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vendredi, 04 août 2006

La neutralité journalistique en 10 leçons

Voici un mail qu'une collègue nous a envoyé... 

Règle numéro 1: Au Proche-Orient, ce sont toujours les Arabes qui attaquent les premiers et c’est toujours Israël qui se défend. Cela s’appelle des représailles.

Règle numéro 2: Les Arabes, Palestiniens ou Libanais, n’ont pas le droit de tuer des civils de l’autre camp. Cela s’appelle du terrorisme.

Règle numéro 3: Israël a le droit de tuer les civils arabes. Cela s’appelle de la légitime défense.

Règle numéro 4: Quand Israël tue trop de civils, les puissances occidentales l’appellent à la retenue. Cela s’appelle la réaction de la communauté internationale.

Règle numéro 5: Les Palestiniens et les Libanais n’ont pas le droit de capturer des militaires israéliens, même si leur nombre est très limité et ne dépasse pas deux soldats.

Règle numéro 6: Les Israéliens ont le droit d’enlever autant de Palestiniens qu’ils le souhaitent (environ 10000 prisonniers à ce jour). Il n’y a aucune limite et ils n’ont besoin d’apporter aucune preuve de la culpabilité des personnes enlevées. Il suffit juste de dire le mot magique "terroriste".

Règle numéro 7: Quand vous dites Hezbollah, il faut toujours rajouter l’expression «soutenu par la Syrie et l’Iran».

Règle numéro 8: Quand vous dites Israël, il ne faut surtout pas rajouter après «soutenu par les Etats-Unis, la France et l’Europe», car on pourrait croire qu’il s’agit d’un conflit déséquilibré.

Règle numéro 9: Ne jamais parler de "Territoires occupés", ni de résolutions de l’ONU, ni de violations du droit international, ni des conventions de Genève. Cela risque de perturber le téléspectateur de TF1 et l’auditeur de France Info.

Règle numéro 10: Les Israéliens parlent mieux le français que les Arabes. C’est ce qui explique qu’on leur donne, ainsi qu’à leurs partisans, aussi souvent que possible la parole. Ainsi, ils peuvent nous expliquer les règles précédentes (de 1 à 9). Cela s’appelle de la neutralité journalistique.

Règle numéro 11: Si vous n’êtes pas d’accord avec ces règles ou si vous trouvez qu’elles favorisent une partie dans le conflit contre une autre, c’est que vous êtes un dangereux antisémite.

 

samedi, 25 mars 2017

La 5e colonne

Je suis arrivé là, pas vraiment pas hasard. Sur ce bout de terre qui n'en est pas vraiment un. Je pense qu'il ne devait pas être là il y a vingt ans. Peut-être, un jour, la mer s'est-elle retirée. Juste à cet endroit. Laissant alors apparaître la colonne vertébrale d'un monstre sorti du fond des âges. Là, à Beyrouth, sur ce front de mer qui tente désespérément de se donner des airs de je-ne-sais-quoi.

DSC_0036snb.jpg

En la voyant, j'ai essayé de m'imaginer la bête. Colossale. Agressive. Avec une queue interminable lui servant d'arme fatale contre ses congénères. Elle devait bien mesurer 300 mètres de long, peser des dizaines de tonnes. Peut-être venait-elle d'une autre planète. Je n'en sais rien.

Pendant une heure, j'ai tenté de comprendre ce qu'elle faisait là. Comment elle était arrivée là. Pourquoi personne n'en parlait en ville. Incroyable tout de même, cette preuve d'une vie dépassant tout ce que la Terre avait enfanté auparavant. Ici, à Beyrouth et nulle part ailleurs. Je me suis approché, j'ai touché ces vertèbres minéralisées. Elles étaient lisses et rugueuses en même temps, devaient s'emboîter parfaitement les unes aux autres. J'imaginai les masses de cartilages et de tendons qui avaient, quelque part dans le temps, relié tout ça, animé tout ça, avec une puissance inégalée. Je n'en revenais pas de cette découverte. Je voyageai sur place, dans un silence bercé par un lointain ressac.

 

[...]

Et puis il est arrivé. Le petit bonhomme en gris que j'avais repéré en arrivant, ronquant tranquillement à l'ombre de sa cahute. «Mamnou3, mamnou3!», me lança-t-il alors que j'étais en train de prendre une dernière photo de cette monstrueuse colonne vertébrale. Mon petit rien tout gris m'explique alors que ce terrain est la propriété (privée) de Solidere et qu'il est évidemment interdit d'y venir, qui plus est équipé de cette odieuse invention numérique.

Solidere, Dahyeh, même combat. Le pays s'est transformé en gigantesque propriété privée où prendre une photo est passible de la peine de mort. Il me fait rire, ce bon monsieur Mikati, quand il déclare que la priorité des priorités est d'assurer la «prospérité de la saison touristique». Chers touristes, vous êtes les bienvenus, évidemment. Mais mieux vaut vous prévenir: la 5e colonne veille au grain, alors contentez-vous d'acheter des cartes postales.

 
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