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vendredi, 15 avril 2011

Pomme C Pomme V impossible

Très court extrait du dossier spécial (12 pages) sur les révoltes dans le monde arabe, paru ce matin dans le quotidien Le Soir. Vous pouvez le télécharger en intégralité ici, ça vaut le coup.

mark mansour.jpgLes politiciens libanais continuent à longueur d'interview de réclamer la paternité du vent de révolte qui souffle sur le monde arabe. Selon eux, les révoltes actuelles sont les filles de la «révolution du cèdre» du printemps 2005 qui avait vu la population libanaise obtenir – pacifiquement – le départ de l'armée syrienne, après 30 ans de tutelle. Six ans plus tard, les soldats syriens ne sont plus là, mais Damas dispose toujours de ses relais, puissants, à Beyrouth.

Vu de la capitale libanaise, les révoltes en cours dans le monde arabe laissent perplexes: impossible d'en faire un copier-coller. Car ici, il n'y aurait pas un Ben Ali ou un Moubarak à chasser du pouvoir pour faire une «vraie» révolution, mais une bonne vingtaine. Tous chefs de partis politiques ou chefs de clans, ceux-ci décident de la direction à suivre pour toute leur communauté. Et les revirements à 180º ne leur font pas peur, leurs ouailles suivant aveuglément: l'intérêt de leur communauté prime, l'intérêt national passant au second plan.

Pas étonnant donc de trouver toute une frange de la jeunesse libanaise sans grande illusion. Mark Mansour en fait partie. Graphiste de 31 ans, il reste cloué à Beyrouth pour prendre soin de ses parents vieillissants. Sans quoi il serait parti. «Moi, je n'ai aucun engagement politique, explique-t-il. Les politiciens libanais, d'un bord comme de l'autre, sont tous pareils. Ils veulent le pouvoir, pas le bien du Liban. Alors quand je vois ce qui se passe en Tunisie, je suis heureux pour les Tunisiens. Idem pour les Egyptiens. Et puis un nouveau régime au Caire, moins favorable à Israël, poussera peut-être Tel Aviv à changer de comportement dans la région.»

Depuis trois semaines, évidemment, l'actualité de la grande sœur – la Syrie – retient l'attention. Là aussi, Mark espère du changement, pensant qu'un nouveau régime, plus modéré, pourrait modifier la donne dans la région et dans son pays: «Ça compliquerait la tache du Hezbollah pour faire transiter ses armes depuis l'Iran. Moi, je suis pour la paix, j'ai envie de vivre libre, sans que la personne en face de moi – quelle qu'elle soit – ait un pistolet sur la table pour me parler.»

[...]

Lors de l'interview, nous avons abordé un gros paquet de sujets: les révoltes arabes bien sûr, mais aussi la politique libanaise, la laïcité... Voici juste une petite phrase qui n'avait pas sa place dans le papier, mais qui m'a bien fait rire. Mark: «Au Liban, je n'existe pas en tant qu'agnostique. Un jour, on m'a posé cette drôle de question: "Vous êtes agnostique? Alors où priez-vous?"» Y'a du boulot.

mardi, 12 avril 2011

(H)OntorNet

Il est tout juste minuit ici à Beyrouth. Je laisse l'ordi allumé encore 15 à 20 minutes. En fait, j'ai demandé à mes proches de m'envoyer leurs mails un peu volumineux à partir de minuit (soit 23 heures en Europe). Parce que cela tombe dans la tranche horaire 0h-6h durant laquelle mon cher provider ne facture pas la bande passante. Avec un quota de 2,5 gigabytes par tranche de 50 dollars (download et upload confondus), il faut évidemment faire attention à sa consommation. Un accident est vite arrivé, genre la vieille tante qui vous envoie des tonnes de photos de cousins éloignés en pleine matinée. Et paf, 10 dollars qui partent en fumée! Pas étonnant que les vendeurs de DVD piratés fassent fortune car ici, on ne télécharge pas de film. Pas possible. Et même les courageux qui attendraient minuit pour le faire verraient leur connexion planter inexplicablement en plein milieu de la nuit.

En fait, y'a pas vraiment grand chose de nouveau. J'en ai juste marre.

Chaque mois, j'entends des nouvelles comme quoi «dans trois mois, j'te jure, on aura la meilleure connexion du monde!». Bein j'attends. Merci messieurs les ministres des Télécoms, toutes couleurs confondues mais alternant volontiers clientèlisme et incompétence, qui nous font passer pour des baltringues. Le Liban arrive donc en 169e position sur 169 pays classés, en termes de vitesse. Peut-être vaut-il mieux en rire qu'en pleurer, mais je n'y arrive pas. J'essaie pourtant. C'est tellement plus simple d'être champion du monde du plus gros hommos.

Voilà, il est minuit passé de 10 minutes et j'angoisse. Si ça se trouve l'arrière-grande-tante va m'envoyer son mail de 10Mo dans 5 minutes, quand j'aurai éteint, et il arrivera sur mon disque dur demain matin quand j'ouvrirai Mail.

Il n'y a pas longtemps, une amie en France me proposait une discussion vidéo sur Skype. J'ai eu presque honte, je ne savais pas trop comment lui dire que ce genre de passe-temps est plutôt à ranger dans la catégorie science-fiction. Car ici, en 2011, ça donne ça...

PS1: J'adore le rire de l'Asiatique. C'est ça le plus drôle...
PS2: Vous l'aurez compris, si vous voulez envoyer des trucs un peu lourds, faites-le à minuit pile, pas à minuit vingt. Merci de votre compréhension.

dimanche, 03 avril 2011

Grey would be the color...

DSC_0011r2.jpgNe croyez pas que je passe la tête levée vers les cieux. Il n'y a rien à prier là-haut. Juste des choses incroyables à observer.

Je ne sais pas si le ciel était identique au-dessus de la Syrie ces derniers jours, mais le temps est en train de virer à l'orage du côté du Barada. J'espère que les paratonnerres seront suffisants.

dimanche, 13 mars 2011

A 12h39, il fallait regarder dans le ciel

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Il faisait beau ce matin. Après les trois jours de tempête cette semaine, c'était plutôt le bienvenu.

Le 14 Mars voulait réunir un million de personnes. Je ne sais pas si la barre symbolique a été atteinte, mais il y avait beaucoup de monde. Alors oui, le 14 Mars bouge encore...

Installer des milliers de chaises pour un rassemblement populaire, ça me paraît toujours bizarre. Faire la révolution en étant assis, ce n'est pas évident.

Certains ont tout de même trouvé un endroit pour s'allonger: perchés en haut des lampadaires. Je ne l'aurais pas fait avec le vent qu'il y avait (je ne le ferais pas tout court, en fait).

Les années précédentes, les photographes se ruaient sur la statue des Martyrs sur laquelle les manifestants grimpaient en grappes, drapeau à la main. Cette fois, ils n'en ont pas eu le loisir: l'estrade pour les orateurs était installée à son pied. Tout un symbole pour une révolution populaire confisquée depuis trop longtemps par des chefs de clan.

Je ne sais pas s'il y avait beaucoup de druzes dans la foule. Mais j'ai vu un drapeau PSP.

Côté drapeaux justement, il y avait beaucoup de drapeaux saoudiens. Faudra pas se plaindre si on voit des drapeaux iraniens dans la manif promise par les cocos d'en face pour soutenir le futur gouvernement Mikati. Paraît d'ailleurs que l'on va nous refaire le coup de 2005. Le record d'affluence du 28 février avait été battu le 8 mars; celui du 8 mars battu le 14 mars... Ils sont joueurs.

En attendant, nous n'avons toujours pas de gouvernement. Je me demande qui, des évêques maronites retranchés à Bkerké pour élire un nouveau patriarche ou de Mikati, accouchera en premier.

Côté pancartes et slogans, c'était vraiment très très pauvre. Rien à voir avec 2005.

Aujourd'hui, tout le monde avait envie de se faire prendre en photo. Ça changeait du 12 janvier dernier.

Les vendeurs de kneffés (pas bonnes du tout) ont fait fortune aujourd'hui.

En face du siège des Kataeb à Saïfi, un grand arbre servait de parasol à ceux qui arrivaient du port. Jolie déco dans les branches (second degré).

Ce que j'adore le plus dans les manifs comme celle-là, ce sont les chauffeurs de salle. Ils reprennent invariablement la même formule, en remerciant les participants de leur présence, en citant les villes et villages. Dans la foule, chaque groupe géographique donne de la voix quand le nom de son bled arrive. On se croirait au 111e anniversaire de Bilbo.

Allez, tiens, un petit diaporama de la journée.

En 2005, la «révolution du cèdre» avait été raillée à cause des tantes d'Achrafieh qui étaient descendues avec leurs bonnes, de leurs sacs Gucci et tutti quanti. Cette année, il y en avait aussi...

Premier orateur de premier plan à prendre la parole, Geagea a été acclamé par toute la foule, y compris les sunnites (c'est toujours savoureux à voir). Mais moins de 10 minutes après la fin de son discours, la très grande majorité des partisans des Forces libanaises quittaient les lieux, repartant vers Tabaris et le cœur d'Achrafieh. Ils n'ont pas attendu les autres tribuns, et surtout Hariri, qui a parlé en dernier. Genre rien-à-péter.

Toutes les avenues menant au centre-ville étaient remplies de voitures et autres bus garés n'importe comment. Des familles entières étaient là depuis très tôt le matin, venant du sud, du nord ou de la montagne. Ils ont dû s'amuser pour repartir...

Avec le séisme au Japon et la crise libyenne, la manif du jour va passer à la trappe dans de nombreux journaux quotidiens étrangers. Dommage...

Finalement, l'instant le plus captivant de la journée a eu lieu au moment du discours de Boutros Harb. Mais pas du côté de l'estrade, désolé Boutros. D'un coup, à 12h39, des doigts se sont levés par dizaines pour montrer quelque chose dans le ciel. Et plus personne n'écoutait le bla-bla du politicien. Tout le monde s'extasiait sur ça... Et il y avait de quoi.

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jeudi, 03 mars 2011

Faites des professeurs

Ce matin. Beau soleil. Embouteillage dans le quartier du musée. J'écoute la radio. Les matinales d'Abdallah passent ça. Magnifique, pas une ride à l'horizon.

Bla bla bla. «...et nous célébrons aujourd'hui la fête des professeurs. En tout cas, c'est ce que dit Wikipedia.» Bla bla bla.
C'était donc ce matin, aux alentours de 7h35, sur les ondes de Radio Liban.

L'embouteillage se fait de plus en plus dense. Dix minutes plus tard, la cloche d'une «grande» école beyrouthine doit sonner, tout le monde aimerait se presser pour déposer sa progéniture dans les temps. Mais les rues sont étroites et les péniches 4x4 des mamans ont souvent du mal à se frayer un chemin. Il est rare de mettre la première plus de 20 secondes d'affilée. Clairement, vu les bouchons, le jour des profs, c'est pas pour aujourd'hui. Je vérifie dans mon agenda où j'ai pris soin de noter tous les jours chômés (on est jamais trop prudent, c'est vite arrivé d'en oublier un, croyez-moi) et j'envoie un sms à Abdallah: c'est la semaine prochaine. Merci Wikipedia, encore du bon boulot.

Commence alors la mélodie d'un artiste américain dont le nom figure pourtant sur la liste noire des méchants-chanteurs-qu'il-ne-faut-surtout-pas-écouter.

J'écoute d'un œil. Je souris, tout seul dans la voiture. Je l'avais presque oubliée celle-là: la fête des professeurs! D'ici mercredi prochain donc, la totalité des parents au Liban (moins les profs bien sûr) va se creuser la cervelle pour dénicher une nounou occasionnelle, une voisine, une grand-mère. N'importe quoi fera l'affaire. Parmi les jours fériés non religieux, la fête des professeurs qui tombe chaque année début mars est celle qui me cisèle les joyaux le plus – davantage encore que le jour de la sainte armée libanaise. Les professeurs jouissent d'une journée gratuite, petit trou supplémentaire dans le gruyère du planning annuel des congés. Sans oublier la petite tradition qui va avec: les gamins doivent se pointer la veille avec un cadeau. Durant deux ou trois ans, l'une de nos filles a eu l'honneur d'être dans la même classe que la fille d'un ponte du prêt-à-porter de luxe. La petite demoiselle se pointait alors systématiquement avec des sacs estampillés du magasin de papa, à l'attention des maîtresses. Ça épate la galerie ce genre de choses. Ça peut choquer aussi.

Et puis là, je viens de trouver dans mes spams ceci: une publicité gentiment envoyée par une chaîne de magasins (type papeterie et gadgets variés). La voici.

jour des professeurs.jpg

En vue de cet événement inratable, le magasin en question propose donc des idées-cadeaux pour nos chers professeurs: des bougies, des tasses, des cadres-photo, des sacs, des tabliers... C'est la première fois que je vois des pubs pour l'occasion. Moi, j'offrirais bien des livres d'histoire-géo aux enseignant(e)s, pour que mes filles arrêtent d'apprendre que le Moyen Age a commencé en 500 avant Jésus Christ ou que le Liban est une île entourée d'une mer toute bleue, même si cela n'a l'air de choquer personne.

Je m'extirpe de l'embouteillage. A la radio, Leonard a laissé le micro au p'tit gars de Minneapolis. Ça donne ça.

En écoutant la fin de la chanson, je me dis qu'il a raison, le petit prince: il faut tomber amoureux, faire des enfants, et les appeler 'Nate' si ce sont des garçons. Et en faire au choix des curés, des militaires ou des professeurs. Y'a que ça de vrai.

mardi, 22 février 2011

« Quand on goûte, c'est trop tard »

dimanche, 06 février 2011

[SCOOP] Les Teletubbies de retour à la télé

Voici une belle exclu: les premières images de la nouvelle émission pour enfants qui sera bientôt diffusée à la télévision au Liban. Nos chères têtes blondes y découvriront des personnages très attachants: le jaune s'appellera Soussouna, l'orange Poupoun, le vert Gigié et le Noir Soso. Ils auront même, dès le premier épisode, un petit copain de retour au bercail, le rouge qui arrive en trottinette là-bas au fond, ce sympathique Wawa. Le titre du pilote: Réconciliation '11.

teletubbies lebanon.jpgLes gamins pourront s'identifier à leurs héros potelés. Leurs aventures allieront imaginaire, élégance, moralité avec un soupçon de populisme. Mais pas trop.

Avec Sousouna, Poupoun, Gigié, Soso et Wawa, la vie sera plus belle!

Et si jamais cette nouvelle série – qui sera diffusée tous les jours en boucle – ne pète pas l'audimat, une autre série jeunesse est dans les cartons. Mais pas pour tout de suite, nous assure-t-on. Il s'agirait d'un concept importé qui a fait ses preuves ailleurs.

jeudi, 03 février 2011

Sassine, 13h14

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mardi, 25 janvier 2011

Flatline

DSC_0026.jpgPetite, tu ne le sais pas encore, mais bien calée sur les épaules de ton père, tu viens probablement d'assister à l'enterrement de la mort de la dépouille du cadavre de ce qui restait du 14 Mars politique. Pas celui de son esprit, mais celui de son enveloppe charnelle. Oui, là, ce soir, sur la place des Martyrs, juste en face du mausolée du président-martyr.

C'est vrai, toute la journée – et même depuis hier –, les jeunes sunnites ont mis le souk partout, à Beyrouth et surtout à Tripoli. Cette foule-là, elle, existe bel et bien. Elle a montré de quoi elle était capable (du pire) et personne aujourd'hui ne sait ce qu'elle va faire. Et surtout pas son chef qui ne contrôle pas ses ouailles aussi bien que le grand manitou de l'autre camp le fait avec les siennes. Mais là, ce soir, sous tes yeux, le 14 Mars (version propre sur lui) n'a réuni qu'une poignée de sympathisants. C'est vrai, je le concède, il y avait de (presque) tout: des FL, des PNL, des Kataeb, des sunnites du Courant du Futur. Mais combien, hein? Trois cent? Quatre cent? A peine plus qu'hier en tout cas. Tu l'as vu toi-même, dans le regard des gens, le cœur n'y était plus. Ce 14 Mars-là, celui que 2005 avait vu naître comme il t'a vu naître, n'existe plus, tout simplement. Il faudrait peut-être le réinventer.

Plus tard quand tu seras grande et que l'Histoire aura été écrite par les vainqueurs, tu verras peut-être sa tête rigolote dans un livre d'histoire, mais le père Walid avait déjà planté les premiers clous dans le cercueil il y a un an et demi quand il avait pris ses distances avec ses camarades de jeu. Ça, c'est pour les druzes. Et puis les sunnites, hein, qui sont-ils exactement? Quel rapport entre ceux qui brûlaient des pneus aujourd'hui à Tripoli et qui caillassaient les voitures des journalistes, visages drapés dans leurs keffiehs ou cagoulés, et ceux de Ras Beirut? Les danseuses, comme on les appelle dans le Nord. Faut pas être triste, c'était probablement inévitable: toute cette belle famille devait tôt ou tard se disperser car ces cousins éloignés n'avaient pas grand chose à se dire.

Alors oui, je me trompe peut-être, mais c'est ce que mes yeux ont vu ce soir. Peut-être assisteras-tu, toujours bien assises sur les épaules paternelles, à la résurrection d'un 14 Mars flamboyant, le 14 février prochain ou quatre semaines plus tard pour son 6e anniversaire? Tu peux toujours y croire puisque nous vivons dans une région du monde où l'idée-même de résurrection est prise très au sérieux. Inexplicablement.

lundi, 24 janvier 2011

"Pasdaran not welcome"

20110124 beirut 3.jpgJe ne sais pas si la Résidence des pins (la piaule de l'ambassadeur de France) est sujette aux coupures d'électricité récurrentes à Beyrouth (je doute), mais les pneus brûlés, sur le boulevard longeant l'enceinte de la Résidence (voir ci-dessus à 20h48 pétantes), devaient bien éclairer ladite chaumière et la chambre de son Excellence. Et oui, au Liban, tout le monde sait comment brûler des pneus.

Ça a commencé dans la journée à Tripoli, à Saïda et dans la Bekaa avant de se propager à Beyrouth. A 20h, Waterloo morne plaine du côté de Mar Elias et de Mazraa, tandis que les médias proches de l'opposition affirment que les sunnites tirent sur tout ce qui bouge dans le pays. A Cola en revanche, vers 20h15, c'était bien tendu entre manifestants et forces de l'ordre, l'autoroute de l'aéroport ayant été provisoirement coupée. Rues désertes, patrouilles de la sainte armée libanaise omniprésentes (soit dit en passant, j'ai vu un peu plus tard à Horsh des soldats en tenue type GI en Irak, jamais croisés auparavant...), tout le monde devant sa télé pour suivre les événements, petits hommes verts de Sukleen en train de nettoyer les résidus de pneus calcinés à Jnah...

Et puis vers 21h, manif «spontanée» devant le mausolée de Rafic Hariri. Je mets de légers guillemets à spontanée parce que les panneaux et les slogans étaient déjà prêts: «Pasdaran not welcome», «No for Hizbullah rule», «Lebanon against terrorism», «SOS protect Lebanon», «Where is my vote?» (tiens, ça me rappelle les élections en Perse en 2009)... Tout ce petit monde s'est dirigé près de la fontaine, derrière l'immeuble du Nahar. Mini conférence de presse de Walid Fakhreddine (14 Mars, avec écharpe blanche et rouge autour du cou) devant la statue de Samir Kassir et puis c'était plié dix minutes plus tard. Avec la promesse de revenir demain et les jours suivants pour ne pas céder au chantage des armes de leurs bons amis du Hezbollah.

20110124 beirut 7.jpgDSC_0095.jpg

Il y a quelques jours, je discutais avec un ami ici qui me disait simplement: «Et pourquoi n'irions-nous pas planter des tentes partout avant que les autres ne le fassent?» J'ai comme l'impression que c'est un peu tard pour un pique-nique pacifique entre potes.

Bref, on tourne en rond. Et les jours qui viennent s'annoncent rock n'roll. Et là, je pense que les chanteurs ayant des envies de voyage voyage (pour ceux qui suivent) vont réfléchir à deux fois avant de prendre l'avion.

vendredi, 21 janvier 2011

Soirée Quizz !

QUIZZ #1

Mesdames et messieurs, voici un p'tit questionnaire, rien que pour vous. Regardez la photo ci-dessous (notez les indices, il y en a), puis répondez...

taef saoud.jpg


Quel est cet événement ?

A. Le dernier tournoi du World Poker Tour
B. La signature de l'accord de Taef
C. La conférence de presse d'après-match entre le FC Jeddah et la sélection autrichienne de foot
D. Le jury du Festival de Cannes


En quelle année a été prise cette photo ?

A. 1289
B. 1982
C. 1989
D. Plus ou moins autour de l'an 2000


Comment s'appelle le gars au milieu ?

A. Le prince Saoud el-Fayçal
B. Le roi Saoud el-Fayçal
C. L'empereur de l'espace Saoud el-Fayçal
D. Dieu (al-Fayçal)


Comment s'appelle le gars à droite ? (attention, question piège)

A. Nabih Berri
B. Nabih Berri
C. Nabih Berri
D. Hussein el-Husseini
E. Nabih Berri
F. Nabih Berri
G. Nabih Berri
H. Nabih Berri
I. Nabih Berri
J. Nabih Berri


Comment s'appelle le gars assis à gauche ?

A. Sidi Brahim, pas besoin de le présenter
B. Sid Ahmed Ghozali, alors ministre algérien des AE, et qui aurait pu être dictateur lui aussi puisqu'il a tenté sa chance deux fois à la présidentielle algérienne
C. Sid Vicious, le chanteur des Sex Pistols
D. Sid, le copain débile de Manny dans Ice age

 

[...]

En jetant un coup d'œil sur les nouvelles du jour, je suis tombé sur ça. En voyant la photo, je me suis souvenu de celle postée plus haut et du visage moins ridé de Saoud el-Fayçal, qui jouait déjà au pompier des Affaires étrangères il y a 21 ans. C'est à croire que l'homme est joueur. Ou masochiste. Ou éperdument optimiste. Ou soucieux de protéger ses investissements.

Je pencherais plutôt pour la dernière option. Mais avec des chirurgiens iraniens, ex-ottomans, syriens, saoudiens, français, américains et qataris en pleine salle d'opération, le patient libanais a – au mieux – quatre possibilités:

A. Se faire amputer de ce qui lui reste de libre arbitre
B. Se faire anesthésier un peu trop longtemps
C. Se faire découper en rondelles, chacun des médecins repartant avec une tranche de soujok sous le bras
D. Prier (qui?) pour que, à son réveil, l'infirmière soit un ange et que ses yeux soient verts

Personnellement, mon médecin de famille me dit que le mal est incurable. Faudra vivre avec.

 

QUIZZ #2

Quel est le côté le plus usé de la veste de Walid Joumblatt ?

A. Le recto
B. Le verso
C. Les deux
D. La veste en question vient de tomber en lambeaux, mais la tête de son fils est sauve (pas chauve, sauve), et c'est bien là la plus grande certitude politique des dernières 24 heures: nous aurons un Joumblatt dans le paysage politique libanais pour les 30 ou 40 prochaines années.

Notez que sur cette photo, Walid a davantage de micros que Tinky Winky Bassil lors de la conférence de presse des Teletubbies la semaine dernière. Oh, quoique... à bien y regarder, ça se vaut. C'est beau un système consensuel, tout de même.

mercredi, 12 janvier 2011

Vous me conjuguerez le verbe « bloquer » à tous les temps

blocage low.jpgEn fait, ça faisait longtemps. Longtemps que la météo n'avait pas annoncé d'épais nuages noirs, de ceux qui craquent violemment, sans vraiment prévenir. La couverture nuageuse peut être dense, le climat pourri, l'atmosphère très lourde, et ce de longs mois durant, sans forcément laisser planer un vrai risque d'averse. Et puis d'un coup, patatras. Ô surprise, nos gentils parrains saoudiens et syriens (avec ça, franchement...) n'ont donc pas réussi à accorder les violons de leurs pions...

Certains poussent déjà un «ouf» de soulagement, dans les deux camps d'ailleurs mais pour des raisons bien différentes. D'un côté, un «ouf» pour dire «faut bien un jour ou l'autre qu'il y ait un vainqueur dans cette histoire, on ne peut pas continuer longtemps comme ça!». De l'autre, un «ouf» pour dire «eh les gars, sortez les pneus!». Trente-trois mois sans rien à se mettre sous la dent, ça fait long.

Le 30 novembre dernier, j'interviewais une prof de droit international de la LAU, Marie-Line Karam, qui disait entre autre:

L'initiative lancée cet été par la Syrie et l'Arabie saoudite - les parrains régionaux des deux camps libanais - peut-elle aboutir?
Aujourd'hui, tout est une question de timing. Syriens et Saoudiens sont dans l'obligation morale de trouver une issue avant la publication de l'acte d'accusation, et ils travaillent justement à régler les failles juridiques du dossier en poussant leurs alliés locaux à coopérer. Imposer la justice internationale par la force est impossible. Mais le rôle et l'existence du TSL sont très importants, celui-ci doit réussir car la justice libanaise serait bien incapable de gérer ce dossier.

Si cette initiative échoue, le Liban pourrait-il tomber dans la guerre civile?
Si le Hezbollah est ouvertement incriminé, je ne le vois pas recourir à la force sur la scène interne car il a peur pour son image. Il paie encore le prix de la semaine de mai 2008 où il a été accusé de retourner ses armes vers l'intérieur. Il pourrait en revanche paralyser le gouvernement, en faisant démissionner ses ministres. Cela ne serait pas non plus dans l'intérêt des pays arabes alors que la région est très tendue, et de l'Onu qui se retrouverait avec un conflit supplémentaire sur les bras.


La démission des ministres de l'opposition n'a pas encore été officialisée qu'elle semble acquise (un peu comme l'élection de Lahoud en 1998, c'est pas encore fait que c'est déjà officiel). Le 14 Mars veut le bras de fer, le Hezb le lui a promis depuis longtemps. Rajoutez à ça l'acte d'accusation du TSL qui devrait, selon toute probabilité, être publié avant la fin du mois. Ça vous fait un bon petit cocktail pour commencer l'année. Bein oui, les fêtes de fin d'année, c'est terminé.

Faut ranger les flonflons et les guirlandes. En janvier, c'est le pneu qui est tendance.


[...]

Tiens, je pense à une chose. La précédente grève générale, en mai 2008, s'était soldée par une semaine de feux d'artifices entre sunnites et chiites... et par la formation du gouvernement d'union nationale qui vient de tomber!

Allez, dans ce cas, je ne résiste pas à l'envie de vous offrir à nouveau l'hymne national libanais...

podcast

samedi, 01 janvier 2011

La pluie a attendu minuit 2

C'était une première: une Saint-Sylvestre passée dehors, au centre-ville de Beyrouth. Avec comme objectif de rallier minuit en bas de la place des Martyrs où un compte-à-rebours était prévu à 23h59mn40s.

Premier constat (qui n'est pas une nouveauté en soi): le centre-ville, ses restaurants et ses boutiques ne sont pas pour les Libanais. On y parlait tous les arabes possibles, sauf celui de l'est de la Méditerranée. Ça ne devrait plus m'étonner, mais ça fait toujours un petit pincement au cœur de se dire que le cœur de la ville, justement, n'appartient pas à ceux qui y habitent... Vers 22h30, direction le bas de la place des Canons, des Martyrs ou des Bétonneuses, comme vous préférez, pour assister à des projections sur la façade de l'immeuble UFA. Sauf que pendant plus d'une heure, nous avons eu droit à trois greluches tout droit sorties d'une production Vivid des années 80. Clou de spectacle (en playback?): les trois publicités sur patte pour les chirurgiens du pays ont "chanté" d'un balcon.

ufa 2.jpg

Sur la place, des dizaines de centaines de gars en rut s'affolaient au moindre déhanchement. Pathétique mais sympathique. Et puis le public a radicalement changé en 2 minutes, les adolescents (à scooter) laissant place à des familles pour les fameuses projections. Comme toute bonne manifestation qui se respecte, cela a commencé par l'hymne national (kulluna tralala), puis par un clip sur l'histoire du pays, des Phéniciens à la victoire divine du Hezb en passant par la manifestation du 14 mars 2005. Comme ça, tout le monde était content, chacun a pu applaudir ses 10 secondes préférées. J'ai beaucoup aimé le cèdre repoussant après la guerre de 2006, en jaune et vert. Passons.

La ribambelle de créations prévues pour la projection a défilé sur la façade, et c'était franchement chouette (faut d'ailleurs voter on-line pour les meilleurs clips – hors catégorie cependant: les pubs, dont celle du père Noël pilotant un avion UFA ah ah ah). Bonne ambiance, chapeaux pointus et pouet-pouet de rigueur.

Et puis tout le monde commençait à regarder sa montre... Tout le monde attendait le compte-à-rebours quand... les feux d'artifices ont commencé du côté du Biel. Petit décalage, comme en plein ramadan quand le muezzin du coin attend 30 secondes que son voisin ait commencé pour y aller lui aussi. Et puis voilà, 20, 19, 18... 3, 2, 1... Happy new year 2011!

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Reste à voir.

Bon, d'accord, faut tout de même remercier la météo car il n'a commencé à pleuvoir (vraiment) que 2 minutes après le gong de 2011.

dimanche, 12 décembre 2010

Aïn el-Mraisseh, 17h09

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samedi, 04 décembre 2010

La crise autour du Tribunal spécial pour le Liban (pour les nuls)

Tic tac, tic tac, tic tac... Non, ce n'est pas le son menaçant d'une future décharge explosive quelque part, sur un boulevard quelconque, attendant le passage d'un convoi. Mais plutôt celui de la bombe à retardement que tout le monde attend: l'acte d'accusation dans le cadre du Tribunal spécial pour le Liban, chargé de faire la lumière sur la série d'attentats entamée en octobre 2004. Et surtout celui ayant visé Rafic Hariri, ex-Premier ministre, un matin de février. De février... 2005! Soit il y a presque 6 ans. Quand même.

 

Que s'est-il passé en 6 ans d'enquête?

Commençons par le jour de l'attentat de la Saint-Valentin et ceux qui suivirent. N'importe quel Pinot-simple-flic vous le dira: la principale chose à faire en cas d'attentat est de garder inviolée la scène du crime. Résultat: deux heures après, on se serait cru à Disneyland un jour férié! Les forces de l'ordre de l'époque ont clairement piétiné tout ce qui aurait pu servir l'enquête, les premières heures étant toujours cruciales pour la collecte d'indices. Des voitures ont été vite emportées à l'abri des curieux... Bref, l'enquête partait mal (sciemment?). La première équipe d'enquêteurs internationaux, menée par Peter Fitzgerald, n'est arrivée à Beyrouth que onze jours plus tard...

Ensuite, une trentaine d'attentats a laissé sur le carreau une dizaine de figures politiques ou médiatiques, et de nombreux citoyens ayant eu la malchance d'être là au mauvais moment, au mauvais endroit. Pour rappel, voici la dernière carte postée sur le blog, en janvier 2008, le jour de l'assassinat de Wissam Eid. Souvenez-vous...

attentats20080125.jpg

Presque 30 attentats, vous en conviendrez, ça secoue un pays.

Pendant ce temps-là, l'Onu a diligenté une pelleté d'enquêteurs, dont les patrons successifs n'ont pas été exempts de reproches. Cela a commencé avec l'Allemand Detlev Mehlis, dont les rapports préliminaires pointaient du doigt la Syrie que tout le monde accusait alors. Puis Mehlis a jeté l'éponge au profit du Belge Serge Brammertz qui n'a pas laissé un souvenir impérissable. Est alors entré en scène le Canadien Daniel Bellemare, actuellement en charge du dossier et qui a déclaré récemment: l'acte d'accusation sera publié quand il sera prêt, pas un jour avant, pas un jour après. Super intéressant.

Les Syriens poussés dehors au printemps 2005 sont finalement revenus au Liban par la fenêtre de derrière. Via leurs alliés locaux et parce que la politique du dos rond est une spécialité damascène depuis les années 70. Washington et Paris ont remis Damas dans le jeu, les impératifs de la diplomatie régionale répondant aux voix impénétrables de je-ne-sais-quel Seigneur.

Après le déluge de fuites sous l'ère Mehlis, l'équipe d'enquêteurs s'est mise un bâillon. Jusqu'aux fameuses révélations du journal allemand Der Spiegel, pointant du doigt le Hezbollah. Considérée comme une farce au début, cette hypothèse a pris forme depuis, jusqu'au récent documentaire de la chaîne canadienne CBC. Pour ceux qui l'auraient raté, c'est juste en dessous.

Dernière rumeur en date lancée par le journal russe Odnako – car tout ceci n'est que rumeur tant qu'aucune preuve irréfutable n'est apportée – et relayée par ce bon Réseau Voltaire, pointant du doigt un missile de fabrication allemande dont se seraient servi les méchants assassins. Aucune preuve encore, beaucoup de suppositions, d'affirmations péremptoires (quoi que pour une fois, Baudis n'a pas été accusé d'être le représentant du Groupe Carlyle en France, y'a du progrès).

 

Revenons un peu en arrière. En 2005, à qui profitait le crime, «à première vue»?

assadharirisuicide.jpgLe bon sens écartait a priori les pistes menant aux services français et américains. Difficile de se dire que les rédacteurs de la résolution 1559 se soient tirés une balle dans le pied en effaçant Hariri. Deux pistes s'imposaient donc, toutes deux extérieures: une menant à Damas, l'autre à Tel Aviv.

Depuis des mois, Hariri était en plein bras de fer avec Assad à cause de la prorogation du mandat présidentiel d'Emile Lahoud. Le vote de la 1559 a rajouté une couche au divorce entre l'homme fort du pays et le régime de tutelle de l'autre côté de l'Anti-Liban. Sur le moment, la culpabilité de la Syrie semblait (trop?) évidente. Si Damas était bel et bien le commanditaire, se pouvait-il que le pouvoir syrien ait si mal calculé son coup au point de perdre sa vache à lait financière? Et comment les Syriens – qui avaient des yeux partout – n'auraient-ils pas été au courant que quelque chose d'aussi énorme se tramait dans les rues de la capitale libanaise?
Ensuite, cela a été la saison des «suicides», avec celui de Ghazi Kanaan par exemple, ex-homme fort des SR syriens au Liban. Sans compter sur la disparition d'Imad Moughnieh en plein Damas: facile d'accuser le Mossad, facile aussi d'accuser les Syriens d'éliminer l'éventuel exécutant d'assassinat(s) politique(s) au Liban. En gros, personne ne sait ce qui se passe dans cette région du monde, pas même Wikileaks.

Evidemment, le voisin israélien a été pointé du doigt pour les crimes perpétrés au Liban en 2005 et 2006, même si cette accusation n'a pas eu beaucoup d'écho sur le moment. Israël ne s'est jamais gêné pour organiser des éliminations physiques. Alors pourquoi pas? Mais pourquoi vouloir déstabiliser à ce point un front nord plutôt calme depuis le retrait de 2000?

Et puis outre les profiteurs potentiels que l'on cherche forcément parmi les acteurs régionaux de la partie d'échecs qui se joue ici depuis 60 ans, il y a aussi un autre prisme à prendre en compte: la fortune de Rafic mort est bien moins gênante (et puissante) que celle de Rafic vivant. Avec une tire-lire personnelle évaluée à un peu plus de 16 milliards de dollars avant sa disparition, Hariri père était un vrai poids lourd. Disloquée en six parts (sa veuve et ses cinq enfants), cette fortune (utile en période électorale) pèse beaucoup moins dans le subtil jeu d'équilibre qu'est notre saine et belle vie politique. Du coup, l'héritier politique, Saad, a du mal à boucler les fins de mois. Si, si, c'est possible, même pour lui. Alors, qui aurait pu avoir intérêt à affaiblir financièrement (et donc politiquement) le clan Hariri? Hum?

 

Depuis 2005, que s'est-il passé sur la scène locale?

Juste après l'explosion du 14 février 2005, nous avons eu droit à la fausse revendication d'Ahmed Abou Adass (tiens, en parlant de faux témoins, faudrait commencer par celui-là... mais il aurait disparu en Syrie, flûte), l'avion australien... Un bel écran de fumée dont plus personne ne parle (et qui s'en souvient vraiment?). Quatre généraux libanais fidèles au tuteur syrien ont été arrêtés (puis relâchés sans être innocentés l'an dernier faute de preuves). Geagea est sorti de prison après 11 ans passés derrière les barreaux, Aoun est revenu au pays après 15 ans d'exil. Lahoud est resté en place, payé par le contribuable pour ne surtout pas signer le moindre papier que le gouvernement lui présenterait. Le pays a subi une guerre dévastatrice en 2006, un sit-in durant 18 mois, une paralysie politique insensée, le siège du camp de Nahr el-Bared au Nord, un mini putsch en mai 2008, le réarmement des milices, des élections inutiles dont les vainqueurs réels sont les perdants des urnes (vive les leçons de démocratie!)... Et puis un Taef bis à Doha (entérinant cette terrible politique du ni vaincu/ni vainqueur), un gouvernement d'union nationale bancal, la mise à jour de réseaux d'espionnage israéliens (surtout dans le secteur des télécoms), le retour en scène très théâtral de Jamil Sayyed... En fait, la liste est longue et il serait bien vain de vouloir être exhaustif.

 

Aujourd'hui, qui accuse qui?

Ce qui reste du 14 Mars s'accroche au TSL, disant que la justice internationale doit prévaloir. Ce camp politique (en ruine depuis le désistement de la girouette choufiote et le choc provoqué par le baise-main du fiston à Damas) espère encore que les pays occidentaux et l'Arabie saoudite ne le laisseront pas tomber. Officiellement, le 14 Mars attend l'acte d'accusation pour se prononcer, ne voulant accuser personne ouvertement.

De l'autre côté de l'échiquier, la donne est plus simple. Le Hezbollah menace quiconque souhaitant le mettre au banc des accusés de trancher des mains. Quand Nasrallah prend la parole, tout le monde écoute. Selon lui et ses preuves (tout ce qu'il y a de plus discutables), ce sont forcément les Israéliens, le TSL étant un instrument américano-sioniste pour parvenir à annihiler le parti de Dieu (ce que la guerre de 2006 n'a clairement pas fait). Surprenant, non? Les aounistes – qui accusaient avec véhémence Damas en 2005 – sont à fond derrière, tout comme différents chefs de clan comme Frangieh, Karamé... L'opposition toute entière s'appuie sur différents vices de forme: l'affaire des faux témoins a fait la une des journaux récemment, mais aussi la naissance même du TSL. A l'époque, le gouvernement était passé en force alors que le Parlement aurait dû ratifier le texte. Problème: le Parlement était fermé, son président ayant perdu les clés pendant de très longs mois. Le serpent se mord la queue [note pour plus tard: il faudrait changer le cèdre du drapeau libanais en serpent se mordant la queue].

En dehors du Liban, les choses sont assez claires également – et peu surprenantes: les Iraniens (et son proxy) accusent les Israéliens, les Américains (et leurs proxies) pointent du doigt les Syriens et les Iraniens... La diplomatie française, elle, tente de revenir dans le jeu, les pontes du 8 et du 14 Mars défilant à Paris ces dernières semaines. La France se veut impartiale... tout en avouant en coulisses avoir de fortes présomptions sur l'identité de l'exécutant et du (ou des) commanditaire(s). Mais entre cette vérité et le chaos promis, elle peine à choisir.

 

Quelles solutions?

Le 8 Mars souhaite que l'Etat libanais se désolidarise du TSL. Impossible, même si le Parlement décide d'arrêter de le financer (le texte prévoit que le Liban prenne en charge 49% du budget du TSL). Le personnel politique joue la montre, poussant un 'ouf' de soulagement à chaque annonce du report de la publication de l'acte d'accusation. Syriens et Saoudiens sont chargés de trouver une issue à la crise. Damas et Riyad s'activent pour trouver une solution éliminant les failles dans la procédure d'une enquête décrédibilisée. Mais le temps presse... Et le parapluie syro-saoudien pourrait n'être que temporaire (en fonction de la ligne politique que suivra le "nouveau régime" à Riyad car tout le monde là-bas est malade, les têtes risquant de changer bientôt). Côté 14 Mars, aucune solution en vue. Après de multiples concessions, Hariri fils n'a plus beaucoup de lest à lâcher.

 

Guerre civile or not?

Les plus pessimistes voient déjà le pays sombrer dans un conflit civil, chiites contre sunnites, avec les chrétiens bien divisés au milieu. Peu probable dans un premier temps car, même si les rumeurs de réarmement et de réorganisation des Forces libanaises se font entendre, aucune force n'est à même d'entrer en confrontation directe avec le Hezbollah. Et ce dernier fera tout pour l'éviter: selon certains analystes, il a peur pour son image, se voyant encore reprocher dans les talk-shows télévisés d'aujourd'hui d'avoir retourné ses armes vers l'intérieur en mai 2008. Et avant d'en arriver là, il a d'autres armes à sa disposition, politiques celles-là. Si d'aventure l'acte d'accusation pointait des doigts le Hezbollah ou certains de ses membres, ses ministres pourraient démissionner dans la seconde, paralysant le pays encore plus qu'il ne l'est déjà. Et cela aurait comme un air de déjà-vu. Le serpent qui se mord...
podcast

 

[SCOOP] Un nouvel espoir pour sortir de la crise!

Dernière option, inspirée par celle du patriarche Sfeir concernant les feux de forêt et la pluie qui se fait cruellement attendre: prier. Mais je laisse ça à d'autres. Si les prières de tout bord pouvaient sauver le Liban, cela fait bien longtemps que le pays aurait dû être tiré d'affaire. Vu l'histoire des 40 dernières années, j'ai comme des doutes sur la recette du chef cuisinier de Bkerké.

 

Et si vous n'avez toujours pas compris...

...voici un résumé réalisé par d'illustres inconnus, mais assez explicite de la situation libanaise. Si après ça vous ne comprenez toujours pas, y'a plus d'espoir...

Allons-nous vers une solution au conflit? Nous sommes maintenant, en droit, de l'espérer.

mercredi, 24 novembre 2010

Yes madam? Sorry madam.

Franchement, j'ai pas pu résister.

lundi, 22 novembre 2010

(in)Dépendance

Aujourd'hui, il y a ceux qui célèbrent la fête de la Dépendance, ceux qui piaffent d'impatience à l'idée de trancher des mains, ceux qui se retroussent les manches, ceux qui ont sursauté en se faisant réveiller à 9h du matin par des avions (ne portant pas de cocarde blanche et bleue), ceux qui décident qu'il faut sniffer la poudre d'escampette avant la bérézina, ceux qui n'allument jamais la télé pour ne surtout pas savoir ce qu'il se trame dans le pays, ceux qui veulent encore y croire, ceux qui ne pourraient pas se passer de leur rakwé de café sans sucre tous les matins, ceux qui scrutent le zénith convoitant ces nuages qui leur rapporteraient la pluie, ceux qui sont persuadés que le lumbago de la belle-sœur de ma voisine est lui aussi le résultat du complot américano-sioniste, ceux qui ont peur du silence, ceux qui attendent que des places se libèrent, ceux qui cherchent la silhouette de la montagne au-dessus de Beyrouth pour se repérer, ceux qui "merchandisent" leur dieu, ceux qui écoutent la musique de leur cœur, celles et ceux qui savourent leur liberté, ceux qui sont bien contents de ne pas savoir de quoi demain sera fait, ceux qui s'inquiètent de voir jusqu'où certains politiciens iront dans l'art du défrocage, ceux qui n'en font qu'à leur tête en se disant qu'ils ont bien raison, ceux qui sont franchement embêtés à l'idée de récupérer Ghajar, ceux qui reconnaissent par avance le goût de la petite goutte d'alcool qui les feront basculer dans l'ivresse, ceux qui ne révèleront jamais leur(s) addiction(s), ceux qui se souviennent de ce que disait Vera Lynn, ceux qui adorent rouler dans Beyrouth quand les avenues sont désertes, ceux qui aimeraient bien enfiler leur maillot de bain, ceux qui hument les effluves venant du four voisin, ceux qui font le planning des coupures de courant sur leur agenda en se disant que «cool, le 9 décembre, ça tombera entre 15 et 18h!»...


Et ceux qui planent par-delà les nuages.

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dimanche, 17 octobre 2010

17/10

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Dimanche 17 octobre 2004

«  – Alors, comment ça se passe en ce moment à Beyrouth? C'est plutôt calme, non?
– Oui, ça va. Tu sais, tant que les Syriens seront là, personne ne bougera le petit doigt...
– Probable. D'un autre côté, au début du mois, y'a Hamadé qui a failli y rester quand sa voiture a pété à côté du Riviera.
– C'est vrai. Bizarre cette histoire.»

Lundi 17 octobre 2005
« – Eh beh! Ça a été rock n'roll cette année!
– M'en parle pas!
– Dis donc, ça dézingue grave! Et toujours dans le même camp en plus...
– C'est pas faux.
– Et avec Israël, comment ça se passe?
– C'est le calme plat. Franchement, y'a pas de quoi s'inquiéter. Y'aura rien cette année.»

Mardi 17 octobre 2006
« – Tu disais?
– Oui, bon, c'est vrai... Personne ne l'a vue arriver la guerre de juillet. Même si tout le monde dit le contraire maintenant.
– Certains vont commencer à regretter d'avoir foutu les Syriens dehors...»

Mercredi 17 octobre 2007
« ­– Alors, il va y avoir la guerre?
– Bein tu sais, on vient juste de sortir de Nahr el-Bared... Peut-être pas tout de suite quand même...»

Vendredi 17 octobre 2008
« – Alors, il va y avoir la guerre, oui ou non?
– Oh, les choses viennent juste de se calmer après le mini-putsh de mai. On a un président tout beau tout neuf, un joli gouvernement désuni d'union nationale... Peut-être pas tout de suite, j'espère...»
– Dis, je pense venir deux semaines à Beyrouth l'année prochaine. En juin probablement. Qu'est-ce que t'en penses?
– A ta place, j'éviterais juin. Y'aura les élections législatives et vu le climat actuel, j'ai bien peur que ça dérape grave!»

Samedi 17 octobre 2009
« – Bon, alors, c'est pour quand? Y'a rien eu cet été! J'aurais pu venir en juin finalement.
– Je sais, mais je ne suis pas madame Soleil! Ça nous pend au nez, mais bon... l'hiver arrive, et traditionnellement, c'est plutôt aux beaux jours que ça barde. Et puis tout le monde se dit que plus on en parle, moins on la fait la guerre.»

Dimanche 17 octobre 2010
« – Ah! Me dis pas que là, ce n'est pas pour bientôt! Tout le monde est très inquiet...
– Je sais...
– Entre les rumeurs d'arrivage d'armes pour les Ouwets, la réaction du Hezb quand le Tribunal publiera son acte d'accusation, Darius qui vient inspecter les frontières de l'empire, l'armée qui ne bougera pas sous peine de se disloquer, les druzes qui se prépareraient dans la montagne, les salafistes dans les camps palestiniens, me dis pas que tu n'y penses pas!
– Oui... Mais il fait beau aujourd'hui. Le ciel est magnifique.
– Ah d'accord. Tu fais comme tout le monde alors.»

Lundi 17 octobre 2011
« – Alors, bilan de cette année? Ta vie est partie en vrille?
– ...
– T'as rien à me dire? 
– Plus rien.»

mercredi, 29 septembre 2010

4e soir sans eau

water beirut.gifSamedi après-midi
– «Tu sais quoi Bruno [c'est un copain allemand, mais rien à voir avec le film], au Liban, je préfère encore les coupures d'électricité aux coupures d'eau. C'est franchement insupportable quand ça te tombe dessus.»

Dimanche soir
Pas d'eau en rentrant le soir. Merde alors! Pas de doute, après 5 douces années où je suis passé entre les gouttes, j'avais oublié le goût des coupures d'eau à la fin de l'été. Bon, comme je n'ai pas bougé le petit doigt de la journée, je fais l'impasse sur la sacro-sainte douche du soir. Ça reviendra demain, c'est sûr.

Lundi soir en rentrant
Saperlipopette, toujours pas d'eau. Bon, j'espère que le plombier saura quoi faire demain. Douche (devenue d'intérêt public) chez les copains. C'est rageant, car ce soir-là, j'entends le petit sifflement des pompes dans les immeubles du quartier. Le prochain remplissage aura lieu dans 48h. Soit mercredi soir.

Mardi soir
Le plombier n'a rien pu faire, tout semble fonctionner normalement dans l'installation tuyauterie/pompe à eau/tralala. Au programme, pour le lendemain donc: faire venir le gars de la compagnie des eaux pour savoir pourquoi la cuve ne se remplit pas. La vaisselle commence à s'empiler dangereusement dans l'évier de la cuisine. Re-douche chez les copains. Ils sont vraiment sympas.

Mercredi matin
Toujours pas d'eau au robinet. Mais comme j'ai vraiment très envie de me faire un café, je vide à la petite cuillère le marc qui commençait à sécher dans le fond de la rakwé pour me faire bouillir un peu d'eau (minérale forcément). La loose. Je croise les doigts toute la journée en espérant que le gars de la compagnie des eaux aura réglé le problème dans la journée. Comme ces trois derniers jours, je me lave les dents à l'eau de la fontaine d'eau minérale suprafraîche. La classe.

Mercredi soir (pas plus tard qu'il y a trois heures)
Je rentre dans le noir, direction le robinet de la cuisine. Je ferme les yeux (même si j'y vois que dalle), je croise les doigts (encore), je prie la sainte Vierge (non, je déconne) et tourne la poignée du robinet. Rien. Pas une goutte. Je file à la salle de bain. La douche déglutit, me fait un petit rototo et m'offre un petit filet d'eau. Super loose.

Le gars des Eaux de Beyrouth est bien venu, mais il n'a rien pu faire, si ce n'est expliquer aux voisins que là, c'est la pénurie, qu'il est assailli de coups de fil toute la journée et qu'il n'a rien d'autre à conseiller que de se rabattre sur les gars qui sillonnent la capitale au volant de leur petit camion citerne pour se faire livrer de l'eau (je n'ai même pas envie de connaître les tarifs en 2010, je suis resté sur ceux de 2005 et ça faisait déjà mal), qu'il faut attendre qu'il pleuve... Et puis surtout, qu'il y a une vieille du quartier qui n'a rien trouvé de mieux que d'appeler son plombier pour dévier vers son appartement le tuyau principal de la rue. C'est vrai quoi, la pauvre dame n'avait pas de quoi se faire le café, faut la comprendre. Du coup, ce sont tous les immeubles du coin qui sont à sec ou presque.

Ce soir, le remplissage terminé, j'ai donc un petit quart d'eau dans la cuve, pas suffisamment néanmoins pour qu'il y ait le minimum de pression requis pour que l'eau fasse normalement le trajet cuve du bas/cuve du toit/chauffe-eau/robinets de l'appartement. La douche que j'attends depuis des heures se fera au dé à coudre pour ne pas gaspiller mon précieux trésor. Avec ce qui restera, je me ferai un pastis. Sauf que je n'en ai plus. Chienne de vie.

J'aurais vraiment dû la boucler samedi dernier quand je discutais avec Bruno.

lundi, 30 août 2010

All the militia men, go home!

 
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