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lundi, 03 septembre 2012

Clopin-clopant

liban,beyrouth,tabac,cigarettes,loi,interdictionDans cette histoire, tout le monde a raison.

Mes filles se tuent à me le répéter depuis des années: fumer, c’est pas bon pour la santé. Je le sais, et pourtant j’aime ça. Et ce n’est pas le seul vice auquel je m’adonne que la morale réprouve. Je m’arrêterai peut-être un jour, contraint et forcé. Peut-être pas. Je sais que ça noircit les poumons, que ça bouche les artères, que ça abîme la peau... Dans le fond, mes filles ont entièrement raison.

Depuis ce matin donc, une loi est entrée en vigueur au Liban, prohibant la cigarette des lieux publics fermés. 90 dollars d’amende à tout contrevenant! Au début, j’ai cru à une mauvaise blague, mais c’est finalement très très sérieux. Exit la clope des ministères, des bureaux, des restaurants et des bars. Il y a de cela une éternité, quand je suis arrivé dans ce beau pays, je trouvais ça chouette de pouvoir fumer partout. Enfin presque. Le gars au rayon charcuterie avec la clope au bec au supermarché, je trouvais ça moyen moyen. Mais cela ne me dérangeait pas de fumer à l’agence de ma banque: un cendrier trônait même sur le comptoir et cette bonne Laudi fumait comme un pompier quand elle me retirait un dollar pour chaque chèque déposé. Un dollar, ce qui était aussi, à l’époque, le prix d’un paquet de cigarettes. C’est à dire rien du tout. Surtout comparé à certains pays européens. Bref, c’était la liberté totale, et j’aimais ça.

Et puis avec le temps, certains restaurants ont prévu des jours non-fumeurs. Certaines entreprises ont interdit la cigarette. Même ma banque bien aimée s’est fendue d’un signe interdiction de fumer. Franchement, j’ai trouvé ça plutôt bien.

Et puis voilà que cette fichue loi est tombée.

Depuis ce matin, ça s’excite sur les réseaux sociaux. Les «contre» hurlent au scandale! Il y a les libertaires, réfractaires à tout recul sur leurs libertés individuelles, les patrons de restaurants pas contents qui se disent que cela va faire fuir la clientèle... Ceci dit, ils n’ont pas tort sur ce coup-là: interdire le narguilé dans un restaurant libanais, c’est comme dire que Fairuz chante comme une casserole, que les Libanais sont des Arabes et non les descendants des Phéniciens. Ça dépasse la simple provocation, c’est une déclaration de guerre. Les volutes de tabac font partie de la culture locale. Y toucher, c’est toucher à l’identité libanaise, au mode de vie insouciant qui caractérise souvent ce peuple. Un peuple habitué aussi à ce que les lois ne soient pas appliquées dans son pays clopin-clopant. Un commentateur ce matin se disait, avec un cynisme plein de vérité, que dans cette histoire, ce sont les patrons de restaurants de la banlieue sud qui allaient se frotter les mains puisque l’Etat n’a pas son mot à dire là-bas. Plus généralement, les «contre» se disent qu’il y a des problèmes bien plus importants à régler en priorité. Dans le fond, les «contre» ont entièrement raison.

Et puis les «pour» – non-fumeurs mais pas seulement – se félicitent d’une telle décision, raillant les «contre», argumentant que toute loi est bonne à prendre, surtout en matière de santé publique, même si, effectivement, l’Etat devrait avoir d’autres chats à fouetter. Les «pour» vont pouvoir (si la loi est appliquée bien sûr, ce qui est un gros ‘si’) respirer l’air frais des climatiseurs dans les salles de restaurant. Je l’avoue, je suis comme eux: ça me casse toujours les pieds quand une grosse bedaine est en train de tirer sur son Cohiba juste à côté de moi, même si la petite clope entre le dessert et le café va me manquer. Dans le fond, les «pour» ont entièrement raison.

J’écris ces lignes sur ma terrasse, en regardant la mer droit devant moi et la montagne sur ma droite. Un épais nuage de pollution recouvre la ville. Cela fait des années que mes scrupules se sont envolés concernant la cigarette: à voir ce que mes poumons inspirent à chaque fois qu’ils se gonflent, je me dis que cette interdiction ne servira à rien. Le gouvernement devrait plutôt plancher sur la réduction du trafic urbain, sur l’interdiction de ces bus dont on ne devine même plus la couleur d’origine tant ils polluent, sur la remise en état des centrales électriques à gaz et qui fonctionnent au mazout, sur, sur, sur... Plutôt que de vouloir entrer dans la cour des pays dits civilisés par la petite porte. Je me souviens du premier séjour que j’ai passé à Paris après l’entrée en vigueur d’une loi similaire. Je devais retrouver un copain bossant à TV5. Sur cette avenue des beaux quartiers dans le XVIIe arrondissement, les fumeurs tiraient sur leur tige, en grappes devant l’entrée de l’immeuble. Le trottoir était jonché de mégots, c’était à vomir. En y repensant, je me dis que la loi libanaise ne sera donc jamais appliquée. Nous n’avons pas la chance d’avoir des trottoirs à Beyrouth. Dans le fond, je me dis que j’ai entièrement raison.

 

[...]

Je vous laisse avec un humoriste interdit (lui aussi) qui parle de la cigarette. Tiens, je me demande si deux interdictions font une permission...

samedi, 04 août 2012

6

ans.

mardi, 31 juillet 2012

Timbré

Panique à bord. J’ai besoin d’émettre le plus rapidement possible des papiers officiels, et plus d’encre dans l’imprimante. Je déboule chez Tony, le papetier en bas de chez moi. Je regarde la petite étagère où trônent les boîtes HP. Miracle. Les nº22 et 27 sont là, je souris.

« – Tony, tu veux que je te dise, je t’aime!
– Pas autant que moi, David.
(faut bien le dire, je suis un bon client)
– Tu peux me donner une 22 et une 27, j’ai une urgence.
– OK. Ça fait... 69000 livres.
(gloups, HP, hors de prix, je me demande si c’est une coïncidence)
– Ah, au fait, j’allais oublier. Il me faut aussi des timbres à 100 livres.»

Tony éclate de rire.

« – Tu n’es pas au courant?
– Au courant de quoi?
– Ça fait des semaines qu’il n’y a plus un timbre dans le pays! Regarde ces deux factures que je viens de recevoir ce matin. C’est signé, c’est tamponné, mais il n’y a pas de timbre.
– Ah. On peut faire sans alors?
– Tu n’as pas le choix. Mais ne sois pas surpris si, dans deux ans, un gars du ministère vient te demander de payer une amende de deux millions parce que tu n’auras pas mis de timbre aujourd'hui.
– Tu blagues?
– A moitié.
(j'ai un petit faible pour son sens de l'humour)
– Bon, bein je ferai comme tout le monde. Ce sera sans timbre. On verra bien.»

Une heure plus tôt, j’étais en voiture avec quelqu’un de très cher, ayant finalement jeté l’éponge quelque mois plus tôt et donc parti voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Après un mois passé à Beyrouth, ce quelqu’un me faisait la trop longue liste de tout ce qui n’allait pas dans le pays, de tout ce qui avait empiré en seulement un an. J’acquiesçais. Il visait juste la plupart du temps. Je me suis dit aussi que c’était peut-être pour se convaincre d’avoir fait le bon choix, prenant soin d’oblitérer ce qui fait (encore) le charme de ce putain de pays. Toujours cette fameuse question du regard. Mais je vais être honnête, je me suis aussi demandé si je n'étais pas complètement timbré d'être encore là.

De retour chez moi, je me suis senti tout con. J’imprime daredare mes papiers officiels, je signe, je tamponne et je ne timbre pas. Désemparé. Avec les années, je me suis peut-être trop bien adapté à l’une des caractéristiques du fonctionnement de toute la société libanaise: plus il y a de timbres et de coups de tampon, mieux c’est.

Je me souviens alors avoir glissé des timbres dans mon portefeuille quelques semaines auparavant.

Erreur. Pas des timbres, mais un timbre. Le voici.

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Alors voilà, les choses sont simples. Ce timbre – magnifique, sublime, vestige d'un passé glorieux mais révolu – est peut-être le dernier représentant de son espèce, le dernier témoignage qu’un jour, autrefois, jadis, le Liban fut un pays qui fonctionnait normalement, avec un Etat ne serait-ce capable de faire tourner la planche à timbres. Tout le monde parle depuis des mois de la crise de l’électricité dans tout le pays, des réfugiés syriens dans le nord, de cheikh el-Assir au sud, de la saleté de la mer à l'ouest... Tout le monde – ou presque – critique ce gouvernement paralysé à tel point qu’il faudrait le téléporter tel quel pour l’exposer chez Madame Tussauds. Mais comme tout le monde continue également de dire que le business ne s'arrêtera jamais et qu'il y a beaucoup d'argent dans le pays, je vais mettre mon timbre de 100 malheureuses petites livres libanaises aux enchères. Mise à prix: 10000 livres, 100 fois son prix. Ça me paraît honnête.

Qui se lance?

lundi, 21 mai 2012

No war

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D'autres photos ici pour ceux que ça chante... 10 jours après les heurts sanglants de Tripoli, c'est au tour de Beyrouth. Comme me le disait un petit vieux ce matin, "j'ai une impression de déjà-vu. Tout le monde garde en mémoire le 13 avril 1975 pour le début de la guerre civile. Mais pour moi, c'est l'assassinat du député sunnite Maarouf Saad, le 26 février 1975, qui a tout déclenché. Ça ressemble bizarrement à aujourd'hui". J'espère qu'il a tort, le pépé.

jeudi, 26 avril 2012

Cachez ce slip que je ne saurais voir

liban,beyrouth,procès,graffiti,semaan khawam,superman,palais des justiceIl faut une sacrée dose d’humour (noir) pour en sourire encore. Les prétoires beyrouthins sont actuellement débordés. Les affaires de la plus haute importance se succèdent. Un graffeur attend son verdict le 25 juin prochain. Le crime de Semaan Khawam? Un pochoir montrant un soldat armé d’un AK-47. Il risque 3 mois de prison pour «trouble à l’ordre public». Personnellement, la vue d’une kalashnikov me semble plus violente sur un drapeau que sur les murs déjà bien encombrés de Beyrouth. Toujours dans le domaine du tag politiquement incorrect, Ali Fakhri et Khodr Salamé ont goûté la joie d’être arrêtés et interrogés pour des graffs en faveur de la «révolution» actuelle en Syrie. Puis, dernier dossier en date, celui d’Edmund Hedded et de Rawya el-Chab, poursuivis pour «atteinte à la pudeur» et «humour, terminologie et gestes indécents sur scène» suite à une vente d’hommes aux enchères (au bénéfice d'une association s'occupant d'enfants malades du cœur) durant laquelle Edmund a dévoilé un bout de son caleçon à l’effigie de Superman. Prochaine audience le 30 mai au palais de Justice.

De l’humour, il en faut donc beaucoup. Beaucoup beaucoup beaucoup. Hier, j’étais chez mon cher dentiste. Au moment de fixer l’heure de la prochaine séance de torture, il sort son téliPhone, et lance une application que je ne connaissais pas (honte à moi): Beirut Electricity. Histoire de voir si «mercredi prochain 15h45» tombera ou non dans la mauvaise tranche. Ce scandale – parmi tant d’autres – mériterait bien de menotter quelques ministres et ex-ministres. Mais bon, s’attaquer à Superman est un défi plus noble, convenons-en.

En fait, en me baladant du côté d’Adlieh, j’ai enfin compris pourquoi notre cher système judiciaire semble s’enorgueillir de marcher à côté de ses rangers. Il suffit pour cela de regarder le nom du quartier sur les murs.

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lundi, 27 février 2012

Beyrouth sur écoute (à Bruxelles et Paris)

Et voilà. Trois ans sont passés depuis Jours tranquilles à Beyrouth et notre petite virée en Europe pour la promo du livre. Mille choses se sont passées depuis, et je repars seul vers Bruxelles et Paris pour présenter un livre qui me tient tout autant à cœur: Beyrouth sur écoute. Voici en avant-première le programme complet des festivités...

Samedi 3 mars à 15h
Dimanche 4 mars à 14h

> Séances de dédicace à la Foire du livre de Bruxelles, Stand CEC (303), avec expo de 8 photos extraites du livre

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Vendredi 16 mars à 19h
> Séance de dédicace au Salon du livre de Paris, Stand PACA, allée T, Espace 27

Samedi 17 mars à 15h30
> Séance de dédicace à la librairie de l'Institut du monde arabe à Paris, en compagnie de Mazen Kerbaj qui sera lui aussi à Paris, pour son livre Cette histoire se passe

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Le reste du monde attendra.

mardi, 13 décembre 2011

Beirut Prints s'affiche

liban,beyrouth,beirut prints,affiches,postersAllez, un peu de pub ne peut pas faire de mal. Surtout pour Beirut Prints, ce projet né dans la foulée de Beyrouth sur écoute. Vous avez peut-être déjà remarqué les stands dans plusieurs librairies de Beyrouth, présentant une première série d’affiches (58x88cm) consacrées à la capitale libanaise, histoire de montrer autre chose que la guerre, la violence, les mezzés et les couchers de soleil sur Raouché. Pour cette première étape, Beirut Prints a réuni le travail de sept photographes, mais en a beaucoup d’autres sous le coude. Et question images, il y en a vraiment pour tous les goûts. La deuxième étape arrive très prochainement, avec l'édition de tirages photo professionnels numérotés.

Ça ferait de beaux cadeaux de Noël, non? Et pour les lecteurs de ce blog vivant à l’étranger, il y a toujours la possibilité de les commander online, ici et . :-)

jeudi, 08 décembre 2011

George et l'or

Mai dernier, quelque chose comme ça. Je retrouve George à une table du Demo. Le grand échalas arrive, cheveux dénoués. Nous discutons photo. Sur l’écran de son cellulaire, il me montre une série qu’il aimerait approfondir, explorer, exposer. Je suis sidéré par le garçon, par son atypique douceur. Du haut d’une vingtaine gentiment entamée, il sait où il va. Sa démarche est là.

Hier soir. Rendez-vous au Art Lounge, à la Quarantaine. George Zouein expose son exploration du sujet. Quatre tirages d’un mètre cinquante. C’est peu et beaucoup à la fois. Il me dit «Commence par celle-là, à droite.» J’obéis. Arrivé à la troisième, je m’arrête. Je me dis «La voilà». C’est à peine si je regarde deux minutes la quatrième, celle que l’on ne voit pas en entrant. Je retourne en arrière. A deux mètres, juste en face du cadre, un canapé m’appelle. Je m’installe et je bloque. Je bloque de très longues minutes. Et je découvre le secret de cette image, la lettre qu’il manque à son prénom. George arrive près de moi. La salle est un peu bruyante, on s’entend mal.

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– «Tu as vu?
– Quoi?
– Là, le ‘S’.
– Oui... c’est vrai...
– C’est comme un escalier vers je ne sais pas quoi. C’est de l’or que tu as là.
– Oui, tu veux que je te la présente?
– Hein? Je te dis que c’est de l’or, une image pareille!
– Ah, c’est gentil, ça me touche. C’est juste que la fille s’appelle...»

Je reste là encore quelques minutes à regarder chaque détail, à me laisser aspirer. Puis je m’en vais. En espérant moi aussi (re)trouver mon or le plus vite possible. Une mélodie dans la tête.
podcast

lundi, 26 septembre 2011

Cherchez l'intrus

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dimanche, 11 septembre 2011

La Grande brasserie, vaisseau fantôme

liban,beyrouth,grande brasserie du levantC'était au printemps 2010. Un jour, des étudiants de l'Alba et de l'Université libanaise (Delphine et Kassim si mes souvenirs sont bons, à tout seigneur tout honneur) reviennent d'un reportage et me disent: "Vous ne connaissez pas la Grande brasserie du Levant?" Et bien non, je ne connaissais pas. J'étais pourtant passé devant des dizaines de fois sans y faire attention. Comme pour de nombreux autres endroits atypiques qui me reste encore à découvrir.

Pourtant, la façade se pose là. Immense, imposante. Le bâtiment, avec l'édifice central et les deux ailes, est un labyrinthe de salles, d'escaliers, de couloirs. Tout y est à l'abandon: la paperasse, des caisses de bières poussiéreuses, des machines encore recouvertes de cambouis. Les ténèbres règnent sur les sous-sols et les vastes salles frigorifiques. Certains recoins vous glacent les sangs. Et puis il y a le gardien des lieux, le vieux et chaleureux Boutros. Vous en apprendrez bientôt davantage sur lui.

Quelques jours seulement après que ces deux étudiants m'ont montré leurs photos, j'y suis donc allé. Faire un repérage. Et en me disant que ce serait un crime d'abattre un tel vaisseau abandonné. Le potentiel du lieu est énorme: je comprends que des promoteurs puissent se lécher les babines en regardant cette parcelle de terrain très bien située. Moi, je me dis qu'il y a là la plus belle carcasse de béton de la ville à transformer en espace culturel, d'exposition & Co.

Note pour plus tard: après la gare de Beyrouth, ça ferait un bel endroit pour lancer un bouquin, ça.

vendredi, 02 septembre 2011

Lux gremlina

liban,beyrouth,électricité,lampadaires,bassil,berry,l'orient-le jour,magazine,rania magazine,gremlinsOh, c’est vrai, cela avait un petit côté pittoresque il y a 15 ans. Ces coupures de courant, ces sautes de tension, tous ces appareils électriques qui pétaient les plombs les uns après les autres. «C’est à cause des événements, me disait-on. Ça ne va pas durer.»

Mouais.

Nous sommes donc en 2011. Plus de vingt ans après les «événements». Ce matin, Gaby Nasr allumait encore tout le monde dans son billet de L’Orient-Le Jour, avec en point de mire deux aberrations politico-tribales: Berry et Bassil. Le numéro de Magazine, lui, faisait sa Une sur les «irréconciliables» Joumblatt et Aoun. Et dire qu’il y a encore des gens pour suivre ces esprits éclairés...

Pendant que ces tristes clowns s’évertuent à faire croire qu’ils sont vraiment en charge de la chose publique, je me demande simplement comment fonctionne l’éclairage public de Beyrouth. Il arrive souvent de se retrouver, la nuit tombée, dans des rues qui ressemblent plus à des coupe-gorges qu’à autre chose (ceci dit, je préfère ça à me balader aux Halles à Paris un samedi après-midi). Mais en pleine journée, alors que le dieu soleil nous abreuve de sa pluie de photons, les lampadaires fanfaronnent. Du coup, je m’interroge: comment cela fonctionne-t-il? Les heures d’éclairage sont-elles automatisées? Y a-t-il intervention humaine, avec un employé chargé d’appuyer sur un interrupteur pour allumer ces réverbères? Vraiment, quelqu’un pourrait-il me donner un soupçon de début d’indice?

Alors, devant cette énigme que je n’arrive toujours pas à résoudre, je préfère me replonger dans la lecture de la presse libanaise. Car c’est là finalement qu’il y a toujours (enfin, pas toujours...) quelque chose d’intéressant à trouver.

Tenez, hier, par exemple. J’étais chez Tony, le papetier en bas de chez moi. Je regarde le stand des magazines et trouve le dernier numéro de Rania Magazine. Je ne connais pas le nom du (de la) rédacteur(trice) en chef, ni celui du ou de la DA, mais je voudrais les remercier du fond du cœur pour avoir retrouvé la plus attachante des héroïnes ayant bercé mon enfance: la Gremlins fille.

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Vraiment, un très grand merci.

vendredi, 22 juillet 2011

La 5e colonne

Je suis arrivé là, pas vraiment par hasard. Sur ce bout de terre qui n'en est pas vraiment un. Je pense qu'il ne devait pas être là il y a vingt ans. Peut-être, un jour, la mer s'est-elle retirée. Juste à cet endroit. Laissant alors apparaître la colonne vertébrale d'un monstre sorti du fond des âges. Là, à Beyrouth, sur ce front de mer qui tente désespérément de se donner des airs de je-ne-sais-quoi.

DSC_0036snb.jpg

En la voyant, j'ai essayé de m'imaginer la bête. Colossale. Agressive. Avec une queue interminable lui servant d'arme fatale contre ses congénères. Elle devait bien mesurer 300 mètres de long, peser des dizaines de tonnes. Peut-être venait-elle d'une autre planète. Je n'en sais rien.

Pendant une heure, j'ai tenté de comprendre ce qu'elle faisait là. Comment elle était arrivée là. Pourquoi personne n'en parlait en ville. Incroyable tout de même, cette preuve d'une vie dépassant tout ce que la Terre avait enfanté auparavant. Ici, à Beyrouth et nulle part ailleurs.
Je me suis approché, j'ai touché ces vertèbres minéralisées. Elles étaient lisses et rugueuses en même temps, devaient s'emboîter parfaitement les unes aux autres. J'imaginai les masses de cartilages et de tendons qui avaient, quelque part dans le temps, relié tout ça, animé tout ça, avec une puissance inégalée. Je n'en revenais pas de cette découverte. Je voyageai sur place, dans un silence bercé par un lointain ressac.

 

[...]

Et puis il est arrivé. Le petit bonhomme en gris que j'avais repéré en arrivant, ronquant tranquillement à l'ombre de sa cahute. «Mamnou3, mamnou3!», me lança-t-il alors que j'étais en train de prendre une dernière photo de cette monstrueuse colonne vertébrale. Mon petit rien tout gris m'explique alors que ce terrain est la propriété (privée) de Solidere et qu'il est évidemment interdit d'y venir, qui plus est équipé de cette odieuse invention numérique.

Solidere, Dahyeh, même combat. Le pays s'est transformé en gigantesque propriété privée où prendre une photo est passible de la peine de mort. Il me fait rire, ce bon monsieur Mikati, quand il déclare que la priorité des priorités est d'assurer la «prospérité de la saison touristique».

Chers touristes, vous êtes les bienvenus, évidemment. Mais mieux vaut vous prévenir: la 5e colonne veille au grain, alors contentez-vous d'acheter des cartes postales.

mardi, 28 juin 2011

Nouveaux locataires ?

« – Chou hayda? On va avoir de nouveaux voisins?, demande Laure.
– Je ne sais pas, tante. Je n'ai pas mes lunettes, mais on dirait bien un parking là-bas?, lui répond Georges.
– Un parking? Mais qu'est-ce que tu me chantes là? Tu le vois bien, c'est un immeuble, rétorque Ammo Charles.
– La, mich ma'oul ! Un immeuble ici, impossible. C'est bien le dernier endroit où on peut construire un immeuble!, l'interrompt Lutfallah.
– Mais tu ne te rends pas comptes, partout dans le quartier, c'est la même chanson. Des immeubles neufs qui poussent de partout!, s'entête Ammo Charles.
– Oui, mais pas ici!, assène Lutfallah avec aplomb.
– Je dois dire que je suis d'accord, avance Laure. Ça me paraît incongru de construire une tour au-dessus de nos têtes.
– Eh!, Regardez un peu à gauche. Vous voyez ce que je vois?, demande Georges aux autres.
– Quoi, les piliers de béton?, relance Ammo Charles.
– Oui! C'est tout de même incroyable! Un immeuble à flanc de colline, passe encore, mais un autre en plein milieu, c'est du grand n'importe quoi!
– Tu sais habibi, les proprios ont peut-être senti un bon filon: construire pour augmenter le nombre de locataires. Ça serait logique, remarque le cousin Nicolas qui arrive, sûr de lui. A leur place, j'en aurais fait autant. Il n'y a plus de surface au sol, alors il faut grimper, c'est la loi de notre nature.
– Tu ne m'enlèveras pas de l'idée que c'est totalement saugrenu, regrette Georges.
– Nous étions si bien ici, murmure Laure. Haram, quel dommage... Et puis je suis sûre que ce sont les nouveaux riches qui poussent les propriétaires à construire. Ils veulent avoir une place parmi nous, parmi les grandes familles d'Achrafieh.
– Peut-être. En tout cas, je me demande combien ça coûtera d'être tout en haut avec vue sur la mer?, s'interroge Nicolas avec malice.
– Ah la mer...» Laure se tait quelques secondes, puis reprend. «Quand je suis arrivée ici, il y a bien longtemps, je la voyais entre les pins.»


[...]

Je ne sais pas si le cousin Nicolas a raison du fond de son caveau, mais bon. Le cimetière Mar Mitr était un bel endroit, presque calme, dans la ville bourdonnante. Interdit d'y prendre des photos, peut-être à cause de toutes les «stars» qui y ont élu domicile. Mais en ce moment, le son du chantier couvre celui des cloches. Entre la peste et le choléra, difficile de choisir.

cimetiere mar mitr.jpg

mercredi, 15 juin 2011

Min ma3é ?

Le téléphone vibre. Le téléphone sonne. Sur l'écran, un numéro inconnu apparaît. Je décroche.

decline.jpg

« – Allô?
– 3allô? (difficile de rendre par écrit la nonchalance du début du mot «3allô», le son «3a» s'étalant sur deux bonnes secondes, comme une mauvaise panade)
– Oui?
– Min ma3é?
– Hein?
– Min ma3é?
– Chou, min ma3é?
– Min 3ambyehké?
– Enta min?
– La, la, la. Min ma3é?
– OK habibi. Bye bye.»

Je l'avoue: cela fait des années que ça dure et c'est une chose à laquelle je n'arrive pas à m'habituer. En gros (pour ceux qui n'ont pas saisi l'essence du petit dialogue ci-dessus), quelqu'un appelle en s'étant trompé de numéro, tombe sur un interlocuteur qu'il ne connaît pas (moi, donc) et demande à ce dernier de décliner son identité. C'est systématique. Moi, ça me gonfle. De manière fort légitime, d'ailleurs. Dire qui je suis à un étourdi du clavier que je ne connais ni d'Eve ni d'Ali et qui n'a pas la délicatesse de donner son nom, je n'y vois pas trop d'intérêt. Au mieux, un motif d'agacement.

Mais attention. Parfois, le téléphone sonne de nouveau.

« – 3allô?
– Chou baddak ba3d?
– Abou Youssef?
– La.
– Min ma3é?
– ... (silence, je cherche le bon mot pour lui signifier mon agacement)
– Chou esmak?
– Tu commences à me péter les noix, toi! Min 3ambyehké?
– Abou Youssef mawjoud?
– Mafi Abou Youssef honé. Ghalat!»

Je raccroche. Le téléphone sonne à nouveau. Le même numéro s'affiche. Je laisse sonner dans le vide. A mon corps défendant, je l'avoue, je ne m'appelle pas Abou Youssef.

[...]

Pendant ce temps-là, Abou Youssef devait certainement être en train de regarder la télé en découvrant la composition du nouveau gouvernement. En se demandant certainement «Min ma3 baladé?».

«Ghalat, habibi.» Depuis le temps, question gouvernements de branques, Abou Youssef devrait être habitué, lui.

jeudi, 12 mai 2011

A l'horizon

ain el-mreisseh.jpgJe ne sais pas trop quoi regarder en ce moment. La montagne, le soir, qui brille? Les nuages qui vont et qui viennent, en attendant que l'été suffocant prenne ses quartiers? Les voitures garées en triple file en bas de chez moi? Les nouvelles neuves du dedans, de ce 12 mai 2011 qui n'aurait jamais été ce qu'il est sans le 12 mai 2008 et les tristes heures qui l'avaient précédé? Un jour, c'est la cata, le lendemain la solution est proche, pour la formation de ce magnifique gouvernement qui sauvera le monde et la galaxie tout entière.

Et puis il y a notre voisine. Notre chère voisine. Souvent encombrante, bruyante ou sournoise, qui n'en finit plus de cette crise de nerfs que beaucoup redoutent contagieuse. Une voisine en pleine ménopause qui n'arrive pas à faire le deuil de cette formidable forteresse qu'elle fut et qui a peur des semaines à venir, de voir son corps se transformer, de voir ses atours qu'elle croyait irrésistibles tomber en poussière. Alors ici, sur le même palier, il y a ceux qui s'indignent, ceux qui regardent ailleurs en se demandant s'ils pourront encore trouver des places pour Shakira et plus généralement ceux qui se demandent s'ils auront suffisamment de sous dans leur poche pour se payer 20 litres d'essence. Ceux qui sont révoltés par les cris et les pleurs de l'autre côté de la cloison, et ceux qui se disent que tant que cela reste de l'autre côté de la cloison, tout va bien... Jusqu'ici, tout va bien... C'est toujours la même ritournelle finalement.

dimanche, 17 avril 2011

Grand écart

Y'a des jours comme ça, plus riches que d'autres. Riches en histoires humaines. J'ai la chance d'avoir parmi mes amis des hommes très différents les uns des autres. Je ne les mélange quasiment jamais, ils représentent tous des histoires séparées. Je suis leur plus petit dénominateur commun.

Hier samedi, j'avais promis à deux d'entre eux d'assister aux scènes qui font battre leur cœur. Le premier, vous vous en souvenez peut-être, est quelqu'un de très spécial pour moi. Et, comme chaque année, ce début de printemps marque pour lui la première étape de la préparation de son «or brun». Cette fois, je me suis dit que j'allais documenter tout le processus. Rendez-vous donc à 9h, sur la route de Damas, à 20 minutes de Beyrouth.

samir muller clay.jpgEtape nº1: le mélange de trois terres différentes, aux propriétés spécifiques (ci-dessus en photo), et le tamisage. Etape nº2, dans deux semaines: la «récolte» de la glaise et sa transformation en boudins de 20kg qu'il utilisera lui-même et revendra à différents clients, comme les facultés d'art du pays ou des sculpteurs. La terre de Samir est de l'or et lui ne s'en rend pas compte. Nous nous sommes promis de nous revoir bientôt, loin de la poussière de son caravansérail, devant l'écran d'un ordinateur pour faire une «étude de prix». Cela fait 10 ans qu'il vend les 20kg de terre à 18000LL, soit moins de 1000LL le kilo. Un prix qu'il faudrait probablement réévaluer, vu le coût de sa matière première, les heures d'un travail harassant en plein cagnard...

[...]

Deuxième rendez-vous de la journée, à 16h. Je troque mon T-shirt plein de glaise pour une chemise blanche impeccable. Direction les salons du 2e étage de l'hôtel Gabriel à Achrafieh pour la 9e vente aux enchères organisée par Cedarstamps.

cedarstamps bernardo longo.jpgJ'y retrouve Bernardo, mon Rital passionné par l'histoire postale du Levant. Plus de 300 lots sont exposés. Les enveloppes mises en vente vont de 20 euros à 10000 euros. Quelques clients sont dans la salle, d'autres au téléphone depuis l'étranger. 17h50: arrive alors le lot nº183. Une petite enveloppe tamponnée au Qatar en octobre 1916. Mise à prix: 5000 euros. Les enchères montent, deux collectionneurs – par téléphones interposés – se lancent dans une partie de ping-pong hallucinante. Résultat: le premier jette l'éponge au bout de dix minutes, le second remportant le lot pour la bagatelle de 53000 euros...

[...]

En faisant un calcul à la louche, le premier vend donc sa terre à moins de 1000 livres le kilo, le second son enveloppe – en admettant qu'elle pèse 10 grammes – à plus de 11,5 milliards de livres le kilo. Ça s'appelle un grand écart.

vendredi, 15 avril 2011

Pomme C Pomme V impossible

Très court extrait du dossier spécial (12 pages) sur les révoltes dans le monde arabe, paru ce matin dans le quotidien Le Soir. Vous pouvez le télécharger en intégralité ici, ça vaut le coup.

mark mansour.jpgLes politiciens libanais continuent à longueur d'interview de réclamer la paternité du vent de révolte qui souffle sur le monde arabe. Selon eux, les révoltes actuelles sont les filles de la «révolution du cèdre» du printemps 2005 qui avait vu la population libanaise obtenir – pacifiquement – le départ de l'armée syrienne, après 30 ans de tutelle. Six ans plus tard, les soldats syriens ne sont plus là, mais Damas dispose toujours de ses relais, puissants, à Beyrouth.

Vu de la capitale libanaise, les révoltes en cours dans le monde arabe laissent perplexes: impossible d'en faire un copier-coller. Car ici, il n'y aurait pas un Ben Ali ou un Moubarak à chasser du pouvoir pour faire une «vraie» révolution, mais une bonne vingtaine. Tous chefs de partis politiques ou chefs de clans, ceux-ci décident de la direction à suivre pour toute leur communauté. Et les revirements à 180º ne leur font pas peur, leurs ouailles suivant aveuglément: l'intérêt de leur communauté prime, l'intérêt national passant au second plan.

Pas étonnant donc de trouver toute une frange de la jeunesse libanaise sans grande illusion. Mark Mansour en fait partie. Graphiste de 31 ans, il reste cloué à Beyrouth pour prendre soin de ses parents vieillissants. Sans quoi il serait parti. «Moi, je n'ai aucun engagement politique, explique-t-il. Les politiciens libanais, d'un bord comme de l'autre, sont tous pareils. Ils veulent le pouvoir, pas le bien du Liban. Alors quand je vois ce qui se passe en Tunisie, je suis heureux pour les Tunisiens. Idem pour les Egyptiens. Et puis un nouveau régime au Caire, moins favorable à Israël, poussera peut-être Tel Aviv à changer de comportement dans la région.»

Depuis trois semaines, évidemment, l'actualité de la grande sœur – la Syrie – retient l'attention. Là aussi, Mark espère du changement, pensant qu'un nouveau régime, plus modéré, pourrait modifier la donne dans la région et dans son pays: «Ça compliquerait la tache du Hezbollah pour faire transiter ses armes depuis l'Iran. Moi, je suis pour la paix, j'ai envie de vivre libre, sans que la personne en face de moi – quelle qu'elle soit – ait un pistolet sur la table pour me parler.»

[...]

Lors de l'interview, nous avons abordé un gros paquet de sujets: les révoltes arabes bien sûr, mais aussi la politique libanaise, la laïcité... Voici juste une petite phrase qui n'avait pas sa place dans le papier, mais qui m'a bien fait rire. Mark: «Au Liban, je n'existe pas en tant qu'agnostique. Un jour, on m'a posé cette drôle de question: "Vous êtes agnostique? Alors où priez-vous?"» Y'a du boulot.

mardi, 12 avril 2011

(H)OntorNet

Il est tout juste minuit ici à Beyrouth. Je laisse l'ordi allumé encore 15 à 20 minutes. En fait, j'ai demandé à mes proches de m'envoyer leurs mails un peu volumineux à partir de minuit (soit 23 heures en Europe). Parce que cela tombe dans la tranche horaire 0h-6h durant laquelle mon cher provider ne facture pas la bande passante. Avec un quota de 2,5 gigabytes par tranche de 50 dollars (download et upload confondus), il faut évidemment faire attention à sa consommation. Un accident est vite arrivé, genre la vieille tante qui vous envoie des tonnes de photos de cousins éloignés en pleine matinée. Et paf, 10 dollars qui partent en fumée! Pas étonnant que les vendeurs de DVD piratés fassent fortune car ici, on ne télécharge pas de film. Pas possible. Et même les courageux qui attendraient minuit pour le faire verraient leur connexion planter inexplicablement en plein milieu de la nuit.

En fait, y'a pas vraiment grand chose de nouveau. J'en ai juste marre.

Chaque mois, j'entends des nouvelles comme quoi «dans trois mois, j'te jure, on aura la meilleure connexion du monde!». Bein j'attends. Merci messieurs les ministres des Télécoms, toutes couleurs confondues mais alternant volontiers clientèlisme et incompétence, qui nous font passer pour des baltringues. Le Liban arrive donc en 169e position sur 169 pays classés, en termes de vitesse. Peut-être vaut-il mieux en rire qu'en pleurer, mais je n'y arrive pas. J'essaie pourtant. C'est tellement plus simple d'être champion du monde du plus gros hommos.

Voilà, il est minuit passé de 10 minutes et j'angoisse. Si ça se trouve l'arrière-grande-tante va m'envoyer son mail de 10Mo dans 5 minutes, quand j'aurai éteint, et il arrivera sur mon disque dur demain matin quand j'ouvrirai Mail.

Il n'y a pas longtemps, une amie en France me proposait une discussion vidéo sur Skype. J'ai eu presque honte, je ne savais pas trop comment lui dire que ce genre de passe-temps est plutôt à ranger dans la catégorie science-fiction. Car ici, en 2011, ça donne ça...

PS1: J'adore le rire de l'Asiatique. C'est ça le plus drôle...
PS2: Vous l'aurez compris, si vous voulez envoyer des trucs un peu lourds, faites-le à minuit pile, pas à minuit vingt. Merci de votre compréhension.

dimanche, 13 mars 2011

A 12h39, il fallait regarder dans le ciel

DSC_0234r600.jpg

Il faisait beau ce matin. Après les trois jours de tempête cette semaine, c'était plutôt le bienvenu.

Le 14 Mars voulait réunir un million de personnes. Je ne sais pas si la barre symbolique a été atteinte, mais il y avait beaucoup de monde. Alors oui, le 14 Mars bouge encore...

Installer des milliers de chaises pour un rassemblement populaire, ça me paraît toujours bizarre. Faire la révolution en étant assis, ce n'est pas évident.

Certains ont tout de même trouvé un endroit pour s'allonger: perchés en haut des lampadaires. Je ne l'aurais pas fait avec le vent qu'il y avait (je ne le ferais pas tout court, en fait).

Les années précédentes, les photographes se ruaient sur la statue des Martyrs sur laquelle les manifestants grimpaient en grappes, drapeau à la main. Cette fois, ils n'en ont pas eu le loisir: l'estrade pour les orateurs était installée à son pied. Tout un symbole pour une révolution populaire confisquée depuis trop longtemps par des chefs de clan.

Je ne sais pas s'il y avait beaucoup de druzes dans la foule. Mais j'ai vu un drapeau PSP.

Côté drapeaux justement, il y avait beaucoup de drapeaux saoudiens. Faudra pas se plaindre si on voit des drapeaux iraniens dans la manif promise par les cocos d'en face pour soutenir le futur gouvernement Mikati. Paraît d'ailleurs que l'on va nous refaire le coup de 2005. Le record d'affluence du 28 février avait été battu le 8 mars; celui du 8 mars battu le 14 mars... Ils sont joueurs.

En attendant, nous n'avons toujours pas de gouvernement. Je me demande qui, des évêques maronites retranchés à Bkerké pour élire un nouveau patriarche ou de Mikati, accouchera en premier.

Côté pancartes et slogans, c'était vraiment très très pauvre. Rien à voir avec 2005.

Aujourd'hui, tout le monde avait envie de se faire prendre en photo. Ça changeait du 12 janvier dernier.

Les vendeurs de kneffés (pas bonnes du tout) ont fait fortune aujourd'hui.

En face du siège des Kataeb à Saïfi, un grand arbre servait de parasol à ceux qui arrivaient du port. Jolie déco dans les branches (second degré).

Ce que j'adore le plus dans les manifs comme celle-là, ce sont les chauffeurs de salle. Ils reprennent invariablement la même formule, en remerciant les participants de leur présence, en citant les villes et villages. Dans la foule, chaque groupe géographique donne de la voix quand le nom de son bled arrive. On se croirait au 111e anniversaire de Bilbo.

Allez, tiens, un petit diaporama de la journée.

En 2005, la «révolution du cèdre» avait été raillée à cause des tantes d'Achrafieh qui étaient descendues avec leurs bonnes, de leurs sacs Gucci et tutti quanti. Cette année, il y en avait aussi...

Premier orateur de premier plan à prendre la parole, Geagea a été acclamé par toute la foule, y compris les sunnites (c'est toujours savoureux à voir). Mais moins de 10 minutes après la fin de son discours, la très grande majorité des partisans des Forces libanaises quittaient les lieux, repartant vers Tabaris et le cœur d'Achrafieh. Ils n'ont pas attendu les autres tribuns, et surtout Hariri, qui a parlé en dernier. Genre rien-à-péter.

Toutes les avenues menant au centre-ville étaient remplies de voitures et autres bus garés n'importe comment. Des familles entières étaient là depuis très tôt le matin, venant du sud, du nord ou de la montagne. Ils ont dû s'amuser pour repartir...

Avec le séisme au Japon et la crise libyenne, la manif du jour va passer à la trappe dans de nombreux journaux quotidiens étrangers. Dommage...

Finalement, l'instant le plus captivant de la journée a eu lieu au moment du discours de Boutros Harb. Mais pas du côté de l'estrade, désolé Boutros. D'un coup, à 12h39, des doigts se sont levés par dizaines pour montrer quelque chose dans le ciel. Et plus personne n'écoutait le bla-bla du politicien. Tout le monde s'extasiait sur ça... Et il y avait de quoi.

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mardi, 22 février 2011

« Quand on goûte, c'est trop tard »

 
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