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jeudi, 15 mai 2008

Liban, oiseau...

254160366.jpg...à la blanche robe
Dans l'enfer des villes
Sous mes pieds tu te dérobes
Tu es vraiment le plus fragile (docile?)

dimanche, 30 mars 2008

Herr Müller, céramiste et dinosaure

Un petit mot d'introduction, avant d'entrer dans le vif du sujet: cela fait longtemps que je voulais entamer une série de portraits – un peu personnels – de gens que l’on croise sans connaître leur(s) qualité(s). Histoire surtout de parler d'autre chose que de politique, du Hezbollah, du sommet de Damas et de tous ces trucs qui nous pourrissent la vie en ce moment. J’avais donc en tête de débuter cette série par Rafic Hobeika, mais celui-ci a décidé de prêter sa baguette et ses pinceaux à saint Pierre plus tôt que prévu. Et puis comme souvent, j'ai remis à demain ce que j’aurais pu faire le jour même, alors... Alors je vais me mettre un coup de pied au taztouz et commencer aujourd’hui. Et j'en ai plusieurs autres au four si jamais celui-ci vous ouvre l'appétit.

Pour ce «numéro 1», ce sera donc un ami, Samir Müller, céramiste de son état et donc spécimen en voie de disparition.

cfce0713892edaebce18543bf25d6cd7.jpgJ’ai connu Herr Müller à Paris en 1991. Il était venu dîner à la maison, invité par son prof. Il nous avait raconté son Liban, et moi, dans mon coin, je buvais ses paroles. C’est l’un de ceux qui m’ont refourgué le virus libanus. Dix-sept ans plus tard, il fait toujours partie de ma vie.
Samir est donc céramiste, l’un de ces métiers où il est bien difficile de gagner sa croûte, surtout au Liban où les beaux-arts sont de plus en plus méprisés. Son atelier occupe un vieux caravansérail presque en ruines, sur la route de Damas, un peu plus haut que Jamhour. Vous êtes certainement passés mille fois devant sans vous en apercevoir. Il aimerait bien le retaper, mais sa famille n’en est pas propriétaire. Pourtant, les murs épais auraient besoin d’un lifting XXL. Le toit, fait de poutres branlantes et de paille, attend une petite étincelle pour flamber en quelques nanosecondes.

Pénétrons dans l’antre, si vous le voulez bien. L’endroit est sombre, poussiéreux, bordélique, le sol irrégulier. Des pièces surréelles, fraîchement tournées ou recouvertes d’engobes colorées, sèchent sur des planches en bois. D’autres sont là depuis des années, attendant de passer au four. Des pots en plastique ou en verre renferment des émaux aux compositions chimiques savantes à base de cobalt et d’oxydes en tout genre, et le tour manuel, à l’entrée, vous renvoie directement quelques millénaires en arrière. Car chez Samir, la céramique est à l’état brut, viscéralement intemporelle. Par exemple, chaque année au printemps, il fabrique lui-même sa glaise. A l’extérieur de son atelier, perdu dans les herbes folles, un bac en tôle accueille quelques hectolitres de terre liquide et tamisée, destinés à être transformés en glaise. Les gestes sont les mêmes partout sur la planète, depuis la nuit des temps. Et le visiteur averti a la chance de pouvoir encore voir cela, là, à quelques kilomètres sur les hauteurs de Beyrouth.

Et puis l’atelier de Samir a aussi ce petit côté Jules Verne très touchant. Des machines, noircies par le temps et gorgées de cambouis, fonctionnent toujours comme au premier jour. Il y a même un large four de briques noires, hémisphérique, dans lequel un adulte peut se tenir debout. Son père l’avait construit au milieu du siècle passé. Au fait, quel drôle de nom de famille – Müller – pour un Libanais! Son grand-père paternel était étranger – Suisse romand pour être précis – et était tombé amoureux du Liban. Encore un.

Pour joindre les deux bouts, Samir donne des cours à l’USEK et oublie trop souvent sa vocation d’artiste afin de vendre, pour une bouchée de pain, des pièces faites main mais fabriquées en série pour des restaurants comme Le Café blanc. Son art ne lui permet pas vraiment de rouler sur l’or. Sa dernière exposition personnelle remonte d’ailleurs à décembre 1997. «A quoi bon, lâche-t-il avec regret, il n’y a plus personne au Liban pour apprécier ce genre de choses.»

Peut-être l’avez-vous déjà croisé sans savoir qui il était, dans une salle de sport ou dans un café de Beyrouth, le soir quand il sort boire une bière. Célibataire endurci, un peu dur de la feuille et les épaules tombantes, il paraît souvent résigné. Résigné face au manque de considération de son travail, résigné face à la trajectoire sans cesse plongeante de son pays. La dernière fois que je suis allé à l’atelier, il s’arrachait les cheveux: une coupure de courant venait de se produire et il allait devoir attendre des heures avant de lancer sa cuisson. A bientôt 50 ans, cet homme né dans un petit village du Chouf aimerait se poser un peu, ne plus avoir à s’occuper de la fabrication – éreintante – de sa propre terre. Mais il continue, inlassablement, et mourra peut-être un jour là, entre deux bocaux de poudre blanche et des pièces réalisées dans les années 90 et jamais finalisées.

Un soir pluvieux de janvier 1997, c’est Samir qui était venu me chercher à l’aéroport quand j’ai débarqué à Beyrouth avec ma pauvre valise. Avec comme bouquet de fleurs de bienvenue, son sourire et sa gentillesse. Depuis, rien n’a changé en lui, mis à part quelques cheveux gris sur ses tempes. Comme sur les miennes.

dimanche, 10 février 2008

Cf 178

gare_beyrouth.jpg


podcast

Beyrouth, Mar Mikhaël. Une petite rue plonge à partir de la rue du Fleuve. Il est midi, le soleil de février me brûle la nuque. A l’entrée, je retrouve Georges, un petit bonhomme anglophone d’une cinquantaine d’année. Sept jours sur sept, il veille là une cigarette dans une main, une tasse de café tiède dans l’autre. Il me souhaite la bienvenue. Ça fait trois jours de suite que je viens le voir…

La gare n’est pas très large, mais elle fait bien 600 mètres de long. Des bâtiments encore frais sont plantés là, sans utilité apparente. Sur la gauche, trois locomotives sont en train de cuire à petit feu, allongées sur leurs rails. Je monte à bord et me retrouve propulsé instantanément dans mes livres de chevet quand j’étais gosse. La rouille a pris le pouvoir. Jules Verne aurait apprécié l'endroit.

Un peu plus loin, sous un arbre majestueux, une autre locomotive fait la sieste. Imposante avec son chasse-neige avant, elle se demande certainement si elle reverra un jour le col enneigé du Baïdar. Peu probable. Dans l’arbre qui lui offre une ombre généreuse, une cabane en bois a été installée à trois mètres au-dessus du sol. Huckleberry Finn doit se cacher quelque part.

Je repars et quitte l’ombre. Au fond de la gare, les choses se compliquent. Les herbes folles me dépassent. Le sol, caché par cette petite forêt vierge, recèle quelques pièges: des rails me font de croche-pieds, et je m’attends à voir surgir des vipères à chacun de mes pas. Elles doivent se régaler dans ce genre d’endroits.

Je longe une série de wagons de marchandises. Certains sont pleins de feuilles mortes, d’autres de détritus, de vieilles valises abandonnées, de tas de sable… J’enjambe, je me plie, je saute. Je m’émerveille d’une manivelle, d’un marche-pied sans marche, de ces ronces qui passent par les fenêtres, d'une vieile bielle fatiguée. Viennent alors les wagons de voyageurs, avec leurs portes-bagages qui ressemblent à des toiles d’araignées, leurs bancs vandalisés, leurs portes gravées par des amoureux ou percées d'impacts de balle. Tout est là, sous mes yeux. Rien n’a bougé depuis dix ans. Depuis plus longtemps certainement d’ailleurs. Et rien ne bougera plus.

Je quitte les lieux, les yeux plein d’images. Je croise Georges, le veilleur, qui m’offre le café. Je me demande s’il sera encore là lui aussi, dans dix ans.

PS: Comme promis, vous pouvez retrouver tout cela dans un album photo, dans la colonne de gauche. En lançant le diaporama, vous pouvez mettre en lecture le petit mp3 présent sous la photo ci-dessus, ça rend pas mal. Et désolé JiPé, pas de trace du fameux train orange...

mercredi, 30 janvier 2008

Pour ceux qui ont quelques minutes à perdre

3c6356ee8a322d88931a2c7deb54f9c5.jpgCela fait bien longtemps que nous n’avons pas mis en ligne des photos de Beyrouth. Une série d’albums est en préparation. Nous commençons donc par le cimetière Mar Mitr, et nous poursuivrons notre balade beyrouthine par les pêcheurs de Raouché, la vieille gare et d’autres séries thèmatiques. Pour ceux qui ont quelques minutes à perdre, donc.

vendredi, 23 novembre 2007

Considérations diverses à H-5

La Lune a continué sa jolie trajectoire dans le ciel, jouant à cache-cache avec les nuages. La montagne est magnifique de nuit. De Beyrouth, on voit très clairement jusqu'à Jbail ce soir... Finalement, c'est tout ce que l'on réclame, un peu de clarté. beyrouth_nuit.jpg

[...]

Il y a une chose toujours embêtante quand on écrit des papiers sur le Liban, particulièrement sur l'élection présidentielle actuelle. C'est au moment de faire son titre. Une fois qu'on a évacué "le dernier report", puis "l'ultime report", on écrit quoi?

[...]

Ils sont venus, ils ont vu, mais ils n'ont pas votu. (désolé, je suis fatigué, j'en ai marre des conneries de nos hommes politiques)

vendredi, 07 septembre 2007

Beddawi: terminus pour réfugiés 2

medium_beddawivache.jpgAprès David j’ai à mon tour envie (besoin?) de raconter Beddaoui. Si tant est que cela puisse être raconté.
Achraf (voir album photo) a failli perdre sa jambe. Caché dans Nahr el-Bared, il était sorti pour trouver de la nourriture pour ses enfants qui n’avaient rien mangé depuis trois jours. Il n’a pas eu de chance. C’est ce jour-là que les voitures de l’UNRWA (l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens) ont été prises pour cible. Achraf était à côté, pour prendre du pain. Il est tombé, n’a pas pu se relever. Son père l’a entendu hurler: «Ma jambe brûle, ma jambe brûle!». En effet, elle ne tenait plus que par un lambeau de chair. Achraf a refusé d’être amputé, parce qu’il voulait pouvoir continuer à travailler ensuite. C’est son père qui a payé les 30000 dollars d’opération et de soins, en s’endettant. Et son papa est très fâché. «Cela vous fait quoi de voir ça?», me lance-t-il en montrait la jambe boursouflée de son fils. Que lui répondre… Que oui, parfois, on a l’impression d’être des charognards se repaissant de la misère humaine, source de nos revenus (parce que c’est ce qui intéresse les lecteurs)? Que oui, je me sens impuissante devant la souffrance du monde? Mais ce que je lui ai finalement répondu me semble tout aussi vrai: dans ce métier, nous voyons des enfants morts, des femmes violées, des hommes défigurés, des cadavres grouillant de vers, des larmes, du sang… Et si je devais pleurer à chaque fois, je n’en finirais jamais. Car le monde tourne ainsi, à mon plus grand regret. En racontant ce que nous voyons, nous espérons – peut-être à tort – interpeller les consciences. Et c’est toujours mieux que de rester les bras croisés, ce que je ne pourrais faire. Mais bien entendu, ce n’est pas mon fils sur ce lit, qui a tout perdu sauf la vie et une jambe estropiée…
La question palestinienne me heurte, me bouleverse et me pose question. «Combien de fois devrons-nous fuir? Qu’avons-nous fait pour mériter cela?» Ces questions, nous les avons entendues à de multiples reprises aujourd’hui. Et il n’y a pas de réponse, évidemment. Si la vie était juste, ça se saurait.

Colère, amertume, découragement… Ces sentiments sont compréhensibles chez une population ballottée de camp en camp, de pays en pays. Une vieille femme venait de vivre son quatrième exode. Comment exister sans passeport, sans carte d’identité, sans pays? Alors, c’est dans ces camps que les réfugiés ont investi leur affection. «Cela fait 60 ans que nous bâtissons Nahr el-Bared, explique une très jeune femme. C’est chez nous, même si nous savons que ce n’est pas notre patrie.» Il faut bien poser ses bagages quelque part. Mais ces 60 ans ont été rayés de la carte en quelques mois. Et il faut des coupables. Certains en veulent à Fatah el-Islam, affirmant avoir d’excellentes relations de voisinage avec les Libanais. Mais beaucoup en veulent au Liban tout court. Ce Liban qui ne leur donne pas le droit d’acheter une maison, de travailler et encore mois d’obtenir la nationalité. Ce Liban qui, je crois, ne peut tout simplement pas le faire. On a vu ce qui s’est passé en 1975. Mon père, Français, me racontait avoir décidé de quitter ce pays où il avait rencontré ma mère, Libanaise, dès 1973. Lorsqu’un Palestinien lui avait mis un flingue sur la tempe à un barrage dans Beyrouth. La souffrance légitime des Palestiniens a conduit à de bien regrettables excès. Et rien n’a changé depuis les années 70, si ce n’est la croissance exceptionnelle du taux de natalité palestinien, la montée de l’islamisme, la paupérisation du Liban et l’accentuation des tensions régionales. Tout cela est intimement imbriqué.

Je n’ai aucunement la prétention de proposer une solution. D’autres bien plus intelligents que moi s’y sont déjà cassé les dents. Mais je sais une chose: l’avenir du Liban passe par l’avenir des Palestiniens. Quel avenir? Haha! C’est bien le problème! Et si moi, qui ne suis pas directement concernée, me désespère devant l’absence d’alternatives, que serait-ce pour eux, qui voient leurs enfants grandir au milieu des poubelles, jouant pieds nus dans les eaux d’égout?

J’avais travaillé sur Nahr el-Bared il y a trois ans de cela. Et une image s’était imprimée durablement dans mon cerveau: des enfants jouant dans le fleuve El-Bared, au milieu des carcasses de moutons crevés qui suivaient son cours. A mes yeux, cette image comporte plus d’un symbole…

Beddawi: terminus pour réfugiés

medium_beddawi.jpgFaire un sujet sur un camp de réfugiés palestiniens, ce n’est jamais très bon pour le moral. Aujourd’hui, nous sommes allés à celui de Beddawi qui accueille depuis mai dernier les réfugiés du camp voisin de Nahr el-Bared, au nord du pays. Vous pouvez voir un album photos en cliquant ici ou sur la photo noir et blanc ci-dessus.

L’équation est simple, toujours la même: camp palestinien = misère humaine. Les ruelles sont sales, les gosses courent pieds nus, chahutent et lancent des sourires, les vieillards (ceux qui sont nés avant 48) comme sur une autre planète, les hommes en armes du Fatah presque à chaque coin de rue… Oui, ça fait mal au cœur, ça témoigne de quelque chose de pas très reluisant dans la nature humaine. Khaled, qui nous a servi plus ou moins de guide dans les ruelles, demande quel est leur crime pour être traités encore moins bien que des Sri-Lankais (au Liban, ça veut tout dire). Un autre, assez vindicatif, nous demande pourquoi on vient les voir car notre métier ne sert à rien, nous dit que l’on devrait utiliser notre argent à autre chose qu’à acheter des blocs de papier et des stylos. Des journalistes, ils en ont vu défiler, mais leur vie ne s’est guère améliorée. Le moral en prend encore un coup quand ce même homme dénigre le Liban dont il ne voudrait pas la nationalité même si on la lui proposait, car «le Liban n’existe pas». La discussion tourne court, elle ne servirait à rien de toute façon. Les Palestiniens vivent dans la misère, ils ont des raisons d’en vouloir à la terre entière, mais ils oublient parfois qu’ils sont aussi responsables de ce qu’est arrivé pendant 15 ans à leur pays d’accueil. Y’a des pilules qui restent dures à avaler pour tout le monde.

vendredi, 06 juillet 2007

Beyrouth, 19h49, la soleil va se coucher dans la mer

medium_beirutsunset.jpgBeyrouth, 19h49, de notre terrasse. Le soleil se couche tranquillement dans la mer, comme nous le disions à nos filles quand elles croyaient encore à ce genre de choses. Les gens rentrent chez eux, la vie reprend son cours à Beyrouth: à part à Gemmayzé et Monnot, les pubs et les restaurants de la capitale se remplissent chaque soir. Les salles de ciné aussi, même timidement. Une ombre au tableau: les festivals d'été ont annoncé l'annulation définitive de leurs programme.

Ce calme n'est peut-être qu'illusion, mais il fait du bien. On touche du bois (de cèdre bien sûr) pour que cela dure. Bises à tous les amoureux du Liban.

samedi, 02 juin 2007

Le Liban, c'est aussi ça...

medium_Montagne.jpg

Ce matin, j’ai eu envie de me faire du bien au moral, et de vous offrir quelques photos déconnectées de notre actualité. Car le Liban est un pays magique, attachant et pétri d’histoire(s). Dans ce diaporama, nous vous proposons un visage du pays que l’on a tendance à oublier ces jours-ci. C’est juste bon pour le moral, en tout cas pour le mien…

Clickez sur l'image, et en avant pour la balade! Et si elle vous a plu, n'hésitez pas à laisser un petit mot ici...

mardi, 02 janvier 2007

Lever de lune sur Beyrouth

Juste pour le plaisir... J'étais sur la terrasse il y a 2 minutes, et au-dessus de la montagne s'élevait la Lune. Elle était belle, brillante, pleine de sagesse dans ce ciel qui s'assombrissait peu à peu. medium_lune.jpg

mercredi, 27 septembre 2006

Promenade dominicale

medium_occupation_5.jpgDimanche dernier, je suis descendue à la frontière sud, pour voir ce qu'il était advenu des villages funestement célèbres de Bint Jbeil, Maroun el-Ras, Yarine... En résumé, le ciel leur est tombé sur la tête, au propre comme au figuré. Et les quelques maisons qui ont été épargnées par les bombes ont connu une autre sorte d'enfer. "J'aurais encore préféré qu'elle soit détruite", m'a confié l'un des habitants qui a retrouvé sa demeure dans un drôle d'état. Vous pourrez en juger sur les deux derniers albums Quel reste-t-il du joli Sud? et Sud sur graffiti. La preuve par l'image.

J'étais accompagnée de Michel, un gentil pompier et bon chrétien du Nord qui, pour la première fois de sa vie, allait dépasser Saïda et qui ne revenait pas de ce qu'il voyait. A défaut d'autre chose, cette excursion – ou balade digestive selon certains – aura au moins servi à ouvrir les yeux d'une personne sur ce qu'a traversé son propre pays. Je ne peux même m'imaginer ce que vivre ces trois derniers jours de la guerre à Maroun el-Ras a dû être. Et je me demande souvent comment les hommes qui sont payés pour concevoir des bombes toujours plus puissantes et toujours plus destructrices dorment la nuit... 

mardi, 08 août 2006

L'affaire Adnan el-Hajj

Je suis novice en matière de blog, j'ai donc pris le temps de regarder un peu ce qui se passait sur la "blogosphère" et suis tombée sur l'affaire Adnan el-Hajj (faut bien avouer que le pauvre Adnan est un gros manche sur Photoshop). Ce photographe a truqué de façon éhontée des photos qui ont été achetées par Reuters, provoquant un vrai scandale outre-Atlantique (et peut-être ailleurs, je ne sais pas).

medium_affaireadnan.jpgCela va peut-être vous paraître idiot, mais je trouve cela tellement con que je me suis dit que si ça trouve, nos photos se feraient peut-être décortiquer de la même manière. Je suis tranquille, nous ne "retouchons" pas nos photos, si ce n'est pour les foncer ou les éclaircir quand la lumière est mauvaise. Ce qu'il y a sur les photos de Chiyah, c'est ce que nous avons vu hier soir. Point. Mais je me aussi dis que ce genre de pratique jette un doute sur l'ensemble de la profession, et c'est bien dommage. Parce que dans les blogs que j'ai visité, la réalité de la guerre est littéralement occultée par le trucage. Telle photo est-elle véridique ou non? Tel photographe faisait-il la propagande du Hezbollah? Quel outil Photoshop a-t-il utilisé et comment? Etc. Sans parler de commentaires ahurissants sur le fait que de toute façon, les photographes arabes étaient incompétents et qu'il ne fallait pas les faire travailler, ou - mieux - que certains cadavres d'enfants montrés à Qana avaient dû être sortis exprès d'une morgue pour faire le jeu du Hezbollah.

Traverser cette guerre est épuisant à tous les niveaux: pour le corps, pour l'esprit et pour le coeur. Je me demande si le fossé qui existe entre le monde arabe et l'Occident pourra être comblé un jour, tant il y a d'incompréhensions, de haines et de mépris.

A tous ceux qui nous écrivent: nous essayons juste de nous montrer honnêtes, vis-à-vis de nous-mêmes et vis-à-vis de ce que nous voyons et essayons d'expliquer. Il ne s'agit pas d'avoir tort ou raison. Des gens meurent des deux côtés de cette fichue frontière. Sur ce blog, nous essayons juste de sensibiliser nos visiteurs aux raisons qui, selon nous, expliquent ces événements. Dans le seul désir de contribuer, à notre toute petite échelle, à plus de compréhension. Car seule la compréhension mutuelle peut mener à la paix. Ne pas entamer cette démarche aurait revenu, à mes yeux, à faire comme Adnan el-Hajj: truquer la réalité.

Peace. 

 

vendredi, 20 octobre 2017

La 5e colonne

Je suis arrivé là, pas vraiment pas hasard. Sur ce bout de terre qui n'en est pas vraiment un. Je pense qu'il ne devait pas être là il y a vingt ans. Peut-être, un jour, la mer s'est-elle retirée. Juste à cet endroit. Laissant alors apparaître la colonne vertébrale d'un monstre sorti du fond des âges. Là, à Beyrouth, sur ce front de mer qui tente désespérément de se donner des airs de je-ne-sais-quoi.

DSC_0036snb.jpg

En la voyant, j'ai essayé de m'imaginer la bête. Colossale. Agressive. Avec une queue interminable lui servant d'arme fatale contre ses congénères. Elle devait bien mesurer 300 mètres de long, peser des dizaines de tonnes. Peut-être venait-elle d'une autre planète. Je n'en sais rien.

Pendant une heure, j'ai tenté de comprendre ce qu'elle faisait là. Comment elle était arrivée là. Pourquoi personne n'en parlait en ville. Incroyable tout de même, cette preuve d'une vie dépassant tout ce que la Terre avait enfanté auparavant. Ici, à Beyrouth et nulle part ailleurs. Je me suis approché, j'ai touché ces vertèbres minéralisées. Elles étaient lisses et rugueuses en même temps, devaient s'emboîter parfaitement les unes aux autres. J'imaginai les masses de cartilages et de tendons qui avaient, quelque part dans le temps, relié tout ça, animé tout ça, avec une puissance inégalée. Je n'en revenais pas de cette découverte. Je voyageai sur place, dans un silence bercé par un lointain ressac.

 

[...]

Et puis il est arrivé. Le petit bonhomme en gris que j'avais repéré en arrivant, ronquant tranquillement à l'ombre de sa cahute. «Mamnou3, mamnou3!», me lança-t-il alors que j'étais en train de prendre une dernière photo de cette monstrueuse colonne vertébrale. Mon petit rien tout gris m'explique alors que ce terrain est la propriété (privée) de Solidere et qu'il est évidemment interdit d'y venir, qui plus est équipé de cette odieuse invention numérique.

Solidere, Dahyeh, même combat. Le pays s'est transformé en gigantesque propriété privée où prendre une photo est passible de la peine de mort. Il me fait rire, ce bon monsieur Mikati, quand il déclare que la priorité des priorités est d'assurer la «prospérité de la saison touristique». Chers touristes, vous êtes les bienvenus, évidemment. Mais mieux vaut vous prévenir: la 5e colonne veille au grain, alors contentez-vous d'acheter des cartes postales.

 
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