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lundi, 22 novembre 2010

(in)Dépendance

Aujourd'hui, il y a ceux qui célèbrent la fête de la Dépendance, ceux qui piaffent d'impatience à l'idée de trancher des mains, ceux qui se retroussent les manches, ceux qui ont sursauté en se faisant réveiller à 9h du matin par des avions (ne portant pas de cocarde blanche et bleue), ceux qui décident qu'il faut sniffer la poudre d'escampette avant la bérézina, ceux qui n'allument jamais la télé pour ne surtout pas savoir ce qu'il se trame dans le pays, ceux qui veulent encore y croire, ceux qui ne pourraient pas se passer de leur rakwé de café sans sucre tous les matins, ceux qui scrutent le zénith convoitant ces nuages qui leur rapporteraient la pluie, ceux qui sont persuadés que le lumbago de la belle-sœur de ma voisine est lui aussi le résultat du complot américano-sioniste, ceux qui ont peur du silence, ceux qui attendent que des places se libèrent, ceux qui cherchent la silhouette de la montagne au-dessus de Beyrouth pour se repérer, ceux qui "merchandisent" leur dieu, ceux qui écoutent la musique de leur cœur, celles et ceux qui savourent leur liberté, ceux qui sont bien contents de ne pas savoir de quoi demain sera fait, ceux qui s'inquiètent de voir jusqu'où certains politiciens iront dans l'art du défrocage, ceux qui n'en font qu'à leur tête en se disant qu'ils ont bien raison, ceux qui sont franchement embêtés à l'idée de récupérer Ghajar, ceux qui reconnaissent par avance le goût de la petite goutte d'alcool qui les feront basculer dans l'ivresse, ceux qui ne révèleront jamais leur(s) addiction(s), ceux qui se souviennent de ce que disait Vera Lynn, ceux qui adorent rouler dans Beyrouth quand les avenues sont désertes, ceux qui aimeraient bien enfiler leur maillot de bain, ceux qui hument les effluves venant du four voisin, ceux qui font le planning des coupures de courant sur leur agenda en se disant que «cool, le 9 décembre, ça tombera entre 15 et 18h!»...


Et ceux qui planent par-delà les nuages.

maasser.jpg

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

mardi, 20 juillet 2010

Blancs comme neige

snow white beirut.jpgCe tag est le meilleur résumé de ce début d'été au Liban. Y'a vraiment tout ce que l'on veut y lire...
A vous d'interpréter!

vendredi, 28 mai 2010

Untitled tracks for Munma

Un titre pot-pourri pour un post 2-en-1 façon shampooing-démêlant. Ça faisait longtemps que je voulais le faire et le concert de lancement du nouveau CD de Munma m’a sorti de ma torpeur… Alors voilà, avis aux amateurs de découvertes musicales et photographiques!

mumna.jpgNous commencerons donc par le plus récent, avec Previews & Premises, le quatrième et dernier effort de Jawad Nawfal aka Munma. Auteur d’un beau CD au sortir de la guerre de 2006 (nous avions repris l’intro de son CD pour la lecture de Jours tranquilles à Beyrouth à la gare ferroviaire de Mar Mikhaël), il revient avec des plages électroniques concoctées ces 4 dernières années et à ne pas mettre entre toutes les oreilles (disons qu'il faut écouter ça dans de bonnes conditions), mélangeant tentatives organiques, jazz et arabisantes sur fond d’électro industrielle. Les habitués du Basement ont pu découvrir ça il y a pile poil deux semaines. Petit merci au passage à Tanya Traboulsi pour la photo de Jawad prise lors du «concert» au Basement.

untitled tracks tanya traboulsi ziad nawfal.jpgLa photographe Tanya Traboulsi justement qui, en compagnie de Ziad Nawfal (le frère de Jawad) et de Ghalya Saadawi, a sorti il y a deux mois un bouquin textes-photos intitulé Untitled tracks sur la scène musicale alternative beyrouthine de ces dernières années. On y retrouve Mumna bien sûr, mais aussi les Scrambled Eggs, les ex-Soap Kills, les Incompetents, Lumi et bien d’autres. Les images sont personnelles, les textes aussi. Nous, ça nous plaît, alors autant vous faire partager ça avant le week-end.

Sur ce, on vous laisse avec un petit morceau de Munma, Bits and dust...


podcast

jeudi, 13 mai 2010

Embarquement immédiat pour Bourj Hammoud

middle east airlines.jpgIls sont partis depuis une quinzaine d'années déjà, les locataires du premier. Ils étaient cinq à partager le petit appartement sur ce carrefour bruyant de Bourj Hammoud. Je ne les ai jamais revus, j'espère seulement qu'ils sont partis pour un ailleurs plus lumineux. Depuis que les bétonneuses et les ouvriers syriens ont construit cette immonde voie rapide au-dessus de nos têtes, les rues du quartier ne sont plus que l'ombre d'elles mêmes. Ici, nous ne voyons plus jamais le soleil.

Je me souviens du soleil. C'était un jour de juillet 1985. Krikor était le fils aîné de la famille, il était un peu plus vieux que moi à l'époque. Ce soir-là, il avait déboulé de la route poussiéreuse qui longe le fleuve au volant d'une camionnette probablement blanche dans sa prime jeunesse. Elle n'était pas à lui, ça, j'en suis sûre. Lui se déplaçait sur sa Kawasaki 1100cm3. Il pouvait aller vite, tracer et zigzaguer pour passer à l'Ouest et éviter les giboulées du Ring. Au garde-boue arrière de son bolide vert se balançait une chaussure de bébé. Comme un grigri lui servant de bouclier invisible.

Le nuage de poussière se dissipant, ses deux frères et son père ont découvert la cargaison de la camionnette. Puis ont vite refermé les volets. Krikor semblait fier de lui. Le sourire aux lèvres, il a appelé son père. Victorieux. Le vieux Hagop, lui, se demandait chaque matin quand son fils se déciderait à trouver un travail honnête. «Quand la guerre sera finie», lui répondait immanquablement l'adolescent endurci.

«Qu'est-ce que tu es allé traîner là-bas?», cracha le vieux en signe de rejet. Il descendit les marches de l'escalier branlant. «Hein? T'es pas fou? Ils vont avoir ta peau un de ces jours. Tu as peut-être la taille d'un géant, mais tu as le cerveau d'une souris!» Le fils s'attendait à cette réaction et cela faisait bien longtemps qu'il ne tenait plus compte des remontrances de son père. Le vieux ne sait pas ce qu'il se passe en ville, il ne sait pas ce que nous sommes obligés de faire pour conserver notre dignité, pensait Krikor. Alors il se tourna vers la fenêtre fermée du premier, sachant très bien que sa mère devait le regarder sans être vue. «Maman, regarde ce que je t'ai rapporté! Comme ça, tu n'auras plus peur de descendre l'escalier! Et puis tu sais, c'est une pièce de musée que j'ai rapportée, si tu savais à quoi ça a servi...»

Le lendemain matin aux aurores, Kirkor empoigna une masse et réduit en caillasse ce qui restait des marches de l'escalier extérieur. Il s'y employa seul. Ses frères étaient trop jeunes et son père ne voulait pas lui parler. Il déblaya le dernier monticule de gravas peu avant le coucher de ce soleil qui se cache désormais. Puis avec l'aide de quelques camarades amusés, il remplaça le béton par cette ferraille volée à l'aéroport.

Quelques jours auparavant, j'étais encore sous le cagnard du tarmac de Beyrouth. Jour après jour, le soleil me brûlait les boulons. Je faisais des allers-retours incessants entre le bord de la piste et la carlingue du Boeing 727 de la TWA. L'avion était resté là, la gomme de ses roues se mélangeant lentement au béton chauffé par le soleil, pendant près de deux semaines. J'avais vu un passager être balancé par-dessus bord, une balle dans la tête. J'avais vu le pilote par la fenêtre du cockpit, un automatique sur la tampe. J'avais vu des hommes en armes monter le long de ma rambarde de fer et crier très fort une fois à bord. J'avais entendu d'autres hommes pleurer et supplier, en grec, en allemand, en anglais... Les caméras du monde entier étaient fixées sur nous, sur moi. Et aujourd'hui, bien loin des projecteurs, je croupis parmi les détritus de Bourj Hammoud.

mercredi, 05 mai 2010

Heil Lebanon !

C’est donc vrai. Ce matin, j’ai voulu vérifier de mes propres yeux. Direction Bteghrine, la grosse bourgade chrétienne de Michel el-Murr, à 30km au nord-est de Beyrouth, sur laquelle flottent une centaine de drapeaux allemands (normaux) en ces temps de pré-Coupe du monde. La route est belle, le village très joli avec ses ruelles sinueuses, ses murs de pierre et ses routes pentues.

Et puis au cœur du village, en face de la permanence des Forces libanaises devant laquelle de jeunes jagals fument des cigarettes, un immeuble attire forcément l’attention…

bteghrine german flag.jpg

Nous parlions ici même en 2007, de cet amalgame nauséabond fait entre une Allemagne moderne qui fait tout ce qu’elle peut pour qu’on lui lâche la grappe avec l’héritage du nazisme et le IIIe Reich qui, semble-t-il, n’a pas que des fans chez les nazillons d’outre-Rhin.

A mon retour à Beyrouth, j’en parle avec un ami libanais. «Tu vois, on adore l’Allemagne. Elle représente la force, la solidité, l’ordre. Ici, on aime les Mercedes, les BM, les Porsche. Et puis surtout, y’a beaucoup de Libanais – chrétiens comme musulmans – qui se disent que si Hitler avait gagné la guerre ou avait au moins fini le travail, il n’y aurait pas eu besoin de créer Israël en 48. Du coup, plus de problème dans la région!»

No comment, comme titrait avec justesse iLoubnan hier.

dimanche, 25 avril 2010

Laïque Pride sous le ciel (bleu et encombré) de Beyrouth

beyrouth laique pride.jpgY'avait de tout dans la Laïque Pride d'aujourd'hui pour défendre l'idée d'un Liban laïque: des féministes, les chéguévaristes (ils me font toujours rire ceux-là), des gays, des vieux, des enfants, des couples mixtes qui se disent que c'est «tout de même débile de devoir aller à Chypre pour se marier», pleins de bobos, une ribambelle de photographes, caméramen et autres, des flics pour barrer la route du Parlement... Vous pouvez lire tout ça ici.

Et puis vous avez aussi la version diaporama.


A 11h56 précises, alors que le chant du muezzi tentait de couvrir le tintamarre de la manifestation bloquée par le cordon de policiers, il fallait lever la tête pour voir ça:

survol israelien resolution 1701.JPG

Les survols du territoire libanais par les avions israéliens font aussi partie du décor (cherchez bien les deux petites traînées blanches dans le ciel...).

C'est ce que l'on appelle un jour tranquille à Beyrouth.

jeudi, 22 avril 2010

Coupe (Brésil contre le reste) du monde: J-50, orchidées au balcon

drapeaux coupe du monde football.jpgElles ont fleuri en avance cette année. Peut-être à cause d’un printemps exceptionnellement précoce. Ces jolies fleurs n’éclosent qu’une fois tous les quatre ans. Et elles pullulent en ville: chez les petits fleuristes de rue bien sûr, mais aussi aux balcons, sur les voitures… il y en a partout. Nous ne sommes qu’au mois d’avril et ces orchidées sont déjà là. La cueillette n’aura pourtant lieu que fin juin début juillet.

Le Top 5 des fleurs préférées à Beyrouth? Il est très facile à établir. Dans ce domaine, le patriotisme n’est pas de mise, l’orchidée libanaise n’ayant pas encore été inventée. Alors les Libanais se rabattent sur des produits d’importation. En n˚1, l’orchidée brésilienne, jaune, bleu et verte. On la croise à chaque coin de rue, elle est omniprésente et écrase ses concurrentes. Oh, il ne faut pas chercher une quelconque raison démographique à ce phénomène, même si la diaspora libanaise est très présente au Brésil. Non. L’engouement pour cette fleur est simple: c’est la plus résistante, c’est celle qui dure le plus longtemps à chaque floraison. Alors pourquoi soutenir une fleur ayant moins de chance de gagner? Mieux vaut être pour la plus forte tout de suite. En n˚2, nous retrouvons deux fleurs diamétralement opposées mais finalement ex-æquo: l’orchidée teutonne, fière de ses couleurs noire, rouge et or (couleurs parfois agrémentées d’une petite svastika pour faire moche), et l’orchidée ritale qui a l’avantage de porter les couleurs que la fleur libanaise aurait arboré si celle-ci pouvait concourir. En n˚4, voici la douce orchidée argentine, blanche et bleue. Elle doit être faite pour les romantiques, celle-là. Et puis arrive la 5e marche de ce podium que se disputent trois pauvres orchidées: il y a la Française et la Hollandaise dont les pétales mélangent différemment trois même couleurs, et puis la Grecque qui ne manque pas d’amateurs au Levant. Et puis c’est tout.

Mais voilà, la Nature étant cruelle, toutes ces fleurs disparaissent rapidement pour ne laisser rapidement place qu’aux deux finalistes. Mon voisin qui apprécie l’orchidée anglaise aura vite fait de la remplacer par la brésilienne si d’aventure Albion se faisait planter en quart de finale. C’est une règle du jeu: toujours afficher des couleurs, quitte à se renier pourvu que ces couleurs soient les bonnes. Les plus vives. Les plus fortes. Toujours.

Moi, mon choix est fait: cette année, je mettrai à mon balcon deux orchidées. Une bleue, blanche et rouge, et une verte, blanche et orange. Je soutiendrai de tout mon cœur ces fleurs restées au Costa Rica et en Irlande, honteusement écartées de la course au moment des boutures de l’automne dernier.

lundi, 05 avril 2010

Gemmayzeh, 11h48

gemmayzeh.jpgLe printemps, c'est le temps des balades dans Beyrouth. Alors pour commencer une série qui se poursuivra peut-être par Ras Beirut ou Zkak el-Blat, faisons un petit crochet par Gemmayzeh, quartier de Beyrouth-Est surtout connu pour ses bars. Clickez ici pour voir l'album photo.

jeudi, 25 mars 2010

(était une) Rue à caractère traditionnel (de Beyrouth, alors dépêchez-vous, y’en aura pas pour tout le monde)

«Dix-sept! Tu te rends compte, y’en a dix-sept rien qu’autour de nous!», s’exclamait Nathalie il y a quelques jours, les yeux perdus sur notre horizon de toits de béton, de cuves de flotte et d’antennes en tout genre. Mais de quoi pouvait-elle bien parler?

De ça.

Elle était donc en train de compter les grues comme on égrène les moutons blancs le soir en s’endormant. Vingt même, si mes yeux ne me jouent pas des tours en revoyant la photo panoramique. Et dans un périmètre très restreint qui plus est, principalement concentré dans le triangle d’or Sodeco-Sassine-Saïfi. En attendant que cette même folie envahisse Geitawi, Fassouh et Mar Mikhaël, promis au même traitement.

Dix-sept, vingt (même vingt-et-une car il y en une cachée à gauche de la nº20, juré craché), peu importe en fait, car ce chiffre ne donne qu’une faible idée de l’étendue des dégâts dans cette partie de Beyrouth. Et c’est sans compter avec les chantiers qui se montent sans grue et tous les autres qui n’en sont encore qu’à la phase pelleteuse. C’est effarant.

Allez, mettons un peu de musique pour le côté mélo de notre histoire du jour…
podcast


Ils disparaissent donc les uns après les autres. Les vieux immeubles de Beyrouth sont gommés, avec une méticulosité qui forcerait presque le respect. Il y a quelques années, la municipalité de Beyrouth avait pris soin de planter par-ci par-là des panneaux signalant des rues ou des quartiers «à caractère traditionnel», comme à Gemmayzeh ou à Furn el-Hayek.
Bullshit comme disent si joliment nos amis anglais. Depuis, des citoyens malheureux ont pris leur pinceau pour rajouter sur ces panneaux «Etait une».

etait une rue a caractere traditionnel OK.jpgLes petits quartiers constituant Achrafieh, pour ne citer qu’eux, sont des zones historiques aiguisant l’appétit des promoteurs immobiliers. Après la frénésie des années 90, cela s’était calmé avec les multiples crises politiques et la guerre de 2006. Et puis le phénomène a repris de plus belle. Les vieilles bâtisses sont rasées, les rares parkings sont éventrés et soudain, de nouveaux immeubles hors de prix sortent de terre. Peut-on vraiment en vouloir à ces promoteurs? Pas vraiment, car si un cadre juridique cohérent et si une politique d’aménagement du territoire existaient (je sais, nous baignons là en pleine SF), ils ne pourraient pas s’adonner au petit jeu de Qui-défigurera-le-plus-vite-telle-ou-telle-rue. Car j’ai vraiment l’impression que les chantiers jouent une finale de 100m aux Jeux olympiques tant les vieilles façades sont dégommées plus vite que si je le faisais sur Photoshop.

Le mois dernier, j’ai surpris Nathalie les larmes aux yeux, en revenant d’une balade. Rue Mar Mitr, en face du meilleur glacier de la ville (n’ayons pas peur des mots), l’immeuble qui accueillait le boulanger de son enfance, était en mode démolition. C’est un parmi d’autres. On se croirait à l’abattoir.

immeuble rasé.jpgEt les exemples sont légion, à commencer par le projet qui me fout le plus la chair de poule, rue Sursock (pour ceux qui ne connaissent pas Beyrouth, c’est la Rue de la Paix dans la version libanaise du Monopoly). Entre la villa Audi et le musée Nicolas Sursock, une tour pousse comme du chiendent en lieu et place du joli jardin de bougainvilliers roses qui séparait les deux magnifiques bâtisses. Y’a de quoi en pleurer.

Dans ce petit jeu de massacre, certains promoteurs se donnent bonne conscience en conservant de vieilles façades qui ne seront qu’un cache-sexe à des tours de verre et de béton. C’est le cas de l’immeuble Panayot dont la façade a été gardée, tenue debout par des béquilles d’acier, en attendant qu’une tour pousse derrière elle.
Sur le papier, pourquoi pas. Dans ce lifting grandeur nature, l’immeuble Panayot a été rebaptisé L’Armonial. Rendez-vous à la fin des travaux pour voir le résultat in situ.

Beyrouth change donc de visage, c’est un fait. Le front de mer veut se la jouer Dubaï, avec des projets architecturaux avant-gardistes comme le Sama Beirut (qui porte bien son nom). Les petites rues, comme la nôtre, sont rapidement défigurées pour ressembler à n’importe quelle rue de n’importe quelle ville moderne et donc quelconque. Sans regarder à plus de trois cents mètres de chez nous, nous savons que cinq immeubles certes vétustes mais aux formes romantiques et à la peau usée, vont «sauter» dans un avenir assez proche. Le temps pour les derniers propriétaires de vendre à (très) bon prix. Car évidemment, pour que les promoteurs puissent raser tout un pâté de maison, il a bien fallu que certains vendent et fassent monter les enchères pour déguerpir avec la caisse. C’est probablement le cas du célébrissime restaurant Boubouffe, dernier pas-de-porte actif sur un ensemble de trois vieux immeubles promis à la destruction.

Entre l’appât du gain partagé entre acheteurs et vendeurs et l’absence totale de politique de préservation du patrimoine architectural de Beyrouth, je me demande bien à quoi notre capitale ressemblera dans 20 ou 30 ans quand les gamins d’aujourd’hui seront à notre place. Notre fille aînée s’est mise en tête de racheter un appartement à 30m de chez nous, dans une maison abandonnée. «Papa, je rachète l'immeuble avec mon argent de poche et tu m’aideras. Un week-end, on repeint tout et on achète un lit, des meubles, et ils ne pourront plus détruire cet immeuble. Il est trop beau avec sa jolie cage d’escalier et ses petits balcons de fer forgé…» Ça paraît si simple comme ça.

Alors on fait quoi? En ce moment, il est de bon ton de rejoindre une tripotée de groupes Facebook sur le sujet. En anglais, en français, il y en a pour tous les goûts. Ça ne sert à rien, on le sait tous, sauf peut-être à soulager sa conscience deux minutes. Mais concrètement, que faire? Je ne sais pas et j’attends des réponses si vous en avez.

Je me suis donc dit que j’allais écrire à la municipalité de Beyrouth qui, en toute logique, détient une part de responsabilité dans le problème qui nous intéresse. Ni une ni deux, je cherche l’adresse du site web et sur quoi je tombe?

site web municipalité beyrouth.jpgPas de bol! Bad request! C’en est risible. Y a-t-il vraiment un pilote dans l’avion?

Tout ça pour dire que si vous comptez venir au Liban, suivez mon conseil à la lettre: ne tardez pas trop. La saison est belle en ce moment, les températures très agréables, les arbres en fleurs, et les maamouls de Pâques se rapprochent. Et puis les photos que vous ferez en flânant dans les ruelles de Beyrouth seront «collector» deux semaines plus tard. C’est pas de l’argument touristique, ça?

vendredi, 19 février 2010

1984 was NOT supposed to be an instruction manual

War is peace
Freedom is slavery
Ignorance is strength

hassan nasrallah.jpg

La dernière apparition de Big Father en chair et en barbe remonte à quoi, maintenant…? Trois ou quatre ans? Depuis, à chaque grand rassemblement du Hezbollah ou discours télévisé du chef, des télécrans géants captivent l’attention, obnubilent les partisans. Avant-hier, un ami m’a envoyé un lien vers un papier du Monde, illustré par une photo de Reuters. Comme cette dernière, toutes les images des rallies de l’Inner Party donnent la même impression, très fidèle à celle que l’on peut avoir quand on a l’honneur d’être dans la foule. Si proche de la fameuse image de Big Brother. La désincarnation du chef devenu un simple visage en deux dimensions, l’inébranlable sentiment de recevoir des messages ne souffrant nulle discussion – même s’ils sont parfois contradictoires – et la réceptivité du public dont l’esprit critique a été lentement gommé, sont patents. Comme dans 1984, l’état de guerre permanent justifie tout, de la Police de la pensée au ministère de la Vérité.

Autre lieu, autre temps. Londres en 1984, Beyrouth en 2010, même combat. Ou comment libaniser les Two minutes’ hate et le Doublethink.

dimanche, 14 février 2010

Les sous-doués à la faCULTé

Aujourd'hui, 14 février, c'était donc la Saint-Rafic. Voici ce que ça donnait au ras des paquerettes...


Et voici la même scène, en vue aérienne (faut lire le texte ci-dessous pour comprendre).

macédoine beyrouthine.jpg


«On s’attendait à bien pire!» La dame, les cheveux en bataille et d’une drôle de couleur orangée, scrute mon cou, intriguée par mon tatouage. Moi, je regarde sa petite affichette: «What have you done with my vote?». Imprimée en blanc sur fond rouge. L’affichette est petite mais, m’assure la brave dame, «il y a beaucoup de citoyens qui en ont». «Par petits groupes», précise l’homme qui l’accompagne, prudemment. En tout, nous n’en avons vu que deux, des petits groupes, restés à proximité de la rue Gemmayzé, pas trop loin de Chez Paul qui, comme à chaque manif place des Martyrs, fait le plein.
L’affichette tranche dans la mer bleue qui s’étend sur la place. Enfin, «mer», gardons le sens des proportions. «Lac» serait sans doute plus approprié. «Flaque»? Quand même pas. Mais pas non plus les «centaines de milliers de personnes» décrites dans la presse francophone libanaise (suivez mon regard). A vue de nez, 50 à 100 000. Ce n’est que mon humble avis, mais en tout cas, pas de raz-de-marée à l’horizon.
Le 5e anniversaire de Saint Milliardaire n’a pas rameuté les foules escomptées, tout en évitant le flop total. Côté proportions, cela ressemblait à la macédoine que nous avions préparée pour le déjeuner: imaginez la photo ci-dessus comme une vue aérienne – oui, les fayots ont la part belle – et le tour est joué. Les partisans du Futur étaient donc au rendez-vous, avec une grosse poignée de FL, une pincée de Kataëb et quelques irrédentistes PSP. Certains ont sorti pour l’occasion des drapeaux bien kitch avec tête de mort, ce qui a fait dire à l’une de nos gamines: «C’est le drapeau de la mort!»

Les rotatives ont dû chauffer ferme ce week-end: casquettes, drapeaux et affiches ont été fabriqués et distribués en masse, non en l’honneur du Liban mais à l’effigie de Hariri Senior et Junior. Une masse de papier qui a fini en tas sur le bas-côté des routes. Tout un symbole. Autre symbole, ou non-symbole: les affiches réclamant haut et fort «La vérité» étaient aux abonnés absents. Comme le panneau digital affichant le décompte des jours depuis le 14 février 2005 à Qantari a lui aussi été arrêté, faut croire que «la vérité» n’est plus vraiment une priorité, si elle l’a jamais été.
Pendant quelques heures, nous avons eu droit à un festival de chanteurs à la mode et à un chauffeur de salle tout droit issu d’une chaîne de télé, petits cartons à la main comme dans «Questions pour un champion». Un orchestre bien comme il faut a remplacé les jolies improvisations du public qui donnaient un air de fête aux manifs des années précédentes. Ce qui avait été et aurait dû rester un mouvement populaire fut vite récupéré par Hariri Inc., pour aboutir à cette apothéose de 2010: un meeting de parti qui ne dit pas son nom. Du grand mauvais spectacle pour un ersatz de grande cause nationale. Une tribune pour politicard dont la bégayante personnalité doit être en mal de culte. La démocratie – le mot qui ne veut décidément rien dire – libanaise made in 2010.

Ladite démocratie continue d’être réclamée par ces politiques défendant la liberté de croire, de penser, de s’exprimer. Mais pas trop quand même. Il y a des choses, même intelligentes, à ne pas dire aux pourfendeurs de l’oppression et de l’obscurantisme. J’en prends pour preuve le «scandale» – terme utilisé fort à propos par la presse francophone libanaise (suivez mon regard) – de la semaine dernière, lors d’un colloque à l’Université antonine parrainé par la présidence du Conseil (alias Hariri Junior, qui comme tout bon responsable libanais, confond sa fonction et son auguste personne). Dans son allocution d’ouverture, la vice-présidente de l’université pour les affaires culturelles (on va dire la VPUPAC, pour faire simple) a jugé bon de citer une étude publiée dans la revue The Leadership Quarterly. Pour résumer, l’étude en question explique que dans un pays aussi corrompu que le Liban, Hariri Senior avait lui aussi eu recours à la corruption (je tombe des nues), mais à sa décharge, l’avait au moins fait de façon productive, efficace, bien souvent dans l’intérêt de la nation et dans tous les cas moins que certains de ses prédécesseurs.

Une citation maladroite mais somme toute, pas de quoi fouetter un chat, vous en conviendrez: qui au Liban pourrait encore nier que la corruption ronge le pays à tous les échelons de l’Etat depuis des lustres? Il serait sans doute temps de reconnaître les faits et d’en tirer les leçons, et c’est apparemment dans ce sens que la VPUPAC interpellait son public. Quel meilleur cadre qu’une université pour ouvrir ce genre de débats? Et quand bien même cela aurait été plus grave, «de l'indélicatesse poussée jusqu'à ses derniers retranchements, un comportement sans doute délibéré et prémédité, reflétant une absence totale d'éthique universitaire et académique, voire même une certaine malhonnêteté intellectuelle» comme un média francophone libanais (suivez mon… oui, bon, ça va) grand défenseur de la «résistance culturelle», décrit l’affaire, la réaction des premiers concernés n’en demeure pas moins aberrante: retrait outragé de la salle, kyrielle de communiqués dénonçant ce «manque de professionnalisme et d’attitude scientifique», arrêt du patronage et donc du colloque, exigence que des sanctions soient prises contre l’indélicate intervenante. Modernité, sens du dialogue et intelligence dans toute leur splendeur.

Il me semble que nos hérauts de la démocratie auraient eu tout à gagner en répondant posément à ce qu’ils ont perçu comme une accusation, en fournissant une contre-argumentation «scientifique» plutôt que de monter sur leurs grands chevaux et jouer les vierges effarouchées. Cela leur aurait au moins permis de montrer qu’ils valent effectivement mieux que les censeurs de l’autre bord, ce qui n’est décidément pas le cas.
Mais sans doute ne faut-il pas trop en demander à nos chers politiciens. Ni à nos chers médias et chers compatriotes d’ailleurs. On a les politiques qu’on mérite: personne, dans le public de ce 14 février, n’a rien eu à redire au fait qu’un grand portrait du souverain saoudien ait été accroché à la façade du Virgin Megastore, place des Martyrs. Entre Bachar, Hafez, Ruhollah, Abdallah et les autres, Saad est à bonne école, et peut donc se permettre de boycotter les facs.

samedi, 09 janvier 2010

Atomic Beirut

atomic beirut small.jpgEt si...

vendredi, 08 janvier 2010

Beyrouth by day

beyrouth by day.jpg«En 1960, cinq ans après la fondation du collège [Haïgazian], un professeur de sciences, Manoug Manoukian et onze de ses élèves, fondent la H.C. Rocket Society. Objectif? Lancer des fusées dans l’espace. Les recherches, en partie financées par Emile Boustany, aboutissent au lancement, en avril 1961, de Cedar I qui s’élèvera à 1000 mètres. Les débuts libanais de la conquête de l’espace atteindront leur consécration en novembre 1962 où Cedar III, une fusée à trois étages, s’élèvera à 180km et franchira 425km à la vitesse de 9000km/h.»

Les Libanais à la conquête de l’espace dans les années 60? En lisant ces lignes dans Beyrouth by day, je me suis dit que je ne connaissais pas si bien l’histoire de ce pays. Loin de là même. Tout fier de ma trouvaille, j’ai lu ça à ma fille de 9 ans. «C’est pas croyable!, s’est-elle exclamée. Faut que je raconte ça à ma sœur!» Je crois que la nouvelle fera le même effet sur tous les enfants et sur les adultes qui ont gardé une part d’enfance en eux.

Ce genre de petites chroniques beyrouthines, il y en a une ribambelle dans le livre de Tania Hadjithomas Mehanna (paru en décembre aux éditions Tamyras). On y découvre Spiridon (sic!) et ses poules, Wardé et son fameux restaurant Walimat ou encore Oussama et ses remèdes de roses séchées. Avec ses défauts et ses qualités, Beyrouth by day n’est pas un livre d’Histoire, mais un livre d’histoires. Des histoires d’hommes, de femmes et de lieux qui font Beyrouth.

L’épais ouvrage conjugue la capitale libanaise au présent, et c’est bien là ce qui fait son charme. Les textes, renforcés par les images de Ghadi Smat avec qui Tania a sillonné les 52 quartiers de la capitale, feront peut-être mal aux amoureux du Beyrouth fantasmé d’avant-guerre. Et il fera certainement mal aux lecteurs des années 2040 quand ceux-ci, témoins de la dégradation du patrimoine du pays, se plongeront dedans en se disant «Tiens, c’était comment Beyrouth au début du siècle?»

Finalement, je crois savoir pourquoi ce livre m’a touché: Beyrouth by day est le livre que j’avais envie de lire sur Beyrouth.

vendredi, 09 octobre 2009

Beyrouth ne tient qu'à un fil

beyrouth fils electriques ciel2.jpgIls font partie du paysage urbain de Beyrouth depuis l’époque pré-phénicienne, comme ces vieux chauffeurs de taxi à la gueule fatiguée ou ces rustines de parpaings et de ciment sur ces façades n’ayant pas eu droit à un lifting cinq étoiles après «les événements». Ils forment dans le ciel des nœuds que mille petites mains habiles n’auraient su tricoter avec autant de minutie. Ils sont noirs et poussiéreux, mais aussi rouges, jaunes, bleus, zébrés ou blancs. Ils peuvent partir du haut d’une colline et se faufiler en contrebas jusqu’à la fissure d’une maison pour finalement alimenter tout un quartier. Ils ressemblent parfois aux constructions en trois dimensions apparemment anarchiques des néphiles des forêts tropicales. Anarchiques? Pas le moins du monde.

Depuis que nos rues se sont laissé envahir par ces faux signes de modernité que sont parcmètres et feux rouges, on voudrait nous faire croire que le pays est en voie de développement. Que l’homme d’ici recherche parfois le conformisme et le confort tout court. Depuis dix jours, la nouvelle mode levantine, c’est de dessiner de grands rectangles blancs parallèles sur les chaussées pour donner l’illusion aux piétons qu’ils peuvent traverser grands boulevards et petites ruelles en toute sérénité. Non, le Liban, ce n’est pas ça. Ils n’ont rien compris à ce pays à la Banque mondiale ou dans je-ne-sais quelle institution ayant ouvert le robinet à devises pour financer ce genre de projet anagéographique.

Les myriades de câbles qui traversent les rues à hauteur de géant, qui serpentent entre les murs en se moquant bien des hommes, qui tombent du ciel comme les rayons du soleil, qui accueillent le son des klaxons comme des notes sur une portée, qui dessinent ces tableaux de fils tendus comme sur les murs de la chambre de ma copine allemande il y a 25 ans… et bien ces fils par millions, il ne faut surtout pas y toucher. Par pitié. Moi, je viens de comprendre à quoi ils servent: sans eux, les immeubles de Beyrouth s’écrouleraient.

lundi, 28 septembre 2009

Salon Georges coiffure pour hommes

georges coiffeur pour hommes.jpgQuand Georges pose la longue lame de son rasoir sur la peau de mon cou, je retiens toujours ma respiration. Le vieil homme n’a plus le geste aussi sûr qu’avant. Et quand finalement, il termine son ouvrage, il me demande toujours d’une voix rocailleuse de fumeur en stade terminal: «Comme ça, ça va?» J’opine systématiquement, sans vraiment y réfléchir.

Georges fait partie de ces petits artisans en voie de disparition à Beyrouth. Son salon n’a pas dû beaucoup changer depuis les années 60: linoléum au sol, placards de bois laminé, siège en cuir rétro avec cendrier dans l’accoudoir, blaireaux et peignes d’un autre âge posés à côté des lavabos blancs. Quand il s’arme de ses ciseaux pointus, les muscles secs de ses avant-bras tressaillent un peu davantage à chacune de mes visites, et je me demande s’il ne serait pas raisonnable de ne plus y aller. Et puis finalement j’y retourne à chaque fois. Peut-être me suis-je laissé intoxiquer par l’odeur de shampooing bon marché qui flotte dans cette pièce lumineuse. Je ne sais pas.

Il y a deux ou trois ans, son salon était encore bien fréquenté. Il avait un apprenti, Elie, et un jeune chab qui jouait à la shampouineuse puis balayait les mèches de cheveux des clients. Depuis, tout ce beau monde est parti voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Georges reste seul, à étendre ses serviettes rouge foncé au soleil, son sèche-linge planté sur le trottoir. Il a bien sûr ses fidèles, qui viennent partager les nouvelles d’un quartier qui a bien changé en l’espace de cinq ans, depuis que la salle de sport et le parking de l’autre côté de la rue ont été remplacés par l’ABC. Alors Georges s’installe sur une petite chaise pliante, à côté de ses serviettes, et regarde des gens trop pressés remonter la rue.

Moi, j’aime toujours ces moments passés chez lui. La radio diffuse Light FM en boucle depuis des siècles, saint Georges n’en finit pas de terrasser son dragon sur une icône jaunie par la lumière… Le mieux, c’est encore d’y aller le matin très tôt. Georges vous proposera les quotidiens du jour – ou de la veille –, et peut-être du café chaud s’il en reste dans sa rakweh. Georges est le seul et unique coiffeur que j’ai connu à Beyrouth durant toutes ces années, même s’il a trois confrères rien que dans ma rue. Et pourtant, je ne le connais pas vraiment. Juste de vue, bonjour, au revoir, comment ça va.

Il n’y a pas très longtemps, j’ai découvert que mon beau-père allait aussi chez lui, au début des années 70. La transmission s’arrêtera là, je crois.

vendredi, 28 août 2009

La Règle de 3 de Youmna Habbouche

youmna habbouche1.jpgyoumna habbouche2.jpgAprès celle de Ghadi Smat en juin dernier, voici une nouvelle voix de la photographie libanaise qui cherche à se faire entendre. C’est Youmna Habbouche qui s’y colle avec ses assemblages d’images sous forme de tryptiques (voir ci-dessus: une grande photo et deux détails, soit verticaux, soit horizontaux). Sans être révolutionnaire, ce principe de mise en scène est simple et efficace, et fonctionne la plupart du temps que ce soit par des associations de couleurs (l’orange par exemple) ou de textures (tissus ou peinture craquelée entre autres). D’autres images, en noir et blanc, abordent le mouvement, celui de l’homme dans la ville, transformant les jambes des passants en spectres… Ce qui a fait dire à ma fille de 9 ans le soir du vernissage: «Mais ils sont transparents ces gens-là!» Elle a pris son premier cours d’optique ce jour-là.

Bref, Youmna expose son travail à la galerie The Running Horse qui se situe au rez-de-chaussée du pâté de maison de Sleep Confort à la Quarantaine. Je ne saurai trop vous conseiller d’aller y jeter un coup d’œil… C’est ouvert jusqu’au 19 septembre, du lundi au vendredi de 12h à 19h et de 14h à 17h le samedi.

lundi, 22 juin 2009

Ghadi Smat fait son grand écart

ghadi smat.jpgUn blog, ça peut aussi servir à faire de la pub. Pour les copains cette fois. Mercredi prochain, Ghadi Smat inaugurera sa première exposition personnelle, au CCF (rue de Damas). Pour son «Grand Ecart» personnel, Ghadi proposera une sélection de 30 tirages, allant de 20x30cm à 50x60cm, en noir et blanc ou en couleurs.

L’espace d’exposition sera divisé en deux: «L’idée est de montrer deux facettes du Liban, mais pas forcément opposées l’une à l’autre», explique ce Beyrouthin de cœur, revenu du Canada il y a trois ans. L’exposition restera en place durant trois semaines (l'entrée est libre). Rendez-vous mercredi à 19h…

vendredi, 27 mars 2009

La république du mamnou3

Beyrouth n’est pas une ville très jolie. La faute à la guerre, un peu. La faute aux pouvoirs publics, aussi. La faute aux promoteurs immobiliers, beaucoup. Pourtant, Beyrouth est une ville photogénique. Très photogénique même. De ses couchers de soleil aux visages de ses habitants, de ses vieilles bâtisses du XIXe siècle à sa faune bigarrée en passant par les séquelles des conflits et la rondeur d’un saj sur lequel cuisent tranquillement les manouchés au zaatar. Des photos de Beyrouth, il en existe des centaines sur tous les blogs et sites consacrés à cette ville. Et c’est bien normal.

Mais voilà. Dans notre belle république du mamnou3, prendre des photographies de sa ville chérie devient de plus en plus compliqué. Et je ne parle pas de Dahiyeh où sortir ce qui ressemble de près ou de loin à un appareil photo est pris pour une déclaration de guerre. En plein Hamra par exemple, on voit fleurir ce genre de pancartes bricolées…

no photography sign.jpg

La dernière que je viens de découvrir a été placardée à l’entrée du cimetière Mar Mitr à Achrafieh, lieu particulièrement propice aux jeux de lumières (avis aux amateurs) et certainement repère d’activités devant restées secrètes sous peine de pendaison. Beyrouth serait-elle en train de devenir «photographophobe»?

Ces petits écriteaux ne doucheront bien évidemment pas l’envie des plus téméraires pour croquer notre ville sous toutes ses coutures. Mais ils font naître néanmoins un sentiment bizarre. Il y a deux semaines, j’avais un rendez-vous au centre-ville. En m’y rendant, je croise un touriste déguisé en Philippe de Dieuleveult sponsorisé par Canon – les pi(t)res – en train de mitrailler la façade du Parlement, place de l’Etoile. Quand j’ai vu ça, je me suis dit qu’il allait se faire embarquer par les militaires qui papotaient à quelques mètres de lui. Mais non, rien cette fois-ci. J’aurais dû lui conseiller d’aller faire des images près du bain militaire de Raouché, il aurait sûrement fini la nuit au poste… Depuis quand me suis-je mis à penser que photographier un monument public était répréhensible?

Parfois, un gus sorti de nulle part vous arrête, vous dit que c’est «mamnou3» de prendre une photo de tel ou tel endroit, en pleine ville. C’est un peu comme ces commerçants qui vous assurent que vous garer devant leur échoppe est «mamnou3»: ils sont sûrs de leur bon droit alors qu’ils ne font que nier le vôtre avec un aplomb ne souffrant aucune discussion. C’est comme ça dans notre petite république, à tous les étages, et prendre des photos sur la voie publique n’est qu’un exemple parmi d’autres: chacun édicte ses propres règles, pense qu’elles viennent de plus haut et ne comprend pas pourquoi le voisin ne les respecte pas. Ça multiplié par 3,8 millions, ça donne un beau bordel. Help!

jeudi, 29 mai 2008

Sowar

1517876770.jpgPetit passage à la librairie Antoine, à Sin el-Fil. J’attends à la caisse, et mon regard tombe sur une manchette que je ne connaissais pas, sur le présentoir des magazines libanais. Je tire un exemplaire. Ça s’appelle Sowar. J’ouvre, et un grand sourire commence à illuminer mon visage: un magazine 100% photo, édité au Liban. Je n’ai jamais entendu parler de l’éditeur, mais je me dis que ce gars-là gagne à être connu. 68 pages, 4 pubs seulement (économiquement non viable a priori, même vendu à 7500LL). Mais des belles images, certaines déjà connues, mais le principal est là: la presse libanaise s’est enrichie d’un titre intéressant. Et pour moi, c’est un beau cadeau.

Je profite également de l’occasion pour dire un petit mot d’un autre magazine de photo, édité à Dubaï celui-là et avec beaucoup plus de moyens: Soura. Une pure petite merveille pour les amateurs d’images.

 
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