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dimanche, 22 mars 2009

The descent

Soyons clair, il s’agit d’un véritable scoop, de ceux qui feront la une du 20h, des quotidiens des quatre coins du monde demain matin et des magazines scientifiques les plus sérieux.

Nous venons de faire une découverte historique lors d’une excursion vers le gouffre de Balaa, dans la région de Tannourine. Un très joli coin pour un pique-nique d’ailleurs. Ça donne ça.

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Nous étions seuls, et l’écho de nos voix a provoqué un éboulement sur le côté gauche de la grotte béante. Après trente secondes d’un vacarme assourdissant, nous avons découvert un nouveau puits naturel en forme de spirale. Incroyable.

gouffre%20balaa%201.jpg

Intrigués, nous sommes descendus en nous agrippant à la paroi glissante. Vingt minutes plus tard, nous nous sommes retrouvés dans l’obscurité la plus complète. A la lueur de nos torches, nous avons continué et avons mis à jour une vaste cathédrale minérale dans laquelle aucun être humain n’avait probablement pas pénétré depuis plusieurs millénaires (ce qui tendrait à prouver que les Phéniciens peuvent aller se rhabiller côté ancienneté).

Armés de notre seule curiosité, nous nous sommes aventurés dans les entrailles de la terre pour tomber sur une ville souterraine. Les murs sculptés, couverts de runes magiques, semblaient figés comme un décor de théâtre abandonné. Après de courtes recherches, nous avons trouvé une salle ressemblant à une crypte. Désolé, la photo au flash n'est pas très bonne. Et je ne comprends pas d'où viennent ces taches bizarres...

crypte baala.jpg

Nous y avons découvert un pupitre sur lequel étaient disposés deux grimoires. Au sol, un coffre de bois couvert de cuir résista un peu avant de révéler son contenu: une carte étonnamment bien conservée.

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Nous ne pouvons garder ce secret pour nous, le monde entier doit savoir. Pour vous rendre compte de l’importance de cette découverte, nous vous invitons à lire ces quelques fragments du grimoire. Et pour tout comprendre, jetez un coup d’œil la carte en parallèle.

Tout n'est pas toujours bien lisible mais vous verrez, c’est saisissant.

jeudi, 12 février 2009

Au pays de Tanguy

tanguy liban.jpgNous en connaissons tous. Ils roulent dans de grosses voitures, ils ont des postes à responsabilité dans des sociétés importantes. Ils sont trentenaires, voire quadras. Ils ont des iPhone 3G désimlockés ou des Blackberry, ils déjeunent tous les midis au restaurant. Et quand ils n’ont pas le temps de traîner chez Casper & Gambini ou au Sushi Bar, ils débarquent le matin au bureau avec le petit casse-croûte que leur maaamy a préparé. Les Tanguy vivent – par définition – chez paaapy et maaamy, et trouvent cette situation tout à fait normale, même passée la trentaine.

Le Tanguy, évidemment, est célibataire. Car le Tanguy ne quitte pas le jupon maternel tant qu’une Tanguette n’a pas pointé le bout de son nez (en trompette bien sûr, naturel ou non peu importe). Seulement voilà, il arrive souvent que la Tanguette se fasse désirer. Du coup, le Tanguy attend, attend mais au moins il économise. Car habiter chez paaapy-maaamy jusqu’à 35 ou 40 ans a quelques avantages: pas de loyer à payer, pas de linge à laver ou à repasser, pas de petits plats à préparer… Si bien que le Tanguy – même s’il a assuré l’essentiel c’est-à-dire son confort matériel – est souvent très mal préparé à voler de ses propres ailes. Du coup, il prend encore plus son temps.

Alors, quand Tanguette entre dans sa vie, Tanguy place la barre très haut: Tanguette (et/ou la future employée de maison) doit avoir mille cordes à son arc, et surtout ne pas avoir le même âge que lui. En effet, chez Tanguette, il y a un petit truc qui fait tic-tac-tic-tac-tic-tac. Passés 25 ans, Tanguette attire les regards réprobateurs de ses proches (genre «Haram! Elle va bien trouver à se marier, elle est bien faite pourtant! Quand est-ce que je vais devenir tétâ, moi?»). Dans la France du XVIe siècle, on affublait du surnom de Catherinette ces femmes de 25 ans encore célibataires. Au Liban, ce sont les Tanguette qui sont pointées du doigt. La société libanaise est en effet bien plus cruelle pour les Tanguette que pour les Tanguy qui, eux, peuvent se permettre de faire traîner les choses: même octogénaires, ils pourront toujours se reproduire. Pourtant, ce sont bien eux les coupables: rien ne les empêche de prendre un appartement ou d’imposer leur volonté d’indépendance, de dire à leurs aïeux que «bon, là, ça suffit, je ne suis plus votre piou-piou…», de casser le moule et de couper le cordon. Blah blah blah. Mais non. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? D’un autre côté, si les Tanguette n’attendaient pas de trouver le mari qui pourra remplir les quotas syndicaux leur garantissant la maison (300m2 minimum), la voiture (4x4 V8 minimum), la «Philippinaise» (18 heures de travail par jour minimum) et le coiffeur (2 fois par semaine minimum) – enfant en option –, cela faciliterait aussi les choses.

Finalement, comme dans un conte de fée, tout est bien qui finit bien: Tanguy – qui a gagné quelques kilos à la ceinture avec les années, les restos et les sandwiches de maaamy mais perdu quelques poils sur le caillou entre temps – finit par se marier avec une Tanguette toute floutée et auréolée sur les photos de mariage publiées dans les magazines mondains. Une fois la meringue de Tanguette étalée sur papier glacé, Tanguy n’a plus que neuf mois à attendre pour entendre brailler puis voir grandir Tanguy Jr (oui, un fils de préférence sinon «haram»). On en croise parfois à la sortie des maternelles, de ces Tanguy devenus pères à 45 ou 50 ans. Ils ont souvent l’air gauche et soucieux. Peut-être sont-ils en train de se dire qu’à leur tour, ils en ont pris pour 45 ans.

jeudi, 28 août 2008

Zeebrugge-Beyrouth

8886357.jpgVers 13h30 hier, une frégate belge a accosté à Beyrouth en provenance de Zeebrugge. Sa mission: prendre part à la surveillance des eaux territoriales dans le cadre de la Finul, et traquer d’éventuels contrebandiers d’armes en vertu de la résolution 1701. Sur le quai numéro 5 du port, l’imposant bâtiment de guerre se reposait tranquillement en attendant d’effectuer des rotations en mer d’une dizaine de jours chacune. A 50m, une embarcation de la marine libanaise flottait, pavillon au vent. Une image magique. Le ministre belge de la Défense était là pour l’occasion (c’est la première fois que son plat pays envoie un navire de guerre sur un théâtre des opérations étranger), et pour vendre à l’Etat libanais une quarantaine de tanks, des transports de troupe et des munitions à gogo (faudrait peut-être vendre des bateaux vu la pauvreté de l’équipement actuel). A la fin de son petit discours, le ministre a salué le «rôle stabilisateur du Liban dans la région» et s’est félicité du «climat politique local apaisé» depuis l’accord de Doha. Le grand bonhomme, sorte de croisement entre Dominique de Villepin et Philippe de Villiers, avait certainement dû abuser de l’arak lors du déjeuner. Car au moment même où les marins belges écoutaient leur ministre de tutelle, la tension montait un peu partout, de Tayyouneh à Basta en passant par la Bekaa et Nabatiyeh à coup de bombes sonores et autres joyeusetés, sans parler des empoignades verbales (voire plus) au Parlement. Tout va donc bien au Liban, merci monsieur le ministre.

Mais depuis hier midi, le Liban s’est remis en marche: la justice a condamné à mort le président libyen dans le cadre de la disparition de Moussa Sadr; le ministre des Télécoms a déclaré que les tarifs du cellulaire chuteraient bientôt; et notre président a appelé de ses vœux à un retour en grâce de la Syrie sur la scène diplomatique (gloups!). Un vibrant appel à la séculaire amitié libano-syrienne d’ailleurs précédé par l’annonce du voyage de Sarkozy à Damas les 3 et 4 septembre prochain. Et puis une dépêche de l’AFP vient d’arriver: un hélicoptère de l’armée a été touché par des tirs d’origine inconnue dans le Sud-Liban (1 mort). Tout va donc bien au Liban, merci messieurs.

Seule ombre au tableau dans ce panorama idyllique: le ciel de Beyrouth est gris-blanc depuis une bonne dizaine de jours.

mercredi, 23 juillet 2008

Shooting dogs

Comme tout Français moyens, il nous arrive de faire les courses en famille. De retour en terre libanaise, nous étions investis d'une mission facile à accomplir: remplir le frigo. Direction donc le Géant de Jdeidé, ne serait-ce que pour voir si cette enseigne (liée à Monoprix) était toujours ouverte.
Premier constat: oui, Géant et Monoprix sont toujours là, vu que le vendeur libanais et l’acheteur du Golfe sont maintenant en procès. Ouf pour mon ambassade de France à moi.
Second constat: les rayons ont néanmoins perdu une bonne partie des produits maison «made in France».
Au rayon jardinage (on aime bien le jardinage), Nat voulait s’acheter de grosses cisailles. Soit. Mais à côté desdites cisailles, bien en évidence à 20cm du sol (soit la hauteur parfaite pour des gosses), de magnifiques cure-dents géants brillaient sous les néons. En voici un...
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Des machettes au rayon jardinage, pourquoi pas? Après tout, l’usage premier de cet ustensile est de couper des lianes en pleine jungle ou de touffus bambous. Le truc, c’est qu’au Liban, on a ni jungle (au sens propre) ni forêt de bambous. Le second usage de cet ustensile, certains pays des Grands Lacs en ont malheureusement fait les frais.
Alors de quatre choses l’une: l’importateur prévoit que le Liban se recouvre d’une jungle luxuriante d’ici la fin de l’été (probabilité: 0,1% au vu des feux de forêts en cours dans notre belle montagne); ou cet importateur prévoit une pénurie de AK-47 (probabilité: 49,9%); ou encore un container s’est perdu en chemin et a été débarqué au port de Beyrouth par erreur (probabilité: 30,7%); ou enfin c’est un cadeau de l’ambassade de Chine au Liban, très dynamique commercialement (probabilité: 19,3%).
Dernier détail de taille: la machette «made in China» ne coûte que 2500 livres libanaises (même pas 2 dollars). Du coup, j’ai failli en prendre quatre, une pour chaque membre de la famille. Et même cinq: quatre pour nous et une cinquième pour Samir Kantar. Nous n’avons pas les moyens de lui offrir un M-16 comme Hassouna, mais une machette lui irait à ravir.

mardi, 22 juillet 2008

Atterrissage

Nous voici donc rentrés de vacances, accueillis par un véritable feu d’artifice, au sens propre comme au figuré.

372190783.jpgL’impressionnant panache de fumée qui s’élève au-dessus de Borj Hammoud et s’étend en une longue corolle malodorante jusqu’à devant chez nous ne résulte ni d’une éruption volcanique (il n’aurait manqué plus que ça), ni d’un attentat. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait de pneus en train d’être brûlés, comme cela s’est déjà produit en dépit du bon sens et de l’environnement, mais non. Selon certains sites web, la chaleur aurait en fait provoqué un incendie dans l’une de ces cuves de pétrole rassemblées en bord de mer comme de néfastes champignons tachetés de rouille. D’autres assurent qu’il s’agit de l’inénarrable décharge de Dora qui est en train de brûler à tous vents. Toujours est-il que cela fait bien une heure que les boucles noires se déroulent dans un ciel d’un bleu limpide. Faut-il y voir un symbole?

Bref. Nous avons raté le retour glorieux de Samir Kantar, promu depuis haut responsable dans les rangs du Hezbollah, et potentiel candidat lors des prochaines législatives. Le Liban n’est plus à un assassin près pour peupler ses hautes sphères politiques, mais tout de même.

Nous avons aussi manqué le triomphe parisien de Bachar le 14 juillet, couronné par la visite hier de Walid Moallem et son terrible «Ils ont attendu 30 ans, ils peuvent bien attendre encore quelques semaines», monstre de cynisme à l’adresse des familles de détenus libanais en Syrie. Qu’on se rassure, Moallem a renouvelé ses vœux d’échanges d’ambassades entre la Syrie et le Liban. Ce qui serait tout à fait dans l’ordre des choses, maintenant qu’au Liban, on a repris les bonnes habitudes du temps de la tutelle, avec ces mêmes familles de détenus repoussées sans vergogne ni pincettes par des soldats trop zélés.

Nous avons encore raté le mariage de la fille Sleimane à Beiteddine, pour lequel, il y a déjà plusieurs mois, la date du concert de la cantatrice Karima Skalli, dans le cadre du festival de Beiteddine donc, a dû être repoussée. En effet, Sleimane n’était pas encore élu qu’il prévoyait déjà l’événement dans la résidence d’été des présidents libanais. Et tant pis pour l’artiste qui, par bonheur, a accepté de modifier ses dates. Sleimane est prévoyant, ça rassure.

Nous avons loupé enfin la constitution de ce gouvernement d’union nationale dont la seule fonction sera de préparer les législatives de 2009. Législatives pour lesquelles toute la classe politique s’écharpe déjà. J’avoue qu’à mon sens, le principal point positif de l’affaire est le choix de Ziad Baroud au ministère de l’Intérieur. J’apprécie le bonhomme et espère que le pouvoir ne le corrompra pas comme cela arrive presque toujours. En revanche, nous sommes rentrés juste à temps pour les pétards et autres joyeusetés qui célébraient les résultats d’examens tard dans la nuit.

Prendre (très) rarement des vacances a ceci de particulier qu’on en a si peu l’habitude que cela paraît irréel. Jamais l’image de la parenthèse ne m’a paru si pertinente. Cette brève parenthèse est déjà refermée et nous n’avons pas l’impression d’être partis. Nous revenons simplement de ces 10 jours à Sharm el-Sheikh avec le sentiment non seulement d’avoir été exclusivement perçus comme deux portefeuilles ambulants (mais c’est le jeu du tourisme après tout), mais surtout d’un dramatique gâchis pour le Liban. Imaginons un peu le bord de mer beyrouthin – allez, au hasard, à Ramlet el-Baïda – mis en valeur et exploité intelligemment comme l’est celui de Naama Bay. Oui, alors, on pourrait parler du Liban comme d’une véritable destination touristique et de son ministère du Tourisme comme d’une institution ayant une véritable politique en la matière. Je sais, pour cela, il faudrait régler mille et une questions de politique intérieure et étrangère. Il faudrait la paix aussi.
Mais après un bref séjour parisien fin juin et après ce court épisode égyptien, je ne constate tristement qu’une chose: le Liban se croit à la pointe de tout alors qu’il ne fait que cumuler les retards sur tous les plans. Y compris commerciaux, touristiques, culturels, environnementaux. Y compris.
Bien sûr, en Egypte (et ailleurs), ce sont les «artistes» libanais (les Haïfa, les Nawal el Zorghbi, les Nancy Ajram…) qui passent en boucle sur les chaînes de télé, ou en tout cas sur Rotana. Bien sûr, les Libanais peuplent le monde arabe et au-delà, exportent leurs talents, s’adaptent comme ils savent si bien le faire et parfois se distinguent même. Mais qu’en est-il du Liban lui-même ?
A notre retour, j’ai réceptionné les magazines de Dubaï pour lesquels je travaille. Et, une nouvelle fois, un courrier des lecteurs – sélectionné comme courrier du mois, je ne sais pourquoi – se plaignait de la place accordée au Liban dans ces pages et espérait que, maintenant que la «situation» s’est stabilisée, on passerait à des choses plus importantes. Non seulement le Liban est à la traîne, mais en plus il lasse…

[...]

En exclusivité, voici la prochaine version de la fiche signalétique concernant le Liban qui sera publiée sur le site letatdumonde.fr.

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lundi, 23 juin 2008

« On pensait que ça s’était calmé au Liban »

1659145432.jpgSi cet homme sonne à votre porte, ne lui ouvrez pas. Si cet homme insiste lourdement, cela voudra dire qu’une petite goutte d’eau aura fait déborder le vase du côté sunnite. Cela fait trois semaines que je propose le sujet aux rédactions étrangères concernant la tension entre sunnites et chiites (surtout entre sunnites et alaouites à Tripoli)… Il a fallu quelques morts ce week-end dans ce qui reste l’une des principales poudrières du pays pour que je reçoive un «OK, on prend, mais on pensait que ça s’était calmé au Liban». Eh oui… ça s’est calmé légèrement en surface. Mais alors, juste en surface…

Comme les chefs de file de la majorité et de l’opposition font traîner en longueur leurs discussions sur la composition du gouvernement d’union nationale, les abadays de chaque camp ont ressorti les pétoires de leurs matelas. Tripoli a vécu au son des tirs ce week-end, Taalabaya et Saadnayel ont fait de même au début du mois, sans parler les camps palestiniens… Ce bon cheikh Omar Bakri nous avait dit que les salafistes attendaient la goutte qui ferait déborder le vase pour qu’Al-Qaïda se manifeste avec tambours et «pizza delivery» à gogo. Je me demande s’il parlait d’une goutte de Zam Zam Cola…

mardi, 03 juin 2008

The lost world

1129325701.jpgLe Sarcosuchus Imperator est l’un des dinosaures les plus impressionnants qui soient: cet ancêtre du crocodile mesurait 12 mètres et pesait 9 tonnes. A l’époque du crétacé, c’était une véritable bête de guerre (la grosse bébête ci-dessus). Rien ne lui faisait peur et, adepte de la vie en eaux troubles, il croquait ses rivaux à la pelle.

Plusieurs millions d’années plus tôt, au jurassique, vivait le Stégosaure, un animal cuirassé, bardé de plaques hérissées sur le dos (sans autre utilité que de faire peur). Le genre de dinosaure sympa et consensuel qui ne mangeait que des feuilles. Lent et maladroit, il était très vulnérable face aux prédateurs du cru. Malgré sa grande taille (9m de long, 4 de hauteur et 2 tonnes) et en raison du volume de son cerveau (pas plus gros qu’une noix), il ne faisait de l’ombre à personne.

Cent dix millions d’années plus tard, ces deux espèces vont enfin se rencontrer. Ce face-à-face «historique» aura lieu samedi prochain, sur les rives orientales de la Méditerranée. Du côté de Baabda, pour être précis. Le Sarcosuchus UMPerator, paraît-il accompagné du Diplodocus Hollandosaure, du Galliminus Bayrouchus et de la Gastonia Buffetosaure, est donc attendu. A l’ombre d’un grand cèdre (c’est pour la carte postale car les cèdres se comptent sur les doigts de la main au Liban), le Sarcosuchus UMPerator – toutes griffes et tous crocs dehors à son état naturel – a promis de venir saluer le Stégosaure Sleimanus. Que vont-ils se dire (en langage de dinosaures, faut-il le préciser)? Personne ne le sait. Le Stégosaure Sleimanus ne compte pas faire de conférence de presse commune avec le Sarcosuchus UMPerator. En fait, notre Stégosaure traîne une réputation de dinosaure un peu timide et sans grand charisme. Car, bien qu’équipé de plaques colorées sur son dos, il ne fait peur à personne (rappelons que c’est un herbivore sympatoche).

Et puis dans sa contrée planent de trop nombreuses menaces pour qu’il ose agiter sa lourde queue garnie de piquants: il y a le Tyrannosaure Washingtonus, le Triceratops Damascus, le Spinosaure Persus, le Ptérosaure Israélus, le Pachycephalosaure Bédouinus et les très nombreux Velociraptors Palestinus qui ne demandent qu’à mettre leur grain de sel dans le royaume du Stégosaure Sleimanus. Du coup, la rencontre de samedi ne revêt que peu d’intérêt: le Sarcosuchus UMPerator vient marquer un territoire qui, depuis l’envoi en éclaireur du Kouchnerophysis l’an dernier, est devenu le terrain de chasse d’autres prédateurs. A l’ombre du grand cèdre, il ne se passera donc rien.
Le seul spectacle dont nous pourrons tirer une quelconque joie consistera certainement en une nuée de Microraptors Journalistus qui suivent par instinct de conservation toutes les migrations – et elles sont nombreuses – du Sarcosuchus UMPerator.

[...]

Devinette Comment s’appelle la femelle du Sarcosuchus UMPerator?

jeudi, 15 mai 2008

Liban, oiseau...

254160366.jpg...à la blanche robe
Dans l'enfer des villes
Sous mes pieds tu te dérobes
Tu es vraiment le plus fragile (docile?)

mardi, 06 mai 2008

Hassan, Walid et miss Météo

792286487.jpgBonjour, vous êtes bien sur MétéoLiban, et voici les prévisions pour demain: les brumes de pollution matinales devraient se dissiper rapidement, et nous devrions avoir un temps globalement ensoleillé, mais couvert en milieu de journée par d’épais nuages noirs de fumée émanant de tas de pneus brûlés. Les températures devraient monter largement au-dessus des moyennes saisonnières. Bonne soirée et restez chez vous demain!

[…]

Elle est chouette la speakerine de MétéoLiban, elle a tout compris: la météo libanaise est recouverte d’une brume de manipulation bien épaisse. Il y a vraiment de tout en ce moment, les déclarations incendiaires bourgeonnent comme les gardenias et les jacarandas des cours d’école.
Tiens, parlons-en de l’école. Il y en a une juste à côté, et c’est plutôt folklorique. Dans la cour, Walid accuse Hassan d’avoir un pistolet à eau et de terroriser tous les petits camarades avec, Hassan rétorque que Walid n’est qu’un américhien; Walid dénonce le réseau de talkie-walkies Playschool de Hassan, Hassan lève les yeux au ciel en disant que Walid fait le jeu du complot chioniste (il a pas bien compris ce que disait son papa à table la veille); Walid ne comprend pas ce que faisaient trois élèves d’une école étrangère pas loin de la maison de son pote Samir, Hassan, lui, se dit qu’il ne fallait pas faire tout un fromage de cette histoire… Ça se chamaille sec entre Walid et Hassan ces derniers jours, et dans la cour d’école, un autre gamin essaie de montrer qu’il a des muscles, en vain. C’est le petit Michel. Lui, il aimerait bien que tout le monde l’écoute, mais il n’est pas aussi populaire qu’il le croit à la récré. Pendant ce temps, les nuages promis par miss Météo s’accumulent, s’accumulent… Alors Walid et ses potes se fâchent fort, car aucun d’entre eux ne comprend ce que veut vraiment Hassan. C’est vrai, quoi, il veut quoi ce petit Hassan? Il a déjà toutes les billes de ses copains, un lance-pierre, une fronde (quoique non, il a jeté sa fronde, ça fait trop «David» à son goût), il pique les casse-croûtes de Michel (c’est leur deal depuis le CP), et ses copains de CM2 (les grands, quoi) bloquent toutes les sorties de la cour de l’école afin qu’Hassan soit sûr que tout est sous son contrôle. Et comme il n’y a plus de directeur dans leur école depuis 6 mois, Hassan, Walid et tous leurs petits copains de jeu font n’importe quoi. Mais bon, à l’école, aucun gamin n’ose plus trop approcher Hassan car personne ne sait ce que ce garçon à la bouille trop gentille a réellement dans la tête. Prendre le contrôle de l’école par la force? Eliminer les garçons aussi populaires que lui? Lancer une bataille de bombes à eau avec les voisins de l’école d’à-côté sans prévenir ses petits copains?
Du coup, comme tout ça est très confus et que la majorité des enfants de cette école n’a aucune prise sur les agissements de nos caïds en culotte courte, ces derniers en rajoutent des couches quotidiennement. Jour après jour, Walid et surtout Hassan brouillent les pistes (pas la 17 de l’aéroport, je vous vois venir…). Peut-être qu’il a une enfance malheureuse pour se comporter comme ça, celui-là.

[…]

Ah, miss MétéoLiban veut reprendre l’antenne: il a plu ce matin à l’Université libanaise de Fanar, et il pourrait pleuvoir du côté de Mazraa, de Basta et de Jdeidé demain. Sortez couverts!

[…]

Cool, l'électricité vient de revenir, voici la météo en live: 


envoyé par viliendelabarbe

jeudi, 24 avril 2008

Acouphènes à coup sûr

Le jour où nous avons visité l’appartement que nous habitons, nous avons tenu à vérifier tout ce qui aurait pu ressembler à un vice caché. Tout nous a semblé parfait, mais une chose nous a échappé: la proximité d’une église. Nous avons péché par omission.
Le Liban est un pays où la religion tient une place vraiment à part, et quand vient le moment de Pâques (version orthodoxe dans notre périmètre), c’est l’hystérie collective. Et que ça tire des pétards, et que ça bloque rues et avenues avec des processions, et que ça fait sonner les cloches du matin au soir, et que ça fait saturer les enceintes avec des litanies sans fin…

Dans notre quartier, c’est au carillonneur qui fera le plus de bruit, et ce sont tous des champions du monde. Le reste de l’année, c’est tous les samedis et tous les dimanches de 8h20 à midi, à grand renfort d’ampli et de haut-parleurs, que le prêche se superpose aux chants et aux cloches. Et pour Pâques, la tapage diurne se déguste «à volonté» comme la mayo au Club Med: après la soirée d’hier où cloches et prières ont raisonné jusqu’à minuit, ce matin, les festivités ont repris à 6h, et ce n’est toujours pas fini.

Montez le son, ça donne donc ça non-stop, du lever au coucher du soleil en ce moment…



Ces chers curés oublient tout sens civique de vie en communauté, au mépris de la liberté que les citoyens ont de ne pas subir ce raffut et là, pas un agent avec son brassard «indibat» à l’horizon pour leur demander de baisser le volume! Si nous leur avions loué le terrain, admettons…
Je veux bien comprendre la ferveur d’un clergé et d’une population pour un épisode biblique mystique et fantasmé, mais j’avoue que je ne comprends pas à quoi riment ces débordements sonores: peut-être que les chefs de service ORL des hôpitaux de Beyrouth sont tous de la famille d’une béatitude locale et attendent leurs futurs clients frappés d’acouphènes? Ça doit être ça le but caché: provoquer la surdité de la population. Déjà que nous sommes de plus en plus aveugles face à ce que se passe dans le pays… Djezousse a, paraît-il, rendu la vue à un aveugle (ouf, y’a donc de l’espoir!), mais jamais l’ouïe à un sourd (ou alors c’était dans l’épisode que j’ai raté de la saison 4). Faudrait peut-être s’en souvenir.

lundi, 21 avril 2008

Mon ambassade de France au Liban va fermer ses portes

Avertissement au lecteur L’image (sans intérêt) qui va suivre sera bientôt une photo collector.

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Mon estomac est certainement la partie la plus francophile de mon anatomie. Mon estomac est certainement un affreux impérialiste occidental. Mais mon estomac va certainement devoir se faire une raison: il va bientôt erdre l’un de ses dealers habituels.

Monoprix et Casino vont donc fermer leurs portes dans deux mois. Ces deux enseignes représentaient deux petites parcelles de France dans notre pays. Une sorte d’ambassade bien plus sympathique que la vraie au quotidien. Une de celles où l’on pouvait se réfugier et ressortir avec un grand sourire sans avoir fait la queue pour rien pendant des heures. Mais voilà, l’époque des Danette chocolat à 9995 livres libanaises (que nous n’achetions plus depuis longtemps) va bientôt s’évanouir. Admic (la société qui gère Monoprix, Géant-Casino, le BHV…) a vendu ses supermarchés pour 97 millions de dollars au groupe koweïtien Sultan Center. Dans deux mois, nos habitudes alimentaires vont donc changer, et notre porte-monnaie prendre un mauvais coup supplémentaire. Peut-être que je me trompe, mais je serais très étonné de trouver des saucisses de Toulouse, des merguez, tous ces délicieux gâteaux, fromages et autres vins de France dans un magasin venu du fin fond du Golfe.

En début d’après-midi, je suis passé au Monoprix d’Achrafieh comme l’on va faire un pèlerinage à la vierge de Harissa: au rayon fromages, j’ai vu mon pote Maurice, avec sa petite moustache noire et la tranche de Fondel qui attend mes gamines à chaque visite. Il m’a dit qu’il allait garder son boulot malgré le changement d’enseigne (tant mieux pour lui), mais que les rayons allaient certainement changer. Ah bon?

Je le revendique donc: je suis un horrible Occidental impérialiste qui tient à ses habitudes de consommation, et ça me fait mal où je pense de devoir faire une croix sur le contenu de mon frigo. Ce sanctuaire que je croyais à l’abri, lui.

Alors je lance un appel solennel à tous ces gens qui viendront de France pour nous voir: chargez vos valises!

vendredi, 29 février 2008

Alien vs Predator, requiem à Beyrouth

Je viens de voir un sommet de la bouffonnerie cinématographique, mais qui, au 17e niveau de lecture, prend un sens tout particulier: il retrace les dernières années au Liban.
Ce film, c’est Alien vs Predator Requiem (qui enterre pour de bon ces deux belles franchises, mais mon Dieu, qu’ont-ils fait d’Alien!!!).

46b5feab99a22633d2354ba76f625580.jpgDans AVPR (le nom de code marketing du «film»), deux forces du mal [différents éléments de l’Orient et de l’Occident, selon les époques] s’affrontent dans une bourgade paumée dont personne n’a rien à faire [le Liban], aux Etats-Unis (forcément, quand un ovni s’écrase sur Terre, c’est chez eux). Bref, la population de ladite bourgade [les Libanais] subit l’affrontement des «forces du mal», tout en se crêpant le chignon, soit pour une blondasse allumeuse [les caisses de l’Etat], soit pour comprendre pourquoi il n’y a plus de courant en ville [tout pareil]. Et cette population prend les armes [tout pareil] et finit par se diviser entre ceux qui vont squatter le centre-ville [tout pareil, je n’invente rien!] et ceux qui espèrent trouver refuge à l’hôpital [le 14 Mars à Ryad, Washington, etc.]. Alors que le bon peuple se fait trucider allègrement [tout pareil], les deux méchants font semblant de s’en mettre plein la tronche directement [Israël et la Syrie, l’Iran et les Etats-Unis, etc.], tout en cassant tout autour d’eux [le Liban]. Au bout d’un combat auquel le spectateur ne comprend rien tant la mise en scène est foireuse [comme les Libanais devant leur téléviseur chaque soir à l’heure du JT], le gentil-méchant Predator transperce le crâne du méchant-méchant Predalien (croisement improbable des deux méchants), tout en se faisant lui-même empaler le dos par la fourbe queue dudit Alien à dreadlocks (warf warf warf – cf. la photo ci-dessus). Du coup, ce combat des sous-chefs ne se termine pas par la fameuse formule «ni vainqueur ni vaincu», mais par «vaincu et vaincu» [comme au Liban]. Pendant que les deux gars en costume de latex poussent leur dernier soupir, tout s’écroule autour d’eux: les personnages du film fuient leur bourgade [comme les Libanais qui trouvent refuge à l’étranger].

La seule question restant en suspend tient à la scène finale du film (attention spoiler, mais comme personne ne doit dépenser ses euros, ses dollars ou ses zlotis pour ça, c’est pas grave!): des chasseurs-bombardiers de l'US Air Force lourdent un gros suppositoire à l’uranium enrichi. La bourgade américaine est pulvérisée par un champignon atomique.
Bon, on va espérer que la comparaison entre AVPR et le Liban s’arrête à la fin du paragraphe précédent. Mais l'arrivée, bien réelle cette fois, de l'USS Cole dans la région, fait planer l'ombre d'une inquiétude supplémentaire [le navire de guerre – qui avait fait l'objet d'un zodiac-suicide dans le Golfe d'Aden en 2000 – remplacera-t-il le bombardier?].

dimanche, 17 février 2008

Dieudonné de retour à Beyrouth

Ce matin-midi, j’ouvre mon mail et vois un message Facebook:

b7f0f4c6cd457d255a2203ba73e92da7.jpgMichel invited you to "Dieudonné fait son Best of à Beyrouth" on Sunday, March 2 at 9:00pm.

Event: Dieudonné fait son Best of à Beyrouth
"Représentation unique"
What: Performance
Host: Frédéric Chatillon
When: Sunday, March 2 at 9:00pm
Where: Musichall

To see more details and RSVP, follow the link.

 

Ouh la! Dieudonné à Beyrouth… Il était déjà venu fin août 2006 pour soutenir le Hezb, rencontrer Aoun… Vous vous en souvenez?
En voyant cette invitation, je me dis: «Oh, saperlipopette, c’est une bombe ça, qu’est-ce qu’il fait Michel, là?» Alors je l’appelle.

« – Allo, Michel? Salut, je viens de recevoir ton invitation pour Dieudonné. C’est quoi cette histoire?
– Il avait très envie de venir à Beyrouth, et je considère que ce qu’il fait est génial, et surtout que la manière dont il est traité en France est nulle. Je ne comprends pas la France et sa dérive délirante avec Sarkozy, avec la dernière trouvaille sur l’enseignement de la Shoah auprès des écoliers, cette autoflagellation, ça n’a aucun sens.
– Ouais, mais c’est de la provoc de le faire venir maintenant?
– Le fait de le faire venir à Beyrouth est aussi une manière de lutter contre la chasse aux sorcières qui vise ceux qui osent avoir un discours différent. Aujourd’hui, on a le droit de faire de l’humour sur tout, sauf sur les questions qu’il aborde. Même s’ils sont un peu extrémistes (Dieudonné, Soral et Meyssan), au moins, ça contrebalance le discours bien-pensant habituel.
– Et le spectacle, y’aura quoi dedans?
– Ce sera principalement un best of, mais avec une bonne part d’improvisation. Ça va sûrement délirer, car Dieudonné suit de près l’actualité libanaise.»

Mouais, j’aime beaucoup Michel, mais là, je ne crois pas que ce soit un «smart move» surtout en ce moment. C’est vrai que cela ne va concerner au Liban que les francophones, et qu’en fin de compte, ça ne pèsera pas bien lourd ici. L’adéquation «Dieudonné au Hezbollahland» (je parle du Liban, pas du Music Hall évidemment), risque de faire couler de l’encre en France, et encore. Mais nous sommes perplexes devant cette initiative: à la différence d’un spectacle comme celui d’Axis of Evil qui portait un regard à la fois sévère et tendre sur les problématiques régionales, celui de Dieudonné risque d’être – quelque soit son contenu – porteur de polémiques excessives, ne serait-ce que par la réputation du personnage connu pour ses débordements. Il ne s’agit évidemment pas de censurer qui que ce soit, mais on peut se demander si, sous couvert de divertissement, on ne va pas tomber dans une caricature peu constructive, surtout dans le contexte actuel.

Bref, on en reparlera quand on l’aura vu…

lundi, 21 janvier 2008

Et Dieu créa l'aouniste

Juste pour rire (même si certains risquent de penser qu'on s'acharne)...

Lorsque Dieu créa le monde, il décida de concéder deux vertus à chacun des hommes qu'il venait de façonner afin qu'ils puissent prospérer dans l'harmonie et le bonheur. C'est ainsi qu'il distribua ces vertus: il rendit les Suisses ordonnés et respectueux de la loi, les Anglais, opiniâtres et flegmatiques, les Japonais, travailleurs et patients, les Italiens, joyeux et romantiques, et quand vint le tour des Libanais, il dit: ceux-là seront intelligents, honnêtes et aounistes.

Quand le monde fut achevé, l'ange Gabriel – que Dieu vait chargé de la distribution des vertus – lui demanda: «Seigneur, j'ai fait comme tu m'as dit et j'ai octroyé à chaque peuple les deux vertus que tu as choisies pour eux, mais j'observe que les Libanais en ont eu trois. Est-ce parce que tu as pour eux une référence secrète ou pour qu'ils se placent au-dessus des autres?»

«En vérité, Je te le dis, Gabriel, je leur ai accordé trois vertus parce qu'effectivement ils se croient au-dessus des autres peuples, mais sois rassuré. Dans mon esprit de justice, chaque peuple a bien deux vertus et deux seulement, y compris les Libanais car chacun d'entre eux ne pourra en posséder que deux à la fois. Ainsi, si un Libanais est aouniste et honnête, il ne sera pas intelligent. S'il est aouniste et intelligent, il ne sera pas honnête. Et s'il est intelligent et honnête, il ne sera pas aouniste.»

dimanche, 23 décembre 2007

Lettre (et avertissement) au père Noël

Bonjour monsieur Noël,

Il paraît que vous allez passer par Beyrouth la nuit prochaine. Avant d'arriver dans l'espace aérien libanais dans votre beau traineau, assurez-vous qu'il n'y a pas d'avions israéliens violant les cieux levantins. On n'est jamais trop prudent. Une fois que vous aurez pu atterrir sur le territoire libanais, n'oubliez pas de montrer patte blanche au service de l'immigration (pour bien faire, évitez de passer par Bethléem avant le Liban, ça fait mauvais genre d'avoir un visa de notre voisin). Enfin, ne mégotez pas avec les mesures de sécurité. Les gens importants – et vous en faites partie, cela ne fait nul doute – sont des cibles de choix dans notre beau pays. Bon, maintenant, on peut passer à la liste de cadeaux que j'aimerais vous faire parvenir. Alors voilà, je voudrais...

  • Un président de la République, mais vous savez, un de ceux qui servent à quelque chose, parce que cela fait presque 20 ans qu’on n’en a pas vu la couleur
  • Des milliards de neurones tout neufs à distribuer généreusement à nos ténors politiques (je sais déjà qui aura double portion)
  • Des stérilets inamovibles pour les épouses d’hommes politiques, afin que les lignées féodales s’éteignent et laissent la place à des gens neufs
  • Quelques heures d’électricité quotidiennes supplémentaires
  • Des tarifs de cellulaire moins exorbitants (et une connexion Internet potable aussi)
  • Des agents de la circulation qui fluidifient les bouchons au lieu de les créer
  • Un pays pour nos locataires palestiniens qui, je vous le rappelle, mettent depuis 60 ans ce souhait sur leur liste au père Noël
  • Des voisins sympas et bienveillants (je sais, je mets ça chaque année, mais j’ai l’impression que vous faites la sourde oreille, désolé d’insister lourdement)
  • Du chawarma poulet de chez Makhlouf (à Dora) gratuit pour tout le monde et à vie
  • Des trottoirs où se balader avec une poussette ne ressemble pas au Camel Trophee

Je vais m’arrêter là, même si j’ai encore plein de choses à demander, mais je ne voudrais pas paraître trop gourmand. J’en garde sous le coude pour l’année prochaine.

Allez, je vous laisse, khawaja, vous avez du boulot devant vous pour me préparer tout ça. Bon vol, et ne prenez pas froid demain soir. Je vous attends de pied ferme, mon pépère.

Un petit tas de chair rose et tremblotante...

Voici une analyse, anonyme, scientifique et rigolote, de la non-existence du père Noël (c'est pas récent, mais c'est toujours drôle à relire).

Il y a approximativement deux milliards d'enfants (moins de 18 ans) sur Terre. Cependant, comme le Père Noël ne visite pas les enfants musulmans, hindous, juifs ou bouddhistes (sauf peut-être au Japon), ceci réduit la charge de travail pour la nuit de Noël à environ 15% du total, soit 378 millions.

En comptant une moyenne de 3,5 enfants par foyer, cela revient à 108 millions de maisons, en présumant que chacune comprend au moins un enfant sage. Le Père Noël dispose d'environ 31 heures de labeur dans la nuit de Noël, grâce aux différents fuseaux horaires et la rotation de la Terre, dans l'hypothèse selon laquelle il voyage d'Est en Ouest, ce qui paraît d'ailleurs logique. Ceci revient à 967,7 visites par seconde, et signifie que pour chaque foyer abritant au moins un enfant sage, le Père Noël dispose d'environ un  millième  de seconde pour garer son traîneau, sauter en dehors, dégringoler dans la cheminée, remplir les chaussettes, distribuer le reste des présents au pied du sapin, déguster les quelques friandises laissées à son intention, regrimper dans la cheminée, enfourcher le traîneau et passer à la maison suivante.

En supposant que chacun de ces 108 millions d'arrêts soit distribué  uniformément à la surface de la Terre (hypothèse que nous savons fausse, bien sûr, mais que nous accepterons en première approximation), nous devrons compter sur environ 1,4 kilomètres par trajet. Ceci signifie un voyage total de plus de 150 millions de kilomètres, sans compter les détours pour ravitailler ou faire pipi. Le traîneau du Père Noël se déplace donc à 1170 kilomètres par seconde (3000 fois la vitesse du son). A titre de comparaison, le véhicule le plus rapide fabriqué par l'homme, la sonde spatiale Ulysse, se traîne à 49 kilomètres par seconde et un renne moyen peut courir au mieux de sa forme à 27 kilomètres à l'heure. La charge utile du traîneau constitue également un élément intéressant. En supposant que chaque enfant ne reçoive rien de plus qu'une boîte de Lego moyenne (un kilo), le traîneau porte plus de 500000 tonnes, sans compter le poids du Père Noël lui-même.

Sur Terre, un renne conventionnel ne peut tirer plus de 150 kilos. Même en supposant que le fameux «renne volant» soit dix fois plus performant, le boulot du Père Noël ne pourrait jamais s'accomplir avec 8 ou 9 bestiaux; il lui en faudrait 360000. Ce qui alourdit la charge utile, abstraction faite du poids du traîneau, de 54000 tonnes supplémentaires, nous conduisant à tout bonnement 7 fois le poids du Prince Albert (le bateau, hein, pas le monarque!)

600000 tonnes voyageant à 1170 kilomètres par seconde créent une énorme résistance à l'air. Celle-ci ferait chauffer les rennes, au même titre qu'un  engin spatial entrant dans l'atmosphère terrestre. Les deux rennes en tête de convoi absorberaient chacun une énergie calorifique de 14300 millions de joules par seconde. En bref, ils flamberaient quasi instantanément, exposant dangereusement les deux rennes suivants. La meute entière de rennes serait complètement vaporisée en 4,26 millièmes de secondes, soit juste le temps pour le Père Noël d'atteindre la cinquième maison de sa tournée. Pourquoi s'en faire de toute façon, puisque le Père Noël, en passant de manière fulgurante de zéro à 1170km/s en un millième de seconde, serait sujet à des accélérations allant jusqu'à 17500 G. Un Père Noël de 125 kilos (ce qui semble ridiculement mince) se retrouverait plaqué au fond du traîneau par une force de 2157507,5 kilos, écrabouillant instantanément ses os et ses organes et le réduisant à un petit tas de chair rose et tremblotante...

C'est pourquoi, si le Père Noël a existé, il est mort maintenant.

jeudi, 20 décembre 2007

Frange Connection

Depuis quelques jours, j’hésite entre écrire un post sur la situation politique, ou plutôt sur la dimension socio-économique de la chose (que tout le monde a l’air d’occulter joyeusement), une séance de coiffure hilarante, ou tout simplement m’abstenir parce que je ne vois pas les choses en rose en ce moment… Résultats des courses: que je m’offre une coupe de cheveux est un événement suffisamment rare pour que je ne remette pas à la prochaine fois le récit de cette séance tragi-comique.

Il y a quelques jours, j’ai donc décidé de souscrire à mon obligation semestrielle en matière de soins capillaires. Ce qu’il y a de bien, quand on ne se rend pas souvent dans un salon de coiffure, c’est que tout le monde est content de vous voir. Un peu comme la vieille tante à laquelle on rend visite tous les 36 du mois et qui sort les gâteaux, les bonbons et tout le tralala.
Et cette visite a eu ceci d’utile que j’ai eu la réponse à cette question que se posent tant d’étrangères au Liban (et ailleurs): comment certaines Libanaises (bon, d’accord, nombre d’entre elles) font-elles pour être toujours impeccablement coiffées, manucurées, pédicurées, maquillées… Le charmant jeune homme – que nous allons appeler Michel – à mes petits soins me demandait si je travaillais toujours, n’ayant pas d’aide à la maison avec deux enfants (apparemment, cela a l’air de tenir de l’exploit, même si je concède volontiers que le système libanais est bougrement compliqué pour les gens dans notre situation). Après que je lui ai répondu par la négative, il partit dans une grande analyse, apparemment à vocation cathartique, de sa clientèle habituelle: la jeune fille, âgée d’une trentaine d’années, qui m’avait précédée vient le voir trois fois par semaine, comme l’immense majorité de ses clientes. Parce qu’il y a toujours quelque chose à faire: lundi, manucure et brushing; mercredi, «coup de peigne» (j’adore!), épilation et massage; samedi, pédicure, soin du visage, retouche des ongles de la main si nécessaire et re-brushing. Plus les visites majeures pour coupe, couleur et autres soins ou maquillage. A ce rythme-là, évidemment, il y a peu de chance d’avoir l’air un tant soit peu négligé… Pour ceux et celles qui s’interrogeraient sur ce qu’est le «coup de peigne», il s’agit d’une retouche de coiffure, mais sans shampoing. Evidemment, pour Michel, ces clientes sont une riz’a (une bénédiction) car ce sont elles qui le font vivre, pas moi!

Toujours est-il que selon ses «statistiques», environ une de ses clientes sur cinq vient tous les jours, et certaines poussent le vice (ou l’oisiveté) jusqu’à venir tous les jours, deux fois par jour. Incroyable mais vrai. Le vernis s’est écaillé sur un ongle, le brushing s’est un peu défait, un petit massage, ça relaxe de bon matin, il y a aussi le maquillage de jour ET de soirée, etc. Il s’agit souvent de femmes issues de milieux très aisés, pas toutes âgées (loin de là), n’ayant il semblerait rien de mieux à faire de leur temps et de leur argent. C’est caricatural, évidemment, mais quand même. Ce pauvre Michel n’en peut plus, parce que, vous l’aurez compris, tout ceci est symptomatique d’une grande solitude et qu’il faut évidemment faire la conversation à ces dames qui arrivent au salon comme si elles rentraient chez elles. «J’en sais plus sur elles que sur ma propre famille!», soupire-t-il.

Histoire de marquer le coup, une élégante cinquantenaire arrive sous les «Bonjour Mme X. Comment vont les enfants, Mme X? Votre manteau, Mme X. Une camomille Mme X, comme d’habitude?». Michel me prévient discrètement: «Elle est venue hier et là, elle va me dire: “Michel, il y a quelque chose qui ne va pas là”», en montrant sa frange. Ce que Mme X ne manque pas de dire, mot pour mot, en m’adressant au passage un regard au mépris souverain. Puis elle va s’assoire auprès d’une autre cliente, habituée elle aussi puisqu’elles embrayent directement la conversation sur les nouvelles des uns et des autres.

Tout ceci est anecdotique, cela va sans dire. Mais c’est aussi pathétique, surtout lorsqu’on y agrège les sujets de conversation qui, eux, sont en revanche très révélateurs de l’absolu surréalisme dans lequel vit cette catégorie de Libanaises (je sais, il y en a partout des comme ça, mais ils sont nettement plus visibles ici). La ravissante jeune femme qui m’avait donc précédée tapait elle aussi la discute avec une jeune cliente. L’objet du dialogue: l’achat d’un bateau. La seconde envisageait d’acheter un hors-bord avec une de ses copines et la première voulait participer. «Pourquoi? Tu as déjà un yacht de 40m!» demande la seconde. Réponse: «Oui, mais il est trop gros, je n’arrive pas à le sortir de l’embarcadère. Il m’en faut un autre.» Immanquablement, cela m’a fait penser à toutes ces filles à peine pubères au volant de 4X4 monstrueux que, dans 9 cas sur 10, elles ne savent pas conduire (il faut les voir faire un créneau) et au volant duquel elles se prennent pour Ayrton Seyna.

Les salons de coiffure sont très instructifs. De véritables laboratoires sociologiques. Lors d’une précédente coupe en août 2006, en pleine guerre donc (j’avais décidé de m’offrir un moment de normalité dans ce chaos total), j’avais, très indiscrètement je l’admets, prêté l’oreille aux propos de mes voisines de shampoing. Ben oui, désolée, mais chez le coiffeur, je n’arrive pas à lire Voici.
Bref, la dame expliquait qu’elle revenait de Paris (apparemment, certaines avaient trouvé la parade au blocus) mais qu’elle comptait y retourner rapidement car à Faraya, ce n’était plus tenable. «Habibté, avec tous les enfants qu’il y a là-haut en ce moment, c’est insupportable. Il y a trop de bruit!».
Il faut que j’aille plus souvent voir Michel et ses clientes. J’en reviens toujours avec le sentiment d’être non seulement plus apprêtée, mais aussi et surtout, drôlement normale, en fin de compte.

A suivre: le Liban, probablement seul pays au monde où une banque a lancé un prêt personnel finançant spécifiquement des opérations de chirurgie esthétique. Pour en savoir plus, regardez ce qui suit...

mardi, 18 décembre 2007

Reboot Lebanon

Le Liban réel est au Liban potentiel ce qu’un PC est à un Mac: un anachronisme, un ordinateur qui plante tout le temps, un truc au fonctionnement incompréhensible.

Le bug de l’an 2000? De la gnognotte vis-à-vis du bug de l’an 2005 qui lui-même n’est rien en comparaison des bugs de l’an 2006 et de l’an 2007. Mon ordinateur «Liban» est complètement planté depuis plus de 13 mois: pourtant, le nouveau système d’exploitation qu’on m’avait vendu en 2000, et surtout sa fringuante mise à jour en 2005, promettait monts et merveilles. «Finis les bugs, finis les virus!», m’avait-on même vanté au printemps 2005, à grand renfort de pubs et de banderoles. Que dalle, faut croire qu’un PC restera toujours un PC.

Pour équiper mon ordinateur agonisant, les éditeurs de Firewall se sont livrés une bataille acharnée. Pendant 15 ans, un système fourni par un éditeur régional – spécialiste des logiciels piratés – était installé sur mon disque dur. Mais Microsoft a eu raison de ce Firewall un peu miteux quoi que stable: la firme occidentale a remporté le marché (pour combien de temps, je ne sais pas vraiment), mais comme c’était prévisible, le nouveau Firewall fraîchement installé a déconné à plein tube et fait ramer ma machine. Obligé de rebooter toutes les semaines ou presque.

Et puis, comme tout bon PC, mon pauvre Liban a vu débarquer et se reproduire un paquet de virus ces deux dernières années. Il y a aussi d’autres problèmes récalcitrants, que même un nouveau système d’exploitation n’arrive pas à résoudre: les trojan horses. En fait, il y en a surtout un, et il est plutôt bien armé pour résister à mon Norton, et il me court sur le haricot...

Et puis avec les PC, il y a toujours le problème du monopole de certains softwares. Prenez la suite Office par exemple: dedans, j’ai des programmes vieux de 30 ans, du genre vraiment indéboulonnables, et dont le fabricant me fait croire que je ne pourrais pas m’en passer. Ne croyez pas qu’il n’y a que word.exe, j’en ai tout une liste: j’ai joumblatt.exe, hariri.exe, gemayel.exe, berry.exe, geagea.exe… En farfouillant dans mon dossier «Programmes», j’en découvre toujours qui ne servent à rien, comme murr.exe, frangieh.exe, arslan.exe, hoss.exe, karame.exe… Tout à mon étonnement de les trouver encore là, je les ouvre un par un pour me faire une idée de leur utilité, et je les referme vite en me disant que ça ferait de la place sur mon disque dur si je les mettais dans la corbeille (note pour plus tard: ne pas oublier de vider la corbeille, sinon la manœuvre ne sert à rien). La seule vraie satisfaction sur ce disque dur se trouve paradoxalement dans le dossier «Jeux»: le demineur.exe est toujours aussi précieux, lui.

A chaque mise à jour du OS donc, l’éditeur me promet une avancée fulgurante, des failles résolues, une meilleure utilisation de la puissance de mon processeur, et tout le tralala. Que dalle, oui! Des fois, j’en suis presque à regretter mon ZX Spectrum et son chargement à cassette qui faisait "zwyxyzywwwouwwouwyxhxyygy". Du coup, et c’est bien humain, je regarde l’ordinateur de mes voisins. Comme tout le monde, j’ai un pote à Dubaï qui a l’air très content de son «computer». Je me dis qu’il n’y a pas de raison de rester à la traîne comme ça. Alors je lance cette vieille bourrique d’Explorer – mon PC fait exprès de planter Firefox, le salaud! – pour me renseigner sur ce qui se fait en matière de micro-informatique. Manque de bol, avec mon forfait Internet dernier cri, la connexion prend trois plombes. Là aussi, je me dis qu’il y a un énième bug: j’ouvre l’aide de mon ordinateur, et un petit bonhomme animé qui ressemble à Hamadeh me dit que je dois voir ça avec son fils. J’y comprends rien à cette saloperie de PC! Et puis d’abord, quelqu’un a-t-il déjà compris quoi que ce soit à ces belles lignes blanches sur fond noir avec le curseur qui clignote? On se croirait encore dans War games avec Matthew Broderick.

Le Liban n’est-il donc qu’un vulgaire PC? Je ne veux pas être fataliste, mais il faudrait vraiment changer de crèmerie pour le système d’exploitation et les éditeurs de programmes. Y’a plus rien qui marche dans cette machine… Ah tiens, un message vient de s’inscrire sur mon écran: un nouveau système, le Vistaoun Premium, est annoncé pour le printemps 2008. C’est vrai, j’avais lu des articles dessus: il y avait eu un long teaser très prometteur en mai 2005, puis une annonce officielle et biscornue à l’automne 2007. Finalement, le PDG du fabricant crie haut et fort que mon ordinateur devra attendre encore 3 mois de mise au point, car les membres du laboratoire de recherche et développement n’arrivent à se mettre d’accord sur l’architecture du système. Mais comme il est peu propice – commercialement parlant – de sortir un nouvel OS en janvier et février, il me faudra attendre mars. Merde, et remerde. J’en ai marre d’attendre la bonne version!

Finalement, ce qui est dommage avec les PC, c’est que l’on devrait confier l’architecture à un bidouilleur fana d’open source, et pas à ces éditeurs mercantiles qui prennent en otages mes 3,5 millions d’octets depuis des années. Finies les rustines, faut défragmenter sec et rebooter tout le système! Sur ce, avant qu’une petite bombinette n’apparaisse sur l’écran, je retourne à mon Mac chéri et à son monde parallèle et idéal.

samedi, 08 décembre 2007

Des millions pour l’éducation, s’il vous plaît ! Et d’urgence de préférence…

eab444b57b0ac30ba12c0847a24f41c2.jpgLa culture générale, à quoi ça sert ma bonne dame? A rien, y’a Wikipedia! Je ressors d’une nouvelle semaine de cours du DES de journalisme de l’Université libanaise. Durant ces journées, je commençais inévitablement par un questionnaire de culture générale et sur l’actualité du jour ou de la veille. Moyenne de la classe: 7,5 sur 20. Bon, ce n’est pas glorieux. D’une manière générale, les étudiants regrettaient que leurs notes à ces questionnaires soient prises en compte dans la note finale de chaque session. Je suis peut-être passé pour un vicieux qui avait envie de les plomber. L’idée était bien différente, même si la manière ne semblait pas être la plus diplomatique: faire comprendre qu’avoir une solide culture générale fait aussi partie du métier de journaliste, même si des sources d’infos – et Internet en particulier – sont à portée de main. Encore que… Internet, c’est bien quand il y a de l’électricité.

Bref. La question à se poser est: à qui la faute? Pourquoi ces étudiants (des bac+4 en général) sont-ils si ignorants de l’Histoire de leur propre pays, et de la région dans laquelle ils vivent? Sont-ils responsables? Oui et non. Oui, parce que cela doit faire partie de leur curiosité naturelle. Non surtout, parce que l’école, le collège, le lycée et l’université de ce pays ne font pas leur travail à ce niveau. Pour quelles raisons exactement? Je n’en sais trop rien, même s’il existe un élément de réponse simple et central: au Liban, il n’existe pas de manuel d’Histoire (post-1948). Création d’Israël? Connais pas. Guerres israélo-arabes? Connais pas. Israël, tout simplement? «L’ennemi de tout bon pays arabe qui se respecte», mais personne ne connaît cet Etat ni son histoire dans la région! Ce manuel essentiel – celui d’Histoire – existe paraît-il, mais n’a jamais été diffusé parce que personne (nos chers politiques qui se déchirent aujourd’hui) n’est d’accord sur son contenu. Surtout dès qu’il s’agit d’aborder la guerre de 1975. Chacun sa version = pas de nation.

Pourtant, les lycées du Liban se targuent de 100% de réussite au bac, les universités du pays sont très bien cotées… C’est vrai. Mais aujourd’hui (pardonnez-moi pour la généralisation qui va suivre), les jeunes Libanais sont bien éduqués, et non cultivés. Grosse nuance.

La priorité des priorités, pour les prochains gouvernements libanais, serait d’injecter des centaines de millions de dollars dans le fonctionnement de l’éducation nationale et de l’université libanaise (on peut toujours rêver!). C’est-à-dire faire un calcul à long terme, pour que les générations futures grandissent avec une histoire commune. Certes, ces gouvernements ne récolteraient pas le fruit de cet effort financier dans les 6 mois, mais dans 30 ans. Certes, certes, certes… Mais, mais, mais… c’est vital!

Bon, je vous laisse avec un petit bêtisier des boulettes récoltées dans les questionnaires de culture générale. Non pour me moquer (loin de moi cette idée, je vous assure), mais parce qu’il y a toujours des trucs rigolos ou atterrants…

Sur le Liban
•    Nombre de camps palestiniens au Liban : 15000
•    Président libanais assassiné en 1989 : Béchir Gemayel
•    Accords du Caire : 1960, 1970, 1975, 1993
•    Pays de refuge d’Arafat après sa fuite du Liban en 1982 : Chypre, Libye, Syrie
•    Fondateur des Kataëb : Amine Gemayel
•    Proclamateur du «Grand Liban» en 1920 : Charles de Gaulle
•    Première invasion israélienne du Liban, avant 1982 : 1976, 1949, 1913, 1948, 1975, 1973
•    Année de l’opération «Raisins de la colère» (Qana) : 1993, 1982, 1998
•    Année de l’Indépendance du Liban : 1948, 1945
•    Année du retrait israélien du Sud-Liban : 2005, 1996
•    Année de l’apparition du Hezbollah : 1989, 1991, 1975

Sur la région
•    Année de la guerre des Six jours : 1960, 1948
•    Partie de la Syrie annexée en 1981 par Israël : fermes de Chebaa
•    Nom du Parlement israélien : Kanisette
•    Nom de la guerre israélo-arabe de 1973 : occupation du sud libanais, Sinaï, guerre des Six jours, guerre de Suèze (de Swiss sur la copie de la voisine)
•    Nombre de pays limitrophes d’Israël (hors Autorité palestinienne) : 5 (dont le Soudan)

En géographie générale
•    L’Empire du milieu : l’Allemagne
•    Où se situe la mer de la Tranquillité? : entre l’Amérique et l’Europe, dans le Pacifique, en Jordanie, en France
•    Capitale du Viet-Nam : Bnom Bneh, Viet Cong, Viet Minh, Saigon, Viet Mell, Laos
•    Pays se disputant l’île de Sakhaline : Inde et Sri Lanka
•    Bucarest, capitale de : Bulgarie, Hongrie, Sofia, Belgique, Pays-Bas
•    Ingrid Bétancourt, retenue en otage en : Irak, Philippines, Libye

En culture
•    Auteur du «Petit prince» : Alexandre Dumas, Guy de Maupassant, Hervé de Saint-Exupéry
•    Roman de Stephen King adapté par Kubrick : Orange mécanique, King Kong, The Green Line
•    Auteur de l’opéra «Carmen» : Electre

En sciences
•    Valeur de π : 14,1516
•    Planète la plus proche du Soleil : Vénus, Mars, Jupiter, Pluton (qui a donné Pluto et Pluteau sur les copies voisines)
•    Auteur de la théorie de la relativité : Ainshtein, Aïnichtain, Aineshtejn
•    Racine carrée de 144 : 144
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jeudi, 22 novembre 2007

C’est la saison des soldes !

michel_aoun.jpgIl est bon mon président, il est bon! Il est frais mon… (euh non, il est pas trop frais, a priori, quel qu’il soit, mais c’est pas grave). Il est bon, mon président, il est bon! Deux pour le prix d’un! Achetez mon président! Il est bon!»

La grande braderie présidentielle libanaise bat son plein. Chacun (du Liban et d’ailleurs) y va de ses arguments, c’est la grande saison des offres promotionnelles. Ce n’est plus une – soit-disant – démocratie, c’est une marchandocratie, dans laquelle celui qui appâtera le mieux le chaland recevra un joli fauteuil avec dorures et coussin de velours, et grâce à laquelle la constitution garde à peu près autant de valeur que du papier Q. Remarquez, la constitution, cela fait si longtemps qu’elle subit les derniers outrages qu’elle n’est plus à ça près: un amendement pour proroger le mandat de feu son Altesse sérénissime Hraoui, un amendement pour «élire» (trop drôle, je me souviens encore de RFI annonçant que «le président avait été nommé ce matin et sera élu cet après-midi») mon généralissime Lahoud, un autre amendement pour proroger le mandat de son généralissime, le roi de l’ATCL. C’est drôlement pratique, les amendements. Mais bon, c’est un peu contraignant; il faut les faire voter, et tout, et tout. Et puis, ça veut dire que la constitution est encore là, puisqu’il faut bien la contourner. Alors hop! Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? Hein? Je vous le demande. En voiture, Simone. Oublions la constitution, on gagnera du temps. Comment ça, c’est pas bien? Voyons, ne cherchez pas midi à 14 heures. Un autre généralissime, grand pourfendeur de corrupteurs, voleurs et autres individus ne lui arrivant pas au-dessus de la ceinture, s’en torche bien de la constitution. Déjà, il y a deux jours, il ne voyait pas pourquoi on s’embêtait avec les délais fixés par ce bout de torchon bien encombrant: c’est vrai, quoi. Pourquoi le 23 novembre à minuit, plutôt que le 24, le 25 ou le 42? Et là, pourquoi passer par le Parlement et faire voter des députés? Je vous le demande, franchement. Les députés, ils sont nombreux, il faut les mettre d’accord, ils doivent s’en référer à des chefs qui pourraient bien ne pas être d’accord non plus. Et puis, il faut les faire venir au Parlement, ce qui est un peu compliqué par les temps qui courent, entre Berri qui doit se donner la peine de sortir son trousseau de clés (rouillées) et la sécurité à mettre en place autour du Centre-ville. Et puis, il y en a qui font la sieste dans le sit-in, faudrait pas trop les déranger non plus. Un nouvel arrivage de protestataires a été livré cette semaine, ils sont bien frais, mais quand même. Laissez-leur au moins le temps de préparer leur narghilé.

Il y a beaucoup plus simple: notre généralissime orange désigne lui-même un «président intérimaire», qui ne serait pas issu de son bloc parlementaire, c’est vrai. Faut pas rigoler, non plus. Ce serait un peu gros, sinon. Et puis, en cas de besoin, il est même prêt à user d’une «autorité extraordinaire» pour désigner lui-même le chef d’Etat-major, dans le cas où Sleimane serait tenté de virer sa cuti et de prendre sa retraite. Et évidemment, pour ne fâcher personne, on monte un gouvernement, avec 55% pour le 14 mars et 45% pour l’opposition, mais dont le Premier ministre sera choisi par la majorité parlementaire. Bon, c'est vrai, il y a de fortes chances que l'on se retrouve exactement dans la même situation qu'avant: un gouvernement mixte, une sorte de «cohabitation» qui aura de bonnes probabilités d'éclater lorsqu'il faudra traiter des dossiers «lourds» (suivez mon regard), un peu comme en novembre 2006. Mais comme ce ne sera que pour deux ans (putain, 2 ans!), notre bon Aoun sera encore en âge de se présenter à la présidentielle suivante. On tourne en rond merde, on tourne en rond merde, on tourne en rond merde...

Allez mes bonnes dames, mes bons messieurs, achetez, achetez, c’est pour la bonne cause! C’est soit ça – avant demain 22 heures s’il vous plaît, les soldes ne durent pas toute l’année – ou le chaos, le vide institutionnel, les abysses de l’inconnu.

Euh, excusez-moi… Je ne dois pas avoir bien compris… Mais cela ne revient-il pas exactement au même que ce qu’il exige à corps et à cris (surtout à cris, en fait) depuis des mois? Un nouveau gouvernement d’union nationale (il n’y a carrément plus le tiers de blocage, là, on passe à 45%, c’est les soldes après tout), et blablabla. Comment ça, non? Ha, c’est un «plan de sauvetage national»? Ha oui, effectivement, ça change tout. Dans ce cas-là, ça coule de source, c’est clair comme de l’eau de roche, ça tombe sous le sens! On aurait dû le faire tout de suite, au lieu de discutailler de cette fichue constitution, de ses délais, de ses quorums et tout et tout. C’est tellement plus simple de faire sans, et de s’en remettre directement à l’Elu. Il a un peu des relents de poissonnier, l’Elu, mais bon, bouchez-vous le nez. Une offre comme celle-là, ça ne se voit pas tous les jours.

 
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