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jeudi, 20 septembre 2007

C'est aussi ça le terrorisme

Hier, la voiture d'Antoine Ghanem a explosé sur un boulevard par lequel nombre de Libanais passent tous les jours. Les morts et les blessés d'hier étaient simplement au moment endroit au mauvais moment.

Cet après-midi, je devais accompagner ma fille à l'Hôtel-Dieu pour une consultation chez le médecin. Nous nous sommes garés dans la grande descente, à 200m de l'hôpital. J'ai fermé les portes de la voiture et ai pris ma gamine par la main. Une impression étrange m'a alors envahi. Quelques voitures dévalaient la grande descente, d'autres étaient garées comme la nôtre. Je me suis soudain dit que le convoi d'un député pourrait passer à cet instant, et que l'une des voitures anonymes garées le long du trottoir pourrait être chargée de quelque explosif. J'ai pressé le pas jusqu'à l'entrée de l'hôpital.

Après la consultation, en remontant en voiture, la même impression m'a assailli. Le grand boulevard était vide, désert, lui qui d'habitude réserve de beaux embouteillages. Le lecteur de CD passait cette chanson...

podcast

Je l'adore cette chanson, mais sa montée en puissance, froide et méthodique, m'a glacé les sangs. Les auteurs et commanditaires d'attentats visent également cela: instaurer un climat de peur permanent. C'est aussi ça le terrorisme. Et la recette marche plutôt bien. 

jeudi, 13 septembre 2007

C’est l’histoire d’un mec qui galère sévère chaque année pour renouveler ses papiers de résidence au Liban et qui aimerait bien que cela cesse sans se faire aucune illusion là-dessus alors il s'arrache les cheveux qu'il n'a plus

medium_passeportlibanais.jpgVoici la situation de ma jolie petite famille selon l’administration libanaise… En gros, dans cette famille, l’épouse (et mère) est Libanaise, le mari (et père) est Français, et leurs enfants Français également (et nous sommes loin d'être les seuls dans ce cas-là au Liban!). Le sujet de ce post est donc la non transmission de la nationalité libanaise par la femme, l’épouse, la mère. Et les méandres de l'obtention du permis de séjour pour les étrangers.

J’habite au Liban depuis plus de 10 ans, et suis marié à une Libanaise depuis 8 ans. J’y paye mes impôts sur le revenu, mes taxes foncières et tout le tralala. J’ai cotisé pendant des années pour la Sécurité sociale locale (pour des prunes évidemment). Bon, c’est vrai, j’ai des choses à me reprocher: je n’ai pas payé le PV jaunâtre que j’ai pris en 1998 avec ma vieille Coccinelle...

Aux yeux de la loi libanaise, je resterai – a priori – toujours un étranger. Etre étranger au Liban (comme presque partout ailleurs) signifie une chose toute simple: renouveler chaque année son permis de séjour. Mais pour avoir un permis de séjour, il faut d’abord obtenir son permis de travail. Et donc avoir un travail salarié dans une entreprise libanaise. La douce oisiveté du chômage n’est tout simplement pas une option.

Les choses se compliquent encore dès qu’il y a des enfants. Cette bêtise de droit du sang (version patriarcale d'un autre âge) interdit à toute mère libanaise de transmettre sa nationalité à ses enfants. Même nés et scolarisés sur le sol libanais, ces derniers sont donc tout aussi étrangers que leur père, et doivent eux aussi s’acquitter des démarches administratives afin d’obtenir leur précieux sésame pour pouvoir respirer l’air levantin à plein poumon. Et il arrive que eux aussi restent en situation irrégulière comme leur père. Quelle belle famille de sans-papiers ça fait, ça! Je peux vous assurer une chose: quand j’entends parler des enfants sans-papiers en France, mes poils se hérissent face à la bêtise humaine.

Mais voilà, que se passe-t-il quand le père, cet étranger à vie, n’a plus de travail fixe? Il perd son permis de travail, et donc de résidence, et les choses se compliquent aussi pour les enfants. Kafka n’aurait pas renié une telle situation. Les nombreuses Françaises qui se marient à des Libanais, elles, n’ont pas ce problème: elles héritent du passeport de leur Roméo, et vont parfois s’inscrire à l’UFE histoire de tuer le temps en attendant que leur progéniture binationale pointe le bout de son nez.

Quelle solution s’offre alors à l’étranger, Français ou autre? Dans mon cas, cela a été l’illégalité durant 8 mois, avant de revenir dans les locaux de la Sûreté générale près du Musée national afin de régulariser ma situation. Après maints aller-retours, j’ai dû payer 1200 dollars d’amende (le tarif annuel du permis de séjour). La Sûreté m'a octroyé un délai de grâce de 2 mois pour que je trouve une solution à ma situation. D'ici octobre, je vais devoir sortir du territoire libanais (direction Chypre, 200 dollars aller/retour) et y revenir pour prendre un visa touriste (50 dollars) à l’aéroport. Retour à la case départ, comme il y a 10 ans quand j’ai débarqué ici avec ma petite valise et mon envie de croquer la vie à pleines dents. Après cela, je n’aurai plus le choix: soit je trouve un job fixe dans les 3 mois, soit je suis obligé de quitter (pour de bon?) ce beau pays car son administration me considère comme une erreur à rayer de ses listings, soit je replonge dans la clandestinité d’une manière ou d’une autre ce que je souhaiterais éviter bien évidemment. Dans le meilleur des cas donc, je trouve un boulot. Je devrai ressortir une nouvelle fois du Liban (re-direction Chypre, 200 dollars), et passer par le service de l'immigration de l'aéroport où mon nouveau permis de séjour m’attendra (encore 1200 dollars, dans le cas où mon éventuel employeur décide de me faire raquer à sa place). Ça commence à chiffrer sérieusement cette histoire... Ce visa de touriste (très provisoire) ne me donne évidemment pas le droit de travailler pour une société libanaise. Alors que je ne demande qu'une chose: c'est de travailler pour ce pays. Malheureusement, la situation économique du pays est si catastrophique qu'embaucher un Français (avec les charges que cela implique) n'est vraiment pas une priorité pour les sociétés libanaises au bord de la banqueroute.

Je ne rentrerai pas ici dans l’explication détaillée de cette situation, de l’épineuse question de l’éventuelle naturalisation des 400000 Palestiniens, de celle totalement hallucinante de quelques centaines de milliers de nouveaux électeurs inféodés en 1994, du rôle des clergés dans cette affaire… Le passeport libanais, qui se ramassait parterre il y a 25 ans, est aujourd’hui quasiment impossible à obtenir pour les hommes non-libanais. A moins de s’appeler Walid Ben Talal bien sûr. Tout dépend des wasta et de l'épaisseur du compte en banque...

Je ne me fais plus d'illusion depuis longtemps sur la possibilité pour moi d'obtenir la nationalité libanaise. Mais ne serait-il pas élégant de la part de l'administration locale de donner des permis de séjour permanents simplifiés – comme c'est la cas pour un copain installé en Argentine – pour ces étrangers qui ont choisi de suer et de travailler au Liban, d'y établir leur famille, pour ces étrangers qui donnent leur temps, leur énergie, une grande partie de leur vie, pour ce pays? Je sais une chose: depuis 10 ans, le Liban m'a apporté beaucoup de choses, et je n'ai pas été avare dans l'autre sens. Loin de là même. Mais j'ai parfois l'impression de ne pas vraiment être payé en retour. C'est démoralisant à en pleurer. Nathalie parlait il y a quelque temps de ma loyauté envers ce pays. Combien de temps cela va-t-il encore durer? A croire que l'Etat libanais fait tout pour faire fuir ceux qui fondent encore quelque espoir dans l'avenir de ce pays...

Pour finir, il paraît que, dans les tiroirs poussiéreux du Parlement libanais (vous savez, le truc qui ne sert à rien depuis des mois et qui coûte bonbon aux contribuables), un décret dormirait tranquillement depuis plusieurs années pour permettre aux mères libanaises de donner leur nationalité à leurs enfants. Ce serait un bon début, non?

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez contact la Ligue des droits de la femme au Liban.
Tél.: +961 1 817820. E-mail: llwr@terra.net.lb

mercredi, 12 septembre 2007

Soyez gourmands pour LibEnfant!

Nous reproduisons ici un mail reçu ce matin concernant la vente de pâtisseries libanaises à Paris afin de récolter des dons pour la scolarisation d'enfants au Liban.

medium_libenfants.jpg
Bonjour à tous,

Effectivement, la gourmandise n’est pas un vilain défaut à partir du moment où elle est utile… LibEnfant est une association créée par un Libanais orphelin qui a eu la chance d’avoir accès à l’éducation. Il souhaite maintenant renvoyer l’ascenseur en aidant lui aussi les enfants défavorisés du Liban. En achetant des pâtisseries, vous pourrez contribuer directement à la scolarisation des enfants du Liban.

Il existe deux types de boites de pâtisseries libanaises:
• 1 kg, 25 pièces environ, pour 15 €
• 600 g, 15 pièces environ, pour 10 €

Merci de confirmer vos commandes avant le dimanche 23 septembre 2007 en écrivant à cette adresse mail. Bien entendu, vous pouvez faire suivre cette nouvelle à tous vos amis!

Vous pourrez venir récupérer vos pâtisseries directement chez Pierre, au 12 avenue du Maine à Paris, le vendredi 28 septembre 2007. Si récupérer vos pâtisseries dans Paris ou à la date prévue pose un problème, merci de le contacter directement afin de trouver une solution!

Pour ce qui est du règlement, vous pouvez libeller vos chèques directement à l’ordre de l’association LibEnfant.

Si vous souhaitez de plus amples informations sur l’association LibEnfant, vous pouvez consulter son site internet.
Bon appétit et merci d’avance pour votre soutien! 

lundi, 10 septembre 2007

L'énergie, un vrai défi commun

medium_plateforme.2.jpgIl existe une Arlésienne dans notre beau pays: le Liban possèderait des ressources pétrolières et gazières inexplorées. Cela fait des dizaines d’années que l’on en parle, et le sujet revient sur le tapis régulièrement. Jeudi dernier, le ministre de l’Energie, Mohammad Safadi, a affirmé que des études poussées venaient de confirmer l’existence de telles richesses sous les pieds des Libanais (surtout dans les eaux territoriales), et que des compagnies de prospection se bousculent au portillon pour déterminer si cette manne est commercialement exploitable. Quelque part, j’espère que non. Je m’explique.

Je suis en train de finir la lecture du bouquin quelque peu alarmiste d’Eric Laurent, La face cachée du pétrole. Il y fait l’historique de l’aventure pétrolière humaine, de la fin du XIXe siècle à nos jours. Un constat de base s’impose: pour de nombreux pays, l’or noir est devenu une malédiction, entraînant corruption et malversations, car dans la plupart des cas les immenses revenus pétroliers n’ont jamais servi à améliorer le niveau de vie de la population mais seulement celui de la classe dirigeante (voir les Etats du Golfe ou d’Afrique par exemple). Et dans ce cas malheureusement, je ne vois pas vraiment comment le Liban – connaissant ses forces et surtout ses faiblesses – ferait exception.

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jeudi, 06 septembre 2007

Voilà la solution au problème libanais!

medium_parcmetre.jpgmedium_generateur.jpgQuizz 1 Que cachent les deux objets emballés dans du plastique noir sur la photo de gauche?
1. Une sucette géante et un carambar non moins géant.
2. Une œuvre d’art contemporain oubliée sur la voie publique par son auteur.
3. Un panneau routier et un parcmètre.
Quizz 2 Que signifie cette lumière rouge sur la photo de droite?
1. Nous sommes dans un sous-marin nucléaire.
2. Le photographe du coin est en train de développer ses clichés dans sa chambre noire.
3. L’EDL est en rade et le générateur du quartier alimente les immeubles environnants.

Fini de rigoler! La grande question aujourd’hui, essentielle, qui se pose au Liban, est: qui veut remplir avec quoi la carcasse vide de l’Etat libanais? Car le vide est abyssal.

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mercredi, 05 septembre 2007

Minorité de blocage à tous les étages

medium_40-60.jpgDepuis plusieurs années, le syndic des propriétaires de l’immeuble dans lequel nous habitons est paralysé. A chaque assemblée (environ une fois par mois), tous les propriétaires sont censés être là pour faire avancer les dossiers en cours, mais nous sommes au mieux 6 sur 10. Jamais plus, et souvent beaucoup moins, 3 ou 4 en moyenne. Du coup, aucune décision ne peut être prise pour les réparations ou l’entretien normal de l’immeuble.

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mardi, 07 août 2007

Elections d’un soir, désespoir

medium_cendriercouteaux.jpgDésespoir en entendant le récit qui m’a été fait ce matin par une jeune femme qui travaille dans les mêmes bureaux que moi. Cette petite demoiselle, fort douce et calme et que l’on l’imagine mal se bastonnant avec qui que ce soit, est arrivée avec deux jolies balafres, l’une au bras, l’autre à la cuisse.

La soirée électorale de dimanche dernier, elle l’avait passée dans un chalet à Faraya avec sa bande de copains. «Pas juste des connaissances, précise-t-elle. Des amis de longue date, dont certains se connaissent depuis la maternelle.» Télé allumée, forcément, cette petite assemblée mixte (aounistes et pro-Gemayel, et il y avait bien quelques neutres) a commencé à se prendre à partie. Les insultes ont suivi, puis le tir de cendriers (plein? Mince, je n’ai pas pensé à poser la question) pour finir à coups de couteau de cuisine. Résultat des courses, après qu’une des filles a reçu une estafilade à la gorge en essayant de s’interposer, ses copines (heureusement qu’il y a des femmes en ce bas monde) ont finalement réussi à appeler la police à la rescousse. Ces messieurs ont passé la nuit et la journée du lendemain au poste, mais il a fallu cela pour les calmer.

Ce genre d’incident, personne n’en a parlé; il n’y en a apparemment pas eu beaucoup et c’est tant mieux. Mais qu’on m’explique comment dans un pays qui se dit civilisé, des jeunes peuvent en arriver à se battre au couteau pour des appartenances politiques, oubliant tout ce qui les rapproche par ailleurs. C’est sans doute ça, le drame du Liban: encore trop de Libanais accordent davantage d’importance à ce qui les sépare qu’à ce qui les unit.

samedi, 04 août 2007

Heartland

Et hop, la machine à remonter le temps fonctionne à plein régime aujourd’hui. J’écoute à cet instant une chanson qui en 1989 m’a fait verser des larmes bien amères. Une parmi d’autres.

Quelques souvenirs personnels, pour une fois… J’avais commencé à en faire une version romancée, en me disant qu’à défaut d’attirer des lecteurs potentiels, cela me servirait de thérapie pour assainir ma tumultueuse relation avec le Liban. Je n’ai jamais poursuivi. Donc, en 1989, nous n’avions pu venir comme chaque année passer l’été au Liban en raison de la guerre qui faisait rage dans le «réduit chrétien» entre l’armée menée par le général Aoun et les Forces Libanaises de Samir Geagea. Tous ceux qui ont vécu les guerres du Liban de loin comprendront le manque dont je parle, cette frustration d’être coupée des événements et même un certain sentiment de trahison à l’idée d’être ailleurs, bien tranquille, alors que le pays était à feu et à sang. Ils comprendront aussi cette émotion indescriptible à chaque retrouvaille avec le sol libanais, après des mois passés à se demander si ce voyage pourrait ou non avoir lieu. Chaque retour au Liban était vécu comme un miracle dont on craignait qu’il ne se renouvelle pas l’année suivante. Chaque arrivée, un miracle; chaque départ, un déchirement. Et entre les deux, une année passée à attendre, plantée devant les infos et accrochée au téléphone pendant des heures pour composer les numéros libanais de toutes les façons possibles. Le désespoir rend superstitieux: on en venait à croire que certains avaient une «meilleure main» que d’autres pour obtenir une ligne, on essayait très vite, très lentement, on essayait des heures, souvent pour rien…

Or, cette année-là, la séparation durerait deux ans (dans le meilleur des cas) et non un. Ce qui est long, très long, surtout lorsqu’on laissait là-bas des êtres aimés.

medium_pins_montagne.jpgCe manque, je l’ai cultivé, ma nature aidant (en plus de la propension aux excès de mes 18 ans), à grands coups de chansons comme celle que j’écoute actuellement. Des chansons qui mettaient un son à mon chagrin, qui le mettaient en scène, le soir dans mon lit, lorsque sous deux épaisseurs de couette, je me remémorais la douceur si particulière du vent tiède le soir, dans les pins au-dessus de Broumana, par exemple.

Cette année-là, Assaad – dont je parlais dans une note précédente – a débarqué avec ses bien légers bagages. Seul. Perdu. Ses parents, habitant Kleiat dans le Kesrouan, l’avaient envoyé en France en quatrième vitesse après que les murs de leur maison se soient effondrés autour du cagibi dans lequel ils s’étaient cachés.

Je suis allée le voir le plus souvent possible à Paris. Et nous parlions, parlions, parlions… du Liban évidemment. Ce Liban estival et insouciant qui, dans certaines régions, faisait la fête alors qu’ailleurs des bombes tombaient. Ce Liban où personne en France ne comprenait que j’aille passer toutes mes vacances, et avec quel enthousiasme en prime!

Le souvenir qui me bouleverse, c’est un retour vers la morne banlieue de Cachan où Assaad avait trouvé une chambre dans un foyer lugubre. Nous étions dans le RER, écoutant une cassette, chacun avec une oreillette, lorsque cette fameuse chanson est finalement arrivée. Elle ne parle pas de guerre, elle ne parle pas du Liban, mais Assaad m’a brusquement regardée avec des larmes dans les yeux. Lui aussi avait trouvé une musique à sa détresse (ô combien plus profonde que la mienne), la même que moi. Nous avons éclaté en sanglots tous les deux, dans ce RER, dans l’hiver parisien. Nous avons pleuré le Liban, nous avons pleuré les espoirs déçus, nous avons pleuré la peur de l’avenir, nous avons pleuré la solitude des déracinés.

Cela peut paraître con, mais c’est sans doute pour ne plus jamais revivre cela que je ne retournerai pas en France, que je resterai au Liban… en dépit de ce que j’ai écrit dans la note précédente. ☺

Je t'aime moi non plus

medium_oeilpleurelibflag.jpgBon ben voilà. Cela fait aujourd’hui un an que nous animons – tant bien que mal – ce blog. Un peu plus de 200 posts, c’est une bonne moyenne, avec des prises de tête, des engueulades, des moments de déprime, de grandes satisfactions…
Ce blog, nous l’avons démarré dans un contexte particulier, dont tout le monde se souvient évidemment: la guerre de juillet dernier. Un an après, où en sommes-nous? Le constat n’est guère glorieux.

Hier, je réécoutais un CD enregistré vers 1998. La musique étant – tout comme les odeurs – une prodigieuse machine à remonter le temps, je me suis retrouvée à cette époque où tout était loin d’être rose mais où je n’avais pas ce sentiment de «désespérance» que nous ressentons aujourd’hui.

Je suis arrivée au Liban en 1995. Le pays du cèdre était alors une terre d’opportunités où tout semblait possible, où tout était à (re)construire, en dépit de la présence syrienne. Un comble, je sais.

Des moments difficiles, il y en a eu, et un paquet. Jusqu’à l’assassinat de Hariri en 2005, le retrait des Syriens, et l’enclenchement des attentats en série. La «révolution du Cèdre»? On n’assiste pas tous les jours à un rassemblement populaire de l’ampleur de celui du 14 mars et l’enthousiasme des manifestants faisait plaisir à voir, c’est vrai, mais je n’ai jamais réussi à y croire complètement.  Et après? Ben après, je continuais à me dire que les choses pouvaient évoluer positivement, peut-être…

Et puis il y a eu la guerre de juillet. Je crois ne pas être la seule (du tout) à avoir vécu cet été fatidique comme le coup de massue en trop. Certains diront qu’elle était prévisible, d’autres qu’elle était légitime. Mais je n’ai pas envie de parler politique maintenant. Ce qui devait arriver arriva, comme dirait ma fille, tout simplement.

Ce que je sais, c’est qu’il y a eu quelque chose de brisé, que les événements depuis n’ont absolument pas contribué à réparer, loin de là. La confiance, en premier lieu. Dans ce pays, dans son avenir, dans sa faculté à tenir debout et à vivre ensemble.

En 12 ans dans ce pays, je n’ai jamais été aussi découragée parce que je ne sais plus où regarder pour trouver une petite lumière au bout du tunnel. Bon sang, qu’il faut l’aimer, ce pays, pour s’y accrocher alors que, comme l’un de nos commentateurs l’écrivait, nous pourrions tout simplement rentrer en France, petits veinards que nous sommes. Sauf que c’est ne pas tenir compte d’une donnée fondamentale: le Liban, c’est chez nous. Un jour, David racontera peut-être ce que c’est d’être étranger au Liban, encore qu’en tant que Français, il soit moins mal loti que d’autres. Mais je le trouve bien loyal (et je m’estime chanceuse) de rester ici en dépit de tout.

Qu’y a-t-il au Liban qui le rende si irrationnellement attachant et qui, dans le même temps, fasse tout pour faire fuir ceux qui y vivent?

jeudi, 02 août 2007

Y'en a marre de l'image «mythique» du Liban

medium_hermann.jpgmedium_kmaro.jpgDrôle d’idée que de mettre en parallèle un(e) casque bleu de la Finul et le chanteur K-Maro. En fait, hier, nous étions à Deir Kifa, au Sud-Liban, pour faire le portrait d’une femme casque bleu du contingent français. Nous avons passé la journée là-bas, nous avons été super bien accueillis… Dans le camp 9.1 de Deir Kifa, les Français s’occupent des transmissions pour toute la Finul. Les soldats y sont plutôt peinards, même si le boulot ne manque pas. A la buvette du campement, il y avait même un boulodrome, un jeu de fléchettes, une boule à facettes avec stroboscope pour danser le samedi soir. L’adjudant(e) que nous venions voir nous a dit être très heureuse d’être là, que le Liban est «mythique» pour tous les militaires...

Et puis hier soir, fatigué, je zappais. Après avoir vu un truc sur Rommel sur Arte, je suis tombé sur un best-of de l’émission de Fogiel sur M6. J’ai regardé une séquence où MOF accueillait Jacques Higelin et K-Maro (Cyril Kamar de son vrai nom). Le jeune chanteur libanais était là pour parler «avec pudeur» de son enfance, de là où il avait grandi. Il racontait les abris, les obus, qu’il avait vécus jusqu’à l’âge de 11 ans. Fogiel entame «Vous êtes né au Liban…», Higelin enchaîne «Au Liban? Waouh!!!» Comme si tous les natifs du pays des cèdres étaient des hurluberlus extraterrestres. Et Higelin de continuer: «Moi, je suis allé chanter là-bas. Beyrouth… C’est fou, tout est détruit…» Les images d’Epinal ont la vie dure. Ça me saoûle d’entendre les mêmes ritournelles, année après année. Va-t-on nous foutre la paix un jour avec l’image «mythique» du Liban? K-Maro poursuit, en parlant de sa famille, de ses oncles, tantes et cousins restés au pays et qui vivent en se disant «Ça changera, un jour ça ira…». Le jeune chanteur ne comprenait pas l’attachement de sa famille au Liban, lui qui a essayé de les faire venir en France tout en essuyant leur refus catégorique. Il semblait trouver ce lien indéfectible complètement à côté de la plaque. Cela m’a semblé tellement minable venant de lui.

Et puis sur le plateau, il y avait aussi la fille de Daniel Auteuil, qui a placé une petite phrase à la fin: «J’y suis allée aussi au printemps 2006. Beyrouth est une ville incroyable, les filles y sont des bombes atomiques.» Enfin quelqu’un qui parlait d’un aspect positif du Liban. C’était peut-être dérisoire de s’attacher à la beauté des Levantines, mais ça rendait un peu d’humanité au propos commun.

samedi, 28 juillet 2007

200

C'est le nombre de posts publiés sur ce blog depuis sa création il y a un an. Pour ce 200e post, nous remercions tous ceux qui nous lisent régulièrement – qu'ils nous laissent des commentaires ou pas, et qu'ils soient d'accord avec nous ou pas. Vive le Liban!

13:50 Publié dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : liban, 200

jeudi, 26 juillet 2007

Scénario ordinaire au ministère du Travail

medium_Travail1.jpgUn Français doit se rendre au ministère du Travail pour obtenir un papier précis. Il a rendez-vous avec Monsieur X, un responsable dudit ministère, à 9h30. L’étranger est pistonné par une avocate (Maître Z) pour cette rencontre afin de faciliter les choses.

Objectif prioritaire: le Français doit repartir le matin même avec le papier officiel que Monsieur X doit lui fournir.


Scène 1, intérieur jour

Décor: un grand bureau, des vieux sièges en faux cuir. Rien sur les murs à part un grand poster représentant Hassan Nasrallah, avec une inscription en rouge, «La victoire divine» (texte en français). Etonnant de voir ça dans le ministère qui est le fief du parti politique (et ex-milice) chiite Amal de Nabih Berri. Parmi les dossiers en souffrance, un flyer avec le logo blanc, rouge et noir du PSNS. La clim est à fond, l’odeur de cigarette froide omniprésente.

Le dialogue ci-après se déroule en anglais.

Le Français
(Poli) Bonjour monsieur X.

Monsieur X
(Affable) Asseyez-vous. C’est vous qui venez de la part de Maître Z?

Le Français
Oui. (Il sort de sa poche ses papiers: passeport, permis de séjour et permis de travail). Voilà, je viens vous voir pour obtenir le papier demandé par l’avocate.

Monsieur X
Donnez-moi vos papiers. (Il les prend, les étudie pendant une minute. Il sort un formulaire d’une pochette et commence à reporter dessus les nom, prénom et numéro de passeport du Français). Reprenez-les, allez au rez-de-chaussée faire des photocopies de chaque et achetez 5 timbres de 1000 livres libanaises chacun.

Le Français
D’accord. Vous n’avez besoin de rien d’autre? (Il pose cette question par habitude, car il manque toujours des papiers au cours des démarches administratives dans ce ministère)

Monsieur X
Non, vous pouvez y aller. (Monsieur X s’allume une Marlboro rouge)

Le Français
(Il se lève et quitte le bureau)


Scène 2, intérieur jour

Décor: même bureau.

Le Français
(Il revient dans le bureau de Monsieur X, avec les photocopies et les timbres. Deux femmes discutent avec Monsieur X. Il s’assoit et attend son tour)

Monsieur X
(10 minutes plus tard). Asseyez-vous. (Il prend les papiers, agrafe le tout et colle un timbre de 1000LL sur chaque page pour les authentifier)

Le Français
J’ai cru comprendre de Maître Z qu’il était possible de faire le papier aujourd’hui.

Monsieur X
Oui en effet.

Le Français
(Soulagé) Et bien faisons-le!

Monsieur X
(Avec aplomb) Ce sera 200 dollars.

Le Français
Ah bon? Je ne pensais pas qu’il fallait payer une amende…

Monsieur X
(Conciliant) Non, non, vous n’avez pas à payer d’amende. Disons que c’est pour accélérer les choses. Je donnerai 50 dollars à untel, et 50 dollars à untel. Comme ça, ça ira vite et vous pourrez repartir aujourd’hui avec votre papier.

Le Français
(Il ne croit pas trop à la théorie du partage de Monsieur X, et s’attendait un peu à cette situation) Je suis désolé, mais je ne paye rien.

Monsieur X
(Il se fait charmeur) Réfléchissez… Sinon, ça va prendre plus d’une semaine.

Le Français
Ce n’est pas grave. Moi, je ne paye pas.

Monsieur X
Bon, OK. 150 dollars alors?

Le Français
Non, j’attendrai une semaine.

Monsieur X
(Il range le passeport et les permis de séjour et de travail du Français dans une pochette)

Le Français
Que fait-on maintenant? Moi, je ne repars pas sans mon passeport.

Monsieur X
Oui, oui, bien sûr… (Il referme la pochette et décroche son téléphone pour appeler Madame Bidule, dont le bureau se trouve à un autre étage. Le téléphone sonne dans le vide). Allez vous asseoir, Madame Bidule n'est pas là, nous irons plus tard. il y a d’autres personnes qui attendent.

Le Français
(Il se lève et s’installe sur une chaise, dans un coin du bureau. 25 minutes d’attente)

Monsieur X
(Après avoir reçu une femme de 40 ans, il rappelle Madame Bidule. Discussion en arabe. Madame Bidule lui dit de descendre plus tard) Il faut attendre encore 10 minutes.

Le Français
(Il commence à trouver le temps long, mais reste courtois, il n’a pas le choix) D’accord, pas de problème.

(15 minutes plus tard)

Monsieur X
On peut y aller.


Scène 3, intérieur jour

Décor: Le bureau de Madame Bidule, 2mx1,5. Trois cadres avec des photos d’enfants trônent sur une petite table. Madame Bidule, 65 ans, remplit un registre. Monsieur X l’interrompt, lui présente la pochette avec les papiers du Français. Le Français reste silencieux, les mains dans les poches. Madame Bidule lève le nez, voit le passeport.

Madame Bidule
Ah, un Français? Ils nous emmerdent les Français. Avant c’était Chirac, maintenant c’est Sarkozy... (Madame Bidule remplit le registre et redonne la pochette à Monsieur X).

Le Français
(Très très poli) Je peux reprendre mes papiers?

Monsieur X
(Un peu agacé) Oui, tenez. Vous pouvez partir. Revenez dans une semaine pour prendre votre formulaire dûment rempli.

Le Français
Merci.


Scène 4, extérieur jour

(Le Français sort du ministère, prend son téléphone et appelle un collaborateur de Maître Z)

Le Français
Allo, c’est le Français. Bon, je ressors du ministère. Le papier sera prêt dans une semaine.

Le collaborateur de Maître Z
(Enervé) Quoi? Une semaine? Mais qu'est-ce que t'as fait? Tu devais l'avoir aujourd'hui!!!

Le Français
Bein ouais. C’était soit ça, attendre une semaine, soit je payais 200 dollars de bakchich pour avoir ton fichu papier éventuellement aujourd'hui... Merci pour le piston!


Pour le feuilleton "Paperasses administratives au pays du Cèdre", suite au prochain épisode... 

samedi, 21 juillet 2007

Welcome to Fuel-sur-Plage !

On revient de la plage avec un double sentiment: celui d’un bon moment passé au soleil, loin du bruit. Et celui des 5 minutes de baignade dans la mer. Nous étions réticents au début car il y a beaucoup de méduses cette année. Et puis en s’approchant, nous nous sommes laissés tenter par l’eau claire et délicieusement tiède. Mais en sortant de l’eau…



 

A la mi-juillet l’année passée, les réservoirs de fuel de Jiyeh (tout proches) ont été bombardés (c'est sûr, ils devaient servir de refuge à ces gros méchants du Hezbollah, comme les usines de lait de la Bekaa), provoquant une marée noire sur une bonne partie du littoral libanais. Depuis la guerre, il y a eu un gros travail de nettoyage (merci surtout les ONG étrangères), mais il reste visiblement des traces. En tout cas, un grand bravo à nos chers voisins qui avaient encore fait preuve de leur sens du savoir-vivre.

PS: J'ai ruiné un maillot de bain aujourd'hui avec ces conneries. A qui dois-je envoyer la facture du pressing? A Ehud Olmert? 

jeudi, 19 juillet 2007

Pif paf bang bang 2 : la preuve par le son

Ce que vous allez entendre n'a pas été enregistré il y a un au Sud-Liban ou à Dahiyeh. Ni à Nahr el-Bared ces derniers jours.

Voici un petit podcast pris sur le vif ce soir à Achrafieh (21h, sur notre terrasse), qui illustre le post précédent pour tous ceux qui croiraient que nous ne sommes que deux Franco-libano-râleurs qui exagéront! Il est 22h03, et ça continue...

podcast

Pif paf bang bang

medium_petards.jpgAujourd'hui, c'est la Saint-Elie, une fête importante pour les maronites. Et comme ici, toutes les occasions sont bonnes pour faire du bruit, la soirée s'annonce agitée.

Dans un pays qui a traversé tant d'années au son des bombardements et dont la vie est aujourd'hui encore bousculée – de façon épisodique, heureusement – par la douce mélodie des explosions, j'ai toujours du mal à comprendre la fascination qu'exercent les pétards et autres feux d'artifices sur les Libanais. Plus ça fait de bruit, mieux c'est et tant pis pour le désagrément (je sursaute à chaque fois) et pour le danger (il y a deux ou trois ans, un feu d'artifice a atterri sur notre balcon à quelques mètres de nos enfants). Dans les rues et les ruelles, les bandes de gamins s'en donnent à cœur joie.

Je ne sais pas si c'est une façon d'exorciser un passé encombrant, une sorte de thérapie sonore, ou si il s'agit tout simplement d'une culture de l'extériorisation (de la fête comme du reste, d'ailleurs). Mariages, fêtes religieuses, victoires sportives, événements politiques, anniversaires... Toutes les occasions sont bonnes pour lancer ces trucs qui font de gros bangs. Je connais d'ailleurs un industriel qui a fait fortune aussi vite que massivement en se lançant de l'importation de pétards chinois.

On va dire que cela fait partie du folklore. Et puis, c'est toujours mieux que de tirer en l'air, comme les partisans de Nabih Berri l'avaient fait pour célébrer sa "réélection" à la tête du Parlement. Célébration qui s'était soldée par plusieurs blessés...

mercredi, 18 juillet 2007

It’s good to communicate 2… mais ça coûte cher !

Cet après-midi, nous étions tous les quatre en voiture, traversant tranquillement le quartier de Tabaris pour rentrer chez nous, lorsqu’il se produisit ce qui n’arrive que trop souvent dans notre beau pays: une (très) jeune femme (je ne dis pas «poufiasse» mais je le pense) dans son monstrueux 4X4 déboula sans crier gare d’un parking juste à notre gauche. Sans un regard pour qui risquait éventuellement de parcourir ce tronçon en respectant le code de la route, cette reine du volant se prenait aussi pour la reine de la route. David pila, ce qui évita la collision qu’apparemment la demoiselle n’a pas une seule seconde envisagée, et klaxonna avec colère. Pour rien. Pas davantage qu’à la seconde précédente, elle ne se rendit compte qu’elle n’était pas seule au monde. Ou bien, en fait, elle s’en balançait comme de sa première brassière. Après tout, c’est une reine de la route. Et puis, elle avait l’oreille collée à son téléphone portable.

medium_celliboycott.2.jpg

Ce genre d’incident horripilant se produit couramment ici, l’anecdote n’a rien d’extraordinaire, mais elle m’amène à vous parler d’une initiative lancée par un regroupement d’associations et d’entrepreneurs. Ce collectif appelle les Libanais à éteindre leur «cell» – leur téléphone portable, quoi – pendant 4 heures demain, jeudi 19 juillet. Pour avoir un peu la paix quand on est restaurant et que votre voisin a une conversation intempestive, ou pour sensibiliser les gens au danger des conversations téléphoniques en conduisant? Non. Ce boycott ponctuel vise à protester contre le coût exorbitant des communications cellulaires et la qualité pour le moins médiocre des services. Mais je considère que ces 4 heures de sécurité automobile relativement accrue (si tant est que l’appel mobilise les foules) sont un bonus. Bref.

Il faut savoir qu’au Liban, le secteur de la téléphonie mobile est monopolisé par deux opérateurs (MTC et Alpha) et les infrastructures existantes ont une capacité limitée pour un pays se voulant à la pointe de l’innovation technologique régionale. Résultats des courses: le taux de pénétration stagne à 25% de la population totale, contre 60% en Jordanie, à titre d’exemple. Quelque 2 millions d’utilisateurs résidant au pays du cèdre ne pourraient avoir accès au cellulaire en raison de l’étroitesse de l’offre. Du coup, comme ce qui est rare est cher, un marché noir galopant s’est développé dans le pays, quelques-uns des 27 distributeurs de cartes officiels n’ayant pas beaucoup de scrupules: pour une ligne dont le prix – en principe fixe – est de 51 dollars, certains n’ont pas hésité à demander jusqu’à 250 dollars il y a quelques années, et restent gourmands actuellement avec une facture pouvant atteindre 110 dollars!

Enfin et surtout – pour ceux qui ont le bonheur d’avoir une ligne – le coût de l’appel est totalement disproportionné. Jugez plutôt (les chiffres datent un peu, mais ils sont parlants et n’ont certainement pas été revus à la baisse): 500 minutes de communications locales coûtent 121 dollars au Liban, contre 66 en Jordanie, 65 en Syrie, 47 à Chypre, 42 en Egypte ou 39 aux Emirats Arabes Unis. Le coût moyen d’un appel d’une minute atteint 0,35 dollar pour les abonnés et 0,52 dollar pour les cartes prépayées. Sachant que ce même appel occasionne un coût de seulement 0,02 dollars pour l’opérateur (faites le calcul, c’est simple). Dans la région, l’appel ponctionne seulement 0,22 dollar en moyenne pour nos veinards de voisins plus ou moins éloignés.

Le débat autour de la privatisation de la téléphonie mobile fait rage depuis des années, mais rien ne garantit qu’il assurera une libéralisation suffisante du secteur pour que la concurrence n’ait un impact réel sur les prix (un troisième opérateur pourrait avoir accès au marché libanais, mais est-ce suffisant?). Sans parler de la nécessité de mettre en œuvre une véritable politique de transparence et de réglementation.

L’opération de demain, qui peut coûter au Trésor si elle est suivie massivement, espère entre autres choses inciter les autorités à reprendre des négociations interrompues par la crise de Nahr el-Bared il y a 9 semaines, et à serrer la vis contre les distributeurs sortant de la légalité.

En 2004, un boycott du même type avait mobilisé 63% des utilisateurs. Vous qui êtes au Liban, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire demain si vous en avez ras la casquette d’avoir un budget téléphonique hors de prix.

lundi, 16 juillet 2007

Compulsion horticole

Ce matin, je ne sais pas trop pourquoi, nous nous sommes mis en tête d’ajouter quelques plantes à la quarantaine de pots garnissant déjà notre terrasse. Notre pépiniériste habituel de Furn el-Chebbak n’avait pas grand chose d’excitant. Alors nous avons pris la route de Chtaura, où nous avons également nos habitudes pour satisfaire ce genre de compulsions.

medium_pontmdeirej.2.jpgSur la route de Damas (l’une des plus dangereuses du pays), nous avons eu droit à un énième détour: le pont de Mdeirej qui mène au col du Baïdar, frappé il y a un an tout juste par l’aviation israélienne, est toujours impraticable. En fait, il est fort probable que ce pont (le plus haut du Moyen-Orient si je ne me trompe) ne doive être détruit complètement pour être reconstruit (par les Américains, pour la bagatelle de 17 millions de dollars). Il avait été mis en service il y a 3 ou 4 ans seulement...

Une fois passé le col (Chtaura est de l’autre côté de la chaîne du Mont-Liban), la vue nous a une nouvelle fois serré le cœur. Ce n’est pourtant pas la première fois (loin de là!) que nous faisons ce trajet, mais l’émotion est intacte à chaque passage. Avant la longue et périlleuse descente vers Chtaura (la conduite y étant encore plus sauvage que dans le reste du pays), la plaine de la Bekaa s’offre aux voyageurs du jour. C’est tout simplement sublime.

medium_chtaura.jpgA Chtaura, les statues de Hafez el-Assad ont disparu depuis le retrait de l’armée syrienne. A la sortie de la ville, il y a un Y (ici en image): à gauche de l'immeuble blanc, c’est la route de Baalbeck; à droite (tout droit en fait) celle de Masnaa et de la frontière syrienne. En prenant cette dernière, vous trouverez LE pépiniériste de la région à quelque 200m seulement. Bon, nous n’avons pas grillé notre essence pour acheter de bêtes géraniums: lui, il fait plutôt dans l’arbre fruitier, le peuplier, les pins de toutes sortes… Nous sommes repartis avec un prunier de 2m50 de haut, trois pieds de lavande, un pied de tomate, deux bougainvilliers roses et blancs, un gardenia, deux rosiers et j’en oublie…

En repartant de Chtaura, avec branches et fleurs sortant par toutes les fenêtres de la voiture, nous avons fait une petite halte. Une sorte de pélerinage en ce qui me concerne, au restaurant Akl (pas loin du McDo, si si, y'a un McDo à Chtaura!). Le saint Graal? Son sandwich de kebbé nayé dans du pain marqouq. Un truc à vendre son âme au diable.

De retour à Beyrouth, nous avons passé l’après-midi à mettre tout ça dans des pots (taille XXL). Alors que le soleil allait bientôt se coucher dans la mer, nous nous sommes posés. En voyant toutes ces nouvelles plantes orner notre petit chez nous, je me suis dit que notre compulsion horticole du jour, cette frénésie dans la catégorie «plantage d’arbre», répondaient surtout à notre désir de nous enraciner nous-même dans ce pays que nous aimons tant. Ça fait un peu psychologie de comptoir, mais c'est comme ça...

mercredi, 11 juillet 2007

It's good to communicate

medium_libancell.jpgComme pour donner tort à ceux qui, convaincus que chrétiens et musulmans ne peuvent plus coexister au Liban, sont désormais partisans d’une partition du pays (la palme revenant à la création d’une «principauté» chrétienne dont on se demande bien qui serait le prince), les mouvements pour la laïcité refont parler d’eux tandis qu’un rassemblement de «l’Option libanaise» sera officiellement annoncé vendredi.

Dans les deux cas, des chiites sont soit à l’initiative, soit partie prenante: Hussein Husseini, l’ancien chef du Législatif, au niveau du Centre pour l’édification d’un Etat civil; Ahmad el-Assaad,le chef du «Courant du Liban des compétences», en ce qui concerne l’Option libanaise. Ces deux jeunes organismes défendent une ligne de conduite claire et nette qui se recoupe à bien des niveaux:

  • Egalité et liberté des Libanais unis par un principe de coexistence en dehors duquel le Liban ne saurait exister.
  • Défense d’un Etat civil.
  • Refus de la guerre et des ingérences étrangères, passant par une réelle responsabilisation des Libanais eux-mêmes. Etc.

Il faut saluer la volonté des membres de l’Option libanaise de briser le duopole Amal-Hezbollah sur la communauté chiite, comme d’autres comme le Courant chiite libre s’y essaient depuis longtemps déjà.Tout ça pour dire que dans toutes les communautés, il y a des âmes de bonne volonté, soucieuses de protéger le «vivre ensemble». Evidemment que ce n’est pas facile. Evidemment qu’il y a des moments de découragement.

Mais je trouve quand même triste que ce soient toujours des chrétiens (pas tous heureusement) qui se replient sur eux-mêmes et portent des jugements parfois choquants sur leurs compatriotes musulmans. Au cours d’une excursion dans le Sud, un habitant de Aïn Ebel (village chrétien) m’expliquait en quoi les musulmans étaient sales et combien les chrétiens leur étaient supérieurs, intellectuellement, culturellement, socialement. Il n’avait pourtant pas grand chose à envier à ce chiite de Bint Jbeil que j’avais rencontré quelques heures auparavant et qui, lui, avait loué la richesse et la sainteté du Liban, terre de toutes les religions, et qui était heureux d’envoyer ses enfants à l’école des Sœurs de Aïn Ebel justement.

J’ai bien conscience qu’il existe un syndrome des minorités se traduisant par une crainte permanente d’être absorbées par la majorité ou d’être jetés à la mer. Ce n’est pas propre aux chrétiens du Liban. Mais à mon sens, l’intelligence serait d’essayer de voir plus loin que ces clivages arbitraires sur seule base de l’appartenance religieuse.

Malheureusement, au Liban, trop de monde continue à concevoir son univers sous forme de cercles concentriques: au centre l’individu, puis la famille, le clan, la communauté et enfin, bon dernier, le pays… Tout cela a évidemment des fondements historiques, les Libanais n’ont sans doute pas eu le temps de se construire un véritable sens de la nation, comme tant de pays issus de la décolonisation. Ce qui fait même regretter à certains l’époque du mandat français où les Libanais se fatiguaient moins car ils avaient moins de responsabilités! Mais je m’égare.

Une chose est certaine, car je la constate tous les jours ou presque: un maronite de Beyrouth a souvent davantage de points communs avec un homme d’affaires chiite de la capitale qu’avec un planteur de tabac de Deir el-Ahmar ou un petit commerçant de Aïn Ebel.

mardi, 10 juillet 2007

Schizophrénie

medium_harissapanoramique.jpgCet après-midi, j’ai accompagné notre fille aînée à un anniversaire organisé à l’ATCL, un des plus anciens complexes balnéaires – évidemment privé – du pays, sur la baie de Jounieh. Au loin, la silhouette imposante de la montagne, couronnée d’une statue de Marie et de sa basilique pseudo-moderne, se dessinait en rosé dans les reflets du couchant. Que de souvenirs à chaque fois que je reviens ici, en particulier de cette émotion qui m’étreignait le cœur à chaque arrivée (en bateau, en hélicoptère, en hydroglisseur…) de Chypre, pendant la guerre. Chaque retour était comme une victoire à laquelle on n’osait croire qu’en foulant le sol du port de Jounieh. Bref.

medium_atcljounieh.2.jpgL’atmosphère était paisible en cette fin de journée à l’ATCL. Les baigneurs faisaient des longueurs dans la sublime piscine à ciel ouvert (à droite en photo), les enfants s’éclaboussaient d’eau et de rires, les mères de famille se prélassaient en buvant un café ou une limonade… Je suis une peu envieuse de ce luxe insouciant que seule une petite minorité peut s’offrir, je l’avoue. Evidemment, le goûter d’anniversaire que nous avions organisé à la maison il y a un mois, avec pêche à la ligne bricolée avec un manche à balai et gâteau qui m’a occupée trois heures et dont je n’étais pas peu fière, a dû faire pâle figure à côté de la débauche de luxe à laquelle j’ai assisté aujourd’hui: trois installations gonflables de 5 à 6 mètres de haut (chacune), cinq animatrices, le triple de bonnes, un buffet aussi riche que celui de notre mariage ou presque… Ce qui fit dire à une maman que c’était un «mini-mariage», justement.

Je ne juge pas, les parents ont les moyens et l’envie d’offrir cela à leurs enfants, tant mieux pour eux. Mais je m’interroge quand même sur la démesure qui règne dans certaines sphères sociales du pays: anniversaire à la résidence Sursock à 50 dollars par enfant pour une gamine qui soufflait sa quatrième bougie, jeunes de 20 ans qui quittent le pays parce que, vous comprenez, le Liban, ce n’est plus vivable car il n’y a plus que deux boîtes de nuit où sortir le soir et autres excès qui doivent se produire ailleurs aussi, mais qui se voient particulièrement bien ici. Le Liban est tout petit.

Toujours est-il que j’ai de plus en plus de mal à suivre, surtout si ma propre progéniture, qui évolue dans cet environnement par la force des choses, commence à avoir ce type d’ambitions. Ce qui n’est pas le cas pour l’instant, je peux encore souffler, merci.

J’ai aussi un peu de mal à gérer le contraste avec la journée de la veille, passée à sillonner les routes terreuses du Sud, à essayer de traverser des ponts encore défoncés et à écouter les habitants livrer leurs inquiétudes et/ou leurs rancunes.

A l’ATCL aussi, on s’inquiète de l’avenir, mais le rapport à la réalité est tout autre. Beaucoup de ses membres sont ceux qui ont (sur)peuplé les complexes de montagne, à Faraya ou ailleurs, pendant la dernière guerre. Je garde en mémoire ces deux femmes qui discutaient près de moi dans la salle d’attente d’un médecin, en août dernier. L’une expliquait à l’autre qu’elle allait pour la troisième fois se rendre en France en passant par la Syrie car elle n’en pouvait plus du Liban et de Faraya. «Avec tous ces enfants là-haut, c’était devenu beaucoup trop bruyant.»

Allez, restons tolérants. «A chacun suffit sa peine» est un de mes adages et il ne faut pas juger le malheur des uns à l’aune de la détresse des autres. Dans le fond, cette femme faisait peut-être beaucoup de bien par ailleurs. Mais moi, je constate le fossé culturel et social libanais qui, sans être aucunement nouveau, continue de se creuser. Et j’y participe, d’une certaine manière. Demain, j’irai faire le pitre pour une émission de radio avant d’écrire une rubrique sexualité qui fera pâlir les prudes, grincer des dents les hypocrites et vendre un magazine. Il faut bien manger et payer les écolages des enfants.

Le Liban est schizophrène, ça on le savait déjà. Je le deviens aussi…

samedi, 07 juillet 2007

Journée nationale du tabboulé : fallait y penser

medium_taboulelibanais.jpgEh oui, on se console comme on peut de la bêtise politico-milicienne ambiante. Alors que les journaux dissertent depuis hier sur la possible implication du FPLP-CG de ce bon vieux Ahmed Jibril (hébergé depuis les années 70 par le régime baassiste de Damas) dans l’assassinat de Pierre Gemayel, les gastronomes libanais aiguisent leurs papilles avec la Journée nationale du tabboulé. Je ne sais pas si l’on doit en rire ou en pleurer. N’empêche, les afficionados de ce mezzé organisent aujourd’hui une dégustation géante de cette salade, au Souk el-Tayeb de Saïfi Village, au Centre-ville de Beyrouth. Moi, je trouve ça injuste, je m'insurge, il y a tellement de bonnes choses dans les livres de recettes libanaises! Je propose donc d’autres journées nationales :

  • Journée nationale de la kebbénayé
  • Journée nationale du chenklich
  • Journée nationale des amandes fraîches
  • Journée nationale du soujouk
  • Journée nationale du sandwich kafta extra avec frites

Si vous avez d’autres idées…

 
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