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jeudi, 10 avril 2008

Beyrouth se bouge les fesses

d4d8358b5f76f43c6ed40980f287756b.jpgGemmayzé, victime expiatoire de guéguerre politicienne beyrouthine? Gemmayzé, sacrifié pour quoi? Cela fait une semaine que l’une des dernières rues de la capitale libanaise se couche avec les poules. Le ministère du Tourisme (ou devrait-on le ministère contre le Tourisme) a imposé un couvre-feu aux restaurants et pubs du quartier, en en fermant certains, ne touchant pas à d’autres, le tout dans une mauvaise parodie de civisme. Le soir, des agents avec brassards flambant neufs portant l'inscription Indibat (le terme utilisé par le service de sécurité du Hezb, gloups!), font la pluie et le beau temps dans cette rue qui s’est largement vidée. Je me demande quelles poches se sont remplies ces derniers temps avec cette affaire... Bref, je reprends l’info relayée par Marillion dans les commentaires précédents: Blogging Beirut lance un appel à faire un sit-in silencieux de 30 minutes, samedi 12 au soir (1h du matin pour être précis), rue Gouraud, entre le Café de verre et Le Rouge.

Il y a évidemment d’autres priorités dans le pays, d’autres raisons de se bouger les fesses, mais la question qui se pose dans le fond est de savoir quel est l’objectif de cette nouvelle mesure. Parce que l’on ne nous fera pas croire qu’il s’agit de préserver le confort et le sommeil des riverains (ceux de Monot avaient gueulé aussi, mais rien n’avait été fait pour eux), bien contents d’encaisser des loyers mirobolants par ailleurs. Au fait, ces loyers vont-il être révisés à la baisse?

Certains trouveront cela peut-être futile, mais Gemmayzé est un symbole. Sa petite mort aussi.

[…]

43e2ad08c8ef7151a7b8ac738ebff32b.jpgdfc7b18a9e4f5ecc55613e63678b9e13.jpgAutres manifestations, autres genres. Il s’agit de danse cette fois, comme quoi il se passe plein de choses en ville, contrairement aux apparences. La 4e édition de Bipod, du 19 avril au 2 mai, réunira des danseurs et chorégraphes libanais, danois, allemands, français, suisses, belges, palestiniens, hollandais, norvégiens et espagnols. Je ne vais pas mettre le détail du programme (trop long), mais renseignez-vous ! Les spectacles auront lieu au Théâtre Monnot et à Al-Madina. Pour plus d’infos et pour les billets: (01) 999666 ou (01) 738899.
Et il y a aussi Irtijal'08, ce soir et demain soir, à la Crypte…

[…]

D’une manière ou d’une autre, bougeons-nous les fesses au moins pour ça, puisque pour le reste, on a l’impression de crier dans le désert. Se battre pour l’accès aux lieux de fête et de culture est aussi un moyen de dire que Beyrouth (notre Beyrouth) vit encore.

samedi, 17 novembre 2007

Piqûre de rappel

Quand vous arrivez à Beyrouth par avion, ça donne ça...



Les pilotes, eux, voient plutôt ça...

Il me faut parfois une petite piqûre de rappel. Les habitués des vols vers Beyrouth savent de quoi je parle. Pour moi, c’est toujours le grand frisson quand j’entends l’hôtesse me parler de la température au sol alors que le Boeing s’approche de la piste d’atterrissage. Ce moment où on se dit «ça fait du bien de rentrer chez soi». J’aime ces quelques secondes, le nez collé au hublot à regarder la montagne défiler, à essayer de reconnaître l’ATCL, la Marina de Dbayé, Raouché, puis les camps palestiniens et Ouzaï… C’est même encore meilleur de nuit. Bref. Tout ça pour dire quoi au fait? Pour dire que je suis impatient de partir pour pouvoir revenir… Toujours revenir... Ne pas partir pour ne pas risquer de ne pas revenir.

samedi, 06 octobre 2007

Live from Cyprus

Et voilà, comme prévu, me voilà donc à Chypre pour moins de 24 heures, histoire de faire l’aller-retour Beyrouth-Larnaca-Beyrouth (ceux qui suivent ce blog sauront pourquoi). Je suis arrivé ce matin à 8h. J’ai rencontré par hasard un copain journaliste français à l’aéroport, qui m’a déposé au «centre-ville» de Larnaca. Chypre, c’est le paradis des vacanciers britanniques, version middle class un peu beauf. Y’a que des anglais ici! Mais l’île a ses charmes. A Larnaca, qui n’est pas vraiment un endroit folichon, il y a un long front de mer bétonné, avec une belle plage publique. Un peu comme Barcelone, mais en moins beau.

Nous avions sillonné Chypre avec Nat en 1998. Je ne sais pas si le reste de l’île a changé, mais nous y avons de merveilleux souvenirs, de coins sauvages et de tranquillité. Tout ce qui manque au Liban quoi… Ces deux pays sont pourtant si proches géographiquement.

medium_amalfi.jpgCe matin donc, j’ai marché un peu pour trouver un coffee shop équipé de wi-fi. Je suis tombé sur l’Am@lfi, que je conseille vivement à tous ceux qui auront un jour quelques heures à perdre à Larnaca. L’ambiance y est sympa, la déco gentiment kitsch, la musique variée (ils viennent de passer "Maria Magdalena" de Sandra à l'instant même, suivi de "99 Luftballons" de Nena, trop cool!), les serveurs souriants et le wi-fi à volonté. Que demande le peuple? Je me suis donc connecté – alors que j’aurais pu en profiter pour me déconnecter un peu – à Internet, et premier réflexe, je suis allé voir les nouvelles sur le site de L’Orient. Pas facile de se décoller le nez de l’actualité de ce putain de pays.

Ce soir, je reprends l’avion vers Beyrouth. En espérant que tout se passe bien.

samedi, 04 août 2007

Je t'aime moi non plus

medium_oeilpleurelibflag.jpgBon ben voilà. Cela fait aujourd’hui un an que nous animons – tant bien que mal – ce blog. Un peu plus de 200 posts, c’est une bonne moyenne, avec des prises de tête, des engueulades, des moments de déprime, de grandes satisfactions…
Ce blog, nous l’avons démarré dans un contexte particulier, dont tout le monde se souvient évidemment: la guerre de juillet dernier. Un an après, où en sommes-nous? Le constat n’est guère glorieux.

Hier, je réécoutais un CD enregistré vers 1998. La musique étant – tout comme les odeurs – une prodigieuse machine à remonter le temps, je me suis retrouvée à cette époque où tout était loin d’être rose mais où je n’avais pas ce sentiment de «désespérance» que nous ressentons aujourd’hui.

Je suis arrivée au Liban en 1995. Le pays du cèdre était alors une terre d’opportunités où tout semblait possible, où tout était à (re)construire, en dépit de la présence syrienne. Un comble, je sais.

Des moments difficiles, il y en a eu, et un paquet. Jusqu’à l’assassinat de Hariri en 2005, le retrait des Syriens, et l’enclenchement des attentats en série. La «révolution du Cèdre»? On n’assiste pas tous les jours à un rassemblement populaire de l’ampleur de celui du 14 mars et l’enthousiasme des manifestants faisait plaisir à voir, c’est vrai, mais je n’ai jamais réussi à y croire complètement.  Et après? Ben après, je continuais à me dire que les choses pouvaient évoluer positivement, peut-être…

Et puis il y a eu la guerre de juillet. Je crois ne pas être la seule (du tout) à avoir vécu cet été fatidique comme le coup de massue en trop. Certains diront qu’elle était prévisible, d’autres qu’elle était légitime. Mais je n’ai pas envie de parler politique maintenant. Ce qui devait arriver arriva, comme dirait ma fille, tout simplement.

Ce que je sais, c’est qu’il y a eu quelque chose de brisé, que les événements depuis n’ont absolument pas contribué à réparer, loin de là. La confiance, en premier lieu. Dans ce pays, dans son avenir, dans sa faculté à tenir debout et à vivre ensemble.

En 12 ans dans ce pays, je n’ai jamais été aussi découragée parce que je ne sais plus où regarder pour trouver une petite lumière au bout du tunnel. Bon sang, qu’il faut l’aimer, ce pays, pour s’y accrocher alors que, comme l’un de nos commentateurs l’écrivait, nous pourrions tout simplement rentrer en France, petits veinards que nous sommes. Sauf que c’est ne pas tenir compte d’une donnée fondamentale: le Liban, c’est chez nous. Un jour, David racontera peut-être ce que c’est d’être étranger au Liban, encore qu’en tant que Français, il soit moins mal loti que d’autres. Mais je le trouve bien loyal (et je m’estime chanceuse) de rester ici en dépit de tout.

Qu’y a-t-il au Liban qui le rende si irrationnellement attachant et qui, dans le même temps, fasse tout pour faire fuir ceux qui y vivent?

vendredi, 06 juillet 2007

Beyrouth, 19h49, la soleil va se coucher dans la mer

medium_beirutsunset.jpgBeyrouth, 19h49, de notre terrasse. Le soleil se couche tranquillement dans la mer, comme nous le disions à nos filles quand elles croyaient encore à ce genre de choses. Les gens rentrent chez eux, la vie reprend son cours à Beyrouth: à part à Gemmayzé et Monnot, les pubs et les restaurants de la capitale se remplissent chaque soir. Les salles de ciné aussi, même timidement. Une ombre au tableau: les festivals d'été ont annoncé l'annulation définitive de leurs programme.

Ce calme n'est peut-être qu'illusion, mais il fait du bien. On touche du bois (de cèdre bien sûr) pour que cela dure. Bises à tous les amoureux du Liban.

vendredi, 15 juin 2007

Bons baisers de Beyrouth

medium_bphotos1.jpgbphotos2.jpgmedium_bphotos3.jpgCe matin, je suis sorti en ville. Après la journée de deuil national hier pour rendre hommage à Walid Eido, je pensais trouver des rues désertes. J’ai eu droit aux pires embouteillages. Avant de rejoindre le boulevard, je suis passé chez mon boucher préféré acheter quelques fumigènes. Comme tous les jours, ce bon Elie me demande: «Alors, la situation, elle est comment?» Comme tous les jours, je lui dis qu’elle est pire qu’hier mais meilleure que demain. Ce coup-ci, je lui ai retourné la question: «Alors, qui est le prochain à ton avis?» Après un grand coup de hachoir asséné dans un bout de barbaque, il me dit: «Moi, j’aimerais que ce soient les Syriens. Et les Américains aussi. Et puis les Israéliens…» Je remonte en voiture, je vais faire mes petites affaires. Je passe par la rédaction d’un magazine local. Là, je discute avec leur responsable web, Kamal. Il me dit qu’il pense quitter le Liban. Sa femme est Française et a envie d’une vie plus paisible. Sa logique à elle, selon lui: «Si quelqu’un pouvait m’assurer que tout ira bien dans 6 mois ou 1 an, je reste. Mais personne ne le peut.» Tirant généreusement sur sa Marlboro, Kamal (qui est assez bavard) se lance dans un historique des «événements» qui secouent le Liban depuis 150 ans. Le but? Tirer une leçon de l’Histoire: le Liban ne sera jamais paisible. Tous les 15 ou 20 ans, il y a des crises, qu’elles viennent de l’intérieur ou des pays voisins. En repartant, je traverse Beyrouth d’ouest en est, passe par le Ring, et scrute le sit-in place Riad el-Solh et place des Martyrs. Il n’y a pas âme qui vive sous le soleil de midi. A quoi sert exactement cette vaste foutaise de sit-in? Soudain, je me rappelle quand nous allions au Virgin, en bas de la place des Martyrs. Ça fait combien de mois qu’on y est pas allé? Puis je file, je traverse Achrafieh direction notre petit vendeur de DVD à Borj Hammoud, le quartier arménien de Beyrouth. Tout ce qu’il y a de plus illégal comme commerce certes, mais tellement normal ici, même si le gouvernement a voté (je ne sais plus quand exactement) une loi pour la protection du copyright, des droits d’auteur... Je rentre dans la petite boutique. Il y a 3 clients, dont 2 policiers. No comment.

PS: Pour une fois, les photos présentes ici ne sont pas de nous. Je les ai piquées sur le blog Afrikarabia. Je vous conseille d’y faire un tour, les images y sont très belles.

18:35 Publié dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : liban, beyrouth

mercredi, 13 juin 2007

Après Walid Eido, il n'en faut plus que trois...

medium_attentats20070613.4.jpg Plus que trois. Après les assassinats des députés Rafic Hariri, Bassel Fleihane, puis de Gébran Tueini le 12 décembre 2005 et celui de Pierre Gemayel le 21 novembre 2006, c’est le sunnite Walid Eido, proche de la famille Hariri, qui a été rayé de l’échiquier politique en même temps que son fils Khaled. Déjà cinq députés assassinés, plus que trois donc à «effacer». Le(s) commanditaire(s) de ces assassinats est(sont) donc à mi-chemin dans leur basse besogne: en effet, si trois autres députés de la majorité parlementaire venaient à disparaître, la majorité perdrait sa majorité et le Parlement tomberait.

Qui cela arrangerait-il? A qui le chaos ambiant au Liban profite-il? La réponse paraît si simple, suivez mon regard...

Les arrestations se multiplient, les rumeurs aussi. Hier, une fillette de 7 ans me disait qu'elle discutait avec ses copines en cour de récré de camions piégés. C'est sain ça? Ça me fait vomir… Comme les deux tiers des jeunes Libanais (18-25 ans) qui, selon un rapport très récent du Centre libanais de recherche et d'études de Kamal Hamdane, veulent tout faire pour s'expatrier. Cela aussi fait partie de la stratégie de la terreur: vider le pays de sa sève intellectuelle, culturelle et technique. Vu la saignée parmi les "cerveaux" depuis 2005, ce but pourrait être facilement atteint.

Le Liban est si facile à mettre à genoux que c'en est pathétique. 

vendredi, 01 juin 2007

Parano à Beyrouth

Finalement, déstabiliser (voir les 2 définitions du verbe «déstabiliser» dans le post précédent) un pays est une chose très simple. Il suffit de quelques explosions et les nerfs d’une population déjà bien tendue se crispent au maximum. Chaque jour, à chaque fois qu’un bruit suspect se produit dans notre quartier ou que les sirènes des ambulances se font trop pressantes, on allume la télé, on jette un coup d’œil sur Internet pour voir si quelque chose à péter.


Il y a quelques semaines, cet état de nerfs m’a joué un mauvais tour. C’était un vendredi soir, vers 20 heures. Nous prenions l’apéro dans le salon quand tout à coup, j’ai vu une lumière blanche vive dans le ciel, filer à grande vitesse en direction de Jounieh (où se trouvent l’une des centrales électriques les plus importantes du pays). Sur le coup, je pense tout de suite à un missile. Deux secondes plus tard, le courant se coupe. Dans le noir, nous nous précipitons sur la terrasse, et je scrute l’horizon vers le nord. Là, je vois un panache de fumée. Je suis alors absolument certain que la centrale vient d’être visée. J’appelle mes beaux-parents qui habitent dans le coin pour avoir de leurs nouvelles, mais ils sont en voiture du côté de Broumana. Je leur raconte ce que je viens de voir, sûr de mon fait. Et là, le téléphone arabe a joué en moins de 2 minutes. Toute la famille est au courant: la centrale de Jounieh vient d’être attaquée! En fait, il n’en était rien. Le panache de fumée n’était que la sortie de la cheminée de l’hôpital Saint-Georges. En tout cas, tout le monde s’est bien payé ma tête durant quelques jours. Mais je ne sais toujours pas d’où provenait cette lumière…

Cet épisode résume à lui seul l’état dans lequel sont nos nerfs. La création du tribunal international, qui divise le Liban – et pour cause –, va certainement augmenter d’un cran la tension ambiante. Comme d’ici le 10 juin il y a franchement peu de chance que les parties libanaises accordent leurs violons sur la question, nous allons encore tout droit vers de nouveaux problèmes.

Gérard Majax, Garcimore et David Copperfield réunis ne pourraient-ils pas se pencher sur le cas du Liban, et nous sortir un tour de magie pour arrêter ce délire?

mardi, 29 mai 2007

Un peu de lumi'ère dans les ténèbres

Amateurs de Stone & Charden, Patrick Duffy & Mireille Mathieu, passez votre chemin...

medium_lumiPoster.2.jpgVous croyez peut-être que Beyrouth n’est synonyme que de violence et de bombes. Eh bien non, et comme cela nous arrive de temps en temps, on va s’échapper de l’actualité sordide pour vous présenter un îlot de joie. Cette fois, cette petite lueur prend le nom de Lumi, un duo formé par Marc Codsi (le guitariste des Scrambled Eggs pour ceux qui connaissent) et la chanteuse Mayaline Hage, diplômée de psychologie clinique. Ils sont Libanais, ils sont beaux, ils ont du talent… Ce serait dommage de se priver de ce petit plaisir!

medium_lumiCD.jpgBref. Ils ont lancé leur album il y a 10 jours au B-018 (dont la pochette se trouve juste à gauche, avec la bouche de Mayaline). En gros, ils donnent dans un registre large fait d’électro-rock-pop-punk-new wave. C’est excellent, et c’est 100% libanos contrairement à ce que l’on pourrait croire en écoutant leur prestation. La première fois, je me suis dit que j’aurais bien vu un ou deux titres sur la BO d’un film de Sofia Coppola. Fini le blabla, à vous de vous faire une idée avec ces 5 extraits de 60 secondes chacun.

medium_lumiBW.2.jpg

Banging in the stars
podcast

Don't fuck with my black cat
podcast

Not our war
podcast

Second
podcast

Wklp
podcast

N.B.: Pour les amateurs parisiens, le groupe sera en concert à la Flèche d'or en juin ou en juillet... Renseignez-vous! (merci Steve sur le commentaire, c'est donc le 9 juillet!)

lundi, 21 mai 2007

Pauvre de moi, j'avais oublié Verdun

Il y a 1/4 d'heure, une nouvelle explosion a soufflé le quartier de Verdun, une zone chic et résidentielle du côté ouest de Beyrouth. Le point commun avec l'attentat d'hier à Achrafieh? Verdun était le rendez-vous des amateurs de cafés et narguilés, tranquilles sur les terrasses des grands centres commerciaux. En clair, les poseurs de bombes ciblent les endroits où la vie ne s'était pas arrêtée.

Restent donc dans cette catégorie:

  • Gemmayzeh, où tous les noctambules beyrouthins sortent le soir;
  • La place Sassine, même si l'attentat d'hier n'était pas loin;
  • La zone proche de l'Université américaine, où de nombreux petits pubs font recette;
  • Sans compter les supermarchés genre Monoprix et Géant.

Voilà, d'autres endroits m'échappent certainement. Mais bon, vous êtes prévenus!

PS: Drôle de jour anniversaire pour Yasmine... 

L'été est revenu, mais il pleut du verre

Ce matin, notre quartier de Mar Mitr s'est réveillé meurtri. Réveillé est un mot peut-être déplacé, car beaucoup n'ont pas dormi. Lentement, tout le monde est sorti, balai à la main, pour évacuer les tas d'éclats de verre jonchant les trottoirs et les balcons. En bas de chez nous, je croise une voisine, le visage hagard, avec sa balayette et sa petite pelle en plastique bleue. Elle habite au rez-de-chaussée, et toutes les vitres sont parties en poussière hier soir. Elle me raconte l'onde de choc et la chaleur instantanée qui a envahi son appartement.

medium_abc1.2.jpgmedium_abc2.jpgmedium_abc3.jpg
Un peu plus loin, sur le boulevard qui remonte vers la place Sassine et qui longe la scène de l'attentat qui a coûté la vie à une femme de 64 ans écrasée par la chute d'un mur, les façades sont toutes marquées: la devanture du supermarché Spinney's, celle d'un grand magasin de jouets, celle d'un resto où nous mangeons habituellement de délicieux sandwichs jebné batata... Et puis plus haut se trouve l'ABC, seul poumon commercial de la capitale libanaise qui respirait encore. L'explosion n'a fait que noircir sa façade, mais les dégâts seront bien plus importants que ça. Il va falloir reconstruire la confiance maintenant. Et ça, c'est bien plus compliqué que d'entasser des parpaings.

En passant devant ce matin au moment d'accompagner les filles à l'école, j'ai tracé le plus vite possible pour qu'elles n'y fassent pas attention. Miracle, elles ont le sommeil lourd et ne s'étaient pas réveillées hier soir. Hier justement, l'aînée, nous voyant assez stressés à cause des événements de Tripoli, nous disait qu'elle voulait partir du Liban, "car il y a toujours la guerre". Nat l'a rassuré en lui disant que c'était loin, au nord du pays... Le problème, c'est que ça se rapproche dangereusement.

Enfin. Hier, j'ai reçu un mail d'un copain installé en Patagonie, tout au sud de l'Argentine. Il m'envoyait des photos sublimes de la région où il vit. Je me demande simplement s'il n'a pas eu raison de partir loin de tout, dans une région paisible. Faire partir les gens encore accrochés au rêve libanais est certainement l'un des objectifs de cette nouvelle campagne de terreur qui pointe le bout de son nez. 

Et si ça pétait? Et bein ça a pété!

Putain de dimanche de merde. Résultat des courses: 39 morts au nord dans les "accrochages" (j'adore le terme utilisé par nos confrères) entre l'armée libanaise et les miliciens de Fatah al-Islam, qui sont loin d'être tous Palestiniens. Et puis...

A 23h45, grosse explosion, à 150m de chez nous. Toutes les alarmes de voitures se mettent en branle. Les vitres volent de partout. Un incendie prend au pied de l'ABC, cet immense centre commercial en plein cœur d'Achrafieh. Selon les premières infos, c'était une voiture piégée. Depuis le temps que ça nous pendait au nez...

Combien de temps cela va encore durer????????????????

Yalla, j'y vais, l'électricité vient de partir, j'ai l'UPS qui fait bip bip. 

00:40 Publié dans Attentats | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : liban, beyrouth, ABC, explosion

lundi, 07 mai 2007

Sarkozy, les chrétiens du Liban et l'extrême droite française: tout le monde il est beau, tout le monde il est content

medium_chirackermit.jpgAu Liban, le second tour de la présidentielle n’a pas particulièrement passionné les foules, avec un taux de participation assez maigre (51,35%). Sans surprise, dans notre beau pays du Levant, Nicolas a terrassé Ségolène avec 71,51% contre 28,49%. Des taux proches du XVIe arrondissement de Paris.

Dans notre quartier à forte majorité chrétienne (Forces libanaises pour être précis), les gens de la rue étaient eux aussi de farouches supporters du leader de l’UMP, héritier (selon eux) de la tradition gaulliste et donc de Chirac (erreur), et (aussi) parce qu'ils pensent que Sarko n'aiment pas trop les arabes (musulmans). Ça fait beaucoup de parenthèses tout ça... Enfin bon, finalement, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, les Libanais dans leur ensemble semblent se réjouir de l'élection du petit Nicolas. Dans les rangs de l'opposition, on se félicite surtout du départ de Chirac, jugé trop partisan en faveur de la famille Hariri au pouvoir (qui lui prête un appart sur les quais de Seine d'ailleurs...).
Chez notre libraire, il y a quelques jours, je croise une femme d’un certain âge venue récupérer son numéro de Paris Match, avec les deux «finalistes» en couverture. Le libraire me demande pour qui je vais voter, pensant que je suis (évidemment) sarkophile. D’un coup, je me suis senti en «territoire hostile»… C’est un peu comme quand, il y a 10 ans, je découvris que Le Pen était un grand homme pour une certaine partie des chrétiens aounistes, car ces derniers appliquaient au Liban l’un des slogans de l’extrême droite française: «La France aux Français» devenant «Le Liban aux Libanais». En pleine tutelle syrienne, cela avait du sens, certes… 

Je vous laisse en bonus deux liens: le premier vers l’article de Paul Khalifeh, le correspondant de RFI au Liban, sur les répercussions du départ de Chirac; le second sur l'incidence de l'âge des électeurs français intitulé "Si on retirait le droit de vote aux plus de 68 ans, Ségolène Royal serait élue".

jeudi, 22 février 2007

Et si ça pétait?

medium_tnt.jpgCe matin en partant de chez nous, la circulation était fortement ralentie sur le grand boulevard, au niveau de l’ancien immeuble de la chaîne de télé MTV (à 300m de chez nous, en plein cœur d'Achrafieh): militaires et gendarmes quadrillaient le périmètre. Une caisse de bâtons de dynamite venait d’être trouvée et les démineurs étaient en train de faire leur boulot. Tout le monde a en tête le double attentat de la semaine passée à Aïn Aalaq (3 morts près de Bikfaya). Il y a 2 jours, une caisse identique à celle de ce matin avait été désamorcée à Bir Hassan, dans la banlieue sud. Et ce midi, la nouvelle de 2 autres caisses découvertes aujourd’hui circulaient en ville.

La question est: ces caisses sont-elles là pour être trouvées à temps? Sont-elles là pour exploser? En tout cas, elles atteignent un but dans l’une ou l’autre des hypothèses: elles entretiennent la peur, et jettent un peu plus de suspicion sur cette «main étrangère» qui n’a d’autre ambition de que foutre le bordel dans le pays.

mercredi, 21 février 2007

Quoi de neuf docteur?

medium_dentier.jpgIl circule depuis quelques jours cette blague sur des hommes politiques libanais tout à fait identifiables...

Il y a deux leaders chrétiens au Liban: un docteur qui n’a jamais vu de malade, et un malade qui n’a jamais vu de docteur.

jeudi, 15 février 2007

Les deux drapeaux de trop

medium_haririroses.jpgAu Liban, le 14 février ne rime plus avec Saint-Valentin depuis deux ans. Du coup, hier, bon nombre de Libanais ont délaissé les fleuristes pour se rendre place des Martyrs, pour rendre hommage à l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Quoi que l’on pense du bonhomme (ce ne fut pas vraiment un saint), il paraît normal de réclamer la mise en place du fameux tribunal pénal international chargé de juger ses assassins, que l’on soit dans la majorité ou dans l’opposition. «La vérité», le slogan qui illustre le mieux ce combat depuis 2 ans, devrait être l’affaire de tous les Libanais.

En tout cas, hier dans la manifestation, tout le monde y est allé de sa pancarte et de son drapeau. Comme sur le sit-in de l’opposition (sur le haut de la place des Martyrs), on a pu voir hier une kyrielle de fanions: blanc frappé du cèdre dans un cercle rouge pour les Forces libanaises, rouge-bleu pour le PSP de Joumblatt, blanc-bleu ciel pour le Courant du Futur du clan Hariri, rouge-blanc-or pour le PNL de Chamoun, blanc avec un cèdre stylisé pour les Kataëbs… On a même vu le grand drapeau rouge orné d’une faucille et d’un marteau du Parti communiste. Le tout noyé dans une mer de drapeaux libanais.

medium_drapiranien.jpgAu bout d’un moment, nous sommes allés faire un tour du côté du sit-in de l’opposition, après avoir montré patte blanche aux militaires qui ont bien fait leur boulot pour que les deux camps ne puissent même pas échanger un regard. Sur place, c’était désert. Près des barrières, à 50m du mur de barbelés séparant la place en deux, nous avons vu un groupe de jeunes du Hezbollah brandir… un drapeau iranien. De retour dans la manif, nous avons vu fleurir des drapeaux saoudiens. Si cet affichage non-national n’était le fruit que d’initiatives isolées, il n’en demeure pas moins qu’il est symptomatique des affinités régionales des deux camps. Finalement, depuis plusieurs décennies se rejoue la même partie d’échecs, le Liban n’étant que l’éprouvette de la région, où toutes les alliances, les enjeux et les inimitiés qui dépassent le pays se rejoignent. Ce serait bien que ça s’arrête, non?

lundi, 12 février 2007

"L'impôt citoyen" de Ségolène

medium_ATT159871.jpgEtre contre Sarkozy ne veut pas dire que l'on soit forcément de gauche et pour Ségolène par la même occasion. La visite de cette dernière au Liban nous a radicalement coupé l'envie de voter pour elle. Et ce week-end, la candidate du PS nous a donné encore une autre raison avec un détail de son programme: son "impôt citoyen", suggéré par DSK. Je ne vois pas pourquoi je devrais m'acquitter de cet impôt spécial pour les Français de l'étranger (même s'il y a de fortes chances que nous soyons sous le barème). Nous payons déjà des charges (lourdes) en France et nous n'avons aucun des avantages (allocs en tout genre...). Et elle voudrait que l'on casque encore pour que "l'on ne se désintéresse pas de la France"! Merci, c'est trop gentil de penser à nous comme ça... C'est vraiment dommage que le vote blanc ne serve à rien dans cette République.

mercredi, 31 janvier 2007

Barbie a du mouron à se faire

medium_Fulla2.gifmedium_fulla.2.jpgLa semaine dernière (jeudi pour être exact, le jour des émeutes entre étudiants sunnites et chiites), en bons homo consommateurus, nous sommes allés au BHV, à Jnah dans la banlieue sud. Au moment de passer à la caisse, Nat m'attire l'attention sur une falaise de jouets. Cette falaise, rose, était constituée d'un empilement régulier de boîtes contenant des poupées. Des Barbies, me suis-je dit sans lire le nom de la poupée. Nat arrive et me dit: "Regarde!" La Barbie s'appelle en fait Fulla. Elle est belle, bien gaulée, elle aime la mode (sauf les maillots de bain) et est disponible en 2 versions: Outdoor et Indoor. En bref, dans la version d'intérieur, Fulla est comme Barbie: elle a des fringues sexys (mais pas trop quand même), un beau maquillage, des mèches dans les cheveux... Dans la version d'extérieur, elle porte le hijab, un grand voile noir la couvrant de la tête aux pieds. Waou! Ça, c'est de la concurrence pour la pétasse américaine!

Après une recherche rapide, j'ai trouvé l'origine de Fulla. Elle est produite depuis plus de 2 ans en Syrie par la société New Boy à Damas, après 4 ans de recherche et de développement. Et c'est un vrai carton commercial, du Maghreb au Machreq en passant par les pays du Golfe. Pour reprendre les mots du manager de New Boy, "Fulla est un personnage que parents et enfants peuvent considérer comme un membre de leur famille. Elle est honnête et ne ment jamais, elle est aimante, dévouée et elle respecte son père et sa mère. Elle est bonne avec ses amies, elle aime la lecture et adore la mode". Certains médias occidentaux l'ont appelé la Barbie musulmane, pour faire court, et pour stigmatiser le fossé entre nos civilisations. Mais Fulla est un véritable phénomène dans nos contrées. Ça donne de quoi réfléchir...

Heuristiques libanaises

medium_Heuristiques.jpgJuste un petit post pour vous signaler la présence sur la Toile d'un blog libanais francophone, animé par un Libanais depuis Paris. Le bloggeur est amateur de bons mots, et n'a pas la langue dans sa poche. Alors si vous avez 2 minutes, clickez sur l'image, elle vous y emmènera illico...

mardi, 30 janvier 2007

Pas de miracle pour Bosta

medium_Bosta.jpgIl y a quelques mois, une commission attachée au ministère de la Culture avait sélectionné Bosta, le film de Philippe Aractingi (ici en photo dans ce bus qui a fait danser tout le Liban en 2006), pour représenter le Liban à la grand messe holywoodienne des Oscars. Bosta avait coiffé sur le fil Perfect day dans le choix, pour son côté "folklorique", comme m'avait expliqué l'un des membres de ladite commission. Ici, tout le monde s'est dit que c'était jouable, que ce choix pouvait aboutir à la sélection de Bosta pour les 5 fameux "nominés". Le contexte politique aidant, l'image du pays salie par la guerre de l'été dernier... Eh bein non, Bosta n'a pas été sélectionné. L'Académie a préféré l'Algérien Indigènes ou le Mexicain Labyrinthe de Pan. Dommage...

 
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