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vendredi, 04 décembre 2009

Sainte barbe

Chers amis, aujourd’hui, c’est la Sainte-Barbe. Eh oui. L’occasion pour nous de faire le point sur une donnée essentielle de la vie au Liban.

Hier soir, les enfants se sont déguisés et sont passés de porte en porte en quête de bonbons, symbolisant ainsi la fuite de Barbe devant un père qui l’avait emprisonnée et qui la fera décapiter un peu plus tard. Dans les rues des villes et des villages, les garnements à tambours ont chanté à la gloire de Barbara, comme on l’appelle ici.
Tradition oblige, les grand-mères ont préparé du blé (dans sa fuite, Barbe se serait cachée dans un champ de blé) parfumé à l’anis qui sera mangé plus tard avec du sucre, ainsi que ces délicieux ma3kroun. Mais trêve de confiserie, nous ne sommes pas là pour parler napperons.

Voilà. Depuis quelques mois, je porte la barbe. Et ma vie a changé. Je me suis fait plein de nouveaux amis. Cela a commencé par un obscur poète-journaliste qui me croise un jour en me lançant, l’air complice: «Chou? Sert Hezbollah?». Bravo neuneu, super drôle. Ensuite, ce sont les chabeb du quartier qui m’ont accueilli à bras ouverts, un matin où j’avais taillé ma barbe impeccablement, au millimètre: «On dirait un vrai Ouwet comme ça, tu n’trouves pas Tony?». Cela s’est poursuivi par un ancien collègue, le soir de l’inauguration du Salon du livre, qui me dit: «Tu sais, tu ressembles à un rabbin!» (j’avoue, celle-là, je ne m’y attendais pas, d’autant que ça ne court pas les rues, les rabbins au Liban). Un autre encore m’a fait toute une théorie sur le caractère saint de la pilosité faciale des hommes du Levant, et surtout de celle des hommes de Dieu, qu’ils supportent l’OM ou le PSG: «La barbe, ça rapproche du Très Haut.» Ah bon? Je n’ai pas encore eu le temps d’aller me promener du côté d’Abou Samra, dans les faubourgs de Tripoli. Mais là, j’ai comme un doute sur mon camouflage: la barbe s’y porte beaucoup plus longue. N’empêche. En constatant tout ça, je me suis dit que je devrais me lancer dans la rédaction d’un manifeste pour barbus. C’est très à la mode en ce moment, les manifestes. Commençons pas une classification visuelle:

barbus libanais.jpg
Depuis quelques mois donc, je me sens parfaitement intégré. A croire que l’intégration au Liban passe par la barbe. Il ne me reste plus qu’un test à passer: me balader dans les ruelles de Haret el-Hreik avec trois appareils photo et deux caméras en bandoulière, histoire de voir si la barbe fait vraiment le moine. A bien y réfléchir, dans ce pays, mieux vaut être armé d’autre chose pour faire croire qu’on se libanise avec les années. Cela a divinement bien marché il y a quelques jours pour Captain Cavern.

lundi, 16 novembre 2009

Paradise city *

beirut rock festival 2009.jpgWelcome to the Dark Ages !

La nouvelle n’a pas fait les gros titres la semaine passée, et pour cause. Le Liban tout entier était en train de fêter la naissance tant attendue d’un gouvernement tout beau tout neuf synonyme, comme l’a titré – à raison – un éditorialiste d’Al-Akhbar, de «Bye bye June 7». C’est vrai que tout ça était… passionnant.

Mais la vraie nouvelle, ce fut ce mail, diffusé par le Centre catholique d’information. En voici la version anglophone (enfin, façon de parler):

Dear parents,

We would like to inform you the following statement by The General Information of Catholic Schools:
There will be a dangerous event in town, called "Beirut Rock Festival 2009"
in 11 - 13 - 14 November in Beirut.
No doubts that all of us likes music, however during this event some community of GOTHIC people will spread
their culture (death culture) and they will spread dark thoughts by (Anathema & To/Dye/For).
and there will be a huge risk for drugs (Ecstasy) to be distributed.
And there is a great danger that their will be ceremony of satanism.
As written on the Festival flyer: "No Cameras Allowed".
Why? aren't they afraid that people will see what is going on?
And cause of that, we please all parents do not let their children to attend this festival for their safety.

…et la non moins savoureuse version française:

Chers parents, éducateurs, responsables et jeunes, nous vous prions de faire attention !Un événement dangereux arrive en ville, Le « Beirut Rock Festival 2009 », les 11-13 et 14 novembre au Forum de Beyrouth Nous aimons tous la musique, mais lors de ce festival, certains groupes gothiques qui prônent la culture de la mort et des idées noires vont se produire (To/Dye/For, Anathema.) Grand risque de circulation de drogue (Ecstasy, Hasch etc.)Grand risque de pratiques de cultes et de rituels sataniques Il est bien écrit sur l'affiche publicitaire de ce festival "NO CAMERAS ALLOWED"Pourquoi ? Aurait-on peur de témoins?

Attention, les bûchers sont prêts. Décidément, l’Inquisition, tous bords confondus, est en marche.

______________________

* C’est à cette chanson de Guns N’ Roses que notre fille aînée a tout de suite pensé lorsque nous lui avons raconté toute l’affaire. Bein oui, notre fille n'a que 9 ans, mais elle aime le rock. Finira-t-elle tondue?

mercredi, 14 octobre 2009

Pump up the volume !

Ce week-end, le Sky Bar a donc fermé ses portes pour la «saison». Une saison qui se sera prolongée loin après l’été cette année, y compris en semaine puisque toutes les nuits, nous avons pu profiter du beat soutenu de cette célèbre boîte en plein air, pour la plus grande joie des fêtards beyrouthins et d’ailleurs.

Cela me donne l’occasion de revenir sur l’un des tubes de l’été, qui a fait fureur au Liban (et ailleurs): tout l’été et pendant ce début d’automne donc, nous avons pu, de notre balcon, entendre à un volume en croissance proportionnelle au passage des heures I gotta feeling des Black Eyed Peas.

Il y en a eu d’autres, bien sûr, des tubes. Mais celui-ci a retenu mon attention car je ne peux m’empêcher de trouver savoureux que pendant des semaines, des dizaines de jeunes libanais aient dansé, chanté, et sans doute trinqué au son d’une chanson ponctuée de «Mazel tov» et de «Lekhaïm» tout ce qu’il y a de plus hébreu. Le tout au nez et surtout à la barbe – c’est le cas de le dire – des censeurs, sourcilleux défenseurs de la prohibition et autres gardiens de la morale régionale qui font interdire tant d’artistes et d’œuvres pour moins que cela, mais qui sur ce coup-là, n’ont rien vu passer. Bon, d'accord, c'est anecdotique, mais voir 400 Libanais pur teint entonner tous en chœur «Mazel tov» à un mariage, ça valait son pesant de bzourat.

Tchin.

vendredi, 09 octobre 2009

Beyrouth ne tient qu'à un fil

beyrouth fils electriques ciel2.jpgIls font partie du paysage urbain de Beyrouth depuis l’époque pré-phénicienne, comme ces vieux chauffeurs de taxi à la gueule fatiguée ou ces rustines de parpaings et de ciment sur ces façades n’ayant pas eu droit à un lifting cinq étoiles après «les événements». Ils forment dans le ciel des nœuds que mille petites mains habiles n’auraient su tricoter avec autant de minutie. Ils sont noirs et poussiéreux, mais aussi rouges, jaunes, bleus, zébrés ou blancs. Ils peuvent partir du haut d’une colline et se faufiler en contrebas jusqu’à la fissure d’une maison pour finalement alimenter tout un quartier. Ils ressemblent parfois aux constructions en trois dimensions apparemment anarchiques des néphiles des forêts tropicales. Anarchiques? Pas le moins du monde.

Depuis que nos rues se sont laissé envahir par ces faux signes de modernité que sont parcmètres et feux rouges, on voudrait nous faire croire que le pays est en voie de développement. Que l’homme d’ici recherche parfois le conformisme et le confort tout court. Depuis dix jours, la nouvelle mode levantine, c’est de dessiner de grands rectangles blancs parallèles sur les chaussées pour donner l’illusion aux piétons qu’ils peuvent traverser grands boulevards et petites ruelles en toute sérénité. Non, le Liban, ce n’est pas ça. Ils n’ont rien compris à ce pays à la Banque mondiale ou dans je-ne-sais quelle institution ayant ouvert le robinet à devises pour financer ce genre de projet anagéographique.

Les myriades de câbles qui traversent les rues à hauteur de géant, qui serpentent entre les murs en se moquant bien des hommes, qui tombent du ciel comme les rayons du soleil, qui accueillent le son des klaxons comme des notes sur une portée, qui dessinent ces tableaux de fils tendus comme sur les murs de la chambre de ma copine allemande il y a 25 ans… et bien ces fils par millions, il ne faut surtout pas y toucher. Par pitié. Moi, je viens de comprendre à quoi ils servent: sans eux, les immeubles de Beyrouth s’écrouleraient.

lundi, 28 septembre 2009

Salon Georges coiffure pour hommes

georges coiffeur pour hommes.jpgQuand Georges pose la longue lame de son rasoir sur la peau de mon cou, je retiens toujours ma respiration. Le vieil homme n’a plus le geste aussi sûr qu’avant. Et quand finalement, il termine son ouvrage, il me demande toujours d’une voix rocailleuse de fumeur en stade terminal: «Comme ça, ça va?» J’opine systématiquement, sans vraiment y réfléchir.

Georges fait partie de ces petits artisans en voie de disparition à Beyrouth. Son salon n’a pas dû beaucoup changer depuis les années 60: linoléum au sol, placards de bois laminé, siège en cuir rétro avec cendrier dans l’accoudoir, blaireaux et peignes d’un autre âge posés à côté des lavabos blancs. Quand il s’arme de ses ciseaux pointus, les muscles secs de ses avant-bras tressaillent un peu davantage à chacune de mes visites, et je me demande s’il ne serait pas raisonnable de ne plus y aller. Et puis finalement j’y retourne à chaque fois. Peut-être me suis-je laissé intoxiquer par l’odeur de shampooing bon marché qui flotte dans cette pièce lumineuse. Je ne sais pas.

Il y a deux ou trois ans, son salon était encore bien fréquenté. Il avait un apprenti, Elie, et un jeune chab qui jouait à la shampouineuse puis balayait les mèches de cheveux des clients. Depuis, tout ce beau monde est parti voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Georges reste seul, à étendre ses serviettes rouge foncé au soleil, son sèche-linge planté sur le trottoir. Il a bien sûr ses fidèles, qui viennent partager les nouvelles d’un quartier qui a bien changé en l’espace de cinq ans, depuis que la salle de sport et le parking de l’autre côté de la rue ont été remplacés par l’ABC. Alors Georges s’installe sur une petite chaise pliante, à côté de ses serviettes, et regarde des gens trop pressés remonter la rue.

Moi, j’aime toujours ces moments passés chez lui. La radio diffuse Light FM en boucle depuis des siècles, saint Georges n’en finit pas de terrasser son dragon sur une icône jaunie par la lumière… Le mieux, c’est encore d’y aller le matin très tôt. Georges vous proposera les quotidiens du jour – ou de la veille –, et peut-être du café chaud s’il en reste dans sa rakweh. Georges est le seul et unique coiffeur que j’ai connu à Beyrouth durant toutes ces années, même s’il a trois confrères rien que dans ma rue. Et pourtant, je ne le connais pas vraiment. Juste de vue, bonjour, au revoir, comment ça va.

Il n’y a pas très longtemps, j’ai découvert que mon beau-père allait aussi chez lui, au début des années 70. La transmission s’arrêtera là, je crois.

jeudi, 18 juin 2009

La bonne et le concierge [2]

red shoe baby.jpgVous vous souvenez peut-être de notre fable beyrouthine, La bonne et le concierge. L’appartement de notre voisine du 6e avait été cambriolé, l’employée philippine et le concierge syrien figuraient en tête de liste des suspects. Nous avions mis en doute le flair des forces de l’ordre… et nous avions peut-être eu tort. Si la femme de ménage est blanche comme neige dans l’affaire, le concierge syrien – apparemment de mèche avec son prédécesseur et accessoirement cousin – serait mouillé jusqu’au cou et est maintenant en cavale… Du coup, nous avons un nouveau concierge. Et on ne s’ennuie pas. Suivez et prenez des notes pour vous y retrouver en cas de besoin…

Mohammad, originaire du Sud-Liban, succède donc à Nayef qui succédait à son cousin Karam. Mohammad est marié à Maribel. Maribel est Philippine. Maribel et Mohammad ont une petite fille de trois mois, Mariann, qui en fait trois de moins car née prématurément à 7 mois.

Maribel parle l'anglais, mais pas l'arabe, en dépit de ses 15 années passées au Liban. Mais Mohammad ne parle pas bien l'anglais. Donc avec sa femme, il parle le philippin. On aurait cru qu’il aurait opté pour la solution de facilité et plutôt amélioré son anglais, mais non. Parce que Mohammad a apparemment un talent caché pour les langues «exotiques»: il parle aussi l'éthiopien et le russe. Ethiopien on ne sait pas trop pourquoi, et russe parce qu’avant, il travaillait dans un «super nightclub». Soit un bar comme on en trouve à Maameltein où danseuses russes, roumaines et autres artistes d’Europe de l’Est se succèdent sur scène, souvent à leur corps défendant.

Et au 3e, il y a désormais Gertrud (oui, nous allons affectueusement la rebaptiser ainsi pour l’occasion). Gertrud est Allemande. A la nuit tombée, elle prend le volant de son 4x4, robe moulante rouge en strass, talons de 15cm et maquillage de circonstance. De quoi ne pas trop dépayser Mohammad qui a dû être un peu surpris la première fois mais qui, depuis, a sans doute des réminiscences de son précédent boulot. Il faut bien le dire, pour l’immense majorité des mâles (et pas seulement libanais), Gertrud est bonne.

D’ici à ce que Mohammad apprenne rapidement l’allemand, en tout bien tout honneur, pourquoi pas? Et nous nous retrouverons avec le concierge le plus polyglotte du pays.

dimanche, 24 mai 2009

Boycotter Dhû-n-Nûn ?

jonas beach.jpgComme chaque année à cette saison, une question existentielle se pose aux Libanais: où aller à la plage?

Et pour certains partisans du 14 Mars, le problème peut prendre une tournure particulièrement grave en cette période pré-électorale. Exemple: depuis la fin des années 90, une petite plage de Jiyeh faisait le régal d’une population fuyant les complexes décomplexés, les étals de chair fraîche et collagénées et les sonos hurlantes. Ce havre de tranquillité porte un nom: Jonas. Un minuscule coin de rivage méditerranéen pas trop bétonné, ambiance plutôt bon enfant, maîtres nageurs sympas, cadre fleuri avec ces belles gerbes de lauriers roses, et factures pas trop salées. Année après année, ceux qui préfèrent simplement passer un moment loin du tumulte y ont pris leurs habitudes. J’l’aime bien, moi, Jonas.

Et puis voilà. L’heure des élections approchant, les 14M ont décidé de boycotter tout ce qui portent la couleur orange: le jus du même nom, les couchers de soleil, le mobilier des années 70 vintage… jusqu’à Jonas. La semaine dernière, deux amis (distincts) m’ont affirmé la même chose: Nassif Azzi, le sympathique propriétaire de la plage, est aouniste! Enfant du pays, il est même candidat du Tayyar! Collabo! Plus question pour un partisan du 14 Mars de mettre les pieds là-bas. Mais où donc aller à la plage cette année?

J’en souris encore tout en me demandant: «Vais-je alimenter le trésor de guerre du CPL en payant l’entrée de Jonas tous les week-ends durant 4 mois? Dois-je succomber à la gentille propagande des anti-CPL et moi aussi bouder Jonas? Dois-je me moquer éperdument de ce boycott puéril? Malheur! Que dois-je faire?» Et puis finalement, comme les choses sont bien faites en ce bas monde, un événement a décidé pour moi.

La belle et luxuriante décharge de Saïda, quelques kilomètres plus au sud, a donné de gros signes de faiblesse ces derniers mois en raison de tempêtes hivernales et de petites secousses telluriques, ayant entraîné la municipalité de la ville sunnite à déclarer l’«état d’urgence environnemental» pour la côte du Sud. Du coup, je vais moi aussi passer mon tour cette année pour Jonas. Mais ce sera pour une raison de santé publique, loin des considérations bassement politiciennes. Je n’ai juste pas envie qu’il pousse un bras supplémentaire à mes filles avant la fin de l’été.

mardi, 12 mai 2009

Jours tranquilles à Beyrouth (à Beyrouth!)

Bon, nous poursuivons la promo car les choses sérieuses commencent pour Jours tranquilles à Beyrouth sur son terrain d’origine, Beyrouth! Après le lancement de l'autre côté de la Méditerranée, le voici donc qui débarque au Liban. Il est en vente depuis un mois à la librairie Al-Bourj au centre-ville et vient de rejoindre les étals des 10 points de vente de la librairie Antoine.

invitation beyrouth.jpgParallèlement, nous préparons notre petit rendez-vous du vendredi 15 mai 2009. Pour faire simple, il s’agit d’une lecture en plein air dans le cadre des «Lectures insolites» initiées par la Mission culturelle française au sein du programme de «Beyrouth capitale mondiale du livre». Cette lecture se fera dans la vieille gare ferroviaire de Beyrouth, à Mar Mikhaël (33°53'55.10"N  35°31'44.20"E pour les amateurs de Google Earth), à quelques minutes à pied de l'EDL. Un lieu que nous aimons tout particulièrement, hors de l'espace et du temps dans cette ville qui va à 1000 à l'heure, nous offrant donc un cadre franchement unique dans la ville.

La lecture sera accompagnée d’un set musical assuré par Jade du Basement. L’entrée sera évidemment gratuite, le livre disponible sur place… et le parking assuré. Tout est prévu!

Rendez-vous vendredi.

mardi, 05 mai 2009

La bonne et le concierge

Note aux lecteurs et aux lectrices: ceci n'est pas une fable de La Fontaine libanaise. Quoique.

police academy liban.jpgUne après-midi ensoleillée de la semaine passée, 14h30. C’est la consternation dans le quartier: l’appartement de notre voisine du sixième a été cambriolé. En plein jour, entre 9 et 13h. Au nez et à la barbe de toute une population qui se connaît très bien, et des membres de l’héroïque équipe de campagne de Ramsès III, tous occupés à jeter les dés dans un coffret en marqueterie damascène.

Les lieux du crime: un appartement sans signe particulier, à part des bijoux de famille et une enveloppe où reposaient quelques dizaines de billets de 100 dollars. La porte a été fracturée, mais pas trop, laissant supposer que le (ou les) voleur(s) disposai(en)t de la clé. Les policiers du quartier ont donc débarqué, garant leur Dodge Charger rutilante sur le trottoir d’en face. D’abord deux hommes en uniforme fraîchement imprimé de ce beau camouflage gris et noir, puis l’équipe technique, chargée de relever les empreintes digitales sur la porte d’entrée, les placards et les tiroirs fouillés par les visiteurs. Puis une deuxième équipe, et une troisième. Immédiatement, tous les voisins se mêlent de l’enquête, et donnent leur avis sur la culpabilité des uns et des autres. «C’est certainement la bonne ou le concierge», assure un sexagénaire, sûr dans son flair.

Evidemment, l’employée de maison philippine et le concierge syrien ont passé un long moment au poste. Ayant eu vent des commentaires des voisins, l’un des policiers glisse un peu agacé: «Ils se prennent tous pour des FBI!» Avant d’ajouter, lui aussi sûr de son flair: «C’est souvent la bonne qui se fait séduire par le concierge.» Le problème, c’est que les deux avaient un alibi en béton armé, ce qui réduit à néant la déduction facile conduisant systématiquement à ces coupables tout trouvés: les deux étrangers commis d’office aux tâches ingrates pour un salaire de misère.

Depuis, plus rien. Pas d’enquête de voisinage, quelques timides questions aux habitants de l’immeuble, forcément insoupçonnables (nous en autres). Notre voisine continue de pleurer ses dollars mis de côté pour un voyage au Canada qu’elle ne fera plus. Les alibis des usual suspects étant confirmés, l’affaire en restera certainement là.

Mais réjouissons-nous: parmi les projets de coopération entre la France et le Liban annoncés lors de la récente visite de Michèle Alliot-Marie à Beyrouth, quelque chose a piqué ma curiosité. Beyrouth et Paris viennent d’annoncer la création d’une académie de police, sur un terrain de plusieurs hectares à quelques encablures de l’aéroport. Aurons-nous bientôt de vrais enquêteurs à mettre dans les Dodge offertes par l’Oncle Sam? Mystère mon cher Watson…

lundi, 27 avril 2009

Out of the blue

Depuis bien des années, il est un plaisir égoïste que je m’autorise de temps en temps, un cadeau de valeur que je m’offre dès que j’en ai l’occasion. Il ne s’agit pas d’un soin complet corps et visage chez Dessange, d’une tenue à la dernière mode, griffée bien sûr, ou d’un week-end à Rome ou Istanbul avec une copine.

Non. Depuis des années, mon grand bonheur consiste en deux choses simples: un bain chaud et un bon livre. Si, en fond sonore, je peux entendre le rire de mes enfants qui jouent avec cette complicité magique qui est la leur, je suis comblée. Mais le silence me va aussi. Cela les fait rire, mes filles, de me voir consacrer de rares moments de quiétude à ces lectures en trempette. Cela les fascine aussi, cette sérénité du corps et cette ébullition de l’esprit et des émotions. Tous les sens sollicités, y compris ceux qui vont au-delà des cinq connus. Si elles avaient pu voir combien j’étais en manque, durant ces longues années parisiennes au cours desquelles je prenais appui sur les toilettes pour entrer dans une douche minuscule… Il m’arrivait d’y lire accroupie, pas longtemps.

Et puis, il y a quelques temps, j’ai reçu un autre beau cadeau: ma fille aînée, ma grande petite, est entrée dans le bonheur de lire. A l’école, en cachette sous ses cahiers; dans son lit, les pieds en l’air ou parfois sous les draps, pour ne pas être vue parce que sa lecture était comme un trésor qu’il ne fallait pas exposer aux yeux des curieux; aux toilettes, c’est un classique; et puis, bien sûr, dans le bain. Elle est entrée dans ce bonheur de lire comme on entre dans les ordres, avec conviction, dévouement, et sans conditions.

Alors, plus que jamais, je me suis dit que dans ma maison idéale, je n’aurais en fait besoin que d’une baignoire et d’une large, très large bibliothèque. Deux baignoires, éventuellement, puisque nous sommes désormais plusieurs dans ce bonheur. Tout le reste n’est que garniture, ou nécessité élémentaire, comme ces aliments qu’on ingère juste parce qu’il faut se sustenter, et non parce que notre lumière intérieure s’en nourrit elle aussi.

lecturebaignoire2.JPG

C’est pour cela que je suis triste d’avoir dû faire appel aux services d’un menuisier qui m’a construit une bibliothèque sur mesure. Parce que, dans les magasins, les vendeurs n’avaient pas de bibliothèques; d’ailleurs ils ne comprenaient pas ce que je voulais dire, quand j’essayais de leur expliquer ce que c’est, un meuble juste pour des livres, alors que je ne suis même pas avocate...

jeudi, 09 avril 2009

Le Liban est un pays formidable !

pharaon liban.jpgNon, nous n’allons pas vous parler aujourd’hui de ce que nous fait subir le bureau électoral en bas de l’immeuble avec son meeting aux airs de mariage, les candidats portés par la foule et tressautant dans les airs sous une pluie de grains de riz. Nous allons parler plutôt de ce qui fait la magie libanaise.

Le Liban est un pays où les stars de l’été qui s’annonce (déjà) se bousculent au portillon. Bien sûr, nous n’attirons que la crème de la crème des célébrités internationales: après ce grand moment avec Gilbert Montagné (Tu sais comme je t’aime le Liban), nous aurons la joie d’admirer la chevelure légendaire de Michael Bolton (de son vrai nom Michael Bolotin, mais c’est tout de suite moins glamour et ça prête si facilement au jeu de mots), aussi romantique que ces balades sucrées. Ha, on me dit qu’il s’est coupé les cheveux. Bref, entre nous, moi, j’irai plutôt voir les Sisters of Mercy qui, a priori, n’attireront pas grand monde mais correspondent davantage à mon registre musical que la bluette façon How am I supposed to live without youuuuuuuuuuu. Toutefois, l’événement de la saison demeure sans conteste l’arrivée du grand Julio Iglesias (Tou sé commé zé t’aime lé Liban). C’est dans ces moments-là que je regrette de ne plus faire ma matinale à la radio, rien que pour pouvoir lui dire en interview que lui non plus, il n’a pas changé. Toujours est-il que, donc, le Liban est un pays où les place pour aller voir (et écouter, accessoirement) le chanteur de charme latino légèrement sur le retour, sont proposées à un minimum de 70$ et vont jusqu’à 350$. Oui, mes bons amis, 350$. Et le Liban est un pays où ce prix exorbitant n’a pas découragé les fans qui se sont précipités sur cette occasion en or.

Mais après tout, pourquoi pas? Puisque le Liban est aussi un pays où, à l’occasion du centenaire d’une grande école portant officiellement une double nationalité (mais il paraît que dans les faits, elle n’est que libanaise), une circulaire a été distribuée aux heureux parents d’élèves, les invitant à assister à une soirée de gala avec à la clé dîner gastronomique, divertissement (les plus grands humoristes français seront présents, paraît-il! Auraient-ils convaincu Elie Semoun de venir à Beyrouth en fin de compte? A moins que ce ne soit Bigard…) et surtout présentation par Nikos Aliagas. Mesdames, Messieurs, applaudissements pour ce grand moment de pédagogie façon Star Academy. Après ces arguments de choc, la circulaire incite les parents (nous, quoi) à appeler le numéro XXX pour réserver les places, sans pour autant donner de prix. Et pour cause! L’administration n’a pas dû oser imprimer le chiffre extravagant de 100$? 150$? 200$? Non, mes bons amis, non: 250$ par tête pour cette soirée historique. Oui, 250$. Autant dire qu’à ce prix, le dîner a intérêt à être servi dans des assiettes plaquées or. Pourtant il faut croire que le Liban est un pays où les parents branchés répondront présent en masse.

Le Liban est encore un pays où une éminente responsable locale, porte-flambeau de la réforme des administrations libanaises, ne s’embarrasse pas de protocole. Lorsqu’une équipe de l’ambassade de France chargée de travailler avec elle sur un projet de grande ampleur pour l’année 2009, lui rend visite, elle les accueille en chaussettes. Oui, mes bons amis, en chaussettes. Après ce qui avait ressemblé à une révolution par le scooter en mai dernier, assistons-nous aujourd’hui à la réforme par la chaussette?

Mais trêve de plaisanteries. Le Liban est aussi un pays où, patientant dans des embouteillages dantesques, on peut tomber sur cela:

will you marry me.jpg

Il se trouve que l’un de mes cousins portant ce prénom a longtemps fréquenté une demoiselle du nom de Sara. Je ne suis pas certaine qu’il soit à l’origine de ce message, mais si ce le cas (ou pas, en fait), je trouve l’idée touchante et très romantique. Allez hop, hop! Prochaine étape: emmener sa belle au concert de Michael Bolotin ou Julio Iglesias, au choix, puis dîner à la soirée de gala scolaire. Et s’il ose faire tout ça en chaussettes, à mon avis, l’affaire est dans le sac.

dimanche, 05 avril 2009

Tawlé à volonté

taoule.jpgCela fait bien six mois que le magasin au rez-de-chaussée de notre immeuble, laissé à l’abandon depuis des années, a été retapé en vue des élections législatives du 7 juin prochain. Le duo de propriétaires dudit magasin s’écharpe depuis plus de cinq ans devant les tribunaux sur la question de savoir lequel a droit à quoi dans ce bâtiment de grand renom. Mais il faut croire que l’appât du gain rapide et sans histoire offert par cette location atypique a su les mettre d’accord. C’est comme ça. Nous aurions rêvé d’un bon boulanger, éventuellement d’un petit primeur sympa ou, à la rigueur, d’une boutique de fringues. Mais non. C’est à un bureau de campagne électorale dans lequel seront vantés les mérites de Michel Pharaon, candidat pour Beyrouth I sur les listes du 14 Mars, que nous avons eu droit.

Nouvelle peinture bien blanche, néons allumés 24/7, unique bureau sur lequel, dès le premier jour, un cendrier et une icône ont été posés bien en évidence… Et puis la crèche de Noël pendant les fêtes, forcément. Six mois durant donc, cet espace flambant neuf, dont la propreté immaculée contraste brutalement avec le magasin mitoyen laissé à l’état de dépotoir, est resté désespérément vide.

Et puis il y a quelques jours, alors que la sphère politique libanaise s’agite de plus belle, des signes d’activité se sont manifestés en bas de chez nous, un peu comme si l’on découvrait des traces de vie sur Mars. Et bien oui! Il est clair que la campagne électorale bat son plein, à moins de deux mois de l’échéance dont, selon nos leaders divers et variés, dépendra l’avenir du Liban pour les générations à venir. La fin justifiant les moyens, notre candidat au strapontin s’est lancé à corps perdu dans la bataille, prêt à tout mettre en œuvre pour démontrer au chaland achrafiote qu’il fera bien de lui confier ses destinées. Jugez plutôt. Preuve du dynamisme politique et de la popularité du bonhomme, une large banderole à son nom a été placée sur la façade de l’immeuble. Les places de parking tout autour du magasin sont désormais réservées à ses partisans, ce qui risque de ne pas simplifier les choses dans cette impasse déjà bien encombrée. Des palettes de sodas s’amoncellent dans un coin, attendant d’étancher la soif des foules en délire alors que de gros climatiseurs sont fin prêts pour balancer en continu des courants d’air glacé. On ne recule devant rien pour assurer le confort des éventuels votants. Et des rangées de chaises en plastique ont été disposées tout autour de la grande pièce, avec une rigueur implacable: alternance de deux chaises et d’une table basse ornée de l’incontournable cendrier en inox. Deux chaises, une table et son cendrier, deux chaises, une table et son cendrier… A la réflexion, nous nous sommes rendu compte que cette disposition est la même que celle du rituel des condoléances au Liban, lorsque les proches (ou moins proches) du défunt viennent manifester leur soutien à la famille éplorée, attendant leur tour à coups de cigarettes et de café.

Le plus étonnant reste toutefois que, si ces chaises sont pour l’heure inoccupées, des hommes du quartier passent désormais leurs journées autour du bureau trônant dans le fond de la pièce. Il faut croire que Pharaon a recruté à tours de bras dans notre pâté de maisons. Sur base de quoi? De sous, a priori. Probablement pas bien gros, mais de sous quand même. Attention, il ne s’agit pas ici d’achats de voix. Mais le militantisme à la libanaise s’accommode fort bien d’être aussi lucratif. Ce qui est certain en tout cas, c’est que ce militantisme – tous bords et tous partis confondus – n’est pas motivé par un programme quelconque. Un programme, c’est tabou. C’est sale. Et puis, inciter les électeurs à réfléchir et à faire un choix argumenté par autre chose que «J’adore/J’exècre», «Les autres sont méchants» ou «Par mon âme et par mon sang», ça ferait mauvais genre. Des concepts socio-économiques, des principes de politique étrangère et intérieure, des propositions structurées avec calendrier, mesures et données chiffrées à l’appui sont de l’ordre de la science-fiction, presque du film classé X (ou interdit aux plus de 18 ans, âge auquel sera rabaissé le droit de vote pour la prochaine fiesta). En fait, j’adorerais assister à l’une de ces belles émissions TV dont nous avons été gavés pendant la présidentielle française. Un 100 minutes pour comprendre, ou mieux, J’ai une question à vous poser. Mais l’idéal, en ce qui me concerne – et cela ne me paraît pas être trop demander – serait un vrai débat télévisé, en direct, entre des candidats qui seraient contraints d’échanger des arguments un minimum crédibles avec un minimum de correction. Oui, je sais. Science-fiction encore. Film classé X.

Toujours est-il que pour revenir à notre bureau de campagne du rez-de-chaussée, il me semble que Pharaon aurait une carte à jouer côté programme, ce qui est trop rare pour ne pas être souligné. Du matin au soir, sa petite équipe – exclusivement masculine, précisons-le, car la politique semble classée Y de par chez nous – passe son temps à jouer au tawlé (ou trictrac, ou encore backgammon). L’affaire a l’air si sérieuse, à observer leurs mines concentrées, que j’y vois la recette d’un programme électoral qui ferait l’unanimité: Tawlé à volonté!

vendredi, 27 mars 2009

La république du mamnou3

Beyrouth n’est pas une ville très jolie. La faute à la guerre, un peu. La faute aux pouvoirs publics, aussi. La faute aux promoteurs immobiliers, beaucoup. Pourtant, Beyrouth est une ville photogénique. Très photogénique même. De ses couchers de soleil aux visages de ses habitants, de ses vieilles bâtisses du XIXe siècle à sa faune bigarrée en passant par les séquelles des conflits et la rondeur d’un saj sur lequel cuisent tranquillement les manouchés au zaatar. Des photos de Beyrouth, il en existe des centaines sur tous les blogs et sites consacrés à cette ville. Et c’est bien normal.

Mais voilà. Dans notre belle république du mamnou3, prendre des photographies de sa ville chérie devient de plus en plus compliqué. Et je ne parle pas de Dahiyeh où sortir ce qui ressemble de près ou de loin à un appareil photo est pris pour une déclaration de guerre. En plein Hamra par exemple, on voit fleurir ce genre de pancartes bricolées…

no photography sign.jpg

La dernière que je viens de découvrir a été placardée à l’entrée du cimetière Mar Mitr à Achrafieh, lieu particulièrement propice aux jeux de lumières (avis aux amateurs) et certainement repère d’activités devant restées secrètes sous peine de pendaison. Beyrouth serait-elle en train de devenir «photographophobe»?

Ces petits écriteaux ne doucheront bien évidemment pas l’envie des plus téméraires pour croquer notre ville sous toutes ses coutures. Mais ils font naître néanmoins un sentiment bizarre. Il y a deux semaines, j’avais un rendez-vous au centre-ville. En m’y rendant, je croise un touriste déguisé en Philippe de Dieuleveult sponsorisé par Canon – les pi(t)res – en train de mitrailler la façade du Parlement, place de l’Etoile. Quand j’ai vu ça, je me suis dit qu’il allait se faire embarquer par les militaires qui papotaient à quelques mètres de lui. Mais non, rien cette fois-ci. J’aurais dû lui conseiller d’aller faire des images près du bain militaire de Raouché, il aurait sûrement fini la nuit au poste… Depuis quand me suis-je mis à penser que photographier un monument public était répréhensible?

Parfois, un gus sorti de nulle part vous arrête, vous dit que c’est «mamnou3» de prendre une photo de tel ou tel endroit, en pleine ville. C’est un peu comme ces commerçants qui vous assurent que vous garer devant leur échoppe est «mamnou3»: ils sont sûrs de leur bon droit alors qu’ils ne font que nier le vôtre avec un aplomb ne souffrant aucune discussion. C’est comme ça dans notre petite république, à tous les étages, et prendre des photos sur la voie publique n’est qu’un exemple parmi d’autres: chacun édicte ses propres règles, pense qu’elles viennent de plus haut et ne comprend pas pourquoi le voisin ne les respecte pas. Ça multiplié par 3,8 millions, ça donne un beau bordel. Help!

dimanche, 01 mars 2009

Mutatis mutandis

lebanese expatriates.jpgIl y a deux jours, j’ai rencontré Elie. 41 ans, marié avec deux enfants, sympa, sosie de Benoît Poelvoorde mais ce n’est pas où je veux en venir.
Elie est arrivé à Beyrouth en décembre avec sa petite smala, laissant derrière lui une Australie plongée dans la récession mais où il avait passé 18 années finalement gratifiantes. Parti de rien, il avait fini directeur de la concession à Sydney d’une grande marque automobile allemande. Aujourd’hui, il espère monter sa petite entreprise à Beyrouth. Il a le savoir-faire, l’expérience, les fonds et surtout l’envie.

Eh oui! Comme nombre de Libanais expatriés, Elie a su s’intégrer dans un pays aux antipodes du Liban, tout en rêvant, quelque part au fond de lui-même, de retourner vers sa terre natale. Non pas que cette intégration ait été simple: ayant fui la fameuse confrontation Aoun/Geagea de 1990, il avait débarqué chez une lointaine cousine avec son sac et sa bonne maîtrise de la langue anglaise, mais sans diplôme, sans argent et surtout sans autre passeport que celui portant la mention «Libanais». Certes l’Australie avait ouvert grand ses portes aux Libanais, mais le refus de s’intégrer que manifestaient de plus en plus nettement beaucoup des nouveaux arrivant, commençait déjà à déplaire aux autorités. A tel point que plus tard, cette politique d’ouverture en sera complètement remise en question.

C’est par un phénomène surprenant qu’Elie est commencé à s’intégrer. D’abord parce que dans son entourage professionnel, de nombreux Australiens le crurent juif, confondant son prénom avec le «Eli» hébreu. Ensuite parce que les habitants juifs de son quartier – très nombreux – l’accueillirent à bras ouverts en apprenant qu’il était Libanais chrétien. Quand à la communauté immigrée libanaise elle-même, Elie l’a d’abord fuie, la trouvant enfermée dans ses éternelles disputes et mesquineries. Depuis, il a relativement fait la paix avec ses compatriotes, revenant tous les deux ans dans son pays pour voir la famille, faire du tourisme, consommer. Elie envoyait aussi beaucoup d’argent à ses proches restés au Liban, ces fameux transferts de la diaspora grâce auxquels l’économie locale ne s’essouffle pas autant qu’elle le devrait. Et puis il est revenu, comme beaucoup d’autres – ils seraient entre 10 et 15000 selon les estimations raisonnables .
Mais voilà. Elie est abasourdi. Là où il pensait que son retour serait apprécié, facilité, soutenu, il ne rencontre que découragements, obstacles et rejet. «Ce qu’ils veulent, c’est notre argent, pas nous!», résume-t-il avec stupéfaction.

Vous l’avez deviné, cela fait une semaine que je travaille à un article sur le retour des expatriés fuyant la récession globale. Et tous mes interlocuteurs me donnent le même son de cloche, à quelques variations près. Les expatriés sont les bienvenus s’ils acceptent de ne surtout rien changer. Je ne parle pas que d’argent. Il est évident que les entreprises libanaises ne pourront pas leur payer des salaires équivalents à ceux qu’ils touchaient à l’étranger, en dépit de l’expérience ou des compétences particulières qu’ils ont pu y acquérir. Mais là n’est pas le problème: ce qu’on leur demande de mettre de côté, c’est aussi tout ce qu’ils ont appris et ce qu’ils sont devenus sur le plan humain, et civique aussi. La question n’est pas seulement économique, elle est aussi et surtout politique.

Notre caste dirigeante se crêpe le chignon autour de la question des immigrés, elle ressasse à l’envi l’urgence de mettre fin à la fuite des cerveaux et la nécessité d’impliquer les expats dans les enjeux nationaux. Les employeurs s’apitoient sur leurs difficultés à recruter du personnel qualifié. Mais lorsque ces expats reviennent et ne demandent qu’à répondre à ces appels, ils trouvent porte close. Cadres supérieurs qui n’obtiennent aucun poste, leurs potentiels employeurs redoutant que la balance de pouvoirs au sein de l’entreprise ne s’en trouve modifiée. Et aussi parce que le népotisme reste de vigueur au Liban. Entrepreneurs auxquels on refuse de fournir la liste des formalités nécessaires à l’établissement d’une société tant qu’ils n’auront pas payé un dessous-de-table conséquent, mais que l’on arnaquera joyeusement car ils ne connaissent pas bien les rouages tordus de l’administration libanaise. Propriétaires de terrains auxquels leurs propres avocats mentent sur la valeur de leur bien afin de pouvoir le récupérer eux-mêmes… Les exemples pullulent.

Si, pour de simples questions de gestion quotidienne, on donne autant de fil à retordre aux quelques expatriés qui ne demandent qu’à prendre part à la remise sur pied de leur pays, inutile de s’étonner qu’un enjeu aussi fondamental que leur droit de vote soit perpétuellement remis aux calendes grecques. Inutile non plus de s’attrister du fait que la majorité de ces expats se désintéressent de leur terre natale. Car entre le souvenir idéalisé qu’ils en ont et l’effarante réalité, le fossé semble infranchissable. Ce qui, en fin de compte, arrange bien tous ceux qu’un quelconque progrès au Liban laisse indifférents dans le meilleur des cas, ou gêne dans le pire.

samedi, 21 février 2009

Welcome to the real world

Bienvenue sur le vol ME212 à destination de Beyrouth. La température extérieure est de 3ºC, et nous atterrirons à 19h, heure locale. Nous vous rappelons que ce vol est non-fumeur.

Peu après le décollage, et  maintenant que la Middle East Airlines dispose de beaux avions flambant neufs, les écrans individuels de l’Airbus s’allument et diffusent un premier clip vidéo promouvant le tourisme national. Ici, pas d’animation à deux sous, montrant un gros moustachu dont les sourcils se rejoignent, en train de vous expliquer comment attacher votre ceinture comme sur Egypt Air. Non. La MEA, c’est la classe.  En quelques minutes, toutes les images d’Epinal sur le Liban se succèdent à l’attention d’éventuels touristes occidentaux: colonnades de Baalbeck, vieux port de Byblos, station de ski de Faraya, souks de Tripoli et de Saïda et tutti quanti. Mais le réalisateur n’a pas oublié les hommes d’affaires. On nous parle des banques (la Bank Med des Hariri en tête), de la stabilité financière du pays, le tout cautionné par une allocution de Riad Salamé, big boss de notre Fort Knox local. Le chaland mal informé se dit: «Waouh, la classe! Incroyable ce pays, je pensais pas que…» Et puis, la promenade de santé reprend. Après un détour par le tourisme médical (après tout, plein de gens font le déplacement rien que pour une petite lippo pas chère), le clip s’attarde sur l’exception libanaise: restaurants et mezzé à rallonge, mais surtout alcool coulant à flot, boîte de nuit, miss Liban par milliers et roulettes du Casino. Au milieu de ce vertigineux étalage, on s’attend presque à voir les petites culottes des Slaves de Maameltein. Les Arabes du Golfe se rengorgent en pensant qu’ils vont certainement passer de bonnes vacances, tandis que Monsieur Dupont de Charleville-Mézières – qui vient pour la première fois rendre visite à son fiston de l’ambassade de France – n’en croit pas ses yeux. Bienvenue au Liban, pays de bonne chère, de mœurs libérées et de déconnade.

Dans la foulée, un second clip déboule sur les petits écrans digitaux. Là, c’est la MEA qui fait sa propre promo avec une chanson de Hani el-Omari. Le clip de presque six minutes, à l’intérêt plus que limité, est en réalité un spot de pub trop long: si le logo de la compagnie aérienne nationale est omniprésent – c’est de bonne guerre –, la production a cumulé les placements de produits. Fallait bien financer le film et chacun sait combien la MEA se saigne pour assurer aux nombreux Libanais de la diaspora soucieux de rentrer chez eux plusieurs fois par an, les billets les moins chers possibles. Défilent donc dans le désordre un téléphone Nokia, une Lexus de location (Hertz), une station service Wardieh-Mobil-Esso, un passage par un hôtel Intercontinental, des bijoux je-sais-plus-quoi, des cacahuètes Al-Rifaï, de l’eau minérale Rim et tutti quanti. Bienvenue au Liban, pays de luxe, de consommation et de show-off.

nicolas cage.jpgAprès ces doux moments de marketing d’Etat à gros sabots, arrive enfin le moment de choisir un film. Dans le meilleur des cas, vous aurez même le temps d’en voir deux. Ce jour-là, dans la rubrique «films occidentaux», les options sont assez limitées. Vous pianotez sur l’écran tactile, sélectionnez le dernier film avec Nicolas Cage, et le synopsis s’affiche: «Joe un assassin, devient un mentor à la criminalité, il s’est dévoué à une jolie femme, pendant que ces distractions s’emballent, il devient dangereux pour sa besogne et à sa vie.» Faut bien avouer, ça donne envie. Bienvenue au Liban, pays de culture et bastion de la francophonie.

Voilà, il est 18h40. Vous allez bientôt atterrir après un vol somme toute agréable. Les jolies hôtesses sont généreuses en whisky, les plateaux-repas comestibles. Vous vous dîtes que la vie est belle, tandis que par les hublots de gauche, vous observez la montagne dans un travelling accéléré. Bienvenue au Liban, pays des belles brunes et de la nature préservée.

Dans le hall de l’aéroport, les familles sont agglutinées pour retrouver leurs proches. 19h, c’est l’heure de pointe. Vous vous extirpez de la foule, montez dans un taxi et filez vers la ville. Au premier embranchement, vous tombez sur ça:

route aeroport 1.jpg

300m plus loin, mademoiselle Promod a disparu… Et vous tombez sur ça:

route aeroport 2.jpgroute aeroport 3.jpg

Monsieur Dupont de Charleville-Mézière, pour lequel cette autoroute coupant la banlieue sud en deux est le premier contact « live » avec le Liban, se dit alors qu’on l’a trompé sur la marchandise. Une heure plus tôt, on lui vendait les machines à sous et les longues gambettes des Levantines. Mais une fois les pieds sur terre, seuls saint Moughniyeh, saint Moussawi et leurs potes s’imposent à lui, la bouille accueillante et le regard amical. Bienvenue au pays des martyrs, du décorum jaune, des barbes et des turbans, noirs ou blancs.

L’Office du tourisme libanais a beau se démener et produire les films les plus aguicheurs qui soient, c’est par ces images que le visiteur lambda prend contact avec ce pays. Quand bien même il ne compterait se promener qu’entre Jiyeh et Batroun, le voilà assuré que le Liban n’est pas seulement ce qu’on a voulu lui vendre.
C’est une réalité, diront certains convaincus qu’il faut rendre compte de la diversité libanaise et que le Liban n’est pas qu’un lieu de débauche. C’est affligeant, penseront d’autres à l’idée qu’un parti politique se soit approprié l’arrivée à Beyrouth, transformée en trip de propagande à l’iranienne.

Bienvenue au Liban, le pays qui n’entre jamais dans une seule case, mais que chacun aimerait pouvoir mettre dans la sienne.

jeudi, 12 février 2009

Au pays de Tanguy

tanguy liban.jpgNous en connaissons tous. Ils roulent dans de grosses voitures, ils ont des postes à responsabilité dans des sociétés importantes. Ils sont trentenaires, voire quadras. Ils ont des iPhone 3G désimlockés ou des Blackberry, ils déjeunent tous les midis au restaurant. Et quand ils n’ont pas le temps de traîner chez Casper & Gambini ou au Sushi Bar, ils débarquent le matin au bureau avec le petit casse-croûte que leur maaamy a préparé. Les Tanguy vivent – par définition – chez paaapy et maaamy, et trouvent cette situation tout à fait normale, même passée la trentaine.

Le Tanguy, évidemment, est célibataire. Car le Tanguy ne quitte pas le jupon maternel tant qu’une Tanguette n’a pas pointé le bout de son nez (en trompette bien sûr, naturel ou non peu importe). Seulement voilà, il arrive souvent que la Tanguette se fasse désirer. Du coup, le Tanguy attend, attend mais au moins il économise. Car habiter chez paaapy-maaamy jusqu’à 35 ou 40 ans a quelques avantages: pas de loyer à payer, pas de linge à laver ou à repasser, pas de petits plats à préparer… Si bien que le Tanguy – même s’il a assuré l’essentiel c’est-à-dire son confort matériel – est souvent très mal préparé à voler de ses propres ailes. Du coup, il prend encore plus son temps.

Alors, quand Tanguette entre dans sa vie, Tanguy place la barre très haut: Tanguette (et/ou la future employée de maison) doit avoir mille cordes à son arc, et surtout ne pas avoir le même âge que lui. En effet, chez Tanguette, il y a un petit truc qui fait tic-tac-tic-tac-tic-tac. Passés 25 ans, Tanguette attire les regards réprobateurs de ses proches (genre «Haram! Elle va bien trouver à se marier, elle est bien faite pourtant! Quand est-ce que je vais devenir tétâ, moi?»). Dans la France du XVIe siècle, on affublait du surnom de Catherinette ces femmes de 25 ans encore célibataires. Au Liban, ce sont les Tanguette qui sont pointées du doigt. La société libanaise est en effet bien plus cruelle pour les Tanguette que pour les Tanguy qui, eux, peuvent se permettre de faire traîner les choses: même octogénaires, ils pourront toujours se reproduire. Pourtant, ce sont bien eux les coupables: rien ne les empêche de prendre un appartement ou d’imposer leur volonté d’indépendance, de dire à leurs aïeux que «bon, là, ça suffit, je ne suis plus votre piou-piou…», de casser le moule et de couper le cordon. Blah blah blah. Mais non. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple? D’un autre côté, si les Tanguette n’attendaient pas de trouver le mari qui pourra remplir les quotas syndicaux leur garantissant la maison (300m2 minimum), la voiture (4x4 V8 minimum), la «Philippinaise» (18 heures de travail par jour minimum) et le coiffeur (2 fois par semaine minimum) – enfant en option –, cela faciliterait aussi les choses.

Finalement, comme dans un conte de fée, tout est bien qui finit bien: Tanguy – qui a gagné quelques kilos à la ceinture avec les années, les restos et les sandwiches de maaamy mais perdu quelques poils sur le caillou entre temps – finit par se marier avec une Tanguette toute floutée et auréolée sur les photos de mariage publiées dans les magazines mondains. Une fois la meringue de Tanguette étalée sur papier glacé, Tanguy n’a plus que neuf mois à attendre pour entendre brailler puis voir grandir Tanguy Jr (oui, un fils de préférence sinon «haram»). On en croise parfois à la sortie des maternelles, de ces Tanguy devenus pères à 45 ou 50 ans. Ils ont souvent l’air gauche et soucieux. Peut-être sont-ils en train de se dire qu’à leur tour, ils en ont pris pour 45 ans.

lundi, 09 février 2009

Allah ma3k

Tout ou presque a déjà été écrit sur les chauffeurs de taxi libanais. Sur leur bagou, leur hochement de tête dédaigneux quand votre destination ne leur revient pas, leur gentillesse aussi (parfois), leur sens souvent bizarre de l’itinéraire en ligne droite… Lorsqu'ils se lancent dans une conversation qui tourne régulièrement au monologue, il faut savoir faire le tri entre leurs vérités et leurs baratins. L'expérience a un caractère presque folklorique et elle est souvent drôle.

Hier, je devais me rendre à Hamra. Je me suis pointé sur le boulevard près de chez moi pour alpaguer l'un de ces bolides à plaque rouge, et le premier d’entre eux fut le bon…

Bonnet vissé sur la tête, sourire ancré sur le visage, rides taillées au cutter autour des yeux, un vieux chauffeur me lance le fatidique «Tla3».

taxi beyrouth.jpg

Extraits de la conversation avec mon chauffeur du jour, à 20km/h dans une vieille Mercedes 200, quelque peu cabossée.

«Vous allez à Hamra? Ah, Hamra! Quand j’étais jeune, nous y allions pour voir les filles en mini jupes… Aujourd’hui, c’est bien difficile d’en voir. C’était quelque chose, Hamra! Moi, j’ai été dans une école d’éducation française et mixte, à l’Ouest. Et de mon temps, nous ne faisions pas le sexe. Nous restions simplement amis avec les filles, et c'était très bien comme ça.»

«Au début de la guerre, en 1976, un petit Palestinien m’a tiré dessus. J’ai dû partir aux Etats-Unis pour me faire opérer. J’ai passé 20 ans en dehors du pays à travailler dans des services d’immigration, où je m’occupais de tous les Arabes voulant immigrer en Amérique du Nord. Mais quand je suis rentré au pays, les moukhabarats [syriens] m’ont arrêté à l’aéroport, m’ont fait asseoir à une table et m’ont dit: “Maintenant, tu vas nous raconter des histoires sur tous nos frères arabes que tu as vu défiler.” Heureusement, depuis, les Syriens sont partis. Nous avons retrouvé un peu de liberté d’expression.»

«Quand j’étais à Los Angeles, j’ai travaillé pour le plus grand juge de l’Etat. Il y avait une stagiaire très dynamique qui s’appelait Condie. Un jour – elle était enceinte d’une petite fille à l’époque –, elle nous a dit: “Je pars pour travailler à Washington.”»

«J’espère que cette année, le Hezbollah donnera ses armes à l’armée. Ce serait bien que toutes ces roquettes soient pour l’armée. Elle ferait bonne figure comme ça. Mais il faudrait aussi que l’armée libanaise fasse le ménage un peu chez elle. Moi, je connais trop de généraux qui boivent et qui dilapident leur argent au jeu.»

«Quel malheur ce qui arrive au Liban! Moi, j’aimerais que les juifs puissent vivre à Beyrouth comme ils le faisaient avant. Regardez, [il montre du doigt le quartier de Wadi Abou Jamil en contrebas]. Ils vivaient là, et tout se passait très bien entre nous tous. C’était ça la magie du Liban! Moi, je suis orthodoxe. Vous, vous êtes sûrement latin [le client à l’arrière glisse «Moi, je suis maronite»]. Pour moi, nous sommes tous pareils.»

«Je suis en train d’écrire un livre sur la stupidité humaine. La stupidité des hommes vient des religions. Quelle religion peut se prétendre intelligente quand elle demande de haïr, de prendre les armes et de tuer? Au Liban, les hommes sont des moutons, ils suivent bêtement ce qu’on leur dit et leurs leaders le savent et en profitent. C’est la pire des choses, de ne pas réfléchir par soi-même. Pour commencer, il faudrait bannir la religion de ce pays.»

En me lâchant au carrefour de la rue de Rome, le sexagénaire me lance: «Allah ma3k!» On ne se refait jamais totalement.

dimanche, 03 août 2008

Ces délicieuses amandes fraîches

871977906.jpgMon premier été à Beyrouth avait été parsemé de jolies petites joies pour mes papilles. Tout frais débarqué de Paris où Tricatel avait pris le pouvoir depuis trop longtemps, j’étais en train de (re)découvrir le plaisir des fruits de saison. Il y avait eu les mûres grosses comme mon pouce, les cerises au jus pigmenté comme de l’encre de Chine, les pastèques généreuses, les pêches blanches de Bikfaya, les tomates cœur de bœuf, les melons-ananas, les figues vertes caramélisées par le soleil, puis mi-août les pistaches fraîches, engoncées dans leur peau rouge et noire… Chacun d’entre eux étaient disponibles sur les étals colorés des primeurs quelques semaines seulement, le temps pour ces fruits de la terre d’être consommé selon le calendrier de Dame Nature. Mais avant la dégustation, il y a un autre plaisir: celui de pouvoir choisir, tâter, sentir ces fruits que l'on va acheter. Lorsque la mère de Nat avait débarqué en France, c'est avec stupeur qu'elle avait entendu un commerçant en primeurs la rembarrer parce qu'elle tripotait ses produits comme elle en avait l'habitude ici. Au-delà du choix de la tomate la plus ferme ou de l'abricot le plus mûr, c'est un véritable bonheur dont elle se sentait privée mais qu'ici, nous apprécions pleinement.

Hier soir, je suis passé chez mon marchand de légumes pas loin de la mosquée Beydoun, la seule du quartier chrétien de Beyrouth. Cet homme sans âge, rarement rasé de près, m’accueille toujours par des «ahlan raïs» accompagnés de 40 secondes de salamaleks imbriqués les uns dans les autres et tout aussi flatteurs pour moi que pour mes descendants. Quand je suis arrivé devant sa boutique bricolée dont l’éclairage est assuré par des guirlandes de Noël 365 jours par an, il y avait un jeune homme qui faisait comme moi. Je ne sais pas pourquoi, mais ce jeune homme m’a fait penser à un ami d’enfance qui m’est très cher. Peut-être à cause de son profil bien marqué. En finissant ses emplettes, l’inconnu a demandé «kilo loz». Je me suis dit que j’allais l’imiter.

En repartant en voiture, j’ai commencé à croquer mes «loz» à moi, une à une, en écartant la bogue verte et duveteuse, puis la fine peau amère. En pleine euphorie gustative, je me suis aperçu que mon ami de France n’avait jamais goûté ces délicieuses amandes fraîches du début de l’été.

mercredi, 23 juillet 2008

Shooting dogs

Comme tout Français moyens, il nous arrive de faire les courses en famille. De retour en terre libanaise, nous étions investis d'une mission facile à accomplir: remplir le frigo. Direction donc le Géant de Jdeidé, ne serait-ce que pour voir si cette enseigne (liée à Monoprix) était toujours ouverte.
Premier constat: oui, Géant et Monoprix sont toujours là, vu que le vendeur libanais et l’acheteur du Golfe sont maintenant en procès. Ouf pour mon ambassade de France à moi.
Second constat: les rayons ont néanmoins perdu une bonne partie des produits maison «made in France».
Au rayon jardinage (on aime bien le jardinage), Nat voulait s’acheter de grosses cisailles. Soit. Mais à côté desdites cisailles, bien en évidence à 20cm du sol (soit la hauteur parfaite pour des gosses), de magnifiques cure-dents géants brillaient sous les néons. En voici un...
957384773.jpg
Des machettes au rayon jardinage, pourquoi pas? Après tout, l’usage premier de cet ustensile est de couper des lianes en pleine jungle ou de touffus bambous. Le truc, c’est qu’au Liban, on a ni jungle (au sens propre) ni forêt de bambous. Le second usage de cet ustensile, certains pays des Grands Lacs en ont malheureusement fait les frais.
Alors de quatre choses l’une: l’importateur prévoit que le Liban se recouvre d’une jungle luxuriante d’ici la fin de l’été (probabilité: 0,1% au vu des feux de forêts en cours dans notre belle montagne); ou cet importateur prévoit une pénurie de AK-47 (probabilité: 49,9%); ou encore un container s’est perdu en chemin et a été débarqué au port de Beyrouth par erreur (probabilité: 30,7%); ou enfin c’est un cadeau de l’ambassade de Chine au Liban, très dynamique commercialement (probabilité: 19,3%).
Dernier détail de taille: la machette «made in China» ne coûte que 2500 livres libanaises (même pas 2 dollars). Du coup, j’ai failli en prendre quatre, une pour chaque membre de la famille. Et même cinq: quatre pour nous et une cinquième pour Samir Kantar. Nous n’avons pas les moyens de lui offrir un M-16 comme Hassouna, mais une machette lui irait à ravir.

mercredi, 09 juillet 2008

Leaving Beirut

 
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