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jeudi, 03 mars 2011

Faites des professeurs

Ce matin. Beau soleil. Embouteillage dans le quartier du musée. J'écoute la radio. Les matinales d'Abdallah passent ça. Magnifique, pas une ride à l'horizon.

Bla bla bla. «...et nous célébrons aujourd'hui la fête des professeurs. En tout cas, c'est ce que dit Wikipedia.» Bla bla bla.
C'était donc ce matin, aux alentours de 7h35, sur les ondes de Radio Liban.

L'embouteillage se fait de plus en plus dense. Dix minutes plus tard, la cloche d'une «grande» école beyrouthine doit sonner, tout le monde aimerait se presser pour déposer sa progéniture dans les temps. Mais les rues sont étroites et les péniches 4x4 des mamans ont souvent du mal à se frayer un chemin. Il est rare de mettre la première plus de 20 secondes d'affilée. Clairement, vu les bouchons, le jour des profs, c'est pas pour aujourd'hui. Je vérifie dans mon agenda où j'ai pris soin de noter tous les jours chômés (on est jamais trop prudent, c'est vite arrivé d'en oublier un, croyez-moi) et j'envoie un sms à Abdallah: c'est la semaine prochaine. Merci Wikipedia, encore du bon boulot.

Commence alors la mélodie d'un artiste américain dont le nom figure pourtant sur la liste noire des méchants-chanteurs-qu'il-ne-faut-surtout-pas-écouter.

J'écoute d'un œil. Je souris, tout seul dans la voiture. Je l'avais presque oubliée celle-là: la fête des professeurs! D'ici mercredi prochain donc, la totalité des parents au Liban (moins les profs bien sûr) va se creuser la cervelle pour dénicher une nounou occasionnelle, une voisine, une grand-mère. N'importe quoi fera l'affaire. Parmi les jours fériés non religieux, la fête des professeurs qui tombe chaque année début mars est celle qui me cisèle les joyaux le plus – davantage encore que le jour de la sainte armée libanaise. Les professeurs jouissent d'une journée gratuite, petit trou supplémentaire dans le gruyère du planning annuel des congés. Sans oublier la petite tradition qui va avec: les gamins doivent se pointer la veille avec un cadeau. Durant deux ou trois ans, l'une de nos filles a eu l'honneur d'être dans la même classe que la fille d'un ponte du prêt-à-porter de luxe. La petite demoiselle se pointait alors systématiquement avec des sacs estampillés du magasin de papa, à l'attention des maîtresses. Ça épate la galerie ce genre de choses. Ça peut choquer aussi.

Et puis là, je viens de trouver dans mes spams ceci: une publicité gentiment envoyée par une chaîne de magasins (type papeterie et gadgets variés). La voici.

jour des professeurs.jpg

En vue de cet événement inratable, le magasin en question propose donc des idées-cadeaux pour nos chers professeurs: des bougies, des tasses, des cadres-photo, des sacs, des tabliers... C'est la première fois que je vois des pubs pour l'occasion. Moi, j'offrirais bien des livres d'histoire-géo aux enseignant(e)s, pour que mes filles arrêtent d'apprendre que le Moyen Age a commencé en 500 avant Jésus Christ ou que le Liban est une île entourée d'une mer toute bleue, même si cela n'a l'air de choquer personne.

Je m'extirpe de l'embouteillage. A la radio, Leonard a laissé le micro au p'tit gars de Minneapolis. Ça donne ça.

En écoutant la fin de la chanson, je me dis qu'il a raison, le petit prince: il faut tomber amoureux, faire des enfants, et les appeler 'Nate' si ce sont des garçons. Et en faire au choix des curés, des militaires ou des professeurs. Y'a que ça de vrai.

mardi, 22 février 2011

« Quand on goûte, c'est trop tard »

jeudi, 03 février 2011

Sassine, 13h14

vieux oud sassine 600.jpg

samedi, 01 janvier 2011

La pluie a attendu minuit 2

C'était une première: une Saint-Sylvestre passée dehors, au centre-ville de Beyrouth. Avec comme objectif de rallier minuit en bas de la place des Martyrs où un compte-à-rebours était prévu à 23h59mn40s.

Premier constat (qui n'est pas une nouveauté en soi): le centre-ville, ses restaurants et ses boutiques ne sont pas pour les Libanais. On y parlait tous les arabes possibles, sauf celui de l'est de la Méditerranée. Ça ne devrait plus m'étonner, mais ça fait toujours un petit pincement au cœur de se dire que le cœur de la ville, justement, n'appartient pas à ceux qui y habitent... Vers 22h30, direction le bas de la place des Canons, des Martyrs ou des Bétonneuses, comme vous préférez, pour assister à des projections sur la façade de l'immeuble UFA. Sauf que pendant plus d'une heure, nous avons eu droit à trois greluches tout droit sorties d'une production Vivid des années 80. Clou de spectacle (en playback?): les trois publicités sur patte pour les chirurgiens du pays ont "chanté" d'un balcon.

ufa 2.jpg

Sur la place, des dizaines de centaines de gars en rut s'affolaient au moindre déhanchement. Pathétique mais sympathique. Et puis le public a radicalement changé en 2 minutes, les adolescents (à scooter) laissant place à des familles pour les fameuses projections. Comme toute bonne manifestation qui se respecte, cela a commencé par l'hymne national (kulluna tralala), puis par un clip sur l'histoire du pays, des Phéniciens à la victoire divine du Hezb en passant par la manifestation du 14 mars 2005. Comme ça, tout le monde était content, chacun a pu applaudir ses 10 secondes préférées. J'ai beaucoup aimé le cèdre repoussant après la guerre de 2006, en jaune et vert. Passons.

La ribambelle de créations prévues pour la projection a défilé sur la façade, et c'était franchement chouette (faut d'ailleurs voter on-line pour les meilleurs clips – hors catégorie cependant: les pubs, dont celle du père Noël pilotant un avion UFA ah ah ah). Bonne ambiance, chapeaux pointus et pouet-pouet de rigueur.

Et puis tout le monde commençait à regarder sa montre... Tout le monde attendait le compte-à-rebours quand... les feux d'artifices ont commencé du côté du Biel. Petit décalage, comme en plein ramadan quand le muezzin du coin attend 30 secondes que son voisin ait commencé pour y aller lui aussi. Et puis voilà, 20, 19, 18... 3, 2, 1... Happy new year 2011!

compte 2.jpg

Reste à voir.

Bon, d'accord, faut tout de même remercier la météo car il n'a commencé à pleuvoir (vraiment) que 2 minutes après le gong de 2011.

mercredi, 24 novembre 2010

Yes madam? Sorry madam.

Franchement, j'ai pas pu résister.

lundi, 22 novembre 2010

(in)Dépendance

Aujourd'hui, il y a ceux qui célèbrent la fête de la Dépendance, ceux qui piaffent d'impatience à l'idée de trancher des mains, ceux qui se retroussent les manches, ceux qui ont sursauté en se faisant réveiller à 9h du matin par des avions (ne portant pas de cocarde blanche et bleue), ceux qui décident qu'il faut sniffer la poudre d'escampette avant la bérézina, ceux qui n'allument jamais la télé pour ne surtout pas savoir ce qu'il se trame dans le pays, ceux qui veulent encore y croire, ceux qui ne pourraient pas se passer de leur rakwé de café sans sucre tous les matins, ceux qui scrutent le zénith convoitant ces nuages qui leur rapporteraient la pluie, ceux qui sont persuadés que le lumbago de la belle-sœur de ma voisine est lui aussi le résultat du complot américano-sioniste, ceux qui ont peur du silence, ceux qui attendent que des places se libèrent, ceux qui cherchent la silhouette de la montagne au-dessus de Beyrouth pour se repérer, ceux qui "merchandisent" leur dieu, ceux qui écoutent la musique de leur cœur, celles et ceux qui savourent leur liberté, ceux qui sont bien contents de ne pas savoir de quoi demain sera fait, ceux qui s'inquiètent de voir jusqu'où certains politiciens iront dans l'art du défrocage, ceux qui n'en font qu'à leur tête en se disant qu'ils ont bien raison, ceux qui sont franchement embêtés à l'idée de récupérer Ghajar, ceux qui reconnaissent par avance le goût de la petite goutte d'alcool qui les feront basculer dans l'ivresse, ceux qui ne révèleront jamais leur(s) addiction(s), ceux qui se souviennent de ce que disait Vera Lynn, ceux qui adorent rouler dans Beyrouth quand les avenues sont désertes, ceux qui aimeraient bien enfiler leur maillot de bain, ceux qui hument les effluves venant du four voisin, ceux qui font le planning des coupures de courant sur leur agenda en se disant que «cool, le 9 décembre, ça tombera entre 15 et 18h!»...


Et ceux qui planent par-delà les nuages.

maasser.jpg

dimanche, 17 octobre 2010

17/10

dome beirut.jpg
Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

mercredi, 29 septembre 2010

4e soir sans eau

water beirut.gifSamedi après-midi
– «Tu sais quoi Bruno [c'est un copain allemand, mais rien à voir avec le film], au Liban, je préfère encore les coupures d'électricité aux coupures d'eau. C'est franchement insupportable quand ça te tombe dessus.»

Dimanche soir
Pas d'eau en rentrant le soir. Merde alors! Pas de doute, après 5 douces années où je suis passé entre les gouttes, j'avais oublié le goût des coupures d'eau à la fin de l'été. Bon, comme je n'ai pas bougé le petit doigt de la journée, je fais l'impasse sur la sacro-sainte douche du soir. Ça reviendra demain, c'est sûr.

Lundi soir en rentrant
Saperlipopette, toujours pas d'eau. Bon, j'espère que le plombier saura quoi faire demain. Douche (devenue d'intérêt public) chez les copains. C'est rageant, car ce soir-là, j'entends le petit sifflement des pompes dans les immeubles du quartier. Le prochain remplissage aura lieu dans 48h. Soit mercredi soir.

Mardi soir
Le plombier n'a rien pu faire, tout semble fonctionner normalement dans l'installation tuyauterie/pompe à eau/tralala. Au programme, pour le lendemain donc: faire venir le gars de la compagnie des eaux pour savoir pourquoi la cuve ne se remplit pas. La vaisselle commence à s'empiler dangereusement dans l'évier de la cuisine. Re-douche chez les copains. Ils sont vraiment sympas.

Mercredi matin
Toujours pas d'eau au robinet. Mais comme j'ai vraiment très envie de me faire un café, je vide à la petite cuillère le marc qui commençait à sécher dans le fond de la rakwé pour me faire bouillir un peu d'eau (minérale forcément). La loose. Je croise les doigts toute la journée en espérant que le gars de la compagnie des eaux aura réglé le problème dans la journée. Comme ces trois derniers jours, je me lave les dents à l'eau de la fontaine d'eau minérale suprafraîche. La classe.

Mercredi soir (pas plus tard qu'il y a trois heures)
Je rentre dans le noir, direction le robinet de la cuisine. Je ferme les yeux (même si j'y vois que dalle), je croise les doigts (encore), je prie la sainte Vierge (non, je déconne) et tourne la poignée du robinet. Rien. Pas une goutte. Je file à la salle de bain. La douche déglutit, me fait un petit rototo et m'offre un petit filet d'eau. Super loose.

Le gars des Eaux de Beyrouth est bien venu, mais il n'a rien pu faire, si ce n'est expliquer aux voisins que là, c'est la pénurie, qu'il est assailli de coups de fil toute la journée et qu'il n'a rien d'autre à conseiller que de se rabattre sur les gars qui sillonnent la capitale au volant de leur petit camion citerne pour se faire livrer de l'eau (je n'ai même pas envie de connaître les tarifs en 2010, je suis resté sur ceux de 2005 et ça faisait déjà mal), qu'il faut attendre qu'il pleuve... Et puis surtout, qu'il y a une vieille du quartier qui n'a rien trouvé de mieux que d'appeler son plombier pour dévier vers son appartement le tuyau principal de la rue. C'est vrai quoi, la pauvre dame n'avait pas de quoi se faire le café, faut la comprendre. Du coup, ce sont tous les immeubles du coin qui sont à sec ou presque.

Ce soir, le remplissage terminé, j'ai donc un petit quart d'eau dans la cuve, pas suffisamment néanmoins pour qu'il y ait le minimum de pression requis pour que l'eau fasse normalement le trajet cuve du bas/cuve du toit/chauffe-eau/robinets de l'appartement. La douche que j'attends depuis des heures se fera au dé à coudre pour ne pas gaspiller mon précieux trésor. Avec ce qui restera, je me ferai un pastis. Sauf que je n'en ai plus. Chienne de vie.

J'aurais vraiment dû la boucler samedi dernier quand je discutais avec Bruno.

jeudi, 22 avril 2010

Coupe (Brésil contre le reste) du monde: J-50, orchidées au balcon

drapeaux coupe du monde football.jpgElles ont fleuri en avance cette année. Peut-être à cause d’un printemps exceptionnellement précoce. Ces jolies fleurs n’éclosent qu’une fois tous les quatre ans. Et elles pullulent en ville: chez les petits fleuristes de rue bien sûr, mais aussi aux balcons, sur les voitures… il y en a partout. Nous ne sommes qu’au mois d’avril et ces orchidées sont déjà là. La cueillette n’aura pourtant lieu que fin juin début juillet.

Le Top 5 des fleurs préférées à Beyrouth? Il est très facile à établir. Dans ce domaine, le patriotisme n’est pas de mise, l’orchidée libanaise n’ayant pas encore été inventée. Alors les Libanais se rabattent sur des produits d’importation. En n˚1, l’orchidée brésilienne, jaune, bleu et verte. On la croise à chaque coin de rue, elle est omniprésente et écrase ses concurrentes. Oh, il ne faut pas chercher une quelconque raison démographique à ce phénomène, même si la diaspora libanaise est très présente au Brésil. Non. L’engouement pour cette fleur est simple: c’est la plus résistante, c’est celle qui dure le plus longtemps à chaque floraison. Alors pourquoi soutenir une fleur ayant moins de chance de gagner? Mieux vaut être pour la plus forte tout de suite. En n˚2, nous retrouvons deux fleurs diamétralement opposées mais finalement ex-æquo: l’orchidée teutonne, fière de ses couleurs noire, rouge et or (couleurs parfois agrémentées d’une petite svastika pour faire moche), et l’orchidée ritale qui a l’avantage de porter les couleurs que la fleur libanaise aurait arboré si celle-ci pouvait concourir. En n˚4, voici la douce orchidée argentine, blanche et bleue. Elle doit être faite pour les romantiques, celle-là. Et puis arrive la 5e marche de ce podium que se disputent trois pauvres orchidées: il y a la Française et la Hollandaise dont les pétales mélangent différemment trois même couleurs, et puis la Grecque qui ne manque pas d’amateurs au Levant. Et puis c’est tout.

Mais voilà, la Nature étant cruelle, toutes ces fleurs disparaissent rapidement pour ne laisser rapidement place qu’aux deux finalistes. Mon voisin qui apprécie l’orchidée anglaise aura vite fait de la remplacer par la brésilienne si d’aventure Albion se faisait planter en quart de finale. C’est une règle du jeu: toujours afficher des couleurs, quitte à se renier pourvu que ces couleurs soient les bonnes. Les plus vives. Les plus fortes. Toujours.

Moi, mon choix est fait: cette année, je mettrai à mon balcon deux orchidées. Une bleue, blanche et rouge, et une verte, blanche et orange. Je soutiendrai de tout mon cœur ces fleurs restées au Costa Rica et en Irlande, honteusement écartées de la course au moment des boutures de l’automne dernier.

lundi, 05 avril 2010

Gemmayzeh, 11h48

gemmayzeh.jpgLe printemps, c'est le temps des balades dans Beyrouth. Alors pour commencer une série qui se poursuivra peut-être par Ras Beirut ou Zkak el-Blat, faisons un petit crochet par Gemmayzeh, quartier de Beyrouth-Est surtout connu pour ses bars. Clickez ici pour voir l'album photo.

jeudi, 25 mars 2010

(était une) Rue à caractère traditionnel (de Beyrouth, alors dépêchez-vous, y’en aura pas pour tout le monde)

«Dix-sept! Tu te rends compte, y’en a dix-sept rien qu’autour de nous!», s’exclamait Nathalie il y a quelques jours, les yeux perdus sur notre horizon de toits de béton, de cuves de flotte et d’antennes en tout genre. Mais de quoi pouvait-elle bien parler?

De ça.

Elle était donc en train de compter les grues comme on égrène les moutons blancs le soir en s’endormant. Vingt même, si mes yeux ne me jouent pas des tours en revoyant la photo panoramique. Et dans un périmètre très restreint qui plus est, principalement concentré dans le triangle d’or Sodeco-Sassine-Saïfi. En attendant que cette même folie envahisse Geitawi, Fassouh et Mar Mikhaël, promis au même traitement.

Dix-sept, vingt (même vingt-et-une car il y en une cachée à gauche de la nº20, juré craché), peu importe en fait, car ce chiffre ne donne qu’une faible idée de l’étendue des dégâts dans cette partie de Beyrouth. Et c’est sans compter avec les chantiers qui se montent sans grue et tous les autres qui n’en sont encore qu’à la phase pelleteuse. C’est effarant.

Allez, mettons un peu de musique pour le côté mélo de notre histoire du jour…
podcast


Ils disparaissent donc les uns après les autres. Les vieux immeubles de Beyrouth sont gommés, avec une méticulosité qui forcerait presque le respect. Il y a quelques années, la municipalité de Beyrouth avait pris soin de planter par-ci par-là des panneaux signalant des rues ou des quartiers «à caractère traditionnel», comme à Gemmayzeh ou à Furn el-Hayek.
Bullshit comme disent si joliment nos amis anglais. Depuis, des citoyens malheureux ont pris leur pinceau pour rajouter sur ces panneaux «Etait une».

etait une rue a caractere traditionnel OK.jpgLes petits quartiers constituant Achrafieh, pour ne citer qu’eux, sont des zones historiques aiguisant l’appétit des promoteurs immobiliers. Après la frénésie des années 90, cela s’était calmé avec les multiples crises politiques et la guerre de 2006. Et puis le phénomène a repris de plus belle. Les vieilles bâtisses sont rasées, les rares parkings sont éventrés et soudain, de nouveaux immeubles hors de prix sortent de terre. Peut-on vraiment en vouloir à ces promoteurs? Pas vraiment, car si un cadre juridique cohérent et si une politique d’aménagement du territoire existaient (je sais, nous baignons là en pleine SF), ils ne pourraient pas s’adonner au petit jeu de Qui-défigurera-le-plus-vite-telle-ou-telle-rue. Car j’ai vraiment l’impression que les chantiers jouent une finale de 100m aux Jeux olympiques tant les vieilles façades sont dégommées plus vite que si je le faisais sur Photoshop.

Le mois dernier, j’ai surpris Nathalie les larmes aux yeux, en revenant d’une balade. Rue Mar Mitr, en face du meilleur glacier de la ville (n’ayons pas peur des mots), l’immeuble qui accueillait le boulanger de son enfance, était en mode démolition. C’est un parmi d’autres. On se croirait à l’abattoir.

immeuble rasé.jpgEt les exemples sont légion, à commencer par le projet qui me fout le plus la chair de poule, rue Sursock (pour ceux qui ne connaissent pas Beyrouth, c’est la Rue de la Paix dans la version libanaise du Monopoly). Entre la villa Audi et le musée Nicolas Sursock, une tour pousse comme du chiendent en lieu et place du joli jardin de bougainvilliers roses qui séparait les deux magnifiques bâtisses. Y’a de quoi en pleurer.

Dans ce petit jeu de massacre, certains promoteurs se donnent bonne conscience en conservant de vieilles façades qui ne seront qu’un cache-sexe à des tours de verre et de béton. C’est le cas de l’immeuble Panayot dont la façade a été gardée, tenue debout par des béquilles d’acier, en attendant qu’une tour pousse derrière elle.
Sur le papier, pourquoi pas. Dans ce lifting grandeur nature, l’immeuble Panayot a été rebaptisé L’Armonial. Rendez-vous à la fin des travaux pour voir le résultat in situ.

Beyrouth change donc de visage, c’est un fait. Le front de mer veut se la jouer Dubaï, avec des projets architecturaux avant-gardistes comme le Sama Beirut (qui porte bien son nom). Les petites rues, comme la nôtre, sont rapidement défigurées pour ressembler à n’importe quelle rue de n’importe quelle ville moderne et donc quelconque. Sans regarder à plus de trois cents mètres de chez nous, nous savons que cinq immeubles certes vétustes mais aux formes romantiques et à la peau usée, vont «sauter» dans un avenir assez proche. Le temps pour les derniers propriétaires de vendre à (très) bon prix. Car évidemment, pour que les promoteurs puissent raser tout un pâté de maison, il a bien fallu que certains vendent et fassent monter les enchères pour déguerpir avec la caisse. C’est probablement le cas du célébrissime restaurant Boubouffe, dernier pas-de-porte actif sur un ensemble de trois vieux immeubles promis à la destruction.

Entre l’appât du gain partagé entre acheteurs et vendeurs et l’absence totale de politique de préservation du patrimoine architectural de Beyrouth, je me demande bien à quoi notre capitale ressemblera dans 20 ou 30 ans quand les gamins d’aujourd’hui seront à notre place. Notre fille aînée s’est mise en tête de racheter un appartement à 30m de chez nous, dans une maison abandonnée. «Papa, je rachète l'immeuble avec mon argent de poche et tu m’aideras. Un week-end, on repeint tout et on achète un lit, des meubles, et ils ne pourront plus détruire cet immeuble. Il est trop beau avec sa jolie cage d’escalier et ses petits balcons de fer forgé…» Ça paraît si simple comme ça.

Alors on fait quoi? En ce moment, il est de bon ton de rejoindre une tripotée de groupes Facebook sur le sujet. En anglais, en français, il y en a pour tous les goûts. Ça ne sert à rien, on le sait tous, sauf peut-être à soulager sa conscience deux minutes. Mais concrètement, que faire? Je ne sais pas et j’attends des réponses si vous en avez.

Je me suis donc dit que j’allais écrire à la municipalité de Beyrouth qui, en toute logique, détient une part de responsabilité dans le problème qui nous intéresse. Ni une ni deux, je cherche l’adresse du site web et sur quoi je tombe?

site web municipalité beyrouth.jpgPas de bol! Bad request! C’en est risible. Y a-t-il vraiment un pilote dans l’avion?

Tout ça pour dire que si vous comptez venir au Liban, suivez mon conseil à la lettre: ne tardez pas trop. La saison est belle en ce moment, les températures très agréables, les arbres en fleurs, et les maamouls de Pâques se rapprochent. Et puis les photos que vous ferez en flânant dans les ruelles de Beyrouth seront «collector» deux semaines plus tard. C’est pas de l’argument touristique, ça?

dimanche, 21 mars 2010

Flash'mob

Attention aux oreilles, la vidéo est bien bruyante. Hier comme prévu, à 18h02, l'ABC d'Achrafieh a accueilli une nouvelle édition de ces Flash'mobs version "freeze". J'adôôôôre...

mercredi, 17 mars 2010

Qui es-tu Biroundilou?

auteur mystère.jpgNon, ce post n’a pas vocation à être d’une quelconque qualité littéraire, ce serait même le contraire. Il vient simplement d’une constatation: traduire des textes de l’arabe vers le français est parfois bien compliqué surtout quand les noms propres sont de la partie. Il existe bien sûr de grandes différences entre les deux alphabets. Des lettres existent dans une langue et pas dans l’autre, des phonèmes également. Il y a quelques années, je jouais chaque lundi matin à un petit jeu avec un vieux journaliste libanais: nous prenions les pages Sport de je-ne-sais-quel quotidien arabophone et nous essayions de deviner les noms de clubs de foot ou de sportifs connus. Par exemple, le son [o] n’existant pas vraiment en arabe, le match entre Bourdou et Mounakou m’avait bien fait rire. Il m’en fallait peu… Mais parfois, c’est un vrai casse-tête, ne prêtant absolument pas à la poilade et demandant une sacrée gymnastique linguistique. Il n’y a pas très longtemps, je relisais la traduction d’un texte décrivant les activités d’une association culturelle libanaise (re)baptisée Cassanado. Il fallait lire Xanadu. Bon courage!

Je vous propose donc de poursuivre ce post en remplaçant les sons français par leurs équivalents libanais: le [v] devenant [f], le [o] ou le [u] devenant [ou], le [p] se transformant en [b], le [gu] en [j]… et ainsi de suite. C’est pour cela, par exemple, que l’on dit «Bâris» en arabe en parlant de Paris.

Il n’y a bas loungtemps de cela, le 11 janfier dernier, l’assouciatioun Fe’l Amr a lancé une cambagne de sounsibilisatioun sour les dangers blanant ou-dessous de la lange arabe. L’oubjectif de ces bouristes: dire ‘stoub’ à tous ces jounes troufant souber cool la noufelle trinité «Hi, kifak, ça ba!». La dissouloutioun de l’arabe barlé au Liban et l’outilisatioun des langes étrangères dans la fie de tous les jours leur fait beur. Et je coumbrounds bien cela… Quand on voit le résoultat sur l’anjlais et de français barlé ici, la boulyphounie beut être une richesse mais sourtout un jrand défi pour les jardiens du temble.

Mais cette sitouatioun réserbe éfidemment des cas coucasses. Brincibalement afec les noums broubres. En cette année littéraire (Beyrouth est, je fous le rabbelle, la Cabitale moundiale dou lifre), je m’amouse – façoun de barler – à definer les batrounymes d’outeurs, counnous ou noun. Betit détail en bassant: certains brénoums comme «Jean» defiennent «Jeanne» ou «John» seloun les tradoucteurs. Ainsi, j’ai bu croiser Antoun Chekouf, Batrik Boifre Darfour, Oulibier Girmain-Thoumasse, Jeanne-Marie Goustafe Lekliziou, John Mountaldou… Mais je crois bien que ceux qui m’ount bosé le blous de broublèmes reste ceux d’outeurs germanouphounes ou italouphounes. Et un en barticoulier: Biroundilou. Boun courage!

mardi, 23 février 2010

Ozero 2.0

Vous pensiez que tout allait bien dans le meilleur des mondes pour Madame X, depuis ses dernières mésaventures avec Ogero? Vous pensiez le pire était passé? Et bien non!
Notre feuilleton Ogero continue avec un nouveau chapitre: Internet!

Jour 1
kit portable stress.jpgMadame X a enfin obtenu, mais en plusieurs étapes, ses 3 lignes de téléphone. Bon, bien sûr, il y en a une qui grésille, mais c’est un moindre mal… L’objectif désormais est d’obtenir une connexion Internet car, après réflexion, il semblerait que ce soit encore via le service public qu’une connexion Internet digne de ce nom (suffisante pour l’usage intensif que sa compagnie doit en faire) soit disponible à un prix relativement raisonnable. En effet, la société privée par laquelle Madame X passe actuellement lui facture mensuellement 600 dollars pour une bande passante de 256K. Autrement dit, une misère question débit et une fortune question facture.

Or, Ogero propose en exclusivité une connexion HDSL de 2300K à 200 dollars par mois. Certes, un quota de 8G (qui sera allègrement dépassé en 10 jours seulement) est imposé; certes, il faut en principe compter un mois après l’installation d’une ligne téléphonique pour qu’Ogero fournisse l’accès Internet; certes, cela implique, inéluctablement, un service après-vente laborieux; mais par la capacité et le prix alléchée, Madame X se dit qu’elle n’a pas exactement le choix; grand bien lui fasse. Son fournisseur d’accès privé n’a qu’une alternative à proposer: 1024 Kbps en downlink et 512 Kbps en uplink pour la modique somme mensuelle de 1940 dollars (hors taxe)! Ha, les joies du monopole.

Madame X se rend donc dans le bureau d’Ogero qu’elle a appris à si bien connaître. Elle y retrouve Lilou et Madame P, mais aussi Monsieur O, le directeur de la branche qui l’invite aussitôt à s’asseoir, prendre une cigarette («Si, si! Tu t’en fous de ta santé!», insiste-t-il) et un café. Une fois les salamalecs d’usage passés, Madame X fait sa formalité et là, miracle, tout se passe sans encombre! Elle paye les 600 dollars d’installation, récupère son reçu. Mieux, elle apprend même que pour le HDSL, l’installation se fait en une semaine et non un mois, car la demande est moindre que pour l’ADSL! Madame X a l’impression de planer.

Mais Monsieur O la ramène bien vite sur terre. Il lui fait signe de revenir s’asseoir à son bureau.
– Monsieur O (souriant): Ça va? Tout s’est bien passé?
– Madame X (enthousiaste): Oh oui, merci beaucoup! Et donc, tout sera installé d’ici une semaine?
– Monsieur O (l’air chagriné): Je ne sais pas. Le problème, c’est qu’il n’y a plus de modems adaptés sur le marché…
– Madame X (stupéfaite): Mais... J’ai payé l’installation! Comment facturez-vous un service que vous ne pouvez pas assurer faute de matériel?
– Monsieur O (qui prend un air affairé): Attends, attends…

Monsieur O se saisit de son téléphone, appelle et à voix très haute, explique à son interlocuteur: «Ecoute, tu as des modems HDSL? Deux? C’est parfait! Car j’ai ici une jolie dame (sic) qui en a besoin de toute urgence et il y a une autre jolie dame qui en veut un aussi. Pour une autre compagnie (l’interlocuteur répond quelque chose) Oui, moi je n’ai que des jolies clientes, cheft ? Hahahahaha ! Donc tu me les mets de côté, d’accord? Je compte sur toi. Et je n’oublierai pas le service que tu m’as demandé. Oui. Yalla, habibé.
– Monsieur O (triomphant): C’est arrangé! Demain ou après-demain au plus tard, ils viennent te l’installer.
– Madame X: Merci mille fois, Monsieur O. Vraiment.
– Monsieur O: Ça ne mérite pas un bisou, ça?
Madame X, prise de court, lui fait une bise sur la joue, sous la mine hilare des employés.
– Monsieur O: Haaaaaaaaaaa! Toi, c’est fini! Tu as un passeport international chez nous! (à l’adresse de sa fine équipe) Tu peux nous demander tout ce que tu veux, tu n’as qu’à dire «Passeport international»! Appelle-moi pour me dire comment ça s’est passé.

Jour 2
Rien. Personne.

Jour 3
Rien. Personne.

Jour 4
Madame X rappelle Monsieur O.
– Monsieur O (grognon): Chou, tu es encore vivante? Je me suis inquiété!
– Madame X: J’attendais que l’employé vienne installer la connexion pour vous rappeler, comme convenu, mais justement…
– Monsieur O (l’interrompant): Il n’est pas venu? Ya allah! Je vais le rappeler.
– Madame X: Merci, Monsieur O.
– Monsieur O (sur le ton de la confidence): Mais tu prendras bien soin de lui…
Blanc de quelques secondes…
– Madame X: Qu’est-ce que vous voulez dire par là?
– Monsieur O: Moi? Rien. Moi, je n’explique jamais rien. C’est à toi de savoir. Mais si tu veux une bonne maintenance après…

Jour 8
Rien. Personne.

Jour 9
Un employé appelle de la part de Monsieur O.
– L’employé (voix nasale): Allooooooo, j’appelle d’Ogeeeero…
– Madame X: Ha. J’attendais de vos nouvelles.
– L’employé: J’ai eu beaucoup de travail. Bon. Vous avez le câble pour relier le boîtier téléphonique à votre bureau?
– Madame X: Oui, tout est en place.
– L’employé: Vous êtes sûre? Parce que tout le temps les clients nous font venir et ils n’ont pas ce qu’il faut…

Madame X vérifie et confirme.
– L’employé: Yalla, je serai là demain.

Jour 10
Rien. Personne.

Jour 11
Rien. Personne.

Jour 12
Rien. Personne.

Jour 13
Rien. Personne.

Jour 14
Rien. Personne.

Jour 15
L’employé débarque enfin dans le bureau. Il est tout boudiné dans son pull bleu marine au logo vert Ogero et a l’air grognon.
– L’employé: Je viens de la part de Monsieur O. Vous avez les câbles alors?

Madame X l’emmène vers le placard qui contient toutes les arrivées de câbles.

– L’employé (pas content): Et où est le câble qui va d’ici jusque dans la pièce du serveur?
– Madame X (surprise): Mais c’est à vous de l’installer, justement!
– L’employé (furieux): Ha non! J’installe l’Internet, moi. Je ne fournis pas de câble. Je ne suis pas électricien. Je vous avais prévenue! Ha, ces clients qui n’écoutent pas.
– Madame X: Ecoutez, le bureau est relié…
– L’employé l’interrompt en maugréant: Moi, j’ai autre chose à faire. Si vous voulez, je vous installe la connexion ici.
– Madame X: Dans le placard???!
– L’employé: C’est la seule chose que je peux faire pour vous. Sinon je m’en vais. Ne me faites pas perdre mon temps.

Madame X, à contrecœur et passablement dégoûtée, demande à un membre de son équipe d’emmener l’employé dans la pièce du serveur sous prétexte de lui montrer les machines, et surtout de lui donner de sa part un billet de 100 000LL. Il faut bien «prendre soin de lui». A la guerre comme à la guerre. Elle retourne dans son bureau. Cinq minutes, plus tard, l’employé frappe à sa porte, un grand sourire aux lèvres.
– L’employé: Ya setna! Ça y est, tout est installé et tout marche! Kellik zoq! Si tu as besoin de quoi que ce soit n’hésite pas. Ya habibté, merci, merci!

Effectivement, en quelques minutes, l’employé a non seulement fini l’installation dite impossible, mais a même fait plus: il a arrangé les câbles, enlevé les bouts de chatterton qu’il a remplacés par de petits dominos tout propres… Et Internet fonctionne parfaitement.
Deux semaines plus tard, la principale ligne de téléphone du bureau tombe en panne. Silence au bout de la ligne, impossible d’appeler des portables ou des numéros internationaux, ce qui, vous en conviendrez, est problématique.
Madame X signale la défaillance sur le service téléphonique d’Ogero; la boîte vocale l’avertit que la réparation sera effectuée sous trois jours ouvrables.

Jour 3
Toujours pas de ligne.

Jour 4
Toujours pas de ligne.

Jour 5
Toujours pas de ligne.

Jour 6
Toujours pas de ligne.

Jour 7
Toujours pas de ligne.

Jour 8
Toujours pas de ligne.
Madame X essaie d’avoir le service après-vente d’Ogero, en vain. En désespoir de cause, et alors que cela ne lui plaît pas, Madame X se résout à rappeler Monsieur O. Monsieur O vérifie.
– Monsieur O: Dépose une plainte sur le service téléphonique.
– Madame X: C’est ce que j’ai fait il y a une semaine!
– Monsieur O: Alors je ne peux rien faire, ça ne dépend pas de nous. Appelle ce numéro.

Madame X appelle le numéro en question. Elle tombe sur Monsieur N, qui lui assure que la réparation sera faite le lendemain.

Jour 9
Toujours pas de ligne

Jour 10
Toujours pas de ligne.

Jour 11
En matinée, Madame X rappelle Monsieur N qui lui assure (c’est un vendredi, les administrations ne travaillent que jusqu’à 11 heures, et encore) que la personne en charge est sur la route et arrivera dans une demi-heure. Au bout de 3 heures, Madame X rappelle, bien sûr plus personne ne répond.

Jour 14
Madame X rappelle Monsieur N qui lui assure (oui, ça fait trois fois qu’il lui assure la même chose) que la personne en charge est bien venue en son absence. Apparemment, un câble téléphonique sous terrain a été abîmé (madroub taht el ard), mais la réparation va être effectuée de façon imminente.

Jour 17
Un nouvel employé d’Ogero téléphone sur la ligne qui était en panne. Hourra! La réparation a été effectuée.
Une demi-heure plus tard, Internet est en panne. Un membre de son équipe signale à Madame X qu’on a dû passer sur la connexion de back up.
Il faudra trois jours pour la réparer. La cause de la panne? Chers lecteurs, comme vous l’aurez deviné, en réparant la ligne téléphonique, notre impayable équipe d’Ogero avait bousillé le câble Internet!

mercredi, 03 février 2010

Tabac or not tabac?

cedars.jpg«Ah non, 2000LL, ce n’est plus suffisant depuis ce matin, estez», me dit la vendeuse avec un sourire. «On m’a dit ça en me livrant aujourd’hui: les vôtres, elles sont maintenant à 2250LL, les Marlboro rouge à 2500.» Tiens, on se croirait en France, ils augmentent le prix des clopes tous les six mois maintenant…, me suis-je dit sur le moment. Toutes proportions gardées évidemment, car cela place mon paquet de Gitanes Blondes à 1€08 contre 5€30 dans ce beau et lointain pays où fumer est devenu une tare interplanétaire et où il faut prévoir un plan de bataille digne d’Arcole dès que l’on veut s’approvisionner un dimanche.

Alors voilà. C’est dans l’air du temps en ce moment au Liban: les derniers chiffres de l’OMS ne laissent aucun doute quant à l’ampleur du problème. 60% des jeunes de 13 à 15 ans fument, 42% des hommes et 30% des femmes goudronnent leurs poumons quotidiennement. 3500 décès par an sont dus au tabagisme. Près de 300 millions de dollars sont dépensés annuellement pour traiter les troubles de santé liés au tabac. C’est énorme. Et malgré la signature d’une convention de l’OMS pour lutter contre le tabagisme il y a cinq ans, les pouvoirs publics libanais n’ont rien fait (faut dire à leur décharge que le Parlement a été bloqué un petit bout de temps par d'irréprochables démocrates).

Mais ce coup-ci, c’est la bonne. Le président de la commission parlementaire de la santé, Atef Majdalani, a promis une loi interdisant de fumer dans les lieux publics d’ici l’été. En mai peut-être. Le projet de loi prévoit en particulier des amendes à tout contrevenant. Tarif annoncé: de 100000 à 1 million de livres. Gloups. Le brouillon de M. Majdalani ne prévoit officiellement pas d’augmentation des taxes, augmentation qui ressemblerait – de son propre avœu – à un coup d’épée dans l’eau tant le marché libanais est abreuvé de cigarettes de contrebande.

Mais comme le Liban n’est pas un pays révolutionnaire dans l’âme (voir l’arévolution du Cèdre pour s'en convaincre), estez Atef prévoit de faire appliquer sa loi, chi va piano va sano. D’abord, imposer aux restos et boîtes de nuit d’installer une zone fumeur. Ensuite, on verra. Ce souci semble trouver un écho dans la population (en tout cas, dans une certaine tranche de la population). Des bars ont déjà tenté l’expérience, à Gemmayzeh par exemple, d'organiser une soirée par semaine «no smoking», sous l’impulsion d’associations. Les facebookiens se sont même emparés de cette cause nationale. Un premier groupe d’anticlopes est apparu, baptisé Ban indoor smoking in public places in Lebanon; un second lui a donné la réplique, No to "Ban indoor smoking in Lebanon". Bon, soyons honnêtes, le premier réunit 14539 membres, le second 14. Même des bloggers s'y sont mis... Des entreprises aussi interdisent de fumer dans leurs locaux, soucieuses de leur label ISO9000 et des brouettes. Elles sont rares, nous n’en sommes pas encore à voir des troupeaux de fumeurs comme sur les trottoirs de Paris, mais elles existent. Mais, mais, mais…

Mais de qui se moque-t-on?

La première fois que j’ai lu un article sur ce projet de loi, j’ai retenu une chose: «lieux publics». Je n’ai évidemment pas pensé aux restaurants (étourdi que je suis), mais aux «lieux publics», ceux de la fonction publique quoi… Prenons un simple exemple, tel qu'un ministère lambda. Première observation: si l’on considère que les fonctionnaires libanais représentent un échantillon fidèle de la population libanaise, l’OMS se met le doigt dans l’œil avec ses chiffres, très loins du compte à mon sens. Pas un ministère ne pue pas le cendrier froid et mal vidé le matin à l'heure de l’ouverture. C’est clair, le grillage de tabac (de préférence des Cedars ou des Vantage qui ressemblent à du mauvais foin) est un véritable sport national dans la fonction publique, comme l’absorption de café (je soupçonne d’ailleurs un lien de corrélation entre les deux phénomènes) et le tournage de pouces. Deuxième observation: ces ministères devraient devenir non fumeur, histoire de donner le bon exemple. Hmm, hmm. Excusez-moi, je me racle la gorge. Un ministère non fumeur? Ahahahahahah... Je me marre. Affinons l’extrapolation: j’imagine juste une minute un inspecteur se balader avec son calepin de PV dans les bureaux de ce ministère lambda... il n’aurait pas assez de 365 jours par an pour verbaliser ne serait-ce qu'un étage.

Si j’étais ministre de la Santé et que je veuille, de bonne foi, m’attaquer au problème, je prendrais des mesures plus radicales, ou tout du moins un peu moins fantaisistes. Limiter les points de vente par exemple. Au Liban, on peut acheter des cigarettes 24h/24, dans les supermarchés, dans tous les dekken du pays, dans les stations-essence… Et puis je n’augmenterais pas le prix de 250LL par paquet, mais de 5000LL. Et puis surtout, je surveillerais ma frontière avec la Syrie à travers laquelle passent des camions bourrés de cigarettes encore plus mauvaises pour la santé que les «officielles». Déjà que cette frontière n’est pas surveillée comme il le faut pour le trafic d’armes, les contrebandiers de nicotine peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Et puis aussi, tiens, je dirais à mon confrère des Finances d’arrêter de subventionner la production libanaise de tabac. C’est vrai, quoi, pourquoi l’Etat continue-t-il d’acheter la maigre production des cultivateurs du Sud-Liban pour la brûler une semaine plus tard, ce tabac étant dans sa grande majorité impropre à la consommation? Hein? L’Etat libanais pourrait inciter des cultivateurs à se lancer dans autre chose (au hasard, les biocarburants par exemple)... Qui plus est sans mettre la main à la poche, vu les sommes faramineuses déversées par les Européens dans le secteur de l’agriculture. Et puis, et puis, et puis…

Et puis je ne suis pas ministre de la Santé, en fin de compte. Je suis fumeur, et j’avoue apprécier de pouvoir cramer une cigarette en fin de repas quand je suis au restaurant. Tiens, en parlant de restaurants… Va-t-on aussi interdire le narguileh? Au Liban??? C'est un peu comme interdire le trafic d’armes. Permettez-moi de rire (jaune).

Ceci dit, fumer tue (surtout fumer des Cedars). Les RPG aussi.

[...]

PS 1: désolé pour le titre du post, il est pas terrible.
PS 2: si ça se trouve, la vendeuse ce matin m'a enfumé... Y a-t-il vraiment eu une hausse officielle du prix du paquet? J'ai même pas vérifié.

[...]

Mise à jour du vendredi 5 Comme certains ne font rien comme tout le monde, le ministre des Affaires sociales Selim Sayegh a annoncé que son ministère serait dorénavant non fumeur. Bravo Selim de me donner tort! Et comme Jean, j'irai faire un tour dans quelques semaines pour voir si sa décision est appliquée...

samedi, 09 janvier 2010

Atomic Beirut

atomic beirut small.jpgEt si...

vendredi, 08 janvier 2010

Beyrouth by day

beyrouth by day.jpg«En 1960, cinq ans après la fondation du collège [Haïgazian], un professeur de sciences, Manoug Manoukian et onze de ses élèves, fondent la H.C. Rocket Society. Objectif? Lancer des fusées dans l’espace. Les recherches, en partie financées par Emile Boustany, aboutissent au lancement, en avril 1961, de Cedar I qui s’élèvera à 1000 mètres. Les débuts libanais de la conquête de l’espace atteindront leur consécration en novembre 1962 où Cedar III, une fusée à trois étages, s’élèvera à 180km et franchira 425km à la vitesse de 9000km/h.»

Les Libanais à la conquête de l’espace dans les années 60? En lisant ces lignes dans Beyrouth by day, je me suis dit que je ne connaissais pas si bien l’histoire de ce pays. Loin de là même. Tout fier de ma trouvaille, j’ai lu ça à ma fille de 9 ans. «C’est pas croyable!, s’est-elle exclamée. Faut que je raconte ça à ma sœur!» Je crois que la nouvelle fera le même effet sur tous les enfants et sur les adultes qui ont gardé une part d’enfance en eux.

Ce genre de petites chroniques beyrouthines, il y en a une ribambelle dans le livre de Tania Hadjithomas Mehanna (paru en décembre aux éditions Tamyras). On y découvre Spiridon (sic!) et ses poules, Wardé et son fameux restaurant Walimat ou encore Oussama et ses remèdes de roses séchées. Avec ses défauts et ses qualités, Beyrouth by day n’est pas un livre d’Histoire, mais un livre d’histoires. Des histoires d’hommes, de femmes et de lieux qui font Beyrouth.

L’épais ouvrage conjugue la capitale libanaise au présent, et c’est bien là ce qui fait son charme. Les textes, renforcés par les images de Ghadi Smat avec qui Tania a sillonné les 52 quartiers de la capitale, feront peut-être mal aux amoureux du Beyrouth fantasmé d’avant-guerre. Et il fera certainement mal aux lecteurs des années 2040 quand ceux-ci, témoins de la dégradation du patrimoine du pays, se plongeront dedans en se disant «Tiens, c’était comment Beyrouth au début du siècle?»

Finalement, je crois savoir pourquoi ce livre m’a touché: Beyrouth by day est le livre que j’avais envie de lire sur Beyrouth.

lundi, 28 décembre 2009

Conversation virtuelle sur la laïcité

laicite liban.jpg

 

Parler de la laïcité au Liban, c’est un peu comme demander à un chat de ne pas jouer avec les boules qui pendouillent d’un sapin de Noël. Impossible de savoir si cela sert à quelque chose, mais il faut bien essayer quand même…

Alors, pour apporter une petite contribution au débat, nous vous proposons une conversation tout ce qu’il y a de plus virtuelle entre cinq personnes interviewées séparément dans le cadre de deux articles sur le sujet. Une sorte de puzzle de citations…

Mais d’abord, faisons les présentations avec nos cinq intervenants.

Nasri Sayegh (NS)
Journaliste au quotidien As-Safir, fervent partisan de la laïcité et animateur de la Maison laïque.

Hoda Nehmeh (HN)
Doyenne de la faculté de philosophie de l’Université Saint-Esprit qui a accueilli un colloque international sur la laïcité au début du mois.

Alexandre Paulikevitch (AP)
Danseur et chorégraphe, à l’origine du projet de «Laïque Pride» qui doit avoir lieu le 25 avril 2010, projet lancé un peu par hasard sur Facebook.

Bernard Feltz (BF)
Professeur de philosophie des sciences à l’Université catholique de Louvain (Belgique), de passage au Liban pour plusieurs colloques il y a trois semaines.

Tamer Salim (TS)
Président de l’association Pour un Liban laïque qui a financé l’ouverture de la Maison laïque (gérée par Nasri Sayegh) à Beyrouth.

 

Allons-y…

La société civile libanaise semble se réveiller un peu concernant la laïcité…

NS: Je vous arrête tout de suite! Avant de parler de l’avenir, il ne faut pas oublier que la laïcité a existé au Liban. On ne part pas de zéro. C’est vrai, notre pays obéit à un régime politique confessionnel et sa logique est de protéger les minorités. Mais le résultat est contradictoire car ce système ne protège en fin de compte personne : depuis 1943, ce régime a connu plusieurs guerres dont les minorités ont été victimes en premier lieu. D’ailleurs, avant 1975, les Libanais étaient en grande majorité laïques, les partis politiques et les universités étaient laïques! Et aujourd’hui, les partis laïques, par leur passivité, sont les premiers responsables de la situation dans laquelle se trouve le Liban.

D’accord, mais aujourd’hui justement, où en est-on ?

BF: Certains acteurs de la société civile libanaise demandent avec vigueur un Etat laïque mais ils sont marginaux en termes de nombre. Leur militance active est souvent perçue comme radicale. Aujourd’hui, cette demande ne trouve pas de réponse de la part de la classe dirigeante, la société civile manque d’interlocuteurs. C’est la même chose, chez les chrétiens comme chez les musulmans.
NS: Moi, je crois qu’il y a beaucoup de laïcs, mais pas de mouvement laïque.
TS: A mon avis, une part importante de la jeunesse est réceptive aux mots d’ordre laïques.
HN: Chez les chrétiens, je constate une vraie réflexion sur le sujet, pour une laïcité positive et ouverte. Mais c’est une minorité qui croit à ça. A l’inverse, chez les musulmans, il n’en est pas question, surtout dans le sens européen du terme. Les sunnites radicaux, par exemple, ne comprendraient même pas de quoi il s’agit.

Vous dites «dans le sens européen du terme». C’est un point important en effet, il faut se mettre d’accord sur la définition du mot. Pour vous, qu’est-ce que la laïcité?

HN: Il n’y a pas de modèle unique. Le modèle libanais sera de toute façon différent du modèle belge ou français.
BF: Il y a de nombreuses formes de laïcité, le modèle français étant le plus intégriste en la matière. En tout état de cause, elle doit s’appuyer sur la distinction entre les Eglises et l’Etat, via la reconnaissance de la liberté de pensée et de culte. Dans un pays comme le Liban, il ne faut pas parler de modèle, mais de ligne directrice.
TS: A mon sens, c’est un modèle – si l’on peut parler de modèle – qui devra forcément tenir compte de la spécificité libanaise. L’Etat des citoyens est toujours à créer au Liban. Et dans le modèle que nous préconisons, l’Etat doit être le garant de la liberté de pensée, d’expression et de croyance ou de non croyance. Actuellement, l’Etat libanais est le résultat de l’entente entre les communautés. Si celles-ci viennent à se disputer, l’Etat s’en trouve paralysé. Ce mal libanais a un nom: le confessionnalisme politique. Résultat: les Libanais souffrent d’une schizophrénie dans leur appartenance car ils doivent d’abord appartenir à leur communauté et ensuite à l’Etat. Nous préconisons un Liban où les Libanais sont citoyens d’un Etat qui garantit aux différentes communautés la liberté d’exister dans la sphère privée.
AP: En fait, les Libanais ne savent pas de quoi retourne la laïcité: certains ne veulent pas en entendre parler car ils croient que l’on est contre l’idée de Dieu. On peut être croyant et laïque, mais ça, la population ne le sait pas.
TS: L’un de nos défis, c’est de convaincre l’opinion publique que l’on peut être non croyant sans mener de guerre contre les religions. Il faut dire et redire qu’être laïque ne veut pas forcément dire manger du curé, du cheikh ou du rabbin trois fois par jour, ce qui serait d’ailleurs indigeste, alors qu’en l’état actuel des choses, ce sont les laïcs qui sont exclus de toute représentation à quelque niveau du pouvoir que ce soit.
NS: Pour définir la laïcité à la libanaise, il faut régler la question des quotas : peut-on intégrer les laïcs dans les quotas qui régissent la fonction publique?

Mais concrètement, pour vous, c’est quoi la laïcité ?

Tous: L’égalité entre les citoyens!
TS: L’égalité bien sûr. Actuellement, chaque communauté gère les statuts personnels de ses ouailles à sa façon.
NS: C’est bien simple. Le système actuel me force à me définir comme grec-catholique. Etre un simple citoyen m’est défendu. C’est pour ça que je ne vote pas.
AP: Nous laïcs, nous voulons être regardés en tant que citoyens. Aujourd’hui, le premier prisme est celui de la religion. Par exemple, au Liban, nous devons payer toutes les démarches touchant aux statuts personnels aux clergés. Si nous avions des droits communs, ça simplifierait la question de la citoyenneté et de l’identité nationale.

Justement, les clergés ne semblent pas vouloir lâcher leurs prérogatives… et leurs rentrées financières.

HN: C’est bien simple. Aucun clergé ne veut s’en défaire! Sur ce sujet, les religieux chrétiens sont davantage «contre» que les musulmans. Je pense aux chiites par exemple, que cela ne dérangeraient pas plus que ça car le temps joue pour eux: à terme, ils seront les plus nombreux.
BF: Au Liban, il existe des progressistes chrétiens et musulmans qui souhaitent un Etat laïque, donc neutre. Un Etat susceptible d’être un lieu de rencontre. Ceux-là espèrent une uniformisation du droit. Je pense en particulier à l’héritage pour les filles uniques dans la communauté musulmane car c’est un cas que j’ai rencontré. Ces femmes doivent laisser leur héritage à un cousin, du moment que celui-ci est un mâle. Le fond de l’Orient est très religieux: dans le monde arabe, il y a une référence permanente à la religion et il ne faut pas oublier de la prendre en compte.
TS: Les clergés sont un obstacle dans la mesure où ils interfèrent dans la vie politique. Par exemple, les politiciens leur doivent souvent leurs postes…
NS: La laïcité est une question politique, et non religieuse. Les clergés sont des suiveurs, ils pourront toujours être soutenus financièrement par des pays étrangers.

Comment se situe la classe politique libanaise d’aujourd’hui ?

TS: Nous entendons souvent des leaders politiques parler de supprimer le confessionnalisme politique, et quand il faut passer à l’acte, toutes sortes d’arguments sont avancés pour justifier l’immobilisme dans ce domaine: «La population n’est pas prête», «Le moment n’est pas opportun» ou encore, summum de la démagogie, «Il faudrait d’abord supprimer le confessionnalisme dans les cœurs avant de le supprimer dans les textes», etc… Cependant, je pense que ces leaders ont la capacité d’influencer leurs communautés et de les rallier aux slogans de la laïcité s’ils sont sincères. Ils devraient être interpellés dans ce sens par… les laïcs.
HN: Il faut que le système politique change pour cela. Mais aujourd’hui, les Libanais sont comme des troupeaux qui suivent leurs bergers respectifs.
NS: Malheureusement, je pense que ce régime ne peut pas changer de lui-même. C’est la responsabilité des laïcs de renverser la situation.
AP: Au Liban, c’est toujours la société civile qui va à l’encontre de ce que se passe. Aujourd’hui, les leaders politiques libanais sont très contents de l’abrutissement de la masse. Et ce phénomène est de plus en plus fort, surtout parce que chacun d’entre eux possède sa chaîne de télé.
NS: Moi, je suis persuadé que les choses peuvent bouger, car les données historiques peuvent être changées. C’est aux leaders que revient la responsabilité de changer les choses. Un seul homme peut faire la différence. Les exemples sont très nombreux dans l’histoire du pays: les Libanais suivent leurs chefs, quoi que ceux-ci disent ou fassent.

Quid du mariage civil réclamé par de nombreuses associations?

HN: On doit reconnaître le mariage civil, même sans Etat laïc.
AP: A mon avis, c’est encore trop tôt pour le mariage civil au Liban. Malheureusement.
NS: Encore une fois, tout peut dépendre de la volonté politique et des intérêts d’un seul homme. Regardez Elias Hraoui quand il était président. En 1997, il voulait faire passer le mariage civil pour des raisons personnelles, afin de pouvoir divorcer facilement. Vingt-trois ministres étaient pour. L’Arabie saoudite ne voulait pas en entendre parler: Hariri a remisé cette loi dans un tiroir!

Les pays étrangers ont-ils une telle influence sur ce choix de société?

NS: Evidemment. On sait déjà quels pays sont contre. D’un autre côté, l’allié naturel des laïcs libanais devrait être l’Occident. Mais que fait ce dernier? Il ne soutient que les régimes ultra réactionnaires de la région, ou bien les régimes «laïcs» dictatoriaux. Je vous le dis: je me sens orphelin.

Vous disiez plus tôt que les laïcs sont «les premiers responsables de la situation» dans laquelle ils sont. Que peuvent-ils faire aujourd’hui ?

NS: Il faut arrêter de prêcher, et se mettre vraiment au travail…
HN: Le Liban est un pays pluriel. Il faudrait donc commencer par un projet pédagogique unifié dans le système éducatif libanais, pour tous les petits Libanais sans exception. Il nous faut un vrai changement de mentalité et apprendre aux enfants les valeurs citoyennes et l’histoire de notre civilisation. Dans le meilleur des cas, cela prendra 30 ans pour espérer un résultat.
AP: Je dirais 40 ou 50 ans, pas avant. Même si j’espère plus tôt.
TS: Commençons déjà par nous rencontrer autour d’actions communes (pétitions, rassemblements pacifiques, manifestations, interpellations de la représentation politique….). Dans ce but, nous avons ouvert la Maison laïque, offrant ainsi un lieu où les laïcs Libanais pourraient se retrouver pour mener et enrichir le débat autour de la laïcité. Cette Maison laïque a été créée, et financée pendant trois ans,  exclusivement par l’association Pour un Liban laïc, au travers de seules activités que nous menons (conférences-débats, repas citoyens, concerts…).
NS: J’ai dû me résoudre à fermer la Maison laïque car je n’avais pas les 2000$ mensuels nécessaires pour la faire tourner. Aujourd’hui, j’ai simplement un petit bureau qui demande 1000$ par mois. Dans l’idéal, il faut donc commencer par créer des institutions laïques, comme une chaîne de télé, des radios, des écoles… Et il faut un leader, un chef aimé et charismatique. Mais pour se faire entendre, il faut de l’argent.

L’avenir de la laïcité se résume-t-il à une question d’argent?

NS: C’est l’argent qui fait tout au Liban.

mardi, 15 décembre 2009

Requiem pour la CD-Thèque

cd-theque tony sfeir beyrouth.jpgC’était une après-midi ensoleillée de 2000. Pas loin de chez nous, un nouveau disquaire venait d’ouvrir ses portes à Beyrouth. J’y suis allé et y ai rencontré Tony Sfeir, un grand gars aux cheveux gris, l’air affable avec ses gros sourcils noirs. J’ai fouillé dans les bacs et me suis vite rendu compte que le tenancier avait une toute autre sélection que Top Ten ou La maison du disque, les concurrents d’alors. Je suis ressorti de là avec un petit sac cartonné bleu foncé et, à l’intérieur, The fragile de Nine Inch Nails, un groupe figurant sur la liste noire de la censure locale. Un peu étonné et surtout très content de ma double trouvaille. Trouvaille qui n’en était pas vraiment une puisque Tony n’était pas un nouveau venu dans le métier. Il était déjà bien connu du côté d’Ajaltoun, mais je ne l’ai appris que bien plus tard.

Six années durant, je suis passé chez Tony chaque semaine. Il a vu grandir mes gamines qui m’y accompagnaient très souvent. Moi, j’ai vu grandir son affaire. Tony a déménagé en traversant le boulevard pour s’installer dans une boutique plus spacieuse, sur trois niveaux. Saison après saison, j’ai vu défiler de nouveaux vendeurs, tous passionnés, que ce soit de jazz, de musique classique, d’électro ou de rock. Chacun d’entre eux s’est nourri de ce vivier pour partir vers d’autres horizons. Je pense à Jade Souaid, gourou du Basement, Ziad Nawfal, producteur touche-à-tout et animateur sur Radio Liban, Abdallah Machnouk, plus ou moins le même profil touche-à-tout et lui aussi animateur sur 96.2, Bachir Sfeir, chroniqueur culturel à Al-Akhbar… Il y en a eu tant.

A la CD-Thèque, on trouve des CD bien sûr, mais aussi des DVD que les grossistes du business comme le Virgin n’ont que trop rarement dans leur catalogue. On y déniche des comic novels ou des BD un peu décalées comme Persépolis à l’époque où personne encore n’en avait entendu parler, des livres en tout genre, des magazines anglo-saxons spécialisés… Tous ceux qui sont passés par là vous le diront: il n’y a pas deux endroits comme ça à Beyrouth. Même si Tony a ouvert d’autres branches, à Hamra ou à Dbayeh, avant de penser à les fermer. Depuis plusieurs années, il était rare de croiser le propriétaire des lieux dans les boutiques, Tony ayant monté une maison de production, Incognito, sorte de tremplin pour les musiciens orientaux ou les jeunes illustrateurs levantins.

Et puis voilà que la rumeur arrive, il y a plusieurs semaines de cela: Tony va bientôt mettre la clé sous la porte. Chacun a ses certitudes sur les raisons profondes de cette mort annoncée. Les finances ne suivent plus, entre gestion délicate et baisse de la fréquentation. Les acheteurs d’autrefois se font plus rares, préférant télécharger leurs mp3 sur un obscur serveur russe ou aller chez le pirate du coin pour acheter un DVD men Souria à 1000 livres plutôt que d’en débourser 30000 pour un original.

Hier soir, un message sur Facebook a mis un terme aux rumeurs que tout le monde savait malheureusement fondées: «After 13 years of active existence on the local scene, and a slow agony – worldwide economical crisis, death of the CD, instability of the local political situation, you’ve heard it all before – La CD-Thèque is getting ready to “close up shop” on the 31th of January 2010. We bid you farewell and hope to see you again, somehow, somewhere.»

Soyons honnêtes deux minutes. Je fais partie de ces déserteurs, même s’il est peut-être naïf de croire qu’un business s’écroule à cause des seuls déserteurs. Mais c’est aussi une réalité: ces trois dernières années, je ne suis passé chez Tony que trop rarement, juste pour voir si tel ou tel groupe libanais avait sorti un album. Pas suffisant pour faire tourner une affaire en cette fin de décennie. Alors oui, Tony, d’une certaine manière, je me sens un peu responsable de ce qui se passe, je m’en veux. Et aujourd’hui, je ne dois pas être le seul.

vendredi, 11 décembre 2009

Ozero

inspecteur telephone.jpgIl était une fois un service public géré comme… euh… comme… ben comme la plupart des services publics, dans ce magnifique pays qui s’attend à redevenir le cœur économique du monde arabe en deux temps, trois mouvements.
Et oui! Maintenant que Dubaï se casse officiellement la binette, à Beyrouth on se frotte les mains en étant persuadés que par un évident effet de vases communicants, tous ces investisseurs en panne d’opportunités vont se précipiter vers l’ancienne Suisse du Moyen-Orient. Du coup, pourquoi se fouler alors qu'on ne se foulait pas avant ?
Exemple au sein de cette respectable entité qu’est Ogero, la compagnie publique gérant le réseau téléphonique fixe (en autres choses, mais ceci est une autre histoire).
Les noms des personnes ont été modifiés (forcément, haha).

Jour 1
Notre investisseur présente au guichet d’Ogero une demande pour trois lignes téléphoniques, indispensables au bon fonctionnement du bureau qu’il ouvre actuellement à Beyrouth. Il donne copie de tous les documents nécessaires, ainsi que le numéro de portable de Madame X, chargée au sein de la société de suivre le dossier. Quelqu’un de chez Ogero doit la contacter sous une semaine afin qu’elle vienne finaliser la démarche et payer l’ouverture des lignes.
Jusque là tout va bien.

Jour 4
Madame X reçoit un coup de téléphone:
– Le fonctionnaire (voix traînante) : Aallôôôô…
– Madame X : Allo ?
– Le fonctionnaire : Ya madâme, c’est vous qui avez déposé une demande pour le téléphone ?
– Madame X : Oui, pour la société Onsedoutepasdeskinousattend. J’attendais votre appel.
– Le fonctionnaire : Ça va, ça va. Vous êtes qui ?
– Madame X : Pardon ?
– Le fonctionnaire : La société, vous êtes qui, yaané ? Vous allez faire quoi ?
– Madame X : Une société de publication de média.
– Le fonctionnaire : Ha okéé. Vous faites de la publicité yaané.
– Madame X : Non, nous publions des magazines, nous sommes journalistes.
– Le fonctionnaire (soudain, méfiant) : Quoi comme magazines ?
– Madame X : Plusieurs types de magazines, mais surtout économiques et business.
– Le fonctionnaire (soulagé) : Haaaa ! Economiques ! Pas de politique, yaané?
– Madame X : Non, pas de politique. Pourquoi ? Quel rapport avec nos lignes de téléphone ?
– Le fonctionnaire : Bassita, bassita. Mais c’est à qui, la société ?
– Madame X : Monsieur Samer Y et mons…
– Le fonctionnaire (l’interrompant) : Y, c’est le nom de son père ?
– Madame X : Euh, non. C’est son nom de famille.
– Le fonctionnaire : Le nom de son père?
– Madame X (un peu embêtée, car elle se doute que ça va pas être simple) : Samer.
– Le fonctionnaire : Donc son nom c’est Samer Samer Y ?
– Madame X : Oui, Samer Samer Y.
– Le fonctionnaire : Qui d’autre ?
– Madame X : Assaad Y.
– Le fonctionnaire : Y aussi ?
– Madame X : Oui, c’est son frère.
– Le fonctionnaire : Le nom du père ?
– Madame X (estomaquée) : ben, Samer !
– Le fonctionnaire : Donc Assaad Samer Y ?
– Madame X (de plus en plus scotchée) : Oui, puisque c’est le frère de Samer Samer Y ! Mais je ne comprends pas : tout cela est dans les papiers que nous avons déposés en faisant la demande.
– Le fonctionnaire (hautain) : Moi, je fais une enquête.
– Madame X (inquiète) : Mais vous n’êtes pas d’Ogero ?
– Le fonctionnaire (toujours hautain) : Si, mais moi je fais l’enquête. On vous rappellera. Vous êtes la directrice ?
– Madame X : Oui. Mais vous pensez me rappeler quand ? Car nous attendons les lignes pour pouvoir commencer à travailler, forcément.
– Le fonctionnaire (de plus en plus hautain) : On verra. Pas avant une semaine…

[…]

Jour 17
Soit presque 15 jours après le coup de fil. Inquiète du retard de plus en plus conséquent, Madame X appelle le central d’Ogero qui la renvoie vers le bureau chargé de sa région.
Personne ne répond.

Jour 18
Personne ne répond.

Jour 19
Personne ne répond.

Jour 20
Personne ne répond.

Jour 21
Une standardiste décroche enfin.
- Madame X : Bonjour. Nous avons demandé des lignes de téléphone depuis 3 semaines et je voudrais savoir où en est le dossier car je n’ai aucune nouvelle.
– La standardiste (guillerette) : Au nom de qui, habibté ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– La standardiste : Yalla, une seconde. (s’adressant à un autre employé) Elie ? Elie ? Lilouuuuuuu ? Ya Lilouuuuuuuuuuu ? Où tu es, ya Lilouuuuu ?
Lilou grommelle quelque chose.
– La standardiste (hilare) : Ya Lilouuuu. (s’adressant à Madame X). Yalla, habibté. Il est de mauvaise humeur. Il va falloir être patiente.
Elle transfère Madame X, un peu prise de court, à Lilou.
– Lilou (teigneux) : Aallôôô…
– Madame X : Bonjour. Nous avons demandé des lignes de téléphone depuis 3 semaines et je v…
– Lilou (l’interrompant) : Au nom de qui ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Lilou : La société Onsedoutepashgeuwygfruwebdj ?
– Madame X : Non, la société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Lilou (ronchon) : Une seconde. J’ai 100 personnes qui font la queue ici, je vais pas tout arrêter pour vous. Je vous rappelle dans une demi-heure.

Deux heures plus tard, Madame X rappelle et demande directement Lilou.
– Madame X : Bonjour, je vous ai contacté tout à l’heure à propos de…
– Lilou (l’interrompant) : Au nom de qui ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Lilou (devenant vraiment hargneux) : J’ai dit que je vous rappellerai. J’ai pas que ça à faire !
– Madame X (conciliante) : Je comprends, mais…
– Lilou (l’interrompant) : Je vous rappellerai. (Il raccroche).

Une heure plus tard, Lilou rappelle.
– Lilou (petit rire) : Ya madame, j’ai trouvé votre dossier.
– Madame X (soulagée) : Ha. Alors ?
– Lilou : Vous n’avez pas donné les bons papiers.
– Madame X : Pardon ???? Mais c’est impossible ! Nous avons tout déposé il y a trois semaines et tout était bon. J’ai même reçu un appel de vos services.
– Lilou (implacable) : C’est pas vrai. On n’a pas les bons papiers. On ne sait pas si votre société existe vraiment.
– Madame X (estomaquée) : Si notre société existe vraiment ? Mais enfin…
– Lilou (l’interrompant) : Moi, je peux rien faire. Si vous voulez, appelez le 01/XXXXXX et expliquez votre cas. (Il raccroche)

Madame X tente d’appeler en vain le 01/XXXXXX toute la journée. En fin d’après-midi, une femme finit par répondre. C’est un faux numéro.

Jour 22 (vendredi)
Madame X prend son courage à deux mains et se rend au bureau chargé de sa région. Lilou est en congé, on l’oriente vers un autre employé.
– L’employé : C’est au nom de qui ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
L’employé cherche dans ses dossiers, rédigés à la main et couverts de ronds de café. Il finit par trouver.
– L’employé : Ha voilà. Nous n’avons pas la preuve que votre société existe vraiment.
– Madame X : Mais enfin, vous avez le document du registre du commerce et…
– L’employé (l’interrompant) : Oui, mais les inspecteurs ne vous ont pas vue.
– Madame X (ne comprenant pas) : Les inspecteurs ? Mais on m’a téléphoné pour enquêter sur tout ça. J’ai donné toutes les informations.
– L’employé : Ça, je sais pas. Mais les inspecteurs sont venus et ont trouvé que votre société n’existe pas.
– Madame X (qui commence à voir rouge) : Venus ? Venus où ?
– L’employé (indifférent) : A l’adresse que vous avez donnée. Il n’y avait personne.
– Madame X (exaspérée) : Mais forcément qu’il n’y avait personne, puisque nous attendons les lignes de téléphone pour pouvoir commencer à travailler !
– L’employé : C’est pas le problème. Les inspecteurs viennent undercover, justement pour vérifier que vous travaillez vraiment. Et là, ils sont venus et ils n’ont vu personne.
– Madame X (incrédule) : Undercover ?
– L’employé : Oui. Si vous voulez, je peux leur dire de revenir chez vous.
– Madame X (résignée) : Bon d’accord. Quand, que nous soyons là pour tout leur montrer ?
– L’employé (zen) : Je peux pas vous dire. Ils ne disent pas quel jour et à quelle heure ils viennent, pour être sûrs de voir si vous travaillez vraiment.
– Madame X (les yeux ronds) : Vous voulez dire qu’on doit rester dans un bureau à les attendre sans pouvoir travailler ? Sinon, vous ne nous donnez pas les lignes ? Mais ils peuvent mettre combien de temps à venir ?
– L’employé : Jusqu’à une semaine, 10 jours…
– Madame X (outrée) : Attendez, ça veut dire que nous pouvons rester jusqu’à 10 jours, de 9h à 17h, à attendre les inspecteurs dans un bureau qui n’est pas opérationnel?
– L’employé : Oui. Alors ? Je leur dis de repasser ou pas? C’est vous qui décidez.
– Madame X (effarée) : Je ne pense pas avoir le choix…

Jour 25 (lundi)
Madame X reçoit un appel du bureau d’Ogero. C’est Lilou qui l’informe que les inspecteurs sont passés samedi. Ils n’ont trouvé personne (on se demande pourquoi, un samedi) mais le concierge de l’immeuble leur a expliqué que tous les bureaux étaient fermés le week-end, et que oui, la société existait bel et bien.
Lilou informe Madame X qu’on la rappellera d’ici deux ou trois jours pour qu’elle vienne payer l’ouverture des lignes.

Jour 28
Madame X, sans nouvelles et pressée par le temps, rappelle le bureau d’Ogero. Victoire! On lui annonce que tout est prêt et qu’elle peut venir le jour même pour finaliser la démarcge. En revanche, non, elle ne peut pas faire de chèque, il faut payer en cash.
Aux anges, Madame X se précipite à la banque, retire en liquide le montant prévu, brave les embouteillages et débarque, tout sourire, au bureau d’Ogero. On la mène chez Madame P.
– Madame P (courtoise) : C’est au nom de qui ?
– Madame X (tout sourire) : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Madame P : Trois lignes, c’est ça ?
– Madame X : Oui.
– Madame P : Le nom du propriétaire ?
– Madame X (qui a retenu la leçon): Samer Samer Y et Assaad Samer Y. Ils sont frères.
– Madame P : Ils ont des arriérés sur les factures ?
– Madame X (surprise) : Euh non. Ils sont Libanais, mais ont toujours vécu à l’étranger.
– Madame P : Ha, mais là, j’ai 300 000LL d’arriérés à Chiyah et 500 000LL d’arriérés à Hamra au nom de Samer Y.
– Madame X (stupéfaite et inquiète de voir que c’est reparti sur autre chose) : Chiyah ? Hamra ? Mais ce n’est pas possible !
– Madame P : Si si. Regardez : ça date de 1974.
– Madame X (entre rire et larmes) : 1974 ??? Mais ça n’a aucun sens !
– Madame P : Si si. C’est au nom de Samer Y.
– Madame X : Mais non, ce n’est pas possible. Samer Y avait 5 ans en 1974 !
Madame P feuillette son dossier, retrouve la copie de la carte d’identité de Samer Y.
– Madame P : Ha oui. En effet, ce n’est pas possible. (elle rigole). Ou alors il était très précoce !
– Madame X (se forçant à rire) : Hahaha.
– Madame P : Bon. Continuons. (elle feuillette le dossier, tombe sur quelque chose qui ne lui plaît pas). Ha.
– Madame X (inquiète) : Il y a un problème ?
– Madame P (dubitative) : Nous avons demandé trois lignes, mais les inspecteurs n’ont donné leur accord que pour une.
– Madame X (perplexe) : Allons bon. Ça ne va pas aller du tout, une seule ligne pour une trentaine de personnes, surtout dans notre métier.
– Madame P (conciliante) : Je comprends tout à fait. Je ne vois pas pourquoi ils ont fait ça.
Madame P essaie d’appeler le bureau chargé des inspecteurs. Personne ne répond. Elle essaie un numéro de portable. Personne ne répond.
– Madame P (énervée) : Ya allah ! Ils sont incroyables.
Une heure plus tard, Madame X attend toujours près de Madame P qui s’échine en vain sur le téléphone.
– Madame P : Ya allah ! Ils sont incroyables! On doit savoir pourquoi ils n’ont donné qu’une seule ligne. C’est peut-être un problème technique chez vous ? Bon. Habibté, je te rappelle demain.
Madame X repart la queue entre les jambes.

Jour 29
Madame X est toujours sans nouvelles en fin de matinée. Elle rappelle Madame P avec qui elle a fait ami-ami.
– Madame X : Bonjour Madame P. C’est Madame X.
– Madame P : Habibté !!!! Je ne t’ai pas oubliée mais tu imagines que jusqu’à maintenant ils n’ont pas répondu ? Yalla. Je te rappelle dans une demi-heure.

Trois heures plus tard, Madame P rappelle enfin Madame X.
– Madame P : Habibté ! Tu vois que je ne t’ai pas oubliée !
– Madame X : Merci, merci. Alors, quel est le problème ?
– Madame P : Alors, le problème, c’est que quand les inspecteurs sont venus le samedi, ils n’ont trouvé personne.
– Madame X (interloquée) : Je sais ! Mais ils ont vu le bureau, le concierge les a fait entrer et leur a expliqué que personne ne travaille le samedi !
– Madame P (conciliante) : Je sais, je sais, habibté. Mais comme ils n’ont trouvé personne, ils ont décidé de ne donner qu’une seule ligne…
– Madame X (déprimée et se doutant que c'est une histoire de bakhchich) : Ha. Quoi, ils nous punissent parce que nous ne travaillons pas le samedi ?
– Madame P (rigolant) : Je sais pas. Peut-être ! En tout cas, ils vont revenir vous voir. Et là, vous leur demanderez les deux autres lignes.
– Madame X (résignée, une nouvelle fois) : D’accord, d’accord. Et on sait quand ils repasseront ?
– Madame P : Non. D’ici une semaine.
– Madame X (soupirant) : Pouvez-vous, s’il vous plaît, leur dire que ce ne soit pas un samedi ?
– Madame P (rigolant) : Je vais leur mettre une note, habibté !

 
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