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samedi, 09 janvier 2010

Atomic Beirut

atomic beirut small.jpgEt si...

vendredi, 08 janvier 2010

Beyrouth by day

beyrouth by day.jpg«En 1960, cinq ans après la fondation du collège [Haïgazian], un professeur de sciences, Manoug Manoukian et onze de ses élèves, fondent la H.C. Rocket Society. Objectif? Lancer des fusées dans l’espace. Les recherches, en partie financées par Emile Boustany, aboutissent au lancement, en avril 1961, de Cedar I qui s’élèvera à 1000 mètres. Les débuts libanais de la conquête de l’espace atteindront leur consécration en novembre 1962 où Cedar III, une fusée à trois étages, s’élèvera à 180km et franchira 425km à la vitesse de 9000km/h.»

Les Libanais à la conquête de l’espace dans les années 60? En lisant ces lignes dans Beyrouth by day, je me suis dit que je ne connaissais pas si bien l’histoire de ce pays. Loin de là même. Tout fier de ma trouvaille, j’ai lu ça à ma fille de 9 ans. «C’est pas croyable!, s’est-elle exclamée. Faut que je raconte ça à ma sœur!» Je crois que la nouvelle fera le même effet sur tous les enfants et sur les adultes qui ont gardé une part d’enfance en eux.

Ce genre de petites chroniques beyrouthines, il y en a une ribambelle dans le livre de Tania Hadjithomas Mehanna (paru en décembre aux éditions Tamyras). On y découvre Spiridon (sic!) et ses poules, Wardé et son fameux restaurant Walimat ou encore Oussama et ses remèdes de roses séchées. Avec ses défauts et ses qualités, Beyrouth by day n’est pas un livre d’Histoire, mais un livre d’histoires. Des histoires d’hommes, de femmes et de lieux qui font Beyrouth.

L’épais ouvrage conjugue la capitale libanaise au présent, et c’est bien là ce qui fait son charme. Les textes, renforcés par les images de Ghadi Smat avec qui Tania a sillonné les 52 quartiers de la capitale, feront peut-être mal aux amoureux du Beyrouth fantasmé d’avant-guerre. Et il fera certainement mal aux lecteurs des années 2040 quand ceux-ci, témoins de la dégradation du patrimoine du pays, se plongeront dedans en se disant «Tiens, c’était comment Beyrouth au début du siècle?»

Finalement, je crois savoir pourquoi ce livre m’a touché: Beyrouth by day est le livre que j’avais envie de lire sur Beyrouth.

lundi, 28 décembre 2009

Conversation virtuelle sur la laïcité

laicite liban.jpg

 

Parler de la laïcité au Liban, c’est un peu comme demander à un chat de ne pas jouer avec les boules qui pendouillent d’un sapin de Noël. Impossible de savoir si cela sert à quelque chose, mais il faut bien essayer quand même…

Alors, pour apporter une petite contribution au débat, nous vous proposons une conversation tout ce qu’il y a de plus virtuelle entre cinq personnes interviewées séparément dans le cadre de deux articles sur le sujet. Une sorte de puzzle de citations…

Mais d’abord, faisons les présentations avec nos cinq intervenants.

Nasri Sayegh (NS)
Journaliste au quotidien As-Safir, fervent partisan de la laïcité et animateur de la Maison laïque.

Hoda Nehmeh (HN)
Doyenne de la faculté de philosophie de l’Université Saint-Esprit qui a accueilli un colloque international sur la laïcité au début du mois.

Alexandre Paulikevitch (AP)
Danseur et chorégraphe, à l’origine du projet de «Laïque Pride» qui doit avoir lieu le 25 avril 2010, projet lancé un peu par hasard sur Facebook.

Bernard Feltz (BF)
Professeur de philosophie des sciences à l’Université catholique de Louvain (Belgique), de passage au Liban pour plusieurs colloques il y a trois semaines.

Tamer Salim (TS)
Président de l’association Pour un Liban laïque qui a financé l’ouverture de la Maison laïque (gérée par Nasri Sayegh) à Beyrouth.

 

Allons-y…

La société civile libanaise semble se réveiller un peu concernant la laïcité…

NS: Je vous arrête tout de suite! Avant de parler de l’avenir, il ne faut pas oublier que la laïcité a existé au Liban. On ne part pas de zéro. C’est vrai, notre pays obéit à un régime politique confessionnel et sa logique est de protéger les minorités. Mais le résultat est contradictoire car ce système ne protège en fin de compte personne : depuis 1943, ce régime a connu plusieurs guerres dont les minorités ont été victimes en premier lieu. D’ailleurs, avant 1975, les Libanais étaient en grande majorité laïques, les partis politiques et les universités étaient laïques! Et aujourd’hui, les partis laïques, par leur passivité, sont les premiers responsables de la situation dans laquelle se trouve le Liban.

D’accord, mais aujourd’hui justement, où en est-on ?

BF: Certains acteurs de la société civile libanaise demandent avec vigueur un Etat laïque mais ils sont marginaux en termes de nombre. Leur militance active est souvent perçue comme radicale. Aujourd’hui, cette demande ne trouve pas de réponse de la part de la classe dirigeante, la société civile manque d’interlocuteurs. C’est la même chose, chez les chrétiens comme chez les musulmans.
NS: Moi, je crois qu’il y a beaucoup de laïcs, mais pas de mouvement laïque.
TS: A mon avis, une part importante de la jeunesse est réceptive aux mots d’ordre laïques.
HN: Chez les chrétiens, je constate une vraie réflexion sur le sujet, pour une laïcité positive et ouverte. Mais c’est une minorité qui croit à ça. A l’inverse, chez les musulmans, il n’en est pas question, surtout dans le sens européen du terme. Les sunnites radicaux, par exemple, ne comprendraient même pas de quoi il s’agit.

Vous dites «dans le sens européen du terme». C’est un point important en effet, il faut se mettre d’accord sur la définition du mot. Pour vous, qu’est-ce que la laïcité?

HN: Il n’y a pas de modèle unique. Le modèle libanais sera de toute façon différent du modèle belge ou français.
BF: Il y a de nombreuses formes de laïcité, le modèle français étant le plus intégriste en la matière. En tout état de cause, elle doit s’appuyer sur la distinction entre les Eglises et l’Etat, via la reconnaissance de la liberté de pensée et de culte. Dans un pays comme le Liban, il ne faut pas parler de modèle, mais de ligne directrice.
TS: A mon sens, c’est un modèle – si l’on peut parler de modèle – qui devra forcément tenir compte de la spécificité libanaise. L’Etat des citoyens est toujours à créer au Liban. Et dans le modèle que nous préconisons, l’Etat doit être le garant de la liberté de pensée, d’expression et de croyance ou de non croyance. Actuellement, l’Etat libanais est le résultat de l’entente entre les communautés. Si celles-ci viennent à se disputer, l’Etat s’en trouve paralysé. Ce mal libanais a un nom: le confessionnalisme politique. Résultat: les Libanais souffrent d’une schizophrénie dans leur appartenance car ils doivent d’abord appartenir à leur communauté et ensuite à l’Etat. Nous préconisons un Liban où les Libanais sont citoyens d’un Etat qui garantit aux différentes communautés la liberté d’exister dans la sphère privée.
AP: En fait, les Libanais ne savent pas de quoi retourne la laïcité: certains ne veulent pas en entendre parler car ils croient que l’on est contre l’idée de Dieu. On peut être croyant et laïque, mais ça, la population ne le sait pas.
TS: L’un de nos défis, c’est de convaincre l’opinion publique que l’on peut être non croyant sans mener de guerre contre les religions. Il faut dire et redire qu’être laïque ne veut pas forcément dire manger du curé, du cheikh ou du rabbin trois fois par jour, ce qui serait d’ailleurs indigeste, alors qu’en l’état actuel des choses, ce sont les laïcs qui sont exclus de toute représentation à quelque niveau du pouvoir que ce soit.
NS: Pour définir la laïcité à la libanaise, il faut régler la question des quotas : peut-on intégrer les laïcs dans les quotas qui régissent la fonction publique?

Mais concrètement, pour vous, c’est quoi la laïcité ?

Tous: L’égalité entre les citoyens!
TS: L’égalité bien sûr. Actuellement, chaque communauté gère les statuts personnels de ses ouailles à sa façon.
NS: C’est bien simple. Le système actuel me force à me définir comme grec-catholique. Etre un simple citoyen m’est défendu. C’est pour ça que je ne vote pas.
AP: Nous laïcs, nous voulons être regardés en tant que citoyens. Aujourd’hui, le premier prisme est celui de la religion. Par exemple, au Liban, nous devons payer toutes les démarches touchant aux statuts personnels aux clergés. Si nous avions des droits communs, ça simplifierait la question de la citoyenneté et de l’identité nationale.

Justement, les clergés ne semblent pas vouloir lâcher leurs prérogatives… et leurs rentrées financières.

HN: C’est bien simple. Aucun clergé ne veut s’en défaire! Sur ce sujet, les religieux chrétiens sont davantage «contre» que les musulmans. Je pense aux chiites par exemple, que cela ne dérangeraient pas plus que ça car le temps joue pour eux: à terme, ils seront les plus nombreux.
BF: Au Liban, il existe des progressistes chrétiens et musulmans qui souhaitent un Etat laïque, donc neutre. Un Etat susceptible d’être un lieu de rencontre. Ceux-là espèrent une uniformisation du droit. Je pense en particulier à l’héritage pour les filles uniques dans la communauté musulmane car c’est un cas que j’ai rencontré. Ces femmes doivent laisser leur héritage à un cousin, du moment que celui-ci est un mâle. Le fond de l’Orient est très religieux: dans le monde arabe, il y a une référence permanente à la religion et il ne faut pas oublier de la prendre en compte.
TS: Les clergés sont un obstacle dans la mesure où ils interfèrent dans la vie politique. Par exemple, les politiciens leur doivent souvent leurs postes…
NS: La laïcité est une question politique, et non religieuse. Les clergés sont des suiveurs, ils pourront toujours être soutenus financièrement par des pays étrangers.

Comment se situe la classe politique libanaise d’aujourd’hui ?

TS: Nous entendons souvent des leaders politiques parler de supprimer le confessionnalisme politique, et quand il faut passer à l’acte, toutes sortes d’arguments sont avancés pour justifier l’immobilisme dans ce domaine: «La population n’est pas prête», «Le moment n’est pas opportun» ou encore, summum de la démagogie, «Il faudrait d’abord supprimer le confessionnalisme dans les cœurs avant de le supprimer dans les textes», etc… Cependant, je pense que ces leaders ont la capacité d’influencer leurs communautés et de les rallier aux slogans de la laïcité s’ils sont sincères. Ils devraient être interpellés dans ce sens par… les laïcs.
HN: Il faut que le système politique change pour cela. Mais aujourd’hui, les Libanais sont comme des troupeaux qui suivent leurs bergers respectifs.
NS: Malheureusement, je pense que ce régime ne peut pas changer de lui-même. C’est la responsabilité des laïcs de renverser la situation.
AP: Au Liban, c’est toujours la société civile qui va à l’encontre de ce que se passe. Aujourd’hui, les leaders politiques libanais sont très contents de l’abrutissement de la masse. Et ce phénomène est de plus en plus fort, surtout parce que chacun d’entre eux possède sa chaîne de télé.
NS: Moi, je suis persuadé que les choses peuvent bouger, car les données historiques peuvent être changées. C’est aux leaders que revient la responsabilité de changer les choses. Un seul homme peut faire la différence. Les exemples sont très nombreux dans l’histoire du pays: les Libanais suivent leurs chefs, quoi que ceux-ci disent ou fassent.

Quid du mariage civil réclamé par de nombreuses associations?

HN: On doit reconnaître le mariage civil, même sans Etat laïc.
AP: A mon avis, c’est encore trop tôt pour le mariage civil au Liban. Malheureusement.
NS: Encore une fois, tout peut dépendre de la volonté politique et des intérêts d’un seul homme. Regardez Elias Hraoui quand il était président. En 1997, il voulait faire passer le mariage civil pour des raisons personnelles, afin de pouvoir divorcer facilement. Vingt-trois ministres étaient pour. L’Arabie saoudite ne voulait pas en entendre parler: Hariri a remisé cette loi dans un tiroir!

Les pays étrangers ont-ils une telle influence sur ce choix de société?

NS: Evidemment. On sait déjà quels pays sont contre. D’un autre côté, l’allié naturel des laïcs libanais devrait être l’Occident. Mais que fait ce dernier? Il ne soutient que les régimes ultra réactionnaires de la région, ou bien les régimes «laïcs» dictatoriaux. Je vous le dis: je me sens orphelin.

Vous disiez plus tôt que les laïcs sont «les premiers responsables de la situation» dans laquelle ils sont. Que peuvent-ils faire aujourd’hui ?

NS: Il faut arrêter de prêcher, et se mettre vraiment au travail…
HN: Le Liban est un pays pluriel. Il faudrait donc commencer par un projet pédagogique unifié dans le système éducatif libanais, pour tous les petits Libanais sans exception. Il nous faut un vrai changement de mentalité et apprendre aux enfants les valeurs citoyennes et l’histoire de notre civilisation. Dans le meilleur des cas, cela prendra 30 ans pour espérer un résultat.
AP: Je dirais 40 ou 50 ans, pas avant. Même si j’espère plus tôt.
TS: Commençons déjà par nous rencontrer autour d’actions communes (pétitions, rassemblements pacifiques, manifestations, interpellations de la représentation politique….). Dans ce but, nous avons ouvert la Maison laïque, offrant ainsi un lieu où les laïcs Libanais pourraient se retrouver pour mener et enrichir le débat autour de la laïcité. Cette Maison laïque a été créée, et financée pendant trois ans,  exclusivement par l’association Pour un Liban laïc, au travers de seules activités que nous menons (conférences-débats, repas citoyens, concerts…).
NS: J’ai dû me résoudre à fermer la Maison laïque car je n’avais pas les 2000$ mensuels nécessaires pour la faire tourner. Aujourd’hui, j’ai simplement un petit bureau qui demande 1000$ par mois. Dans l’idéal, il faut donc commencer par créer des institutions laïques, comme une chaîne de télé, des radios, des écoles… Et il faut un leader, un chef aimé et charismatique. Mais pour se faire entendre, il faut de l’argent.

L’avenir de la laïcité se résume-t-il à une question d’argent?

NS: C’est l’argent qui fait tout au Liban.

mardi, 15 décembre 2009

Requiem pour la CD-Thèque

cd-theque tony sfeir beyrouth.jpgC’était une après-midi ensoleillée de 2000. Pas loin de chez nous, un nouveau disquaire venait d’ouvrir ses portes à Beyrouth. J’y suis allé et y ai rencontré Tony Sfeir, un grand gars aux cheveux gris, l’air affable avec ses gros sourcils noirs. J’ai fouillé dans les bacs et me suis vite rendu compte que le tenancier avait une toute autre sélection que Top Ten ou La maison du disque, les concurrents d’alors. Je suis ressorti de là avec un petit sac cartonné bleu foncé et, à l’intérieur, The fragile de Nine Inch Nails, un groupe figurant sur la liste noire de la censure locale. Un peu étonné et surtout très content de ma double trouvaille. Trouvaille qui n’en était pas vraiment une puisque Tony n’était pas un nouveau venu dans le métier. Il était déjà bien connu du côté d’Ajaltoun, mais je ne l’ai appris que bien plus tard.

Six années durant, je suis passé chez Tony chaque semaine. Il a vu grandir mes gamines qui m’y accompagnaient très souvent. Moi, j’ai vu grandir son affaire. Tony a déménagé en traversant le boulevard pour s’installer dans une boutique plus spacieuse, sur trois niveaux. Saison après saison, j’ai vu défiler de nouveaux vendeurs, tous passionnés, que ce soit de jazz, de musique classique, d’électro ou de rock. Chacun d’entre eux s’est nourri de ce vivier pour partir vers d’autres horizons. Je pense à Jade Souaid, gourou du Basement, Ziad Nawfal, producteur touche-à-tout et animateur sur Radio Liban, Abdallah Machnouk, plus ou moins le même profil touche-à-tout et lui aussi animateur sur 96.2, Bachir Sfeir, chroniqueur culturel à Al-Akhbar… Il y en a eu tant.

A la CD-Thèque, on trouve des CD bien sûr, mais aussi des DVD que les grossistes du business comme le Virgin n’ont que trop rarement dans leur catalogue. On y déniche des comic novels ou des BD un peu décalées comme Persépolis à l’époque où personne encore n’en avait entendu parler, des livres en tout genre, des magazines anglo-saxons spécialisés… Tous ceux qui sont passés par là vous le diront: il n’y a pas deux endroits comme ça à Beyrouth. Même si Tony a ouvert d’autres branches, à Hamra ou à Dbayeh, avant de penser à les fermer. Depuis plusieurs années, il était rare de croiser le propriétaire des lieux dans les boutiques, Tony ayant monté une maison de production, Incognito, sorte de tremplin pour les musiciens orientaux ou les jeunes illustrateurs levantins.

Et puis voilà que la rumeur arrive, il y a plusieurs semaines de cela: Tony va bientôt mettre la clé sous la porte. Chacun a ses certitudes sur les raisons profondes de cette mort annoncée. Les finances ne suivent plus, entre gestion délicate et baisse de la fréquentation. Les acheteurs d’autrefois se font plus rares, préférant télécharger leurs mp3 sur un obscur serveur russe ou aller chez le pirate du coin pour acheter un DVD men Souria à 1000 livres plutôt que d’en débourser 30000 pour un original.

Hier soir, un message sur Facebook a mis un terme aux rumeurs que tout le monde savait malheureusement fondées: «After 13 years of active existence on the local scene, and a slow agony – worldwide economical crisis, death of the CD, instability of the local political situation, you’ve heard it all before – La CD-Thèque is getting ready to “close up shop” on the 31th of January 2010. We bid you farewell and hope to see you again, somehow, somewhere.»

Soyons honnêtes deux minutes. Je fais partie de ces déserteurs, même s’il est peut-être naïf de croire qu’un business s’écroule à cause des seuls déserteurs. Mais c’est aussi une réalité: ces trois dernières années, je ne suis passé chez Tony que trop rarement, juste pour voir si tel ou tel groupe libanais avait sorti un album. Pas suffisant pour faire tourner une affaire en cette fin de décennie. Alors oui, Tony, d’une certaine manière, je me sens un peu responsable de ce qui se passe, je m’en veux. Et aujourd’hui, je ne dois pas être le seul.

vendredi, 11 décembre 2009

Ozero

inspecteur telephone.jpgIl était une fois un service public géré comme… euh… comme… ben comme la plupart des services publics, dans ce magnifique pays qui s’attend à redevenir le cœur économique du monde arabe en deux temps, trois mouvements.
Et oui! Maintenant que Dubaï se casse officiellement la binette, à Beyrouth on se frotte les mains en étant persuadés que par un évident effet de vases communicants, tous ces investisseurs en panne d’opportunités vont se précipiter vers l’ancienne Suisse du Moyen-Orient. Du coup, pourquoi se fouler alors qu'on ne se foulait pas avant ?
Exemple au sein de cette respectable entité qu’est Ogero, la compagnie publique gérant le réseau téléphonique fixe (en autres choses, mais ceci est une autre histoire).
Les noms des personnes ont été modifiés (forcément, haha).

Jour 1
Notre investisseur présente au guichet d’Ogero une demande pour trois lignes téléphoniques, indispensables au bon fonctionnement du bureau qu’il ouvre actuellement à Beyrouth. Il donne copie de tous les documents nécessaires, ainsi que le numéro de portable de Madame X, chargée au sein de la société de suivre le dossier. Quelqu’un de chez Ogero doit la contacter sous une semaine afin qu’elle vienne finaliser la démarche et payer l’ouverture des lignes.
Jusque là tout va bien.

Jour 4
Madame X reçoit un coup de téléphone:
– Le fonctionnaire (voix traînante) : Aallôôôô…
– Madame X : Allo ?
– Le fonctionnaire : Ya madâme, c’est vous qui avez déposé une demande pour le téléphone ?
– Madame X : Oui, pour la société Onsedoutepasdeskinousattend. J’attendais votre appel.
– Le fonctionnaire : Ça va, ça va. Vous êtes qui ?
– Madame X : Pardon ?
– Le fonctionnaire : La société, vous êtes qui, yaané ? Vous allez faire quoi ?
– Madame X : Une société de publication de média.
– Le fonctionnaire : Ha okéé. Vous faites de la publicité yaané.
– Madame X : Non, nous publions des magazines, nous sommes journalistes.
– Le fonctionnaire (soudain, méfiant) : Quoi comme magazines ?
– Madame X : Plusieurs types de magazines, mais surtout économiques et business.
– Le fonctionnaire (soulagé) : Haaaa ! Economiques ! Pas de politique, yaané?
– Madame X : Non, pas de politique. Pourquoi ? Quel rapport avec nos lignes de téléphone ?
– Le fonctionnaire : Bassita, bassita. Mais c’est à qui, la société ?
– Madame X : Monsieur Samer Y et mons…
– Le fonctionnaire (l’interrompant) : Y, c’est le nom de son père ?
– Madame X : Euh, non. C’est son nom de famille.
– Le fonctionnaire : Le nom de son père?
– Madame X (un peu embêtée, car elle se doute que ça va pas être simple) : Samer.
– Le fonctionnaire : Donc son nom c’est Samer Samer Y ?
– Madame X : Oui, Samer Samer Y.
– Le fonctionnaire : Qui d’autre ?
– Madame X : Assaad Y.
– Le fonctionnaire : Y aussi ?
– Madame X : Oui, c’est son frère.
– Le fonctionnaire : Le nom du père ?
– Madame X (estomaquée) : ben, Samer !
– Le fonctionnaire : Donc Assaad Samer Y ?
– Madame X (de plus en plus scotchée) : Oui, puisque c’est le frère de Samer Samer Y ! Mais je ne comprends pas : tout cela est dans les papiers que nous avons déposés en faisant la demande.
– Le fonctionnaire (hautain) : Moi, je fais une enquête.
– Madame X (inquiète) : Mais vous n’êtes pas d’Ogero ?
– Le fonctionnaire (toujours hautain) : Si, mais moi je fais l’enquête. On vous rappellera. Vous êtes la directrice ?
– Madame X : Oui. Mais vous pensez me rappeler quand ? Car nous attendons les lignes pour pouvoir commencer à travailler, forcément.
– Le fonctionnaire (de plus en plus hautain) : On verra. Pas avant une semaine…

[…]

Jour 17
Soit presque 15 jours après le coup de fil. Inquiète du retard de plus en plus conséquent, Madame X appelle le central d’Ogero qui la renvoie vers le bureau chargé de sa région.
Personne ne répond.

Jour 18
Personne ne répond.

Jour 19
Personne ne répond.

Jour 20
Personne ne répond.

Jour 21
Une standardiste décroche enfin.
- Madame X : Bonjour. Nous avons demandé des lignes de téléphone depuis 3 semaines et je voudrais savoir où en est le dossier car je n’ai aucune nouvelle.
– La standardiste (guillerette) : Au nom de qui, habibté ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– La standardiste : Yalla, une seconde. (s’adressant à un autre employé) Elie ? Elie ? Lilouuuuuuu ? Ya Lilouuuuuuuuuuu ? Où tu es, ya Lilouuuuu ?
Lilou grommelle quelque chose.
– La standardiste (hilare) : Ya Lilouuuu. (s’adressant à Madame X). Yalla, habibté. Il est de mauvaise humeur. Il va falloir être patiente.
Elle transfère Madame X, un peu prise de court, à Lilou.
– Lilou (teigneux) : Aallôôô…
– Madame X : Bonjour. Nous avons demandé des lignes de téléphone depuis 3 semaines et je v…
– Lilou (l’interrompant) : Au nom de qui ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Lilou : La société Onsedoutepashgeuwygfruwebdj ?
– Madame X : Non, la société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Lilou (ronchon) : Une seconde. J’ai 100 personnes qui font la queue ici, je vais pas tout arrêter pour vous. Je vous rappelle dans une demi-heure.

Deux heures plus tard, Madame X rappelle et demande directement Lilou.
– Madame X : Bonjour, je vous ai contacté tout à l’heure à propos de…
– Lilou (l’interrompant) : Au nom de qui ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Lilou (devenant vraiment hargneux) : J’ai dit que je vous rappellerai. J’ai pas que ça à faire !
– Madame X (conciliante) : Je comprends, mais…
– Lilou (l’interrompant) : Je vous rappellerai. (Il raccroche).

Une heure plus tard, Lilou rappelle.
– Lilou (petit rire) : Ya madame, j’ai trouvé votre dossier.
– Madame X (soulagée) : Ha. Alors ?
– Lilou : Vous n’avez pas donné les bons papiers.
– Madame X : Pardon ???? Mais c’est impossible ! Nous avons tout déposé il y a trois semaines et tout était bon. J’ai même reçu un appel de vos services.
– Lilou (implacable) : C’est pas vrai. On n’a pas les bons papiers. On ne sait pas si votre société existe vraiment.
– Madame X (estomaquée) : Si notre société existe vraiment ? Mais enfin…
– Lilou (l’interrompant) : Moi, je peux rien faire. Si vous voulez, appelez le 01/XXXXXX et expliquez votre cas. (Il raccroche)

Madame X tente d’appeler en vain le 01/XXXXXX toute la journée. En fin d’après-midi, une femme finit par répondre. C’est un faux numéro.

Jour 22 (vendredi)
Madame X prend son courage à deux mains et se rend au bureau chargé de sa région. Lilou est en congé, on l’oriente vers un autre employé.
– L’employé : C’est au nom de qui ?
– Madame X : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
L’employé cherche dans ses dossiers, rédigés à la main et couverts de ronds de café. Il finit par trouver.
– L’employé : Ha voilà. Nous n’avons pas la preuve que votre société existe vraiment.
– Madame X : Mais enfin, vous avez le document du registre du commerce et…
– L’employé (l’interrompant) : Oui, mais les inspecteurs ne vous ont pas vue.
– Madame X (ne comprenant pas) : Les inspecteurs ? Mais on m’a téléphoné pour enquêter sur tout ça. J’ai donné toutes les informations.
– L’employé : Ça, je sais pas. Mais les inspecteurs sont venus et ont trouvé que votre société n’existe pas.
– Madame X (qui commence à voir rouge) : Venus ? Venus où ?
– L’employé (indifférent) : A l’adresse que vous avez donnée. Il n’y avait personne.
– Madame X (exaspérée) : Mais forcément qu’il n’y avait personne, puisque nous attendons les lignes de téléphone pour pouvoir commencer à travailler !
– L’employé : C’est pas le problème. Les inspecteurs viennent undercover, justement pour vérifier que vous travaillez vraiment. Et là, ils sont venus et ils n’ont vu personne.
– Madame X (incrédule) : Undercover ?
– L’employé : Oui. Si vous voulez, je peux leur dire de revenir chez vous.
– Madame X (résignée) : Bon d’accord. Quand, que nous soyons là pour tout leur montrer ?
– L’employé (zen) : Je peux pas vous dire. Ils ne disent pas quel jour et à quelle heure ils viennent, pour être sûrs de voir si vous travaillez vraiment.
– Madame X (les yeux ronds) : Vous voulez dire qu’on doit rester dans un bureau à les attendre sans pouvoir travailler ? Sinon, vous ne nous donnez pas les lignes ? Mais ils peuvent mettre combien de temps à venir ?
– L’employé : Jusqu’à une semaine, 10 jours…
– Madame X (outrée) : Attendez, ça veut dire que nous pouvons rester jusqu’à 10 jours, de 9h à 17h, à attendre les inspecteurs dans un bureau qui n’est pas opérationnel?
– L’employé : Oui. Alors ? Je leur dis de repasser ou pas? C’est vous qui décidez.
– Madame X (effarée) : Je ne pense pas avoir le choix…

Jour 25 (lundi)
Madame X reçoit un appel du bureau d’Ogero. C’est Lilou qui l’informe que les inspecteurs sont passés samedi. Ils n’ont trouvé personne (on se demande pourquoi, un samedi) mais le concierge de l’immeuble leur a expliqué que tous les bureaux étaient fermés le week-end, et que oui, la société existait bel et bien.
Lilou informe Madame X qu’on la rappellera d’ici deux ou trois jours pour qu’elle vienne payer l’ouverture des lignes.

Jour 28
Madame X, sans nouvelles et pressée par le temps, rappelle le bureau d’Ogero. Victoire! On lui annonce que tout est prêt et qu’elle peut venir le jour même pour finaliser la démarcge. En revanche, non, elle ne peut pas faire de chèque, il faut payer en cash.
Aux anges, Madame X se précipite à la banque, retire en liquide le montant prévu, brave les embouteillages et débarque, tout sourire, au bureau d’Ogero. On la mène chez Madame P.
– Madame P (courtoise) : C’est au nom de qui ?
– Madame X (tout sourire) : La société Onsedoutepasdeskinousattend.
– Madame P : Trois lignes, c’est ça ?
– Madame X : Oui.
– Madame P : Le nom du propriétaire ?
– Madame X (qui a retenu la leçon): Samer Samer Y et Assaad Samer Y. Ils sont frères.
– Madame P : Ils ont des arriérés sur les factures ?
– Madame X (surprise) : Euh non. Ils sont Libanais, mais ont toujours vécu à l’étranger.
– Madame P : Ha, mais là, j’ai 300 000LL d’arriérés à Chiyah et 500 000LL d’arriérés à Hamra au nom de Samer Y.
– Madame X (stupéfaite et inquiète de voir que c’est reparti sur autre chose) : Chiyah ? Hamra ? Mais ce n’est pas possible !
– Madame P : Si si. Regardez : ça date de 1974.
– Madame X (entre rire et larmes) : 1974 ??? Mais ça n’a aucun sens !
– Madame P : Si si. C’est au nom de Samer Y.
– Madame X : Mais non, ce n’est pas possible. Samer Y avait 5 ans en 1974 !
Madame P feuillette son dossier, retrouve la copie de la carte d’identité de Samer Y.
– Madame P : Ha oui. En effet, ce n’est pas possible. (elle rigole). Ou alors il était très précoce !
– Madame X (se forçant à rire) : Hahaha.
– Madame P : Bon. Continuons. (elle feuillette le dossier, tombe sur quelque chose qui ne lui plaît pas). Ha.
– Madame X (inquiète) : Il y a un problème ?
– Madame P (dubitative) : Nous avons demandé trois lignes, mais les inspecteurs n’ont donné leur accord que pour une.
– Madame X (perplexe) : Allons bon. Ça ne va pas aller du tout, une seule ligne pour une trentaine de personnes, surtout dans notre métier.
– Madame P (conciliante) : Je comprends tout à fait. Je ne vois pas pourquoi ils ont fait ça.
Madame P essaie d’appeler le bureau chargé des inspecteurs. Personne ne répond. Elle essaie un numéro de portable. Personne ne répond.
– Madame P (énervée) : Ya allah ! Ils sont incroyables.
Une heure plus tard, Madame X attend toujours près de Madame P qui s’échine en vain sur le téléphone.
– Madame P : Ya allah ! Ils sont incroyables! On doit savoir pourquoi ils n’ont donné qu’une seule ligne. C’est peut-être un problème technique chez vous ? Bon. Habibté, je te rappelle demain.
Madame X repart la queue entre les jambes.

Jour 29
Madame X est toujours sans nouvelles en fin de matinée. Elle rappelle Madame P avec qui elle a fait ami-ami.
– Madame X : Bonjour Madame P. C’est Madame X.
– Madame P : Habibté !!!! Je ne t’ai pas oubliée mais tu imagines que jusqu’à maintenant ils n’ont pas répondu ? Yalla. Je te rappelle dans une demi-heure.

Trois heures plus tard, Madame P rappelle enfin Madame X.
– Madame P : Habibté ! Tu vois que je ne t’ai pas oubliée !
– Madame X : Merci, merci. Alors, quel est le problème ?
– Madame P : Alors, le problème, c’est que quand les inspecteurs sont venus le samedi, ils n’ont trouvé personne.
– Madame X (interloquée) : Je sais ! Mais ils ont vu le bureau, le concierge les a fait entrer et leur a expliqué que personne ne travaille le samedi !
– Madame P (conciliante) : Je sais, je sais, habibté. Mais comme ils n’ont trouvé personne, ils ont décidé de ne donner qu’une seule ligne…
– Madame X (déprimée et se doutant que c'est une histoire de bakhchich) : Ha. Quoi, ils nous punissent parce que nous ne travaillons pas le samedi ?
– Madame P (rigolant) : Je sais pas. Peut-être ! En tout cas, ils vont revenir vous voir. Et là, vous leur demanderez les deux autres lignes.
– Madame X (résignée, une nouvelle fois) : D’accord, d’accord. Et on sait quand ils repasseront ?
– Madame P : Non. D’ici une semaine.
– Madame X (soupirant) : Pouvez-vous, s’il vous plaît, leur dire que ce ne soit pas un samedi ?
– Madame P (rigolant) : Je vais leur mettre une note, habibté !

vendredi, 04 décembre 2009

Sainte barbe

Chers amis, aujourd’hui, c’est la Sainte-Barbe. Eh oui. L’occasion pour nous de faire le point sur une donnée essentielle de la vie au Liban.

Hier soir, les enfants se sont déguisés et sont passés de porte en porte en quête de bonbons, symbolisant ainsi la fuite de Barbe devant un père qui l’avait emprisonnée et qui la fera décapiter un peu plus tard. Dans les rues des villes et des villages, les garnements à tambours ont chanté à la gloire de Barbara, comme on l’appelle ici.
Tradition oblige, les grand-mères ont préparé du blé (dans sa fuite, Barbe se serait cachée dans un champ de blé) parfumé à l’anis qui sera mangé plus tard avec du sucre, ainsi que ces délicieux ma3kroun. Mais trêve de confiserie, nous ne sommes pas là pour parler napperons.

Voilà. Depuis quelques mois, je porte la barbe. Et ma vie a changé. Je me suis fait plein de nouveaux amis. Cela a commencé par un obscur poète-journaliste qui me croise un jour en me lançant, l’air complice: «Chou? Sert Hezbollah?». Bravo neuneu, super drôle. Ensuite, ce sont les chabeb du quartier qui m’ont accueilli à bras ouverts, un matin où j’avais taillé ma barbe impeccablement, au millimètre: «On dirait un vrai Ouwet comme ça, tu n’trouves pas Tony?». Cela s’est poursuivi par un ancien collègue, le soir de l’inauguration du Salon du livre, qui me dit: «Tu sais, tu ressembles à un rabbin!» (j’avoue, celle-là, je ne m’y attendais pas, d’autant que ça ne court pas les rues, les rabbins au Liban). Un autre encore m’a fait toute une théorie sur le caractère saint de la pilosité faciale des hommes du Levant, et surtout de celle des hommes de Dieu, qu’ils supportent l’OM ou le PSG: «La barbe, ça rapproche du Très Haut.» Ah bon? Je n’ai pas encore eu le temps d’aller me promener du côté d’Abou Samra, dans les faubourgs de Tripoli. Mais là, j’ai comme un doute sur mon camouflage: la barbe s’y porte beaucoup plus longue. N’empêche. En constatant tout ça, je me suis dit que je devrais me lancer dans la rédaction d’un manifeste pour barbus. C’est très à la mode en ce moment, les manifestes. Commençons pas une classification visuelle:

barbus libanais.jpg
Depuis quelques mois donc, je me sens parfaitement intégré. A croire que l’intégration au Liban passe par la barbe. Il ne me reste plus qu’un test à passer: me balader dans les ruelles de Haret el-Hreik avec trois appareils photo et deux caméras en bandoulière, histoire de voir si la barbe fait vraiment le moine. A bien y réfléchir, dans ce pays, mieux vaut être armé d’autre chose pour faire croire qu’on se libanise avec les années. Cela a divinement bien marché il y a quelques jours pour Captain Cavern.

samedi, 21 novembre 2009

Guinness Republic

lebanon guinness book.jpgLe virus Gu1nness-N1 a gravement frappé le Liban ces deux derniers mois. Très très violemment même. Chaque semaine, nous découvrons de nouveaux cas de Libanais fiévreux… à l’idée de laisser leur nom ou leur nationalité (il faut bien battre nos voisins du sud dans un domaine ou dans un autre) dans la prochaine édition du Guinness Book des records. D’autant plus que le fameux livre Guinness des records va se décliner en arabe sous peu. De quoi entrevoir une prochaine résurgence de la pandémie.

Il y a donc eu le plus grand hommos, puis le plus grand tabbouleh (ce qui, on en conviendra, est une grande victoire sur Israël). Et puis ces derniers jours, nous avons enregistré le plus grand collectionneur de voitures modèle réduit et la plus haute construction en allumettes. La classe internationale.

Cela n’est que la partie visible de l’iceberg, car le Liban détient une ribambelle de records que le jury du Guinness Book serait bien urbain d’homologuer:

  • Celui du plus grand nombre de kleenex jetés par les automobilistes dans les rues
  • Celui du plus grand nombre de citoyens se disant contre la guerre mais qui possèdent une arme chez eux (au cas où)
  • Celui du plus grand nombre de tassepoufs siliconées au km2
  • Celui du plus long séjour sous terre pour un être humain
  • Celui du plus grand nombre de pois chiches ingurgités en moins de 60 secondes
  • Celui du plus grand rapport iPhone jailbreakés par habitant
  • Et bien sûr, celui de la plus grosse malifeh dans le port de Beyrouth (10m pour 8,5 tonnes). Il faut bien l’avouer, c’est quand même dans la bouffe que les records sont les plus valorisants.

C’est vrai, quoi. Pourquoi s’emmerder à avoir des Prix Nobel, alors qu'il est plus simple pour un peuple de tirer sa gloire des choses vraiment essentielles?

lundi, 16 novembre 2009

Paradise city *

beirut rock festival 2009.jpgWelcome to the Dark Ages !

La nouvelle n’a pas fait les gros titres la semaine passée, et pour cause. Le Liban tout entier était en train de fêter la naissance tant attendue d’un gouvernement tout beau tout neuf synonyme, comme l’a titré – à raison – un éditorialiste d’Al-Akhbar, de «Bye bye June 7». C’est vrai que tout ça était… passionnant.

Mais la vraie nouvelle, ce fut ce mail, diffusé par le Centre catholique d’information. En voici la version anglophone (enfin, façon de parler):

Dear parents,

We would like to inform you the following statement by The General Information of Catholic Schools:
There will be a dangerous event in town, called "Beirut Rock Festival 2009"
in 11 - 13 - 14 November in Beirut.
No doubts that all of us likes music, however during this event some community of GOTHIC people will spread
their culture (death culture) and they will spread dark thoughts by (Anathema & To/Dye/For).
and there will be a huge risk for drugs (Ecstasy) to be distributed.
And there is a great danger that their will be ceremony of satanism.
As written on the Festival flyer: "No Cameras Allowed".
Why? aren't they afraid that people will see what is going on?
And cause of that, we please all parents do not let their children to attend this festival for their safety.

…et la non moins savoureuse version française:

Chers parents, éducateurs, responsables et jeunes, nous vous prions de faire attention !Un événement dangereux arrive en ville, Le « Beirut Rock Festival 2009 », les 11-13 et 14 novembre au Forum de Beyrouth Nous aimons tous la musique, mais lors de ce festival, certains groupes gothiques qui prônent la culture de la mort et des idées noires vont se produire (To/Dye/For, Anathema.) Grand risque de circulation de drogue (Ecstasy, Hasch etc.)Grand risque de pratiques de cultes et de rituels sataniques Il est bien écrit sur l'affiche publicitaire de ce festival "NO CAMERAS ALLOWED"Pourquoi ? Aurait-on peur de témoins?

Attention, les bûchers sont prêts. Décidément, l’Inquisition, tous bords confondus, est en marche.

______________________

* C’est à cette chanson de Guns N’ Roses que notre fille aînée a tout de suite pensé lorsque nous lui avons raconté toute l’affaire. Bein oui, notre fille n'a que 9 ans, mais elle aime le rock. Finira-t-elle tondue?

mardi, 10 novembre 2009

The new government

 

sante gaiete esperance.jpgMoi, j’aime bien notre tout nouveau gouvernement. Bon, c’est vrai, ça faisait presque cinq mois qu’on l’attendait. On se demande un peu pourquoi (enfin, non, on se demande pas, en fait) l’anesthésiste a tant tardé à planter son épidurale dans la colonne vertébrale du pays, pourquoi l’accouchement a été si long et si douloureux même si l’expulsion a en fin de compte été des plus rapides.

Le Liban a donc souffert, pour faire naître sous nos yeux le héros qui sort sous les bravos, Dieu que c’est beau, a ya a ya a…

 

Cela dit, avec ou sans gouvernement, y voyait-on une nette différence? Pas vraiment et nous avons du mal à imaginer que celui-ci  y changera quelque chose. Mais ne partons pas perdants dès le début. Surtout que, franchement, mettre Sélim Wardé à la Culture, ça a de la gueule non? Un chef d’entreprise, viticulteur et patron du Syndicat des producteurs de spiritueux (et accessoirement partisan Ouwet) comme ministre de la Culture, moi, j’applaudis. Voilà une belle idée à exporter.

vendredi, 30 octobre 2009

Avant-goût de Yallah underground

Reparlons musique 3 minutes et 23 secondes, avec la bande annonce sortie cette semaine de Yallah Underground, un documentaire en gestation depuis plusieurs mois, dressant le portrait de la scène musicale alternative du pays... A suivre.

vendredi, 23 octobre 2009

Jours tranquilles à Beyrouth (au Salon du livre… de Beyrouth)

jours tranquilles a beyrouth.jpgLa grand messe annuelle du livre francophone a ouvert ses portes aujourd'hui au grand public et les refermera le 1er novembre: annulé après la guerre de 2006 et en 2007 à cause de Nahr el-Bared, pas vraiment à la hauteur l'année dernière, le Salon du livre francophone remonte lentement la pente. Cette 16e édition affiche donc la couleur: le programme – à télécharger ici dans sa version complète – est plutôt appétissant, avec de nombreux auteurs libanais et étrangers, des expos photo (surtout sur le stand de Beyrouth Capitale mondiale du livre), des lectures, des conférences, des débats, des séances de dédicace… Du coup, nous nous y mettons nous aussi. Sortez les agendas, voici deux rendez-vous.

Samedi 31 octobre à partir de 18h
Nous dédicacerons Jours tranquilles à Beyrouth sur le stand de la librairie El-Bourj de Michel Choueiri.

Dimanche 1er novembre à 16h
Nous participerons à une table ronde sur le thème des «blogs devenus livres», organisée par l’équipe du site web iLoubnan, au cœur de l’espace Agora. Vous aurez également le plaisir d’y retrouver Maya Zankoul (Maya’s amalgam), Tania Hadjithomas Méhanna (sa maison d’édition Tamyras avait sorti une adaptation des Carnets de l’hirondelle), Samer Karam (BloggingBeirut) et d’autres… Vu les zozos, ça risque d’être joyeux.

Rangez les agendas.

[...]

Et voici le clip vidéo présentant le salon...

[…]

Petite info, en marge du Salon du livre: voici la liste des nominés pour le Prix Phénix 2009 (c’est comme les Oscars, mais ça se passe à Beyrouth, et seulement pour les livres en français édités dans l'année écoulée) qui sera attribué le dernier jour du salon. Nous sommes tombés dessus par hasard cette semaine: Bahjat Rizk pour Les paramètres d'Hérodote (Ed. L'Orient-Le Jour), Carina Roth pour Saisons de Beyrouth (Ed. L'Harmattan), Hyam Yared pour Sous la tonnelle (Ed. Sabine Wespieser), et Nathalie Bontems et David Hury pour Jours tranquilles à Beyrouth (Ed. Riveneuve). (sic!)

[…]

Finissons ce billet sur une note un peu plus personnelle. Les quelques heures passées au Salon hier soir pour l'inauguration m’ont fait un bien fou. Au moral en tout cas. Ça m’a fait du bien de croiser tous ces visages, toute cette grande famille de la culture et de la littérature francophone libanaise. Il y avait tout le monde ou presque, certains juste de passage, d’autres avec des valises sous les yeux à cause de la préparation du salon et/ou un sourire jusqu’aux oreilles. Ces gens, je les aime depuis des années ou simplement depuis quelques mois. Il y avait Michel, Paul, Tony, Tania, Mona, Ghadi, Ziad, un autre Paul, Adwan, Malaké, Abdallah, Cynthia, Joseph, Claire, Maxime, Maroun, Samia et j’en oublie certainement. Cette petite bulle, l’espace d’un début de soirée, a eu le grand mérite de mettre en évidence que le Liban n’est pas qu’un pays de fous furieux. Mais bon, le problème, c’est qu’en repartant du Biel, la frénésie des embouteillages m’attendait.

samedi, 17 octobre 2009

Mashrou3 Leila in concert

mahrou3 leila.jpg...mashrou3 leila concert basement.jpgTiens, on reste dans le domaine musical, mais cette fois avec du 100% libanais, dans la catégorie rock arabe alterrnatif. Demain soir 18 octobre, nous serons au Basement pour le concert d’un des groupes les plus prometteurs de la scène locale. Ça fait un peu plus d’un an qu’ils ont commencé à faire parler d’eux. Eux, ce sont les membres de Mashrou3 Leila. Que vous dire de plus sinon que ça vaut le détour…

Voici quelques chansons en streaming sur leur page MySpace... et une vidéo de concert à visionner ici.

 

 

 

 

 

 

 

Et puis tiens, voici un petit clip glané sur Youtube. Ça plaira aux amoureux d’un Beyrouth à la Amélie Poulain. Et la chanson d’introduction est signée… مشروع ليلى.

[...]

Et voilà la version en concert, c'est pas mal non plus...

[...]

Et pour être tout à fait complet sur le sujet, voici l'enregistrement de l'émission de Ziad Naufal sur Radio Liban, émission consacrée à Mashrou3 Leila le 12 octobre dernier. C'est par ici que ça se passe...

mercredi, 14 octobre 2009

Pump up the volume !

Ce week-end, le Sky Bar a donc fermé ses portes pour la «saison». Une saison qui se sera prolongée loin après l’été cette année, y compris en semaine puisque toutes les nuits, nous avons pu profiter du beat soutenu de cette célèbre boîte en plein air, pour la plus grande joie des fêtards beyrouthins et d’ailleurs.

Cela me donne l’occasion de revenir sur l’un des tubes de l’été, qui a fait fureur au Liban (et ailleurs): tout l’été et pendant ce début d’automne donc, nous avons pu, de notre balcon, entendre à un volume en croissance proportionnelle au passage des heures I gotta feeling des Black Eyed Peas.

Il y en a eu d’autres, bien sûr, des tubes. Mais celui-ci a retenu mon attention car je ne peux m’empêcher de trouver savoureux que pendant des semaines, des dizaines de jeunes libanais aient dansé, chanté, et sans doute trinqué au son d’une chanson ponctuée de «Mazel tov» et de «Lekhaïm» tout ce qu’il y a de plus hébreu. Le tout au nez et surtout à la barbe – c’est le cas de le dire – des censeurs, sourcilleux défenseurs de la prohibition et autres gardiens de la morale régionale qui font interdire tant d’artistes et d’œuvres pour moins que cela, mais qui sur ce coup-là, n’ont rien vu passer. Bon, d'accord, c'est anecdotique, mais voir 400 Libanais pur teint entonner tous en chœur «Mazel tov» à un mariage, ça valait son pesant de bzourat.

Tchin.

vendredi, 09 octobre 2009

Beyrouth ne tient qu'à un fil

beyrouth fils electriques ciel2.jpgIls font partie du paysage urbain de Beyrouth depuis l’époque pré-phénicienne, comme ces vieux chauffeurs de taxi à la gueule fatiguée ou ces rustines de parpaings et de ciment sur ces façades n’ayant pas eu droit à un lifting cinq étoiles après «les événements». Ils forment dans le ciel des nœuds que mille petites mains habiles n’auraient su tricoter avec autant de minutie. Ils sont noirs et poussiéreux, mais aussi rouges, jaunes, bleus, zébrés ou blancs. Ils peuvent partir du haut d’une colline et se faufiler en contrebas jusqu’à la fissure d’une maison pour finalement alimenter tout un quartier. Ils ressemblent parfois aux constructions en trois dimensions apparemment anarchiques des néphiles des forêts tropicales. Anarchiques? Pas le moins du monde.

Depuis que nos rues se sont laissé envahir par ces faux signes de modernité que sont parcmètres et feux rouges, on voudrait nous faire croire que le pays est en voie de développement. Que l’homme d’ici recherche parfois le conformisme et le confort tout court. Depuis dix jours, la nouvelle mode levantine, c’est de dessiner de grands rectangles blancs parallèles sur les chaussées pour donner l’illusion aux piétons qu’ils peuvent traverser grands boulevards et petites ruelles en toute sérénité. Non, le Liban, ce n’est pas ça. Ils n’ont rien compris à ce pays à la Banque mondiale ou dans je-ne-sais quelle institution ayant ouvert le robinet à devises pour financer ce genre de projet anagéographique.

Les myriades de câbles qui traversent les rues à hauteur de géant, qui serpentent entre les murs en se moquant bien des hommes, qui tombent du ciel comme les rayons du soleil, qui accueillent le son des klaxons comme des notes sur une portée, qui dessinent ces tableaux de fils tendus comme sur les murs de la chambre de ma copine allemande il y a 25 ans… et bien ces fils par millions, il ne faut surtout pas y toucher. Par pitié. Moi, je viens de comprendre à quoi ils servent: sans eux, les immeubles de Beyrouth s’écrouleraient.

lundi, 05 octobre 2009

Tribal pursuit

trivial pursuit camembert libanais.jpgA la recherche d’un cadeau d’anniversaire pour une copine, nous avons déniché, dans un obscur magasin de jeux, un exemplaire d’une édition très limitée du Trivial pursuit. En voici quelques cartes. A vous de jouer, on attend vos réponses!

Pour rappel, G = géographie, D = divertissements, H = histoire, AL = Arts et littérature, SN = sciences et nature et SL = Sports et loisirs.

On scannera les versos avec les réponses dans quelques jours pour ceux qui sèchent.

trivial pursuit edition libanaise.jpg

 

lundi, 28 septembre 2009

Salon Georges coiffure pour hommes

georges coiffeur pour hommes.jpgQuand Georges pose la longue lame de son rasoir sur la peau de mon cou, je retiens toujours ma respiration. Le vieil homme n’a plus le geste aussi sûr qu’avant. Et quand finalement, il termine son ouvrage, il me demande toujours d’une voix rocailleuse de fumeur en stade terminal: «Comme ça, ça va?» J’opine systématiquement, sans vraiment y réfléchir.

Georges fait partie de ces petits artisans en voie de disparition à Beyrouth. Son salon n’a pas dû beaucoup changer depuis les années 60: linoléum au sol, placards de bois laminé, siège en cuir rétro avec cendrier dans l’accoudoir, blaireaux et peignes d’un autre âge posés à côté des lavabos blancs. Quand il s’arme de ses ciseaux pointus, les muscles secs de ses avant-bras tressaillent un peu davantage à chacune de mes visites, et je me demande s’il ne serait pas raisonnable de ne plus y aller. Et puis finalement j’y retourne à chaque fois. Peut-être me suis-je laissé intoxiquer par l’odeur de shampooing bon marché qui flotte dans cette pièce lumineuse. Je ne sais pas.

Il y a deux ou trois ans, son salon était encore bien fréquenté. Il avait un apprenti, Elie, et un jeune chab qui jouait à la shampouineuse puis balayait les mèches de cheveux des clients. Depuis, tout ce beau monde est parti voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Georges reste seul, à étendre ses serviettes rouge foncé au soleil, son sèche-linge planté sur le trottoir. Il a bien sûr ses fidèles, qui viennent partager les nouvelles d’un quartier qui a bien changé en l’espace de cinq ans, depuis que la salle de sport et le parking de l’autre côté de la rue ont été remplacés par l’ABC. Alors Georges s’installe sur une petite chaise pliante, à côté de ses serviettes, et regarde des gens trop pressés remonter la rue.

Moi, j’aime toujours ces moments passés chez lui. La radio diffuse Light FM en boucle depuis des siècles, saint Georges n’en finit pas de terrasser son dragon sur une icône jaunie par la lumière… Le mieux, c’est encore d’y aller le matin très tôt. Georges vous proposera les quotidiens du jour – ou de la veille –, et peut-être du café chaud s’il en reste dans sa rakweh. Georges est le seul et unique coiffeur que j’ai connu à Beyrouth durant toutes ces années, même s’il a trois confrères rien que dans ma rue. Et pourtant, je ne le connais pas vraiment. Juste de vue, bonjour, au revoir, comment ça va.

Il n’y a pas très longtemps, j’ai découvert que mon beau-père allait aussi chez lui, au début des années 70. La transmission s’arrêtera là, je crois.

vendredi, 18 septembre 2009

No full monty

Le phénomène n’est pas vraiment nouveau. Un coup de peinture ou un arrachage en règle, et les centimètres carrés indécents disparaissent. Sur les routes menant aux extrêmes du pays, il n’est rare de voir, sur des kilomètres entiers, des affiches publicitaires vandalisées, méthodiquement. Ces 4X3 vantent des marques de lingerie ou tout autre produit pour lesquels un obscur créatif de pub a jugé bon de mettre en scène une damoiselle quelque peu dévêtue. Attention, je ne parle pas de nudité complète, pas de full monthy ici, ni même de certaines affiches franchement racoleuses comme on a pu en voir pour une célèbre marque de lingerie locale dont je ne citerai pas le K-nom, mais juste d’un bout de bras non recouvert ou de longues jambes dont la vue doit certainement être intolérable aux yeux du Très-Puissant. Les policiers auto-proclamés des mœurs débarquent aussitôt, lourdement équipés de pots de peinture et hop, le tour est joué: l’affiche (plantée sur la voie publique) est toujours là, le nom du produit aussi, mais pas cet impudique épiderme féminin.

Certes, les gardiens de la morale ont encore du pain sur la planche. Cet été, le Liban a été «encensé» par la presse internationale, entre autres pour sa très superficielle liberté de mœurs. Il y a fort à parier que les syndicalistes de la vertu divine n’avaient pas eu vent des défilés de lingeries, organisés dans les plages (privées) du pays, comme ici à Eddé Sands…

edde sands.jpg

Mais attention aux clichés! Cette pudeur effarouchée ne touche pas que certains membres de la communauté musulmane, toujours prompts à gommer cette peau si honteuse. Il y a quelques années, je bossais dans un magazine libanais réputé pour son identité chrétiéno-chrétienne. Le mercredi après-midi, au moment crucial de «fabriquer» la couverture du numéro, un ordre arrive de la direction (tout ce qu’il y a de plus chrétienne dans le genre donc): docteur Photoshop doit entrer en action d’urgence pour rallonger le T-shirt d’une demoiselle portant à bout de bras un portrait du patriarche Sfeir, ce dernier revenant d’une «tournée triomphale» à l’étranger. La jeune fille, «typiquement libanaise» avec ses longs cheveux noirs, ses grands yeux et son sourire chaleureux, dévoilait la peau de son ventre et son nombril. Impensable de laisser ça alors que l’on parle de Sa Béatitude. En deux minutes, l’indécente a gagné un T-shit noir XXL. Exit le nombril.

Et puis, pas plus tard que y’a pas longtemps, nous tombons sur ça, à Sodeco:

affiche BHV rentree scolaire.jpg

Le BHV fait sa pub pour la rentrée, comme chaque année. Pour le cru 2009, la campagne d’affichage met donc en scène une sorte de super-héroïne danoise à laquelle les petites Libanaises ne pourront pas s’identifier mais qui fera fantasmer leurs camarades masculins. Mais horreur, enfer et damnation: la Danoise montre ses cuisses! Allez hop, un coup de pinceau et le problème est réglé. Etonnant que le nombril ait été oublié dans l’opération… Seul hic, nous ne sommes pas dans le Koura ou à Nabatiyeh, mais à Achrafieh. Peut-être est-ce – en cette fin de ramadan – la proximité de la mosquée Beydoun, la seule du quartier chrétien, qui explique cette explosion picturale. Peut-être. C’est la première fois que nous voyons cela dans ce périmètre de la capitale. Peut-être est-ce ça, le pudiquement correct à l’orée de cette date mythique qu’est 2010.

vendredi, 28 août 2009

La Règle de 3 de Youmna Habbouche

youmna habbouche1.jpgyoumna habbouche2.jpgAprès celle de Ghadi Smat en juin dernier, voici une nouvelle voix de la photographie libanaise qui cherche à se faire entendre. C’est Youmna Habbouche qui s’y colle avec ses assemblages d’images sous forme de tryptiques (voir ci-dessus: une grande photo et deux détails, soit verticaux, soit horizontaux). Sans être révolutionnaire, ce principe de mise en scène est simple et efficace, et fonctionne la plupart du temps que ce soit par des associations de couleurs (l’orange par exemple) ou de textures (tissus ou peinture craquelée entre autres). D’autres images, en noir et blanc, abordent le mouvement, celui de l’homme dans la ville, transformant les jambes des passants en spectres… Ce qui a fait dire à ma fille de 9 ans le soir du vernissage: «Mais ils sont transparents ces gens-là!» Elle a pris son premier cours d’optique ce jour-là.

Bref, Youmna expose son travail à la galerie The Running Horse qui se situe au rez-de-chaussée du pâté de maison de Sleep Confort à la Quarantaine. Je ne saurai trop vous conseiller d’aller y jeter un coup d’œil… C’est ouvert jusqu’au 19 septembre, du lundi au vendredi de 12h à 19h et de 14h à 17h le samedi.

mercredi, 19 août 2009

Wendy

wendy.jpgIl était une fois une petite fille. Cette petite fille était très fière d’être née chez les Arabes, même si ses grands yeux verts et ses cheveux châtain clair ne ressemblaient pas à ceux des autres enfants dans ce pays lointain qui manquait tant à sa maman. Ce pays, c’était un peu comme Never-Never Land: il y faisait tout le temps beau, les habitants n’y grandissaient jamais, jouaient et se disputaient tout le temps, comme les Garçons Perdus; il y avait des filles jolies comme des sirènes et des Pirates qui se battaient toujours entre eux, ou contre les Indiens et les Peter Pan du coin. La petite fille ne comprenait pas très bien, mais ça avait l’air de plaire à tout le monde, de s’amuser comme ça à faire la guerre. Surtout que, quand elle allait dans ce pays, cette petite fille n’y voyait que des gens toujours prêts à s’amuser, tirer des feux d’artifice, faire des festins et bien rigoler. Oui, ça ressemblait vraiment à Never-Never Land.

Et quand elle n’y était pas, qu’elle était chez elle dans cet endroit où il pleuvait beaucoup, la petite fille continuait de penser à ce pays bizarre. Surtout quand elle recevait des lettres de sa cousine, qui vivait toute l’année là-bas. Là, elle comprenait encore moins. Parce que ce que sa cousine lui racontait n’était pas toujours amusant. Bien sûr, il y avait des choses super: sa cousine, par exemple, lui expliquait que souvent, il n’y avait pas d’école pendant des mois. Pendant tellement de temps parfois que ça durait encore plus longtemps que les grandes vacances. C’est dire si c’était long! La petite fille trouvait que sa cousine avait bien de la chance mais elle, ça avait l’air de l’ennuyer, la cousine. Elle lui racontait aussi que parfois, il n’y avait pas d’eau ou de lumière. Mais la petite fille savait comment c’était, ça. En été, quand elle allait dans ce pays, ses parents allumaient souvent des bougies, et elle trouvait ça drôlement joli. Et c’était rigolo, aussi, de se laver parfois dans une bassine, parce qu’il n’y avait pas assez d’eau dans la douche. Mais ça non plus, ça n’amusait pas sa cousine. Il faut dire que la cousine, souvent, écrivait qu’elle avait passé la nuit dans un endroit bizarre; elle disait qu’elle «descendait dans l’abri». Pour la petite fille, c’était très mystérieux. Un abri, ça servait à prendre le bus, non? Et on ne descendait pas dedans parce que sinon, comment le bus pouvait passer? Puis elle avait compris que l’abri était en fait la cave. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi on appelait ça «l’abri», mais en tout cas, elle n’aurait pas aimé devoir dormir dans une cave. Elle ne savait pas encore que cela lui arriverait un jour.

Mais le pire, c’est quand sa cousine lui avait écrit qu’il était arrivé une chose terrible à sa famille. Ils habitaient dans un coin de la ville où on n’aimait pas les gens comme eux depuis quelques temps. Ca s’appelait «béroutoueste», ou quelque chose comme ça. Son oncle, le papa de sa cousine, avait été attrapé par des méchants et personne n’avait su où il était pendant plusieurs jours. Sa cousine avait eu très peur. Pourtant, son oncle n’était pas un méchant, il vendait des médicaments dans un magasin. Et il ne jouait jamais à la guerre. Et un jour, pendant la nuit, des hommes avec des masques et des pistolets étaient entrés chez eux et leur avaient fait encore plus peur. Alors, ils avaient pris leurs affaires et ils étaient partis habiter ailleurs dans un appartement qui ne leur plaisait pas beaucoup. Après ça, sa tante s’était mise très en colère quand sa cousine avait eu un amoureux qui habitait à «béroutoueste» et elle l’avait enfermée dans sa chambre pendant des jours. Il n’y avait toujours pas d’école mais quand même, c’était une sacrée punition et sa cousine avait beaucoup pleuré.

A Never-Never Land, il y avait toujours des histoires comme ça, difficiles à comprendre. Son autre oncle avait reçu plusieurs balles dans la jambe un jour, mais ses grands-parents avaient été contents que ce soit « juste » la jambe. La petite fille n’y comprenait rien. Des trous dans la jambe, cela devait faire horriblement mal, quand même. Pareil, dans le coin où il n’y avait pas de danger, un jour la chambre d’une autre de ses tantes (la petite fille avait plein d’oncles et tantes car dans ce pays, on aimait les grandes familles) avait complètement brûlé à cause d’une bombe. Si ça c’est un coin où il n’y a pas de danger! Heureusement, sa tante n’avait pas fait la grasse matinée pour une fois, car elle était partie tôt le matin pour prendre le bateau vers une île super qui s’appelle Chypre.

La petite fille connaissait bien Chypre, parce qu’elle y passait chaque année pour aller à Never-Never Land. On ne pouvait plus aller directement en avion à Never-Never Land car l’aéroport avait été tout cassé. En plus, il y avait aussi des gens qui disparaissaient lorsqu’ils s’approchaient du coin de l’aéroport. Ca c’était un autre truc que la petite fille ne comprenait pas: ses parents regardaient tout le temps le journal à la télé, lorsqu’ils étaient en France (vous savez, l'endroit où il pleut tout le temps). Et il y avait des noms de pays qui revenaient à chaque fois et qui semblaient leur faire très peur, mais c’était incompréhensible, comme d’habitude. On disait qu’il fallait parler avec «l’Iran» pour trouver les gens qui avaient été «enlevés» (c’était le mot qui la terrifiait le plus, mais c’était le mot «l’Iran» qui avait l’air de faire le plus peur aux grands). Pourtant, «l’Iran» disait que c’était pas lui. Mais les grands essayaient quand même de parler avec «l’Iran» et ils lui avaient même payé beaucoup d’argent. Ça avait mis du temps et les gens «enlevés» étaient restés pendant plus que 300 jours sans voir leur famille. Tous les jours dans le journal à la télé, on donnait la date comme pour un calendrier de Noël. La petite fille trouvait ça triste et n’aurait pas voulu que ça arrive à son papa. Le comble, c’est que finalement, les gens «enlevés» avaient été retrouvés grâce à un autre pays qui s’appelait «la Syrie». Et «la Syrie» avait l’air très contente qu’on vienne demander son aide. Pour la petite fille, c’était comme lorsque quelqu’un lui avait piqué son goûter à l'école, et qu’un garçon qu’elle n’aimait pas le lui avait rendu parce que c’était un copain à lui qui le lui avait piqué. Après, la petite fille avait dû tout lui souffler lorsqu’il y avait des devoirs en classe et ça ne lui plaisait pas du tout, surtout que toute la classe était au courant et que personne ne disait rien. C’était hypocrite et sa maman lui disait toujours qu’être hypocrite, c’était le pire des défauts. C'était pas beau. Depuis, la petite fille s’était juré de ne jamais être hypocrite et elle n’en avait pas cru ses yeux lorsque, des années plus tard, «la Syrie» avait encore aidé la France à récupérer quelqu’un que l’Iran voulait garder. Ils n’avaient donc rien compris? Leurs mamans ne leur avaient rien dit?
En tout cas, la petite fille avait grandi et elle commençait à trouver que Never-Never Land, les bougies, les bassines, les sirènes et les disputes, ça allait bien un moment. Grandir, ce n’était pas si mal si on savait garder une âme d’enfant. Mais continuer à jouer à faire la guerre comme les Garçons Perdus, ben, ça vous gardait perdus, justement. Et de Never-Never Land, elle constatait surtout qu’il y avait davantage de Never que de Land.
En fin de compte, la petite fille devenue grande se disait que tout ce monde-là, tous ces Garçons Perdus, auraient bien eu besoin d’une maman pour leur botter les fesses de temps en temps.

NB: Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est fortuite, ou presque.

lundi, 17 août 2009

Reconversion

stavro presse.jpgJe ne suis pas un fan de Stavro, mais il faut bien reconnaître une certaine pertinence à ce dessin daté de 2002 et qui, sept ans plus tard, est toujours d’actualité.

Qui n’avance pas recule. Voilà la devise de ce pays qui se prend pour le nombril du monde. Après la frénésie électorale du printemps, le soufflé est retombé. Plus de 2 mois après des législatives trop attendues, le bateau est toujours sans capitaine: pas de gouvernement, des vociférations télévisuelles régulières de ténors que je n’ai pas besoin de nommer, des ministres en sursis qui font n’importe quoi… Y’a comme un petit air de déjà-vu.

Si le contenu des journaux libanais donne jour après jour une impression d’immense gâchis, la presse internationale et les agences de presse, elles, s’émerveillent des folles nuits beyrouthines, des rentrées financières que l’afflux de «touristes» assure… C’est vrai finalement. Tout va bien au Liban pour les importateurs d’alcool et de cigares. Faudrait songer à se (re)convertir.

 
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