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mardi, 30 juin 2009

Jours tranquilles à Beyrouth (la bande-son de la gare)

lecture gare jours tranquilles a beyrouth.jpgMieux vaut tard que jamais. Cela fait 6 semaines que ce post traîne dans nos disques durs... Alors voilà: pour ceux que 40 minutes de dépaysement tenteraient, vous n'avez qu'à mettre en lecture le petit fichier ci-dessous. Ou le télécharger, à vous de voir.

Nous sommes donc le vendredi 15 mai 2009, en pleine gare de Mar Mikhaël à Beyrouth. Une grosse centaine de personnes a fait le déplacement, les gens s'installent sous le ficus plusieurs fois centenaire. Face à eux trône cette vieille locomotive, avec ce chasse-neige massif sur lequel deux paniers d'amandes fraîches attendent d'être dévalisés. Les feuilles mortes crissent sous les pas, la sono de Jade grésille gentiment en attendant de lancer sa playlist hétéroclite. Le ciel ne semble pas vouloir s'abattre sur nos têtes, malgré les prévisions alarmistes de la veille. Tout est en place, la «lecture insolite» de Jours tranquilles à Beyrouth peut commencer...

Bonne écoute. Et n'oubliez pas d'éteindre vos cellulaires.
podcast

lundi, 22 juin 2009

Ghadi Smat fait son grand écart

ghadi smat.jpgUn blog, ça peut aussi servir à faire de la pub. Pour les copains cette fois. Mercredi prochain, Ghadi Smat inaugurera sa première exposition personnelle, au CCF (rue de Damas). Pour son «Grand Ecart» personnel, Ghadi proposera une sélection de 30 tirages, allant de 20x30cm à 50x60cm, en noir et blanc ou en couleurs.

L’espace d’exposition sera divisé en deux: «L’idée est de montrer deux facettes du Liban, mais pas forcément opposées l’une à l’autre», explique ce Beyrouthin de cœur, revenu du Canada il y a trois ans. L’exposition restera en place durant trois semaines (l'entrée est libre). Rendez-vous mercredi à 19h…

jeudi, 18 juin 2009

La bonne et le concierge [2]

red shoe baby.jpgVous vous souvenez peut-être de notre fable beyrouthine, La bonne et le concierge. L’appartement de notre voisine du 6e avait été cambriolé, l’employée philippine et le concierge syrien figuraient en tête de liste des suspects. Nous avions mis en doute le flair des forces de l’ordre… et nous avions peut-être eu tort. Si la femme de ménage est blanche comme neige dans l’affaire, le concierge syrien – apparemment de mèche avec son prédécesseur et accessoirement cousin – serait mouillé jusqu’au cou et est maintenant en cavale… Du coup, nous avons un nouveau concierge. Et on ne s’ennuie pas. Suivez et prenez des notes pour vous y retrouver en cas de besoin…

Mohammad, originaire du Sud-Liban, succède donc à Nayef qui succédait à son cousin Karam. Mohammad est marié à Maribel. Maribel est Philippine. Maribel et Mohammad ont une petite fille de trois mois, Mariann, qui en fait trois de moins car née prématurément à 7 mois.

Maribel parle l'anglais, mais pas l'arabe, en dépit de ses 15 années passées au Liban. Mais Mohammad ne parle pas bien l'anglais. Donc avec sa femme, il parle le philippin. On aurait cru qu’il aurait opté pour la solution de facilité et plutôt amélioré son anglais, mais non. Parce que Mohammad a apparemment un talent caché pour les langues «exotiques»: il parle aussi l'éthiopien et le russe. Ethiopien on ne sait pas trop pourquoi, et russe parce qu’avant, il travaillait dans un «super nightclub». Soit un bar comme on en trouve à Maameltein où danseuses russes, roumaines et autres artistes d’Europe de l’Est se succèdent sur scène, souvent à leur corps défendant.

Et au 3e, il y a désormais Gertrud (oui, nous allons affectueusement la rebaptiser ainsi pour l’occasion). Gertrud est Allemande. A la nuit tombée, elle prend le volant de son 4x4, robe moulante rouge en strass, talons de 15cm et maquillage de circonstance. De quoi ne pas trop dépayser Mohammad qui a dû être un peu surpris la première fois mais qui, depuis, a sans doute des réminiscences de son précédent boulot. Il faut bien le dire, pour l’immense majorité des mâles (et pas seulement libanais), Gertrud est bonne.

D’ici à ce que Mohammad apprenne rapidement l’allemand, en tout bien tout honneur, pourquoi pas? Et nous nous retrouverons avec le concierge le plus polyglotte du pays.

dimanche, 07 juin 2009

Elections indélébiles

Mise à jour, minuit et demi...

elections pharaon QG.jpgL’avantage, quand on a une permanence électorale au rez-de-chaussée de son immeuble, c’est qu’on sait à qui l’on peut s’adresser si l’on veut faire un reportage dans un QG de campagne lors de la soirée. Nous atterrissons donc dans cette grande salle au moment même où les chiffres donnent la liste du 14 Mars vainqueur à Achrafieh. 5 à 0, on dirait un match de foot.

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Explosion de joie chez les partisans du 14 Mars, soupe à la grimace dans la permanence du CPL située quelques mètres plus loin. L’armée s’est vite interposée entre les deux bureaux.

election abou jamra achrafieh.jpgDu coup, histoire de se faire entendre, les quelques jeunes en T-shirts orange qui sont encore là mettent leur sono à fond, histoire de ne pas se faire oublier et de couvrir le bruit des klaxons pro-14 Mars. Mais l’heure n’est clairement pas à la fête, d’autant que les résultats continuent de tomber: le CPL prend Jbeil, mais le 14 Mars a dans son escarcelle: Beirut I donc, Beirut III, Batroun, Zahlé, Chouf, Saïda, Bcharré, Békaa Ouest, Koura, Akkar, Dinniyé…

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Selon la LBC, la majorité l’emporterait par 72 députés sur 128, soit une différence de 17 sièges. Les pronostics parlant d’une victoire serrée quel que soit le camp, et y compris les nôtres, ont l’air d’avoir eu tout faux.

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Concert de klaxons et de feux d’artifices à Achrafieh.

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Maintenant, c'est une lapalissade, l'après-7 juin commence. Et c'est pas gagné...

 

Précédentes brèves...

election encre violette.jpgLa couleur du jour? Le violet! Et oui, pas d’orange, de jaune, de rouge ou de bleu pour une fois. Comme en Irak ou en Afghanistan, tous les électeurs ont dû tremper leur pouce dans un petit flacon blanc rempli d’encre violette, censée être indélébile. Afin qu’ils ne votent pas deux fois. Le seul truc, c’est qu’au bout de cinq minutes de récurage au savon, l’encre filait à l’anglaise. Pratique en cas de contestation plus tard: un électeur pourra toujours dire que quelqu’un a voté à sa place…

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Tout le monde parle d’une énorme mobilisation, surtout dans les circonscriptions chrétiennes devant faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. Mais il y avait aussi des abstentionnistes. Voici l’extrait d’un mail reçu d’un copain hier: «Même sans télé, j'ai les chansonnettes qui défilent dans la rue: un coup bleu, un coup orange, et un énorme poster des bleus en face de chez moi... Et le frère d'un de mes meilleurs amis, chez qui je passe tout le temps, est en campagne du côté orange avec sa tête géante partout et tout le bataclan de campagne à la maison!... Et ma mère qui m'envoie des mails pour espérer me tirer par l'oreille pour aller voter bleu à Hammana... No way out... On ne peut fuir que dans la folie paraît-il... Je simule l'autisme en m'enfonce à deux pieds dans des jeux vidéo de guerre médiévales...» Ça devait pas trop le changer non plus...

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Mobilisation toujours. Cet après-midi, dans la permanence électorale du quartier, un gars déboule: «Venez, il y a une femme de 150kg qui veut aller voter et qui n’a plus la force pour monter le boulevard avec son déambulateur! Elle crie “Aidez-moi à aller voter pour le Liban!”» Il repart, accompagné de quelques camarades. Aujourd’hui, chaque voix comptait.

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Livraison à domicile. Les bulletins de vote ne sont pas disponibles dans les bureaux de vote, mais auprès des permanences électorales (parfois mobiles) des candidats. Ça ressemble à ça, un bulletin:

election bulletins.jpg

C’est tout petit, on peut rayer des noms dessus si l’on veut. Ce matin, c’est le coiffeur du village qui faisait la distribution à domicile pour être sûr que vous alliez voter pour la bonne liste. La classe!

[...]

14h30, direction le bureau de vote: à la limite de la distance réglementaire – au-delà, c’est interdit – une floraison de drapeaux oranges et une tente, orange, sous laquelle s’abrite un petit groupe de jeunes au T-shirt orange. Nous leur demandons des listes. Ils sont ravis de nous en donner mais «vous devez d’abord nous dire pour qui vous allez voter!» Du coup, ils peuvent garder leur liste. C’est à se demander, dans ces conditions, à quoi servent les isoloirs.

[...]

Nous arrivons dans le bureau de vote, sous une église. Nous sommes accueillis par un homme portant une casquette et un T-shirt… oranges! Le bonhomme se répand en attentions obséquieuses, trouvent des chaises pour que nous n’ayons pas à patienter debout dans le bureau complètement vide, nous tend des kleenex pour nous essuyer le doigt couvert d’encre mauve, alors que le préposé de la municipalité nous a déjà fourni ce qu’il faut, s’extasie avec son copain devant le classeur qu’a apporté l’une de nos gamines pour s’occuper au cas où il y aurait de la queue. Faut dire que le classeur est d’un bel orange bien pétant. Assorti à celui des T-shirt des autres membres du comité électoral chargé de superviser les élections. Ambiance festive, une jeune femme assise à la grande table en L près de l’isoloir a même jugé bon de porter une perruque orange, très carnaval. Je repars en ayant dans la tête: «Quand tu vas à Rioooooooo»…

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election sandwich tayyar.jpg

Il a fait chaud aujourd’hui. Certains électeurs ont dû attendre des heures dans une atmosphère étouffante pour passer par l’isoloir. Mais tout était prévu, des bouteilles d’eau jusqu’aux sandwiches, empaquetés selon un code couleur bien reconnaissable…

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A part ça, il y a eu quelques incidents, à Beyrouth dans le quartier sunnite de Qoreytem, dans le Sud entre Amal et Hezbollah, à Zahlé… Officiellement, l’armée libanaise a contenu tout ce petit monde. Attendons de voir demain quand les résultats – officiels eux aussi – seront tombés.

[...]

Il est 20h10, les bureaux de vote sont fermés depuis une heure. Aoun a fait sa première conférence de presse. Il met en cause l’organisation des élections sur une seule journée, distribue bons et mauvais points comme il le fait à chaque intervention. Ce ne serait pas étonnant qu’il y ait contestation des résultats si ceux-ci lui sont défavorables.

[...]

Ah, au fait, aujourd'hui, ça a été un très bon jour pour le tourisme au Liban. Plein de cars ont passé la frontière en venant de Syrie.

vendredi, 05 juin 2009

Soirée à haut risk

On a tous nos petites traditions. Chaque année, plus ou moins au moment de mon anniversaire, j’organise une soirée «mecs» à la maison pour jouer à l’un de mes jeux de société préférés: Risk.
Depuis près de 10 ans, j’ai donc les mêmes partenaires de jeu. Des bons potes à moi: il y a Michel, Hassan, Samir, Walid, Nabih et, plus récemment, Saad. Comme toujours, Samir se charge de ramener les bières, Hassan quelques bons produits de la Bekaa, Michel le jus d’orange… On ne change pas une équipe qui gagne, même si c’est parfois tendu.

Hier soir donc, tout ce petit monde s’est retrouvé sur la terrasse fleurie. Après les embrassades de rigueur, nous nous sommes installés autour de la table ronde, on a sorti le décapsuleur et les pistaches, puis j’ai déployé notre plateau de jeu adoré…

risk lebanon.jpgPour ceux qui ne connaissent pas ce jeu, voici un petit rappel des règles: chaque joueur se voit attribuer un objectif (ex: Conquérir tous les territoires bleus et jaunes, Conquérir Beyrouth et 10 territoires de son choix, Anéantir les armées rouges et vertes…). Au début de la partie, on pioche des cartes que voici, nous donnant armes et territoires...

cartes risk.jpgLe AK-47 symbolise le milicien, la Voiture les attentats à la bombe et le Camion avec les Katioucha, l’artillerie lourde (sans compter la 4e carte, le joker, qui permet d’obtenir des armes supplémentaires de l’étranger). Ensuite, chaque joueur peut attaquer les territoires qu’il désire conquérir en lançant deux dés de 6.

Voilà, le décor est planté. L’année dernière, c’est Hassan qui avait gagné la partie. Il avait eu une carte Objectif facile: Conquérir Beyrouth en moins de 5 coups et anéantir l’armée bleue. Ça n’avait pas duré très longtemps, évidemment… Et Saad – le plus jeune de nos partenaires de jeu – l’avait eu mauvaise.

Nous entamons donc notre partie vers 21h30 alors que des feux d’artifice illuminent le ciel du quartier. L’ambiance est détendue, même si je sens Michel et Samir assez nerveux au moment de passer aux choses sérieuses. Chacun de nous pioche une carte Objectif. Je tombe sur Conquérir Beyrouth ainsi que les territoires Baabda, Metn, Kesrouan, Jbeil et Batroun. Conserver l’ensemble de ces territoires durant 5 tours pour proclamer la Principauté du Liban chrétien. Merde. Je me dis que Samir aurait été content de la piocher, celle-là.

Et nous voici embarqués dans une partie endiablée, où les armées des uns envahissent les territoires des autres. Nabih – qui a l’air content quoi qu’il arrive – se fait vite éjecter du jeu par Hassan et bizarrement, je n’arrive pas à comprendre les stratégies des uns et des autres. Michel met le paquet sur les territoires que je dois conquérir comme le Metn et le Kesrouan sans voir qu’il va se faire prendre par derrière, Samir n’arrive pas à dépasser les quelques territoires du nord, tandis que Hassan, petit à petit, prend possession de territoires partout sur la carte. Walid, lui, lance les dés avec fougue et se prend gamelle sur gamelle. Quand ce qui devait arriver arriva: une bataille féroce entre un Samir acculé dans la case Bcharreh et mon pote Michel, bien décidé à évincer un autre participant. Alors que Saad s’emberlificote les pinceaux tout au nord entre Minyeh-Denniyeh, Tripoli et le Akkar, Samir craque et envoie valdinguer le plateau de jeu sur lequel ne restaient plus que des pions jaunes et oranges, ou presque… Sur le moment, je suis surpris car il s’était un peu calmé dernièrement, le Samir, mais je ne suis pas mécontent que la partie se finisse ainsi, sur ce statu quo, car j’allais me faire éliminer du jeu moi aussi (faut dire que ma carte Objectif était un peu cul-cul). Walid ramasse parterre les deux derniers pions qui lui restaient en se disant qu’il pourrait bien avoir encore un coup à jouer, quel que soit le futur vainqueur.

Il y a quelques jours, j’avais eu envie de changer un peu la tradition de cette soirée entre mecs, en remplaçant le Risk (qui reste un jeu de hasard) par son pendant plus intelligent, Diplomacy. Dans ce jeu, pas de dés, juste d’habiles négociations et de la stratégie machiavélique. Je me suis ravisé au dernier moment. A juste titre je crois, car à ma table, il y aurait eu bien pire que moi et surtout bien meilleur.

Je viens de recevoir un coup de fil de Michel: il tient à refaire une partie dimanche soir. Hmm…

mardi, 02 juin 2009

Tony de Florette & diverses histoires d’O

Quittons un peu Beyrouth deux minutes. Samedi, je suis allé du côté de Harissa (à 15km au nord de Beyrouth) pour les besoins d’un reportage sur la campagne électorale libanaise. Nous étions donc le 30 mai, dernier week-end du mois de Marie, synonyme dans cette commune du Kesrouan de jackpot pour les curés. Avec un million de touristes en un mois, les caisses du seigneur débordent. Comme une rivière de son lit, alimentée par des torrents de billets bleus.

Du coup comme j’étais dans le coin, je suis allé à un petit kilomètre de là, rejoindre Tony Chemaly, président de la municipalité conjointe de Daroun-Harissa. Un peu paumé, je l’appelle pour qu’il m’indique le chemin: «Quand tu seras près de notre église, demande à qui tu veux, tout le monde sait où j’habite», m’explique-t-il. Je réponds: «Ah oui, je vois où c’est, la petite église sur la place du village...» Objection interloquée de mon interlocuteur: «Quoi!? Mais c’est une grande église!» Euh…

Après un café, un 7Up bien frais et une interview en bonne et due forme sur la campagne dans la région, il m’invite à crapahuter sur son terrain à flanc de montagne. Le sourire aux lèvres, comme un gamin, il me montre le cratère creusé par une pelleteuse.

tony chemaly.jpg

Au fond du trou, un ouvrier y va à coups de pioche et un filet d’eau boueuse jaillit: «T’as vu ça? T’as vu ça?, me demande ce gaillard de 43 ans, heureux comme un gosse, de grosses gouttes ruisselant sur ses tempes. C’est ma source! C’est ça la vraie richesse du Liban!» En ces temps où l’argent coule à flot pour arroser les électeurs, j’ai trouvé l’image décalée et plutôt touchante.

[...]

Un peu plus tard, en redescendant vers la capitale, je me retrouve englué dans un embouteillage à la hauteur de la Quarantaine, théâtre de massacres contre les Palestiniens durant la guerre de 1975. Le long du Nahr Beyrouth – qui n’a de fleuve que le nom – se dresse la silhouette cubique du Forum, une grande salle d’exposition/concert/meeting électoral. Et là, les drapeaux orange sont de mise ce samedi: des centaines de partisans du Tayyar sont partout, jouant du klaxon (avec le fameux «tarata tata»), achetant la panoplie complète du parfait petit aouniste à des vendeurs venus d’ailleurs, le tout mollement canalisé par des militaires venus en nombre.

boatpeople CPL.jpg

D’ici le Jour J, 50000 policiers et soldats pas trop coulants seront mobilisés sur tout le territoire afin de garantir l’ordre public. Et puis pour être sûr que tout se passe bien sur les routes ce jour-là, le ministère de l’Intérieur a interdit la circulation aux 2 roues tandis qu’une équipe du ministère français de l’Intérieur est actuellement à l’œuvre devait mettre de l'huile dans le système local pour afin d’établir un plan devant garantir la fluidité de la circulation dans tout le pays, le week-end prochain (proposition de MAM et de Baroud, rejetée par le responsable libanais). Objectif idéal: zéro bouchon pour que le 7 juin soit un long fleuve tranquille…

Note pour plus tard: si les 2 roues n’ont pas le droit de circuler, éviter de commander des pizzas dimanche soir.

dimanche, 24 mai 2009

Boycotter Dhû-n-Nûn ?

jonas beach.jpgComme chaque année à cette saison, une question existentielle se pose aux Libanais: où aller à la plage?

Et pour certains partisans du 14 Mars, le problème peut prendre une tournure particulièrement grave en cette période pré-électorale. Exemple: depuis la fin des années 90, une petite plage de Jiyeh faisait le régal d’une population fuyant les complexes décomplexés, les étals de chair fraîche et collagénées et les sonos hurlantes. Ce havre de tranquillité porte un nom: Jonas. Un minuscule coin de rivage méditerranéen pas trop bétonné, ambiance plutôt bon enfant, maîtres nageurs sympas, cadre fleuri avec ces belles gerbes de lauriers roses, et factures pas trop salées. Année après année, ceux qui préfèrent simplement passer un moment loin du tumulte y ont pris leurs habitudes. J’l’aime bien, moi, Jonas.

Et puis voilà. L’heure des élections approchant, les 14M ont décidé de boycotter tout ce qui portent la couleur orange: le jus du même nom, les couchers de soleil, le mobilier des années 70 vintage… jusqu’à Jonas. La semaine dernière, deux amis (distincts) m’ont affirmé la même chose: Nassif Azzi, le sympathique propriétaire de la plage, est aouniste! Enfant du pays, il est même candidat du Tayyar! Collabo! Plus question pour un partisan du 14 Mars de mettre les pieds là-bas. Mais où donc aller à la plage cette année?

J’en souris encore tout en me demandant: «Vais-je alimenter le trésor de guerre du CPL en payant l’entrée de Jonas tous les week-ends durant 4 mois? Dois-je succomber à la gentille propagande des anti-CPL et moi aussi bouder Jonas? Dois-je me moquer éperdument de ce boycott puéril? Malheur! Que dois-je faire?» Et puis finalement, comme les choses sont bien faites en ce bas monde, un événement a décidé pour moi.

La belle et luxuriante décharge de Saïda, quelques kilomètres plus au sud, a donné de gros signes de faiblesse ces derniers mois en raison de tempêtes hivernales et de petites secousses telluriques, ayant entraîné la municipalité de la ville sunnite à déclarer l’«état d’urgence environnemental» pour la côte du Sud. Du coup, je vais moi aussi passer mon tour cette année pour Jonas. Mais ce sera pour une raison de santé publique, loin des considérations bassement politiciennes. Je n’ai juste pas envie qu’il pousse un bras supplémentaire à mes filles avant la fin de l’été.

mardi, 12 mai 2009

Jours tranquilles à Beyrouth (à Beyrouth!)

Bon, nous poursuivons la promo car les choses sérieuses commencent pour Jours tranquilles à Beyrouth sur son terrain d’origine, Beyrouth! Après le lancement de l'autre côté de la Méditerranée, le voici donc qui débarque au Liban. Il est en vente depuis un mois à la librairie Al-Bourj au centre-ville et vient de rejoindre les étals des 10 points de vente de la librairie Antoine.

invitation beyrouth.jpgParallèlement, nous préparons notre petit rendez-vous du vendredi 15 mai 2009. Pour faire simple, il s’agit d’une lecture en plein air dans le cadre des «Lectures insolites» initiées par la Mission culturelle française au sein du programme de «Beyrouth capitale mondiale du livre». Cette lecture se fera dans la vieille gare ferroviaire de Beyrouth, à Mar Mikhaël (33°53'55.10"N  35°31'44.20"E pour les amateurs de Google Earth), à quelques minutes à pied de l'EDL. Un lieu que nous aimons tout particulièrement, hors de l'espace et du temps dans cette ville qui va à 1000 à l'heure, nous offrant donc un cadre franchement unique dans la ville.

La lecture sera accompagnée d’un set musical assuré par Jade du Basement. L’entrée sera évidemment gratuite, le livre disponible sur place… et le parking assuré. Tout est prévu!

Rendez-vous vendredi.

mardi, 05 mai 2009

La bonne et le concierge

Note aux lecteurs et aux lectrices: ceci n'est pas une fable de La Fontaine libanaise. Quoique.

police academy liban.jpgUne après-midi ensoleillée de la semaine passée, 14h30. C’est la consternation dans le quartier: l’appartement de notre voisine du sixième a été cambriolé. En plein jour, entre 9 et 13h. Au nez et à la barbe de toute une population qui se connaît très bien, et des membres de l’héroïque équipe de campagne de Ramsès III, tous occupés à jeter les dés dans un coffret en marqueterie damascène.

Les lieux du crime: un appartement sans signe particulier, à part des bijoux de famille et une enveloppe où reposaient quelques dizaines de billets de 100 dollars. La porte a été fracturée, mais pas trop, laissant supposer que le (ou les) voleur(s) disposai(en)t de la clé. Les policiers du quartier ont donc débarqué, garant leur Dodge Charger rutilante sur le trottoir d’en face. D’abord deux hommes en uniforme fraîchement imprimé de ce beau camouflage gris et noir, puis l’équipe technique, chargée de relever les empreintes digitales sur la porte d’entrée, les placards et les tiroirs fouillés par les visiteurs. Puis une deuxième équipe, et une troisième. Immédiatement, tous les voisins se mêlent de l’enquête, et donnent leur avis sur la culpabilité des uns et des autres. «C’est certainement la bonne ou le concierge», assure un sexagénaire, sûr dans son flair.

Evidemment, l’employée de maison philippine et le concierge syrien ont passé un long moment au poste. Ayant eu vent des commentaires des voisins, l’un des policiers glisse un peu agacé: «Ils se prennent tous pour des FBI!» Avant d’ajouter, lui aussi sûr de son flair: «C’est souvent la bonne qui se fait séduire par le concierge.» Le problème, c’est que les deux avaient un alibi en béton armé, ce qui réduit à néant la déduction facile conduisant systématiquement à ces coupables tout trouvés: les deux étrangers commis d’office aux tâches ingrates pour un salaire de misère.

Depuis, plus rien. Pas d’enquête de voisinage, quelques timides questions aux habitants de l’immeuble, forcément insoupçonnables (nous en autres). Notre voisine continue de pleurer ses dollars mis de côté pour un voyage au Canada qu’elle ne fera plus. Les alibis des usual suspects étant confirmés, l’affaire en restera certainement là.

Mais réjouissons-nous: parmi les projets de coopération entre la France et le Liban annoncés lors de la récente visite de Michèle Alliot-Marie à Beyrouth, quelque chose a piqué ma curiosité. Beyrouth et Paris viennent d’annoncer la création d’une académie de police, sur un terrain de plusieurs hectares à quelques encablures de l’aéroport. Aurons-nous bientôt de vrais enquêteurs à mettre dans les Dodge offertes par l’Oncle Sam? Mystère mon cher Watson…

samedi, 02 mai 2009

Le crépuscule de monsieur Tueini

Je ne sais pas pourquoi, mais je pense beaucoup à Ghassan Tueini ces jours-ci. Jusqu’à la nuit dernière où j’ai même rêvé de sa mort. Peut-être est-elle imminente. Je l’ai croisé il y a dix jours, à l’inauguration officielle de Beyrouth Capitale mondiale du livre. Il était porté à bout de bras par deux gaillards avec oreillette. Le lendemain, je croise un ami qui me dit: «Ghassan est mal en point. Vraiment très malade.» Ghassan Tueini a 83 ans.

Je me demande quel regard le vieil homme porte sur son pays, au soir de sa vie. Une vie difficile. Il a perdu une fille en 1964, sa femme Nadia en 1983, un premier fils en 1987 puis son héritier politique et professionnel en décembre 2005 quand le gros 4x4 de Gebran a explosé. Cet intellectuel – qui a connu ce qu’un homme peut vivre de pire: survivre à presque toute sa descendance – a derrière lui une carrière professionnelle exemplaire: patron du Nahar pendant des décennies après avoir fait des études à Harvard, il a participé à la création, dans les années 50, de la première faculté arabe de droit, de sciences politiques et d’économie. Il se lance aussi en politique: premier député du PSNS (dont il s’éloignera très rapidement lorsque la fraternité syro-libanaise aura pris le dessus sur les principes de laïcité qu’il défendait), il est nommé vice-Premier ministre en 1970 puis ministre du Travail en 1975. Puis il se tourne vers la diplomatie, devenant ambassadeur en Grèce avant de représenter le Liban à l’Onu, de 1977 à 1982. Farouche défenseur de la souveraineté et de l’indépendance du pays et opposant à la tutelle syrienne, Ghassan Tueini a raté d’un cheveu le prix Sakharov en 2006.

Nathalie avait eu à le côtoyer à la fin des années 90, lorsqu’elle travaillait au lancement par Gebran d’un féminin que Ghassan rejetait en bloc. A tel point que le bonhomme s’était vivement opposé à ce que le magazine en question soit baptisé Naharouki (ton Nahar), afin qu’aucun lien ne puisse être fait entre cette publication dont il ne voulait pas entendre parler et son cher Nahar. Les relations père-fils n’avaient pas toujours été simples entre un Ghassan intransigeant et un Gebran qui voulait à tout prix prouver qu’il pouvait être à la hauteur de son frère défunt, dans lequel le paternel avait placé tous ses espoirs. Suite à sa rencontre avec les deux Françaises en charge du projet éditorial, Tueini senior s’était adouci. Le label Naharouki avait tout de même été abandonné, mais le patriarche avait laissé le bénéfice du doute à l’équipe, et accepté de la soutenir dans sa démarche. Depuis, le magazine est devenu autre chose, aux antipodes de ce qu’il aurait pu être, mais ceci est une autre histoire. Il reste de cette époque le souvenir d’un homme de poigne, à la présence imposante et aux principes stricts, mais qui savait écouter ceux dont les arguments étaient cohérents.

Je vais m’arrêter là pour les présentations. Aujourd’hui, je me demande simplement si cet homme respectable sera encore là le soir du 7 juin. Ou si son cœur choisira de lui épargner ça.

vendredi, 24 avril 2009

Haifa, George & le Cessna

vatican.jpghaifa wehbe.jpgcessna.jpgLa ville est en émoi. Enfin, pas toute la ville non plus, et pas tout le monde non plus. Surtout pas pour les mêmes raisons.

Au milieu, nous avons un gros groupe de poilus qui pleurent toutes les larmes de leur corps: leur idole s’est faite passer la bague au doigt ce matin à un obscur homme d’affaires égyptien. Voilà, c’est fait c’est dit, Haifa Wehbé s’est (re)mariée, brisant les cœurs de tous les Arabes, du Maroc au Golfe persique. Céty pas triste ça!

A gauche, nous avons le Centre libanais des droits humains et la Fédération internationale des droits de l’homme qui s’insurgent contre la nomination du général George Khoury, ex-boss des renseignements militaires (qui s’est fait soufflé la politesse par Khawaji pour le trône kaki), au poste d’ambassadeur auprès du Vatican. Les deux organismes lui reprochent son goût pour la torture et considèrent que ce placard doré lui fournit une immunité qu’il ne devrait pas avoir. Remarquez, ce ne serait pas la première erreur de casting au Saint-Siège.

Et puis à droite, y’a l’armée libanaise qui frétille. Sur son site web, nous découvrons ébahis que «les Forces de l’air» sont toutes heureuses de vous faire part de la réception, en provenance directe des Etats-Unis, d’un… Cessna Caravan (je savais pas que ça existait, la version caravane d’un avion). Ce doit être pour se prémunir de la prochaine version israélienne de Tora! Tora! Tora!

Comme quoi, il s’en passe des choses au Liban…

dimanche, 19 avril 2009

Mieux vaut une grande que 10000 petites

Ho hisse! Ho hisse! Ho hisse! Les ouvriers en ont sué hier après-midi. Mais après une heure d’efforts et avec l’aide d’une grue, ils ont accompli leur mission: suspendre une bâche géante sur la façade d’un immeuble de douze étages en construction, avenue Charles Malek. Mabrouk les gars, ça n’a pas dû être une partie de plaisir…
ho hisse.jpg
Nous sommes à J-49 avant les élections législatives libanaises, soit sept petites semaines. Habituellement, en démocratie, c’est plus ou moins la période durant laquelle les débats d’idées font rage, les programmes des uns et des autres sont disséqués. Oui, bon, au Liban, on prend quelques libertés avec le concept de programme. Quel que soit le camp, on préfère s’en remettre à la figure du leader. C’est plus sûr, ça permet de ne pas trop réfléchir.

Mais en prévision du grand bazar électoral de 2009, le gouvernement dans son infinie sagesse a plafonné les dépenses de campagne, ce qui, en principe, doit limiter l’affichage sauvage qui pollue les villes d’habitude et remplit les poches des imprimeurs. Finis les portraits d’illustres inconnus façon photo passeport, qui tapissaient les murs du pays en long, en large et en travers.
Cette année donc – et tout cas pour l’instant –, Beyrouth ne ressemble pas à un album Panini à ciel ouvert et les campagnes sont limitées aux réseaux d’affichage dits «officiels». Du coup, il faut bien trouver des parades.

J’imagine bien la scène dans un obscur QG de campagne… «Eh, les chabeb, comment va-t-on faire si on ne peut pas imprimer 10000 affiches modèle réduit?», demande un vieux de la vieille n’en revenant pas que l’on révolutionne les mœurs politiques du pays. «Et bien nous n’avons qu’à imprimer une seule grande affiche de la même superficie que les 10000 petites réunies!» Applaudissements dans la salle enfumée devant la brillante proposition du directeur marketing du parti et accessoirement petit-cousin de la belle-sœur du candidat. Deal. Une chose est sûre, l’idée fera en tout cas un heureux: le propriétaire de l’immeuble choisi qui ne louera pas un tel emplacement contre trois piastres.

Voilà le résultat (probablement visible en avion par les hublots de gauche).
nadim gemayel.jpg
Mes bons ouvriers de la veille ont donc installé cette stupéfiante affiche électorale à la gloire de Nadim Gemayel, fils de Bachir, lui-même chef de milice, président de la République assassiné par un membre du PSNS en 1982 et véritable symbole de la résistance chrétienne dans Achrafieh («Bachir vit en nous!» se plaisent à répéter les jeunes du quartier). Vingt-sept ans après, c’est donc Nadim qui se retrouve porté aux nues, lui dont le charisme est inversement proportionnel à la taille de l’affiche installée hier. Avec sa bonne bouille de nounours, il est jeune, il est tendre, sa mère Solange le lance dans le grand bain alors que rien ne laisse penser qu’il est prêt. Cette fois c’est lui, mais ça aurait pu être un autre.

«A platform is an added value, people don’t care, that’s a fact. They need leaders», résumait hier Ghassan Moukhaiber à Beit-Mery. Sur la scène chrétienne, entre Gemayel, Aoun, Geagea, Murr and Cº qui s’étripent uniquement sur les rôles de la Syrie, de l’Iran, des Etats-Unis et du Hezbollah, les vrais dossiers et ce qui pourrait ressembler à des programmes politiques restent dans les tiroirs.

Mieux vaut étaler un visage d’un «leader» sur douze étages, le retour sur investissement sera probablement plus intéressant.

 

Edit le jeudi 23 avril

Une bonne idée en entraînant toujours d'autres dans ce beau pays, le CPL d'Aoun adopte lui aussi le très grand format, après avoir teinté la sortie Nord de Beyrouth en orange via des dizaines et dizaines de panneaux (dont le "Sois belle et vote" du plus bel effet; comme quoi, on sait parler politique aux femmes dans ce pays).

IMG_0038.jpg
Le plus amusant de l'affaire reste que l'affiche ci-dessus a été placée le long de l'immeuble jouxtant celui sur lequel Nadim Gemayel figure en gros plan, l'une tournant le dos à l'autre. Je trouve le symbole assez incroyable et en tout cas très parlant.

Le problème, c'est que cet immeuble est moins haut que son voisin, et l'affiche est donc moins longue. Nadim pourra dire: «C'est moi qui ai la plus grosse, gnagnagna!»

jeudi, 16 avril 2009

Unescophonie

desireless.jpgIls ont dix ans à peine. Sous un soleil de plomb obscurci par de gros nuages anthracite, ils descendent de bus scolaires bien encadrés par leurs institutrices. Femmes et petites filles sont voilées, rieuses et apparemment heureuses d’être là. Les mouflets, plus turbulents que leurs petites camarades, se lancent des coups de pieds en attendant que tout le monde soit prêt, en rang. Il est 8h15.

Devant le grand bâtiment blanc très solennel de l’Unesco, la petite troupe trépigne. Une maîtresse achève le comptage des enfants et tout le monde pénètre dans l’enceinte. Le grand hall, où trône un lustre de deux tonnes kitch au possible, est aux couleurs de la cause palestinienne depuis la veille. Depuis 24h, des chants orientaux – d’une tristesse à fendre le cœur qu’ils partagent d’ailleurs avec les chants juifs – rythment la vie du personnel de l’Unesco. Une banderole portant le nom de l’organisateur – The Charitable association for Palestinian relief – est bien en évidence, agrafée en hauteur, surplombant une cohorte de photos d’actualité sur lesquelles les enfants peuvent découvrir les massacres en quadrichromie dans les territoires plus au sud. Le cortège de gamins palestiniens se presse car un autre autobus arrive, lui aussi gavé d’enfants supportant mal d’être entassés de si bonne heure.

Et puis vers 10h, tous les murs de l’immense bâtisse commencent à vibrer. C’est l’heure des répétitions pour la chorale en culottes courtes. Les premières notes me font sursauter. Y’a pas de doute! Les gamins par dizaines chantent avec enthousiasme Voyage voyage (en français dans le texte). Une programmation musicale qui ne manque pas de sel pour des êtres humains qui n’y ont pas droit, au voyage.

jeudi, 09 avril 2009

Le Liban est un pays formidable !

pharaon liban.jpgNon, nous n’allons pas vous parler aujourd’hui de ce que nous fait subir le bureau électoral en bas de l’immeuble avec son meeting aux airs de mariage, les candidats portés par la foule et tressautant dans les airs sous une pluie de grains de riz. Nous allons parler plutôt de ce qui fait la magie libanaise.

Le Liban est un pays où les stars de l’été qui s’annonce (déjà) se bousculent au portillon. Bien sûr, nous n’attirons que la crème de la crème des célébrités internationales: après ce grand moment avec Gilbert Montagné (Tu sais comme je t’aime le Liban), nous aurons la joie d’admirer la chevelure légendaire de Michael Bolton (de son vrai nom Michael Bolotin, mais c’est tout de suite moins glamour et ça prête si facilement au jeu de mots), aussi romantique que ces balades sucrées. Ha, on me dit qu’il s’est coupé les cheveux. Bref, entre nous, moi, j’irai plutôt voir les Sisters of Mercy qui, a priori, n’attireront pas grand monde mais correspondent davantage à mon registre musical que la bluette façon How am I supposed to live without youuuuuuuuuuu. Toutefois, l’événement de la saison demeure sans conteste l’arrivée du grand Julio Iglesias (Tou sé commé zé t’aime lé Liban). C’est dans ces moments-là que je regrette de ne plus faire ma matinale à la radio, rien que pour pouvoir lui dire en interview que lui non plus, il n’a pas changé. Toujours est-il que, donc, le Liban est un pays où les place pour aller voir (et écouter, accessoirement) le chanteur de charme latino légèrement sur le retour, sont proposées à un minimum de 70$ et vont jusqu’à 350$. Oui, mes bons amis, 350$. Et le Liban est un pays où ce prix exorbitant n’a pas découragé les fans qui se sont précipités sur cette occasion en or.

Mais après tout, pourquoi pas? Puisque le Liban est aussi un pays où, à l’occasion du centenaire d’une grande école portant officiellement une double nationalité (mais il paraît que dans les faits, elle n’est que libanaise), une circulaire a été distribuée aux heureux parents d’élèves, les invitant à assister à une soirée de gala avec à la clé dîner gastronomique, divertissement (les plus grands humoristes français seront présents, paraît-il! Auraient-ils convaincu Elie Semoun de venir à Beyrouth en fin de compte? A moins que ce ne soit Bigard…) et surtout présentation par Nikos Aliagas. Mesdames, Messieurs, applaudissements pour ce grand moment de pédagogie façon Star Academy. Après ces arguments de choc, la circulaire incite les parents (nous, quoi) à appeler le numéro XXX pour réserver les places, sans pour autant donner de prix. Et pour cause! L’administration n’a pas dû oser imprimer le chiffre extravagant de 100$? 150$? 200$? Non, mes bons amis, non: 250$ par tête pour cette soirée historique. Oui, 250$. Autant dire qu’à ce prix, le dîner a intérêt à être servi dans des assiettes plaquées or. Pourtant il faut croire que le Liban est un pays où les parents branchés répondront présent en masse.

Le Liban est encore un pays où une éminente responsable locale, porte-flambeau de la réforme des administrations libanaises, ne s’embarrasse pas de protocole. Lorsqu’une équipe de l’ambassade de France chargée de travailler avec elle sur un projet de grande ampleur pour l’année 2009, lui rend visite, elle les accueille en chaussettes. Oui, mes bons amis, en chaussettes. Après ce qui avait ressemblé à une révolution par le scooter en mai dernier, assistons-nous aujourd’hui à la réforme par la chaussette?

Mais trêve de plaisanteries. Le Liban est aussi un pays où, patientant dans des embouteillages dantesques, on peut tomber sur cela:

will you marry me.jpg

Il se trouve que l’un de mes cousins portant ce prénom a longtemps fréquenté une demoiselle du nom de Sara. Je ne suis pas certaine qu’il soit à l’origine de ce message, mais si ce le cas (ou pas, en fait), je trouve l’idée touchante et très romantique. Allez hop, hop! Prochaine étape: emmener sa belle au concert de Michael Bolotin ou Julio Iglesias, au choix, puis dîner à la soirée de gala scolaire. Et s’il ose faire tout ça en chaussettes, à mon avis, l’affaire est dans le sac.

dimanche, 05 avril 2009

Tawlé à volonté

taoule.jpgCela fait bien six mois que le magasin au rez-de-chaussée de notre immeuble, laissé à l’abandon depuis des années, a été retapé en vue des élections législatives du 7 juin prochain. Le duo de propriétaires dudit magasin s’écharpe depuis plus de cinq ans devant les tribunaux sur la question de savoir lequel a droit à quoi dans ce bâtiment de grand renom. Mais il faut croire que l’appât du gain rapide et sans histoire offert par cette location atypique a su les mettre d’accord. C’est comme ça. Nous aurions rêvé d’un bon boulanger, éventuellement d’un petit primeur sympa ou, à la rigueur, d’une boutique de fringues. Mais non. C’est à un bureau de campagne électorale dans lequel seront vantés les mérites de Michel Pharaon, candidat pour Beyrouth I sur les listes du 14 Mars, que nous avons eu droit.

Nouvelle peinture bien blanche, néons allumés 24/7, unique bureau sur lequel, dès le premier jour, un cendrier et une icône ont été posés bien en évidence… Et puis la crèche de Noël pendant les fêtes, forcément. Six mois durant donc, cet espace flambant neuf, dont la propreté immaculée contraste brutalement avec le magasin mitoyen laissé à l’état de dépotoir, est resté désespérément vide.

Et puis il y a quelques jours, alors que la sphère politique libanaise s’agite de plus belle, des signes d’activité se sont manifestés en bas de chez nous, un peu comme si l’on découvrait des traces de vie sur Mars. Et bien oui! Il est clair que la campagne électorale bat son plein, à moins de deux mois de l’échéance dont, selon nos leaders divers et variés, dépendra l’avenir du Liban pour les générations à venir. La fin justifiant les moyens, notre candidat au strapontin s’est lancé à corps perdu dans la bataille, prêt à tout mettre en œuvre pour démontrer au chaland achrafiote qu’il fera bien de lui confier ses destinées. Jugez plutôt. Preuve du dynamisme politique et de la popularité du bonhomme, une large banderole à son nom a été placée sur la façade de l’immeuble. Les places de parking tout autour du magasin sont désormais réservées à ses partisans, ce qui risque de ne pas simplifier les choses dans cette impasse déjà bien encombrée. Des palettes de sodas s’amoncellent dans un coin, attendant d’étancher la soif des foules en délire alors que de gros climatiseurs sont fin prêts pour balancer en continu des courants d’air glacé. On ne recule devant rien pour assurer le confort des éventuels votants. Et des rangées de chaises en plastique ont été disposées tout autour de la grande pièce, avec une rigueur implacable: alternance de deux chaises et d’une table basse ornée de l’incontournable cendrier en inox. Deux chaises, une table et son cendrier, deux chaises, une table et son cendrier… A la réflexion, nous nous sommes rendu compte que cette disposition est la même que celle du rituel des condoléances au Liban, lorsque les proches (ou moins proches) du défunt viennent manifester leur soutien à la famille éplorée, attendant leur tour à coups de cigarettes et de café.

Le plus étonnant reste toutefois que, si ces chaises sont pour l’heure inoccupées, des hommes du quartier passent désormais leurs journées autour du bureau trônant dans le fond de la pièce. Il faut croire que Pharaon a recruté à tours de bras dans notre pâté de maisons. Sur base de quoi? De sous, a priori. Probablement pas bien gros, mais de sous quand même. Attention, il ne s’agit pas ici d’achats de voix. Mais le militantisme à la libanaise s’accommode fort bien d’être aussi lucratif. Ce qui est certain en tout cas, c’est que ce militantisme – tous bords et tous partis confondus – n’est pas motivé par un programme quelconque. Un programme, c’est tabou. C’est sale. Et puis, inciter les électeurs à réfléchir et à faire un choix argumenté par autre chose que «J’adore/J’exècre», «Les autres sont méchants» ou «Par mon âme et par mon sang», ça ferait mauvais genre. Des concepts socio-économiques, des principes de politique étrangère et intérieure, des propositions structurées avec calendrier, mesures et données chiffrées à l’appui sont de l’ordre de la science-fiction, presque du film classé X (ou interdit aux plus de 18 ans, âge auquel sera rabaissé le droit de vote pour la prochaine fiesta). En fait, j’adorerais assister à l’une de ces belles émissions TV dont nous avons été gavés pendant la présidentielle française. Un 100 minutes pour comprendre, ou mieux, J’ai une question à vous poser. Mais l’idéal, en ce qui me concerne – et cela ne me paraît pas être trop demander – serait un vrai débat télévisé, en direct, entre des candidats qui seraient contraints d’échanger des arguments un minimum crédibles avec un minimum de correction. Oui, je sais. Science-fiction encore. Film classé X.

Toujours est-il que pour revenir à notre bureau de campagne du rez-de-chaussée, il me semble que Pharaon aurait une carte à jouer côté programme, ce qui est trop rare pour ne pas être souligné. Du matin au soir, sa petite équipe – exclusivement masculine, précisons-le, car la politique semble classée Y de par chez nous – passe son temps à jouer au tawlé (ou trictrac, ou encore backgammon). L’affaire a l’air si sérieuse, à observer leurs mines concentrées, que j’y vois la recette d’un programme électoral qui ferait l’unanimité: Tawlé à volonté!

mercredi, 01 avril 2009

[BREAKING NEWS] « We got him »

news 4.jpg

vendredi, 27 mars 2009

La république du mamnou3

Beyrouth n’est pas une ville très jolie. La faute à la guerre, un peu. La faute aux pouvoirs publics, aussi. La faute aux promoteurs immobiliers, beaucoup. Pourtant, Beyrouth est une ville photogénique. Très photogénique même. De ses couchers de soleil aux visages de ses habitants, de ses vieilles bâtisses du XIXe siècle à sa faune bigarrée en passant par les séquelles des conflits et la rondeur d’un saj sur lequel cuisent tranquillement les manouchés au zaatar. Des photos de Beyrouth, il en existe des centaines sur tous les blogs et sites consacrés à cette ville. Et c’est bien normal.

Mais voilà. Dans notre belle république du mamnou3, prendre des photographies de sa ville chérie devient de plus en plus compliqué. Et je ne parle pas de Dahiyeh où sortir ce qui ressemble de près ou de loin à un appareil photo est pris pour une déclaration de guerre. En plein Hamra par exemple, on voit fleurir ce genre de pancartes bricolées…

no photography sign.jpg

La dernière que je viens de découvrir a été placardée à l’entrée du cimetière Mar Mitr à Achrafieh, lieu particulièrement propice aux jeux de lumières (avis aux amateurs) et certainement repère d’activités devant restées secrètes sous peine de pendaison. Beyrouth serait-elle en train de devenir «photographophobe»?

Ces petits écriteaux ne doucheront bien évidemment pas l’envie des plus téméraires pour croquer notre ville sous toutes ses coutures. Mais ils font naître néanmoins un sentiment bizarre. Il y a deux semaines, j’avais un rendez-vous au centre-ville. En m’y rendant, je croise un touriste déguisé en Philippe de Dieuleveult sponsorisé par Canon – les pi(t)res – en train de mitrailler la façade du Parlement, place de l’Etoile. Quand j’ai vu ça, je me suis dit qu’il allait se faire embarquer par les militaires qui papotaient à quelques mètres de lui. Mais non, rien cette fois-ci. J’aurais dû lui conseiller d’aller faire des images près du bain militaire de Raouché, il aurait sûrement fini la nuit au poste… Depuis quand me suis-je mis à penser que photographier un monument public était répréhensible?

Parfois, un gus sorti de nulle part vous arrête, vous dit que c’est «mamnou3» de prendre une photo de tel ou tel endroit, en pleine ville. C’est un peu comme ces commerçants qui vous assurent que vous garer devant leur échoppe est «mamnou3»: ils sont sûrs de leur bon droit alors qu’ils ne font que nier le vôtre avec un aplomb ne souffrant aucune discussion. C’est comme ça dans notre petite république, à tous les étages, et prendre des photos sur la voie publique n’est qu’un exemple parmi d’autres: chacun édicte ses propres règles, pense qu’elles viennent de plus haut et ne comprend pas pourquoi le voisin ne les respecte pas. Ça multiplié par 3,8 millions, ça donne un beau bordel. Help!

dimanche, 22 mars 2009

The descent

Soyons clair, il s’agit d’un véritable scoop, de ceux qui feront la une du 20h, des quotidiens des quatre coins du monde demain matin et des magazines scientifiques les plus sérieux.

Nous venons de faire une découverte historique lors d’une excursion vers le gouffre de Balaa, dans la région de Tannourine. Un très joli coin pour un pique-nique d’ailleurs. Ça donne ça.

gouffre%20balaa%202.jpg

Nous étions seuls, et l’écho de nos voix a provoqué un éboulement sur le côté gauche de la grotte béante. Après trente secondes d’un vacarme assourdissant, nous avons découvert un nouveau puits naturel en forme de spirale. Incroyable.

gouffre%20balaa%201.jpg

Intrigués, nous sommes descendus en nous agrippant à la paroi glissante. Vingt minutes plus tard, nous nous sommes retrouvés dans l’obscurité la plus complète. A la lueur de nos torches, nous avons continué et avons mis à jour une vaste cathédrale minérale dans laquelle aucun être humain n’avait probablement pas pénétré depuis plusieurs millénaires (ce qui tendrait à prouver que les Phéniciens peuvent aller se rhabiller côté ancienneté).

Armés de notre seule curiosité, nous nous sommes aventurés dans les entrailles de la terre pour tomber sur une ville souterraine. Les murs sculptés, couverts de runes magiques, semblaient figés comme un décor de théâtre abandonné. Après de courtes recherches, nous avons trouvé une salle ressemblant à une crypte. Désolé, la photo au flash n'est pas très bonne. Et je ne comprends pas d'où viennent ces taches bizarres...

crypte baala.jpg

Nous y avons découvert un pupitre sur lequel étaient disposés deux grimoires. Au sol, un coffre de bois couvert de cuir résista un peu avant de révéler son contenu: une carte étonnamment bien conservée.

the book of middlebanon.jpg

liban carte lebanon map.jpg

Nous ne pouvons garder ce secret pour nous, le monde entier doit savoir. Pour vous rendre compte de l’importance de cette découverte, nous vous invitons à lire ces quelques fragments du grimoire. Et pour tout comprendre, jetez un coup d’œil la carte en parallèle.

Tout n'est pas toujours bien lisible mais vous verrez, c’est saisissant.

jeudi, 19 mars 2009

Samandal

Une bonne nouvelle? Une magnifique nouvelle oui! Etant en ce moment à la recherche d’un(e) illustrateur(trice) pour un projet – je ne suis pas sexiste –, je suis tombé sur ça:

samandal covers.jpg

La joyeuse bande de Samandal publie donc un nouveau magazine composé de planches de BD «made in Lebanon» et «made in ailleurs». En noir et blanc (et oui, la couleur coûte cher), Samandal est une sorte de collectif de dessinateurs et de graphistes aux genres très disparates, aux langues mélangées (arabe, français, anglais) et aux influences clairement différentes, allant de Topor aux mangas japonais. Côté thèmes, comme en témoigne l’avertissement en couverture [18+], ça cartonne un peu (pas de sexe tout de même), mais ça parle religion, société et politique. Ça risque donc d’être difficile à exporter dans le reste du Proche-Orient…

Ce trimestriel en moyen format propose en outre un appel à candidature, tous les dessinateurs (libanais comme étrangers) pouvant soumettre leurs planches pour être publiées. Disponible dans toutes les bonnes crèmeries pour 3000LL, Samandal mérite franchement le coup d’œil et surtout d’être soutenu en l’achetant! Pour les curieux, le site web permet de télécharger les précédentes éditions (0, 1 et 2), le numéro 3 étant en vente actuellement et le numéro 4 devant sortir prochainement. En pour en savoir encore un peu plus, Alinea a mis en ligne une interview de l’un des 4 redchefs du magazine.

Espérons vivement que Samandal connaisse un autre destin que l’excellent Zerooo sorti il y a une dizaine d’années (avec d’autres ambitions certes) mais qui avait dû mettre la clé sous la porte après quelques numéros. Alors courez l’acheter…

jeudi, 05 mars 2009

Jours tranquilles à Beyrouth (à Bruxelles et Paris)

jours tranquilles a beyrouth.jpgAlea jacta est, notre bouquin sort aujourd'hui sortira dans quelques jours en France (retard dû au distributeur) mais il est disponible dès à présent sur le web ici et , et le sera bien évidemment lors de nos différents rendez-vous, en Belgique puis en France. Il arrivera dans les librairies libanaises d'ici la fin du mois de mars.

Mais en attendant les petites réjouissances prévues au Liban, nous allons donc débuter la promo de «Jours tranquilles à Beyrouth» avec quelques signatures et débats. Alors voilà le programme...

Dimanche 8 mars – Bruxelles
> 17h00, Foire du livre : signature sur le stand «Les jardins de la découverte» au sein de l’espace consacré à «Beyrouth capitale mondiale du livre»
Tour et taxis. Tél. : + 32 (0) 2 290 44 31

Lundi 9 mars – Rennes
> 18h30, Espace Ouest-France : conférence, lecture et débat
38, rue du Pré botté. Tél. : 02 99 29 69 00

Mercredi 11 mars – Le Mans
> 16h00 : émission en direct sur RCF (101.2 FM)
> 17h00 : lecture et débat à la Librairie Doucet
66, avenue du Général de Gaulle. Tél. : 02 43 24 43 20

Jeudi 12 mars – Le Mans
> 19h45 : émission en direct «On fait le plein» sur LMTV
> 20h30 : lecture à la Salle Saint-Jean
3, rue de la Reine Bérengère (vieille ville)

Vendredi 13 mars – Paris
> 18h30, salon du livre : signature sur le stand D66/D76 de «Beyrouth capitale mondiale du livre»
Porte de Versailles, pavillon 1

Vous savez tout!

Pour une fois, nous allons rater les 8 et 14 mars à Beyrouth. Espérons que tout le monde reste bien tranquille ici...

 
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