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lundi, 14 août 2006

Pendant ce temps à Gaza…

C’est vrai, depuis 34 jours, nous ne parlons que de notre nombril, de notre beau Liban. Mais en Cisjordanie et surtout à Gaza, le peuple palestinien continue de payer son vote démocratique des dernières législatives. Petite pensée pour toi, Gilles.

mercredi, 09 août 2006

Précision

Je vois que l'on discute beaucoup sur la légitimité du Hezbollah et de ses actions, ses origines, ses motivations.

Aussi aimerais-je vous donner une information essentielle, et objective quoi qu'en diront certains: au début des années 80, toute une partie du Sud Liban était rebaptisée "Fatahland" car elle avait été sacrifiée à la cause palestinienne, par le gouvernement libanais, le monde arabe, la Syrie, les organisations palestiniennes, etc... Quid des populations chiites qui vivaient sur place , dans un quotidien fait de batailles qui n'étaient pas les leurs, d'invasions et de douleur? Depuis 1969, date des accords du Caire, les Palestiniens avaient le droit de mener leur lutte à partir du sol libanais... Et tant pis pour les habitants de la région. Aussi, lorsque - suite à la révolution islamique en Iran - l'ayatollah Khomeyni s'est proposé d'envoyer plusieurs milliers de Pasdarans (Gardiens de la Révolution) au Liban pour y lancer une révolution islamique, tout le monde a dit oui!

La Syrie a ouvert ses frontières et assuré leur passage jusqu'au Liban, car elle savait que ces Pasdarans armeraient les chiites, évidemment, et que ces chiites s'en prendraient aux Palestiniens qui avaient réduit leur région en Fatahland. La Syrie, à cette époque, avait d'abord soutenu les Palestiniens, mais n'avait pas du tout apprécié que Arafat prenne ses distances plus tard et ne soit pas au garde à vous. Par La suite, la Syrie a retourné sa veste à plusieurs reprises, selon ses intérêts. Mais je ne vais pas me lancer sur la Syrie, on n'en finirait plus...

Israël a aussi tout fait pour faciliter le passage de ces Pasdarans dans les zones surveillées voire occupées par son armée, tout au Sud du Fatahland, se mettant même d'accord - discrètement - avec la Syrie, pour assurer leur sécurité. Cela l'arrangeait aussi, puisque le futur Hezbollah combattrait les Palestiniens. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Mais le Hezbollah devait fatalement se retrourner contre Israël. De nombreux apprenti-sorciers occidentaux se sont retrouvés dans la même situation: en Aghanistan, en Irak, etc...

Effectivement, le Hezbollah s'est formé dans l'idée d'instaurer une république islamique au Liban, avec toutes les déviances que cela a entrainé. Puis, à la fin des années 80 et surtout après 1992 et l'accession de Hassan Nasrallah à sa direction, il a changé de ligne: constitution en parti politique (avec une branche armée, toujours, financée par la Syrie et l'Iran), mise en place d'infrastructures sociales. Depuis, il évolue en permanence en fonction des réalités libanaises, ayant compris que le Liban n'est pas l'Iran. Même les chiites modérés qui le craignaient autrefois, l'affirment aujourd'hui: le Hezbollah prépare déjà son désarmement et l'intégration de ses combattants dans la société civile (il est déjà entré en contact avec des entreprises libanaises afin de leur trouver des formations professionnelles pouvant déboucher sur des emplois réels). A condition que ce pourquoi il combat soit obtenu: la libération des prisonniers libanais (en particulier Sam Kantar, qui est druze, même pas chiite) et la mise de Chebaa sous tutelle internationale. Est-ce tellement demander pour que survive le Liban et que la sécurité de tous soit assurée?

 

samedi, 29 juillet 2006

Contes de la misère ordinaire (chronique du 29 juillet)

Vous n'êtes jamais allé dans un camp de réfugiés palestiniens? Suivez le guide.medium_EntreeDuCamp.jpg

Aujourd'hui, nous allons vous raconter quelques courtes histoires. Aujourd'hui, nous sommes allés dans le plus grand camp de réfugiés palestiniens de Beyrouth, celui de Borj el-Brajné. C'est vrai, tout le monde parle du Hezbollah depuis 2 semaines, on en oublierait presque l'autre "acteur" de la scène libanaise... Et ces deux sujets sont intrinsèquement liés. Dommage qu'on l'oublie dans les journaux...

Voici l'histoire d'Amina

Amina a 76 ans, et cela fait 57 ans qu'elle vit dans ce camp de réfugiés. Elle n'avait que 18 ans lorsqu'elle dut quitter Saint-Jean d'Acre en Palestine, avec pour seul bagage un panier porté sur la tête et contenant ses deux petites filles. Un jour de  1982 (lors de l'invasion israélienne), des soldats ont fait irruption dans sa maison, lui demandant si les 4 jeunes gens présents étaient ses fils. Elle a répondu oui. Les soldats les ont emporté avec eux, le plus jeune n'avait que 13 ans. Elle ne les a jamais revus. Et aujourd'hui encore, à chaque fois qu'elle entend quelqu'un frapper à la porte, elle pense que cela pourrait être eux. medium_Amina.jpgDans son salon, sous les 4 portraits de ses fils, un poster avec le portrait de Hassan Nasrallah fait bonne figure. Amina pense que le chef du Hezbollah est son seul recours, que lui seul pourra faire libérer ses fils. Comme tous les enfants des peuples arabes emprisonnés en Israël. Et Amina fond en larmes parce qu'elle ne comprend pas pourquoi cela lui est arrivé. "Si encore on avait quelque chose à se reprocher, je pourrais accepter ça. Mais quel danger représentait mon fils de 13 ans?" A moins d'être extrêmement cyniques, difficile de trouver quoi lui répondre.

Voici l'histoire de  Bilal

Bilal, lui, est arrivé à Borj el-Brajné il y a 10 jours, avec une grande partie de sa famille, 25 personnes au total dont 16 enfants (pas tous les siens). Tous vivaient dans un petit village, à 25km de Tyr, près de la frontière israélienne. Sous la violence des bombardements, ils se sont réfugiés dans une école chrétienne qui subit peu de temps après un déluge d'obus. La directrice de l'école y trouva la mort. medium_Bilal.jpgNe sachant plus où aller, la troupe repartit vers un camp palestinien, espérant y trouver un peu de calme. En vain. C'est donc à pieds qu'ils prirent la route du nord. Dans les faubourgs de Beyrouth, c'est dans ce camp palestinien qu'ils purent se poser. Bilal est chiite, les Palestiniens sont sunnites. Mais ici, tout le monde s'en fout. Ils se sentent Arabes avant tout. Les Palestiniens leur ouvrirent une maison, leur donnèrent à manger et de quoi se vêtir. Solidarité de réfugiés. Mais Borj el-Brajné n'est qu'à quelques mètres de Dahyé (voir mail collectif du 22 juillet, "Beyrouth ya Beyrouth!"). Bien que le camp n'ait pas été bombardé directement, 4 personnes y ont trouvé la mort. "Peut-être que la prochaine tombera ici. Ils s'en foutent du moment qu'ils tuent des Arabes", soupire Bilal, résigné et à bout de ressources.

Voici l'histoire d'Ali

Ali est né à Borj el-Brajné. De la Palestine, il ne connaît que les posters de la mosquée d'Al-Aqsa, les souvenirs des anciens et les images de la télé par satellite. Oui, même dans le camp, toutes les maisons ont trouvé le moyen de recevoir les ondes venues du ciel. Ali a un gros flingue à la ceinture, et un visage de tueur sympatoche. medium_Ali_LeChef.jpgUne fois la glace brisée, il sort de sa réserve, et est content de nous parler, tout en nous gratifiant d'une visite guidée, insigne privilège dans ce camp où les journalistes ne sont pas les bienvenus. Au passage, Ali salue les vieux comme les jeunes, règle les différends, et surveille le ciel. "Nous sommes beaucoup à espérer une invasion terrestre. Parce que dans les airs, ils sont très forts, mais sur le terrain, ils trouveront à qui parler." Ce qui contredit très exactement ce que le chef du camp nous avait affirmé. Pour Ali, cette guerre permettra peut-être de changer les choses. Car pour lui, cela fait trop longtemps que les Arabes – et en particulier son peuple – sont oubliés et méprisés par le monde. "Cela fait des années que nous souffrons et personne n'a jamais rien fait pour nous. Libanais et Palestiniens, nous sommes frères et nous nous battons pour une cause commune: la justice. Cela fait un mois que deux soldats israéliens ont été enlevés et regardez ce qu'il se passe. Cela fait 25 ans que des milliers de personnes ont disparu en Israël, dans l'indifférence générale. Cela ne doit plus continuer comme ça."

Tous se sont mis en quatre pour nous recevoir, dans la mesure de leurs pauvres moyens. Sirops, sodas, café au choix... Ici, même les plus démunis n'ont pas perdu le sens de l'hospitalité. Et avec le sourire s'il vous plaît.

"History repeats itself", comme dit la chanson. Chassés de Palestine, les Palestiniens ont joué les déclencheurs dans la guerre du LIban au début des années 70, et dans l'invasion de 1982. On ne va pas vous refaire l'explication de ce qui se passe aujourd'hui, mais une conclusion s'impose: il est absurde de vouloir dissocier ces trois éléments qui s'affrontent en boucle. La paix en Israël et au Liban ne passera que par la création d'un Etat palestinien VIABLE et SOUVERAIN. CQFD

 
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