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vendredi, 13 juillet 2007

Plateau du Golan, fermes de Chebaa… l’insoluble problème

Mais que se passe-t-il en ce moment du côté du Golan? Le site d’information israélien Debka fait état de mouvements inhabituels dans ce territoire conquis par l’Etat hébreu en 1967. D’abord, la Syrie aurait rouvert au public la route Damas-Quneitra (une ville à cheval entre le Golan occupé et une zone militarisée syrienne), fermée depuis 40 ans. Les services de renseignement israéliens voient là une volonté syrienne d’«activer» cette bande frontalière en permettant à des factions soit disant pro-palestiniennes (type FPLP-CG) de s’en servir comme base d’attaque vers le territoire israélien. Cette technique longuement éprouvée par Damas au Liban et apparemment en Irak aujourd’hui, dédouane la Syrie de toute responsabilité officielle. Objectif en filigrane: ajouter une carte à son jeu pour alléger la pression de la communauté internationale alors que le conseil de sécurité de l’Onu s’apprête à la «condamner» pour les transferts d’armes illégaux.

medium_golan.jpgEt qui dit Golan, dit fermes de Chebaa. Cette zone frontalière pose un problème insoluble aux diplomaties locales et étrangères. Il y a trois jours, dans le quotidien Haaretz, un responsable israélien anonyme révélait que l’Onu aurait demandé à Israël de se retirer des fermes de Chebaa, revendiquées par le Liban. Avant-hier, Ban Ki-Moon – le secrétaire général de l’Onu – a démenti, déclarant que le tracé définitif de la frontière était encore à l’étude, et que le cartographe onusien avait encore du boulot devant lui.

Voici un essai de mise à plat de ce double problème:


Le plateau du Golan (en rouge sur la photo satellite)

  • Un peu d’histoire

L’empire ottoman, à la fin du XIXe siècle, choisit le Golan pour installer des familles de Circassiens (des réfugiés musulmans de différentes ethnies venant du Caucase), afin d’en faire un poste avancé pour contrôler les bédouins arabes rétifs à son autorité. Ce sont ces Circassiens qui ont fondé la ville actuelle de Quneitra. Près de 20 ans après la chute des Ottomans, dans les années 30, certains Circassiens espèrent utiliser le Golan pour fonder un équivalent au Foyer national juif. Mais les mandats français et britanniques sur la région en décideront autrement, enterrant les rêves autonomistes circassiens. Le Golan devient syrien.

  • Selon la Syrie

Damas réclame le retrait de l’armée israélienne du Golan, territoire conquis en seulement 2 jours lors de la guerre de 1967. Mais pas question de reprendre ce territoire par les armes. La frontière syro-israélienne est l’une des plus calmes au monde depuis 40 ans. Le retour à la souveraineté globale sur le Golan est, selon Damas, la condition sine qua non à toute discussion avec Tel-Aviv.

  • Selon Israël

Israël a conquis le plateau du Golan en 1967, et l’a officiellement annexé en 1981, en en faisant, selon son administration, sa 6e région. La situation géographique du Golan est hautement stratégique pour Tsahal: il est au croisement de la Syrie, du Liban et d’Israël,. Mais à la fin des années 90, le Premier ministre Ehud Barak propose un moratoire pour geler l’implantation de colonies sur le Golan afin de faciliter les pourparlers avec la Syrie. Pourtant, en février 2001, Ariel Sharon alors devenu Premier ministre, relance le développement des colonies dans cette région.

  • Selon l'Onu

L’Onu ne reconnaît pas l’annexion du plateau du Golan par Israël. Le Conseil de sécurité a voté les résolutions 242 et 338 sur la question (exigeant d’Israël la restitution des territoires conquis par la force), résolutions restées lettres mortes.


Les fermes de Chebaa (en vert sur la carte du Golan)

  • Selon le Liban

L’Etat libanais considère que les fermes de Chebaa (25km2) font partie intégrante de son territoire, et sont donc soumises à la résolution 425 de 1978 exigeant le retrait complet d’Israël du pays du cèdre. Le gouvernement libanais a adressé à Kofi Annan (ex-secrétaire général de l’Onu) une série de documents cadastraux et la copie de l’accord libano-syrien de 1951, prouvant le don par la Syrie de ce petit territoire au Liban. Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a même exhibé, lors de la table ronde du Dialogue national en 2006, une carte américaine confirmant la «libanité» des fermes.
Le 26 juillet 2006, Fouad Siniora propose un plan de règlement plaçant ce secteur «sous juridiction de l’Onu en attendant que la ligne frontalière soit délimitée avant son retour sous souveraineté libanaise». Le 12 août, Annan reprend la proposition Siniora dans la résolution 1701, le Liban demandant ensuite à la Syrie de reconnaître «officiellement» la «libanité» de Chebaa, ce que Damas refusera tant qu’il y aura un soldat israélien sur le sol du Golan. Le serpent se mord la queue…

  • Selon Israël

Tel-Aviv considère que les fermes de Chebaa font partie du Golan syrien occupé, et sortent donc hors du champ d’application de la résolution 425. Israël se base sur la ligne de démarcation  franco-anglaise de 1923 et sur la ligne d'armistice de 1949 qui désignent la région comme territoire syrien.

  • Selon la Syrie

La Syrie considère que les fermes de Chebaa appartiennent au Liban, sans pour autant être soumises à la résolution 425. Damas refuse pour l’instant de donner suite à la demande de l’Onu de reconnaissance écrite et officielle par la Syrie de la «libanité» de Chebaa.

  • Selon l’Onu

Kofi Annan, alors SG de l’Onu, avait jugé irrecevables les demandes libanaises. Selon lui, la résolution 425 que tout le monde évoque ne réclame pas l’évacuation par Israël de la zone des fermes de Chebaa, qui relèverait des résolutions 242 et 338 traitant directement du conflit israélo-syrien. L’Onu reconnaît les frontières de 1923 (qui incluent Chebaa sur le territoire syrien). En fait, les Nations unies travaillent actuellement sur le tracé définitif de la frontière, son cartographe officiel devant revenir prochainement dans la région.

Bref. Comme souvent, la raison de cette chamaille généralisée (qui fournit au Hezbollah un motif officiel pour poursuivre la lutte armée contre Israël) trouve sa raison première dans l’or bleu. Le Golan syrien et les fermes de Chebaa libanaises sont les véritables réservoirs d’eau de la région : entre 30 et 35% des ressources aquifères israéliennes en proviennent. C’est dire combien il est improbable qu’Israël se passe du Golan en le rendant à son propriétaire d’origine, à moins qu’un accord sur la fourniture d’eau ne fasse partie du deal. Pour Israël, il s’agit d’une question de survie.

Enjeux stratégiques et militaires, ressources en eau, cartes politiques régionales: Chebaa et Golan sont intrinsèquement liés dans les négociations syro-israéliennes au sein desquelles le Liban ne pèse pas grand chose. En clair, on n’est pas sorti de l’auberge.

mardi, 10 juillet 2007

Sarkozy, le Hezbollah et la diplomatie du double-jeu

medium_sarkozyhezbollah.jpgSaperlipopette, j'ai égaré mon décodeur à bla-bla diplomatique. Avant-hier, nous avons eu droit à un discours pour le moins hallucinant de la part de l'ambassadeur de France au Liban, invité par le leader druze Walid Joumblatt à Moukhtara. En gros, Emié passait la brosse au gouvernement actuel, louant de fiéfés filous comme son hôte d'un jour.

A Beyrouth, depuis quelques jours, tout le monde parle de cette fameuse rencontre de la Celle Saint-Cloud où les partis libanais se réuniront (par seconds couteaux interposés) les 14 et 15 juillet prochain. Mais hier, notre cher président de la République française, alors qu'il venait de recevoir les familles des soldats israéliens capturés par le Hamas et le Hezbollah, a annoncé son refus de recevoir les représentants du Parti de Dieu qui feront le déplacement à Paris. Les pro-Hezb ont aussitôt crié au complot du lobby juif mené par le CRIF. Soit, c'est de bonne guerre... Le porte-parole de l'Elysée a même affirmé que Sarkozy avait ouvertement qualifié le Hezb de mouvement «terroriste» (alignant la politique française sur celle de Washington et tournant le dos à celle de l'Union européenne). «Le président a complété en disant que son objectif était que le Hezbollah renonce à l’action terroriste et redevienne un parti politique presque comme un autre», a ajouté le porte-parole (soit dit en passant, je ne vois pas comment le Hezb RE-deviendrait le parti classique qu'il n'a jamais été). Et de continuer: «On sait très bien qu’il n’y aura de retour au calme au Liban que si les partis libanais recommencent à dialoguer et tentent de bâtir ensemble un gouvernement d’union nationale.» Et boum dans les dents de l'ambassadeur Emié (un très proche de Chirac). Le porte-parole du nouveau locataire de l'Elysée a donc renvoyé dans les cordes le tenant de la diplomatie française au Liban, en légitimant l'une des principales revendications de l'opposition libanaise – le gouvernement d'union nationale –, et donc du Hezbollah. Ils ne se concertent pas ces gars-là? Ils n'ont pas les mêmes fiches? Ou bien le double-jeu est-il devenu l'unique B.A.-BA de la diplomatie?

dimanche, 01 juillet 2007

Thierry Meyssan et son « Effroyable imposture 2 » : le livre qui porte bien son nom

medium_effroyable_imposture2.3.jpgIl y a quelque temps, un visiteur de ce blog m’a envoyé un mail pour me poser une question. En gros, ça donnait ça: «Est-il possible que les Israéliens ou les Américains soient responsables de l’assassinat de Rafic Hariri?» J’avais répondu: «On ne le saura sans doute jamais. Alors peut-être oui, tout le monde avait la capacité technique et un intérêt à le faire, mais…»
Depuis, Thierry Meyssan – qui avait fait scandale en accusant les Etats-Unis d’avoir fomenté les attentats du 9/11 – a sorti un bouquin il y a quelques semaines, simultanément en France et au Liban (et passé inaperçu simultanément en France et au Liban d’ailleurs): «L’effroyable imposture 2». L’objectif déclaré du livre est de replacer ce qui se passe au Liban depuis 2004 dans l’agenda de Washington et de Tel-Aviv depuis le 11 septembre 2001 (et même avant d'ailleurs). Conclusions de Meyssan:

  • le Mossad a assassiné Hariri (principal allié de la Franco-Chiraquie que les Etats-Unis voulaient voir hors-jeu sur la scène proche-orientale);
  • la guerre de juillet 2006 a été voulue et préparée par les Etats-Unis bien à l’avance et sous-traitée à Israël (c'est pas non plus une grande trouvaille, ça...).

Je viens de finir le livre, et devant un tel manque de rigueur dans les démonstrations et dans la méthodologie, les bras m’en tombent (pauvre naïf que je suis).

En préambule, le responsable du Réseau Voltaire se pose en observateur libre mais neutre, et en pourfendeur de la ligne éditoriale des journaux occidentaux qui accusent la Syrie de tous les maux du Liban, et y compris donc de l’assassinat de Hariri. Au contraire, Meyssan dédouane la Syrie de toute implication néfaste au Liban, et la montre comme la principale victime de cette «imposture». Il s’érige contre les «tout porte à croire que». Soit.

Pourtant, l’auteur n’est pas là pour faire une enquête, mais pour faire une démonstration à partir de faits divers et variés, prenant la responsabilité israélo-américaine comme postulat de base. Toute son argumentation, souvent savante et documentée, est construite de sorte à parvenir à la conclusion souhaitée, quitte à laisser de côté certains faits qui iraient à l’encontre de son hypothèse ou qui en tempèreraient l’impact.
Ainsi, concernant l’assassinat de Hariri, dont il accuse le Mossad ouvertement, Meyssan tape beaucoup sur Marwan Hamadé dont les déclarations hostiles à la Syrie illustrent selon lui la partialité du pouvoir en place à Beyrouth et son instrumentalisation totale par les Etats-Unis. Mais il ne rappelle jamais que ce proche de Hariri a lui-même été victime d’un attentat à la voiture piégée le 1er octobre 2004 dans lequel il a failli laisser sa vie, et qu’il a perdu également son neveu, Gébran Tueini, le 12 décembre 2005. Omission étonnante alors que Meyssan fournit mille détails par ailleurs sur chaque sujet abordé. Et dans la catégorie «omissions (in)volontaires», il y en a beaucoup d'autres.

Meyssan évoque également – sujet très intéressant – l’interdiction faite à Al-Manar (la chaîne affiliée au Hezbollah) d'émettre en Europe, en asseyant son argumentaire sur un faisceau d'informations se recoupant logiquement, puis sur des affirmations invérifiables, comme l’appartenance de Dominique Baudis (alors président du CSA) au groupe Carlyle, et donc manipulé par le consortium militaro-industriel américain. Cette démonstration – qui partait bien – tombe subitement à plat.

L’auteur en vient ensuite au contexte politique actuel au Liban, présentant les forces en présence. Meyssan décrit la coalition du 14 Mars menée par Siniora et Hariri fils (sunnites) comme contre-nature, car alliant le «socialiste Walid Joumblatt (druze) aux fascistes des Forces libanaises (chrétiennes)». Meyssan revient d’ailleurs à la fin du livre sur les FL fondées par les Gemayel dont il fait une biographie aussi rapide que stupéfiante: pour Meyssan, le patriarche de la famille, Pierre Gemayel, était un ami d’Adolf Hitler. Certes, Gemayel père est allé en Allemagne en 1936 et a été si impressionné par les défilés des jeunesses hitlériennes que le parti Kataëb (dont sont issues les FL) s’en est inspiré. Mais l’utilisation répétée des qualificatifs «fasciste» et «extrême droite» pour parler de cette partie des chrétiens maronites semble aujourd’hui plus que déplacée. Meyssan évoque même la rivalité entre Pierre Gemayel (le petit-fils) et Samir Geagea (le chef actuel des FL), sous-entendant – sans le dire explicitement donc – que cette rivalité pourrait être le mobile de l'assassinat du jeune ministre de l'Industrie le 21 novembre dernier. Bon, concernant le fascisme, prenons donc notre dictionnaire…

Définition du Petit Larousse illustré
FASCISME n.m. 1. Régime établi en Italie de 1922 à 1945, instauré par Mussolini et fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. 2. Doctrine et pratique visant à établir un régime comparable, à des degrés divers, au fascisme italien.

En prenant cette définition au pied de la lettre, toutes les dictatures sont fascistes. En prenant celles de la région, nous n’avons pas à aller bien loin pour en trouver une… Certes, les Phalanges de Gemayel n’étaient pas des enfants de chœur, mais il faut les replacer dans le contexte politique très particulier de l’époque et ne pas occulter les autres acteurs en faisant une sorte d’angélisme de mauvais aloi. On est en droit de s’interroger quant à la «neutralité» de Meyssan devant un tel acharnement qui ne sert en rien sa démonstration sinon à stigmatiser le camp des gentils et celui des méchants. Les choses sont beaucoup plus compliquées que ça.

Sinon, notons en passant une coquille magnifique: l’orthographe du nom du président du Parlement libanais, rebaptisé dans le livre Nabib Berri. Pourquoi pas Nabab Berri (ce qui aurait été plus juste)? Bon, ça arrive à tout le monde de se tromper, mais celle-là est rigolote… Dans le genre drôle, il y a aussi le bilan de la guerre de juillet (qui ne l’est pas, lui), dans lequel Meyssan détaille l’infrastructure détruite au Liban, mentionnant les voies de chemin de fer. Personne ne lui a dit que les trains ne circulent plus dans ce beau pays depuis des décennies?

Bref. Le livre se conclut sur la situation présente au Liban. Hariri Junior et Siniora sont discrédités et haïssables car manipulés par les Etats-Unis et Israël, le Hezbollah glorifié, le général Emile Lahoud porté aux nues (je crois que j’ai dû rire jaune, là)… Dans les dernières pages, Meyssan commence un paragraphe par «Tout porte à croire que», et adopte finalement le même comportement que ceux qu’il accuse au départ. Résultat des courses: «L’effroyable imposture 2» ne fait absolument pas avancer le schmilblick. Ce qui était en fin de compte prévisible.

Alors, pourquoi avoir lu ce livre connaissant l’auteur et le probable raisonnement qu’il allait développer? Par acquis de conscience, par curiosité et pour casser les pieds de ma femme qui ne voulait pas dépenser 21 euros pour ça. J’aurais dû l’écouter… Comme d’hab, quoi!

samedi, 23 juin 2007

Vivre avec Israël à ses portes est-il possible ?

medium_jaffa1.jpgmedium_jaffa2.jpgJe note depuis quelque temps, dans les commentaires de ce blog et dans ceux des autres, la volonté de certains internautes libanais de se tourner vers Israël plutôt que vers son environnement arabe. Dans l’Histoire récente, il y a eu quelques tentatives, principalement côté chrétien, comme avec Béchir Gemayel fin 70–début 80.

Mais aujourd’hui, Israël est perçu comme le diable dans la région. Les raisons sont nombreuses, et plus que compréhensibles. Les guerres (1948, 1967, 1973, 1982…), les occupations diverses et violentes (Gaza, Cisjordanie, Sud-Liban) sont autant de facteurs qui interdisent à la rue arabe de voir Israël pour ce qu’il est, et pour ce que cette terre a été avant 1948.

Je lis aussi ça et là des articles sur «le malheur arabe» depuis 1948 et la création de l’Etat d’Israël. Si cette notion de «malheur arabe» est un peu simpliste et réductrice, la date de 1948 est indéniablement à marquer d’une pierre blanche. Elle est synonyme de déportation et d’expropriation pour les Palestiniens, et de déstabilisation en chaîne pour les pays voisins.

Alors, vivre avec Israël est-il possible? Je me souviens d’une discussion que j’ai eue il y a quelques années avec le grand-père de Nathalie. Le genre patriarche, self made man et bourgeois. Il avait commencé son périple d’homme d’affaires en introduisant la télévision au Moyen-Orient. Un grand bonhomme quoi. Il me racontait donc que dans les années 40, il prenait sa grosse américaine et faisait la route Beyrouth-Jaffa pour faire des affaires (ci-dessus en photos, Jaffa dans les années 40). Il n’était pas le seul à faire ça, loin de là, et traitait avec juifs, musulmans et chrétiens en très bonne intelligence. Le commerce entre le jeune Liban et la Palestine était florissant, la voie de chemin de fer qui file le long de la côte levantine en est une preuve aujourd’hui en ruines. A cette époque, soit moins de 10 ans avant la Nakba («catastrophe» en arabe), les Palestiniens qui venaient à Beyrouth n’étaient pas des réfugiés mais des touristes lamba. Le patriarche me disait qu’il ne reverrait jamais plus Jérusalem et Jaffa. Il est mort il y a 4 ans.

Aujourd’hui, parler d’Israël est presque synonyme de traîtrise. Ce pays a fait beaucoup de tort au Liban ces 30 dernières années. Les générations actuelles – ici ou dans les Territoires – ne connaissent que ça, et c’est bien normal. Mais je me demande si les générations suivantes apprendront quelque chose de l’Histoire (avec un grand H) et si, un jour, mes petits-enfants pourront prendre le train à Lattaquieh jusqu’à Tel-Aviv, en faisant une halte à Beyrouth pour fumer un narguileh chez leur geddo.

Ça veut dire quoi « Al-Qaïda au Liban » ?

medium_assadechec.jpgElias el-Murr serait-il allé un peu vite en besogne après la déclaration de victoire de jeudi soir sur la LBC? Un petit peu certainement, car hier et aujourd'hui, ça pétaradait encore beaucoup dans le camp de réfugiés de Nahr el-Bared. J’espère que Murr n’est pas en train de faire la même erreur que Bush en Irak, c’est-à-dire déclarer la fin d'une guerre alors que l’après-guerre sera encore plus sanglant.

Notre cher ministre de la Défense (et accessoirement gendre du président de la République) a tout de suite tempéré: «Il existe des cellules terroristes d’Al-Qaïda au Liban, il y a des risques de nouveaux attentats.» Ah, Al-Qaïda… Je me demande vraiment si un beau jour l’opinion publique (et moi par la même occasion) saura exactement ce qu’est cet épouvantail que les médias nous présentent depuis 2001, voire avant.  Ça veut dire quoi, appartenir à Al-Qaïda, au juste? Si quelqu’un a une réponse qui tient debout, je suis preneur.

Avant que cette menace islamiste n’apparaisse sur fond d’Internationale terroriste, les choses étaient plus simples. Sans faire du SAS à la Gérard de Villiers, il était de coutume de dire que tous les services secrets étrangers étaient à Beyrouth, plaque tournante du Proche-Orient, et y faisaient la pluie et le beau temps: CIA, Mossad, DGSE, moukhabarat syriens, KGB… Ça avait plus de gueule. Au moins, les choses étaient plus claires.

En fait, je crois que les choses n’ont pas vraiment changé, mais elles sont moins voyantes. Le Liban, petit paradis terrestre potentiel, a toujours accueilli ces petits chimistes de la géopolitique. C’est certainement encore le cas, ils font leurs petites expériences en grandeur nature sur le sol libanais, qu’ils viennent de Damas, Washington ou Tel-Aviv. Pourquoi? Est-ce que les services secrets libanais sont aussi influents sur ces territoires étrangers? Il serait peut-être temps de commencer à le faire pour que ces «amis du Liban» voient combien c’est pénible de se faire parasiter, décennie après décennie.

Mais c'est vrai qu'il est probable que les "membres d'Al-Qaïda", fatigués par le bourbier irakien, prennent des petites vacances au LIban histoire de recharger leurs batteries. Les vacances, c'est sympa, mais faut pas non plus perdre la main...

PS: Clickez sur la caricature, vous irez sur le blog Jeha's nail d'où j'ai pris cette image... 

mardi, 19 juin 2007

Liban > Palestiniens < Israël : vers un été prudent…

medium_Liban-Palestine.jpg«La plus grave violation de la 1701 depuis l'été dernier», selon Geir Pedersen, le coordinateur de l'ONU. «La plus grave violation de la ligne bleue depuis la guerre en 2006», déplore Ban Ki Moon. «Ferme condamnation» de la France.

Le tir de roquettes dimanche contre Kiryat Chmona en Israël n'a pas fini de faire des vagues. L'opération a été revendiquée par l'un de ces groupes totalement inconnus qui surgissent toujours à point nommé pour jeter encore un petit plus peu d'huile sur un feu qui n’en a décidément pas besoin. Ils surgissent ou  adoptent un nom aux consonances mystico-guerrières le temps d'une unique apparition (ce qui est largement suffisant). On a eu ainsi au Liban «les brigades Al-Ahrar», «les brigades du Saint Jihad», etc.

En ce qui concerne nos Katiyouchas de dimanche, il s'agissait donc de «la branche libanaise du Jihad Badr», dont on est bien contents de savoir qu'ils ont une branche libanaise étant donné qu'on ne sait absolument pas d'où, eux, viennent.

Mais là n'est pas l'essentiel. La question qui est sur toutes les lèvres ou presque est bien de savoir si le même scénario que celui de l'été dernier va se répéter en 2007, avec quelques semaines d'avance. Un copain me disait hier être persuadé du contraire et que les tensions se maintiendraient probablement jusqu'à l'élection présidentielle de l'automne sans plus de dégradation. J’aimerais le croire mais son optimisme (angélisme?) n'est guère partagé par la majorité des Libanais dont la capacité à voir la vie en rose a été sérieusement douchée un certain 12 juillet 2006. Le survol répété de Baalbeck par l'aviation israélienne hier n'a évidemment pas aidé. Je ne suis pas convaincue d’une nouvelle guerre avec Israël, mais le Liban a le chic pour se trouver de nouveaux ennuis et faire dans la diversité.

C’est donc à un été «prudent» qu’il faut s’attendre, dans le meilleur des cas. Plusieurs grands établissements scolaires ont déjà fermé leurs portes et c’est via une note qu’hier, le Grand Lycée franco-libanais nous a averti de la fin des cours vendredi prochain, soit une semaine plus tôt que prévu. Notre fille aura donc eu une dizaine de jours de classe en juin. Ce qui lui fait dire, avec toute la candeur de ses 6 ans, que «finalement, elle aime bien – un  peu – la guerre, comme ça elle est toujours en vacances».
Elle risque de déchanter au cours de ces trois mois de congé au cours desquels elle va probablement s’ennuyer. Le lycée a annulé toutes ses activités d’été, la plupart des colonies de vacances n’ouvriront pas leurs portes et la grande majorité de ses copains vont s’envoler vers des cieux plus souriants, au moins provisoirement. Ce qui en dit long sur l’état d’esprit général.
S’ennuyer, ce n’est grave, c’est bon pour l’imaginaire et c’est surtout mieux que d’être terrifié par des bombardements et des attentats. On n’en demande pas davantage.

dimanche, 17 juin 2007

Katyushas are back !

La contamination (suite)… Après les manifs, puis les tirs «intra-muros», voici revenu le temps des tirs de roquettes. Cet après-midi, plusieurs Katiouchas ont atteint deux villes israéliennes proches de la frontière libanaise. Une roquette un peu paumée aurait même atterri près d’une position de la Finul à Houla au Sud-Liban. Côté libanais comme israélien, la thèse d’un tir du Hezbollah a été écartée illico: les responsables seraient des Palestiniens. Oui, mais lesquels?

Comme nous le disions hier, on ne se demandait plus s’il y aurait une étincelle pour mettre le feu à l’été libanais, mais plutôt quelle forme elle prendrait. Et bien voilà une suite de réponses tout ce qu’il y a de plus satisfaisante. Nos si chers voisins du Sud vont-ils rester les bras croisés? Ce n’est pas vraiment dans leurs habitudes. D'ailleurs, ils se sont empressés de bombarder Chebaa...

Ce nouvel épisode va encore compliquer le travail de ceux qui cherchent à expliquer qui fait quoi dans notre belle région. Mais avec la double attaque d’aujourd’hui, les décideurs (libanais, israéliens et communauté internationale) vont être bien emmerdés pour trouver les auteurs et diriger leur politique en fonction. Qui a tiré aujourd’hui? Le Hamas, le Fatah, Jund el-Cham, un groupuscule X manœuvré par la Syrie ou autre? Personne ne le sait vraiment (attention aux raccourcis sibyllins que l’on va nous servir à la télé!).Avec tout ça, on se demande vraiment comment l’armée libanaise va s’en tirer. Car une «responsabilité» palestinienne ne signifierait pas que le Liban soit à l’abri d’éventuelles représailles israéliennes. Les Israéliens partent du principe que c’est aux Libanais, et donc à leur armée, de tenir les Palestiniens qui sont sur leur territoire, ce qui avait justifié – dès avant la guerre de 1975 – plusieurs bombardements sur le Liban comme celui sur l’aéroport de Beyrouth à la fin des années 60 au cours duquel de nombreux avions de la MEA avaient été décimés.

Mais entre les camps palestiniens (Nahr el-Bared évidemment, mais aussi Aïn el-Helwé…), les bases de groupuscules pro-syriens en effervescence depuis une semaine dans la Bekaa, les attaques aux checkpoints, la sécurité des civils dans le pays, les attentats possibles contre des personnalités… l’armée libanaise ne manquait pas de travail ces jours-ci, le tout mal équipée et fragilisée par les dissensions politiques internes. Il ne lui manquerait plus qu’un nouveau front, au Sud. C’est à croire que «quelqu’un» s’acharne pour l’affaiblir davantage et la faire imploser une nouvelle fois. Et l’Histoire a déjà montré à quel point les retombées de son effondrement seraient catastrophiques.

Il est de plus évident que le Liban ne peut pas se permettre ce genre de folie, à cause des Palestiniens, «stockés» dans des camps depuis près de 60 ans. La seule solution, tout le monde la connaît: les Palestiniens doivent avoir un Etat à eux, et pas une structure coupée en deux, quadrillée par des routes réservées aux seuls colons, avec une administration où les fonctionnaires sont payés chaque mois… Cette solution, tout le monde, absolument tout le monde, la connaît. Y aura-t-il des gens avec suffisamment de couilles pour la mettre un jour en application?

vendredi, 08 juin 2007

Pro-Libanais = anti-quoi?

C'est rigolo comme certains traits communs peuvent être dégagés de l'argumentaire de chacun de nos chers voisins et surtout de leurs partisans, dès lors que l'on déclare simplement vouloir défendre le Liban.

Ainsi, nous sommes forcément anti-quelquechose. Tirer à boulets rouges comme nous l'avons fait cet été sur la politique israélienne au Liban et - tenter - d'expliquer quelles pouvaient être les motivations du Hezbollah nous a valu d'être taxés d'antisémites, anti-juifs, anti-occidentaux. Et ça, c'est lorsque nous ne sommes pas des partisans actifs du terrorisme. Mais nous passons d'un coup d'un seul dans le camp adverse lorsque nous critiquons la politique syrienne vis-à-vis du Liban, ce qui nous vaut de devenir pro-amércains et donne surtout lieu à quelques perles du genre: "Vous n'êtes pas syriens, vous n'êtes pas des journalistes neutres donc vous êtes antisyriens". Celui-là, c'est pour les plus guignolesques, mais aussi plus tristement "en tant que syrienne, je représente le mal incarné à vos yeux." Autant de raccourcis éloignés de notre réalité (il y a belle lurette que nous ne mettons plus dans un même sac un peuple et ses gouvernants, quel que soit le pays) et qui passent surtout à côté de notre idée première: être tout simplement pro-Libanais. Apparemment, demander la définition de frontières (arrrgh!), l'échanges d'ambassadeurs (horreur!) le respect de la souveraineté d'un territoire (sacrilège), la libération de prisonniers injustement détenus (blasphème!), c'est forcément être anti-quelque chose ou anti-quelqu'un.

Ensuite, et ça j'adore, c'est le recours à l'Histoire et là encore, les convergences sont amusantes: tout comme les Israéliens, ou du moins certains, se servent de la Bible pour justifier l'occupation de terres palestiniennes, soit un argument datant d'il y a 3000 ans, d'autres rappellent que les Libanais ont été Syriens à une époque (ce qui énervera sans doute ceux parmi les Libanais qui se revendiquent Phéniciens, ce qui me fait aussi rire jaune). A ce jeu-là, on peut commencer à faire valoir que l'Alsace et la Lorraine étaient allemandes, les Etats-Unis apaches, sioux, cheyennes (etc.) et, tant qu'on y est, nous sommes tous africains en fait, puisque l'Afrique est le berceau de l'humanité. Mais, coucou! Nous sommes en 2007!

Les Libanais devraient certes commencer par balayer devant leurs portes, faire le ménage chez eux, laver leur linge sale en famille et toute expression qui revient à dire que nous avons aussi beaucoup à faire nous-mêmes. Mais ce serait sympa, justement, que le reste du monde nous laisse faire, Occident et Orient confondus. Mais bon, là, je vais être accusée de faire de l'anti-.... quoi en fait? 

jeudi, 07 juin 2007

Liban / Israël / Syrie : Du raffinement dans la cruauté généralisée

"La seule logique, c'est la destruction du Liban"... Voici un extrait de la petite vidéo qui suit de Georges Corm (économiste et ex-ministre des Finances anti-Hariri), concernant la guerre menée par Israël l'été dernier. Cette petite phrase peut tout autant s'appliquer, malheureusement, à notre voisin syrien. Si vous avez une douzaine de minutes devant vous, je vous conseille donc d'écouter cet extrait de l'émission "C dans l'air", mais surtout la vidéo de l'émission "Le dessous des cartes" qui, à quelques détails près, présente remarquablement bien la problématique existentielle libanaise.

Yalla, 3, 2, 1, envoyez la sauce!

samedi, 05 mai 2007

Celui qui reste, celui qui part, celui qui arrive

medium_HassanNasrallah.2.jpgmedium_Ehud_Olmert.jpgmedium_SarkozyReuters.jpgHassan Nasrallah a créé une petite surprise il y a deux jours. Lors de son dernier discours, il a reconnu «digne de respect» une initiative israélienne: celle de la commission Winograd, qui a scellé l’échec du gouvernement israélien lors de la guerre de juillet. Sans blague, il aura tout de même fallu presque 10 mois de cogitations pour arriver à cette conclusion. Bravo, mieux vaut tard que jamais…

A Tel-Aviv, des dizaines de milliers de personnes ont réclamé le départ d’Ehud Olmert. Soit, pourquoi pas, mais pour mettre qui à la place? Tzipi Livni? Benjamin Netanyahu? Ce n’est pas d’une démission ministérielle dont le Liban se délectera. C’est un peu facile. Il y aurait bien une autre solution (utopique): demander à ce que l’Etat israélien, engagé dans ce conflit, mette la main à la poche pour payer les dommages faits aux infrastructures libanaises qui n’avaient rien à voir avec celle du Hezbollah. Je ne sais pas, moi, par exemple, Israël aurait pu payer le nettoyage des côtes libanaises après la marée noire de Jiyeh (qui avait pour but de torpiller le tourisme local); Israël pourrait payer la nouvelle usine de Liban-Lait dans la Bekaa, destruction à cause de laquelle manger un yaourt au Liban est devenu un luxe… Des exemples, il y en a à la pelle. Ça, toucher au porte-monnaie, cela aurait une toute autre valeur…

Pendant ce temps, pauvres électeurs français du Liban, nous regardons les derniers jours pré-Sarkozy avec une certaine angoisse. Pour nous, la présence du nain à l’Elysée va quelque peu compliquer les choses. De là à dire qu’il ne fera peut-être plus très bon d'être français dans la région, il n’y a qu’un pas (souvenons-nous de la gaffe de Jospin dans le même genre). Le boss de l’UMP ne cache pas ses affinités, c’est certes son droit. Mais ses déclarations classant le Hezbollah dans la colonne «organisations terroristes» ne vont pas vraiment dans le bon sens, celui du dialogue. En tout cas, cela va dans le même sens que l’Administration Bush, et à contre sens de la politique de l’Union européenne. Le preux chevalier blanc de Neuilly-sur-Seine compte donner un grand coup de pied dans la politique arabe de la France. Merci, mais nous n’en avions vraiment pas besoin.

mardi, 02 janvier 2007

1978-2006: le miroir de l’Histoire

medium_1978sharon.2.jpgmedium_1978guerilla.2.jpgmedium_1978finul.2.jpgCeux que l’Histoire intéresse (et qui ont 3 minutes devant eux pour lire ce qui suit), se «régaleront» devant ce long passage tiré du livre de Jonathan Randall, La guerre de mille ans (éd. Grasset, 1983). Ce extrait relate l’invasion israélienne de 1978. A ce moment-là, le Sud-Liban s’appelle Fatahland: les combattants palestiniens s’y sont installés militairement. Le Hezbollah, lui, n’existe pas encore (le Parti de Dieu sera largement «favorisé» par Israël pour bouter les Palestiniens du Sud-Liban juste un peu plus tard, ironie de l’histoire…). Comme les Américains avec les talibans face aux Soviétiques, les Israéliens ne tarderont pas en effet à créer leur futur cauchemar. Bon, sur ce, voici le texte…

«De temps en temps, le niveau de la violence excédait le seuil toléré jusque-là et le gouvernement américain concentrait toute son attention sur le Liban. Ainsi, en mars 1978, un commando naval palestinien, parti de la côte libanaise, échappa à la détection des radars israéliens par la faute du mauvais temps, débarqua en Israël et massacra 32 personnes. Comme toujours, lorsque les Palestiniens se livraient à de tels actes de terrorisme, il ne s’agissait pas pour les Israéliens de savoir si l’on allait exercer des représailles, mais plutôt quand et dans quelle mesure. Comme toujours aussi, les Etats-Unis furent consultés et n’élevèrent, pour autant qu’on le sache, aucune objection de principe. Trois jours plus tard, le temps s’étant amélioré, les Israéliens passèrent à l’attaque. Ils envahirent le Sud-Liban avec une armée de 30000 hommes soutenus par des blindés, de l’artillerie automotrice et une force aérienne très puissante. Cette opération, prévue depuis longtemps, dont le nom de code était «Pierre de la Sagesse», constitue la plus grande opération militaire israélienne en temps de paix. Elle surprit considérablement les Etats-Unis.
La destruction se fit sur une échelle bien connue au Vietnam. Singeant l’extraordinaire puissance de feu américaine en Indochine, les Israéliens s’efforcèrent de réduire au minimum leurs propres pertes en vies humaines – et y parvinrent. Mais ils ne purent exterminer, comme prévu, les commandos palestiniens qui avaient eu tout le temps voulu pour courir se mettre en sécurité au nord du Liban. Empilant matelas, vêtements et familles dans des taxis et des camionnettes surchargés, plus de 200000 Libanais s’enfuirent également vers le nord, loin des zones dangereuses. Ils devinrent de véritables exilés dans leur propre pays, s’installant en squatters dans les appartements inoccupés de Beyrouth où ils firent encore monter la tension générale. Les Israéliens firent néanmoins de très nombreuses victimes: presque toutes étaient des civils libanais – environ un millier, selon le CICR. Au cours de scènes d’une violence frénétique, durant lesquelles les Israéliens commirent de véritables atrocités, plus de 6000 logis furent détruits ou sévèrement endommagés, une demi-douzaine de villages pratiquement rasés. (…) Pour aggraver encore le cas des Israéliens, «Pierre de la Sagesse» fut un gâchis militaire d’une telle envergure que le gouvernement se sentit tenu de nommer une commission officielle pour enquêter sur les erreurs les plus évidentes. Les attaquants avaient totalement manqué leur effet de surprise. (…) Tactiquement, les envahisseurs commencèrent par s’arrêter à 10 kilomètres au-delà de la frontière libanaise, puis le lendemain, ils marchèrent vers le nord, en direction du Litani, tandis que les Etats-Unis se mettaient à rassembler fiévreusement la FINUL pour faire la police dans le sud du pays. Carter était furieux et bien décidé à mettre fin à cette invasion qui excédait de très loin la limite des représailles tolérées. (…) Au cours de leur invasion, les Israéliens lâchèrent des «cluster bombs units», ces bombes anti-personnel particulièrement meurtrières que les Etats-Unis avaient fréquemment utilisées en Indochine. Elles continuèrent à tuer des civils libanais et palestiniens, en 1982, lorsque d’autres armes du même genre furent employées sur une échelle beaucoup plus vaste.»

Voilà, le scénario de 1978 ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de 2006 (c’en est même franchement hallucinant). On espère de tout cœur que 2007 prouvera que les hommes apprennent parfois de leurs erreurs passées, en Israël comme ailleurs.

jeudi, 28 décembre 2006

Armes sans frontières

Le 6 août dernier, nous mettions ici même un post sur l’un des films les plus marquants de l’année, Lord of war (c’était avant d’avoir vu Children of men cette semaine, à conseiller de toute urgence!). Bref, ce film traite de l’absence d’états d’âme d’un vendeur d’armes international. Dans l’une des scènes, on le voit dans sa limousine en plein New York, le visage déconfit à la lecture d’un journal dans lequel on annonçait un cessez-le-feu quelque part en Afrique. Car pour les vendeurs d’armes, "cessez-le-feu" équivaut à "marché en perte de vitesse".

medium_kalach.jpgSelon le quotidien israélien Haaretz, l’Egypte de Moubarak aurait livré récemment – avec l’approbation de Tel-Aviv – 2000 Kalachnikovs et 20000 chargeurs au Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas, dans l’optique de contrer matériellement le Hamas. Coïncidence, hum? Ce genre de calcul, dans le genre "équilibre de la terreur", est tout à fait humain. Et les Libanais étant des hommes comme les autres, on ne peut que redouter ces additions et autres calculs qui ne connaissent pas de frontières.

Sur ce, joyeux Noël Félix! C'est dommage qu'on ne se contente pas de faire la guerre avec des fers à repasser...

vendredi, 08 décembre 2006

Billard en 5 bandes

medium_billard.jpgLes amateurs de billard français comprendront facilement l’analogie. Les derniers développements locaux et internationaux nous font craindre le pire, et comme on s'attend à tout là où nous sommes... C’est toujours comme ça avec le Liban: les plus graves dangers qui le guettent viennent d’abord de l’extérieur avant de trouver des grosses caisses de résonance sur la scène interne.

Première bande
2003: Les Américains se lancent dans une guerre inepte en Irak.
Deuxième bande
2005: La Syrie, pointée du doigt par la communauté internationale (à tort ou à raison) suite à l’assassinat de Rafic Hariri, est obligée de suspendre sa tutelle sur le pays du cèdre. Cette tutelle avait été avalisée par Washington au moment de la Guerre du Golfe. Là, honneur arabe bafoué oblige, on se dit que le régime syrien va jouer la carte de la terre brûlée… En tout cas, Assad Junior ne peut pas se laisser déculotter alors que son cher papa avait mis tant de savoir-faire dans ses magouilles géopolitiques.
Troisième bande
2006: Après une grande campagne de déstabilisation menée en 2005 avec plus d’une dizaine d’attentats, le Liban subit une guerre ultra violente en juillet-août. Le processus politique local (baptisé dialogue national) est au point mort. Parallèlement, Damas – passé maître dans l'art de gagner-du-temps-on-verra-bien-plus-tard – semble exaspéré par l’idée d’un Tribunal international dans l’affaire Hariri (un aveu de culpabilité?). Il va bien falloir trouver une solution pour monnayer une alternative…
Quatrième bande
2006 toujours: Flûte, les Américains s’aperçoivent, officiellement, que leur guerre en Mésopotamie est un désastre, dans cet Irak coincé entre le maléfique Iran et cette charmante Syrie. James Baker (qui avait indirectement fait tant de mal au Liban sous la présidence de Bush père) arrive avec son rapport: la guerre est un échec, il va falloir intégrer l’Iran et la Syrie dans une solution régionale (eh voilà, le temps gagné peut toujours servir....). Une Syrie qui a, 3 semaines plus tôt, officiellement repris des relations diplomatiques avec l’Irak sous tutelle américaine après 24 ans de brouille (cherchez l'erreur!).
Cinquième bande

Et c’est là que commence la politique-fiction… Damas, qui pourrait avoir un rôle «stabilisateur» en Irak, s’attire temporairement les bonnes grâces de Washington. Et quoi comme monnaie d’échange? Bein on peut commencer par enterrer (ou travestir) l’idée du Tribunal, et puis au pire des cas, on peut envisager un retour tranquillou de Bashar et de ses acolytes sur la scène libanaise (via un cheval de Troie?). Et comme l’Histoire a souvent tendance à se répéter, ce scénario n’est pas complètement inepte, lui.

mardi, 31 octobre 2006

Devinette fictive

Il fait très beau ce matin à Beyrouth, après les tempêtes diluviennes de ce week-end. C'est donc avec un grand bonheur qu'en cette toute fin d'octobre, j'ai ouvert la fenêtre de la salle de bain en prenant ma douche ce matin, histoire de profiter du ciel bleu et de la douce lumière du soleil.

De chez nous, la vue est panoramique sur la mer et sur Beyrouth. Le son porte bien. J'étais donc en plein opération shampooinage lorsque le bruit d'un avion a attiré mon attention. Rien d'extraordinaire. L'aéroport étant proche de la capitale, les avions passent souvent bas au-dessus de Beyrouth pour atterrir et on les entend bien. Mais celui-ci s'entendait vraiment très bien. Trop. Plus étonnant, à peine le son s'estompait-il qu'un deuxième vrombissement se faisait entendre, encore plus fort. "Le trafic reprend drôlement bien à l'aéroport. Tant mieux", me suis-je dit. Mais au bout de dix minutes de circulation aérienne ininterrompue, et particulièrement impressionnante, j'ai commencé à jouer aux devinettes. Aviation civile ou jet militaire? En général, la différence est nette, d'autant que les jets, seuls les Israéliens en ont et : 1. en principe, ils s'amusent surtout à passer le mur du son au-dessus de Beyrouth, c'est plus rigolo et plus effrayant. 2. ils ne se permettraient quand même pas de survoler Beyrouth de la sorte, au nez et à la barbe de la Finul et de tous les officiels occidentaux qui nous honorent de leurs nombreuses visites.

Qu'est-ce donc alors? Un avion qui atterrit toutes les deux minutes à Beyrouth par les temps qui courent: peu probable. Et ça continue, ça continue. Je commence à devenir nerveuse. Au bout d'une demi-heure, le calme revient. "Bof, passons à autre chose, on verra bien", me dis-je sans trop de conviction. C'est stressant, mais qu'y peut-on?

medium_GazaSept05.jpgIl est presque 13h à Beyrouth, il fait toujours beau, le ciel est d'un bleu limpide et la réponse à ma devinette vient de tomber: pendant une demi-heure donc, l'aviation israélienne a mené une série de "raids fictifs" sur le sud de Beyrouth. Dans le fond, je ne suis pas surprise mais les bras m'en tombent quand même. Après les "incidents" avec la marine allemande, les accrocs sur la ligne bleue, le tir de bombes au phosphore et plus si affinité avec l'uranium appauvri, enrichi ou ruiné ou milliardaire... après ce vaste n'importe quoi, Israël continue, en toute impunité, de mener des incursions au-dessus d'une capitale étrangère, prenant son temps (croyez-moi, une demi-heure, c'est long quand ce bruit rappelle des souvenirs d'une violence inouïe) et ses aises comme à la maison.

Y en a marre. Point final. Marre.

Mais ma devinette n'a pas trouvé de réponse complète: c'est quoi, un "raid fictif"? Cela veut dire que les bombes ne sont pas lâchées? Si quelqu'un a une réponse, je suis preneuse. Parce que l'oppressant sentiment de retour en arrière, je peux vous l'assurer, n'avait rien de fictif, lui... Après tout, parti comme ça, on verra peut-être des "enlèvements fictifs" par le Hezbollah. De toute façon, je ne devrais pas être surprise dans un monde de "justice fictive", d'"équité fictive" et de "droit fictif"...

mercredi, 27 septembre 2006

Toute petite lueur

medium_amosoz.jpgAlors que l'armée israélienne n'a pas encore achevé son retrait complet du territoire libanais (hors fermes de Chebaa bien entendu), des voix discordantes tentent de s'élever en Israël. Entre une guerre ratée au Liban et une impasse totale avec le gouvernement palestinien élu, 71 écrivains (dont Amos Oz – ici en photo – co-fondateur du mouvement La Paix maintenant), universitaires et anciens membres de l'armée et des renseignements ont signé une pétition demandant au gouvernement Olmert de dialoguer avec le Liban, la Syrie et le Hamas.

medium_dessin.jpgDites, on peut toujours rêver alors? Bon, OK, ça va pas être facile, il va falloir en faire tomber des murs...

vendredi, 22 septembre 2006

Victoire divine

medium_Hezbollah.jpgÇa aurait pu être une kermesse, tant la foule était joyeuse et bigarrée, se pressant pour assister au "festival de la victoire" organisé vendredi par le Hezbollah au cœur de la banlieue sud dévastée. Mais c’est en fait à une démonstration de force populaire et politique sans précédent que le Liban a assisté. Une véritable déferlante de partisans acharnés, de simples sympathisants et de curieux, a répondu à l’appel de Hassan Nasrallah, chacun arborant ses couleurs politiques: l’orange du général Aoun, les verts de l’autre parti chiite Amal et du courant prosyrien chrétien des Marada. Mais ce vendredi, la place blanche fut surtout jaune: drapeaux accrochés à des cannes à pêches ou tenus à bout de bras, casquettes, T-shirts, ballons, tous à la gloire du Hezbollah... «Le plus grand rassemblement de l’Histoire du Liban», selon les organisateurs, faisant implicitement référence à la manifestation antisyrienne du 14 mars 2005 (ayant réuni plus d’un million de personnes). Ils furent peut-être 500000 à braver les embouteillages dantesques pour s’entasser sur le terrain vague déblayé, asphalté et sécurisé par le parti de Dieu. Certains sont même venus de l’étranger, comme Salim qui explique: «J’ai vu d’Allemagne ce que le pays a vécu; j’ai pris mon billet d’avion dès que j’ai entendu l’annonce de Nasrallah.» Un autre débarque d’Arabie Saoudite pour «célébrer cette victoire divine qui fait honneur à tous les Arabes» et qui, pour tous, revient d’abord à Nasrallah le bien nommé: Nasr signifie victoire en arabe et Allah Dieu. Tous sont venus l’applaudir sans savoir, jusqu’au dernier instant, s’il serait présent, en chair et en os. Mais à 16h30, comme prévu, le secrétaire général du Hezbollah, solidement encadré de deux gardes du corps, traverse la foule, la saluant au passage, un sourire radieux sur les lèvres, tandis qu’un flot de ballons est lâché dans les airs. «Ma présence vous met en danger, mais je n’avais pas le cœur de ne pas être avec vous», explique-t-il à la foule qui boit ses paroles. Dans son discours fleuve, il fait de l’humour, ironise, apostrophe, félicite. «Vous êtes les résistants! Personne ne peut vous retirer cette victoire politique, stratégique et voulue par Dieu!». La foule, tendue, est parcourue d’un frémissement à chaque mot bien pesé. Car Nasrallah n’épargne personne. Les Etats-Unis «responsables de cette guerre qu’ils ont voulue, préparée et armée. Les trois derniers jours ont été les pires alors que la 1701 avait été signée et l’on veut nous vendre que les Etats-Unis ont voulu arrêter la guerre? Si les Américains étaient arrivés à leurs fins, le Liban se serait transformé en Irak.» Les pays arabes ensuite «qui restent impuissants devant les enfants tués au Liban et en Palestine occupée, alors qu’ils disposent de l’arme pétrolière». Nasrallah va loin, assurant que si les peuples arabes s’alliaient, ils pourraient libérer la Palestine «de la mer jusqu’au Fleuve (Jourdain)». Il égratigne aussi le Premier ministre Siniora («ce n’est pas avec des larmes que l’on bâti un Etat fort») et le chef druze Walid Joumblatt, fer de lance des «pro-désarmement» («Je suis un homme du peuple! Ni moi, ni mon père, ni mon grand-père n’avons été ‘Bek’» en référence au titre tribal de Joumblatt). A la Finul, il répète que, du moment qu’elle ne tente pas de le désarmer, elle est la bienvenue «même si aucun des pays membres n’a dit envoyer ses hommes pour défendre le Liban (...) Nous faisons tout pour ne pas violer la résolution 1701 car le monde entier n’attend que cela, alors qu’Israël détourne notre eau et grignote nos territoires, ce qu’il ne pouvait pas faire quand nous étions au Sud. Mais soyons clairs: si le gouvernement laisse faire, le peuple réagira!» Car, conscient de son nouveau poids politique, Nasrallah renouvelle ses exigences: un gouvernement d’union nationale «car l’actuel est incapable de garantir l’unité et la sécurité du pays» et un retrait israélien total, y compris des controversées fermes de Chebaa, assurant qu’il disposait toujours de 20000 roquettes et que le Hezbollah «n’avait jamais été aussi puissant». Nasrallah affirme cependant que ses armes ne sont pas éternelles, n’étant que la conséquence d’un état de fait: «Les violations de la souveraineté libanaise par Israël et l’absence de volonté politique réelle de régler le problème. Réglez les causes et les conséquences disparaîtront d’elles-mêmes, simplement!», conclut-il avec un sourire entendu, martelant enfin un «Personne ne me fera taire» salué par les vivats d’un auditoire entièrement acquis à sa cause.

Ceux qui espéraient un virage "historique" de la ligne politique du Hezbollah sont sous le choc. Et en attendant, le reste du pays se demande si un coup d'Etat se prépare... Quelle journée. Il paraît qu'elle devrait devenir fête nationale, et même arabe. Franchement, moi, je ne sais qu'en penser...

samedi, 09 septembre 2006

Levée à deux vitesses

Bien. Israël a donc levé son blocus aérien d'abord, puis maritime... tout en se réservant le droit d'intervenir, pour protéger son autre et fameux droit à l'auto-défense. Les six habitants de Aita ach-Chaab devaient sans doute représenter un danger bien menaçant pour l'Etat hébreu, puisqu'ils ont été enlevés près de leurs villages et emmenés en Israël sans autre forme de procès. Deux d'entre eux travaillaient dans une école pour handicapés, les autres étaient partis à leur recherche. Grand crime devant l'Eternel, surtout en territoire libanais. Dans le même temps, un cargo libanais était empêché d'arriver au port de Beyrouth.

Comme il le fait depuis des années, Israël continue donc de régner en maître et de dicter sa loi, en dépit de toutes les conventions internationales et de tous les engagements pris. Ce genre de violation n'est pas nouveau, mais il laisse présager un retour aux mêmes abus que le Liban, et les territoires palestiniens, subissent depuis trop longtemps. En espérant que la communauté internationale, présente en force cette fois-ci, puisse et veuille témoigner. 

En attendant, c'est l'émotion à l'aéroport de Beyrouth, où ceux qui sont restés accueillent, en larmes et avec fleurs et ballons, ceux qui sont partis. C'est déjà pas mal, me direz-vous... 

samedi, 26 août 2006

Une proie pour deux fauves

C'est le titre d'un ouvrage paru pendant la guerre dite civile du Liban, faisant évidemment allusion à la Syrie et à Israël. Il aurait aussi bien pu être titré "Une proie pour vingt fauves". Bref...

Notre ami Bachar se sentant apparement exclu, désormais, de la vie politique libanaise, la Syrie tente de refaire surface chez nous via la question des frontières. Un abcès de fixation - dans lequel se place aussi Chebaa - bien pratique. Si la Finul se déploie, côté libanais, sur les frontières, la Syrie fermera le passage. On la croit sur parole, elle l'a déjà fait, et pas plus tard qu'il y a un an. La géographie est simple: au Sud du Liban, Israël. A l'Ouest, la mer. Tout le reste, la Syrie. De quoi faire un peu de paranoïa et de claustrophobie.

Histoire de donner un peu de poids et de crédit à sa menace, le gouvernement syrien a déjà stoppé les livraisons d'électricité qu'elle assurait au Liban (à des taux usuriers, rassurez-vous). Du coup, on est encore un peu plus dans le noir. Un peu plus, un peu moins, vous me direz, on n'est plus à ça près. Les autorités libanaises ont réagi fermement, mais là n'est pas le problème. La Syrie ne cesse de montrer qu'elle n'acceptera pas d'être isolée de sa carte libanaise, qu'elle a son mot à dire dans ce qui se joue aujourd'hui au pays du Cèdre. Elle ne veut pas, ne peut pas concevoir un Liban souverain et indépendant de sa "grande soeur". Décidément, on ne choisit pas sa famille... Ses voisins non plus, d'ailleurs.  Au bout d'un moment, c'est fatigant de ne plus savoir où regarder, à part vers la mer... La décision européenne va-t-elle changer les choses? Une "Finul plus" est-elle la solution? J'aimerais le croire. Mais ici, on a le sentiment qu'à cinq problème avec Israël, succèderont mille problèmes avec la Syrie... qui aura elle aussi le culot d'affirmer que c'est pour le bien du Liban. Bachar, Olmert, deux amis qui nous veulent du bien... même combat?  

Si l'arrivée de la "Finul Bis" permet de lever le blocus israélien, ce sera déjà pas mal, après plus d'un mois et demi de rationnement de yaourts. Comme ça, les Syriens pourront prendre la relève si le coeur leur en dit. D'un blocus à l'autre, les Libanais commencent à prendre le pli d'être otages de leurs voisins. C'est beau la continuité...

lundi, 21 août 2006

Paradox politik

Non mais franchement, de qui se moque-t-on? Depuis hier, je bouillonne. Mettons un peu d'ordre dans tout ça:

- Il y a un mois, Israël soutenait que son agression visait, entre autres, à rétablir l'autorité du gouvernement libanais, à consolider la démocratie au pays du Cèdre, à libérer les Libanais du joug du Hezbollah, confiant que ces Libanais lui en seraient reconnaissants. Belle façon de faire, vraiment. On peut dire merci tout de suite?

- Depuis deux jours, l'Etat hébreu souffle le chaud et le froid et met tout en oeuvre pour que rien ne se règle, pour que les hostilités reprennent. Ehud Olmert est au plus mal au niveau interne, d'accord. Personne n'est content de la façon dont il a géré cette guerre, d'accord. Mais quoi? Il s'imagine remonter dans les sondages en bombant le torse et en redorant au Liban - encore- son blason? Il y a là une vaste hyprocrisie qui me rend malade.

Vendredi soir, l'aviation israélienne survole le Liban. Le respect de l'espace aérien: que dalle. J'aimerais voir la situation inverse. Samedi, un commando débarque au nord-ouest de la Békaa en complète contradiction de l'accord d' "arrêt des hostilités", sous prétexte d'arrêter le transport d'armes de la Syrie vers le Hezbollah, sans avoir à fournir la moindre preuve de ce qu'il avance. "C'est contre le terrorisme: JOKER! Personne ne peut rien dire!" Cela commence à bien faire, cette justification à tout bout de champ de la lutte contre le terrorisme, qui autorise n'importe quelle action, aussi anti-démocratique soit-elle, sans avoir à fournir la moindre preuve de ce que l'on avance. C'est vraiment prendre les gens pour des imbéciles. Prenez une carte et regardez où se trouve Boudaï, par rapport à la frontière syrienne, Baalbeck ou le Sud Liban. Les armes en question, elles partaient où? Vers la montagne chrétienne?

Là dessus, Olmert en rajoute une couche, et quelle couche! Il ne veut pas que des pays n'ayant pas reconnu Israël participe à la Finul renforcée (admettons). Il ne veut pas que tel et tel pays participent au financement de la reconstruction au Liban (il n'a qu'à payer lui-même, vu le prix de ses appartements, il en a les moyens). Il veut que l'Italie dirige cette Finul, faisant un joli bras d'honneur à la France (très drôle, mais ça complique encore la formation de ladite Finul). Il ne veut plus que l'armée libanaise arrive jusqu'à la frontière sous prétexte que le Hezbollah en profiterait pour avancer aussi, alors qu'il y a encore une semaine, il jugeait ce déploiement trop lent. Mais oui: Ehud Olmert vient de découvrir que l'armée libanaise (qu'il voulait renforcer il y a un mois en bombardant ses casernes) et le Hezbollah, c'est la même chose. Dimanche, tout l'après-midi, les avions israéliens ont survolé le pays. Et voilà qu'Olmert annonce qu'il se prépare à un second round, si la Finul ne se renforce pas bientôt. Cette même Finul à laquelle il pose tous les obstacles possibles et imaginables, par des exigences multiples et changeantes et par l'entretien d'une tension permanente propre à décourager des participants déjà frileux... "Je veux la paix mais je fais tout pour que cette paix soit impossible", en substance.

Que personne ne vienne me dire qu'Israël veut la paix, alors que son gouvernement ne fait que montrer son envie de retourner au front.

Et au passage, qu'on me nomme un seul pays, un seul, qui dicte ainsi sa loi à un autre pays souverain, qui déclare au nez et à la barbe de toute la communauté internationale que lui, il fera comme bon lui semble; qui donne ses directives sur quand et comment un conflit dont il est en (très) grande partie responsable doit être géré par l'ONU; sur qui doit faire quoi et comment. Y a-t-il un seul autre pays au monde qui a cette arrogance et ce mépris des règles et conventions internationales? Ha oui, il y en a un, je n'y avais pas pensé. Les Etats-Unis.

De quel droit? Bon sang, de quel droit?

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dimanche, 13 août 2006

Plan B

medium_DSCN3188.jpgSamedi matin comme prévu, nous nous sommes retrouvés place des Martyrs à 7 heures du matin pour former un "convoi citoyen" devant descendre au Sud afin d'y apporter des vivres à l'attention de ceux qui n'avaient pu s'enfuir. 100000 personnes seraient encore là-bas, sans que quiconque puisse les rejoindre. La Croix-Rouge libanaise et le CICR ne vont nulle part sans autorisation israélienne, et l'Etat hébreu ne donne son accord qu'avec parcimonie: une autorisation cette semaine, pour dix demandes déposées par jour. Inutile de dire que de nombreux villages sont abandonnés à leur triste sort. L'idée de ce convoi, lancée par de multiples ONG, consistait non seulement à apporter une aide de première urgence, mais aussi à crier à la face du monde que les Libanais, unis, citoyens et sans distinction confessionnelle ou politique, refusaient ce lâchage des populations du Sud. Forces libanaises, Aounistes, Hezbollah, apolitiques, chrétiens du Kesrouan, chiites de Hay el-Sallom, druzes de Saoufar: tous ont répondu présents en tant que Libanais avant tout. Treize Américains et une dizaines d'Egyptiens étaient là juste par solidarité. En tout, 52 voitures se sont donc mises en marche, drapeau libanais au vent et coffres remplis à ras bord de victuailles.
Bien sûr, tout le monde était inquiet, sachant que la veille, un convoi de réfugiés composé de 515 voitures et de 3000 personnes, encadré par l'armée libanaise et la Finul (qui assure avoir obtenu l'autorisation de passage de Tel-Aviv), avait été attaqué par un drone. Celui-ci a lâché 5 bombes, faisant 7 morts et plus de 40 blessés.
medium_DSCN3221.jpgmedium_DSCN3256.jpgmedium_DSCN3224.jpgMais ce n'est pas l'armée israélienne qui a posé problème, c'est la police libanaise. A seulement 15km de Beyrouth, un barrage décidé par le ministre de l'Intérieur Ahmad Fatfat (sunnite du Nord proche du 14 mars), a bloqué le passage, les armes à la main, sous prétexte que "cette démarche était suicidaire et qu'il était de la responsabilité des autorités de protéger ses citoyens".
En a résulté une cohue monstrueuse, des cris, des larmes, de la colère… Certains, dont toute la famille est au Sud, ont voulu passer à pied, la police les en a empêché. "Nous avons le droit de mourir où nous voulons", cria un jeune homme.
Bien sûr, les accusations ont fusé. Comment expliquer ce blocage de la part d’un gouvernement qui accuse Israël de blocus humanitaire? L’objectif était évidemment politique, et c’est bien triste car cela illustre les enjeux internes de cette guerre. A titre d’indice, le  maire de Saïda, averti de notre venue, a déclaré publiquement que nous étions "ses invités". Il faut savoir que ce monsieur est l’adversaire politique de Bahia Hariri.

Aujourd’hui au Liban, c’est aussi une question de pouvoir qui se joue, même à l’échelle de l’aide humanitaire. Déjà, sur la scène médiatique, certains piliers du 14 mars se désolidarisent du Hezbollah. En particulier dans les milieux sunnites, des rumeurs courent sur les objectifs "cachés" de Nasrallah: il ne compterait pas désarmer, les réfugiés ne rentreront pas au Sud, le Hezbollah va mettre la main sur les rênes du pays… C’est malheureusement une opposition sunnite-chiite qui est en train de voir le jour, même si les populations elles-mêmes n’adhèrent pas aux prises de position politiques.
Nous étions donc très inquiets de voir la réaction de Nasrallah au vote de la résolution 1701. Mais l’homme a prouvé son intelligence politique et tactique, en acceptant de soutenir le gouvernement, quelle que soit sa décision. Il désamorce de la sorte toutes les accusations potentielles de faire passer d’autres intérêts avant ceux du Liban, en particulier lorsqu’il déclare vouloir "tout faire pour que les réfugiés puissent retourner chez eux". Ainsi, il rassure et ses partisans, et ceux qui redoutaient une installation de ces réfugiés. Il montre aussi que ses objectifs militaires (libération de Chebaa et des prisonniers dont rien n’est dit dans la résolution) ne priment pas sur l’humain. Ce qui n’est clairement pas le cas chez ceux qui ont bloqué notre convoi…

Comme l’a dit fort justement un ami, ce qui se passe depuis un mois a surtout prouvé combien le Hezbollah fédérait au Liban et combien il était puissant sur le plan militaire. S’il était vraiment manipulé par la Syrie ou par l’Iran, il avait largement les moyens de s’opposer au retrait syrien en avril 2005, et même de prendre le pouvoir militairement. Il ne l’a pas fait, préférant participer à un dialogue national. Sachant désormais quels sont ses moyens militaires, c’est une preuve a posteriori de sa "libanité". La République islamique du Liban, tant redoutée, il aurait aussi pu l’imposer par les armes bien plus tôt.
Pour ce même ami, Israël doit maintenant se rabattre sur son plan B: l’Irak au Liban. Soit tout mettre en œuvre pour jouer sur les dissensions confessionnelles, en particulier entre chiites et sunnites. L'élargissement de l'offensive au Sud et la volonté affichée de rester sur place plusieurs semaines pour "nettoyer" la région entre dans cette stratégie. Plus il y aura de réfugiés et plus longtemps il resteront dans d'autres régions dans des conditions de promiscuité intolérables, plus le risque d'implosion de la société libanaise est important. Vous aimez bien votre voisin, mais s'il dort dans votre salon et mange vos provisions alors que vous mêmes vous êtes sous blocus, à la longue, vous allez finir par vous chamailler. Cela n'a rien à voir avec la confession, c'est juste humain. Le Hezb ne veut clairement pas entrer là-dedans, mais à ce jeu-là, il y a deux parties. Prions pour que la seconde ne tombe pas dans ce piège pour des questions bassement politiciennes.

 
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