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mercredi, 30 janvier 2008

Pour ceux qui ont quelques minutes à perdre

3c6356ee8a322d88931a2c7deb54f9c5.jpgCela fait bien longtemps que nous n’avons pas mis en ligne des photos de Beyrouth. Une série d’albums est en préparation. Nous commençons donc par le cimetière Mar Mitr, et nous poursuivrons notre balade beyrouthine par les pêcheurs de Raouché, la vieille gare et d’autres séries thèmatiques. Pour ceux qui ont quelques minutes à perdre, donc.

vendredi, 04 janvier 2008

Trompe la mort

4d0f1792110da7d4f09213845e267510.jpgOn en rigole souvent quand on parle du Liban aux étrangers. La conduite au Liban – genre «jeu vidéo» – a des côtés folkloriques, c’est vrai. Mais c’est aussi une catastrophe nationale dans ce beau pays.

Les raisons en sont multiples. Encore une fois, cela est souvent sujet à plaisanterie. Par exemple, il y a quelques années, la police locale a reçu des radars et un stock de ballons pour faire souffler les automobilistes. La mesure a été annoncée, puis est entrée en vigueur. Au bout de deux semaines, il n’y avait plus rien. Seule celle concernant la ceinture à l’avant est plus ou moins respectée – surtout moins que plus (y compris par moi).

Ce matin, j’ai lu une grosse brève dans L’Orient, relatant un début d’année morbide sur les routes libanaises. Trois accidents mortels, près de Batroun, de Tyr et de Marjayoun ont déjà fait des dégâts. Quelques jours plus tôt, la YASA venait d’annoncer que l’année 2007 avait battu des records de mortalité sur la route.

La veille de Noël, j’ai moi-même failli renverser un motard qui arrivait à contre sens sur une intersection, en plein Beyrouth. Le gars a volontairement fait déraper sa roue avant pour ne pas percuter ma voiture. Je suis descendu de voiture, le motard n’avait rien. Heureusement. J’étais avec l’une de mes filles, qui m’a demandé ce qui se passait, très inquiète.

Parlons-en des enfants. Quand je suis piéton avec elles, ma hantise est de voir débouler un abruti-roi-de-la-route. J’en prends une dans les bras, l’autre est empoignée de force pour traverser les boulevards. Cela m’arrive de balancer des coups de pieds dans des voitures voulant forcer le passage d’un piéton accompagné de deux enfants… Un réflexe tout ce qu’il y a de plus humain je crois.

Alors, d’où vient le problème? De ce permis de conduire absolument inepte décerné au Liban contre monnaie sonnante et trébuchante? De l’état des routes, surtout pendant les pluies diluviennes (un proverbe existe ici: «Au Liban, on évite pas les trous, on les choisit»)? Des économies de bout de chandelle faites sur la qualité de l’asphalte utilisée? De l’ignorance totale et du non respect du code de la route (y compris par moi sur certains feux rouges que tout le monde grille)? Je ne sais pas, ça doit être un ensemble. Mais je crois qu’il y a là un chantier colossal pour les pouvoirs publics.

Vous voulez vous faire une idée de ce que conduire dans notre belle région veut dire? Regardez donc les trois vidéos qui suivent. Vous remarquerez sur ces images qu'il y a quand même quelques automobilistes qui mettent leur clignotant. Le problème, pour certains, c'est qu'ils le mettent pour indiquer aux autres de quel côté ils peuvent être dépassés (véridique)...



mardi, 01 janvier 2008

Perfect day

Je ne sais pas pour vous, mais le dernier jour de 2007 et le premier de 2008 ont apporté quelques satisfactions. Hier 31 décembre, nous avons passé un réveillon simple et sympa, et plus tôt dans la journée, j'ai fait un crochet par la Sûreté générale pour récupérer ce petit rectangle bleu clair plastifié qui me sert de sésame annuel pour habiter dans ce pays. Il m’a donc fallu attendre le dernier jour de l’année pour sortir de mon tunnel personnel. Pendant ce temps, Nat recevait elle aussi ses étrennes: un acquittement dans un procès pour diffamation qu'elle traînait depuis plus de deux ans (rapport à un article sur la corruption qui n'avait pas plu à tout le monde). Deux signes que cette année 2007 était – enfin – bel et bien terminée.

Et puis aujourd’hui, hirsutes, nous n’avons rien fait (c’est bien à ça que ça sert les jours fériés, non?), si ce n’est manger quelques délicieux restes de la veille et regarder L’Empire contre-attaque – et sa sublime réplique: «Luke, je suis… ton père» ;-) –, tranquillement affalés sous une couette avec nos deux monstresses.

On croise donc ardemment les doigts pour que les 365 autres jours de l’année 2008 (une année bissextile, donc 366 jours au total) soient aussi paisibles que celui-ci. C’est aussi l’occasion pour nous de vous souhaiter à tous une bonne année, avec tout ce que vous voulez mettre dedans: la paix, des grasses matinées, la fin des attentats, un nouveau président évidemment, quelques bons moments entre amis, l’amour pour ceux qui ne l’ont pas encore rencontré, des M&M’s peanut butter, quelques occasions à ne pas rater, et tout ce qui vous passera par la tête.
Allez, on vous laisse avec un petit clip qui date de l’année dernière, mais qui est toujours d'actualité en ce 1er janvier 2008…

jeudi, 27 décembre 2007

Les Libanais ont faim, les Libanais ont soif

ghadi_smat_basement.jpg– «Allo, Michel, comment ça va? C’est David. Dis-moi, je voudrais réserver une table au Music Hall pour 12 personnes vendredi soir. Tu peux m’arranger ça?
– Ouh la! Je t’arrête tout de suite. Ça me ferait plaisir que vous veniez tous les deux, mais d’ici le 2 ou 3 janvier, je n’ai même pas un centimètre carré au bar! C’est full, complet, archi booké! Avec tous les gens qui rentrent au Liban pour les fêtes, les affaires vont bien. Et puis en général, tu les connais, ils réservent pour 10 et viennent à 15 minimum.
– C’est pas de chance, moi aussi j’avais des gens de l’étranger…
– Je suis désolé, David. Bon, je vais appeler Abdo pour qu’il te mette en nº1 sur la liste d’attente au cas où il y a un désistement.
– Merci Michel. Peut-être à vendredi alors.» Merde!

Bon, maintenant, il faut penser au dîner avec les beaux-parents, ce soir-même.
– «Allo, je suis bien au Abdel Wahab?
– Oui.
– Je voudrais réserver une table pour 6 personnes, pour ce soir 21h. C’est possible?
– Ah non, désolé, il n’y a plus de place ce soir.
– Même si l’on vient plus tard?
– Oui, désolé. Au revoir.» Remerde, je vais pas les emmener au Chef quand même!

Le pays est en pleine dérive, mais les restos et les boîtes sont pleins à craquer. Les affaires vont bien pour certains, car au Liban, quoi qu’il arrive, on fait la fête. Faut s’y faire à cet état d’esprit! Même après 10 ans, ça m'émerveille encore…

PS: Si vous cliquez sur la photo ci-dessus, vous voguerez vers le site d’un copain photographe. Vous pourrez vous faire une plus ample idée des nuits beyrouthines… 

dimanche, 23 décembre 2007

Lettre (et avertissement) au père Noël

Bonjour monsieur Noël,

Il paraît que vous allez passer par Beyrouth la nuit prochaine. Avant d'arriver dans l'espace aérien libanais dans votre beau traineau, assurez-vous qu'il n'y a pas d'avions israéliens violant les cieux levantins. On n'est jamais trop prudent. Une fois que vous aurez pu atterrir sur le territoire libanais, n'oubliez pas de montrer patte blanche au service de l'immigration (pour bien faire, évitez de passer par Bethléem avant le Liban, ça fait mauvais genre d'avoir un visa de notre voisin). Enfin, ne mégotez pas avec les mesures de sécurité. Les gens importants – et vous en faites partie, cela ne fait nul doute – sont des cibles de choix dans notre beau pays. Bon, maintenant, on peut passer à la liste de cadeaux que j'aimerais vous faire parvenir. Alors voilà, je voudrais...

  • Un président de la République, mais vous savez, un de ceux qui servent à quelque chose, parce que cela fait presque 20 ans qu’on n’en a pas vu la couleur
  • Des milliards de neurones tout neufs à distribuer généreusement à nos ténors politiques (je sais déjà qui aura double portion)
  • Des stérilets inamovibles pour les épouses d’hommes politiques, afin que les lignées féodales s’éteignent et laissent la place à des gens neufs
  • Quelques heures d’électricité quotidiennes supplémentaires
  • Des tarifs de cellulaire moins exorbitants (et une connexion Internet potable aussi)
  • Des agents de la circulation qui fluidifient les bouchons au lieu de les créer
  • Un pays pour nos locataires palestiniens qui, je vous le rappelle, mettent depuis 60 ans ce souhait sur leur liste au père Noël
  • Des voisins sympas et bienveillants (je sais, je mets ça chaque année, mais j’ai l’impression que vous faites la sourde oreille, désolé d’insister lourdement)
  • Du chawarma poulet de chez Makhlouf (à Dora) gratuit pour tout le monde et à vie
  • Des trottoirs où se balader avec une poussette ne ressemble pas au Camel Trophee

Je vais m’arrêter là, même si j’ai encore plein de choses à demander, mais je ne voudrais pas paraître trop gourmand. J’en garde sous le coude pour l’année prochaine.

Allez, je vous laisse, khawaja, vous avez du boulot devant vous pour me préparer tout ça. Bon vol, et ne prenez pas froid demain soir. Je vous attends de pied ferme, mon pépère.

jeudi, 20 décembre 2007

Frange Connection

Depuis quelques jours, j’hésite entre écrire un post sur la situation politique, ou plutôt sur la dimension socio-économique de la chose (que tout le monde a l’air d’occulter joyeusement), une séance de coiffure hilarante, ou tout simplement m’abstenir parce que je ne vois pas les choses en rose en ce moment… Résultats des courses: que je m’offre une coupe de cheveux est un événement suffisamment rare pour que je ne remette pas à la prochaine fois le récit de cette séance tragi-comique.

Il y a quelques jours, j’ai donc décidé de souscrire à mon obligation semestrielle en matière de soins capillaires. Ce qu’il y a de bien, quand on ne se rend pas souvent dans un salon de coiffure, c’est que tout le monde est content de vous voir. Un peu comme la vieille tante à laquelle on rend visite tous les 36 du mois et qui sort les gâteaux, les bonbons et tout le tralala.
Et cette visite a eu ceci d’utile que j’ai eu la réponse à cette question que se posent tant d’étrangères au Liban (et ailleurs): comment certaines Libanaises (bon, d’accord, nombre d’entre elles) font-elles pour être toujours impeccablement coiffées, manucurées, pédicurées, maquillées… Le charmant jeune homme – que nous allons appeler Michel – à mes petits soins me demandait si je travaillais toujours, n’ayant pas d’aide à la maison avec deux enfants (apparemment, cela a l’air de tenir de l’exploit, même si je concède volontiers que le système libanais est bougrement compliqué pour les gens dans notre situation). Après que je lui ai répondu par la négative, il partit dans une grande analyse, apparemment à vocation cathartique, de sa clientèle habituelle: la jeune fille, âgée d’une trentaine d’années, qui m’avait précédée vient le voir trois fois par semaine, comme l’immense majorité de ses clientes. Parce qu’il y a toujours quelque chose à faire: lundi, manucure et brushing; mercredi, «coup de peigne» (j’adore!), épilation et massage; samedi, pédicure, soin du visage, retouche des ongles de la main si nécessaire et re-brushing. Plus les visites majeures pour coupe, couleur et autres soins ou maquillage. A ce rythme-là, évidemment, il y a peu de chance d’avoir l’air un tant soit peu négligé… Pour ceux et celles qui s’interrogeraient sur ce qu’est le «coup de peigne», il s’agit d’une retouche de coiffure, mais sans shampoing. Evidemment, pour Michel, ces clientes sont une riz’a (une bénédiction) car ce sont elles qui le font vivre, pas moi!

Toujours est-il que selon ses «statistiques», environ une de ses clientes sur cinq vient tous les jours, et certaines poussent le vice (ou l’oisiveté) jusqu’à venir tous les jours, deux fois par jour. Incroyable mais vrai. Le vernis s’est écaillé sur un ongle, le brushing s’est un peu défait, un petit massage, ça relaxe de bon matin, il y a aussi le maquillage de jour ET de soirée, etc. Il s’agit souvent de femmes issues de milieux très aisés, pas toutes âgées (loin de là), n’ayant il semblerait rien de mieux à faire de leur temps et de leur argent. C’est caricatural, évidemment, mais quand même. Ce pauvre Michel n’en peut plus, parce que, vous l’aurez compris, tout ceci est symptomatique d’une grande solitude et qu’il faut évidemment faire la conversation à ces dames qui arrivent au salon comme si elles rentraient chez elles. «J’en sais plus sur elles que sur ma propre famille!», soupire-t-il.

Histoire de marquer le coup, une élégante cinquantenaire arrive sous les «Bonjour Mme X. Comment vont les enfants, Mme X? Votre manteau, Mme X. Une camomille Mme X, comme d’habitude?». Michel me prévient discrètement: «Elle est venue hier et là, elle va me dire: “Michel, il y a quelque chose qui ne va pas là”», en montrant sa frange. Ce que Mme X ne manque pas de dire, mot pour mot, en m’adressant au passage un regard au mépris souverain. Puis elle va s’assoire auprès d’une autre cliente, habituée elle aussi puisqu’elles embrayent directement la conversation sur les nouvelles des uns et des autres.

Tout ceci est anecdotique, cela va sans dire. Mais c’est aussi pathétique, surtout lorsqu’on y agrège les sujets de conversation qui, eux, sont en revanche très révélateurs de l’absolu surréalisme dans lequel vit cette catégorie de Libanaises (je sais, il y en a partout des comme ça, mais ils sont nettement plus visibles ici). La ravissante jeune femme qui m’avait donc précédée tapait elle aussi la discute avec une jeune cliente. L’objet du dialogue: l’achat d’un bateau. La seconde envisageait d’acheter un hors-bord avec une de ses copines et la première voulait participer. «Pourquoi? Tu as déjà un yacht de 40m!» demande la seconde. Réponse: «Oui, mais il est trop gros, je n’arrive pas à le sortir de l’embarcadère. Il m’en faut un autre.» Immanquablement, cela m’a fait penser à toutes ces filles à peine pubères au volant de 4X4 monstrueux que, dans 9 cas sur 10, elles ne savent pas conduire (il faut les voir faire un créneau) et au volant duquel elles se prennent pour Ayrton Seyna.

Les salons de coiffure sont très instructifs. De véritables laboratoires sociologiques. Lors d’une précédente coupe en août 2006, en pleine guerre donc (j’avais décidé de m’offrir un moment de normalité dans ce chaos total), j’avais, très indiscrètement je l’admets, prêté l’oreille aux propos de mes voisines de shampoing. Ben oui, désolée, mais chez le coiffeur, je n’arrive pas à lire Voici.
Bref, la dame expliquait qu’elle revenait de Paris (apparemment, certaines avaient trouvé la parade au blocus) mais qu’elle comptait y retourner rapidement car à Faraya, ce n’était plus tenable. «Habibté, avec tous les enfants qu’il y a là-haut en ce moment, c’est insupportable. Il y a trop de bruit!».
Il faut que j’aille plus souvent voir Michel et ses clientes. J’en reviens toujours avec le sentiment d’être non seulement plus apprêtée, mais aussi et surtout, drôlement normale, en fin de compte.

A suivre: le Liban, probablement seul pays au monde où une banque a lancé un prêt personnel finançant spécifiquement des opérations de chirurgie esthétique. Pour en savoir plus, regardez ce qui suit...

dimanche, 25 novembre 2007

The Basement à Beyrouth : la bulle d'un soir

Il est 2 heures du mat, et pour être poli, je vais dire que je suis fatigué.

the_basement_beirut.jpgJ'ai passé la soirée au Basement, havre de décibels et de normalité à Beyrouth, malgré la crise politique en cours de ce côté-ci de la Méditerranée. J'ai passé une soirée arrosée en compagnie d'un journaliste marseillais, de Jade, hôte des lieux, et des ami(e)s de ce dernier. Le boss a tenu à ce que l'endroit soit ouvert bien que l'ambiance en ville ne soit pas au beau fixe. Franchement, dans ce microcosme beyrouthin, on aurait pu croire que tout allait bien au Liban.

Et puis Jade m'a dit ceci, en résumé: certes, il faut continuer de se battre pour rester ici, mais il ne juge plus les gens qui choisissent d'autres horizons pour continuer de vivre. Lui se donne jusqu'à l'été prochain pour décider de sa trajectoire. Il a 30 ans, et ne considère pas qu'il pourra fonder une famille ici, dans ces conditions. Ça m'a fait mal au cœur, même s'il a tenu à préciser que ce serait «partir pour mieux revenir». Alors je me suis amusé, on a tous bu, on était bien dans cette bulle beyrouthine. La question du jour est: est-ce que cette bulle va éclater et si oui, et quand?

vendredi, 23 novembre 2007

Considérations diverses à H-7

Kouchner est parti, Lahoud a prévenu qu'il attendrait minuit pour plier bagages (ou non), tout le monde s'active encore alors qu'un nouveau délai (au 30 novembre) a été avancé pour une nouvelle session parlementaire... Je me suis mis le doigt dans l'œil. Je pensais que l'attente insupportable prendrait fin demain, il semblerait bien qu'on en remette une couche. Pourquoi nous avoir cassé les pieds depuis des mois avec cette fatidique date du 23 novembre à minuit? Ça va pouvoir durer jusqu'à 2020 comme ça, à nous imposer des reports de semaine en semaine. Remarquez, 2020, c'est plutôt pas mal comme hypothèse, il y a des chances pour que nos seigneurs de guerre aient passé l'arme à gauche.

[...]

Je reviens d'un petit tour en ville. J'en ai profité pour faire un crochet par le magnifique sit-in du centre-ville (photo ci-dessous à gauche). Toujours aussi accueillant et chaleureux. Les deux pelés et trois barbus qui font semblant d'être là se réchauffent comme ils peuvent. Mais attention, il ne faut pas se fier aux apparences... Nos amis CPL et Hezbollah sont là depuis presque un an, à bloquer les places des Martyrs et Riad el-Solh, des emplacement bien stratégiques. Depuis des mois, les tentes et les posters jaunissent, il n'y a quasiment personne sur place. Ils attendent quoi exactement?

d67d185fb1fefd0dbd7ae959d7350ae8.jpga831854300d2cd4c43b306b51f1d4ec8.jpgPendant ce temps-là, le reste de la ville ronronne doucement. J'ai même croisé quelques transports scolaires, comme quoi certaines écoles ont ouvert leurs portes aujourd'hui malgré tout. Et à Gemmayzeh, plusieurs cafés comme le Torino Express (ci-dessus à droite) sont pleins. Remarquez, c'est pas difficile, on doit pouvoir y rentrer à 20 maximum...

[...]

5685e4c7193923fcac2361a9709db4d5.jpg Comme je l'écrivais hier, les rues de Beyrouth sont kaki. Les militaires sont partout. On se sent bien protégés comme ça, oh ça oui... J'espère que, en cas de conflit, nos amis en treillis respecteront le drapeau libanais plutôt que ceux des milices.

 

 

[...]

Bon, côté météo, mes informations ne sont pas très fiables. Ce soir, les nuages sont très menaçants au-dessus de la montagne...
nuages.jpg

Considérations diverses à H-13

L’opposition veut boycotter, le 14 Mars veut envoyer ses députés coûte que coûte. Sur la place de l’Etoile où se situe le Parlement, il y a déjà une foule de journalistes, attendant ces parlementaires qui devraient pointer le bout de leur nez vers 13 heures. La pression grimpe, chacun fait monter les enchères. Réponse dans quelques heures pour savoir qui aura les plus gros biceps.

[...]

Emile Lahoud est en train de faire ses adieux au personnel du palais de Baabda. Bon débarras. Encore que... Comme me le disait Nat hier, on ne sait pas encore quelle trace ce personnage laissera dans l'Histoire, puisque celle-ci est en général écrite par les vainqueurs...

[...]

Ce matin, le soleil est revenu à Beyrouth. Et selon la météo, cette embellie devrait durer toute la semaine prochaine. En gros, tout le monde a laissé passer l’orage ces derniers jours (au sens propre comme au sens figuré), en attendant le ciel bleu. Si jamais la situation dérape à partir de demain avec quelques belles émeutes comme celles du janvier dernier, au moins, ce sera plus photogénique d’avoir des colonnes de fumées noires sur fond bleu plutôt que sur fond gris.
Pendant ce temps, dans cet horizon (presque) dégagé, des petits bateaux continuent leur train-train quotidien. Nos amis allemands veillent au grain au large.
ciel_bleu.jpg

[...]

Maurice Béjart vient de mourir. Est-ce que quelqu’un se souvient du petit scandale au festival de Baalbeck à cause de l’un de ses spectacles?

[...]

5765399fd108754f818655a6c3a181ea.jpgSur la page d’accueil de L’Orient, hier, un avertissement a attiré mon attention. En raison du 22 novembre, un jour chômé également par la presse, il n’y aurait pas de journal ce matin, la prochaine édition du quotidien serait donc datée du samedi 24 novembre. Je trouve ça hallucinant que, vu les circonstances, un quotidien (quel qu'il soit) respecte ce genre de dispositions syndicales. Ce matin donc, sur le site web du seul quotidien francophone du Liban, il n’y avait pas de «nouvelles neuves». L’équipe rédactionnelle aurait pu garder une veille, afin d’alimenter le site qui est énormément consulté par les Libanais de l’étranger. Faut pas s’étonner si les citoyens cherchant à s’informer vont voir ailleurs…

[...]

Ce matin, j’ai reçu un mail du Circuit Empire (l’un des principaux distributeurs de films au Liban). Le contenu disait en substance que, «à cause de la situation, l’avant-première du film de Robert Redford Lion for lambs, prévue demain matin, était reportée “until further notice”». Ça me rappelle étrangement l’après-12 juillet 2006 quand on recevait les annulations les unes après les autres.

[...]

Toujours dans la rubrique cinéma: un copain chef op’ a débarqué cette semaine de Paris pour participer au tournage d’un film libanais. Le tournage est censé débuter demain. Je trouve ça touchant (ou inconscient?) que certains poursuivent leur effort de vie de cette manière.

[...]

Dernière info d'ordre météorologique: avec ce qui est tombé ces derniers jours, la pointe du Mont Sannine est toute blanche.

mardi, 20 novembre 2007

Météo et politique, même combat

Aujourd'hui, j'ai commencé un papier par une comparaison entre le climat politique à Beyrouth et la météo, la vraie, qui fait un peu peur depuis 24 heures, avec ses orages, ses rafales de vent et ses coups de tonnerre. Un copain français de passage en ville vient de me dire qu'une amélioration du temps est prévue à Beyrouth d'ici jeudi ou vendredi. Espérons que les deux phénomènes suivent la même trajectoire. Car si ça reste comme ça... Jugez plutôt avec cette vidéo tournée la nuit dernière. Ça dure 5 minutes, et c'est 5 minutes de pure violence. Et ce soir, c'est le même topo.

samedi, 17 novembre 2007

Piqûre de rappel

Quand vous arrivez à Beyrouth par avion, ça donne ça...



Les pilotes, eux, voient plutôt ça...

Il me faut parfois une petite piqûre de rappel. Les habitués des vols vers Beyrouth savent de quoi je parle. Pour moi, c’est toujours le grand frisson quand j’entends l’hôtesse me parler de la température au sol alors que le Boeing s’approche de la piste d’atterrissage. Ce moment où on se dit «ça fait du bien de rentrer chez soi». J’aime ces quelques secondes, le nez collé au hublot à regarder la montagne défiler, à essayer de reconnaître l’ATCL, la Marina de Dbayé, Raouché, puis les camps palestiniens et Ouzaï… C’est même encore meilleur de nuit. Bref. Tout ça pour dire quoi au fait? Pour dire que je suis impatient de partir pour pouvoir revenir… Toujours revenir... Ne pas partir pour ne pas risquer de ne pas revenir.

vendredi, 16 novembre 2007

Un petit rien en moins ?

livre_ouvert.jpgCet objet est devenu un produit de luxe. Comme la Danette au chocolat. Au Liban, acheter une BD pour compléter une série, acheter un livre pour ses enfants, devient un acte hautement sensible. Avec l’euro à 1.46 dollar, flâner dans une librairie prend parfois des tournures masochistes.

Cela pourra paraître futile de parler du prix des livres alors que l’essence vient d’augmenter, que la boîte de 6 œufs passe la barre des 2000LL, que l’électricité manque cruellement (j’arrête ici la liste, Nat l’a déjà dressée plus bas). Mais pour nous, un livre n’est pas tout à fait un bien de consommation comme un autre: c’est une ouverture sur le monde, un ticket d’évasion pour nos cerveaux, des puits de savoir que l’on peut consulter à l’envi même s’il n’y a pas de courant justement. Même périmés, certains restent intéressants, comme le Que sais-je? sur le Liban édité en 1985 que je viens de relire et dont la conclusion, écrite en pleine guerre, reste étrangement d'actualité.

J’en parlais aux étudiants du DES, et certains me répondaient que s’ils cherchaient une info, ils allaient simplement sur Google ou Wikipedia. Sommes-nous déjà des dinosaures, la trentaine bien entamée, pour voir dans les livres une source de savoir bien moins périssable que l’est Internet? Au Liban, les livres – surtout francophones – sont-ils condamnés à l’oubli, ou même simplement à devenir le privilège d’une élite qui a les moyens financiers de se les procurer? Je trouve ça terrifiant de se dire ça.

L'un des livres préférés de nos filles, intitulé Les petits riens qui font du bien et ne coûtent rien, liste tous ces petits gestes de la vie qui apportent tant de petits bonheurs, parmi lesquels respirer le doux parfum d'un livre neuf. Aujourd'hui, ce petit rien-là n'en est plus vraiment un.

jeudi, 15 novembre 2007

DES de Journalisme : le tube à éprouvette du Liban

joseph chami.jpgJe viens de passer une semaine avec les étudiants de première année du DES francophone de Journalisme à l’Université libanaise. Comme je le disais dans un autre post, ce qui est chouette dans ce métier, c’est qu’il y a souvent des «premières fois». Et là, c’était ma première fois en tant que prof pour une session pratique.

Premier bilan: j’ai bien aimé me prêter au jeu. Espérons que les étudiants aient apprécié, et aient retiré quelque enseignement de ces heures passées ensemble.

Second bilan: année après année, les promotions ne sont pas forcément d’un niveau excellent (même si pour l'actuelle, la motivation de la grande majorité des étudiants est indéniable et le niveau nettement meilleur qu’il y a 8 ou 9 ans). Mais cette formation offre l’occasion de créer un mini Liban dans une classe unique. Parmi les 20 étudiants, il y a donc de tout: deux ou trois mères de famille d'âges et de milieux sociaux disparates dont une venant tous les jours de Tripoli, une militante CPL, une artiste, une fille de Nabatiyeh pour qui devenir journaliste est en soi un combat, une intello, un gars issu de l’Université islamique, deux copines «hype» (je mets des guillemets), deux étrangers intéressés par le Proche-Orient, la fille qui se croit plus maligne que les autres, celles qui restent trop en retrait… Bref, culturellement, socialement, géographiquement, politiquement et confessionnellement, il y a de tout.
Tous ces éléments représentatifs d’une bonne partie de la société libanaise vont donc cohabiter pendant deux ans. Et je trouve ça génial. A l’USJ, CPL et FL se cassent la gueule dès qu’il y a une élection estudiantine car ils n’ont rien inventé de mieux. Ici, dans cette filière esseulée, c’est le contraire: il n’y a pas de place pour le partisanisme, même s’il existe.
Pendant cette session, je leur ai fait faire l’interview de leur voisin. Un exercice fort instructif pour eux. Pour les techniques d’interview certes, mais surtout pour la connaissance de l’autre, chacun ayant ensuite lu devant tout le monde l’interview dont il avait été l’objet. Quand je vois ça, je me dis qu’il y a de l’espoir, que les gens dans ce pays peuvent se parler et s'intéresser à l'autre dès qu’ils sont plongés dans un environnement neutre comme l’est celui du DES. Il faudrait peut-être prendre tous les Libanais, en faire des groupes de 20 personnes et les laisser se rencontrer loin des passions. Ça pourrait peut-être donner quelque chose. Enfin, une fois le calcul fait, ça ferait au bas mot 175000 groupes à gérer…

Pour finir, le dernier jour, nous avons invité au DES Joseph Chami (en haut en photo), journaliste reconverti en «chroniqueur historique» comme il se définit lui-même. Les étudiants l’ont bombardé de questions sur la présidentielle, sur l’histoire du Liban, sur la presse… Je pense que l’échange a été vraiment profond et intéressant. Joseph vient de m’appeler, inquiet, pour savoir si sa présence avait été utile pour ces journalistes en devenir. Lui m’a dit que cette matinée a été une «révélation», qu’il avait peut-être plus appris aujourd’hui qu’eux… Moi, dans mon coin, j’étais heureux de voir se rencontrer ces deux générations, de voir les étudiants avides de savoir et d’explications, et de voir ce grand monsieur repartir en se posant des questions. C’était bien.

vendredi, 09 novembre 2007

Un peu de lumière, siouplaît

Achrafieh, ce matin vers 10h30. Comme au moins une fois par jour, je me retrouve devant la porte de l’ascenseur, navrée. Je vais devoir me taper à pied les huit étages qui mènent chez nous. Inspiration, et c’est parti mon kiki. Je me dis que c’est bon pour la santé, que d’autres ont encore moins souvent d’électricité que nous à Beyrouth et qu’au moins, je n’ai pas les sacs de course ou les enfants avec moi, dont au moins une et ses 20kg auraient immanquablement fini dans mes bras. Je grince des dents quand même.
Les légendaires coupures de courant libanaises sont devenues au fil des ans une donnée de la vie quotidienne. Quelque chose dont on ricane, un objet de plaisanteries mais qui est désormais acquis et qui ne choque même plus. Ou si peu… Je me dis souvent que les Libanais ont une extraordinaire capacité d’adaptation, mais que cette qualité est décidément à double tranchant: elle permet de survivre, mais elle conduit à l’acceptation d’à peu près tout et n’importe quoi. Au lieu de réagir, on ronchonne un peu et on s’adapte. Le rationnement de l’électricité en fournit un excellent exemple.

On prend un abonnement à un générateur de quartier ou bien on paie une fortune pour s’en faire installer un dans l’immeuble, comme certains de mes voisins voudraient le faire pour la bagatelle de plusieurs milliers de dollars. Débrouillons-nous et après, on verra bien.Je ne veux vraiment, mais alors vraiment pas entrer dans la polémique «C’est la faute du clan Hariri» ou «C’est la faute des Syriens» ou «C’est la faute de Berri». Ce n’est pas l’objet de ce post.

Disons simplement que je m’inquiète. Le coût de la vie au Liban laisse à penser que, pour les classes moyennes – et a fortiori pour les plus pauvres – assurer la satisfaction des besoins élémentaires va devenir de plus en plus ardu. Grosso modo, faire ses courses revient 25% plus cher aujourd’hui qu’il y a quelques mois. Quelle qu’en soient les explications (la hausse de l’euro, des cours du pétrole, la crise politique locale, etc.), 25%, c’est absolument énorme. Evidemment, certains produits importés que nous apprécions, expatriés que nous sommes, comme les yogourts ou de nombreux fromages par exemple, se sont carrément transformés en cadeau de luxe pour grandes occasions.  Mais même des aliments basiques ont accusé une hausse des prix flagrante : 2500LL au lieu de 2000LL pour un pot de labneh, cinq œufs au lieu de sept pour 1000LL… A la fin du mois, la différence dans le porte-monnaie est perceptible.

Avec un baril de Brent qui flirte avec les 100 dollars, la livraison de mazout va devenir un poste de dépense à prévoir des mois à l’avance: 1100$ les 1000 litres aujourd’hui, contre 450$ il y a six mois et 750$ il y a deux mois.

Le prix de l’essence est toujours artificiellement entretenu par l’Etat à un niveau acceptable, mais cela est appelé à cesser d’ici peu. Et l’électricité donc. Ha, l’électricité. Pour l’instant, nous déboursons 50$ par mois pour un abonnement de trois heures par jour à un générateur qui se met en marche quand ça l’arrange et qui nous permet de nous croire en boîte de nuit tant la lumière faiblit et se renforce presque rythmiquement. Il semblerait que la facture s’apprête à être plus salée. Le conseiller du ministre des Finances que je rencontrais cet après-midi pour un papier sur les privatisations est anxieux. Très anxieux.  Les coupures sont déjà très handicapantes, alors que nous sommes dans la saison la plus légère en termes de consommation électrique: pas besoin de chauffage, ni d’air conditionné. Il faut s’attendre à ce que les coupures doublent (au minimum) dans les semaines à venir (avec l’arrivée de l’hiver) et rien ne laisse présager une quelconque amélioration par la suite. L’EDL est un office en voie de désintégration: les énormes pertes techniques liées aux mauvaises connexions du réseau (44% de la production totale), alliées au faible taux de récupération des factures (à peine 40% des dûs), ainsi qu’au fait que des centrales censées fonctionner au gaz (plus économique) utilisent en fait du fuel comme carburant, que les capacités de stockage sont inadaptées et insuffisantes, que l’entretien des centrales et des réseaux sont presque inexistants, et… et… et… ont un résultat net: l’EDL coûte 3 millions de dollars quotidiennement à l’Etat.

En admettant que l’administration soit assainie et rationalisée, et que les factures soient payées normalement, il faudrait au moins 3 milliards de dollars pour remettre l’office sur pied. La privatisation prévue pour la fin 2008 par le plan de réformes ne sera en fait possible que d’ici trois à quatre ans… Que du bonheur en perspective, donc.

Tout ça pour dire que j’en viens à faire des crises d’angoisse à la perspective de ne plus pouvoir payer les factures. Avec trois emplois simultanés, je parviens à assurer des rentrées financières honorables – au prix d’une vie privée inexistante, ce qui explique pourquoi je me lance rarement sur notre blog – mais qui semblent toutefois insuffisantes au regard du coût de la vie libanaise. En dépit d’une complète absence de dépenses superflues, les fins de mois sont ric rac, l’avenir incertain. Je me demande sincèrement comment fait cette masse qui vit avec moins de 1000$ par mois. Certains vivent chez leurs parents, d’autres dans un immeuble familial et limitent au moins la casse sur les loyers, mais tous les autres et tout le reste?

Il est clair qu’à moins d’être (très) riche, il devient difficile de vivre au Liban. Moi, j’ai l’impression d’y survivre, et de jouer en permanence les équilibristes sans aucun filet de sécurité. Point de RMI, d’indemnité chômage ou d’allocations familiales ici. Et surtout, aucune garantie de pouvoir assurer une scolarité de qualité à nos enfants, ce qui me hante le plus. Aujourd’hui, nous déboursons 3500$ par an et par enfant pour le primaire (plus 1000$ de «frais d’ouverture de dossier» chacune), sachant que les tarifs augmenteront avec les classes. Là encore, c’est énorme et je ne sais pas si nous pourrons continuer longtemps à ce rythme. Mais, encore une fois, nous ne devons pas nous plaindre, nous nous en tirons mieux que d’autres, sachant que le taux de chômage galopant frôle officieusement les 30%.

Le Liban offre une multitude de raisons de s’inquiéter: politiques, urbanistiques, sociales, humaines. Mais pour une immense majorité, il s’agit surtout de savoir s’il sera tout simplement possible d’avoir les moyens de vivre décemment ici. Oui, nous manquons de lumière, surtout au bout du tunnel.

mercredi, 07 novembre 2007

Le Liban à deux vitesses

place_des_martyrs2.jpgBeyrouth est vraiment une ville schizophrène. Une bulle dans un Liban qui ne sait pas à quelle sauce il va être mangé. En furetant sur les sites professionnels d’architectes, on peut découvrir le visage qu’aura le centre-ville de la capitale libanaise à l’horizon 2020, quand la phase 2 des projets de Solidere sera achevée. C’est propre sur le papier (pour info, vous pouvez voir ici toute une série de photos avant-après sur ce qui a déjà été réalisé). Je me souviens, en 1999, quand on voyait les premiers (et frêles) arbres plantés le long des avenues de ce centre-ville fantômatique, on se disait que cela pourrait être chouette de voir Beyrouth dix ou vingt ans plus tard. Alors oui, nous avons une belle vitrine, sans âme, qui nous sert de cœur urbain. L’absence d’âme de ces avenues à arcades dorées… le temps y ajoutera peut-être un peu de patine, encore faut-il que les Beyrouthins aient envie d’y remettre les pieds. Le problème, c’est que nous avons des dizaines de tentes (les campeurs se comptent sur les doigts de la main depuis des mois) plantées place Riad el-Solh et place des Martyrs. Ce sit-in idiot est entré dans son 12e mois. Sans aucun résultat concret à part celui d'avoir poussé certains entrepreneurs du pays à mettre la clé sous la porte et à licencier leurs employés.

Hier, je regardais donc ces simulations de Solidere 2020 (regroupées dans un nouvel album, juste là dans la colonne de gauche). D’un côté, il y a des hommes, ici et dans le Golfe, qui idéalisent ce front de mer, qui continuent d’injecter des millions de dollars dans ce rêve (qui n’appartient qu’à une caste très restreinte). D’un autre, nous avons 3 heures de coupures d’électricité par jour à Beyrouth (et Beyrouth est privilégié, ça monte à 12 heures dans certaines régions), l’approvisionnement en eau dans les immeubles est chaotique… Il y a un symbole dans cette ville: c’est la rue du Liban. Cette rue relie Tabaris à Sodeco. Cela fait presque onze ans que je la pratique quasiment tous les jours (comme de nombreux automobilistes), et son bitume est de plus en plus défoncé. Ça fait des mois qu’elle doit être réasphaltée, mais on attend toujours… La rue du Liban! Peut-être faudrait-il bâtir l'Etat avant ces tours monumentales érigées sans aucun plan d'urbanisme global, que toutes les régions payent leurs factures d'électricité...

L’avenir à moyen terme du pays se joue en ce moment, alors que l’on parle déjà d’un nouveau report de l’élection présidentielle prévue lundi prochain. Comme je suis encore assez naïf pour m'émerveiller devant un simple tour de magie avec un lapin blanc, j’espère de tout mon cœur qu’une solution miracle va surgir dans les deux semaines à venir, que les deux Liban qui se font face (pas seulement entre pro-8 et pro-14 mars) vont pouvoir se rejoindre d’une manière ou d’une autre.

Au fait, il est où Garcimore?

samedi, 03 novembre 2007

Le 22 à Asnières, c'est fini

medium_central.jpgCela fait 72 heures que le «100» ne répond plus. Le «100», c’est le numéro de téléphone que l’on devait composer pour obtenir une ligne internationale. On tombait sur un disque, puis sur un(e) opérateur(trice) auquel nous donnions le pays souhaité, puis le numéro. Y’avait un petit côté doucement rétro. La modernité (waouh, un bien grand mot) est enfin passée par là. Depuis le 1er novembre, les centraux téléphoniques de grand-papa sont de l’histoire ancienne. Nous pouvons désormais composer directement des numéros internationaux.
Le «100» était l’un des derniers vestiges du siècle passé dans notre vie quotidienne. Je ne sais pas si nous devons le regretter. C’est un peu comme quand le nouvel – et glacial – aéroport international a ouvert ses portes il y a presque dix ans. La première fois que j’y ai mis les pieds, j’ai regretté l’ancien aéroport, avec son charme très seventies, un peu comme à Casablanca ou à Amman. Allons-nous regretter le «100» et les voix endormies ou enfumées qui nous répondaient? On les aura certainement oubliés dans deux mois.

vendredi, 19 octobre 2007

Le Liban, le pays des esclaves : France 2, esclave de l’audimat

medium_philippines.jpgCi-dessus: pendant la guerre, le 7 août 2006, j'avais fait un reportage pour Le Soir sur les Philippines fuyant le Liban sous les bombes, au foyer Saint-Vincent à Achrafieh. Des milliers sont parties, elles ne sont pas toutes restées piégées par les familles libanaises elles-même en train de fuir, contrairement à ce qui a été dit dans le reportage de Dominique Torrès. Et beaucoup d'entre elles avaient également choisi de rester au Liban travailler, leur famille dépendant de leur salaire que leurs employeurs leur versent.

 

Un peu de racolage ne fait pas de mal chez France 2. Depuis le 11 octobre et la publication de l’article «Bonnes à vendre» dans Le Monde, le web francophone libanais ne parlait que de ça. Il existe même une pétition sur Facebook contre la version vidéo de l’article! Hier soir donc, France 2 a diffusé dans Envoyé spécial le documentaire réalisé par Dominique Torrès, reporter du Monde et fondatrice du Comité contre l’esclavage moderne. Le sujet: les conditions de vie et de travail au Liban du personnel de maison venu du Sri Lanka, des Philippines ou d’Afrique.

Si la cause défendue par Mme Torrès est juste (et archi juste), les moyens desservent son propos. Elle dénonce certes une pratique insupportable, qui n'est pas non plus une généralité comme elle le dit. Et ce n'est pas en faisant ce genre de sujet qu'elle fera avancer sa cause: tout au mieux, elle aura quelques filles battues de plus sur la conscience, car celles qui lui ont ouvert leur cœur à visage découvert en fin de reportage vont probablement en payer les conséquences. Bref, le reportage est avant tout un ratage professionnel.

Sur la forme

L'approche du sujet Très superficielle, très racol'. Torrès ne fait qu'effleurer un sujet passionnant, à coup d'hypothèses toutes faites et de vérités assassines préconçues. Ça faisait un peu Tintin au Congo: Torrès chez les barbares. L'un des exemples de ce sentiment de croisade et de supériorité: quand elle débarque dans un immeuble pour trouver une femme supposée coupable de maltraitance. Elle sonne à la porte, le père de famille ouvre, elle est penchée vers lui, une main appuyée sur le mur, menacante. Pas étonnant que le gars lui ferme la porte au nez, ce n'est pas comme ça qu'on obtient des infos!

Les chiffres La réalisatrice balance des chiffres à tout va. Selon elle, 30% des Libanais reconnaissent violenter leur bonne, 98% des vols imputés aux employées de maison sont faux... Selon qui madame? Elle ne source jamais ses infos, et croyez-nous, les chiffres fiables au Liban, c'est une denrée rare dans notre métier.

Le manque de "pourquoi?" Elle ne se pose jamais de questions. Pourquoi cette situation? Elle s'offusque du niveau des salaires, mais ne dit jamais, par exemple, que ce sont les ambassades des pays concernés qui fixent ces salaires, selon les nationalités donc. Les informations manquantes sont légions, et celles erronées également. Dernier exemple sur la «confiscation du passeport»: en plateau, elle dit qu'un décret sur ce point pourrait être facilement voté. C'est déjà le cas: officiellement, les employeurs n'ont pas le droit de le faire, mais ce sont les agences qui poussent à la «confiscation», pour éviter la fuite des employés alors que les employeurs sont légalement responsables de tous leurs actes. Torrès n'aborde pas les réseaux mafieux, de prostitution et autres...

Sur le fond

Un vaste et cruel sujet sur lequel nous avons déjà travaillé, vaste sujet réduit dans ce documentaire aux plus vils arguments. Si Torrès décrit une réalité indéniable, elle ne fait que décrire une seule réalité justement, sans essayer de prendre ce sujet dans son ensemble. Le documentaire tourne au sensationnalisme, écœure certainement les téléspectateurs de France et de Navarre et c’est bien compréhensible. Des histoires tordues et immondes vécues par les «bonnes», les «Philippinaises» comme disent leurs «propriétaires», on en a des tonnes. Et des crève-cœurs pour ces pauvres jeunes femmes qui quittent leur famille et ne revoient parfois leurs enfants que trois ou quatre ans plus tard. Y’a rien de nouveau là-dedans. Mais des exemples où ça se passe bien, il y en a aussi: chez un couple d’amis franco-libanais dont le mari est chef cuisinier, leur employée a tout appris de lui, même le français argotique, et compte bien ouvrir un restaurant à son retour à Manille grâce au savoir-faire emmagasiné sur le tas. Ce n’est peut-être la majorité des cas, mais ça existe aussi. Et quand on fait le boulot de Dominique Torrès, l'honnêteté intellectuelle veut que l'on décrive toutes les situations.

Alors pourquoi diffuser maintenant un tel anti-hymne au Liban et aux Libanais?  Aucune idée. Le timing est certainement fortuit, mais en tant qu’amoureux du Liban, ça me fait mal au cœur que l’on ne parle de ce pays qu’à travers ça. Avez-vous vu à la télé française des reportages positifs sur le Liban ces 5 dernières années? Pourquoi France 2 ne diffuse-t-elle pas un documentaire sur les jeunes artistes libanais, du cinéma ou d’ailleurs? C’est un peu comme les banlieues de France: entre un sujet sur les trafiquants de shit et les Yamakazi ou les associations de quartier qui remplacent le travail d’un Etat absent, les chaînes de télé préfèrent montrer les ordures plutôt que l’herbe verte. Pour le Liban, c’est pareil, pas étonnant que ce pays souffre d’un déficit d’image à l’étranger. Résultat, à la fin de l'émission, notre cousin libanais préféré habitant à Paris nous a envoyé ce SMS: «C la loose pr le Liban kel honte». Et il a raison.

Si c'est ça être grand reporter à France 2, ça donne pas envie (il y en a pourtant de bons!). Si Dominique Torrès a envie de faire un vrai reportage vidéo sur la question de «l'esclavage moderne», qu'elle essaye de le faire en Arabie Saoudite. Là, je lui tirerais mon chapeau si elle arrive ne serait-ce qu'à poser sa caméra.

dimanche, 14 octobre 2007

Vacances scolaires & jours fériés : le consensus

medium_vacances.jpgAppel à candidature Amis cégétistes, amis fonctionnaires de tous les pays, venez au Liban, ce pays est fait pour vous! Amis professeurs et instituteurs de France, le Liban est le paradis des vacances! Vous voulez le beurre et l’argent du beurre, alors l'une des écoles les plus "réputées" de Beyrouth est faite pour vous, car vous pourrez y prendre les vacances libanaises PLUS les vacances françaises! Sans compter les deux mois et demi de vacances d’été, et les cours qui se terminent à 14h maximum! C’est pas le paradis, ça? Mais, mais… Enfer et damnation, 2008 est une année bissextile, et le 29 février tombe un vendredi! Ça fera un jour de travail en plus pour les profs et les administrations! Mais il faudra – malheureusement – compter avec les lendemains d’assassinats, jours décrétés fériés sur le champ. Mais pour ces jours-là, le calendrier n’est jamais rendu public à l’avance.

Au Liban, l’année scolaire est donc un véritable gruyère suisse, et les rythmes de vie pour les enfants complètement ahurissants. On se demande toujours comment les familles qui n’ont pas d’aide (soit de nounou soit de grand-parents présents) sont censé faire quand les deux parents travaillent. Voici donc le calendrier des vacances de cette école francophone, admirez le travail…

• Lundi 17 septembre: rentrée des cours
• Vendredi 12 octobre: Fitr
• Du vendredi 26 octobre au dimanche 4 novembre: vacances de la Toussaint
• Jeudi 22 novembre: Fête de l’Indépendance
• Du mercredi 19 décembre au dimanche 6 janvier: vacances de Noël + Adha
• Jeudi 10 janvier: Hégire
• Samedi 19 janvier: Achoura
• Samedi 9 février: Saint-Maron
• Du 22 février au dimanche 2 mars: vacances de mi-trimestre
• Vendredi 7 mars: fête des professeurs
• Jeudi 20 mars: naissance du prophète
• Vendredi 21 et lundi 24 mars: Pâques catholique
• Du vendredi 18 avril au dimanche 4 mai: Pâques orthodoxe + vacances de Pâques
• Du lundi 16 au dimanche 22 juin: semaine du bac (non mentionnée sur le calendrier de l’école)
• Lundi 30 juin: fin des cours
• Rentrée 2008: mi-septembre

Il y a quelques années, un homme politique libanais (j’avoue ne plus me souvenir lequel) avait proposé de réduire le nombre de jours chômés par an de 22 à 11, histoire que la machine économique ne s’endorme pas trop. Ça avait été un tollé général, dans les sphères politico-religieuses, toutes tendances et confessions confondues. Comme quoi au Liban, il y a au moins un sujet sur lequel les huiles sont d’accord.

samedi, 06 octobre 2007

Live from Cyprus

Et voilà, comme prévu, me voilà donc à Chypre pour moins de 24 heures, histoire de faire l’aller-retour Beyrouth-Larnaca-Beyrouth (ceux qui suivent ce blog sauront pourquoi). Je suis arrivé ce matin à 8h. J’ai rencontré par hasard un copain journaliste français à l’aéroport, qui m’a déposé au «centre-ville» de Larnaca. Chypre, c’est le paradis des vacanciers britanniques, version middle class un peu beauf. Y’a que des anglais ici! Mais l’île a ses charmes. A Larnaca, qui n’est pas vraiment un endroit folichon, il y a un long front de mer bétonné, avec une belle plage publique. Un peu comme Barcelone, mais en moins beau.

Nous avions sillonné Chypre avec Nat en 1998. Je ne sais pas si le reste de l’île a changé, mais nous y avons de merveilleux souvenirs, de coins sauvages et de tranquillité. Tout ce qui manque au Liban quoi… Ces deux pays sont pourtant si proches géographiquement.

medium_amalfi.jpgCe matin donc, j’ai marché un peu pour trouver un coffee shop équipé de wi-fi. Je suis tombé sur l’Am@lfi, que je conseille vivement à tous ceux qui auront un jour quelques heures à perdre à Larnaca. L’ambiance y est sympa, la déco gentiment kitsch, la musique variée (ils viennent de passer "Maria Magdalena" de Sandra à l'instant même, suivi de "99 Luftballons" de Nena, trop cool!), les serveurs souriants et le wi-fi à volonté. Que demande le peuple? Je me suis donc connecté – alors que j’aurais pu en profiter pour me déconnecter un peu – à Internet, et premier réflexe, je suis allé voir les nouvelles sur le site de L’Orient. Pas facile de se décoller le nez de l’actualité de ce putain de pays.

Ce soir, je reprends l’avion vers Beyrouth. En espérant que tout se passe bien.

mercredi, 26 septembre 2007

Télévision brouillée & autres idées

medium_television.gifNous ne parlons pas souvent de télévision ici, alors nous allons réparer cet impair. En fait, nous la regardons très très peu. Mais il y a deux semaines à peu près, une tête blonde, affalée devant Bob l’éponge, m’interpelle et me dit: «Pourquoi elle saute tout le temps l’image?» Je m’assois, je m’arme de la télécommande genre «laisse faire le spécialiste», et je zappe. Partout pareil, la réception satellite est exécrable. Certaines chaînes ont même carrément sauté, comme Canal +. Je fais une nouvelle recherche sur les émetteurs. Même résultat. Illico, je commence à rejeter la faute sur notre «prestataire de quartier».

Quelques jours plus tard, dans la presse, je découvre le menu du conseil des ministres. Parmi les sujets, le brouillage des ondes au Liban qui, selon Siniora, est dû à Israël. C’est toujours de bon ton ici de rejeter la faute sur nos voisins, un peu comme je l’ai fait avec mon prestataire d’ailleurs. Bref, les ondes libanaises – télé comme cellulaire – sont parasitées par un voisin. Super. Et depuis quelques jours, le nom d’un nouveau «voisin qui nous veut du bien» est apparu. Deux navires de la flotte américaine auraient effectué un déploiement au large du Liban (notez l'utilisation du conditionnel), et ces bateaux de guerre pourraient être la source du brouillage actuel. Ouah, super!

Cette gêne toute relative – vu notre faible consommation – n’est pas la mer à boire. Mais je me demande de quel prochain poil à gratter nos «voisins qui nous veulent du bien» (sur terre, sur mer ou dans les airs) voudront bien nous gratifier. Nous avons déjà eu droit à une marée noire, à des islamistes en colo de vacances au Nord et j’en passe… Voici le résultat de mes petites cogitations:

  • Un lâché d’oiseaux migrateurs atteints de tourista
  • De la petite pluie radioactive après un bombardement ciblé quelque part en Perse
  • L’arrêt de l’approvisionnement en fuel de nos centrales électriques

Si vous avez de meilleures idées, n’hésitez surtout pas…

 
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