’escalier et ses petits balcons de fer forgé…» Ça paraît si simple comme ça.

Alors on fait quoi? En ce moment, il est de bon ton de rejoindre une tripotée de groupes Facebook sur le sujet. En anglais, en français, il y en a pour tous les goûts. Ça ne sert à rien, on le sait tous, sauf peut-être à soulager sa conscience deux minutes. Mais concrètement, que faire? Je ne sais pas et j’attends des réponses si vous en avez.

Je me suis donc dit que j’allais écrire à la municipalité de Beyrouth qui, en toute logique, détient une part de responsabilité dans le problème qui nous intéresse. Ni une ni deux, je cherche l’adresse du site web et sur quoi je tombe?

site web municipalité beyrouth.jpgPas de bol! Bad request! C’en est risible. Y a-t-il vraiment un pilote dans l’avion?

Tout ça pour dire que si vous comptez venir au Liban, suivez mon conseil à la lettre: ne tardez pas trop. La saison est belle en ce moment, les températures très agréables, les arbres en fleurs, et les maamouls de Pâques se rapprochent. Et puis les photos que vous ferez en flânant dans les ruelles de Beyrouth seront «collector» deux semaines plus tard. C’est pas de l’argument touristique, ça?

mercredi, 17 mars 2010

Qui es-tu Biroundilou?

auteur mystère.jpgNon, ce post n’a pas vocation à être d’une quelconque qualité littéraire, ce serait même le contraire. Il vient simplement d’une constatation: traduire des textes de l’arabe vers le français est parfois bien compliqué surtout quand les noms propres sont de la partie. Il existe bien sûr de grandes différences entre les deux alphabets. Des lettres existent dans une langue et pas dans l’autre, des phonèmes également. Il y a quelques années, je jouais chaque lundi matin à un petit jeu avec un vieux journaliste libanais: nous prenions les pages Sport de je-ne-sais-quel quotidien arabophone et nous essayions de deviner les noms de clubs de foot ou de sportifs connus. Par exemple, le son [o] n’existant pas vraiment en arabe, le match entre Bourdou et Mounakou m’avait bien fait rire. Il m’en fallait peu… Mais parfois, c’est un vrai casse-tête, ne prêtant absolument pas à la poilade et demandant une sacrée gymnastique linguistique. Il n’y a pas très longtemps, je relisais la traduction d’un texte décrivant les activités d’une association culturelle libanaise (re)baptisée Cassanado. Il fallait lire Xanadu. Bon courage!

Je vous propose donc de poursuivre ce post en remplaçant les sons français par leurs équivalents libanais: le [v] devenant [f], le [o] ou le [u] devenant [ou], le [p] se transformant en [b], le [gu] en [j]… et ainsi de suite. C’est pour cela, par exemple, que l’on dit «Bâris» en arabe en parlant de Paris.

Il n’y a bas loungtemps de cela, le 11 janfier dernier, l’assouciatioun Fe’l Amr a lancé une cambagne de sounsibilisatioun sour les dangers blanant ou-dessous de la lange arabe. L’oubjectif de ces bouristes: dire ‘stoub’ à tous ces jounes troufant souber cool la noufelle trinité «Hi, kifak, ça ba!». La dissouloutioun de l’arabe barlé au Liban et l’outilisatioun des langes étrangères dans la fie de tous les jours leur fait beur. Et je coumbrounds bien cela… Quand on voit le résoultat sur l’anjlais et de français barlé ici, la boulyphounie beut être une richesse mais sourtout un jrand défi pour les jardiens du temble.

Mais cette sitouatioun réserbe éfidemment des cas coucasses. Brincibalement afec les noums broubres. En cette année littéraire (Beyrouth est, je fous le rabbelle, la Cabitale moundiale dou lifre), je m’amouse – façoun de barler – à definer les batrounymes d’outeurs, counnous ou noun. Betit détail en bassant: certains brénoums comme «Jean» defiennent «Jeanne» ou «John» seloun les tradoucteurs. Ainsi, j’ai bu croiser Antoun Chekouf, Batrik Boifre Darfour, Oulibier Girmain-Thoumasse, Jeanne-Marie Goustafe Lekliziou, John Mountaldou… Mais je crois bien que ceux qui m’ount bosé le blous de broublèmes reste ceux d’outeurs germanouphounes ou italouphounes. Et un en barticoulier: Biroundilou. Boun courage!

dimanche, 07 mars 2010

Hoppa !

Comme chaque année depuis 4 ans, j’assiste début février aux Mena Cristal Awards, les Oscars libanais de la pub au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La plupart des participants, arrivant de l’ensemble des pays de la région, débarquent en général à Faraya pour skier pendant les quatre jours du festival, et pour tenter de repartir avec un maximum de récompenses si possible. Moi, j’y vais pour couvrir l’événement et y représenter ma boîte, mais aussi parce que les débats y sont – de façon variable – intéressants et que l’on y découvre des pubs improbables.
Chaque année, les agences basées au Liban et à Dubaï raflent la mise mais cette dernière édition a crée la surprise.
C’est en effet une série de pubs égyptiennes pour la chaîne cinéma Melody Aflam qui a remporté le grand prix, sous les bravos de toute l’assistance, ce qui mérite d’être souligné dans une industrie où tout le monde déteste tout le monde ou presque.

Cette victoire m’a paru d’autant plus touchante – et c’est pour ça que je vous en parle – que ces films sont non seulement rigolos pour les arabophones (et bien sûr les Egyptiens en premier lieu) et les non-arabophones, mais qu’ils démontrent un sens de l’autodérision assez rare dans la région, puisant dans la culture locale avec recul et tendresse. En gros, le cinéma populaire égyptien est peut-être à la ramasse aux yeux des Occidentaux, avec ses producteurs qui s’extasient pour quelques milliers de VHS vendues et ses scénarii pourris, mais qu’est-ce qu’ils l’aiment quand même. Les deux acteurs principaux sont d’ailleurs devenus de véritables stars en Egypte et plus personne ne dira «Oustaz» de la même manière. Voici pourquoi:

 

ou encore:

 

Mais mon préféré reste celui-ci:

 

Sinon, une pub libanaise s’est particulièrement distinguée, l’excellente «Stop the suffering» de Leo Burnett, ou comment vendre un shampoing sans montrer une bonne femme en train de brosser sensuellement sa chevelure scintillante sous un éclairage qu’aucune d’entre nous (nous, les femmes appartenant au commun des mortels) ne peut s’offrir à la maison. Découvrez plutôt:

 

Allez, on s’en remet une petit dernière, juste pour le plaisir. La préférée de Oustaz David:

mardi, 23 février 2010

Ozero 2.0

Vous pensiez que tout allait bien dans le meilleur des mondes pour Madame X, depuis ses dernières mésaventures avec Ogero? Vous pensiez le pire était passé? Et bien non!
Notre feuilleton Ogero continue avec un nouveau chapitre: Internet!

Jour 1
kit portable stress.jpgMadame X a enfin obtenu, mais en plusieurs étapes, ses 3 lignes de téléphone. Bon, bien sûr, il y en a une qui grésille, mais c’est un moindre mal… L’objectif désormais est d’obtenir une connexion Internet car, après réflexion, il semblerait que ce soit encore via le service public qu’une connexion Internet digne de ce nom (suffisante pour l’usage intensif que sa compagnie doit en faire) soit disponible à un prix relativement raisonnable. En effet, la société privée par laquelle Madame X passe actuellement lui facture mensuellement 600 dollars pour une bande passante de 256K. Autrement dit, une misère question débit et une fortune question facture.

Or, Ogero propose en exclusivité une connexion HDSL de 2300K à 200 dollars par mois. Certes, un quota de 8G (qui sera allègrement dépassé en 10 jours seulement) est imposé; certes, il faut en principe compter un mois après l’installation d’une ligne téléphonique pour qu’Ogero fournisse l’accès Internet; certes, cela implique, inéluctablement, un service après-vente laborieux; mais par la capacité et le prix alléchée, Madame X se dit qu’elle n’a pas exactement le choix; grand bien lui fasse. Son fournisseur d’accès privé n’a qu’une alternative à proposer: 1024 Kbps en downlink et 512 Kbps en uplink pour la modique somme mensuelle de 1940 dollars (hors taxe)! Ha, les joies du monopole.

Madame X se rend donc dans le bureau d’Ogero qu’elle a appris à si bien connaître. Elle y retrouve Lilou et Madame P, mais aussi Monsieur O, le directeur de la branche qui l’invite aussitôt à s’asseoir, prendre une cigarette («Si, si! Tu t’en fous de ta santé!», insiste-t-il) et un café. Une fois les salamalecs d’usage passés, Madame X fait sa formalité et là, miracle, tout se passe sans encombre! Elle paye les 600 dollars d’installation, récupère son reçu. Mieux, elle apprend même que pour le HDSL, l’installation se fait en une semaine et non un mois, car la demande est moindre que pour l’ADSL! Madame X a l’impression de planer.

Mais Monsieur O la ramène bien vite sur terre. Il lui fait signe de revenir s’asseoir à son bureau.
– Monsieur O (souriant): Ça va? Tout s’est bien passé?
– Madame X (enthousiaste): Oh oui, merci beaucoup! Et donc, tout sera installé d’ici une semaine?
– Monsieur O (l’air chagriné): Je ne sais pas. Le problème, c’est qu’il n’y a plus de modems adaptés sur le marché…
– Madame X (stupéfaite): Mais... J’ai payé l’installation! Comment facturez-vous un service que vous ne pouvez pas assurer faute de matériel?
– Monsieur O (qui prend un air affairé): Attends, attends…

Monsieur O se saisit de son téléphone, appelle et à voix très haute, explique à son interlocuteur: «Ecoute, tu as des modems HDSL? Deux? C’est parfait! Car j’ai ici une jolie dame (sic) qui en a besoin de toute urgence et il y a une autre jolie dame qui en veut un aussi. Pour une autre compagnie (l’interlocuteur répond quelque chose) Oui, moi je n’ai que des jolies clientes, cheft ? Hahahahaha ! Donc tu me les mets de côté, d’accord? Je compte sur toi. Et je n’oublierai pas le service que tu m’as demandé. Oui. Yalla, habibé.
– Monsieur O (triomphant): C’est arrangé! Demain ou après-demain au plus tard, ils viennent te l’installer.
– Madame X: Merci mille fois, Monsieur O. Vraiment.
– Monsieur O: Ça ne mérite pas un bisou, ça?
Madame X, prise de court, lui fait une bise sur la joue, sous la mine hilare des employés.
– Monsieur O: Haaaaaaaaaaa! Toi, c’est fini! Tu as un passeport international chez nous! (à l’adresse de sa fine équipe) Tu peux nous demander tout ce que tu veux, tu n’as qu’à dire «Passeport international»! Appelle-moi pour me dire comment ça s’est passé.

Jour 2
Rien. Personne.

Jour 3
Rien. Personne.

Jour 4
Madame X rappelle Monsieur O.
– Monsieur O (grognon): Chou, tu es encore vivante? Je me suis inquiété!
– Madame X: J’attendais que l’employé vienne installer la connexion pour vous rappeler, comme convenu, mais justement…
– Monsieur O (l’interrompant): Il n’est pas venu? Ya allah! Je vais le rappeler.
– Madame X: Merci, Monsieur O.
– Monsieur O (sur le ton de la confidence): Mais tu prendras bien soin de lui…
Blanc de quelques secondes…
– Madame X: Qu’est-ce que vous voulez dire par là?
– Monsieur O: Moi? Rien. Moi, je n’explique jamais rien. C’est à toi de savoir. Mais si tu veux une bonne maintenance après…

Jour 8
Rien. Personne.

Jour 9
Un employé appelle de la part de Monsieur O.
– L’employé (voix nasale): Allooooooo, j’appelle d’Ogeeeero…
– Madame X: Ha. J’attendais de vos nouvelles.
– L’employé: J’ai eu beaucoup de travail. Bon. Vous avez le câble pour relier le boîtier téléphonique à votre bureau?
– Madame X: Oui, tout est en place.
– L’employé: Vous êtes sûre? Parce que tout le temps les clients nous font venir et ils n’ont pas ce qu’il faut…

Madame X vérifie et confirme.
– L’employé: Yalla, je serai là demain.

Jour 10
Rien. Personne.

Jour 11
Rien. Personne.

Jour 12
Rien. Personne.

Jour 13
Rien. Personne.

Jour 14
Rien. Personne.

Jour 15
L’employé débarque enfin dans le bureau. Il est tout boudiné dans son pull bleu marine au logo vert Ogero et a l’air grognon.
– L’employé: Je viens de la part de Monsieur O. Vous avez les câbles alors?

Madame X l’emmène vers le placard qui contient toutes les arrivées de câbles.

– L’employé (pas content): Et où est le câble qui va d’ici jusque dans la pièce du serveur?
– Madame X (surprise): Mais c’est à vous de l’installer, justement!
– L’employé (furieux): Ha non! J’installe l’Internet, moi. Je ne fournis pas de câble. Je ne suis pas électricien. Je vous avais prévenue! Ha, ces clients qui n’écoutent pas.
– Madame X: Ecoutez, le bureau est relié…
– L’employé l’interrompt en maugréant: Moi, j’ai autre chose à faire. Si vous voulez, je vous installe la connexion ici.
– Madame X: Dans le placard???!
– L’employé: C’est la seule chose que je peux faire pour vous. Sinon je m’en vais. Ne me faites pas perdre mon temps.

Madame X, à contrecœur et passablement dégoûtée, demande à un membre de son équipe d’emmener l’employé dans la pièce du serveur sous prétexte de lui montrer les machines, et surtout de lui donner de sa part un billet de 100 000LL. Il faut bien «prendre soin de lui». A la guerre comme à la guerre. Elle retourne dans son bureau. Cinq minutes, plus tard, l’employé frappe à sa porte, un grand sourire aux lèvres.
– L’employé: Ya setna! Ça y est, tout est installé et tout marche! Kellik zoq! Si tu as besoin de quoi que ce soit n’hésite pas. Ya habibté, merci, merci!

Effectivement, en quelques minutes, l’employé a non seulement fini l’installation dite impossible, mais a même fait plus: il a arrangé les câbles, enlevé les bouts de chatterton qu’il a remplacés par de petits dominos tout propres… Et Internet fonctionne parfaitement.
Deux semaines plus tard, la principale ligne de téléphone du bureau tombe en panne. Silence au bout de la ligne, impossible d’appeler des portables ou des numéros internationaux, ce qui, vous en conviendrez, est problématique.
Madame X signale la défaillance sur le service téléphonique d’Ogero; la boîte vocale l’avertit que la réparation sera effectuée sous trois jours ouvrables.

Jour 3
Toujours pas de ligne.

Jour 4
Toujours pas de ligne.

Jour 5
Toujours pas de ligne.

Jour 6
Toujours pas de ligne.

Jour 7
Toujours pas de ligne.

Jour 8
Toujours pas de ligne.
Madame X essaie d’avoir le service après-vente d’Ogero, en vain. En désespoir de cause, et alors que cela ne lui plaît pas, Madame X se résout à rappeler Monsieur O. Monsieur O vérifie.
– Monsieur O: Dépose une plainte sur le service téléphonique.
– Madame X: C’est ce que j’ai fait il y a une semaine!
– Monsieur O: Alors je ne peux rien faire, ça ne dépend pas de nous. Appelle ce numéro.

Madame X appelle le numéro en question. Elle tombe sur Monsieur N, qui lui assure que la réparation sera faite le lendemain.

Jour 9
Toujours pas de ligne

Jour 10
Toujours pas de ligne.

Jour 11
En matinée, Madame X rappelle Monsieur N qui lui assure (c’est un vendredi, les administrations ne travaillent que jusqu’à 11 heures, et encore) que la personne en charge est sur la route et arrivera dans une demi-heure. Au bout de 3 heures, Madame X rappelle, bien sûr plus personne ne répond.

Jour 14
Madame X rappelle Monsieur N qui lui assure (oui, ça fait trois fois qu’il lui assure la même chose) que la personne en charge est bien venue en son absence. Apparemment, un câble téléphonique sous terrain a été abîmé (madroub taht el ard), mais la réparation va être effectuée de façon imminente.

Jour 17
Un nouvel employé d’Ogero téléphone sur la ligne qui était en panne. Hourra! La réparation a été effectuée.
Une demi-heure plus tard, Internet est en panne. Un membre de son équipe signale à Madame X qu’on a dû passer sur la connexion de back up.
Il faudra trois jours pour la réparer. La cause de la panne? Chers lecteurs, comme vous l’aurez deviné, en réparant la ligne téléphonique, notre impayable équipe d’Ogero avait bousillé le câble Internet!

dimanche, 14 février 2010

Les sous-doués à la faCULTé

Aujourd'hui, 14 février, c'était donc la Saint-Rafic. Voici ce que ça donnait au ras des paquerettes...


Et voici la même scène, en vue aérienne (faut lire le texte ci-dessous pour comprendre).

macédoine beyrouthine.jpg


«On s’attendait à bien pire!» La dame, les cheveux en bataille et d’une drôle de couleur orangée, scrute mon cou, intriguée par mon tatouage. Moi, je regarde sa petite affichette: «What have you done with my vote?». Imprimée en blanc sur fond rouge. L’affichette est petite mais, m’assure la brave dame, «il y a beaucoup de citoyens qui en ont». «Par petits groupes», précise l’homme qui l’accompagne, prudemment. En tout, nous n’en avons vu que deux, des petits groupes, restés à proximité de la rue Gemmayzé, pas trop loin de Chez Paul qui, comme à chaque manif place des Martyrs, fait le plein.
L’affichette tranche dans la mer bleue qui s’étend sur la place. Enfin, «mer», gardons le sens des proportions. «Lac» serait sans doute plus approprié. «Flaque»? Quand même pas. Mais pas non plus les «centaines de milliers de personnes» décrites dans la presse francophone libanaise (suivez mon regard). A vue de nez, 50 à 100 000. Ce n’est que mon humble avis, mais en tout cas, pas de raz-de-marée à l’horizon.
Le 5e anniversaire de Saint Milliardaire n’a pas rameuté les foules escomptées, tout en évitant le flop total. Côté proportions, cela ressemblait à la macédoine que nous avions préparée pour le déjeuner: imaginez la photo ci-dessus comme une vue aérienne – oui, les fayots ont la part belle – et le tour est joué. Les partisans du Futur étaient donc au rendez-vous, avec une grosse poignée de FL, une pincée de Kataëb et quelques irrédentistes PSP. Certains ont sorti pour l’occasion des drapeaux bien kitch avec tête de mort, ce qui a fait dire à l’une de nos gamines: «C’est le drapeau de la mort!»

Les rotatives ont dû chauffer ferme ce week-end: casquettes, drapeaux et affiches ont été fabriqués et distribués en masse, non en l’honneur du Liban mais à l’effigie de Hariri Senior et Junior. Une masse de papier qui a fini en tas sur le bas-côté des routes. Tout un symbole. Autre symbole, ou non-symbole: les affiches réclamant haut et fort «La vérité» étaient aux abonnés absents. Comme le panneau digital affichant le décompte des jours depuis le 14 février 2005 à Qantari a lui aussi été arrêté, faut croire que «la vérité» n’est plus vraiment une priorité, si elle l’a jamais été.
Pendant quelques heures, nous avons eu droit à un festival de chanteurs à la mode et à un chauffeur de salle tout droit issu d’une chaîne de télé, petits cartons à la main comme dans «Questions pour un champion». Un orchestre bien comme il faut a remplacé les jolies improvisations du public qui donnaient un air de fête aux manifs des années précédentes. Ce qui avait été et aurait dû rester un mouvement populaire fut vite récupéré par Hariri Inc., pour aboutir à cette apothéose de 2010: un meeting de parti qui ne dit pas son nom. Du grand mauvais spectacle pour un ersatz de grande cause nationale. Une tribune pour politicard dont la bégayante personnalité doit être en mal de culte. La démocratie – le mot qui ne veut décidément rien dire – libanaise made in 2010.

Ladite démocratie continue d’être réclamée par ces politiques défendant la liberté de croire, de penser, de s’exprimer. Mais pas trop quand même. Il y a des choses, même intelligentes, à ne pas dire aux pourfendeurs de l’oppression et de l’obscurantisme. J’en prends pour preuve le «scandale» – terme utilisé fort à propos par la presse francophone libanaise (suivez mon regard) – de la semaine dernière, lors d’un colloque à l’Université antonine parrainé par la présidence du Conseil (alias Hariri Junior, qui comme tout bon responsable libanais, confond sa fonction et son auguste personne). Dans son allocution d’ouverture, la vice-présidente de l’université pour les affaires culturelles (on va dire la VPUPAC, pour faire simple) a jugé bon de citer une étude publiée dans la revue The Leadership Quarterly. Pour résumer, l’étude en question explique que dans un pays aussi corrompu que le Liban, Hariri Senior avait lui aussi eu recours à la corruption (je tombe des nues), mais à sa décharge, l’avait au moins fait de façon productive, efficace, bien souvent dans l’intérêt de la nation et dans tous les cas moins que certains de ses prédécesseurs.

Une citation maladroite mais somme toute, pas de quoi fouetter un chat, vous en conviendrez: qui au Liban pourrait encore nier que la corruption ronge le pays à tous les échelons de l’Etat depuis des lustres? Il serait sans doute temps de reconnaître les faits et d’en tirer les leçons, et c’est apparemment dans ce sens que la VPUPAC interpellait son public. Quel meilleur cadre qu’une université pour ouvrir ce genre de débats? Et quand bien même cela aurait été plus grave, «de l'indélicatesse poussée jusqu'à ses derniers retranchements, un comportement sans doute délibéré et prémédité, reflétant une absence totale d'éthique universitaire et académique, voire même une certaine malhonnêteté intellectuelle» comme un média francophone libanais (suivez mon… oui, bon, ça va) grand défenseur de la «résistance culturelle», décrit l’affaire, la réaction des premiers concernés n’en demeure pas moins aberrante: retrait outragé de la salle, kyrielle de communiqués dénonçant ce «manque de professionnalisme et d’attitude scientifique», arrêt du patronage et donc du colloque, exigence que des sanctions soient prises contre l’indélicate intervenante. Modernité, sens du dialogue et intelligence dans toute leur splendeur.

Il me semble que nos hérauts de la démocratie auraient eu tout à gagner en répondant posément à ce qu’ils ont perçu comme une accusation, en fournissant une contre-argumentation «scientifique» plutôt que de monter sur leurs grands chevaux et jouer les vierges effarouchées. Cela leur aurait au moins permis de montrer qu’ils valent effectivement mieux que les censeurs de l’autre bord, ce qui n’est décidément pas le cas.
Mais sans doute ne faut-il pas trop en demander à nos chers politiciens. Ni à nos chers médias et chers compatriotes d’ailleurs. On a les politiques qu’on mérite: personne, dans le public de ce 14 février, n’a rien eu à redire au fait qu’un grand portrait du souverain saoudien ait été accroché à la façade du Virgin Megastore, place des Martyrs. Entre Bachar, Hafez, Ruhollah, Abdallah et les autres, Saad est à bonne école, et peut donc se permettre de boycotter les facs.

mercredi, 03 février 2010

Tabac or not tabac?

cedars.jpg«Ah non, 2000LL, ce n’est plus suffisant depuis ce matin, estez», me dit la vendeuse avec un sourire. «On m’a dit ça en me livrant aujourd’hui: les vôtres, elles sont maintenant à 2250LL, les Marlboro rouge à 2500.» Tiens, on se croirait en France, ils augmentent le prix des clopes tous les six mois maintenant…, me suis-je dit sur le moment. Toutes proportions gardées évidemment, car cela place mon paquet de Gitanes Blondes à 1€08 contre 5€30 dans ce beau et lointain pays où fumer est devenu une tare interplanétaire et où il faut prévoir un plan de bataille digne d’Arcole dès que l’on veut s’approvisionner un dimanche.

Alors voilà. C’est dans l’air du temps en ce moment au Liban: les derniers chiffres de l’OMS ne laissent aucun doute quant à l’ampleur du problème. 60% des jeunes de 13 à 15 ans fument, 42% des hommes et 30% des femmes goudronnent leurs poumons quotidiennement. 3500 décès par an sont dus au tabagisme. Près de 300 millions de dollars sont dépensés annuellement pour traiter les troubles de santé liés au tabac. C’est énorme. Et malgré la signature d’une convention de l’OMS pour lutter contre le tabagisme il y a cinq ans, les pouvoirs publics libanais n’ont rien fait (faut dire à leur décharge que le Parlement a été bloqué un petit bout de temps par d'irréprochables démocrates).

Mais ce coup-ci, c’est la bonne. Le président de la commission parlementaire de la santé, Atef Majdalani, a promis une loi interdisant de fumer dans les lieux publics d’ici l’été. En mai peut-être. Le projet de loi prévoit en particulier des amendes à tout contrevenant. Tarif annoncé: de 100000 à 1 million de livres. Gloups. Le brouillon de M. Majdalani ne prévoit officiellement pas d’augmentation des taxes, augmentation qui ressemblerait – de son propre avœu – à un coup d’épée dans l’eau tant le marché libanais est abreuvé de cigarettes de contrebande.

Mais comme le Liban n’est pas un pays révolutionnaire dans l’âme (voir l’arévolution du Cèdre pour s'en convaincre), estez Atef prévoit de faire appliquer sa loi, chi va piano va sano. D’abord, imposer aux restos et boîtes de nuit d’installer une zone fumeur. Ensuite, on verra. Ce souci semble trouver un écho dans la population (en tout cas, dans une certaine tranche de la population). Des bars ont déjà tenté l’expérience, à Gemmayzeh par exemple, d'organiser une soirée par semaine «no smoking», sous l’impulsion d’associations. Les facebookiens se sont même emparés de cette cause nationale. Un premier groupe d’anticlopes est apparu, baptisé Ban indoor smoking in public places in Lebanon; un second lui a donné la réplique, No to "Ban indoor smoking in Lebanon". Bon, soyons honnêtes, le premier réunit 14539 membres, le second 14. Même des bloggers s'y sont mis... Des entreprises aussi interdisent de fumer dans leurs locaux, soucieuses de leur label ISO9000 et des brouettes. Elles sont rares, nous n’en sommes pas encore à voir des troupeaux de fumeurs comme sur les trottoirs de Paris, mais elles existent. Mais, mais, mais…

Mais de qui se moque-t-on?

La première fois que j’ai lu un article sur ce projet de loi, j’ai retenu une chose: «lieux publics». Je n’ai évidemment pas pensé aux restaurants (étourdi que je suis), mais aux «lieux publics», ceux de la fonction publique quoi… Prenons un simple exemple, tel qu'un ministère lambda. Première observation: si l’on considère que les fonctionnaires libanais représentent un échantillon fidèle de la population libanaise, l’OMS se met le doigt dans l’œil avec ses chiffres, très loins du compte à mon sens. Pas un ministère ne pue pas le cendrier froid et mal vidé le matin à l'heure de l’ouverture. C’est clair, le grillage de tabac (de préférence des Cedars ou des Vantage qui ressemblent à du mauvais foin) est un véritable sport national dans la fonction publique, comme l’absorption de café (je soupçonne d’ailleurs un lien de corrélation entre les deux phénomènes) et le tournage de pouces. Deuxième observation: ces ministères devraient devenir non fumeur, histoire de donner le bon exemple. Hmm, hmm. Excusez-moi, je me racle la gorge. Un ministère non fumeur? Ahahahahahah... Je me marre. Affinons l’extrapolation: j’imagine juste une minute un inspecteur se balader avec son calepin de PV dans les bureaux de ce ministère lambda... il n’aurait pas assez de 365 jours par an pour verbaliser ne serait-ce qu'un étage.

Si j’étais ministre de la Santé et que je veuille, de bonne foi, m’attaquer au problème, je prendrais des mesures plus radicales, ou tout du moins un peu moins fantaisistes. Limiter les points de vente par exemple. Au Liban, on peut acheter des cigarettes 24h/24, dans les supermarchés, dans tous les dekken du pays, dans les stations-essence… Et puis je n’augmenterais pas le prix de 250LL par paquet, mais de 5000LL. Et puis surtout, je surveillerais ma frontière avec la Syrie à travers laquelle passent des camions bourrés de cigarettes encore plus mauvaises pour la santé que les «officielles». Déjà que cette frontière n’est pas surveillée comme il le faut pour le trafic d’armes, les contrebandiers de nicotine peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Et puis aussi, tiens, je dirais à mon confrère des Finances d’arrêter de subventionner la production libanaise de tabac. C’est vrai, quoi, pourquoi l’Etat continue-t-il d’acheter la maigre production des cultivateurs du Sud-Liban pour la brûler une semaine plus tard, ce tabac étant dans sa grande majorité impropre à la consommation? Hein? L’Etat libanais pourrait inciter des cultivateurs à se lancer dans autre chose (au hasard, les biocarburants par exemple)... Qui plus est sans mettre la main à la poche, vu les sommes faramineuses déversées par les Européens dans le secteur de l’agriculture. Et puis, et puis, et puis…

Et puis je ne suis pas ministre de la Santé, en fin de compte. Je suis fumeur, et j’avoue apprécier de pouvoir cramer une cigarette en fin de repas quand je suis au restaurant. Tiens, en parlant de restaurants… Va-t-on aussi interdire le narguileh? Au Liban??? C'est un peu comme interdire le trafic d’armes. Permettez-moi de rire (jaune).

Ceci dit, fumer tue (surtout fumer des Cedars). Les RPG aussi.

[...]

PS 1: désolé pour le titre du post, il est pas terrible.
PS 2: si ça se trouve, la vendeuse ce matin m'a enfumé... Y a-t-il vraiment eu une hausse officielle du prix du paquet? J'ai même pas vérifié.

[...]

Mise à jour du vendredi 5 Comme certains ne font rien comme tout le monde, le ministre des Affaires sociales Selim Sayegh a annoncé que son ministère serait dorénavant non fumeur. Bravo Selim de me donner tort! Et comme Jean, j'irai faire un tour dans quelques semaines pour voir si sa décision est appliquée...

vendredi, 11 décembre 2009

Ozero

inspecteur telephone.jpgIl était une fois un service public géré comme… euh… comme… ben comme la plupart des services publics, dans ce magnifique pays qui s’attend à redevenir le cœur économique du monde arabe en deux temps, trois mouvements.
Et oui! Maintenant que Dubaï se casse officiellement la binette, à Beyrouth on se frotte les mains en étant persuadés que par un évident effet de vases communicants, tous ces investisseurs en panne d’opportunités vont se précipiter vers l’ancienne Suisse du Moyen-Orient. Du coup, pourquoi se fouler alors qu'on ne se foulait pas avant ?
Exemple au sein de cette respectable entité qu’est Ogero, la compagnie publique gérant le réseau téléphonique fixe (en autres choses, mais ceci est une autre histoire).
Les noms des personnes ont été modifiés (forcément, haha).

Jour 1
Notre investisseur présente au guichet d’Ogero une demande pour trois lignes téléphoniques, indispensables au bon fonctionnement du bureau qu’il ouvre actuellement à Beyrouth. Il donne copie de tous les documents nécessaires, ainsi que le numéro de portable de Madame X, chargée au sein de la société de suivre le dossier. Quelqu’un de chez Ogero doit la contacter sous une semaine afin qu’elle vienne finaliser la démarche et payer l’ouverture des lignes.
Jusque là tout va bien.

Jour 4
Madame X reçoit un coup de téléphone:
– Le fonctionnaire (voix traînante) : Aallôôôô…
– Madame X : Allo ?
– Le fonctionnaire : Ya madâme, c’est vous qui avez déposé une demande pour le téléphone ?
– Madame X : Oui, pour la société Onsedoutepasdeskinousattend. J’attendais votre appel.
– Le fonctionnaire : Ça va, ça va. Vous êtes qui ?
– Madame X : Pardon ?
– Le fonctionnaire : La société, vous êtes qui, yaané ? Vous allez faire quoi ?
– Madame X : Une société de publication de média.
– Le fonctionnaire : Ha okéé. Vous faites de la publicité yaané.
– Madame X : Non, nous publions des magazines, nous sommes journalistes.
– Le fonctionnaire (soudain, méfiant) : Quoi comme magazines ?
– Madame X : Plusieurs types de magazines, mais surtout économiques et business.
– Le fonctionnaire (soulagé) : Haaaa ! Economiques ! Pas de politique, yaané?
– Madame X : Non, pas de politique. Pourquoi ? Quel rapport avec nos lignes de téléphone ?
– Le fonctionnaire : Bassita, bassita. Mais c’est à qui, la société ?
– Madame X : Monsieur Samer Y et mons…
– Le fonctionnaire (l’interrompant) : Y, c’est le nom de son père ?
– Madame X : Euh, non. C’est son nom de famille.
– Le fonctionnaire : Le nom de son père?
– Madame X (un peu embêtée, car elle se doute que ça va pas être simple) : Samer.
– Le fonctionnaire : Donc son nom c’est Samer Samer Y ?
– Madame X : Oui, Samer Samer Y.
– Le fonctionnaire : Qui d’autre ?
– Madame X : Assaad Y.
– Le fonctionnaire : Y aussi ?
– Madame X : Oui, c’est son frère.
– Le fonctionnaire : Le nom du père ?
– Madame X (estomaquée) : ben, Samer !
– Le fonctionnaire : Donc Assaad Samer Y ?
– Madame X (de plus en plus scotchée) : Oui, puisque c’est le frère de Samer Samer Y ! Mais je ne comprends pas : tout cela est dans les papiers que nous avons déposés en faisant la demande.
– Le fonctionnaire (hautain) : Moi, je fais une enquête.
– Madame X (inquiète) : Mais vous n’êtes pas d’Ogero ?
– Le fonctionnaire (toujours hautain) : Si, mais moi je fais l’enquête. On vous rappellera. Vous êtes la directrice ?
– Madame X : Oui. Mais vous pensez me rappeler quand ? Car nous attendons les lignes pour pouvoir commencer à travailler, forcément.
– Le fonctionnaire (de plus en plus hautain) : On verra. Pas avant une semaine…

[…]

Jour 17
Soit presque 15 jours après le coup de fil. Inquiète du retard de plus en plus conséquent, Madame X appelle le central d’Ogero qui la renvoie vers le bureau chargé de sa région.
Personne ne répond.

Jour 18
Personne ne répond.

Jour 19
Personne ne répond.

Jour 20
Personne ne répond.

Jour 21
Une standardiste décroche enfin.
- Madame X : Bonjour. Nous avons demandé des lignes de téléphone depuis 3 semaines et je voudrais savoir où en est le dossier car je n’ai aucune nouvelle.
– La standardiste (guillerette) : Au nom de qui, habibté ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– La standardiste : Yalla, une seconde. (s’adressant à un autre employé) Elie ? Elie ? Lilouuuuuuu ? Ya Lilouuuuuuuuuuu ? Où tu es, ya Lilouuuuu ?
Lilou grommelle quelque chose.
– La standardiste (hilare) : Ya Lilouuuu. (s’adressant à Madame X). Yalla, habibté. Il est de mauvaise humeur. Il va falloir être patiente.
Elle transfère Madame X, un peu prise de court, à Lilou.
– Lilou (teigneux) : Aallôôô…
– Madame X : Bonjour. Nous avons demandé des lignes de téléphone depuis 3 semaines et je v…
– Lilou (l’interrompant) : Au nom de qui ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Lilou : La société Onsedoutepashgeuwygfruwebdj ?
– Madame X : Non, la société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Lilou (ronchon) : Une seconde. J’ai 100 personnes qui font la queue ici, je vais pas tout arrêter pour vous. Je vous rappelle dans une demi-heure.

Deux heures plus tard, Madame X rappelle et demande directement Lilou.
– Madame X : Bonjour, je vous ai contacté tout à l’heure à propos de…
– Lilou (l’interrompant) : Au nom de qui ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Lilou (devenant vraiment hargneux) : J’ai dit que je vous rappellerai. J’ai pas que ça à faire !
– Madame X (conciliante) : Je comprends, mais…
– Lilou (l’interrompant) : Je vous rappellerai. (Il raccroche).

Une heure plus tard, Lilou rappelle.
– Lilou (petit rire) : Ya madame, j’ai trouvé votre dossier.
– Madame X (soulagée) : Ha. Alors ?
– Lilou : Vous n’avez pas donné les bons papiers.
– Madame X : Pardon ???? Mais c’est impossible ! Nous avons tout déposé il y a trois semaines et tout était bon. J’ai même reçu un appel de vos services.
– Lilou (implacable) : C’est pas vrai. On n’a pas les bons papiers. On ne sait pas si votre société existe vraiment.
– Madame X (estomaquée) : Si notre société existe vraiment ? Mais enfin…
– Lilou (l’interrompant) : Moi, je peux rien faire. Si vous voulez, appelez le 01/XXXXXX et expliquez votre cas. (Il raccroche)

Madame X tente d’appeler en vain le 01/XXXXXX toute la journée. En fin d’après-midi, une femme finit par répondre. C’est un faux numéro.

Jour 22 (vendredi)
Madame X prend son courage à deux mains et se rend au bureau chargé de sa région. Lilou est en congé, on l’oriente vers un autre employé.
– L’employé : C’est au nom de qui ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
L’employé cherche dans ses dossiers, rédigés à la main et couverts de ronds de café. Il finit par trouver.
– L’employé : Ha voilà. Nous n’avons pas la preuve que votre société existe vraiment.
– Madame X : Mais enfin, vous avez le document du registre du commerce et…
– L’employé (l’interrompant) : Oui, mais les inspecteurs ne vous ont pas vue.
– Madame X (ne comprenant pas) : Les inspecteurs ? Mais on m’a téléphoné pour enquêter sur tout ça. J’ai donné toutes les informations.
– L’employé : Ça, je sais pas. Mais les inspecteurs sont venus et ont trouvé que votre société n’existe pas.
– Madame X (qui commence à voir rouge) : Venus ? Venus où ?
– L’employé (indifférent) : A l’adresse que vous avez donnée. Il n’y avait personne.
– Madame X (exaspérée) : Mais forcément qu’il n’y avait personne, puisque nous attendons les lignes de téléphone pour pouvoir commencer à travailler !
– L’employé : C’est pas le problème. Les inspecteurs viennent undercover, justement pour vérifier que vous travaillez vraiment. Et là, ils sont venus et ils n’ont vu personne.
– Madame X (incrédule) : Undercover ?
– L’employé : Oui. Si vous voulez, je peux leur dire de revenir chez vous.
– Madame X (résignée) : Bon d’accord. Quand, que nous soyons là pour tout leur montrer ?
– L’employé (zen) : Je peux pas vous dire. Ils ne disent pas quel jour et à quelle heure ils viennent, pour être sûrs de voir si vous travaillez vraiment.
– Madame X (les yeux ronds) : Vous voulez dire qu’on doit rester dans un bureau à les attendre sans pouvoir travailler ? Sinon, vous ne nous donnez pas les lignes ? Mais ils peuvent mettre combien de temps à venir ?
– L’employé : Jusqu’à une semaine, 10 jours…
– Madame X (outrée) : Attendez, ça veut dire que nous pouvons rester jusqu’à 10 jours, de 9h à 17h, à attendre les inspecteurs dans un bureau qui n’est pas opérationnel?
– L’employé : Oui. Alors ? Je leur dis de repasser ou pas? C’est vous qui décidez.
– Madame X (effarée) : Je ne pense pas avoir le choix…

Jour 25 (lundi)
Madame X reçoit un appel du bureau d’Ogero. C’est Lilou qui l’informe que les inspecteurs sont passés samedi. Ils n’ont trouvé personne (on se demande pourquoi, un samedi) mais le concierge de l’immeuble leur a expliqué que tous les bureaux étaient fermés le week-end, et que oui, la société existait bel et bien.
Lilou informe Madame X qu’on la rappellera d’ici deux ou trois jours pour qu’elle vienne payer l’ouverture des lignes.

Jour 28
Madame X, sans nouvelles et pressée par le temps, rappelle le bureau d’Ogero. Victoire! On lui annonce que tout est prêt et qu’elle peut venir le jour même pour finaliser la démarcge. En revanche, non, elle ne peut pas faire de chèque, il faut payer en cash.
Aux anges, Madame X se précipite à la banque, retire en liquide le montant prévu, brave les embouteillages et débarque, tout sourire, au bureau d’Ogero. On la mène chez Madame P.
– Madame P (courtoise) : C’est au nom de qui ?
– Madame X (tout sourire) : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Madame P : Trois lignes, c’est ça ?
– Madame X : Oui.
– Madame P : Le nom du propriétaire ?
– Madame X (qui a retenu la leçon): Samer Samer Y et Assaad Samer Y. Ils sont frères.
– Madame P : Ils ont des arriérés sur les factures ?
– Madame X (surprise) : Euh non. Ils sont Libanais, mais ont toujours vécu à l’étranger.
– Madame P : Ha, mais là, j’ai 300 000LL d’arriérés à Chiyah et 500 000LL d’arriérés à Hamra au nom de Samer Y.
– Madame X (stupéfaite et inquiète de voir que c’est reparti sur autre chose) : Chiyah ? Hamra ? Mais ce n’est pas possible !
– Madame P : Si si. Regardez : ça date de 1974.
– Madame X (entre rire et larmes) : 1974 ??? Mais ça n’a aucun sens !
– Madame P : Si si. C’est au nom de Samer Y.
– Madame X : Mais non, ce n’est pas possible. Samer Y avait 5 ans en 1974 !
Madame P feuillette son dossier, retrouve la copie de la carte d’identité de Samer Y.
– Madame P : Ha oui. En effet, ce n’est pas possible. (elle rigole). Ou alors il était très précoce !
– Madame X (se forçant à rire) : Hahaha.
– Madame P : Bon. Continuons. (elle feuillette le dossier, tombe sur quelque chose qui ne lui plaît pas). Ha.
– Madame X (inquiète) : Il y a un problème ?
– Madame P (dubitative) : Nous avons demandé trois lignes, mais les inspecteurs n’ont donné leur accord que pour une.
– Madame X (perplexe) : Allons bon. Ça ne va pas aller du tout, une seule ligne pour une trentaine de personnes, surtout dans notre métier.
– Madame P (conciliante) : Je comprends tout à fait. Je ne vois pas pourquoi ils ont fait ça.
Madame P essaie d’appeler le bureau chargé des inspecteurs. Personne ne répond. Elle essaie un numéro de portable. Personne ne répond.
– Madame P (énervée) : Ya allah ! Ils sont incroyables.
Une heure plus tard, Madame X attend toujours près de Madame P qui s’échine en vain sur le téléphone.
– Madame P : Ya allah ! Ils sont incroyables! On doit savoir pourquoi ils n’ont donné qu’une seule ligne. C’est peut-être un problème technique chez vous ? Bon. Habibté, je te rappelle demain.
Madame X repart la queue entre les jambes.

Jour 29
Madame X est toujours sans nouvelles en fin de matinée. Elle rappelle Madame P avec qui elle a fait ami-ami.
– Madame X : Bonjour Madame P. C’est Madame X.
– Madame P : Habibté !!!! Je ne t’ai pas oubliée mais tu imagines que jusqu’à maintenant ils n’ont pas répondu ? Yalla. Je te rappelle dans une demi-heure.

Trois heures plus tard, Madame P rappelle enfin Madame X.
– Madame P : Habibté ! Tu vois que je ne t’ai pas oubliée !
– Madame X : Merci, merci. Alors, quel est le problème ?
– Madame P : Alors, le problème, c’est que quand les inspecteurs sont venus le samedi, ils n’ont trouvé personne.
– Madame X (interloquée) : Je sais ! Mais ils ont vu le bureau, le concierge les a fait entrer et leur a expliqué que personne ne travaille le samedi !
– Madame P (conciliante) : Je sais, je sais, habibté. Mais comme ils n’ont trouvé personne, ils ont décidé de ne donner qu’une seule ligne…
– Madame X (déprimée et se doutant que c'est une histoire de bakhchich) : Ha. Quoi, ils nous punissent parce que nous ne travaillons pas le samedi ?
– Madame P (rigolant) : Je sais pas. Peut-être ! En tout cas, ils vont revenir vous voir. Et là, vous leur demanderez les deux autres lignes.
– Madame X (résignée, une nouvelle fois) : D’accord, d’accord. Et on sait quand ils repasseront ?
– Madame P : Non. D’ici une semaine.
– Madame X (soupirant) : Pouvez-vous, s’il vous plaît, leur dire que ce ne soit pas un samedi ?
– Madame P (rigolant) : Je vais leur mettre une note, habibté !

vendredi, 04 décembre 2009

Sainte barbe

Chers amis, aujourd’hui, c’est la Sainte-Barbe. Eh oui. L’occasion pour nous de faire le point sur une donnée essentielle de la vie au Liban.

Hier soir, les enfants se sont déguisés et sont passés de porte en porte en quête de bonbons, symbolisant ainsi la fuite de Barbe devant un père qui l’avait emprisonnée et qui la fera décapiter un peu plus tard. Dans les rues des villes et des villages, les garnements à tambours ont chanté à la gloire de Barbara, comme on l’appelle ici.
Tradition oblige, les grand-mères ont préparé du blé (dans sa fuite, Barbe se serait cachée dans un champ de blé) parfumé à l’anis qui sera mangé plus tard avec du sucre, ainsi que ces délicieux ma3kroun. Mais trêve de confiserie, nous ne sommes pas là pour parler napperons.

Voilà. Depuis quelques mois, je porte la barbe. Et ma vie a changé. Je me suis fait plein de nouveaux amis. Cela a commencé par un obscur poète-journaliste qui me croise un jour en me lançant, l’air complice: «Chou? Sert Hezbollah?». Bravo neuneu, super drôle. Ensuite, ce sont les chabeb du quartier qui m’ont accueilli à bras ouverts, un matin où j’avais taillé ma barbe impeccablement, au millimètre: «On dirait un vrai Ouwet comme ça, tu n’trouves pas Tony?». Cela s’est poursuivi par un ancien collègue, le soir de l’inauguration du Salon du livre, qui me dit: «Tu sais, tu ressembles à un rabbin!» (j’avoue, celle-là, je ne m’y attendais pas, d’autant que ça ne court pas les rues, les rabbins au Liban). Un autre encore m’a fait toute une théorie sur le caractère saint de la pilosité faciale des hommes du Levant, et surtout de celle des hommes de Dieu, qu’ils supportent l’OM ou le PSG: «La barbe, ça rapproche du Très Haut.» Ah bon? Je n’ai pas encore eu le temps d’aller me promener du côté d’Abou Samra, dans les faubourgs de Tripoli. Mais là, j’ai comme un doute sur mon camouflage: la barbe s’y porte beaucoup plus longue. N’empêche. En constatant tout ça, je me suis dit que je devrais me lancer dans la rédaction d’un manifeste pour barbus. C’est très à la mode en ce moment, les manifestes. Commençons pas une classification visuelle:

barbus libanais.jpg
Depuis quelques mois donc, je me sens parfaitement intégré. A croire que l’intégration au Liban passe par la barbe. Il ne me reste plus qu’un test à passer: me balader dans les ruelles de Haret el-Hreik avec trois appareils photo et deux caméras en bandoulière, histoire de voir si la barbe fait vraiment le moine. A bien y réfléchir, dans ce pays, mieux vaut être armé d’autre chose pour faire croire qu’on se libanise avec les années. Cela a divinement bien marché il y a quelques jours pour Captain Cavern.

samedi, 21 novembre 2009

Guinness Republic

lebanon guinness book.jpgLe virus Gu1nness-N1 a gravement frappé le Liban ces deux derniers mois. Très très violemment même. Chaque semaine, nous découvrons de nouveaux cas de Libanais fiévreux… à l’idée de laisser leur nom ou leur nationalité (il faut bien battre nos voisins du sud dans un domaine ou dans un autre) dans la prochaine édition du Guinness Book des records. D’autant plus que le fameux livre Guinness des records va se décliner en arabe sous peu. De quoi entrevoir une prochaine résurgence de la pandémie.

Il y a donc eu le plus grand hommos, puis le plus grand tabbouleh (ce qui, on en conviendra, est une grande victoire sur Israël). Et puis ces derniers jours, nous avons enregistré le plus grand collectionneur de voitures modèle réduit et la plus haute construction en allumettes. La classe internationale.

Cela n’est que la partie visible de l’iceberg, car le Liban détient une ribambelle de records que le jury du Guinness Book serait bien urbain d’homologuer:

  • Celui du plus grand nombre de kleenex jetés par les automobilistes dans les rues
  • Celui du plus grand nombre de citoyens se disant contre la guerre mais qui possèdent une arme chez eux (au cas où)
  • Celui du plus grand nombre de tassepoufs siliconées au km2
  • Celui du plus long séjour sous terre pour un être humain
  • Celui du plus grand nombre de pois chiches ingurgités en moins de 60 secondes
  • Celui du plus grand rapport iPhone jailbreakés par habitant
  • Et bien sûr, celui de la plus grosse malifeh dans le port de Beyrouth (10m pour 8,5 tonnes). Il faut bien l’avouer, c’est quand même dans la bouffe que les records sont les plus valorisants.

C’est vrai, quoi. Pourquoi s’emmerder à avoir des Prix Nobel, alors qu'il est plus simple pour un peuple de tirer sa gloire des choses vraiment essentielles?

lundi, 16 novembre 2009

Paradise city *

beirut rock festival 2009.jpgWelcome to the Dark Ages !

La nouvelle n’a pas fait les gros titres la semaine passée, et pour cause. Le Liban tout entier était en train de fêter la naissance tant attendue d’un gouvernement tout beau tout neuf synonyme, comme l’a titré – à raison – un éditorialiste d’Al-Akhbar, de «Bye bye June 7». C’est vrai que tout ça était… passionnant.

Mais la vraie nouvelle, ce fut ce mail, diffusé par le Centre catholique d’information. En voici la version anglophone (enfin, façon de parler):

Dear parents,

We would like to inform you the following statement by The General Information of Catholic Schools:
There will be a dangerous event in town, called "Beirut Rock Festival 2009"
in 11 - 13 - 14 November in Beirut.
No doubts that all of us likes music, however during this event some community of GOTHIC people will spread
their culture (death culture) and they will spread dark thoughts by (Anathema & To/Dye/For).
and there will be a huge risk for drugs (Ecstasy) to be distributed.
And there is a great danger that their will be ceremony of satanism.
As written on the Festival flyer: "No Cameras Allowed".
Why? aren't they afraid that people will see what is going on?
And cause of that, we please all parents do not let their children to attend this festival for their safety.

…et la non moins savoureuse version française:

Chers parents, éducateurs, responsables et jeunes, nous vous prions de faire attention !Un événement dangereux arrive en ville, Le « Beirut Rock Festival 2009 », les 11-13 et 14 novembre au Forum de Beyrouth Nous aimons tous la musique, mais lors de ce festival, certains groupes gothiques qui prônent la culture de la mort et des idées noires vont se produire (To/Dye/For, Anathema.) Grand risque de circulation de drogue (Ecstasy, Hasch etc.)Grand risque de pratiques de cultes et de rituels sataniques Il est bien écrit sur l'affiche publicitaire de ce festival "NO CAMERAS ALLOWED"Pourquoi ? Aurait-on peur de témoins?

Attention, les bûchers sont prêts. Décidément, l’Inquisition, tous bords confondus, est en marche.

______________________

* C’est à cette chanson de Guns N’ Roses que notre fille aînée a tout de suite pensé lorsque nous lui avons raconté toute l’affaire. Bein oui, notre fille n'a que 9 ans, mais elle aime le rock. Finira-t-elle tondue?

mercredi, 14 octobre 2009

Pump up the volume !

Ce week-end, le Sky Bar a donc fermé ses portes pour la «saison». Une saison qui se sera prolongée loin après l’été cette année, y compris en semaine puisque toutes les nuits, nous avons pu profiter du beat soutenu de cette célèbre boîte en plein air, pour la plus grande joie des fêtards beyrouthins et d’ailleurs.

Cela me donne l’occasion de revenir sur l’un des tubes de l’été, qui a fait fureur au Liban (et ailleurs): tout l’été et pendant ce début d’automne donc, nous avons pu, de notre balcon, entendre à un volume en croissance proportionnelle au passage des heures I gotta feeling des Black Eyed Peas.

Il y en a eu d’autres, bien sûr, des tubes. Mais celui-ci a retenu mon attention car je ne peux m’empêcher de trouver savoureux que pendant des semaines, des dizaines de jeunes libanais aient dansé, chanté, et sans doute trinqué au son d’une chanson ponctuée de «Mazel tov» et de «Lekhaïm» tout ce qu’il y a de plus hébreu. Le tout au nez et surtout à la barbe – c’est le cas de le dire – des censeurs, sourcilleux défenseurs de la prohibition et autres gardiens de la morale régionale qui font interdire tant d’artistes et d’œuvres pour moins que cela, mais qui sur ce coup-là, n’ont rien vu passer. Bon, d'accord, c'est anecdotique, mais voir 400 Libanais pur teint entonner tous en chœur «Mazel tov» à un mariage, ça valait son pesant de bzourat.

Tchin.

lundi, 05 octobre 2009

Tribal pursuit

trivial pursuit camembert libanais.jpgA la recherche d’un cadeau d’anniversaire pour une copine, nous avons déniché, dans un obscur magasin de jeux, un exemplaire d’une édition très limitée du Trivial pursuit. En voici quelques cartes. A vous de jouer, on attend vos réponses!

Pour rappel, G = géographie, D = divertissements, H = histoire, AL = Arts et littérature, SN = sciences et nature et SL = Sports et loisirs.

On scannera les versos avec les réponses dans quelques jours pour ceux qui sèchent.

trivial pursuit edition libanaise.jpg

 

mercredi, 19 août 2009

Wendy

wendy.jpgIl était une fois une petite fille. Cette petite fille était très fière d’être née chez les Arabes, même si ses grands yeux verts et ses cheveux châtain clair ne ressemblaient pas à ceux des autres enfants dans ce pays lointain qui manquait tant à sa maman. Ce pays, c’était un peu comme Never-Never Land: il y faisait tout le temps beau, les habitants n’y grandissaient jamais, jouaient et se disputaient tout le temps, comme les Garçons Perdus; il y avait des filles jolies comme des sirènes et des Pirates qui se battaient toujours entre eux, ou contre les Indiens et les Peter Pan du coin. La petite fille ne comprenait pas très bien, mais ça avait l’air de plaire à tout le monde, de s’amuser comme ça à faire la guerre. Surtout que, quand elle allait dans ce pays, cette petite fille n’y voyait que des gens toujours prêts à s’amuser, tirer des feux d’artifice, faire des festins et bien rigoler. Oui, ça ressemblait vraiment à Never-Never Land.

Et quand elle n’y était pas, qu’elle était chez elle dans cet endroit où il pleuvait beaucoup, la petite fille continuait de penser à ce pays bizarre. Surtout quand elle recevait des lettres de sa cousine, qui vivait toute l’année là-bas. Là, elle comprenait encore moins. Parce que ce que sa cousine lui racontait n’était pas toujours amusant. Bien sûr, il y avait des choses super: sa cousine, par exemple, lui expliquait que souvent, il n’y avait pas d’école pendant des mois. Pendant tellement de temps parfois que ça durait encore plus longtemps que les grandes vacances. C’est dire si c’était long! La petite fille trouvait que sa cousine avait bien de la chance mais elle, ça avait l’air de l’ennuyer, la cousine. Elle lui racontait aussi que parfois, il n’y avait pas d’eau ou de lumière. Mais la petite fille savait comment c’était, ça. En été, quand elle allait dans ce pays, ses parents allumaient souvent des bougies, et elle trouvait ça drôlement joli. Et c’était rigolo, aussi, de se laver parfois dans une bassine, parce qu’il n’y avait pas assez d’eau dans la douche. Mais ça non plus, ça n’amusait pas sa cousine. Il faut dire que la cousine, souvent, écrivait qu’elle avait passé la nuit dans un endroit bizarre; elle disait qu’elle «descendait dans l’abri». Pour la petite fille, c’était très mystérieux. Un abri, ça servait à prendre le bus, non? Et on ne descendait pas dedans parce que sinon, comment le bus pouvait passer? Puis elle avait compris que l’abri était en fait la cave. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi on appelait ça «l’abri», mais en tout cas, elle n’aurait pas aimé devoir dormir dans une cave. Elle ne savait pas encore que cela lui arriverait un jour.

Mais le pire, c’est quand sa cousine lui avait écrit qu’il était arrivé une chose terrible à sa famille. Ils habitaient dans un coin de la ville où on n’aimait pas les gens comme eux depuis quelques temps. Ca s’appelait «béroutoueste», ou quelque chose comme ça. Son oncle, le papa de sa cousine, avait été attrapé par des méchants et personne n’avait su où il était pendant plusieurs jours. Sa cousine avait eu très peur. Pourtant, son oncle n’était pas un méchant, il vendait des médicaments dans un magasin. Et il ne jouait jamais à la guerre. Et un jour, pendant la nuit, des hommes avec des masques et des pistolets étaient entrés chez eux et leur avaient fait encore plus peur. Alors, ils avaient pris leurs affaires et ils étaient partis habiter ailleurs dans un appartement qui ne leur plaisait pas beaucoup. Après ça, sa tante s’était mise très en colère quand sa cousine avait eu un amoureux qui habitait à «béroutoueste» et elle l’avait enfermée dans sa chambre pendant des jours. Il n’y avait toujours pas d’école mais quand même, c’était une sacrée punition et sa cousine avait beaucoup pleuré.

A Never-Never Land, il y avait toujours des histoires comme ça, difficiles à comprendre. Son autre oncle avait reçu plusieurs balles dans la jambe un jour, mais ses grands-parents avaient été contents que ce soit « juste » la jambe. La petite fille n’y comprenait rien. Des trous dans la jambe, cela devait faire horriblement mal, quand même. Pareil, dans le coin où il n’y avait pas de danger, un jour la chambre d’une autre de ses tantes (la petite fille avait plein d’oncles et tantes car dans ce pays, on aimait les grandes familles) avait complètement brûlé à cause d’une bombe. Si ça c’est un coin où il n’y a pas de danger! Heureusement, sa tante n’avait pas fait la grasse matinée pour une fois, car elle était partie tôt le matin pour prendre le bateau vers une île super qui s’appelle Chypre.

La petite fille connaissait bien Chypre, parce qu’elle y passait chaque année pour aller à Never-Never Land. On ne pouvait plus aller directement en avion à Never-Never Land car l’aéroport avait été tout cassé. En plus, il y avait aussi des gens qui disparaissaient lorsqu’ils s’approchaient du coin de l’aéroport. Ca c’était un autre truc que la petite fille ne comprenait pas: ses parents regardaient tout le temps le journal à la télé, lorsqu’ils étaient en France (vous savez, l'endroit où il pleut tout le temps). Et il y avait des noms de pays qui revenaient à chaque fois et qui semblaient leur faire très peur, mais c’était incompréhensible, comme d’habitude. On disait qu’il fallait parler avec «l’Iran» pour trouver les gens qui avaient été «enlevés» (c’était le mot qui la terrifiait le plus, mais c’était le mot «l’Iran» qui avait l’air de faire le plus peur aux grands). Pourtant, «l’Iran» disait que c’était pas lui. Mais les grands essayaient quand même de parler avec «l’Iran» et ils lui avaient même payé beaucoup d’argent. Ça avait mis du temps et les gens «enlevés» étaient restés pendant plus que 300 jours sans voir leur famille. Tous les jours dans le journal à la télé, on donnait la date comme pour un calendrier de Noël. La petite fille trouvait ça triste et n’aurait pas voulu que ça arrive à son papa. Le comble, c’est que finalement, les gens «enlevés» avaient été retrouvés grâce à un autre pays qui s’appelait «la Syrie». Et «la Syrie» avait l’air très contente qu’on vienne demander son aide. Pour la petite fille, c’était comme lorsque quelqu’un lui avait piqué son goûter à l'école, et qu’un garçon qu’elle n’aimait pas le lui avait rendu parce que c’était un copain à lui qui le lui avait piqué. Après, la petite fille avait dû tout lui souffler lorsqu’il y avait des devoirs en classe et ça ne lui plaisait pas du tout, surtout que toute la classe était au courant et que personne ne disait rien. C’était hypocrite et sa maman lui disait toujours qu’être hypocrite, c’était le pire des défauts. C'était pas beau. Depuis, la petite fille s’était juré de ne jamais être hypocrite et elle n’en avait pas cru ses yeux lorsque, des années plus tard, «la Syrie» avait encore aidé la France à récupérer quelqu’un que l’Iran voulait garder. Ils n’avaient donc rien compris? Leurs mamans ne leur avaient rien dit?
En tout cas, la petite fille avait grandi et elle commençait à trouver que Never-Never Land, les bougies, les bassines, les sirènes et les disputes, ça allait bien un moment. Grandir, ce n’était pas si mal si on savait garder une âme d’enfant. Mais continuer à jouer à faire la guerre comme les Garçons Perdus, ben, ça vous gardait perdus, justement. Et de Never-Never Land, elle constatait surtout qu’il y avait davantage de Never que de Land.
En fin de compte, la petite fille devenue grande se disait que tout ce monde-là, tous ces Garçons Perdus, auraient bien eu besoin d’une maman pour leur botter les fesses de temps en temps.

NB: Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est fortuite, ou presque.

jeudi, 18 juin 2009

La bonne et le concierge [2]

red shoe baby.jpgVous vous souvenez peut-être de notre fable beyrouthine, La bonne et le concierge. L’appartement de notre voisine du 6e avait été cambriolé, l’employée philippine et le concierge syrien figuraient en tête de liste des suspects. Nous avions mis en doute le flair des forces de l’ordre… et nous avions peut-être eu tort. Si la femme de ménage est blanche comme neige dans l’affaire, le concierge syrien – apparemment de mèche avec son prédécesseur et accessoirement cousin – serait mouillé jusqu’au cou et est maintenant en cavale… Du coup, nous avons un nouveau concierge. Et on ne s’ennuie pas. Suivez et prenez des notes pour vous y retrouver en cas de besoin…

Mohammad, originaire du Sud-Liban, succède donc à Nayef qui succédait à son cousin Karam. Mohammad est marié à Maribel. Maribel est Philippine. Maribel et Mohammad ont une petite fille de trois mois, Mariann, qui en fait trois de moins car née prématurément à 7 mois.

Maribel parle l'anglais, mais pas l'arabe, en dépit de ses 15 années passées au Liban. Mais Mohammad ne parle pas bien l'anglais. Donc avec sa femme, il parle le philippin. On aurait cru qu’il aurait opté pour la solution de facilité et plutôt amélioré son anglais, mais non. Parce que Mohammad a apparemment un talent caché pour les langues «exotiques»: il parle aussi l'éthiopien et le russe. Ethiopien on ne sait pas trop pourquoi, et russe parce qu’avant, il travaillait dans un «super nightclub». Soit un bar comme on en trouve à Maameltein où danseuses russes, roumaines et autres artistes d’Europe de l’Est se succèdent sur scène, souvent à leur corps défendant.

Et au 3e, il y a désormais Gertrud (oui, nous allons affectueusement la rebaptiser ainsi pour l’occasion). Gertrud est Allemande. A la nuit tombée, elle prend le volant de son 4x4, robe moulante rouge en strass, talons de 15cm et maquillage de circonstance. De quoi ne pas trop dépayser Mohammad qui a dû être un peu surpris la première fois mais qui, depuis, a sans doute des réminiscences de son précédent boulot. Il faut bien le dire, pour l’immense majorité des mâles (et pas seulement libanais), Gertrud est bonne.

D’ici à ce que Mohammad apprenne rapidement l’allemand, en tout bien tout honneur, pourquoi pas? Et nous nous retrouverons avec le concierge le plus polyglotte du pays.

vendredi, 05 juin 2009

Soirée à haut risk

On a tous nos petites traditions. Chaque année, plus ou moins au moment de mon anniversaire, j’organise une soirée «mecs» à la maison pour jouer à l’un de mes jeux de société préférés: Risk.
Depuis près de 10 ans, j’ai donc les mêmes partenaires de jeu. Des bons potes à moi: il y a Michel, Hassan, Samir, Walid, Nabih et, plus récemment, Saad. Comme toujours, Samir se charge de ramener les bières, Hassan quelques bons produits de la Bekaa, Michel le jus d’orange… On ne change pas une équipe qui gagne, même si c’est parfois tendu.

Hier soir donc, tout ce petit monde s’est retrouvé sur la terrasse fleurie. Après les embrassades de rigueur, nous nous sommes installés autour de la table ronde, on a sorti le décapsuleur et les pistaches, puis j’ai déployé notre plateau de jeu adoré…

risk lebanon.jpgPour ceux qui ne connaissent pas ce jeu, voici un petit rappel des règles: chaque joueur se voit attribuer un objectif (ex: Conquérir tous les territoires bleus et jaunes, Conquérir Beyrouth et 10 territoires de son choix, Anéantir les armées rouges et vertes…). Au début de la partie, on pioche des cartes que voici, nous donnant armes et territoires...

cartes risk.jpgLe AK-47 symbolise le milicien, la Voiture les attentats à la bombe et le Camion avec les Katioucha, l’artillerie lourde (sans compter la 4e carte, le joker, qui permet d’obtenir des armes supplémentaires de l’étranger). Ensuite, chaque joueur peut attaquer les territoires qu’il désire conquérir en lançant deux dés de 6.

Voilà, le décor est planté. L’année dernière, c’est Hassan qui avait gagné la partie. Il avait eu une carte Objectif facile: Conquérir Beyrouth en moins de 5 coups et anéantir l’armée bleue. Ça n’avait pas duré très longtemps, évidemment… Et Saad – le plus jeune de nos partenaires de jeu – l’avait eu mauvaise.

Nous entamons donc notre partie vers 21h30 alors que des feux d’artifice illuminent le ciel du quartier. L’ambiance est détendue, même si je sens Michel et Samir assez nerveux au moment de passer aux choses sérieuses. Chacun de nous pioche une carte Objectif. Je tombe sur Conquérir Beyrouth ainsi que les territoires Baabda, Metn, Kesrouan, Jbeil et Batroun. Conserver l’ensemble de ces territoires durant 5 tours pour proclamer la Principauté du Liban chrétien. Merde. Je me dis que Samir aurait été content de la piocher, celle-là.

Et nous voici embarqués dans une partie endiablée, où les armées des uns envahissent les territoires des autres. Nabih – qui a l’air content quoi qu’il arrive – se fait vite éjecter du jeu par Hassan et bizarrement, je n’arrive pas à comprendre les stratégies des uns et des autres. Michel met le paquet sur les territoires que je dois conquérir comme le Metn et le Kesrouan sans voir qu’il va se faire prendre par derrière, Samir n’arrive pas à dépasser les quelques territoires du nord, tandis que Hassan, petit à petit, prend possession de territoires partout sur la carte. Walid, lui, lance les dés avec fougue et se prend gamelle sur gamelle. Quand ce qui devait arriver arriva: une bataille féroce entre un Samir acculé dans la case Bcharreh et mon pote Michel, bien décidé à évincer un autre participant. Alors que Saad s’emberlificote les pinceaux tout au nord entre Minyeh-Denniyeh, Tripoli et le Akkar, Samir craque et envoie valdinguer le plateau de jeu sur lequel ne restaient plus que des pions jaunes et oranges, ou presque… Sur le moment, je suis surpris car il s’était un peu calmé dernièrement, le Samir, mais je ne suis pas mécontent que la partie se finisse ainsi, sur ce statu quo, car j’allais me faire éliminer du jeu moi aussi (faut dire que ma carte Objectif était un peu cul-cul). Walid ramasse parterre les deux derniers pions qui lui restaient en se disant qu’il pourrait bien avoir encore un coup à jouer, quel que soit le futur vainqueur.

Il y a quelques jours, j’avais eu envie de changer un peu la tradition de cette soirée entre mecs, en remplaçant le Risk (qui reste un jeu de hasard) par son pendant plus intelligent, Diplomacy. Dans ce jeu, pas de dés, juste d’habiles négociations et de la stratégie machiavélique. Je me suis ravisé au dernier moment. A juste titre je crois, car à ma table, il y aurait eu bien pire que moi et surtout bien meilleur.

Je viens de recevoir un coup de fil de Michel: il tient à refaire une partie dimanche soir. Hmm…

mardi, 05 mai 2009

La bonne et le concierge

Note aux lecteurs et aux lectrices: ceci n'est pas une fable de La Fontaine libanaise. Quoique.

police academy liban.jpgUne après-midi ensoleillée de la semaine passée, 14h30. C’est la consternation dans le quartier: l’appartement de notre voisine du sixième a été cambriolé. En plein jour, entre 9 et 13h. Au nez et à la barbe de toute une population qui se connaît très bien, et des membres de l’héroïque équipe de campagne de Ramsès III, tous occupés à jeter les dés dans un coffret en marqueterie damascène.

Les lieux du crime: un appartement sans signe particulier, à part des bijoux de famille et une enveloppe où reposaient quelques dizaines de billets de 100 dollars. La porte a été fracturée, mais pas trop, laissant supposer que le (ou les) voleur(s) disposai(en)t de la clé. Les policiers du quartier ont donc débarqué, garant leur Dodge Charger rutilante sur le trottoir d’en face. D’abord deux hommes en uniforme fraîchement imprimé de ce beau camouflage gris et noir, puis l’équipe technique, chargée de relever les empreintes digitales sur la porte d’entrée, les placards et les tiroirs fouillés par les visiteurs. Puis une deuxième équipe, et une troisième. Immédiatement, tous les voisins se mêlent de l’enquête, et donnent leur avis sur la culpabilité des uns et des autres. «C’est certainement la bonne ou le concierge», assure un sexagénaire, sûr dans son flair.

Evidemment, l’employée de maison philippine et le concierge syrien ont passé un long moment au poste. Ayant eu vent des commentaires des voisins, l’un des policiers glisse un peu agacé: «Ils se prennent tous pour des FBI!» Avant d’ajouter, lui aussi sûr de son flair: «C’est souvent la bonne qui se fait séduire par le concierge.» Le problème, c’est que les deux avaient un alibi en béton armé, ce qui réduit à néant la déduction facile conduisant systématiquement à ces coupables tout trouvés: les deux étrangers commis d’office aux tâches ingrates pour un salaire de misère.

Depuis, plus rien. Pas d’enquête de voisinage, quelques timides questions aux habitants de l’immeuble, forcément insoupçonnables (nous en autres). Notre voisine continue de pleurer ses dollars mis de côté pour un voyage au Canada qu’elle ne fera plus. Les alibis des usual suspects étant confirmés, l’affaire en restera certainement là.

Mais réjouissons-nous: parmi les projets de coopération entre la France et le Liban annoncés lors de la récente visite de Michèle Alliot-Marie à Beyrouth, quelque chose a piqué ma curiosité. Beyrouth et Paris viennent d’annoncer la création d’une académie de police, sur un terrain de plusieurs hectares à quelques encablures de l’aéroport. Aurons-nous bientôt de vrais enquêteurs à mettre dans les Dodge offertes par l’Oncle Sam? Mystère mon cher Watson…

vendredi, 24 avril 2009

Haifa, George & le Cessna

vatican.jpghaifa wehbe.jpgcessna.jpgLa ville est en émoi. Enfin, pas toute la ville non plus, et pas tout le monde non plus. Surtout pas pour les mêmes raisons.

Au milieu, nous avons un gros groupe de poilus qui pleurent toutes les larmes de leur corps: leur idole s’est faite passer la bague au doigt ce matin à un obscur homme d’affaires égyptien. Voilà, c’est fait c’est dit, Haifa Wehbé s’est (re)mariée, brisant les cœurs de tous les Arabes, du Maroc au Golfe persique. Céty pas triste ça!

A gauche, nous avons le Centre libanais des droits humains et la Fédération internationale des droits de l’homme qui s’insurgent contre la nomination du général George Khoury, ex-boss des renseignements militaires (qui s’est fait soufflé la politesse par Khawaji pour le trône kaki), au poste d’ambassadeur auprès du Vatican. Les deux organismes lui reprochent son goût pour la torture et considèrent que ce placard doré lui fournit une immunité qu’il ne devrait pas avoir. Remarquez, ce ne serait pas la première erreur de casting au Saint-Siège.

Et puis à droite, y’a l’armée libanaise qui frétille. Sur son site web, nous découvrons ébahis que «les Forces de l’air» sont toutes heureuses de vous faire part de la réception, en provenance directe des Etats-Unis, d’un… Cessna Caravan (je savais pas que ça existait, la version caravane d’un avion). Ce doit être pour se prémunir de la prochaine version israélienne de Tora! Tora! Tora!

Comme quoi, il s’en passe des choses au Liban…

mercredi, 01 avril 2009

[BREAKING NEWS] « We got him »

news 4.jpg

 
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