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jeudi, 03 février 2011

Sassine, 13h14

vieux oud sassine 600.jpg

mardi, 25 janvier 2011

Flatline

DSC_0026.jpgPetite, tu ne le sais pas encore, mais bien calée sur les épaules de ton père, tu viens probablement d'assister à l'enterrement de la mort de la dépouille du cadavre de ce qui restait du 14 Mars politique. Pas celui de son esprit, mais celui de son enveloppe charnelle. Oui, là, ce soir, sur la place des Martyrs, juste en face du mausolée du président-martyr.

C'est vrai, toute la journée – et même depuis hier –, les jeunes sunnites ont mis le souk partout, à Beyrouth et surtout à Tripoli. Cette foule-là, elle, existe bel et bien. Elle a montré de quoi elle était capable (du pire) et personne aujourd'hui ne sait ce qu'elle va faire. Et surtout pas son chef qui ne contrôle pas ses ouailles aussi bien que le grand manitou de l'autre camp le fait avec les siennes. Mais là, ce soir, sous tes yeux, le 14 Mars (version propre sur lui) n'a réuni qu'une poignée de sympathisants. C'est vrai, je le concède, il y avait de (presque) tout: des FL, des PNL, des Kataeb, des sunnites du Courant du Futur. Mais combien, hein? Trois cent? Quatre cent? A peine plus qu'hier en tout cas. Tu l'as vu toi-même, dans le regard des gens, le cœur n'y était plus. Ce 14 Mars-là, celui que 2005 avait vu naître comme il t'a vu naître, n'existe plus, tout simplement. Il faudrait peut-être le réinventer.

Plus tard quand tu seras grande et que l'Histoire aura été écrite par les vainqueurs, tu verras peut-être sa tête rigolote dans un livre d'histoire, mais le père Walid avait déjà planté les premiers clous dans le cercueil il y a un an et demi quand il avait pris ses distances avec ses camarades de jeu. Ça, c'est pour les druzes. Et puis les sunnites, hein, qui sont-ils exactement? Quel rapport entre ceux qui brûlaient des pneus aujourd'hui à Tripoli et qui caillassaient les voitures des journalistes, visages drapés dans leurs keffiehs ou cagoulés, et ceux de Ras Beirut? Les danseuses, comme on les appelle dans le Nord. Faut pas être triste, c'était probablement inévitable: toute cette belle famille devait tôt ou tard se disperser car ces cousins éloignés n'avaient pas grand chose à se dire.

Alors oui, je me trompe peut-être, mais c'est ce que mes yeux ont vu ce soir. Peut-être assisteras-tu, toujours bien assises sur les épaules paternelles, à la résurrection d'un 14 Mars flamboyant, le 14 février prochain ou quatre semaines plus tard pour son 6e anniversaire? Tu peux toujours y croire puisque nous vivons dans une région du monde où l'idée-même de résurrection est prise très au sérieux. Inexplicablement.

lundi, 24 janvier 2011

"Pasdaran not welcome"

20110124 beirut 3.jpgJe ne sais pas si la Résidence des pins (la piaule de l'ambassadeur de France) est sujette aux coupures d'électricité récurrentes à Beyrouth (je doute), mais les pneus brûlés, sur le boulevard longeant l'enceinte de la Résidence (voir ci-dessus à 20h48 pétantes), devaient bien éclairer ladite chaumière et la chambre de son Excellence. Et oui, au Liban, tout le monde sait comment brûler des pneus.

Ça a commencé dans la journée à Tripoli, à Saïda et dans la Bekaa avant de se propager à Beyrouth. A 20h, Waterloo morne plaine du côté de Mar Elias et de Mazraa, tandis que les médias proches de l'opposition affirment que les sunnites tirent sur tout ce qui bouge dans le pays. A Cola en revanche, vers 20h15, c'était bien tendu entre manifestants et forces de l'ordre, l'autoroute de l'aéroport ayant été provisoirement coupée. Rues désertes, patrouilles de la sainte armée libanaise omniprésentes (soit dit en passant, j'ai vu un peu plus tard à Horsh des soldats en tenue type GI en Irak, jamais croisés auparavant...), tout le monde devant sa télé pour suivre les événements, petits hommes verts de Sukleen en train de nettoyer les résidus de pneus calcinés à Jnah...

Et puis vers 21h, manif «spontanée» devant le mausolée de Rafic Hariri. Je mets de légers guillemets à spontanée parce que les panneaux et les slogans étaient déjà prêts: «Pasdaran not welcome», «No for Hizbullah rule», «Lebanon against terrorism», «SOS protect Lebanon», «Where is my vote?» (tiens, ça me rappelle les élections en Perse en 2009)... Tout ce petit monde s'est dirigé près de la fontaine, derrière l'immeuble du Nahar. Mini conférence de presse de Walid Fakhreddine (14 Mars, avec écharpe blanche et rouge autour du cou) devant la statue de Samir Kassir et puis c'était plié dix minutes plus tard. Avec la promesse de revenir demain et les jours suivants pour ne pas céder au chantage des armes de leurs bons amis du Hezbollah.

20110124 beirut 7.jpgDSC_0095.jpg

Il y a quelques jours, je discutais avec un ami ici qui me disait simplement: «Et pourquoi n'irions-nous pas planter des tentes partout avant que les autres ne le fassent?» J'ai comme l'impression que c'est un peu tard pour un pique-nique pacifique entre potes.

Bref, on tourne en rond. Et les jours qui viennent s'annoncent rock n'roll. Et là, je pense que les chanteurs ayant des envies de voyage voyage (pour ceux qui suivent) vont réfléchir à deux fois avant de prendre l'avion.

vendredi, 21 janvier 2011

Soirée Quizz !

QUIZZ #1

Mesdames et messieurs, voici un p'tit questionnaire, rien que pour vous. Regardez la photo ci-dessous (notez les indices, il y en a), puis répondez...

taef saoud.jpg


Quel est cet événement ?

A. Le dernier tournoi du World Poker Tour
B. La signature de l'accord de Taef
C. La conférence de presse d'après-match entre le FC Jeddah et la sélection autrichienne de foot
D. Le jury du Festival de Cannes


En quelle année a été prise cette photo ?

A. 1289
B. 1982
C. 1989
D. Plus ou moins autour de l'an 2000


Comment s'appelle le gars au milieu ?

A. Le prince Saoud el-Fayçal
B. Le roi Saoud el-Fayçal
C. L'empereur de l'espace Saoud el-Fayçal
D. Dieu (al-Fayçal)


Comment s'appelle le gars à droite ? (attention, question piège)

A. Nabih Berri
B. Nabih Berri
C. Nabih Berri
D. Hussein el-Husseini
E. Nabih Berri
F. Nabih Berri
G. Nabih Berri
H. Nabih Berri
I. Nabih Berri
J. Nabih Berri


Comment s'appelle le gars assis à gauche ?

A. Sidi Brahim, pas besoin de le présenter
B. Sid Ahmed Ghozali, alors ministre algérien des AE, et qui aurait pu être dictateur lui aussi puisqu'il a tenté sa chance deux fois à la présidentielle algérienne
C. Sid Vicious, le chanteur des Sex Pistols
D. Sid, le copain débile de Manny dans Ice age

 

[...]

En jetant un coup d'œil sur les nouvelles du jour, je suis tombé sur ça. En voyant la photo, je me suis souvenu de celle postée plus haut et du visage moins ridé de Saoud el-Fayçal, qui jouait déjà au pompier des Affaires étrangères il y a 21 ans. C'est à croire que l'homme est joueur. Ou masochiste. Ou éperdument optimiste. Ou soucieux de protéger ses investissements.

Je pencherais plutôt pour la dernière option. Mais avec des chirurgiens iraniens, ex-ottomans, syriens, saoudiens, français, américains et qataris en pleine salle d'opération, le patient libanais a – au mieux – quatre possibilités:

A. Se faire amputer de ce qui lui reste de libre arbitre
B. Se faire anesthésier un peu trop longtemps
C. Se faire découper en rondelles, chacun des médecins repartant avec une tranche de soujok sous le bras
D. Prier (qui?) pour que, à son réveil, l'infirmière soit un ange et que ses yeux soient verts

Personnellement, mon médecin de famille me dit que le mal est incurable. Faudra vivre avec.

 

QUIZZ #2

Quel est le côté le plus usé de la veste de Walid Joumblatt ?

A. Le recto
B. Le verso
C. Les deux
D. La veste en question vient de tomber en lambeaux, mais la tête de son fils est sauve (pas chauve, sauve), et c'est bien là la plus grande certitude politique des dernières 24 heures: nous aurons un Joumblatt dans le paysage politique libanais pour les 30 ou 40 prochaines années.

Notez que sur cette photo, Walid a davantage de micros que Tinky Winky Bassil lors de la conférence de presse des Teletubbies la semaine dernière. Oh, quoique... à bien y regarder, ça se vaut. C'est beau un système consensuel, tout de même.

mercredi, 12 janvier 2011

Vous me conjuguerez le verbe « bloquer » à tous les temps

blocage low.jpgEn fait, ça faisait longtemps. Longtemps que la météo n'avait pas annoncé d'épais nuages noirs, de ceux qui craquent violemment, sans vraiment prévenir. La couverture nuageuse peut être dense, le climat pourri, l'atmosphère très lourde, et ce de longs mois durant, sans forcément laisser planer un vrai risque d'averse. Et puis d'un coup, patatras. Ô surprise, nos gentils parrains saoudiens et syriens (avec ça, franchement...) n'ont donc pas réussi à accorder les violons de leurs pions...

Certains poussent déjà un «ouf» de soulagement, dans les deux camps d'ailleurs mais pour des raisons bien différentes. D'un côté, un «ouf» pour dire «faut bien un jour ou l'autre qu'il y ait un vainqueur dans cette histoire, on ne peut pas continuer longtemps comme ça!». De l'autre, un «ouf» pour dire «eh les gars, sortez les pneus!». Trente-trois mois sans rien à se mettre sous la dent, ça fait long.

Le 30 novembre dernier, j'interviewais une prof de droit international de la LAU, Marie-Line Karam, qui disait entre autre:

L'initiative lancée cet été par la Syrie et l'Arabie saoudite - les parrains régionaux des deux camps libanais - peut-elle aboutir?
Aujourd'hui, tout est une question de timing. Syriens et Saoudiens sont dans l'obligation morale de trouver une issue avant la publication de l'acte d'accusation, et ils travaillent justement à régler les failles juridiques du dossier en poussant leurs alliés locaux à coopérer. Imposer la justice internationale par la force est impossible. Mais le rôle et l'existence du TSL sont très importants, celui-ci doit réussir car la justice libanaise serait bien incapable de gérer ce dossier.

Si cette initiative échoue, le Liban pourrait-il tomber dans la guerre civile?
Si le Hezbollah est ouvertement incriminé, je ne le vois pas recourir à la force sur la scène interne car il a peur pour son image. Il paie encore le prix de la semaine de mai 2008 où il a été accusé de retourner ses armes vers l'intérieur. Il pourrait en revanche paralyser le gouvernement, en faisant démissionner ses ministres. Cela ne serait pas non plus dans l'intérêt des pays arabes alors que la région est très tendue, et de l'Onu qui se retrouverait avec un conflit supplémentaire sur les bras.


La démission des ministres de l'opposition n'a pas encore été officialisée qu'elle semble acquise (un peu comme l'élection de Lahoud en 1998, c'est pas encore fait que c'est déjà officiel). Le 14 Mars veut le bras de fer, le Hezb le lui a promis depuis longtemps. Rajoutez à ça l'acte d'accusation du TSL qui devrait, selon toute probabilité, être publié avant la fin du mois. Ça vous fait un bon petit cocktail pour commencer l'année. Bein oui, les fêtes de fin d'année, c'est terminé.

Faut ranger les flonflons et les guirlandes. En janvier, c'est le pneu qui est tendance.


[...]

Tiens, je pense à une chose. La précédente grève générale, en mai 2008, s'était soldée par une semaine de feux d'artifices entre sunnites et chiites... et par la formation du gouvernement d'union nationale qui vient de tomber!

Allez, dans ce cas, je ne résiste pas à l'envie de vous offrir à nouveau l'hymne national libanais...

podcast

samedi, 01 janvier 2011

La pluie a attendu minuit 2

C'était une première: une Saint-Sylvestre passée dehors, au centre-ville de Beyrouth. Avec comme objectif de rallier minuit en bas de la place des Martyrs où un compte-à-rebours était prévu à 23h59mn40s.

Premier constat (qui n'est pas une nouveauté en soi): le centre-ville, ses restaurants et ses boutiques ne sont pas pour les Libanais. On y parlait tous les arabes possibles, sauf celui de l'est de la Méditerranée. Ça ne devrait plus m'étonner, mais ça fait toujours un petit pincement au cœur de se dire que le cœur de la ville, justement, n'appartient pas à ceux qui y habitent... Vers 22h30, direction le bas de la place des Canons, des Martyrs ou des Bétonneuses, comme vous préférez, pour assister à des projections sur la façade de l'immeuble UFA. Sauf que pendant plus d'une heure, nous avons eu droit à trois greluches tout droit sorties d'une production Vivid des années 80. Clou de spectacle (en playback?): les trois publicités sur patte pour les chirurgiens du pays ont "chanté" d'un balcon.

ufa 2.jpg

Sur la place, des dizaines de centaines de gars en rut s'affolaient au moindre déhanchement. Pathétique mais sympathique. Et puis le public a radicalement changé en 2 minutes, les adolescents (à scooter) laissant place à des familles pour les fameuses projections. Comme toute bonne manifestation qui se respecte, cela a commencé par l'hymne national (kulluna tralala), puis par un clip sur l'histoire du pays, des Phéniciens à la victoire divine du Hezb en passant par la manifestation du 14 mars 2005. Comme ça, tout le monde était content, chacun a pu applaudir ses 10 secondes préférées. J'ai beaucoup aimé le cèdre repoussant après la guerre de 2006, en jaune et vert. Passons.

La ribambelle de créations prévues pour la projection a défilé sur la façade, et c'était franchement chouette (faut d'ailleurs voter on-line pour les meilleurs clips – hors catégorie cependant: les pubs, dont celle du père Noël pilotant un avion UFA ah ah ah). Bonne ambiance, chapeaux pointus et pouet-pouet de rigueur.

Et puis tout le monde commençait à regarder sa montre... Tout le monde attendait le compte-à-rebours quand... les feux d'artifices ont commencé du côté du Biel. Petit décalage, comme en plein ramadan quand le muezzin du coin attend 30 secondes que son voisin ait commencé pour y aller lui aussi. Et puis voilà, 20, 19, 18... 3, 2, 1... Happy new year 2011!

compte 2.jpg

Reste à voir.

Bon, d'accord, faut tout de même remercier la météo car il n'a commencé à pleuvoir (vraiment) que 2 minutes après le gong de 2011.

dimanche, 12 décembre 2010

Aïn el-Mraisseh, 17h09

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lundi, 22 novembre 2010

(in)Dépendance

Aujourd'hui, il y a ceux qui célèbrent la fête de la Dépendance, ceux qui piaffent d'impatience à l'idée de trancher des mains, ceux qui se retroussent les manches, ceux qui ont sursauté en se faisant réveiller à 9h du matin par des avions (ne portant pas de cocarde blanche et bleue), ceux qui décident qu'il faut sniffer la poudre d'escampette avant la bérézina, ceux qui n'allument jamais la télé pour ne surtout pas savoir ce qu'il se trame dans le pays, ceux qui veulent encore y croire, ceux qui ne pourraient pas se passer de leur rakwé de café sans sucre tous les matins, ceux qui scrutent le zénith convoitant ces nuages qui leur rapporteraient la pluie, ceux qui sont persuadés que le lumbago de la belle-sœur de ma voisine est lui aussi le résultat du complot américano-sioniste, ceux qui ont peur du silence, ceux qui attendent que des places se libèrent, ceux qui cherchent la silhouette de la montagne au-dessus de Beyrouth pour se repérer, ceux qui "merchandisent" leur dieu, ceux qui écoutent la musique de leur cœur, celles et ceux qui savourent leur liberté, ceux qui sont bien contents de ne pas savoir de quoi demain sera fait, ceux qui s'inquiètent de voir jusqu'où certains politiciens iront dans l'art du défrocage, ceux qui n'en font qu'à leur tête en se disant qu'ils ont bien raison, ceux qui sont franchement embêtés à l'idée de récupérer Ghajar, ceux qui reconnaissent par avance le goût de la petite goutte d'alcool qui les feront basculer dans l'ivresse, ceux qui ne révèleront jamais leur(s) addiction(s), ceux qui se souviennent de ce que disait Vera Lynn, ceux qui adorent rouler dans Beyrouth quand les avenues sont désertes, ceux qui aimeraient bien enfiler leur maillot de bain, ceux qui hument les effluves venant du four voisin, ceux qui font le planning des coupures de courant sur leur agenda en se disant que «cool, le 9 décembre, ça tombera entre 15 et 18h!»...


Et ceux qui planent par-delà les nuages.

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mercredi, 29 septembre 2010

4e soir sans eau

water beirut.gifSamedi après-midi
– «Tu sais quoi Bruno [c'est un copain allemand, mais rien à voir avec le film], au Liban, je préfère encore les coupures d'électricité aux coupures d'eau. C'est franchement insupportable quand ça te tombe dessus.»

Dimanche soir
Pas d'eau en rentrant le soir. Merde alors! Pas de doute, après 5 douces années où je suis passé entre les gouttes, j'avais oublié le goût des coupures d'eau à la fin de l'été. Bon, comme je n'ai pas bougé le petit doigt de la journée, je fais l'impasse sur la sacro-sainte douche du soir. Ça reviendra demain, c'est sûr.

Lundi soir en rentrant
Saperlipopette, toujours pas d'eau. Bon, j'espère que le plombier saura quoi faire demain. Douche (devenue d'intérêt public) chez les copains. C'est rageant, car ce soir-là, j'entends le petit sifflement des pompes dans les immeubles du quartier. Le prochain remplissage aura lieu dans 48h. Soit mercredi soir.

Mardi soir
Le plombier n'a rien pu faire, tout semble fonctionner normalement dans l'installation tuyauterie/pompe à eau/tralala. Au programme, pour le lendemain donc: faire venir le gars de la compagnie des eaux pour savoir pourquoi la cuve ne se remplit pas. La vaisselle commence à s'empiler dangereusement dans l'évier de la cuisine. Re-douche chez les copains. Ils sont vraiment sympas.

Mercredi matin
Toujours pas d'eau au robinet. Mais comme j'ai vraiment très envie de me faire un café, je vide à la petite cuillère le marc qui commençait à sécher dans le fond de la rakwé pour me faire bouillir un peu d'eau (minérale forcément). La loose. Je croise les doigts toute la journée en espérant que le gars de la compagnie des eaux aura réglé le problème dans la journée. Comme ces trois derniers jours, je me lave les dents à l'eau de la fontaine d'eau minérale suprafraîche. La classe.

Mercredi soir (pas plus tard qu'il y a trois heures)
Je rentre dans le noir, direction le robinet de la cuisine. Je ferme les yeux (même si j'y vois que dalle), je croise les doigts (encore), je prie la sainte Vierge (non, je déconne) et tourne la poignée du robinet. Rien. Pas une goutte. Je file à la salle de bain. La douche déglutit, me fait un petit rototo et m'offre un petit filet d'eau. Super loose.

Le gars des Eaux de Beyrouth est bien venu, mais il n'a rien pu faire, si ce n'est expliquer aux voisins que là, c'est la pénurie, qu'il est assailli de coups de fil toute la journée et qu'il n'a rien d'autre à conseiller que de se rabattre sur les gars qui sillonnent la capitale au volant de leur petit camion citerne pour se faire livrer de l'eau (je n'ai même pas envie de connaître les tarifs en 2010, je suis resté sur ceux de 2005 et ça faisait déjà mal), qu'il faut attendre qu'il pleuve... Et puis surtout, qu'il y a une vieille du quartier qui n'a rien trouvé de mieux que d'appeler son plombier pour dévier vers son appartement le tuyau principal de la rue. C'est vrai quoi, la pauvre dame n'avait pas de quoi se faire le café, faut la comprendre. Du coup, ce sont tous les immeubles du coin qui sont à sec ou presque.

Ce soir, le remplissage terminé, j'ai donc un petit quart d'eau dans la cuve, pas suffisamment néanmoins pour qu'il y ait le minimum de pression requis pour que l'eau fasse normalement le trajet cuve du bas/cuve du toit/chauffe-eau/robinets de l'appartement. La douche que j'attends depuis des heures se fera au dé à coudre pour ne pas gaspiller mon précieux trésor. Avec ce qui restera, je me ferai un pastis. Sauf que je n'en ai plus. Chienne de vie.

J'aurais vraiment dû la boucler samedi dernier quand je discutais avec Bruno.

lundi, 05 avril 2010

Gemmayzeh, 11h48

gemmayzeh.jpgLe printemps, c'est le temps des balades dans Beyrouth. Alors pour commencer une série qui se poursuivra peut-être par Ras Beirut ou Zkak el-Blat, faisons un petit crochet par Gemmayzeh, quartier de Beyrouth-Est surtout connu pour ses bars. Clickez ici pour voir l'album photo.

jeudi, 25 mars 2010

(était une) Rue à caractère traditionnel (de Beyrouth, alors dépêchez-vous, y’en aura pas pour tout le monde)

«Dix-sept! Tu te rends compte, y’en a dix-sept rien qu’autour de nous!», s’exclamait Nathalie il y a quelques jours, les yeux perdus sur notre horizon de toits de béton, de cuves de flotte et d’antennes en tout genre. Mais de quoi pouvait-elle bien parler?

De ça.

Elle était donc en train de compter les grues comme on égrène les moutons blancs le soir en s’endormant. Vingt même, si mes yeux ne me jouent pas des tours en revoyant la photo panoramique. Et dans un périmètre très restreint qui plus est, principalement concentré dans le triangle d’or Sodeco-Sassine-Saïfi. En attendant que cette même folie envahisse Geitawi, Fassouh et Mar Mikhaël, promis au même traitement.

Dix-sept, vingt (même vingt-et-une car il y en une cachée à gauche de la nº20, juré craché), peu importe en fait, car ce chiffre ne donne qu’une faible idée de l’étendue des dégâts dans cette partie de Beyrouth. Et c’est sans compter avec les chantiers qui se montent sans grue et tous les autres qui n’en sont encore qu’à la phase pelleteuse. C’est effarant.

Allez, mettons un peu de musique pour le côté mélo de notre histoire du jour…
podcast


Ils disparaissent donc les uns après les autres. Les vieux immeubles de Beyrouth sont gommés, avec une méticulosité qui forcerait presque le respect. Il y a quelques années, la municipalité de Beyrouth avait pris soin de planter par-ci par-là des panneaux signalant des rues ou des quartiers «à caractère traditionnel», comme à Gemmayzeh ou à Furn el-Hayek.
Bullshit comme disent si joliment nos amis anglais. Depuis, des citoyens malheureux ont pris leur pinceau pour rajouter sur ces panneaux «Etait une».

etait une rue a caractere traditionnel OK.jpgLes petits quartiers constituant Achrafieh, pour ne citer qu’eux, sont des zones historiques aiguisant l’appétit des promoteurs immobiliers. Après la frénésie des années 90, cela s’était calmé avec les multiples crises politiques et la guerre de 2006. Et puis le phénomène a repris de plus belle. Les vieilles bâtisses sont rasées, les rares parkings sont éventrés et soudain, de nouveaux immeubles hors de prix sortent de terre. Peut-on vraiment en vouloir à ces promoteurs? Pas vraiment, car si un cadre juridique cohérent et si une politique d’aménagement du territoire existaient (je sais, nous baignons là en pleine SF), ils ne pourraient pas s’adonner au petit jeu de Qui-défigurera-le-plus-vite-telle-ou-telle-rue. Car j’ai vraiment l’impression que les chantiers jouent une finale de 100m aux Jeux olympiques tant les vieilles façades sont dégommées plus vite que si je le faisais sur Photoshop.

Le mois dernier, j’ai surpris Nathalie les larmes aux yeux, en revenant d’une balade. Rue Mar Mitr, en face du meilleur glacier de la ville (n’ayons pas peur des mots), l’immeuble qui accueillait le boulanger de son enfance, était en mode démolition. C’est un parmi d’autres. On se croirait à l’abattoir.

immeuble rasé.jpgEt les exemples sont légion, à commencer par le projet qui me fout le plus la chair de poule, rue Sursock (pour ceux qui ne connaissent pas Beyrouth, c’est la Rue de la Paix dans la version libanaise du Monopoly). Entre la villa Audi et le musée Nicolas Sursock, une tour pousse comme du chiendent en lieu et place du joli jardin de bougainvilliers roses qui séparait les deux magnifiques bâtisses. Y’a de quoi en pleurer.

Dans ce petit jeu de massacre, certains promoteurs se donnent bonne conscience en conservant de vieilles façades qui ne seront qu’un cache-sexe à des tours de verre et de béton. C’est le cas de l’immeuble Panayot dont la façade a été gardée, tenue debout par des béquilles d’acier, en attendant qu’une tour pousse derrière elle.
Sur le papier, pourquoi pas. Dans ce lifting grandeur nature, l’immeuble Panayot a été rebaptisé L’Armonial. Rendez-vous à la fin des travaux pour voir le résultat in situ.

Beyrouth change donc de visage, c’est un fait. Le front de mer veut se la jouer Dubaï, avec des projets architecturaux avant-gardistes comme le Sama Beirut (qui porte bien son nom). Les petites rues, comme la nôtre, sont rapidement défigurées pour ressembler à n’importe quelle rue de n’importe quelle ville moderne et donc quelconque. Sans regarder à plus de trois cents mètres de chez nous, nous savons que cinq immeubles certes vétustes mais aux formes romantiques et à la peau usée, vont «sauter» dans un avenir assez proche. Le temps pour les derniers propriétaires de vendre à (très) bon prix. Car évidemment, pour que les promoteurs puissent raser tout un pâté de maison, il a bien fallu que certains vendent et fassent monter les enchères pour déguerpir avec la caisse. C’est probablement le cas du célébrissime restaurant Boubouffe, dernier pas-de-porte actif sur un ensemble de trois vieux immeubles promis à la destruction.

Entre l’appât du gain partagé entre acheteurs et vendeurs et l’absence totale de politique de préservation du patrimoine architectural de Beyrouth, je me demande bien à quoi notre capitale ressemblera dans 20 ou 30 ans quand les gamins d’aujourd’hui seront à notre place. Notre fille aînée s’est mise en tête de racheter un appartement à 30m de chez nous, dans une maison abandonnée. «Papa, je rachète l'immeuble avec mon argent de poche et tu m’aideras. Un week-end, on repeint tout et on achète un lit, des meubles, et ils ne pourront plus détruire cet immeuble. Il est trop beau avec sa jolie cage d’escalier et ses petits balcons de fer forgé…» Ça paraît si simple comme ça.

Alors on fait quoi? En ce moment, il est de bon ton de rejoindre une tripotée de groupes Facebook sur le sujet. En anglais, en français, il y en a pour tous les goûts. Ça ne sert à rien, on le sait tous, sauf peut-être à soulager sa conscience deux minutes. Mais concrètement, que faire? Je ne sais pas et j’attends des réponses si vous en avez.

Je me suis donc dit que j’allais écrire à la municipalité de Beyrouth qui, en toute logique, détient une part de responsabilité dans le problème qui nous intéresse. Ni une ni deux, je cherche l’adresse du site web et sur quoi je tombe?

site web municipalité beyrouth.jpgPas de bol! Bad request! C’en est risible. Y a-t-il vraiment un pilote dans l’avion?

Tout ça pour dire que si vous comptez venir au Liban, suivez mon conseil à la lettre: ne tardez pas trop. La saison est belle en ce moment, les températures très agréables, les arbres en fleurs, et les maamouls de Pâques se rapprochent. Et puis les photos que vous ferez en flânant dans les ruelles de Beyrouth seront «collector» deux semaines plus tard. C’est pas de l’argument touristique, ça?

dimanche, 21 mars 2010

Flash'mob

Attention aux oreilles, la vidéo est bien bruyante. Hier comme prévu, à 18h02, l'ABC d'Achrafieh a accueilli une nouvelle édition de ces Flash'mobs version "freeze". J'adôôôôre...

jeudi, 04 mars 2010

Berlin Beyrouth Basta

german tatoo.jpgOh, comme elle me semble loin ma jeunesse dorée. Le visage taillé à la serpe de mon baron allemand s'est estompé, pore après pore, année après année... Je l'aimais, il m'adorait. Je me contentais d'être belle comme une Aphrodite des temps modernes. Lui prenait soin de moi, me sortait tous les dimanches comme une putain des années folles. Le soir, je l'accompagnais dans les restaurants les plus chics de Berlin-Ouest. J'étais sa favorite. Peut-être parce que j'étais unique en mon genre, comme il disait, que j'étais une excentrique, une originale, ce que l'on appelait vulgairement une «manuelle». Mais c'est pour ça que mon baron me vénérait.
C'était il y a si longtemps maintenant. La vie nous a séparés sans crier gare. J'ai toujours gardé au fond de mon cœur ce regret ténu. Celui d'avoir été trahie pour une autre que moi. Plus belle, plus jeune. Plus blonde, moi la brune que tout le monde prenait pour une Ibère avec mes atours naturels noirs de jais. Forcément. Il aimait tant parler de moi à ses amis en m'appelant par mon simple nom.

Il m'arrive souvent de regarder cette vie comme dans un rétroviseur. Mais aujourd'hui, je suis laide, fripée. Mes articulations grincent de partout. Les tatouages nationalistes en haut de mes fesses, moi la fière Allemande, sont devenus bien ridicules avec le temps. Cela ne semble pourtant pas déranger Farid. C'est lui qui s'occupe de moi depuis que j'ai dû fuir l'Allemagne, un beau jour de 1973, sur un paquebot qui n'avait rien du Normandie. Depuis, finies les crèmes pour ma peau et les caresses au savon doux. Mes rides se sont creusées. Farid n'a pas les moyens de m'entretenir comme le faisait si bien le baron Dietmar Von Benz. Je ne lui en veux pas, je vois bien qu'il fait tout ce qu'il peut pour qu'on ne manque de rien. Cela va bientôt faire 40 ans qu'il me chérit avec son cœur de malheureux, avec ce sentiment que je suis trop belle pour lui. Je sais aussi qu'il se sentira à jamais redevable de ce jour de juin en plein milieu de la guerre où, sous le feu de la mitraille, c'est moi qui l'ai protégé. J'ai pris une balle à sa place. J'en garde la cicatrice, là, sur la hanche gauche. Pour panser cette plaie et toutes les autres éraflures de la vie, il m'avait alors accompagnée chez un docteur qui ressemblait plus à un boucher qu'à autre chose, avec ses mains noires farfouillant dans les entrailles pour en extirper le plomb. Nous n'en avons jamais reparlé lui et moi.

Ce soir, je ne sais pas ce qui s'est passé. Nous divaguions tranquillement dans une rue fréquentée, lui caressant mes formes toujours généreuses malgré l'affaissement généralisé de ma carcasse, moi me laissant faire sans trop y penser. Et puis soudain, je ne sais pas ce qui m'a pris, je me suis arrêtée. Je n'avais plus envie d'être là, je n'avais plus envie de cette ville qui pue la graisse et la poussière, de ces rues que j'ai dans le collimateur toute la journée. J'ai préféré dire stop, sans savoir le moins du monde ce que la vie me réserverait encore. Farid n'a pas compris sur le moment, bien évidemment. Il a essayé de me parler, tendrement, comme il le fait à chaque fois que la tristesse me rattrape et me fait couler une bielle. Devant mon silence, il s'est énervé comme jamais il ne l'avait fait auparavant, m'a hurlé dessus devant tout le monde dans la rue. J'ai eu honte. Pour lui, pour moi. Et puis il m'a frappée.
D'abord un coup, puis trois autres. Avec le plat de sa large paume sur ma peau comme écaillée par la vieillesse. Je me suis tue. Sous ces coups répétés, j'ai eu un dernier soubresaut, comme si mon cœur gorgé d'électricité voulait envoyer une ultime décharge dans mon corps pour le ranimer. Mais c'était trop tard. Je suis morte, là, sur le bord d'un trottoir de Basta. Farid a enfin compris. Mon vieux Beyrouthin s'est mis à pleurer, embrassant ma poitrine allongée et encore chaude.

Oh ma belle, que vais-je faire sans toi maintenant?, dit-il entre deux sanglots. Oh non, ma douce... Pourquoi?

Farid s'est relevé et a tiré d'une poche intérieure de son veston son plus précieux trésor. Une photo de moi en noir et blanc, prise dans la cour du château de mon baron de Germanie.

Moi, au temps de ma splendeur.

vendredi, 09 octobre 2009

Beyrouth ne tient qu'à un fil

beyrouth fils electriques ciel2.jpgIls font partie du paysage urbain de Beyrouth depuis l’époque pré-phénicienne, comme ces vieux chauffeurs de taxi à la gueule fatiguée ou ces rustines de parpaings et de ciment sur ces façades n’ayant pas eu droit à un lifting cinq étoiles après «les événements». Ils forment dans le ciel des nœuds que mille petites mains habiles n’auraient su tricoter avec autant de minutie. Ils sont noirs et poussiéreux, mais aussi rouges, jaunes, bleus, zébrés ou blancs. Ils peuvent partir du haut d’une colline et se faufiler en contrebas jusqu’à la fissure d’une maison pour finalement alimenter tout un quartier. Ils ressemblent parfois aux constructions en trois dimensions apparemment anarchiques des néphiles des forêts tropicales. Anarchiques? Pas le moins du monde.

Depuis que nos rues se sont laissé envahir par ces faux signes de modernité que sont parcmètres et feux rouges, on voudrait nous faire croire que le pays est en voie de développement. Que l’homme d’ici recherche parfois le conformisme et le confort tout court. Depuis dix jours, la nouvelle mode levantine, c’est de dessiner de grands rectangles blancs parallèles sur les chaussées pour donner l’illusion aux piétons qu’ils peuvent traverser grands boulevards et petites ruelles en toute sérénité. Non, le Liban, ce n’est pas ça. Ils n’ont rien compris à ce pays à la Banque mondiale ou dans je-ne-sais quelle institution ayant ouvert le robinet à devises pour financer ce genre de projet anagéographique.

Les myriades de câbles qui traversent les rues à hauteur de géant, qui serpentent entre les murs en se moquant bien des hommes, qui tombent du ciel comme les rayons du soleil, qui accueillent le son des klaxons comme des notes sur une portée, qui dessinent ces tableaux de fils tendus comme sur les murs de la chambre de ma copine allemande il y a 25 ans… et bien ces fils par millions, il ne faut surtout pas y toucher. Par pitié. Moi, je viens de comprendre à quoi ils servent: sans eux, les immeubles de Beyrouth s’écrouleraient.

lundi, 28 septembre 2009

Salon Georges coiffure pour hommes

georges coiffeur pour hommes.jpgQuand Georges pose la longue lame de son rasoir sur la peau de mon cou, je retiens toujours ma respiration. Le vieil homme n’a plus le geste aussi sûr qu’avant. Et quand finalement, il termine son ouvrage, il me demande toujours d’une voix rocailleuse de fumeur en stade terminal: «Comme ça, ça va?» J’opine systématiquement, sans vraiment y réfléchir.

Georges fait partie de ces petits artisans en voie de disparition à Beyrouth. Son salon n’a pas dû beaucoup changer depuis les années 60: linoléum au sol, placards de bois laminé, siège en cuir rétro avec cendrier dans l’accoudoir, blaireaux et peignes d’un autre âge posés à côté des lavabos blancs. Quand il s’arme de ses ciseaux pointus, les muscles secs de ses avant-bras tressaillent un peu davantage à chacune de mes visites, et je me demande s’il ne serait pas raisonnable de ne plus y aller. Et puis finalement j’y retourne à chaque fois. Peut-être me suis-je laissé intoxiquer par l’odeur de shampooing bon marché qui flotte dans cette pièce lumineuse. Je ne sais pas.

Il y a deux ou trois ans, son salon était encore bien fréquenté. Il avait un apprenti, Elie, et un jeune chab qui jouait à la shampouineuse puis balayait les mèches de cheveux des clients. Depuis, tout ce beau monde est parti voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Georges reste seul, à étendre ses serviettes rouge foncé au soleil, son sèche-linge planté sur le trottoir. Il a bien sûr ses fidèles, qui viennent partager les nouvelles d’un quartier qui a bien changé en l’espace de cinq ans, depuis que la salle de sport et le parking de l’autre côté de la rue ont été remplacés par l’ABC. Alors Georges s’installe sur une petite chaise pliante, à côté de ses serviettes, et regarde des gens trop pressés remonter la rue.

Moi, j’aime toujours ces moments passés chez lui. La radio diffuse Light FM en boucle depuis des siècles, saint Georges n’en finit pas de terrasser son dragon sur une icône jaunie par la lumière… Le mieux, c’est encore d’y aller le matin très tôt. Georges vous proposera les quotidiens du jour – ou de la veille –, et peut-être du café chaud s’il en reste dans sa rakweh. Georges est le seul et unique coiffeur que j’ai connu à Beyrouth durant toutes ces années, même s’il a trois confrères rien que dans ma rue. Et pourtant, je ne le connais pas vraiment. Juste de vue, bonjour, au revoir, comment ça va.

Il n’y a pas très longtemps, j’ai découvert que mon beau-père allait aussi chez lui, au début des années 70. La transmission s’arrêtera là, je crois.

jeudi, 21 août 2008

2049 après la chute de Beyrouth

220287374.2.jpgJ’écris ces lignes à la lueur d’une bougie. L’eau de pluie ruisselle sur les murs autour de moi, créant un son métallique ininterrompu. Cela fait dix jours maintenant que je me terre dans le sous-sol d’un immeuble carbonisé près de ce qui devait être le port de la ville. Nous sommes le mercredi 3 février 2049 et il ne reste rien de Beyrouth. Juste un tas de ruines visqueuses qui ne fument plus depuis longtemps.

J’ai mis trois semaines pour arriver ici. Je suis parti le 11 janvier de Cork où je vis depuis treize ans. Avant cela, je passais de camp de réfugiés en camp de réfugiés. C’est d’ailleurs dans l’un d’entre eux que je suis né. Ma mère avait dû fuir le Proche-Orient, tout comme des millions de personnes. Enceinte, elle avait atterri dans un camp, quelque part au nord de la Turquie. C’était en 2022. Quand j’étais gamin, elle me racontait sa vie au Liban et celle de mes grands-parents que je n’ai jamais connu. Ils ont disparu un jour, victimes de la dictature. Personne n’a jamais su ce qui leur était arrivé exactement. Ma mère est sûre d’une chose: ils écrivaient des choses ne plaisant pas aux maîtres du pays. Et en ce temps-là, les gens comme eux disparaissaient purement et simplement, sans laisser de traces. C’est pour eux que je suis venu ici, pour trouver des traces de mes racines, même si personne en Irlande n’a compris ma démarche.

J’ai réussi à atteindre la côte du pays sur un hydroglisseur naviguant en toute illégalité sur cette mer intérieure qui n’abrite plus aucun signe de vie. Trop d’acide et de radiations ont annihilé la faune sur tout le front sud de l’Europe. Le capitaine, que j’ai dû payer grassement pour faire cette traversée, m’a pris pour un fou: «Pourquoi venir ici?, m’a-t-il demandé. Il n’y a plus rien, l’air est irrespirable et tout le rivage est encore chargé de radiations. Les derniers survivants ont fui la zone il y a plus de quinze ans!» Moi, je m’étais toujours promis de venir ici, malgré tous les obstacles, pour retrouver une trace de vie de ma mère et de mes grands-parents. Et je suis là aujourd’hui…
Dans mon périple, j’ai rencontré un mercenaire asiatique à la forteresse de Catane. Il m’a assuré avoir vu quelques survivants dans les ruines de Beyrouth, il y a peut-être quatre ou cinq ans. Mais en dix jours, je n’ai rencontré personne, pas même un chien errant. Juste des cafards dans le trou à rats où je me trouve.

Ce matin, j’ai enfin atteint mon but. Je suis sûr maintenant d’avoir trouvé l’emplacement de l’immeuble où ma famille habitait au début du siècle. Dans les décombres sordides, j’ai retrouvé des fragments de vie: des bouts de photos, dont un où j’ai clairement reconnu ma mère enfant sur les genoux d’une femme que je devine être ma grand-mère.

J’ai retrouvé ça aussi, dans une caisse rouillée:
1265366232.jpg

J’ai lu plusieurs récits contradictoires sur les différentes catastrophes des années 20: la chute des républiques, les guerres venues du Sud, de l’Est ou de la mer… Et surtout ceux relatant l’explosion de 2023. J’avais un an. Sur le plan du métro que j’ai retrouvé, j’ai reconnu des noms évoqués par les anciens. Je me souviens de ce vieil homme, à Paphos, qui m’a raconté la révolution libanaise, et les multiples contre-révolutions… Les hommes se servaient des tunnels du métro pour conserver leurs armes et leurs butins de guerre… Il m’a surtout raconté l’avant-guerre, la mise en place du puzzle qui a mené à tout ça. Même à 60 ans passés, il avait encore la haine contre tous ceux qui n’avaient pas voulu voir le danger venir, contre ceux qui disaient «il ne faut pas dramatiser», contre ces pays d’Europe qui ne voulaient surtout pas faire de vagues… Je n’ai pas connu ce monde-là, moi, mais je me suis senti responsable, sans savoir vraiment pourquoi.

Maintenant que cette réalité m’a rattrapé, je ne sais pas ce que je dois faire. Essayer de repartir vers une île du nord, quelle qu’elle soit, puisque ce sont les seuls bouts de terre encore habitables de nos jours? Est-ce que je dois rester ici, pour trouver des survivants? Est-ce tout simplement inconscient de rester une minute de plus ici alors que l’air me brûle les poumons?

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Merci à tous pour vos messages des derniers jours.

mercredi, 21 mai 2008

Sit-in de Beyrouth : « Ils se cassent, enfin! »

Nous reviendrons prochainement sur Initiative Liban, mais vous pouvez continuer de laisser vos messages et idées ici.

900765276.jpgBon, je reviens du centre-ville. Là-bas, il y a presque autant de journalistes et d'hommes en vert de Sukleen que de protestaires: les premiers attendent que les troisièmes s'en aillent. Ça a commencé timidement avant midi, sous un soleil de plomb. Quelques tentes sont en train d'être démontées, les drapeaux décolorés par le soleil sont détachés des palissades métalliques... Ça commence seulement, il faudra certainement un peu de temps pour faire table rase totalement de cette ville dans la ville (à l'image de l'Etat dans l'Etat?): il reste toutes les commodités, les cuves d'eau... Dans les allées, on croise les commerçants qui ont continué à travailler malgré la fréquentation réduite. A la Maison du Café, une vendeuse m'a dit: «Ils se cassent, enfin! Un an et demi que ça dure, il était temps!» Ah bon?

Place des Martyrs, j'accoste un militant du CPL. Je commence à discuter, je veux le prendre en photo, et un gars débarque, engueulant mon aouniste (je connais quelques insultes en arabe, mais j'avoue ne pas avoir compris sur le coup). Interdit de parler aux journalistes, interdit de prendre des photos à moins de montrer patte blanche au service de presse du Hezb (installé sous une tente place Riad el-Solh). Je m'en vais, mon Hezbollahi fait de même, pistolet automatique à la ceinture (lui, pas moi).

Plus tôt dans la matinée, Nabih Berri a appelé à la levée du sit-in, suite à l'accord trouvé entre majorité et opposition à Doha. Qui vivra verra, mais je ne crois pas que cette accalmie soit une trève de longue durée. 

mercredi, 07 mai 2008

Day 1 : le Hezbollah fait la pluie, le beau temps et les nuages noirs

23h59

• Devra-t-on se souvenir du 7 mai 2008 comme du 13 avril 1975?
• La Bekaa est aussi le théâtre d'affrontements entre partisans du Futur et du Hezb.
• Pour Slimi (Frangieh), ce qui s'est passé aujourd'hui n'est pas la faute du Hezbollah car il a été provoqué, le pauvre.
• Toujours silence radio du côté de Rabieh.
• Le mufti de la République (cherchez l'erreur) a fait savoir que "les sunnites en ont assez".


19h10
 

• On attend sagement l'annonce du couvre-feu sur Beyrouth.
• Les écoles risquent de fermer leurs portes jusqu'à lundi minimum.


18h25

• Il semblerait qu'un début de coup d'Etat soit en cours.
• Côté Hezbollah, la désobéissance civile commence. Y sont où les aounistes?


17h45

• SMS reçu sur mon portable: «En raison des incidents graves de ce jour, il est fortement déconseillé de circuler dans Beyrouth et notamment de tenter de se rendre à l'aéroport qui est inaccessible.» Signé: le Consulat de France. Merci, c'est trop sympa de prévenir.
• Les FSI vont-ils intervenir sur le sit-in bis? Il semblerait... que non.
• Un autre petit point vidéo, à Ras en-Naba (dans Beyrouth, juste à côté de l'ambassade de France), et au Sud.


17h30

• On va avoir droit à un sit-in sur l'autoroute de l'aéroport (où est coincée Fayruz), à l'image de celui du centre-ville.
• Le gouvernement baisse son froc et a annoncé qu'il ouvrirait l'aéroport de Qleiaat pour remplacer l'autre que les partisans du Hezb veulent rebaptiser "Aéroport Hassan Nasrallah".
• File-t-on vers la partition de fait?


16h50

• Tenez, voici un petit résumé de la situation en images...

 


16h30

• Des bus déversent des hommes en armes du côté de Mazraa.
• Les ados du Hezbollah comptent installer des tentes sur l'autoroute de l'aéroport. Envoyez la cavalerie!


Bilan de cette journée à
15h30 (heure locale)

1337631919.2.jpg• Les jeunes partisans du Hezbollah, extrêmement mobiles sur les scooters, tiennent les principaux axes de Beyrouth. C’est donc la révolution par le scooter. A Jnah, près de l’ambassade du Koweït, on a vu un essaim de 200 scooters débouler sur un rond-point pour prendre la route longeant l’autoroute de l’aéroport. On aurait dit des insectes.
• Ces jeunes sont extrêmement bien encadrés par des militants plus expérimentés, avec talkie-walkies et tout le tralala.
• Sur le rond-point de Tayouneh (à la lisière des quartiers de Chiyah – chiite – et Aïn el-Remmaneh – chrétien, voir la photo ci-dessus), les manifestants ont brûlé des voitures. Des camions déversent des tas de terre pour bloquer tous les boulevards. Les militaires en faction restent les bras croisés: «Qu’est-ce qu’on peut faire?», lance l'un d'entre eux.
• L’autorité de ce qui reste de l’Etat libanais est bafouée une fois de plus.
• L’accès à l’aéroport international est totalement bloqué: par l’ancienne route, par la nouvelle, par le bord de mer.
• A Achrafieh comme dans les régions chrétiennes périphériques (Metn, Kesrouan...), les gens continuent comme si de rien n’était. Les ouvriers syriens travaillent toujours sur les chantiers d’immeubles sortant de terre.
• La fumée noire des pneus, ça pollue. Faut voir nos visages et nos narines.
• Pour la première fois, la route du port, en bas de la place des Martyrs (où l’opposition poursuit son p#$*&n de sit-in depuis décembre 2006) a été bloquée (mais dégagée par l'armée). J’avoue que voir ça, ça fait réfléchir, car couper le centre-ville jusqu'aux rives de la Méditerranée veut dire beaucoup de chose, d'autant que le port est une zone tenue par Amal…
• La ligne verte a repris du service.
• Des infos (à prendre avec des pincettes) font état de tirs de RPG, de grenades… en tout cas, on entend très bien les rafales d’armes automatiques un peu partout.
• Le Hezb a réussi son coup en montrant qu'il peut tenir la capitale.
• Michel Aoun, lui, devrait tirer les conclusions qui s’imposent devant l’absence totale de mobilisation dans son camp. Pathétique.
• L’accès à l'aéroport international restera fermé jusqu’à nouvel ordre.
• Au moins huit blessés pour l'instant.
• C’est bon pour le tourisme tout ça.

mardi, 06 mai 2008

Hassan, Walid et miss Météo

792286487.jpgBonjour, vous êtes bien sur MétéoLiban, et voici les prévisions pour demain: les brumes de pollution matinales devraient se dissiper rapidement, et nous devrions avoir un temps globalement ensoleillé, mais couvert en milieu de journée par d’épais nuages noirs de fumée émanant de tas de pneus brûlés. Les températures devraient monter largement au-dessus des moyennes saisonnières. Bonne soirée et restez chez vous demain!

[…]

Elle est chouette la speakerine de MétéoLiban, elle a tout compris: la météo libanaise est recouverte d’une brume de manipulation bien épaisse. Il y a vraiment de tout en ce moment, les déclarations incendiaires bourgeonnent comme les gardenias et les jacarandas des cours d’école.
Tiens, parlons-en de l’école. Il y en a une juste à côté, et c’est plutôt folklorique. Dans la cour, Walid accuse Hassan d’avoir un pistolet à eau et de terroriser tous les petits camarades avec, Hassan rétorque que Walid n’est qu’un américhien; Walid dénonce le réseau de talkie-walkies Playschool de Hassan, Hassan lève les yeux au ciel en disant que Walid fait le jeu du complot chioniste (il a pas bien compris ce que disait son papa à table la veille); Walid ne comprend pas ce que faisaient trois élèves d’une école étrangère pas loin de la maison de son pote Samir, Hassan, lui, se dit qu’il ne fallait pas faire tout un fromage de cette histoire… Ça se chamaille sec entre Walid et Hassan ces derniers jours, et dans la cour d’école, un autre gamin essaie de montrer qu’il a des muscles, en vain. C’est le petit Michel. Lui, il aimerait bien que tout le monde l’écoute, mais il n’est pas aussi populaire qu’il le croit à la récré. Pendant ce temps, les nuages promis par miss Météo s’accumulent, s’accumulent… Alors Walid et ses potes se fâchent fort, car aucun d’entre eux ne comprend ce que veut vraiment Hassan. C’est vrai, quoi, il veut quoi ce petit Hassan? Il a déjà toutes les billes de ses copains, un lance-pierre, une fronde (quoique non, il a jeté sa fronde, ça fait trop «David» à son goût), il pique les casse-croûtes de Michel (c’est leur deal depuis le CP), et ses copains de CM2 (les grands, quoi) bloquent toutes les sorties de la cour de l’école afin qu’Hassan soit sûr que tout est sous son contrôle. Et comme il n’y a plus de directeur dans leur école depuis 6 mois, Hassan, Walid et tous leurs petits copains de jeu font n’importe quoi. Mais bon, à l’école, aucun gamin n’ose plus trop approcher Hassan car personne ne sait ce que ce garçon à la bouille trop gentille a réellement dans la tête. Prendre le contrôle de l’école par la force? Eliminer les garçons aussi populaires que lui? Lancer une bataille de bombes à eau avec les voisins de l’école d’à-côté sans prévenir ses petits copains?
Du coup, comme tout ça est très confus et que la majorité des enfants de cette école n’a aucune prise sur les agissements de nos caïds en culotte courte, ces derniers en rajoutent des couches quotidiennement. Jour après jour, Walid et surtout Hassan brouillent les pistes (pas la 17 de l’aéroport, je vous vois venir…). Peut-être qu’il a une enfance malheureuse pour se comporter comme ça, celui-là.

[…]

Ah, miss MétéoLiban veut reprendre l’antenne: il a plu ce matin à l’Université libanaise de Fanar, et il pourrait pleuvoir du côté de Mazraa, de Basta et de Jdeidé demain. Sortez couverts!

[…]

Cool, l'électricité vient de revenir, voici la météo en live: 


envoyé par viliendelabarbe

mercredi, 30 avril 2008

Beyrouth, capitale mondiale du livre en 2009

1679205510.jpg
Tiens, voici un truc qui ressemble à une bonne nouvelle. Oyez, Oyez, Beyrouth sera la capitale mondiale du livre en 2009! Le ministère de la Culture et la Municipalité de Beyrouth vont marcher main dans la main pour promouvoir le livre douze mois durant. L’initiative est belle. Des cafés littéraires, des salons spécialisés, des colloques, des ateliers d’écriture et des focus sur les écrivains libanais sont prévus au programme. En 2006, j’avais rencontré la responsable du bureau du livre du CCF, et elle devait monter un dossier sur ces fameux écrivains libanais à l’attention des ministères des Affaires étrangères et de la Culture en France: elle m’avait regardé, l’air franchement ennuyé. «Mais qui je vais mettre dedans?, me demanda-t-elle. Encore Elias Khoury et Alexandre Najjar? Y’en a marre de toujours retomber sur les mêmes!» J’espère que l’année 2009 nous réservera autre chose que ces auteurs maintes fois rabâchés… L’année passée, les Belles étrangères avaient en tout cas prouvé que c’était possible. Bref, réjouissons-nous: Beyrouth fera parler d’elle au niveau international pour autre chose que sa non-politique, c’est déjà ça de pris.

 
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